Lettre ouverte aux conservateurs qui ont envie de rester dans l'opposition toute leur vie

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Voici une chronique parue dans La Nef de décembre 2012.

Je la livre sans commentaire, à l'intention de certains qui ont envie, précisément, de ne pas subir toute leur vie la dictature de l'ordre moral à rebours. 

 

 

La méthode garantie pour perdre

 

Mon intention est de montrer comment les conservateurs américains s’y prennent pour perdre. Ils sont « d’un gabarit exceptionnel ».


Ils se répartissent en deux groupes : les ultralibéraux et les protestants moralisateurs. Les premiers expliquent au peuple qu’il aura moins d’argent, et les seconds moins de sexe.


L’idéal supérieur et l’amitié noble mis à part, il y a dans l’homme trois grandes pulsions : le pouvoir, le sexe et l’argent.

 

Pour ce qui est du pouvoir, en démocratie, le peuple en a fait son deuil depuis longtemps, pourvu que les dominants y mettent des formes. Mais pour le reste, il faut être humain. Alors, si on veut sauver la famille, il faut faire saigner la banque. Et si on veut peaufiner l’usurier, alors il faut tolérer la luxure. En un mot, on ne peut à la fois plumer le peuple et le puritaniser. Entre deux maux, il faut choisir. Les Républicains ne choisissent pas. Démos vote Obama.

 

 

L'Etat n'est pas le socialisme (pas toujours...) 

 

Les conservateurs américains détestent l’État. Un dream : les familles, rebelles aux Pouvoirs, vivant dans la nature, under God, avec leurs fusils et leurs associations. Cela ne fait pas une société, c’est un souvenir pionnier et aujourd’hui c’est un mythe. En plus, ce refus de l’État exprime un refus métaphysique de l’autorité qui est aussi au fond du refus de la loi morale par les libertaires.

 

 

 

Et l'impôt n'est pas toujours du pillage pour du gaspillage (pas forcément...)

 

Il y a chez eux un déficit de philosophie économique harmonisant marché et solidarité. Tant que cela dure, le chômeur et le prolétaire ou l’immigré récent ont le sentiment de se faire moraliser par des riches indifférents à leurs problèmes.


Obama est social dans le discours et les sentiments. Une politique keynésienne en économie ouverte financière produit inflation, fuites de capitaux et moindre compétitivité, sans rien arranger. Obama garde les politiques de libre-échange idéologique, cœur du pouvoir de l’oligarchie financière, mais il a la couleur d’un pauvre, des réactions sympathiques, et faute de mieux, c’est toujours ça.

 

Depuis J.F.Kennedy, il n'y a pas eu un seul président indépendant de Wall Street et du lobby militaro-industriel. Autrement (dit) c'est Dallas... 

 

 

Dieu et Mammon

 

Les conservateurs américains croient voir une cohérence entre l’individualisme libéral et l’individualisme protestant. Ils ne voient pas que le libéralisme, détaché de la religion protestante, mène sa vie propre, devient libertaire et lamine la religion qui l’a enfanté. Les États-Unis vivent le divorce entre Dieu et la liberté. C’est la fin du compromis et de l’union qui ont fait leur force.

 

 

Questions d'immigration et d'avortement

 

Les conservateurs américains ont l’impression de ne plus être chez eux et de devenir un pays du Tiers-Monde. Franchement, si les Américains n’avaient pas génocidé leurs Indiens, et avaient fait des enfants avec les natifs, comme les Espagnols, ils auraient la même couleur que les Mexicains. Et s’ils avaient mieux traité les Noirs, ces derniers ne voteraient pas pour un Noir à 92 %.

 

Les conservateurs sont hostiles à l’immigration mexicaine, par souci de sauvegarder l’identité des États-Unis. Mais qu’est-ce que l’immigration, sinon le libre-échange de la main-d’œuvre dans une logique ultralibérale ? Qu’est-ce que la nationalité, du même point de vue, sinon une entrave au commerce ? Les conservateurs catholiques sont plus réfléchis, car ils ont la même religion.


Ils sont contre l'avortement. Alors il faut être logique. Si on fait des enfants, il faut investir pour que la jeunesse trouve du travail. Or elle sera au chômage, si le capital émigre.

 

Et elle sera prolétarisée, si le capitalisme financier, après avoir privé les gens de leur outil de travail, leur demande en plus de rembourser rubis sur l'ongle les folles dettes qu'il a fait souscrire aux États, ou permis aux gens de souscrire, afin de rendre indolore l'opération précédente.

 

 

 

Socialistes en peau de vison

 

Heureusement, le peuple élit des Obama pour le défendre. Ils font la politique de l'oligarchie financière et font diversion en faisant discuter sur la question de savoir si un homme est une femme, ou inversement. Les conservateurs aiment foncer sur la cape. Les gouvernements respirent. Les militants socialistes sont contents, ils ont l'impression d'être progressistes. Et l'oligarchie rigole.

 

Ce n'est pas que ces questions soient sans importance. Mais il faut les replacer dans le tableau d'ensemble. Quand le peuple est privé de pouvoir et d'argent, il faut le tenir par le sexe. Là est l'enjeu matérialiste des délires idéologiques.

 

Quand j'étais enfant, on appelait ça des socialistes en peau de vison.  

 

Bref, entre le capitalisme financier et l’autogénocide, il faut choisir.

 

Le Tea Party n'est pas ce qu'on raconte dans les médias français. (D'ailleurs peu de choses sont en réalité comme le raconte la majorité des médias français.) Le Tea-Party défend le small business, mais il n’est pas de force. Il n'a pas les moyens. Pour être élu, il faut un milliard de dollars, ou deux. Qui peut se payer un président ?

 

 

L'impérialisme, stade suprême du capitalisme libertaire

 

Les conservateurs aiment l’american leadership et le capitalisme mondialisé. Le capitalisme mondialisé dissout la substance matérielle et morale de leur Nation : ils restent hébétés.


Les conservateurs exaltent les classes moyennes, assises d’une démocratie, et acceptent un système ôtant l’emploi à des millions, au profit d’actionnaires et de hauts dirigeants. Ce régime, pour se maintenir, doit éviter la crise sociale. De là un endettement fou et une taxe imposée au monde, via le statut de monnaie de réserve du dollar. Le pays qui ne produit plus paye ses factures en imprimant de la monnaie. Et l’État peut s’endetter à l’infini auprès de la FED, qui imprime cette monnaie.

 

Pour maintenir le statut du dollar, il faut préserver l’hégémonie, chercher le renversement des régimes indociles, de là ces dépenses militaires délirantes et ces continuelles guerres de conquête, ces manœuvres de subversion et cette boulimie d’empire universel. Mais comme l’Armée a des valeurs, le conservateur soutient les politiques impériales.

 

Obama fait la même politique impériale, mais préfère l’assassinat par drone et la subversion. Quand on est Nobel de la paix, il faut se montrer humaniste.

 

 

 

Last but not least

 

Et puis, pour gagner, il faut :

1. s'unir ;

2. choisir le meilleur.

L'art de gagner est d'une simplicité limpide : avoir un vrai leader, rester uni et diviser l'adversaire.

Mais, il y a toujours des gens qui préfèrent être les premiers dans une équipe qui perd, que les seconds dans une équipe qui gagne.

Et plus on se divise, plus il y a d'équipes qui perdent, et donc plus de gens satisfaits d'être les premiers.

CQFD

 

Bonne réflexion !

 

 


Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Nouveauté


La force de la liberté
La force de la liberté
€18.00

Evénements

Aucun événement

Restez au courant !

Nom:
Mail:

Sites partenaires

Bannière