Un remède à la maladie de la foi (2).

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Pour sortir vraiment des débats en trompe l’œil (arrêter « l’exclusion par le débat »)

 

 

Prolégomènes. Les choix humains est le développement achevé en 300 pages de la première moitié de l’essai beaucoup plus bref publié en 1991 sous le simple titre de Prolégomènes[1]. Comme l’auteur se montrait, dans l’esquisse de 91, plus polémique que dans l’ouvrage de 2009[2], j’estime utile de développer, à partir de sa pensée, ce qu’il en est de l’interdiction paradoxale du débat dans nos sociétés dites ‘ouvertes’.

 

Y fonctionne en effet un curieux mécanisme d’exclusion, d’une remarquable hypocrisie, que ce livre permet de comprendre avec une parfaite précision.

 

[L'auteur l'étudie dans le domaine philosophique pur et dans celui de l'acte de foi chrétienne, mais ce mécanisme qu'il met à jour trouve des applications dans un grand nombre de domaines plus pratiques et séculiers. 2012. Et tout ceci reste d’actualité. En effet, bien que sur nombre de points, purement politiques, la censure postmoderne (relativiste, pseudosceptique – voir plus bas –, etc.) soit en train de tomber, sur les points fondamentaux, qui sont ceux de la métaphysique et de la morale, le mécanisme d’exclusion continue à fonctionner à plein. Et faute d'approfondissement philosophique, les critiques économiques ou politiques les plus avisées, risqueraient de retomber dans l'ornière dont elles essaient avec brio de nous extraire. Commentaire de 2012]

 

                         

 

 

Le mécanisme de l’exclusion par le débat (soi-disant libéral, ouvert, etc.). Concept central de « pseudoscepticisme »

 

Le mécanisme d’exclusion est légitimé par l’illusion, ou la ruse, que l’auteur  nomme « pseudosceptiques ». Ce concept est très important.

 

En très bref : il existe deux métaphysiques principales (le théisme et le panthéisme[3]). [Ceci sera exposé clairement dans la 3ème section de cet article. On répondra aussi aux contestations, qui ne manquent pas, de cette dichotomie. Il est bien normal que les panthéistes la contestent, car elle appuie là où ça fait très mal, et elle fait s’effondrer, sinon leur système, du moins toute leur rhétorique. C’est pourquoi ils n’ont jamais assez de mépris pour la repousser. Ils savent qu’autrement, ils ne feront jamais mieux que match nu avec le théisme, comme le reconnaissait Fichte avec lucidité. 2012]

Quoi qu’il en soit, chacune des deux grandes métaphysiques devrait pouvoir s’affirmer en face de l’autre. C’est ce qui a lieu, par exemple, dans le débat entre Celse[4] et Origène[5], qui est un véritable débat. Comment donc un libéral d’exclusion va-t-il esquiver un pareil débat, qui pourrait bien ne pas tourner à son avantage ? C’est ici qu’un instant d’attention plus soutenue s’impose.

 

 

Toute métaphysique est critique. Toute critique est métaphysique

 

Chacune des deux métaphysiques a, pour ainsi dire, son recto métaphysique (son idée de l’Absolu) et son verso critique (son idée du questionnement).

 

Le débat réel devrait donc avoir lieu ou entre ces deux versos ; ou entre ces deux rectos, entre deux métaphysiques ou entre deux critiques. Dans le débat postiche qui remplace un tel débat, nous voyons s’opposer un antipathique recto et un sympathique verso. Le théisme est censé n’être qu’une métaphysique sans critique ; et ce qui est en réalité la métaphysique panthéistique est censé n’être qu’une critique sans métaphysique. Et ainsi le tour est joué.

 

En effet, les panthéistes, qui évitent de se montrer en tant que tels, passent-ils pour des esprits simplement critiques, prudents et amis de la liberté de pensée ; les théistes, eux, pour des esprits métaphysiques, imprudents, dogmatiques et secrètement hostiles à l’existence d’une réflexion ouverte et d’une cité libre.

 

Et comme on vit (heureusement) à l’intérieur d’une cité (encore plus ou moins) libre (dont les assises profondes sont d’ailleurs ancrées dans la logique théiste[6]), la posture critique semble toute du côté de La Liberté, cependant que la posture métaphysique semble toute du côté opposé à La Liberté.

 

Dès lors, toute cause est jugée sans même avoir besoin d’être entendue. La simple forme imposée au débat a tranché la question avant même qu’elle ait pu seulement être posée.

 

[Et la réponse politiquement correcte est ainsi imposée comme allant de soi et comme résultant du débat, alors qu’elle résulte d’un escamotage du débat en vertu du pouvoir exorbitant et arbitraire que s’arrogent ses modérateurs (le Léviathan médiatique[7] ). Addition de 2012.]

 

Il suffit ainsi d’accrocher un marqueur négatif à la thèse qu’on veut exclure pour que sa discussion soit retirée de l’ordre du jour du débat, qui va alors tranquillement son train au sein de l’unanimité consensuelle des esprits réputés « critiques ».

 

 

Comment le triomphe suprême de la ruse consiste à transformer parfois sa victime en caricature d’elle-même

 

[Le pire de tout est que nombre de victimes de cette ruse y entrent à plein, tellement que souvent, elles entrent dans l'identité postiche qui leur a été attribuée par le rusé (= esprit métaphysique et pas critique, pas réfléchi, hostile à la liberté humaine, ennemi du genre humain, etc.etc.) et qu'elles s'acharnent à jouer le rôle du réactionnaire liberticide, face auquel le métaphysicien rusé déploie souriant son image d'Ami de la Liberté du Genre Humain, et porte haut son masque d'esprit critique ayant dépassé la métaphysique.

 

Bien entendu, ce processus une fois amorcé, les chrétiens et une foule de gens de bonne volonté avec eux, de quelque bord qu'ils soient, auront tendance à se scinder en deux groupes :

  

le premier, c'est celui des chrétiens critiques non métaphysiques, qui formeront par exemple en France un groupe de catholiques pratiquants, souvent pieux, équipés d'une métaphysique de protestant libéral (= non orthodoxe, non évangéliste, etc.). Quand on vit dans la contradiction permanente, il est normal qu’on passe son temps à se faire pardonner d'exister, auprès des esprits « critiques », notamment en disant du mal de ses coreligionnaires.

  

Le second, c'est celui des chrétiens métaphysiques non critiques, hésitant entre le durcissement autoritariste et l'anti-intellectualisme affectif.

 

   Entre ces deux groupes, un tiers parti, qui sent qu'il y a quelque chose qui cloche, mais qui a du mal à dire quoi.

 

Il est de bonne guerre que le Léviathan médiatique favorise cette division, la cultive et pousse en avant quand il le peut, les coryphées de chacun des groupes opposés. 2012.]

 

Le résultat le plus clair de Prolégomènes est de sortir de cette configuration, de restaurer le droit et peut-être un jour la réalité d’un débat ouvert.

 

[Dans la sphère strictement catholique, il apporte une contribution à la pacification des débats autour du Concile Vatican II.]

 

 

Déjouer les ruses et reconquérir la liberté de penser effectivement

 

                                           

 

C’est ce qui est appelé par la 4ème de couverture du livre, avec une polémique pugnacité, qui contraste avec le contenu de l’ouvrage lui-même, toujours calme et apaisé.

 

« Le premier objectif de ce livre, lit-on ainsi au dos de la couverture, est une reconquête de la liberté de penser : en finir avec la fausse neutralité du politiquement correct et des pseudoscepticismes, exposer la dogmatique impliquée dans les formules et habitudes de pensée apparemment innocentes. Mettre en question le consensus postiche, nouvelle forme – la plus hypocrite qui soit - de l’argument d’autorité, et mettre hors service la machine à fabriquer du préjugé instantané obligatoire. »

 

Il s’agit de ne plus admettre ce pseudo-débat entre le recto d’une métaphysique (théiste), qui se présente loyalement d’abord comme telle, même si elle comporte en outre son verso, ou son versant, critique ; et une métaphysique panthéiste qui ne se présente pas du tout comme telle [comme métaphysique], mais ne met en avant que son verso critique : un ensemble de ‘doutes’, de ‘soupçons’, de ‘suspensions’, etc. 

 

 

 

La ruse de « la fin de la métaphysique »

 

Cette métaphysique-là n’arrête pas, siècle après siècle, de nous « faire le coup » de la fin de la métaphysique. De prétendre qu’elle est en train, cette fois, de sortir pour de bon de la métaphysique.

 

Ainsi voudrait-on faire croire que seul celui qui « doute » serait un esprit qui réfléchit, qui juge et qui questionne. Mais en réalité, ce « doute » n’est qu’une sorte de croupion. C’est ce qui reste du questionnement, lorsque l’esprit humain a été dévoré par la méfiance et la peur[8] : la peur de l’homme envers la nature et envers l’homme, la peur de l’homme envers Dieu, la pensée que Dieu a forcément peur des hommes. De la peur naît la méfiance, la confiance en soi seul, le besoin maladif de sécurité, la paranoïa, le désir de domination, l’impuissance à croire à ce qu’on ne construit pas, à ce qu’on ne domine pas, à ce qu’on ne maîtrise pas.

 

Et la question se pose évidemment de savoir comment sortir de cette méfiance. Mais on ne peut pas espérer décrire fidèlement cette situation d’exil par rapport au réel et à la confiance, sans mettre entre parenthèses une mise entre parenthèses dont l’essence est la méfiance et l’exil par rapport au réel vivant. En tout cas, la question se pose sérieusement.

 

POUR AVOIR LA SUITE, CLIQUER SUR CE LIEN 


[1] Henri HUDE, Prolégomènes, Editions universitaires, Paris, 1991 ; 2ème édition, quasiment inchangée, sous le titre Prolégomènes. Introduction à la responsabilité philosophique, Critérion, Paris, 1997, 226 pages.

[2] Op.cit., Voir notamment, dans la version de 1997, indiquée note précédente, les sections 21-23 du chapitre 3, p. 109-113 : ‘Tolérance, rationalité, prosélytisme’ (21), ‘Tolérance et pseudotolérance’ (22), ‘L’impossible débat’ (23).

[3] Prolégomènes. Les choix humains, 2009, chapitre 2, ‘Les termes du choix conscient : théisme ou panthéisme’, passim, p. 93-186. [Les ouvrages ultérieurs de l’auteur, plus centrés sur la philosophie politique, font place également à ce qu’il nomme le néo-polythéisme (Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, 2010, pp.249-252 ; et Préparer l’avenir. Nouvelle philosophie du décideur, Economica, 2012, p.25. Chantal DELSOL développe des idées voisines, avec un grand luxe d’érudition, dans L’âge du renoncement, Cerf, 2011. Mais, d’un point de vue plus purement philosophique, le polythéisme n’est qu’une dépendance populaire de la position panthéistique fondamentale. Addition de 2012.]

[4] L’œuvre de Celse n’est connue que par les citations étendues qu’en donne Origène dans son livre Contre Celse. Voir B. Aubé, Le discours véritable de Celse, tiré des fragments cités dans le Contre Celse d’Origène. Essai de restitution et de traduction, 1878.

[5] ORIGÈNE, Contre Celse, en 8 livres (248). Edité par Marcel Borret, s.j., Sources chrétiennes, Cerf, 1978-2005.

[6][6] Prolégomènes. Les choix humains, 2009, p. 216-223.

[7] [Sur le Léviathan médiatique, voir Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, ch.10, pp.311-334. Note ajoutée en 2012].

[8] Prolégomènes. Les choix humains, 2009, p. 77-83.

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