Où en sont les valeurs ? Post n°1. Valeurs dominantes et valeurs dominées

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Je vous propose une synthèse sur le thème suivant : « Où en sont les valeurs ? » Mon intention est de la publier en une douzaine de posts, au rythme de deux ou trois par semaine à partir d’aujourd’hui.  

 

 

Les valeurs dominantes alias le « politiquement correct »

 

 

En Occident, aujourd’hui (2011), les valeurs dominantes forment ce qu’on appelle le « politiquement correct » (PC).

 

Les valeurs dominées se répartissent en trois groupes :

 

1° les plus profondes, qui appartiennent elles-mêmes à trois couches plus anciennes de la tradition culturelle occidentale (la culture classique, la religion chrétienne et la philosophie des grandes lumières) ;

 

2° les valeurs protestataires, dites souvent populistes, qui sont des réactions au « politiquement correct », mais restent assez souvent dépendantes de lui ;

 

3° des valeurs moins visibles, plus naissantes, reliées aux valeurs plus profondes et approfondissant les valeurs populistes, et qui appartiennent à la couche de l’avenir, celle qui recouvrira bientôt le politiquement correct.

 

Car, pour résumer en une phrase l’idée dont tous ces posts sont le développement : la situation présente des valeurs est celle de la domination du « politiquement correct » à quelque temps de sa chute. Comme pour le communisme, l’effondrement sera sans doute aussi rapide qu’inattendu.  

 

Je trouve cinq grands caractères externes aux valeurs dominantes, celles qu’on qualifie parfois de valeurs « audibles » (les autres sont « inaudibles »). Ces caractères sont les suivants : 1° médiatiques, 2° monopolistiques, 3° en crise, 4° crisogènes, 5° planétaires.

 

 

Les valeurs dominantes sont médiatiques.

 

 

Les valeurs 2011 ne sont pas une création culturelle nouvelle. Elles sont le reformatage médiatique des valeurs de modernité tardive. Que faut-il entendre par là ? Nous le verrons sous peu. L’objet de cette série de posts est en partie de revivre la création de cette modernité tardive et de ses valeurs. En tout cas, la logique de ces valeurs correspond à celle des médias. Et le pouvoir né de l’alliance entre ces deux logiques caractérise notre temps.

 

 

Les valeurs dominantes sont monopolistiques.

 

 

Les valeurs 2011 incluent théoriquement le pluralisme, mais la concurrence culturelle est en fait très limitée, au bénéfice du « politiquement correct » (PC) installé en situation monopolistique. La culture classique est rayée des programmes scolaires, le christianisme est brocardé, le populisme est voué aux gémonies et même les grandes Lumières ne sont plus guère comprises par leurs héritiers tardifs.

 

La discrétion des valeurs nouvelles, encore très peu visibles, ou le « silence sur l’essentiel[1] » frappant les valeurs profondes, ne signifient pas que ces valeurs n’existent pas, ou qu’elles aient disparu. Les excommunications médiatiques frappant les populismes n’empêchent pas non plus ces derniers de progresser. Toutefois, le PC a encore les apparences et les positions du pouvoir. Il tend à couper la communication avec le passé, imposant dans l’espace public le déracinement et l’amnésie comme s’ils étaient les conditions fondatrice d’une existence universaliste, démocratique et laïque.

 

Le PC tend même à étaler son uniformité dans la totalité de l’espace public mondial, y accaparant parole et débat, raison et légitimité. Dans le même temps, l’espace médiatique PC reformate la pensée, y favorisant superficialité, instantanéité, répétition collectiviste – irrationalité. Les penseurs célèbres du temps n’ont guère l’ambition de jouer le rôle de maîtres. Ils se taillent des niches écologiques dans le « PC », suivent l’opinion et se contentent de donner de la respectabilité intellectuelle à ses « intuitions ».

 

 

Les valeurs dominantes sont en crise et crisogènes.

 

 

Les valeurs du « politiquement correct » (PC) jouent un rôle central dans la grande crise de l’Occident, qu’elles structurent comme triomphaliste et impérial au moment même où elles l’exténuent.

 

Le « populisme patrimonial[2] » fournit le repoussoir idéal qui permet au PC de ne pas se remettre en cause. Pourtant, les valeurs PC, loin de pouvoir fournir des principes de solution pour la crise, en sont en réalité le premier problème.  

 

Ces valeurs triomphantes sont aussi des valeurs déclinantes. De plus en plus, sans oser se le dire les uns aux autres, les Européens réalisent le caractère systémique d’une crise intellectuelle, morale, économique et politique, dont la fin présuppose un changement conservateur radical au niveau des valeurs. Ce conservatisme nouveau serait d’ailleurs aussi la figure authentique du progressisme.

 

L’idéologie PC cause à la jeunesse une frustration économique (déclassement), politique (absence d’horizon politique et de communauté) et morale (au-delà de certaines commodités et facilités). Elle interdit toute gestion réaliste des équilibres sociologiques et politiques, des rapports de forces internationaux. Elle sape la légitimité du politique en le réduisant à l’impuissance, voire au manque de sérieux. A notre avis, ou bien la démocratie se débarrassera du politiquement correct, ou bien le politiquement correct causera la fin des démocraties[3].

 

 

Les valeurs dominantes sont planétaires

 

 

Les valeurs PC-2011 sont virtuellement celles du monde entier. Nous parlerons ici plutôt de la France, mais une bonne part de ce que nous en dirons vaudrait pour l’Europe, pour l’Occident et même pour le genre humain. Le monde, Occident compris, souvent à son corps défendant, vit une profonde « occidentalisation PC », une unification galopante et réductrice sur le plan des valeurs.

 

Celle-ci n’est pas incompatible, au contraire, avec des réactions antioccidentales, dont la forme dénote paradoxalement une occidentalisation très profonde – phénomène analogue, par exemple, aux réactions antifrançaises de l’Allemagne francisée, après la Révolution et l’Empire. (Par exemple, un républicain et rationaliste, tel que J.G. Fichte, s’y fait consciemment  le promoteur du pangermanisme.) Elle se note enfin dans une certaine baisse de la puissance relative de l’Occident dans le monde, résultant de la diffusion universelle des facteurs occidentaux de la puissance. La crise occidentale PC, exportée partout, tend à devenir une crise mondiale PC.

 

Mais en même temps, l’univers donne aussi tous les signes de son entrée dans une phase de consolidation, ou de réaction, conservatrice, dont les fréquentes raideurs correspondent au raidissement général du dogmatisme PC. Ceci est vrai aussi en Occident.

 

Comme l’Occident est le premier principe d’action et de dissolution dans le monde, il est aussi la cible des réactions. C’est sur lui qu’à tous ces titres, il faut centrer l’analyse, mais, plus précisément, sur l’Europe.

 

Pourquoi sur elle ? Parce que la crise de la modernité tardive y est plus avancée qu’ailleurs. Aussi l’Europe semble-t-elle plus en crise, plus stagnante, plus tourmentée que le reste du monde. Mais, comme la crise de la conscience occidentale est aujourd’hui au cœur d’une crise de la conscience mondiale, il serait logique que l’Europe, en ayant parcouru plus tôt toutes les phases, soit aussi la première à en sortir.

 

Les Etats-Unis en auront sans doute pour au moins une génération avant de retrouver un équilibre. En Europe, c’est différent, la façade de l’ancien monde est sur le point de tomber.



[1] Selon l’expression de Jean GUITTON, Silence sur l’essentiel, DDB, 1993.

[2] Selon l’expression de Dominique REYNIE, dans Populismes : la pente fatale, Plon, 2011, notamment chapitres 3 et 5. 

[3] Henri HUDE, Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, Editions Monceau, Paris, 2010.

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