Préparer l'avenir. Nouvelle philosophie du décideur

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Je viens de publier un nouveau livre : Préparer l'avenir. Nouvelle philosophie du décideur.

On peut en trouver une brève présentation en ligne, sur le site de l'éditeur, Economica

Ce nouveau livre compte 130 pages et coûte 18 Euros.

A l'occasion de la parution, l'hebdomadaire Famille chrétienne m'a demandé une interview, dont je donne ci-après le texte. Propos recueillis par Samuel Pruvot.

Le titre de cette conversation : "Les qualités ordinaires des grands leaders ne suffisent plus".


 

Quelle est votre réaction au lendemain de l’élection de François Hollande ?

 

Ce n’est pas une surprise. Relativisons : l’élu sera face aux problèmes très profonds que la campagne n’a que faiblement abordés. Le pacte social passé en 1945 – la croissance finançant l’État providence – est caduc. L’État ne peut plus payer les dettes sociales et financières. Nous n’éviterons pas une remise à plat des traités, une redéfinition du contrat social. Cela exige une autorité politique hors du commun que l’élu n’a peut-être pas, sauf à se transcender… Dans l’Histoire de France, confrontés à des situations d’exception, certains ont réussi à le faire, comme jadis le futur Charles VII.

 

Pourquoi accorde-t-on une telle autorité au président de la République ?

 

Il y a des explications historiques. Et il y a la Constitution. Plus encore, nous entrons dans des temps d’exception et les Français le sentent. Pour faire face, c’est dans le pouvoir politique que le corps social recherche une tête.

 

Quelles sont les vertus nécessaires au nouveau chef de l’État ?

 

Les qualités ordinaires des grands leaders ne suffisent  plus. Le libéralisme idéologique est en train de nous reconduire à l’"état de nature". La société devient ingouvernable, un système où il est impossible de réformer les abus de tous contre tous. Les qualités requises pour un président sont désormais les qualités fondatrices d’une société, celles qui font sortir de l’état de nature. Et fondent la civilisation.

 

Le président, ultime rempart de la civilisation : n’est-ce pas excessif ?

 

Nous avons besoin de dirigeants capables de présider à la passation d’un nouveau pacte social. Il nous faut des esprits et des consciences ayant fait leur révolution culturelle. Des esprits ayant retrouvé la pensée classique, en se replongeant dans les trois grandes sources de la pensée occidentale que sont l’Antiquité gréco-romaine, la religion chrétienne et la grande philosophie des Lumières.

 

Cette même philosophie des Lumières qui a engendré le libéralisme… ?

 

Le grand libéralisme des Lumières, qui conservait la nécessité d’une rationalité forte et du devoir (Kant), restait opérationnel. Mais le libéralisme idéologique de la postmodernité a échoué. Aujourd’hui, l’individu est tenté par les options antilibérales. Il sent que quelque chose bloque l’innovation. Il ne sait pas quoi. D’où l’angoisse. De plus, la culture dominante anéantit l’autorité, parce qu’elle met l’arbitraire de l’individu à la place de la loi morale. Mais s’il n’y a pas de loi morale, l’individu n’a pas non plus de devoir. Le pouvoir civil s’impose donc brutalement, ou alors il n’est plus supporté et perd tout pouvoir.

 

N’est-ce pas le propre de l’idéologie ?

 

L’idéologie nous emprisonne dans une analyse en termes de droite et de gauche, avec, de chaque côté, des modérés et des extrêmes. Or il n’y a pas deux dimensions en politique, mais trois, parce que la justice compte trois dimensions : 1/ celle de la solidarité entre concitoyens et de la protection des plus faibles ; 2/ celle de la liberté des contrats et des échanges privés ; 3/ le respect du devoir civique et patriotique. C’est sur la première qu’insistent le plus les partis populaires et les classes populaires. Les milieux d’affaires et la bourgeoisie mettent l’accent sur la seconde. La haute administration, ou l’aristocratie selon les époques, seront plus sensibles à la troisième.

 

Comment cela s’applique-t-il en particulier pour la France ?

 

La raison de la crise française, c’est une contradiction intenable : d’un côté, l’acceptation d’un extrémisme libéral dans la pensée, dans la vie privée et dans la politique économique au niveau mondial ; de l’autre, un État français et une économie nationale gérés de façon unilatéralement socialiste.

 

Croyez-vous en une relève politique ?

 

La relève est pensable, si chacun des grands partis fait un effort pour rejeter sa part de fanatisme politique et pour s’ouvrir aux autres dimensions de la justice. Du côté des libéraux, un examen de conscience est requis d’urgence. Où est la liberté dans le relativisme dogmatique, le moralisme à rebours de la morale naturelle, l’intolérance qui diabolise tout ce qui ne chante pas la même chanson ?

 

Et du côté de la gauche ?

 

Franchement, c’est la même chose. Elle partage la bonne conscience des idéologues libéraux. Elle fait l’impasse sur ses contradictions entre un extrémisme libéral qu’elle partage, et l’extrémisme communiste ou jacobin qui était autrefois son identité, et qui survit parfois dans le discours.

 

Question : Et la droite nationale derrière Marine Le Pen ?

 

Si on se veut national, on se doit d’être juste, car la nation est un lieu de justice. C’est pour cela que sont nées les nations dans les temps modernes, et la justice disparaît quand l’État devient impuissant et que la nation s’efface. Mais la nation est aussi un individu collectif, qui existe dans une société internationale, où notre patrie a des devoirs envers les autres. Il y a donc contradiction entre, d’un côté, la volonté de lutter contre l’injustice de l’individualisme libéral ; et, d’un autre côté, un nationalisme fermé à l’idée de la justice internationale et du bien commun universel.

 

F.C., n° 1791 du 12 au 18 mai 2012

 

 

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Nouveauté


La force de la liberté
La force de la liberté
€18.00

Evénements

Aucun événement

Restez au courant !

Nom:
Mail:

Sites partenaires

Bannière