Philosopher cet été. Qu'est-ce que la subjectivité ? RTB, 4

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RTB = Revue Théologique des Bernardins.

L'article est en pages 117-141 du n° 5, Juin 2012, Lethielleux Éditeur. 

Si vous reproduisez cet article, merci d’en citer les références précises. 

 

Le sol subjectif de la métaphysique

 

Dans un second moment, nous allons, de manière peut-être un peu rhapsodique, suggérer combien la métaphysique peut tirer profit à frôler, sans s’y engluer, certains des thèmes favoris des classiques de la phénoménologie, relatifs à l’objectivité et à la subjectivité. 

 

Qu’est-ce que la subjectivité ? Dessèchement de la métaphysique ? Il est vrai que la métaphysique, à laquelle Aristote a donné une certaine structure stable[1], se dessèche, aussi bien que la pensée sans métaphysique, si elle oublie que les fruits aristotéliciens poussent à partir de la racine à la fois mystique et interrogative du socratisme[2]. (En outre, la métaphysique d’Aristote se déploie largement à partir de la philosophie première de Platon, en laquelle s’épanouit le questionnement de Socrate. En ce sens, la structure des Méditations de Descartes reprend et totalise, en une seule génération cette fois, la logique d’un tel progrès.)

 

Ce qu’on appelle l’objectivisme, c’est l’oubli de l’interrogation, donc de la subjectivité. Car qu’est-ce que la subjectivité, sinon le contenu d’une certaine idée que l’homme se forme de lui-même, quand il questionne radicalement ? C’est le « je suis », demandant à la fois « que suis-je ? » et « qui es-tu ? », question vivante, qui va du Vrai au Vrai, dans le Vrai,  sous le Vrai. Dans son commentaire au 3ème livre de la Métaphysique, le livre des apories, saint Thomas trouve cette expression pour caractériser la philosophie : universalis dubitatio de veritate[3]. Parce qu’il questionne ainsi, l’homme se sait à la fois libre et déterminé par la vérité, qui seule peut lui permettre de questionner, et seule finalise son questionnement. La métaphysique scolastique (si variée) est aussi pétrie de saint Augustin, grand questionneur, devenu pour lui-même « grande question », que d’Aristote, petit-fils de Socrate. L’école d’Athènes est un continuum – et elle n’est pas non plus la fin de l’histoire. La subjectivité en son questionnement prend une radicalité morale et ontologique plus forte au sein de la révélation et de la vie de foi. Comment donc opposer la métaphysique et la subjectivité ?

 

La subjectivité ne doit pas être confondue avec une certaine enflure de l’ego, due à l’enrichissement, à la sécurité, à l’indépendance individuelle et à la puissance technique. Elle ne doit pas être confondue avec la réduction de la liberté à une autonomie qui, devenue incapable d’accoucher d’une loi objective, tourne à l’anomie et au nihilisme. Ce sont là les produits d’une prospérité dont les vices sapent les fondements et qui finit en crise. La Providence, experte en mécanismes correcteurs, a fait en sorte que les maux que nous nous causons le plus souvent par nos fautes soient les remèdes qui nous stimulent à sortir de l’état non viable dans lequel nous nous enfoncerions sans eux.  SUITE EN SUIVANT LE LIEN.    RETOUR AU PRÉCÉDENT.

 



[1] Rappelons-nous que même si SUAREZ a remplacé le commentaire du texte d’ARISTOTE par un traité de métaphysique, le titre original complet de ce dernier était, significativement : « Disputationes metaphysicae, dans lesquelles est présentée en son ordre l’entière théologie naturelle, et où sont en outre discutées avec précision les questions abordées dans tous les douze livres de la Métaphysique d’Aristote ».

[2] Emile BOUTROUX, Cours sur Socrate, pp.37-39, dans Leçons sur Socrate, édité par Jérôme DE GRAMONT, Editions universitaires, Collection ‘Grandes leçons de philosophie’, Paris, 1990. 

[3] THOMAS D’AQUIN, « Les autres sciences considèrent en particulier tel ou tel domaine de vérité, et c’est pourquoi c’est particulièrement qu’il leur convient de douter de telles ou telles vérités particulières ; mais cette science (la philosophie première) se livre à une considération universelle de la vérité, et ainsi lui appartient aussi un doute universel au sujet de la vérité. » S. THOMAS D’AQUIN, Commentaires sur Douze Livres des Métaphysiques d’Aristote (In duodecim libros Metaphysicorum Aristotelis commentaria), L. III, Lectio 1, § 343. (« Aliae scientiae considerant particulariter de veritate : unde et particulariter ad eas pertinet circa singulas veritates dubitare : sed ista scientia sicut habet universalem considerationem de veritate, ita etiam ad eam pertinet universalis dubitatio de veritate. ») Ou encore, au § 340: « Ceux qui veulent chercher la vérité en ne prêtant pas d’abord attention au doute, ressemblent à ceux qui ne savent pas où ils vont. »

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