Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe - Un deuxième extrait
Mise à jour le Dimanche, 27 Juin 2010 22:09 Écrit par Henri Hude Dimanche, 27 Juin 2010 22:00
Depuis la semaine dernière, ce blog propose des textes tirés du livre sur lequel je travaille et qui va paraître sous peu : Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe.
L’extrait qui suit est tiré de l’Introduction.
Placer la politique à son juste niveau
« Placer la politique à son juste niveau, c’est être capable de dire à un peuple : voici quelle est notre place dans le monde, voici quels sont nos intérêts et notre mission, et voilà ce que nous allons faire.
« Placer la politique à son juste niveau, c’est donc, par exemple, dire aux Français : la France est l’une des grandes Nations de l’Europe, qui est virtuellement l’une des trois plus grandes puissances mondiales, avec les Etats-Unis et la Chine.
« Le genre humain a besoin de l’Europe. La mission de l’Europe, c’est de contribuer à faire dans le monde cette paix plus juste qui ne peut exister sans l’Europe. La responsabilité de la France, c’est de contribuer à faire de l’Europe une puissance politique effective de premier plan, au service de la paix.
« Comment le dire, comment le faire, et le faire, c’est ça la politique, en France et en Europe.
« La paix est une affaire d’économie, de culture et de pouvoir. L’économie est très importante, mais la politique passe d’abord. C’est elle qui fait la loi, qui pose les cadres. Elle est le régulateur des autres activités. » (pp.9-10)
La responsabilité mondiale de l’Europe
« La justice dans le monde requiert d’abord qu’y soient établies les conditions d’une paix globale durable. Une telle paix, excluant la guerre, ne peut être assurée que par un système satisfaisant de pouvoirs.
« Or la situation du monde au 21ème siècle se caractérise par deux faits majeurs.
« 1° Le système de pouvoir où dominaient les Etats-Unis est en train de céder la place à un duopole américano-chinois, en lui-même instable et à terme conflictuel.
« 2° La volonté impériale des Etats-Unis n’est plus aussi claire. Délaissant les équilibres traditionnels qui ont fait leur force (voir Essai II), ils sont confrontés à l’irrationalité du système médiatique et de la pensée politiquement correcte ; l’alliance entre la religion et la philosophie qui était au cœur de l’esprit public américain semble se briser, et la création continue de libertés républicaines n’arrive pas à compenser une poussée démocratique parfois légitime, souvent passionnelle. Leur consensus interne paraît moins solide, moins sûre aussi leur aptitude à maintenir la grande politique de leur Etat à travers les fluctuations imprévisibles de l’électorat et de l’opinion.
« Il est permis de se demander si, indépendamment de la tentation de la démesure, les Etats-Unis ne sont pas saisis, au sommet de leur puissance, par une ivresse utopique et par des divisions idéologiques, alors que leur succès est d’avoir été, grâce à un consensus interne fort, le pays qui a géré ses intérêts avec le plus de réalisme, quand les pays d’Europe étaient divisés et se déchiraient entre eux.
« Or la rationalité stable, le pouvoir déterminé et invariant, sont nécessaires à l’exercice du leadership à ce niveau.
« Dans la situation instable résultant de ces deux facteurs, le bien commun du genre humain a pour première condition politique l’existence d’une Europe constituant l’un des trois principaux pôles de puissance dans le monde, avec les Etats-Unis et la Chine (sur cette dernière, L. FRANCART, Livre gris sur la défense, Economica, 2006, notamment pp.14-18.). Ce troisième pôle est indispensable à la paix du genre humain par l’équilibre des forces, et à son harmonie par le mouvement vers une liberté nouvelle et plus juste. Le monde unipolaire est déjà fini. Si l’Europe n’émerge pas, ce sera la confrontation de deux pôles.
« C’est la mission de l’Europe, que de reprendre un rôle de premier plan. Remplir ce rôle est sa mission très claire, et plus encore que son intérêt, son devoir. Cette mission d’équilibre est conforme à l’intérêt bien compris des Etats-Unis et de la Chine, aussi bien qu’à celui de toutes les autres puissances, nations, ou groupes de nations.
« Préserver la paix du monde par l’équilibre des forces, sauvegarder les libertés (notamment économiques) en les rendant plus justes, inventer une modernité non idéologique et qui ne conduise plus simplement au choc avec les civilisations prémodernes : ces trois choses sont à faire, et aucune ne peut être faite sans l’Europe unie, libre et puissante.
« Mais pour se situer à la hauteur d’une telle responsabilité, les Nations d’Europe doivent se constituer, chacune et ensemble, en démocratie durable. » (DD, pp.11-13).
L’homme, animal politique
« Les politiques se trompent quand ils pensent que les citoyens ne se soucient que de leur bien-être à court terme et n’ont pas besoin d’inscrire leur biographie personnelle dans une histoire commune.
« C’est l’un des plus beaux attributs du pouvoir politique, que de créer un élan pour un projet commun à la fois grand, juste et raisonnable. C’est cette dynamique qui ouvre le crédit politique permettant de gouverner et de réformer.
« Ceci est particulièrement vrai des Européens, à qui l’histoire a tout donné, qui ont tant inventé, exploré, créé, qui ont satisfait tant de désirs de richesse et de pouvoir, désirs démesurés souvent et destructeurs jusqu’au chaos. Hésitant aujourd’hui entre le doute et la sagesse, la vieillesse et le renouveau, en réserve du genre humain, ils ne peuvent plus rien désirer avec force, sauf le repos et la mort, ou bien le service et la mission.
« En conséquence, l’Europe ne peut être fondée comme puissance politique que si les Européens redécouvrent ensemble cette responsabilité morale et politique de niveau universel. » (DD, p.10)
Ce projet européen doit être transporté à un niveau supérieur. Trop d’économie tue l’économie. La démocratie européenne, ce n’est pas l’Euro, c’est un Démos, c’est un Peuple. L’économie ne saurait aller sans la politique et la culture. Le projet européen doit être pensé en termes de puissance, de participation au leadership mondial, de guerre et de paix, de rayonnement d’une culture plus que bimillénaire. L’Europe ne peut exister que comme projet suprapartisan, débarrassé de ses unilatéralités, capable d’enthousiasmer, de rallier et de la pluralité de ses nations dans une unité plus haute.






Commentaires
Je pense également que le fil rouge du projet politique français et peut-être européen doit forcément s'appuyer sur l'accueil de la vie car la démographie commande toutes les ambitions. Napoléon a pu faire tout ce qu'il a fait parce que la France était le pays le plus peuplé d'Europe. Je crois que rien n'a changé depuis le temps. L'accueil de la vie est la clef de tous nos problèmes actuels que ce soit le casse tête des retraites ou celui de l'emploi. Pour cela il faut que nos dirigeants aient une politique audacieuse de la famille et qu'ils arrêtent d'instiller dans la population le venin de la peur. Répondre | Répondre en citant | Citer