L'auteur

Biographie

Écrit par Henri Hude

J'ai horreur des CV. Ceci n'en est pas un. Ceci n'est pas non plus une autobiographie. Au risque de paraître à certains césarien, je parlerai de HH à la troisième personne. Il a horreur de parler de lui, surtout à la première personne.

Que dire de HH? Pour commencer par le moins intéressant, il est muni de tous les gris-gris de notre Sainte Mère l'Université. Classes préparatoires au Lycée Louis-le-Grand (1972-74), Normalien (Ulm, L, 1974-79), agrégation de philosophie (1977), Docteur es Lettres (1990) et Habilité à diriger des recherches, le tout à l'Université Paris-IV Sorbonne.

Rappelons brièvement les étapes de sa carrière. Là aussi le factuel n’est pas inutile, mais tant qu’il n’est vu que de l’extérieur, il n’est pas très intéressant.

Il fut d’abord durant quatre ans professeur en classe terminale aux Lycées de Barberaz, Annemasse et Châlons sur Marne. Il vint ensuite au Collège Stanislas de Paris, où on lui confia un enseignement en classes préparatoires scientifiques, puis les cours de philosophie en hypokhâgne et en khâgne. Appelé par Mgr Angelo Scola, aujourd'hui cardinal et patriarche de Venise, il devint Professeur d'Université à Rome, à l'Institut pontifical Jean-Paul II près l'Université du Latran. Il fut ensuite directeur du Collège Stanislas. Il avait alors quarante-trois ans. 

C'est après avoir quitté la direction de Stanislas qu'il rejoignit les Ecoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan, après un passage à l'Université de Marne-la-Vallée, appelée aujourd'hui Université Paris-Est. A Coëtquidan, il fonda en 2004 le pôle d’éthique et de déontologie militaire qu’il continue de diriger en 2009. 

Au cours de ces trente années, depuis qu’il a quitté l’École, il a étudié, cherché, enseigné, et publié douze ou treize volumes de travaux. La liste en est donnée et en sera commentée dans la bibliographie qui suit cette biographie.

Maintenant, il juge utile de commenter la sécheresse objective de cette biographie, car c’est de l’âme que sort la philosophie ; c’est vrai même pour les esprits les plus rationalistes.

Pour sûr, c’est un philosophe. Un jour qu'il était élève en classe terminale, grippé, resté à la maison, un visiteur passa, le regarda qui lisait on ne sait quoi, allongé sous le piano à queue de son père. Le visiteur, dans une inspiration subite, demande alors à ses parents: "Pourquoi Henri ne ferait-il pas de la philosophie?" Il pensa aussitôt: "C'est évident. Pourquoi donc ne me l'a -t-on jamais dit avant?" C'est ainsi qu'il devint philosophe. Il l'est resté.

Ses parents pensaient que la philosophie n'était pas un métier. Ils n'avaient ni tout à fait raison, ni tout à fait tort. En tout cas, ce n'est pas une carrière, sauf pour ceux (il y en a) dont ce n'aurait jamais dû être le métier. Il poursuivit la Vérité tout en remplissant diverses fonctions. En ce sens, il fit une carrière. Elle n’est d’ailleurs pas terminée.

Il avait toujours été le prototype de l'enfant sage, mais il passa tout de même de math élém. en philo, à l'insu de ses parents, avec la complicité d'un surveillant général. De telles choses étaient encore possibles, en ce temps-là.

Pourquoi a-t-il fait ça? Certains diraient qu'il aimait passionnément les mathématiques, mais que les mathématiques ne lui rendaient pas cet amour. Disons qu'il leur demandait trop. Elles ne le lui donnaient pas. Il s'adressa à la philosophie. C'était plus raisonnable. En somme, ce garçon voulait la Vérité. Il avait raison.  

Il avait passé son enfance et sa première adolescence au Maroc. L'Océan, les Atlas, le désert, la beauté farouche de ce pays, le soleil - imprimèrent en lui un sens profond de la nature et de la poésie. Il regarda prier un jour un chauffeur de taxi. Celui-ci sortit de sa coccinelle, déplia son petit tapis, se lava les mains, le visage et les pieds, se tint très droit, les yeux clos, s'agenouilla, se prosterna. Le garçon lui faisait face. Dieu était comme le soleil, immense et surréel au dessus d’eux. Il y avait aussi ces petits enfants, avec les yeux pleins de mouches, et certains avec ces énormes yeux tout blancs de glaucome. Il a toujours aimé les pauvres gens. Il n'a jamais compris pourquoi certains se sentaient supérieurs, simplement parce qu'ils étaient riches ou puissants. Il n’a jamais été révolutionnaire non plus.   

Au Maroc, il a fait du judo, du cheval et de l'escrime, surtout du sabre, et beaucoup de natation. Voilà les sports qui lui plaisaient. La course l'ennuyait, et l’ennuie encore.

Au Maroc, il comprit qu'il était chrétien. Mais comme ce sont les musulmans qui le lui ont apprit, il leur en est reconnaissant. Il apprit là-bas à apprécier ce qui fait leur valeur, et qu'on leur reproche : la vie en présence de Dieu absolument transcendant, la joie de contempler son souverain pouvoir, le bonheur de se prosterner et d'adorer en tremblant, l'esprit communautaire, l'adhésion inconditionnelle à la volonté divine, la mort sans peur, la souffrance impassible, le désir de lutter pour Dieu. Il sentit aussi la violence et la cruauté, la ruse et l'ardeur des sens. Ainsi avaient vécu cela, avant lui, de grands Français: Foucault, Lyautey, Psichari. Quand il fit sa profession de foi dans la cathédrale de Casablanca, en 1967, il savait ce qu'il faisait. D'autant qu'à cette époque, il était le seul de sa famille à pratiquer la religion chrétienne.

Au Maroc, il comprit aussi qu’il était français. Il aimait la France comme on aime un amour lointain. Quand il y rentra, et qu’il la vit, elle le déçut. L’Europe n’était rien pour lui, en ce temps. 

Sa famille était culturellement mêlée. Du côté du père, mais surtout du grand père, qui s’appelait HH, comme lui, c’était la France radicale, rationaliste et laïque, du côté de la mère, un certain spiritualisme qui convergeait vers le catholicisme, sans jamais s'y fondre. Seul le grand père maternel était profondément catholique. Il s’appelait Louis Clerc. Orphelin de père et de mère, il avait été élevé par les religieuses de l'orphelinat de Courbessac. Il avait eu une jambe gelée en Argonne, en 1916. C’était un ouvrier, mais tous ses enfants firent des études supérieures. Dans les années Trente du 20ème siècle, c’était exceptionnel. Sa femme avait été première du canton au certificat d’études, et n’était pas allée plus loin. Elle était brodeuse. Un quart de la famille encore était riche, industriels dans la Nièvre. La Guerre de 14 avait mêlé aussi les classes. Henri aimait son grand père maternel, qui était bon et noble. Le vieil homme se souvenait qu'il avait été aimé par ces femmes.

Quand il se mit à réfléchir, HH se demanda qui de ses deux grands pères avait raison. C'est sans doute pour cela qu'il est devenu philosophe. Dieu, plus les mathématiques, ce sont deux bonnes raisons de philosopher. 

Il y a entre lui et ses coreligionnaires cette différence, qu'il n'a pas cherché à comprendre la philosophie, mais plutôt à comprendre la foi. Quand la tradition est le doute, l’esprit critique est de questionner le doute. C’est ce qu’il a fait. Il n'a jamais éprouvé de fascination envers la modernité, et elle ne l'a jamais culpabilisé, ou conduit à un complexe d'infériorité à son égard, parce qu'il la comprenait de naissance et en connaissait de l'intérieur les misères. Jean Guitton, deux générations avant lui, était proche de lui, à cet égard, et c'est pourquoi ces deux êtres se sont appréciés.

Son père avait rapatrié la famille en France pour le début de l'année scolaire 1967-68. Ce père était soucieux des études de son fils, mais n'avait pas eu le nez creux. HH le respectait, mais il sentait bien qu'il n'était pas du même bord. Son père ne le contrariait pas, il pensait que la religion était une canne pour esprit faible et que cela lui passerait en grandissant. Désespérant de l'Ecole laïque, il mit son fils dans une boîte à curés. Sans 68, celui-ci n'aurait pas connu Bergson et Saint Thomas.

Durant la révolution de 1968, il était contre. Les bons pères, qui étaient plutôt pour, l’irritaient. 68 lui a révélé que ce qui l'intéressait vraiment, c'était la politique. Il vit Sartre terrasser De Gaulle. Il toucha ainsi du doigt la faiblesse du pur pouvoir, quand il n'est que temporel. Il comprit aussi la vanité et la superficialité de l'action politique sans base et sans horizon culturels profonds. Il sentait aussi combien, pour conseiller le peuple sur la paix et la guerre, il faut connaître la justice et le bien, et que cela requiert toute une enquête vers la sagesse, la philosophie.

Il se dit ainsi que, s'il voulait être utile et exercer un jour un réel pouvoir, et non pas seulement jouir d’une pompeuse impuissance, il lui fallait consentir à faire un grand détour par la culture, par la formation, par la philosophie. Et ce détour a duré si longtemps qu'il n'a jamais fait de politique, et qu'il n'en fera sans doute jamais. Et cependant, il s'est doté d'une pensée politique, et même d'une sorte de projet politique, ainsi que de fondations d'ensemble pour tout cela. C'est qu'il ne cherchait pas à bricoler un argumentaire pour rationaliser des passions, mais qu’il voulait savoir en vérité comment être juste. S'il avait aujourd’hui vingt-cinq ans et s’il savait à cet âge tout ce qu'il a appris depuis, il ferait de la politique. En ayant trente de plus, il estime mieux faire en usant de sa plume au service de plus jeunes. 

Il eut pour premier professeur, en philosophie, une femme, une juive, amie de Jacques Maritain, convertie au catholicisme, qui lui fit connaître Bergson et Jacques Maritain, à travers lui Saint Thomas d'Aquin.

La modernité, il la connaissait par son père et par sa famille. Il en avait touché très vite les limites. A l'École, il eut pour caïmans Althusser, qui le regardait fonctionner, et Derrida, qui ne pouvait pas le souffrir. Il en avait tellement assez, qu'il est parti aux Etats-Unis, à Amherst College, Massachussetts. Il a aimé l'Amérique. Il l'aime encore. C'est à qu'il a découvert l'être. Quand il est sorti de l'École normale, il s'est dit qu'il allait pouvoir commencer à étudier la philosophie.  

Il n'est pas un pur penseur. Durant quatre ans, de 1997 à 2001, il a été Directeur général du Collège Stanislas, un des plus réputés parmi les établissements catholique d'enseignement de Paris, fondé en 1804, où enseigna le Bienheureux Frédéric Ozanam et où Charles de Gaulle prépara Saint-Cyr. Il eut 3000 élèves, dont 450 internes, et 120 professeurs sur 3 hectares en plein Paris. Ce fut un vrai roman que sa vie en ces années-là, qu'il écrira un jour, si la philosophie lui en laisse le loisir.

Cette expérience de l'action changea beaucoup sa façon de voir et de penser. C’est alors que son esprit se tourna vers l’éthique et obtint par là bien plus que l’éthique. Mais il expliquera mieux cela quand il commentera sa bibliographie. Pour l’heure, cela suffit. Il n’est pas si vieux qu’il lui soit temps de composer ses Mémoires, ni si pécheur, ou si saint, qu’il doive écrire ses Confessions.     

 

Bibliographie

112 articles, contributions à ouvrages collectifs, et autres textes.

 

Edition des Cours de BERGSON, 4 volumes parus aux Presses Universitaires de France (1992, 93, 95, and 2000).

 

Volume I,  Leçons de psychologie et de métaphysique, avec la collaboration de Jean-Louis DUMAS. Avant-propos par Henri GOUHIER, ouvrage publié avec le concours du CNL, Epiméthée, PUF, 1990, 445 pages.

 

Volume II, Leçons d’esthétique. Leçons de morale, psychologie et métaphysique, avec la collaboration de Jean-Louis DUMAS, ouvrage publié avec le concours du CNL, Epiméthée, PUF, 1992, 489 pages.

 

Volume III, Leçons d’histoire de la philosophie moderne. Théories de l’âme, ouvrage publié avec le concours du CNL, Epiméthée, PUF, 1995, 314 pages.

 

Volume IV, Cours sur la philosophie grecque, avec la collaboration de Françoise VINEL, Epiméthée, PUF, 2000, 276 pages. 

 

1976 : Le statut de la logique selon Guillaume d’Occam. Un court essai sur le rationalisme au moyen-âge, mémoire rédigé sous la direction du Pr. Pierre AUBENQUE, Université Paris-IV Sorbonne (inédit).

 

1989 et 1990 : Bergson, I  et Bergson, II, Paris, Editions Universitaires, (couronné d’un Grand Prix par l’Académie Française), 191 et 209 pages. Réédition en cours, 2009. 

 

1990 : La pensée de Jean Guitton et ses sources antiques, thèse de doctorat en Sorbonne sous la direction de Pierre AUBENQUE.     

 

1991 : Prolégomènes. Introduction à la responsabilité philosophique, Paris, Editions Universitaires, 1991 ; 2ème édition Critérion, 1995.

 

1992 : Ethique et politique, Paris, Editions Universitaires, 354 pages. Epuisé.

 

1994 : Marché et Solidarité, Paris, Economica, 270 pages.

 

1995 : Croissance et Liberté. Philosophie de la prospérité, 2, Critérion, Paris, 213 pages. Epuisé.

 

1997 : En collaboration avec Jean GUITTON, Mon Testament philosophique, Presses de la renaissance, 275 pages. 

 

2001 : Entretiens posthumes avec Jean Guitton, Paris, Presses de la Renaissance, 303 pages.  

 

2004: L'Ethique des décideurs, 2004 (Prix Montyon 2005 de l'Académie Française), 454 pages. Traduction italienne aux Editions Cantagalli, Sienne, 2009.

 

Mai 2009 : Prolégomènes. Les choix humains, Parole et Silence/Presses universitaires de l’IPC.

 

A paraître, décembre 2009, La Guerre et la Paix. Collected Papers, 1, aux Editions Monceau.  

 

   

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