Ethique et politique (1) Désir de sens, tension ou frustration

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Voici maintenant des textes sur la frustration, la culpabilité,  la déculpabilisation, etc. Ils me paraissent éclairants, dans le contexte de nos discussions actuelles sur le mariage.

Il s’agit de sections tirées d’un livre intitulé Ethique et politique, publié en 1992 aux Editions universitaires. Je n’ai pas souhaité rééditer ce livre, aujourd’hui épuisé. Je le trouvais trop imparfait, trop polémique aussi. Les pages dont je publie quelques extraits, à la suite, font partie du chapitre ‘Famille et démocratie’ (pages 129-177).

 

 

 

Pour aider à l'interprétation des événements

 

Malgré leurs imperfections, ces pages peuvent déjà faire réfléchir. Elles aident à mettre en lumière les sources profondes des aberrations sur le mariage, auxquelles se complaît aujourd’hui un Gouvernement au bord de la faillite, aussi pour donner l'impression qu'il a prise sur les événements. Car ne nous y trompons pas : le libéralisme libertaire est un Titanic en train de couler.

 

Le projet qu’on sait sur le mariage n’a d’autre sens que de réaliser, collectivement, une transgression symbolique, dont ses auteurs et promoteurs espèrent qu’elle aura une fonction thérapeutique sur un complexe psychoculturel profond, qui empoisonne leur existence.

 

Sans nous fixer sur le problème homosexuel, qui n’est qu’un fragment d’un beaucoup plus vaste tableau, nous allons dire un mot sur la frustration, puis sur la culpabilité (Éthique et politique, 2). Il faut comprendre pourquoi la famille (jadis) normale représente une source d’intolérable frustration à éliminer par tous les moyens. "Famille, je vous hais !" écrivait André Gide... 

 

 

 

Sous les lois transgressives, un complexe fortement noué   

 

Si nous cédions à la tentation de l'ironie, nous parlerions d'un mélange de sédatif, de laxatif et de Viagra. Mais évitons cela, ainsi que les attaques trop personnelles. Comment essayer de se défaire du complexe ? On peut endormir l'angoisse de la culpabilité, latente et incompréhensible. On peut essayer, par la transgression et l'Autorité, d'instaurer un Sur-moi libertaire susceptible de censurer un Sur-moi névrosant. On peut enfin sans cesse trouver de nouveaux piments, de nouveaux excitants, pour réveiller un désir privé de son sens profond et qui s'éteint sans l'attrait du fruit défendu, sans de toujours nouvelles transgressions. Plus profondément, la transgression devient l'essence de la liberté. Nous sommes là en face, à la fois, d'un complexe psychique noué très fortement et d'un xième chapitre du drame de l'humanisme athée.

 

Mais nous aurions grand tort de désespérer. Au contraire, mon opinion est que ces extrêmes aberrations seront emportées beaucoup plus tôt qu'on ne le pense, par l'effondrement prochain du libéralisme libertaire. Sa version économique - le libertarisme financier usuraire et antipopulaire - est complètement au bout du rouleau. Antipopulaire et antifamilial, le libéralisme libertaire tombera d'un bloc.

 

 

 

Pour éclairer le sens des lois transgressives  

 

(Extrait d'Ethique et politique, p.141-142) Le psychanalyste Viktor Frankl a eu raison de vouloir montrer que le besoin fondamental des hommes n'est pas un besoin de pouvoir, ou un besoin de reconnaissance, ou un besoin de jouissance, mais un besoin de sens. C'est pourquoi sa psychologie est si supérieure, dans son principe, à celle de Freud. La source des angoisses, des culpabilités et des névroses, ce n'est pas la frustration brute, c'est le manque de sens. Ce n'est pas que la sexualité ne tienne une grand place dans l'économie générale des problèmes psychologiques ; mais elle y tient surtout ce rôle en tant qu'elle est quelque chose qui n'accède pas aisément à la signification, surtout dans le cadre du monde moderne et technique.

 

Ce qui est cause d’angoisse ou de névrose, ce n’est pas la­ privation brute de jouissance, mais la frustration de sens – aussi bien dans la jouissance que dans l’absence de jouissance.­ C’est pourquoi une vie dans une continence sexuelle à laquelle nous aurions donné un sens profond serait infiniment moins angoissante et frustrante, toutes choses égales par ailleurs, ­qu’une vie comportant une activité sexuelle intense mais dépourvue de signification cohérente. Et si nous ne comprenons pas bien cela, c’est que nous n’avons pas assez conscience des­ valorisations spontanées et irréfléchies qui définissent à notre insu le sens que nous avons accepté pour notre existence.

 

 

 

La différence capitale entre tension et frustration

 

Il ne faut pas confondre la tension avec la frustration. La tension fait partie de toute existence normale et équilibrée, car nous ne pouvons pas atteindre tous nos objectifs et nombre de nos tentatives échouent. Mais la tension n’a pas, par elle-même, ­ d’effet directement pathogène, parce que nous sommes constitués­ de telle sorte que les tensions quotidiennement créées sont naturellement éliminées par l’exercice de nos fonctions de relaxation, notamment durant le sommeil. La tension n’est donc rien de plus que la matière première de la frustration. Ce qui fait la forme essentielle de­ la frustration d’un bien, c’est le sens et la valeur que nous avons choisi d’attribuer à ce bien.  

 

On ne pourra donc être frustré, par exemple par un certain manque de jouissance, que dans la mesure où on aura préalablement intégré ce qui vient à nous manquer, comme un élément absolument nécessaire et insubstituable dans la sphère des biens fondamentaux qui, à nos yeux, confère à notre existence sa signification. La tension dépend de la nature, la frustration dépend de la culture, de notre philosophie de la vie.

 

Otez une culture vécue et remplacez-là par une autre, vous constatez que la même jouissance, qui était jugée absolument nécessaire, devient facultative - ou l'inverse. (Et la même souffrance, qui était intolérable, devient relativement supportable - ou l'inverse.) La frustration retombe au niveau ­de la simple tension. C’est pourquoi la tension est toujours supportable, sauf si elle devient frustration. Ce changement ne­ se produit pas mécaniquement, par simple accumulation d’énergie ­non dépensée, mais spirituellement, par un affaiblissement de notre adhésion intime au sens dans le cadre duquel il n’y avait, auparavant, que tension. 

 

Celui qui, pour sens de sa vie, choisit de fuir toute tension et de ne rien se refuser, celui-là se condamne à la plus frustrante de toutes les existences, puisque toutes les privations inévitables seront pour lui autant de frustrations insupportables. A cette première frustration s’en ajoutera une seconde, encore plus profonde. En effet, une existence qui a pour idéaux l’hédonisme et l’anesthésie n’est en cohérence qu’avec des métaphysiques débouchant logiquement sur le désespoir à ­travers la frénésie et la désillusion.

 

 

 

 

Supporter les tensions pour préserver le sens

 

La tradition philosophique nomme tempérance la capacité d’une personne à supporter les tensions pour ne pas perdre le sens. Ils voyaient dans la tempérance une vertu, c’est-à-dire une excellence et un pouvoir spécifiquement humains et acquis par­ l’exercice réfléchi. Et ils donnaient avec raison comme signe de ­la vertu, non pas la difficulté à la vivre, mais une certaine facilité avec laquelle on l’exerce et le plaisir intérieur qu’on trouve à la pratiquer.

 

C’est pourquoi il est tout à fait superficiel de juger que l’institution familiale (jadis) ordinaire serait frustrante par elle-même. Il est certain qu’elle impose des limitations raisonnables, mais elle les enveloppe normalement dans une signification existentielle profonde.

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