Société, valeurs militaires et pacte social

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 Je poste ce jour, avec deux ou trois changements minimes, un article écrit pour la revue Armées d’aujourd’hui qui sort lundi 11 juin 2012, avec un dossier intéressant sur les valeurs militaires. C’est le magazine mensuel en langue française du ministère de la Défense.

 

 

Tout bouge, à cause de la Crise

 

« Tout bouge, à cause de la crise. En particulier, les problèmes touchant aux rapports de la France et de ses Armées. Les Armées en effet, au-delà de leur mission de défense, sont désormais incontournables pour aider ceux dont c’est la mission directe, à élaborer un nouveau pacte social, celui que requiert la gravité de la situation du pays.  

 

« Par ‘crise’, j’entends la crise financière, qui est loin d’être finie, et tous ses prolongements possibles. Car chacun comprend que la croissance, l’emploi et l’Etat Providence sont mis sous tension par les traités libéraux (Maastricht + OMC) – et cela partout en Europe. Cette tension devient un grand écart insupportable. Elle appelle une réflexion et une action de grande ampleur. Il ne s’agit de rien moins que d’imaginer un nouveau pacte social en France et de trouver une formule de remplacement pour l’Europe.

 

« Or, ce pacte social que nous cherchons, il comporte une dimension éthique originale. Il faut trouver, par le haut, un accord entre des valeurs qui, vues de plus bas, paraissent opposées. Eh bien ! Cette formule d’unité, elle est déjà vécue au sein de nos Forces. Ce que nous cherchons désespérément pour notre société, nous l’avons déjà, d’une certaine façon, dans nos Armées.

 

« Par conséquent, dans la perspective d’une ambition d’unité et de relèvement nationaux, cette éthique des Armées mérite toute notre attention. Et cela change le regard sur le rapport entre la société et ses Armées.

 

 

Le fameux lien Armées-Nation

 

« Le fameux « rapport entre les valeurs militaires et la société présente », qu’est-il donc, en temps de crise ? Le problème n’est plus celui d’un inconfortable porte-à-faux entre la société, censée être de plus en plus individualiste, et les armées, cultivant invariablement le primat du collectif. Car la société ne pourra plus vivre autant qu’avant dans le chacun pour soi. Et pourtant, on ne va pas proposer un nouveau collectivisme ! Il s’agit donc de proposer la découverte, dans nos Armées, non plus d’une sorte d’exception culturelle, mais d’une innovation culturelle, que la société a intérêt à s’approprier. Et les armées devraient partager cette richesse. C’est une part de leur mission. Il y va de la cohésion nationale.

 

« En temps de crise, nous avons besoin, non de valeurs qui se combattent, mais de valeurs qui se complètent. Mais comment combiner des valeurs traditionnellement opposées, à l’heure où s’érodent les compromis socioéconomiques d’après 1945, ce qui aiguise les tensions ? A l’heure où  les équilibres mondiaux et les constructions internationales sont remis en question ? Encore une fois, c’est là que les armées peuvent être utiles.

 

« Bâties en fonction de situations de crise et de combat, elles ne peuvent être opérationnelles, sans une synthèse originale de valeurs qui, ailleurs, pourraient sembler incompatibles. Sans idéaliser le militaire, on est quand même en droit de noter que la synthèse des valeurs est, dans les Forces armées, relativement plus aisée qu’ailleurs : hiérarchie et fraternité, commandement et amitié, rivalité et camaraderie, discipline et initiative, liberté d’esprit et devoir de réserve, unité d’action et liberté de parole, patriotisme et vie au sein d’alliances, sens de la nationalité et esprit européen, volonté de modernisation et culte des traditions, conservation et progrès, liberté et égalité, diversité et intégration, souci des personnes et sens du bien commun, en un mot, l’harmonisation, dans tous les domaines, des diverses dimensions de la justice. Si c’est un fait que ces valeurs sont (relativement) plus faciles à concilier dans un espace militaire, ne serait-il pas utile de se demander davantage pourquoi ?

 

 

Esprit militaire et démocratie

 

 

« Les armées d’une démocratie doivent unir en elles les valeurs d’une armée et celles d’une démocratie, sauf à se marginaliser ou à souffrir d’un dédoublement de personnalité. Mais, inversement, une démocratie rationnelle sait que le monde est dangereux. Une démocratie durable sait « penser la guerre », et doit disposer de forces armées pour la défendre. Pour que cette société démocratique ne soit pas, elle non plus, schizophrène, elle doit savoir faire exister en elle des armées cultivant toutes les valeurs d’armées réellement opérationnelles ; et elle doit aussi être capable de reconnaître et même de partager, pas seulement par utilitarisme, les valeurs propres à ces armées.

 

« Les valeurs les plus évidentes d’une armée sont des valeurs de conservation, puisque les armées sont constituées, précisément, en vue de se conserver dans une lutte pour la vie, au service de la nation. Mais, la conservation, ici, ce n’est pas la mort dans l’immobilisme, c’est l’effort d’une adaptation continue en vue d’éviter la mort, pour continuer à servir. Et servir quoi ? La Cité libre ! Donc, si l’on creuse, on découvre au sein même de ces valeurs de conservation-là toute une profondeur de solidarité et de liberté. C’est pourquoi les armées, sachant articuler ces dimensions de la justice, peuvent être une matrice d’unité nationale et de tolérance politique.

 

 

Repenser la solidarité

 

 

« Par exemple, rien de plus naturel, dans une armée, que la solidarité. Même en temps de paix, chacun a conscience de la mort possible, des orphelins, de la blessure, physique ou mentale. On honore les morts et on ne laisse pas tomber les blessés, ou les familles. Autrement, qui voudrait se battre ? On soigne aussi les blessés ennemis. Cela fait partie de la mission. Par ailleurs, cette solidarité entre membres ne va pas sans esprit de corps, discipline et respect de l’autorité. Mais, cette discipline doit marcher à la confiance et à la loyauté mutuelle, ainsi qu’à l’initiative – en somme, à tout ce qui permet la liberté politique durable. Ainsi, la solidarité, d’un point de vue militaire, ne se conçoit pas sans l’autorité et la liberté. Aucune des trois ne peut marcher sans les deux autres. La solidarité, en particulier, est une exigence pour tous, sans distinction de rang ou de grade, de classe ou d’idéologie, ou même de parti. Elle est une valeur morale et civique, civile et militaire, universelle et française. Et il en va de même d’autres valeurs.

 

« Dans un cadre de pensée politique et novateur, les Armées sont une matrice indispensable et un lieu d’expérimentation nécessaire à la formation du nouveau pacte social. Tel est, regardé d’un point de vue civique, et politique, le plus haut des rôles sociaux des Armées aujourd’hui et demain, dans la République française. »

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