Syrie 2012 - Russie 1812

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Voici une réflexion philosophique sur l'histoire présente, parue dans le mensuel catholique La Nef. On y considère à la fois l'évolution des États-Unis, leur politique étrangère, notamment au Proche-Orient, et leur attitude à l'égard des partis islamistes.

Ceci, sous la forme d’une « Lettre ouverte à Napoléon Bonaparte » (n°240, septembre 2012, p.18). 

 

 

 

                                                           

                                                          La retraite de Moscou par Adolph Northern (XIXème siècle)

Sire,

Vous sortez du Purgatoire où vous étiez à jeun de toute politique internationale. Vous avez droit aux nouvelles, à moi de vous les donner.

L’espace est court, je serai bref.

Ce que je vous dirai n’est que la politique des hommes. Ici-bas, on connaît mal la politique du diable, et les points de tangence entre l’une et l’autre. Et Dieu seul sait la pensée de Dieu.

 

 

 Pour centre de perspective, Washington.

 

 

La situation des États-Unis évoque la vôtre, en 1812. C’est au moment où votre puissance avait culminé, que vous glissiez dans la démesure. Talleyrand retiré, les amis de la France tristes, vos fantoches à vos bottes. L’expiation commença, à la fin de l’année. « Pour la première fois, l’aigle baissait la tête. »

Certains disent que l’empire libéral des États-Unis est fini. Ce n’est pas vrai. Ils ont de très beaux restes et ne rabattent rien de leurs ambitions. Ce grand pays a dû sa fortune à sa sagesse politique et au suicide de l’Europe.

 

 

Que fut par le passé la sagesse de la grande République américaine ?

 

 

Pas de démocratie idéologique ; un régime mixte, une république aristocratique, qui est une classe entrepreneuriale ouverte, assumant l’intérêt national, donnant large part au peuple, via le développement industriel ; les traditions classiques de l’Europe ; une vaste classe moyenne ; un compromis entre la religion chrétienne et la grande philosophie des Lumières.

Tout cela s’érode.

Ils adoptent la social-démocratie au moment où elle fait faillite en Europe.

Plus d’aristocratie d’industriels, mais une oligarchie de financiers.

Bonne pour un peuple sensé, leur Constitution divise des idéologues.

Ils appellent Démocratie l’application d’une idéologie, qui est le communisme à l’envers, folie du tout privé remplaçant celle du tout public.

Les effets de tout cela ? Attristants.

 

 

Quelle est la folie de l'oligarchie impériale, aux États-Unis contemporains ?

 

 

Le militarisme ? À son comble.

La guerre, perpétuelle.

Pourraient-ils vivre sans ? Sire, vous ne le pouviez plus. Eux, pas davantage.

Ce n'est pas tout. 

Deux logiques s’opposent : celle de l’empire et celle de la République. À l’horizon, une dictature de l’exécutif ? La sécurité nationale justifie tout.

Comme vous, Sire, ils aspirent à l’empire par impuissance à se croire en sécurité dans un jeu d’équilibre et sans pouvoir absolu.

Le monde entier n’aspire-t-il qu’aux bienfaits du libéralisme ultra-individualiste ? Il faudrait que ce système lui propose des perspectives attractives. Or, il a mis l’Europe à genoux, les pays arabes sens dessus dessous. Il a fonctionné, aux USA, en raison de leur singularité historique. Il y fonctionne moins bien. En exportant une formule, qui met la pagaille partout ailleurs que chez eux, ils ont inventé l’art de dominer tout le monde sans avoir l’air d’y toucher. Après avoir détruit le nazisme et le communisme, ils sont en train de devenir, sur le mode libéral, ce que la France fut un temps, Sire, à cause de vous : la puissance idéologique et militariste visant à l’empire universel.

L’ONU ? Leur faux nez, ou une impuissance.

L’OTAN? Leur outil docile.

L’UE, un castrat, une confédération du Rhin.

Ils ne savent plus ce que signifie le mot « égalité » entre des nations. La démesure prépare leur perte, Sire, comme elle a brisé votre empire.

 

                                                        

 

 

C’est le dessein arrêté des États-Unis de mettre au pouvoir les Frères musulmans, sauf dans les monarchies pétrolières

 

 

Les gens trop honnêtes ont du mal à comprendre que le pétrole n’a pas d’odeur, et le pouvoir pas de religion.

Richelieu abaissait les Protestants de France et s’alliait à ceux d’Allemagne, en lutte contre les Habsbourg. Le Roi Très-Chrétien, François 1er, et nombre de ses successeurs, utilisaient l'Empire Turc comme une alliance de revers contre le Saint-Empire germanique.

Les États-Unis tiennent les monarchies pétrolières, qui tomberaient sans eux. Par elles, ils tiennent (ou croient tenir) les partis islamistes, qu’ils ont infiltrés depuis longtemps et que les pétroliers financent. Les services secrets britanniques, puis américains, ont toujours fait monter les Frères musulmans, contrepoids aux nationalistes arabes laïques. Face à un barbu, on ne sait donc jamais si c’est un pieux musulman, ou un agent de la CIA.

 

 

Grand Dessein ou machiavélisme de sous-préfecture ? 

 

Un grand État, dans des démocraties novices, peut tirer les ficelles.

Les islamistes aussi sont corruptibles.

Leurs gouvernements savent qu’ils vivent grâce aux investissements, et à la manne des pétroliers.

Venus au pouvoir, ils ont le choix :

Option 1 : gérer cahin-caha une démocratie « normale » de seconde zone – en somme, devenir des démocrates-chrétiens musulmans. En deux générations, le démocrate mangera le musulman.

Option 2 : ils se rebiffent. En ce cas : diabolisation, subversion, révolution, intervention, démocratisation, anarchie, domination – retour au cas précédent.

Pour désislamiser les pays musulmans (semble penser l'Oncle Sam), rien de mieux que des partis islamistes modérés.

Cela dit, trop désislamiser point ne faut. Il faut à l’idéologie libérale un religieux repoussoir. L’inquisiteur date trop, le barbu est incontournable.

Le monde arabe ne doit pas non plus devenir trop fort et l’empire libéral n’a pas intérêt à éradiquer une religion à ses yeux opportunément rétrograde.

On serait plus tranquille encore si des raisons humanitaires allumaient une guerre entre sunnites et chiites.

Tout ça est un bon jeu. Il permet de voir venir.

Si ça marche.

Cela marchera-t-il ? C'est à voir, ou c'est tout vu

Et nous, que faire, s'ils se "plantent" ? Dans tous les cas, préparer l'avenir, parce qu'il y aura du sport. 

N.B. : Une contribution personnelle à cette préparation : 

 

                                                 

                     Préparer l'avenir. Nouvelle philosophie du décideur,  Economica, 2012, 144 pages.

 

 

Car il y a toujours une avenir. 

 

                         

                                                              Le congrès de Vienne (1814-1815)

 

 

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