Philosopher cet été. Pourquoi Aristote a-t-il tant compté ? Article RTB, 1

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RTB = Revue Théologique des Bernardins

L’article se trouve en pages 117-141 du n°5, Juin 2012, Lethielleux Editeurs.

Si vous reproduisez cet article, merci d’en citer les références précises.

 

 

Considérations introductives

 

La thèse de cet article, dont le thème est métaphysique et phénoménologie, c’est que la philosophie sans métaphysique est une impasse. Sa conjecture est que la phénoménologie joue un rôle dans la renaissance de la métaphysique, moyennant une refonte de ses perspectives.

 

 

Définition du terme "métaphysique" 

 

Par métaphysique, j’entends la forme scientifiquement élaborée de la sagesse, autrement dit, de la connaissance enveloppante de toutes choses, autant qu’elle est possible à l’être humain[1]. Par elle nous appréhendons tous les étants (ou tous les êtres) comme une communauté, ou un ordre, ou une cité, ou un corps, qui ont tous en commun de se laisser saisir comme des étants, dans ce tout que nous nommons parfois l’Être. La part la plus noble du tout de l’Être en est le fondement, et c’est à elle que nous pouvons réserver le nom d’Être, avec majuscule ou par excellence. Celle-ci est éternelle. Pour Aristote, elle constitue le ou les principes de tout et il appelle Dieu, ou l’Être absolument par excellence, la partie radicalement première de cette structure éternelle, le « Gouverneur » de tout ce qui est. Nous avons là une structure de pensée largement pérenne, qu’Aristote a dégagée le premier avec précision. Cette structure par laquelle l’être humain, ouvert à tout, saisit le tout comme être et s’arrête à Dieu qui fonde ce tout, possède une pertinence pratique sur laquelle nous voudrions insister dans cet article. Du point de vue théorique, elle a aussi quelque chose de fondamentalement vrai, à telle enseigne que tous ceux qui la critiquent sont conduits à la reconstituer sous d’autres formulations ou conceptions. Ce serait l’objet d’un autre article[2].

 

 

Pourquoi Aristote a-t-il autant compté ?

 

C’est à cause de la vérité de cette structure, et de son inévitabilité pratique, et non par réflexe traditionaliste, que le commentaire d’Aristote a eu la fortune historique que l’on sait – non exclusive assez souvent d’un traitement plus autonome et systématique. Tant s’en faut cependant que même le commentaire se soit réduit à la répétition. La structure dégagée au départ restait assez indéterminée et de nature à faire la joie du commentateur. Elle était et restera sans doute jusqu’à la fin des temps, en attente de réorientations, de corrections et de déterminations supplémentaires, qui peuvent lui venir de confrontations avec des découvertes ou des événements imprévus, ou de mises en cause dues aux apparentes incohérences apparues à ces occasions. Quatre grandes fois dans l’histoire occidentale, cette structure a été ainsi remise à l’épreuve : 1° par la religion chrétienne, elle fut mise à l’épreuve de l’individu, de la personne et de sa liberté ; 2° par les sciences mathématiques et les techniques mécaniques ; 3° par les sciences historiques et biologiques ; 4° plus récemment, elle l’a été par les sciences morales ou politiques et par l’idéologie libérale. Le concept de forme, autour duquel s’articule la construction systématique d’Aristote, s’est trouvé à chaque fois au centre de la discussion. Ces quatre mises en cause ne s’excluent pas mutuellement, de même que les étapes antérieures peuvent perdurer et prolonger dans les suivantes. 

 

Définition du terme "phénoménologie"

 

Par phénoménologie, je n’entends rien d’autre au départ que les méthodes et les doctrines de ces écoles foisonnantes, issues de Husserl, et que tout le monde connaît. Plus métaphysiquement, j’entends l’ontologie, en tant qu’elle accorde une attention privilégiée à l’être comme vérité, c'est-à-dire comme se manifestant à des étants cognitifs, capables de capter la vérité de l’être, y compris la leur. J’entends aussi la forme d’ontologie et de philosophie première à laquelle aboutit d’emblée le questionnement radical humain, quand il prend la forme du doute – forme qui ne lui est pas nécessaire. Saisi dans le cadre, ou dans la dépendance, d’un tel doute, le concept d’être tend à se réduire au concept minimal et univoque de « non pur néant ». La phénoménologie, comme « ontologie dans le doute », si elle ne parvient, sur les pas de Descartes, à retrouver Dieu, est enfermée dans l’univocité de l’être. Et si, tout en refusant l’univocité pour diverses raisons probablement bonnes, on se refuse en même temps à imaginer une autre ontologie que la phénoménologique, sans suivre Descartes jusqu’au bout de ses Méditations, alors c’en est fini de tout discours rationnel, et pas seulement sur Dieu. Mais ne peut-on suivre Descartes un peu plus longtemps, ou plutôt ne pas le  suivre du tout ? Encore une fois, l’éclaircissement de ces sujets serait l’objet d’un second article. Il faudrait y la phénoménologie de Descartes et celle de Husserl.

 

Contexte de cette étude

 

Thèse et conjecture de l’article s’inscrivent dans une philosophie de l’histoire. La crise globale de l’Occident postmoderne arrive en phase terminale, tout simplement parce que sans structure métaphysique suffisante, une culture n’est pas fonctionnelle, étant incapable de procurer à une société libre le minimum vital d’autorégulation éthique et d’autorité. C’est pourquoi la simple nécessité « hobbésienne » de la survie imposera une fin de la « fin de la métaphysique ». Celle-ci ne se produira pas toutefois sans médiations d’ordre intellectuel. La « fin de la métaphysique » (ou plutôt une « fin de la métaphysique ») se rattachait en effet à des problèmes d’ordre physique, qui se sont en grande partie évanouis, mais aussi à des problèmes éthico-politiques qui demeurent, même si les solutions modernes, puis postmodernes, qu’on a voulu y apporter, sont insuffisantes.

 

Un vieux sujet de réflexion

 

Ma réflexion sur le thème a commencé il y a longtemps, par la méditation d’un livre de Jean-Luc Marion intitulé, Réduction et donation[3]. Il n’y a pas lieu de dresser la métaphysique contre la phénoménologie. Tout le monde est métaphysicien, et l’on ne sort d’une métaphysique que pour entrer dans une autre[4]. La phénoménologie ne fait pas exception. Quand elle existera plus authentiquement, elle rentrera dans la philosophie pérenne et y jouera un rôle. En outre, toute métaphysique commence peu ou prou par une philosophie première, enracinée dans un questionnement. Si ce dernier prend la forme du doute, cette philosophie première prendra celle d’une phénoménologie. J’espère que tout cela s’éclaircira dans ce qui suit.

 

Pour l’heure, concentrons-nous sur notre thème en le prenant sous un angle pratique, et allons donc chercher surtout du côté de la spiritualité et de la mystique.    SUIVRE LE LIEN POUR OBTENIR LA SUITE.                     RETOUR A LA PRÉSENTATION ET A LA TABLE DES MATIÈRES.

 



[1] ARISTOTE, Métaphysique, A, 932 a 5-10.

[2] Cet article figurera dans le dossier sur la phénoménologie en cours de préparation et qui fera l’objet d’un prochain numéro de la Revue théologique des Bernardins.

[3] Jean-Luc MARION, Réduction et donation. Recherches sur Husserl, Heidegger et la phénoménologie, PUF, 1989. Ce livre a donné lieu entre nous à un bref échange de correspondance. C’était à l’époque où nous collaborions à l’édition des Cours de Bergson aux PUF. Quatre ou cinq ans avant était paru un intéressant volume, sous sa direction et celle de Guy PLANTY-BONJOUR, intitulé Phénoménologie et métaphysique, Paris, PUF, 1984.

[4] Henri HUDE, Prolégomènes. Les choix humains, Parole et silence, 2009, pp.105 sq.

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