Observations sur un texte de Luc Ferry. 1ère partie

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Voici une semaine, un ami m’a apporté la photocopie d’une chronique de Luc Ferry. Parue le 14 février 2013 en page 15 du Figaro. Elle a pour titre ‘Mariage gay : réponse à mes amis chrétiens’. Ce texte est en ligne, mais réservé aux abonnés. J’en citerai des extraits. Il appelle en effet un certain nombre d’observations, dont je livre aujourd’hui la première partie.  

 

 

 

Notre très médiatique star de la philosophie, et accessoirement de la politique,

 

rappelle que la loi sur le mariage gay a été adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale. Elle nous informe de sondages assurant que deux Français sur trois approuveraient nos graves législateurs. Elle fait alors état de son intention de « dire ici à (ses) amis chrétiens pourquoi il (lui) semble que leur combat était dès l’origine mal engagé ». Ses « amis » ne peuvent que lui en être reconnaissants.

 

La très médiatique star, avant de nous expliquer pourquoi la religion, une fois de plus, est complètement à côté de la plaque, proteste de son « respect pour les religions ». Elle en donne pour preuve, ou du moins pour indice, ses relations privilégiées et ses collaborations littéraires avec deux membres du collège cardinalice. Bien joué. Ses relations ne s’arrêtent pas là. Saint Jean l'évangéliste serait son compagnon de solitude préféré. Gageons qu’il l’introduira directement à Dieu le Père, ou plutôt à Dieu parent 1 ou 2. 

 

 

 

Ma différence originelle avec certains cardinaux,

 

c’est que je ne suis pas issu d’un milieu catholique, que je devrais me faire pardonner, mais de générations farouches de bouffe-curés. Et ce dont je suis sûr, c’est qu’aux temps vigoureux de mes ancêtres, rationalistes et anticléricaux, des aménités patelines comme celle de Ferry auraient été qualifiées de « propos faux-cul de curé-manqué ». Mais enfin, soyons bon chrétiens, c’est-à-dire considérablement naïfs, réjouissons-nous de l’amitié d’un homme si tolérant et venons-en au fond.

 

 

 

La très médiatique star de la philosophie énonce sa thèse centrale :

 

« La condamnation par l’Eglise de l’homosexualité (…) s’appuie sur une conception de la nature qui n’a plus cours. » Il s’agirait de la vieille conception pré-galiléenne du « cosmos » et c’est dans le cadre de cette « sacralisation cosmique de la nature » que l’Eglise pourrait justifier sa définition de tel comportement comme « désordre », « antinaturel » et « péché majeur » (dixit Ferry). L’Eglise agirait ainsi « comme si la nature était notre code, comme si elle (la nature) pouvait fixer la norme ». Or cela est insoutenable, nous dit la star, pour les raisons philosophiques que nous verrons[1]. (Mais avant d’en venir à ces raisons philosophiques, faisons quelques premières observations, d'ordre plus théologique.)

 

L’Eglise catholique, machine à émettre des « condamnations », comme chacun sait, appuierait donc lesdites « condamnations » sur des « conceptions », c’est-à-dire des principes philosophiques, et il se trouve que ces principes seraient surannés. Elle (l’Eglise) aurait donc besoin d’une piqûre de charité et d’un bon lifting philosophique, quelque chose – en somme – comme une philosophie de l’amour.

 

 

 

L'ignorance crasse de Luc Ferry

 

Si Ferry avait consulté sur ce point ses éminentes relations, elles lui auraient appris que saint Paul, collègue de saint Jean, sans doute moins charitable, a écrit dans sa Lettre aux Romains des lignes particulièrement énergiques sur le sujet (chap. 1er, versets 18-28 et surtout 26-27).

 

Comme on est dans un pays libre, je ne citerai pas saint Paul, qui serait sans doute aujourd’hui traduit en correctionnelle. Il faudra sans doute un jour, en France, pour assurer un meilleur respect des droits fondamentaux, censurer les éditions de la Bible.   

 

Sur la morale, en particulier sur la morale du corps, et du sexe, et sur les rapports subtils et profonds entre la loi et la nature, la nature et la raison, la nature et la conscience, etc., il existe un texte récent et puissant, traitant de manière actualisée de ce qu’on appelle la « loi morale naturelle ». Il s’agit bien sûr de l’encyclique Veritatis Splendor (surtout ch.2, sections I et II). Ce texte n’est pas signé par Innocent III ou par Boniface VIII, mais par Jean-Paul II. J’ai participé à sa présentation dans un ouvrage en italien préfacé par le cardinal Ratzinger. Si l’on veut savoir ce que l’Eglise pense de la nature, dans son rapport à la loi morale, il faut lire attentivement ce texte. Après quoi, il est contraire à la plus élémentaire honnêteté d’écrire que l’Eglise penserait sur ces sujets « comme si la nature était notre code, comme si elle pouvait fixer la norme ». Ferry se ridiculise en parlant d’un sujet qu’à l’évidence il ne connaît pas, et, plus grave, de choses qu’il ne voit même pas.  

 

                                                                     


  

Sauf erreur de ma part, l’Eglise agit donc ici, non par soumission à l’autorité de « conceptions » philosophiques, surannées ou non, mais par fidélité au contenu explicite et formel de la révélation dont elle est dépositaire, et dont la norme première se trouve dans l’Ecriture sainte. Et c’est dans ce dépôt même qu’elle trouve la pensée d’un rapport, mystérieux j’en conviens, entre la moralité et la nature.

 

La star n’a probablement pas lu non plus le texte du grand rabbin Bernheim (surtout sa dernière section), auquel Benoît XVI a lui-même fait référence.  

 

Bref, quand on a la moindre connaissance de la question, on sait que Ferry, sur ce sujet, ne dit rien qui ne manifeste son ignorance.   

 

Mais comme je n’ai, et ne prétends à, aucune autorité en matière de foi ou de théologie, je laisse ces disputes à d’autres plus qualifiés ou plus légitimes. Et je me limiterai dans la seconde partie à des considérations d’ordre purement philosophiques.

 

CLIQUER POUR ATTEINDRE LA 2ème PARTIE

 



[1] Voir 2ème partie de ces Observations.

Commentaires 

 
0 # coursault 2013-02-24 14:54 Merci pour vos observations relatives à l'article de J Ferry paru dans le Figaro.A sa lecture, je souhaitais, comme vous , réagir car ce qu'il écrivait me choquait, d'autant plus qu'il s’affirme non croyant!! Répondre | Répondre en citant | Citer
 

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