Une politique familiale en capital (5) Faute d'innovation, nous aurons la Révolution

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Avec la crise, la social-démocratie est une formule moribonde. Pour éviter la révolution, il faut repenser de fond en comble la solidarité. Ce renouveau de la solidarité passe par la famille. De là l'idée d'une nouvelle politique familiale en capital (PFC).

Comme les questions familiales vont être d'actualité à la rentrée, je republie ci-dessous, découpé en plusieurs livraisons, un article que j'avais publié, à la demande du Pr. Dupeyroux, dans la célèbre revue Droit social, n°5, en Mai 1997, pp.443-450.

Je ne l'ai pas réécrit. J'ai parfois ajouté ici et là une phrase. Il me semble plus actuel qu'il ne l'était lorsqu'il a été publié.

Ceci est la cinquième fragment. CLIQUER ICI POUR RETOURNER AU TOUT DÉBUT DE L'ARTICLE

 CLIQUER ICI POUR AVOIR LE PRINCIPE ET LES MODALITÉS DE LA PFC 

CLIQUER ICI POUR RETOURNER AU FRAGMENT PRÉCÉDENT

 

 

Remettre en cause la doctrine standard sur la politique familiale

 

Le concept de politique familiale actuellement en vigueur repose sur les deux conceptions suivantes.

Distinction entre politique sociale et politique familiale au sein d’une même conception redistributive. La politique sociale viserait à une certaine redistribution entre riches et pauvres. La politique familiale viserait, elle, à une certaine redistribution entre ménages plus chargés d’enfants et ménages moins chargés. De là par exemple le principe de l’attribution universelle, sans conception de ressources, de tout ce qui relève précisément de la politique familiale.

L’enfant a un coût, de sorte que ceux qui éduquent des enfants se trouvent financièrement pénalisés par rapport à ceux qui n’en éduquent pas. Ce coût de l’enfant peut et doit être calculé. L’objet de la politique familiale serait de verser des prestations ayant pour effet de compenser le coût de l’enfant. Telle est, par exemple, en France, la doctrine officielle de l’UNAF.

 

Cette doctrine devenue traditionnelle comporte sans aucun doute des éléments qui en font une approximation supportable d’une théorie adéquate. Malheureusement, elle ne peut plus fonctionner convenablement dans les circonstances présentes. Je voudrais montrer pourquoi une telle théorie tourne à vide et devient une abstraction sans rapport organique suffisant avec le système des évolutions économiques et des rapports de forces politiques.

 

 

Besoin d’innovations conceptuelles pour redonner des marges de manœuvre au Gouvernement                                                   

 

On peut d’abord se placer dans l’optique du Gouvernement. Celui-ci a d’abord en vue le besoin d’organisation européenne. On ne peut pas le lui reprocher. Il entend donc respecter les obligations résultant pour lui du Traité de Maastricht en matière de dépenses publiques. Il exclut donc notamment tout accroissement des prestations familiales. Par ailleurs, le haut niveau de chômage alourdit les charges de la branche famille, en augmentant le nombre des ayant-droit à toutes sortes de prestations liées à des situations de pauvreté. Sauf réforme conceptuelle permettant de dégager de nouvelles marges de manœuvre, le Gouvernement n’a rien d’autre à faire que de savoir s’il accepte ou non de transformer davantage la politique familiale en politique sociale.

Soumis à ces exigences diplomatiques, et pour des raisons électorales qui ne sont pas forcément méprisables, il semble avoir d’ores et déjà opté pour le statu quo. Le rapport général de la conférence exprime assez bien ces préoccupations et ces choix. Si on veut les critiquer, il faut remonter au principe et remettre en cause ou bien certaines clauses du Traité de Maastricht, ou bien plutôt certains principes de politique économique qui y sont incorporés, et qui tendent à faire de l’idée européenne une idée oligarchique, malthusienne et anti-sociale. La bonne question serait alors : l’idée d’une politique familiale est-elle cohérente avec le caractère malthusien de la théorie classique du crédit et de la monnaie ?

Plutôt que de critiquer encore et toujours le manque d’imagination d’un  Gouvernement qui doit résoudre la quadrature du cercle, mieux vaut essayer de lui fournir des concepts originaux qui lui permettraient, peut-être, de mener des politiques plus innovantes. De ce côté, l’obstacle épistémologique se trouve notamment du côté des doctrines qui considèrent trop restrictivement la politique familiale comme un des segments de la redistribution social-démocrate. Mais il ne se trouve pas que là.

 

 

La mondialisation et l’Europe contre le peuple et la famille

 

La vérité est que la mondialisation économique, telle qu’elle fonctionne, impose aux nations enrichies qui veulent rester compétitives l’obligation de baisser régulièrement et sur un grand nombre d’années le prix global du travail. Cela les contraint au démantèlement progressif des politiques sociales qui constituaient la vie même de l’Etat-Providence. A cette condition, et seulement à cette condition, le produit national pourra continuer à croître. Encore faut-il ajouter que dans un monde où un capitaliste peut déplacer à sa guise ses capitaux et sa résidence, l’Etat n’a plus la même possibilité de ponctionner, en vue d’une redistribution aux pauvres, un montant croissant de revenus du capital.

Ainsi, dès lors que les ressources de l’Etat se trouvent ainsi plafonnées, et faute d’innovations conceptuelles rouvrant le champ des possibles, les deux formes de redistribution entrent nécessairement en concurrence et les besoins de la politique familiale en conflit avec ceux de la politique sociale. Il y a des motifs également honorables pour opter dans un sens ou dans l’autre. Devant la liberté laissée par les principes, les hommes politiques choisirons chacun en fonction de l’idée qu’ils se font de leurs intérêts électoraux. Il reste que la défense de la famille, au lieu d’être en accord avec l’aide aux pauvres, se trouve désormais en concurrence avec elle. Mais comme ces pauvres ont souvient, eux aussi, une famille, le risque est grand que la politique à proprement parler familiale devienne, ou en tout cas passe pour, une politique pour les familles riches.

 

 

La déflation ultralibérale et l’autogénocide en douceur 

 

Il est clair que, dans cette configuration, le principe familial se trouvera rejeté du côté de l’accroissement des inégalités sociales et que cela ne peut que contribuer au renforcement des préjugés défavorables dont il est souvent l’objet de la part de la gauche.

Ainsi localisé, le principe familialiste restera de toute manière limité et marginal. En effet, en tant que redistribution étatisée, la politique familiale est critiquable, elle aussi, aux yeux d’un libéralisme radicalisé dont l’utilitarisme individualiste et l’égoïsme féroce ne se gênent plus en rien pour traiter les personnes selon la logique régissant l’utilisation des choses. Pour le dire crûment, les Français (et le Allemands, les Italiens, etc.) fabriquent désormais trop cher leurs enfants. Il n’y a pas de raison pour subventionner ainsi une production locale non concurrentielle alors qu’on pourrait délocaliser la reproduction et avoir recours à l’importation. Avoir des enfants, devenant ainsi un luxe, doit être réservé aux riches qui en ont envie et sont en mesure de se le payer. Pourquoi donc conserver une politique familiale au sein d’une politique globalement libérale ? Parce que les libéraux ne peuvent demeurer au pouvoir sans l’appoint d’une minorité de conservateurs, attachés au principe familial.

 

 

Quand les conservateurs ne conservent plus rien

 

Ces derniers, en défendant le statu quo ont peut-être raison de croire qu’ils font le maximum pour sauver ce qui peut l’être. Ils redoutent, non sans quelques raisons, en cas de domination de la gauche, un dogmatisme idéologique antimatrimonial ou antifamilial. Mais, d’un autre côté, en se positionnant ainsi, ils cautionnent un ordre libéral dans lequel il n’y a guère de place pour les enfants des familles pauvres des pays riches (pour ne pas parler ici des familles pauvres des pays pauvres).

La droite conservatrice a en général tendance à traiter la question de la famille déductivement, comme si elle était d’abord un idéal moral ou spirituel exigeant surtout une reconnaissance publique, un discours respectueux, des honneurs officiels et non pas aussi un humble budget requérant que soient mises en place les conditions macro-économiques de son équilibre à long terme. L’amour est une belle chose, mais comme le proverbe dit à raison, « quand la misère entre par la porte, l’amour s’en va par la fenêtre ». Affirmer une haute morale conjugale et familiale ne suffit donc pas. La famille n’est évidemment pas une société qui puisse se suffire à elle-même. Elle a donc besoin de l’aide de la communauté politique et de l’Etat. C’est pourquoi adhérer à une conception exigeante de la morale familiale doit normalement conduire à exiger la mise en place d’une politique familiale.

Mais encore faut-il que cette politique familiale soit autre chose qu’une redistribution familialiste à valeur constante, qui serait désormais prise, faute de croissance et compte tenu de l’accroissement des nouvelles pauvretés, sur une redistribution sociale décroissante, au détriment des misérables. Ceci resterait vrai, même si les familiaux étaient fondés, comme c’est sans doute le cas, à soutenir que la tendance a été depuis longtemps inverse, et que la politique sociale a plutôt conduit à un dépouillement de la politique familiale. Ils devraient en effet comprendre que la cause de la politique familiale n’est pas efficacement défendable dans le cadre de principes simplement redistributionnistes et en l’absence d’une croissance économique qui pourrait se traduire par une augmentation des facultés redistributives de l’Etat.

En s’accrochant à cette conception en ces temps d’exclusion sociale croissante, les familiaux rendraient de plus en plus plausible la caricature de leurs adversaires, présentant la politique familiale sans condition de ressources comme l’allocation de sucreries à des familles nanties, ne laissant point d’apporter d’ailleurs un appoint décisif à un pouvoir libéral organisant la stérilisation des pauvres (à commencer par la stérilisation des pauvres des pays riches). Il y aurait là un phénomène de double vie qui, sur le long terme, produirait le malaise, puis le dégoût. C’est pourquoi la cause de la politique familiale, pourtant requise pour le bien public, comme nous le dirons, n’est pas défendable sans approfondissement et réforme de nos principes de philosophie politique et d’économie sociale.

 

 

Et quand les progressistes se font les agents de la régression sociale  

 

Pour être juste, une telle critique doit bien sûr être complétée par celle qui suit, symétrique. Car, exactement de la même manière, on aura à gauche tendance à ne pas traiter assez la question de la famille de manière inductive, en tenant compte de l’apport irremplaçable de la famille à la construction de la solidarité sociale globale, mais au contraire d’une manière trop déductive, à partir de principes moraux exprimant une conception réactive et trop anti-communautaire de la liberté individuelle. La justice sociale, aujourd’hui, passe par la famille. (...)

 

 

Petite philosophie de l'histoire de la solidarité

 

Nous avons d’abord eu, aux époques traditionnelles, une solidarité familiale : en termes hégéliens, ce serait la thèse ;

puis, après divers aléas, nous avons mis en place une solidarité étatique, sous la forme de l’Etat-Providence, c’est l’antithèse hégélienne ;

il faut désormais une synthèse, qui soit la solidarité sociale considérant la famille comme son lieu d'application privilégié, et usant de la solidarité familiale comme de son premier moyen de réalisation, conformément au principe de subsidiarité.

Encore faudrait-il qu'on arrête de la démolir.   CLIQUER ICI POUR RETOURNER AU TOUT DÉBUT DE L'ARTICLE

CLIQUER ICI POUR RETOURNER AU FRAGMENT PRÉCÉDENT 

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Nouveauté


La force de la liberté
La force de la liberté
€18.00

Evénements

Aucun événement

Restez au courant !

Nom:
Mail:

Sites partenaires

Bannière