Henri Hude

Réponse à MM. Guaino et Wauquiez sur leur critique de l'Europe

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Mise à jour le Samedi, 03 Mai 2014 15:48 Écrit par Henri Hude

Cet article n'a pas été écrit par moi, mais je l'approuve sans réserve et serais fier de l'avoir écrit.

 

Quarante parlementaires français se sont mis en 4 pour lancer un appel en vue de changer l’Europe : les 40 sont à 100% contre tout ce qui s’est fait en Europe depuis trente ans. Et pour tout changer, ils font 0 proposition.

Voici une réponse à cet appel.

 

 

 

 

1-  Il n’y aura jamais de réforme de l’Europe à 27, avec tant d’intérêts vitaux divergents. Et surtout comment parler de réformer l’Europe à 27 quand on est incapable de se réformer soi-même ?

 

A la limite, mieux vaudrait mettre entre parenthèse tout débat européen pour plusieurs années, et se concentrer sur les réformes structurelles de nature politique, fiscale et économiques, afin d’adapter le pays à l’économie moderne, et de redonner à nos entreprises une capacité de développement. Autrement, cette volonté affichée de réformer l’Europe va nous couvrir de ridicule, étant donné l’état de la France au bord de la faillite économique.

 

 

 

2-    La critique des 40 n’a pas de sens, venant de l’intérieur de la classe politique. La situation de la France est en effet due principalement à la nullité de sa classe politique.

 

C’est librement que la France est rentrée dans l’Europe telle qu’elle est. Toute la classe politique ou presque s’est lancée avec enthousiasme dans cette aventure.

 

Les problèmes structurels de la France sont dus d’abord à l’immobilisme de sa classe politique et Bruxelles ne vient qu’ensuite. Certes, ne plus avoir de souveraineté monétaire, cela n’aide pas, mais la compétitivité, c’est bien d’autres paramètres aussi importants que le niveau de la monnaie, car c’est d’abord face à l’Allemagne que nous ne sommes pas compétitifs. Que Guaino, Wauquiez and Co. rompent donc comme nous l’avons fait avec cette classe politique, et nous rejoignent. Alors nous croirons à leur sincérité, et à leur lucidité.

 

 

 

3-    Les critiques formulées par les 40 sont des remises en cause totales, mais ces 40 restent dans le giron de formations politiques décidées à continuer cette politique :

 

Remettre en cause la dimension bureaucratique et non démocratique de l’Europe, c’est remettre en cause l’Europe (au moins l'UE) tout court. Car la construction européenne, c’est par définition même l’abaissement des souverainetés nationales et leur remplacement par une gouvernance oligarchique bruxelloise sans véritable légitimité démocratique.

 

      Remettre en cause la politique monétaire, c’est remettre en cause l’Europe. Car la principale réalisation de ce projet, c’est l’abandon par les nations de leur souveraineté monétaire. C’est en pleine connaissance de cause que notre classe politique a transmis à des institutions étrangères le pouvoir sur notre monnaie.

     

      Remettre en cause la concurrence fiscale et sociale, c’est remettre en cause le principe même de l’Europe. Car c’est la définition même de l’Europe : une zone de concurrence fiscale et sociale. Or, au cœur d’une même monnaie, les différences de compétitivité dépendent des différences de fiscalité et de système social. Sans règles communes, c’est le moins disant qui est le plus compétitif. Qui donc a pu croire que nous aurions un jour une fiscalité commune et un système social communs européens ?

     

      La libre circulation est un faux débat, je ne vois pas pourquoi les gens viendraient en France pour y être chômeurs… la Grèce se fiche bien de la libre circulation, les gens partent de chez elle aussi vite qu’ils sont rentrés. Dans quelques années en France, le débat sur l’immigration deviendra un débat sur l’émigration face à la récession indéfinie.

 

      L’élargissement sans fin n’est que l’illustration du fait qu’il n’y a pas de stratégie européenne, pas de cœur, pas de vision, pas de bien commun et aucune politique de puissance pour peser sur l’avenir du monde. Rien d’autre que la reproduction à l’infini d’un modèle bureaucratique.

 

      L’absence de vision stratégique, la perméabilité à toutes les influences transatlantiques et le refus de devenir une puissance indépendante, c’est le reflet de l’influence américaine sur la bureaucratie européenne qui bloque les stratégies nationales et fait de l’Europe le ventre mou de la planète. 

 

 

 

4-  Rien sur la situation française :

 

Il n'y a dans cet appel rien sur la fiscalité absurde, sur la dépense publique excessive, sur la dette hors de contrôle, et surtout sur le monopole politique de la haute administration, sur l’exil des entrepreneurs, sur ces grands groupes qui ne sont pas les moteurs du développement national… Rien.

 

L’absence de toute remise en cause sérieuse de l’immobilisme français à part un superficiel et asthmatique « sans nier les responsabilités des gouvernements nationaux, à commencer par les nôtres », est malheureusement l’indice que nos députés cherchent un bouc émissaire pour sauver la mise d’une classe politique discréditée et aux abois. 

 

 

 

 

5. Nous voulons, nous, la démocratie et donc nous n’acceptons plus une Europe qui piétine le cadre national. En effet, il n’y a pas de démocratie possible hors du cadre national.

 

L’échelon européen est au mieux aristocratique (grands libéraux cultivés, grands bourgeois démocrates-chrétiens…), ou au pire oligarchique avec des gens sous influence de lobbies notamment transatlantiques. L’Europe c’est un peu des deux, mais structurellement, cela n’a rien de démocratique. Les tentatives de ces gens-là pour mettre le peuple à leur remorque sont pitoyables, mais parfois sincères. Cela dit, quand le pouvoir et l’Euro sont en jeu, la loi d’airain s’abat et aucun intérêt d’aucun peuple n’existe. Il est indiscutable que le transfert d’éléments de souveraineté au niveau européen dilue les démocraties nationales

 

 

 

 

6. Cependant, la crise économique en France, c’est d’abord la classe politique française qui en est responsable.

 

Cette crise vient de la conjonction de deux facteurs :

 

1° Notre classe politique a, tous partis confondus, accepté des règles du jeu économique et financières sans adopter de stratégie ni de réformes pour adapter le pays à cette concurrence sociale et fiscale. Elle n’a pas donné de stratégie économique, et continué d’imposer son pouvoir jacobin en sacrifiant les entrepreneurs. Cette classe politique a trahi les intérêts économiques du peuple français qui sera bientôt confronté aux conséquences tragiques de cet immobilisme.

 

2° Les règles européennes de concurrence sociale et fiscale sous la même monnaie sont absurdes d’un point de vue politique. Tous les pays ne peuvent pas avoir la même mobilisation stratégique d’inspiration germanique, et donc il est absurde de vouloir faire vivre tout le monde dans la même monnaie (comme les chaussures soviétiques : tout le monde portera du 42 car c’est la pointure moyenne).

Cela dit, même si l’on peut s’accorder sur le fait que l’Euro n’aurait jamais dû exister, maintenant qu’on y est, en sortir est un processus de déchirement économique extrêmement difficile. Mais la question mérite d’être posée, car interdire de poser cette question est politiquement ruineux pour la confiance des peuples.

 

 

 

En conclusion,

 

l’appel des 40 participe de ces multiples faux débats qui dévient l’attention politiques du véritable blocage français : le monopole du pouvoir politique par une haute administration qui ne connaît rien à l’entreprise.

Si la France décidait de mettre entre parenthèses ses engagements européens pour quelques années afin de réaliser les grandes réformes dont elle a tant besoin, le tout en bonne intelligences avec nos amis et alliés européens, on ne voit pas qui pourrait s’y opposer en Europe. Et c’est ce que nous proposons de faire.

Inversement, si la France décide de mettre entre parenthèses ses engagements européens afin de ne pas faire les grandes réformes, alors il n’y a pas de scénario plus sombre pour notre pays.

 

Compte-rendu d'un livre du Cardinal Scola. N'oublions pas Dieu

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Mise à jour le Samedi, 03 Mai 2014 15:18 Écrit par Henri Hude

Voici un compte-rendu du livre du cardinal Angelo Scola, Archevêque de Milan,  traduit en français sous le titre Oublier Dieu ? Religion, violence et tolérance dans la société mondialisée, Cerf, 2014. Il est paru en italien sous le titre N'oublions pas Dieu, liberté de fois, de cultures et politique, (Non dimentichiamoci di Dio. Libertà di fedi, di culture, e politica), chez Rizzoli, Milano, 2013.


  

N’oublions pas Dieu est un de ces livres nés d’une crue de la pensée. Il devait n’être que le grand discours annuel de l’archevêque du Milan, consacré cette année-là [2013] au 17ème centenaire de l’édit de Milan – édit de tolérance de l’empereur Constantin, mettant fin, comme chacun sait, aux persécutions à l’encontre du christianisme dans l’empire romain. Le discours du cardinal Angelo Scola est devenu un livre, dans lequel l’Auteur nous met en présence d’une pensée pratique complète sur la question de la liberté religieuse.

 

Le plan du livre se comprend par son objectif. Il traite d’un objet à connaître mais avec le souci d’une mission à identifier et à accomplir. De là un récit historique médité, suivi d’une réflexion orientée par la recherche d’un « chemin commun dans la société plurielle[1] ».

 

L’Auteur part de l’occasion de son discours et rappelle la signification de l’Edit de Milan, dans le premier chapitre. Il insiste sur la nouveauté de cet édit, qui est inhérente à la nouveauté même du christianisme. Selon l’Auteur, l’édit de Milan n’est pas un simple édit de tolérance du christianisme, mais c’est déjà un édit chrétien de liberté religieuse. C’est le « commencement de la liberté » de l’homme moderne[2]. La nouveauté de cet édit est inséparable de la nouveauté du christianisme lui-même. Elle se marque dans l’attitude des martyrs chrétiens tout au long des persécutions[3] et dans celle du Christ lui-même en face des autorités publiques de son temps.

 

Mais l’Histoire ne saurait accoucher sans un « long travail[4] » d’une pareille nouveauté. L’auteur, dans son deuxième chapitre, parcourant synoptiquement l’évolution de la législation, dans les temps où l’Eglise était plus liée à l’Etat, en Europe, depuis Constantin jusqu’au 19ème siècle, note que si l’Edit de Milan fut un commencement, il s’est agi d’un « commencement manqué[5] ». Tout en reconnaissant en principe que la foi est et doit être un acte libre, et que le développement de la vie dans l’Esprit est la liberté même, la religion chrétienne n’a pas eu pour souci principal, c’est le moins qu’on puisse dire, de donner place à la liberté religieuse dans les ordres juridico-politiques dont elle a inspiré la constitution. L’Auteur expose l’essentiel sur le sujet avec probité et sobriété. Il marque nettement l’opposition des papes du 19ème à la liberté religieuse, entendue en termes d’individualisme indifférentiste. Faut-il aller jusqu’à dire que l’Etat et l’Eglise auraient cédé en ces temps à « deux tentations », l’une de faire de la religion un outil de pouvoir, un « instrument de règne », et l’autre de faire du pouvoir un outil d’évangélisation, un « instrument de salut[6] » ?

 

En tout cas, il semble que, paradoxalement, les adversaires du christianisme en Europe soient ceux qui ont assumé le rôle le plus important dans la promotion de cet élément de la nouveauté chrétienne. La question de savoir pourquoi il en fut ainsi et dans quelle mesure il eût été possible qu’il en allât autrement est laissée de côté. L’Auteur ne pose pas non plus la question de savoir si les choix faits alors, bien qu’inévitablement imparfaits, étaient peut-être, ou n’étaient pas, les plus réalistes et les plus prudents, compte tenu de toutes les circonstances et de l’état général de la civilisation. L’Auteur n’a pas ici de souci apologétique. Pragmatiquement, il semble penser que ces débats sont plutôt stériles, car il s’agit d’abord de l’avenir. Et implicitement, il paraît enseigner que l’essentiel de la mission de la mission de l’Eglise n’est pas dans l’ordonnancement juridico-politique du monde, mais dans le don de la vie dans le Christ et dans la Trinité. Et il faut se réjouir si d’autres que les chrétiens, pour des raisons qui leur appartiennent et que Dieu seul peut juger, se soucient davantage de ces aspects et placent dans la devanture certaines richesses du trésor chrétien que les fidèles ont plutôt laissées dans la réserve.

 

Dans le cours du développement humain, il arrive un temps où, compte tenu de l’état général de la civilisation (en partie dû au christianisme lui-même), il devient nécessaire que la nouveauté chrétienne de la liberté religieuse soit davantage mise en lumière et promue par les chrétiens eux-mêmes et par le magistère. C’est pourquoi le troisième chapitre présente la constitution conciliaire Dignitatis humanae. La doctrine de la liberté religieuse est entendue comme un droit civil dans l’ordonnancement juridique de la société. Elle a un caractère essentiellement juridique et négatif[7] : cette liberté est conçue comme une immunité par rapport à la contrainte externe[8]. Elle ne dérive pas d’une revendication d’indépendance illimitée de la pensée et de l’action, ni d’une exaltation de la créativité arbitraire. Elle dérive de la dignité de la personne humaine, dont le respect des droits fait partie de l’ordre moral objectif dérivant de la structure même de la nature humaine[9] créée par Dieu. L’Auteur rend ainsi clair le fait que la doctrine de la liberté religieuse s’inscrit dans le cadre de la théologie catholique la plus traditionnelle. La seule limite à l’exercice de ce droit est « le respect d’un ordre public juste[10] ». Cela montre que ce droit n’est concevable qu’inscrit dans le cadre de la structure objective de la justice et en cohérence avec la vertu du même nom. Ce qui est défini là pose de nombreuses questions et bien sûr est très éloigné de la praxis concrète de la liberté religieuse, ou de la privation de liberté religieuse.

 

C’est pourquoi le quatrième chapitre revient à la situation concrète de la liberté religieuse dans le monde. Il montre trois sortes de contraintes exercées à l’encontre de la liberté religieuse. La première, islamiste, est une contrainte de type prémoderne ; une contrainte de type moderne perdure dans les pays qui, comme la Chine populaire, conservent la référence au marxisme ; enfin une contrainte de type postmoderne est en train de s’établir aux Etats-Unis et en Europe. Contrairement à l’enseignement précis de Habermas ou de penseurs de la communication, libéraux tel Appel, ou plus conservateurs tel Taylor, la praxis occidentale dérive dans le sens d’un accaparement de l’espace public par un relativisme qui se transforme en dogmatisme et en principe d’exclusion. Dans le ch.5, l’Auteur montre comment la laïcité risque de devenir peu à peu l’équivalent fonctionnel d’une religion d’Etat plus ou moins persécutante au bénéfice d’une philosophie où le vide et l’amnésie se trouvent absolutisés[11].

Ainsi peut-on conclure que la liberté religieuse n’a pas encore été réalisée et demeure une tâche à accomplir – le temps étant venu de l’accomplir.

 

Cela n’est pas possible sans « dénouer des nœuds » (ch.5) et sans dessiner un « chemin commun » (ch.6) de dignité pour une société diverse.

 

Et comme la marginalisation du Christ est probablement la cause de l’échec, en définitive, de ce qui a tenté de se réaliser à partir des Lumières, il appartient aux chrétiens, non moins paradoxalement, de sauver les Lumières et de faire valoir leur propre patrimoine, non sous forme d’un nouvel Etat confessionnel, mais sous forme d’un bien commun civilisationnel à base de dialogue substantiel, et de récupération de la commune humanité, dont ces chrétiens soient eux-mêmes le ferment le plus énergique (ch.7).

 

 C’est dans les chapitres 6 à 8[12] que l’Auteur se confronte le plus vigoureusement à l’extrême difficulté du problème. En fait, certains pourraient dire que le problème est insoluble. Nous sommes placés dans une antinomie, non pas théorique, mais pratique. D’un côté, pragmatiquement, l’action efficace suppose une connaissance adéquate et l’erreur ou la fiction sont toujours nuisibles ; toute société a besoin de principes communs pour pouvoir prendre des décisions communes, et si ces principes ne sont pas vrais, les décisions seront très inadaptées ; le respect de la vérité est la base de toute moralité ; enfin, l’homme est un animal transgressif et la vie en société suppose la répression de sa transgressivité. Sur le fondement de ces quatre principes, on pourra toujours légitimer une sévère limitation de la liberté de conscience, au moins dans sa manifestation extérieure individuelle ou collective.

 

D’un autre côté, à l’opposé, mais toujours pratiquement, on pourra toujours objecter que ce droit indubitable de la vérité, si on le presse trop fort, conduit au totalitarisme bien-pensant. Les bien-pensants peuvent en même temps vivre mal, et mobiliser le vrai au service de ce mal, ce qui causera un scandale ruineux pour la vérité ; en outre, des mal-pensants peuvent, sous prétexte qu’ils croient bien penser, et même mieux que les autres, se saisir du pouvoir, et se prévaloir de cette logique des droits de la vérité pour persécuter la vérité elle-même.

 

Pris dans cette antinomie, pratique, que peut-on faire ? Trouver à chaque époque la solution prudentielle, sans absolutiser l’une des deux dimensions du bien, et déterminer le juste milieu fonctionnel au-dessus des deux solutions vicieuses précédentes.

C’est au fond à cela que s’attache l’Auteur. Il montre avec une richesse d’analyses si grande et si concise à la fois qu’elle est presque impossible à résumer, combien théoriquement il n’y a pas de contradiction entre la liberté religieuse et l’affirmation de la vérité.

En même temps, il s’attache à déterminer pratiquement le « chemin », c’est-à-dire le juste milieu pratique indispensable à la fois au bien commun et à la mission de l’Eglise.

Il montre avec profondeur que la justification de la liberté religieuse comme élément de l’ordre juridique se fonde dans le fait que la liberté, entendue comme une propriété essentielle de l’Homme, EST substantiellement religieuse. Il montre que cette religiosité commence dans la simple rationalité ouverte, qui est l’élan de la recherche humaine vers la vérité, qui est un vrai mysticisme[13].  Il montre enfin que le bonheur et le bien humain comprennent incontestablement le « bien être-ensemble[14] », lequel enveloppe communication sincère, confidence profonde, dialogue sérieux ouvert au vrai, essai de compréhension de soi-même dans le récit fait à autrui[15], etc. Il développe en particulier à ce sujet une belle et subtile pensée du témoignage (ch.7).

 

Le problème le plus central de la liberté religieuse est donc pratique. Il s’agit moins de résoudre un problème théorique, ou de construire un système juridico-social, que de former en soi la vertu d’amitié, une forme particulière de la bonté, du bon être-ensemble, qui soit déterminée par la fidélité à la mission donnée par l’Esprit dans ce temps,  et permette de faire sentir avec simplicité l’Amour à des amis qui ne connaissent pas le Christ. Cela demande de s’unir à la patience de Dieu, et de passer par un certain renoncement au pouvoir qui libère par la foi la puissance de l’Esprit, afin qu’elle œuvre dans le fond de l’âme, en se servant s’il le veut bien, d’un témoignage amical et fervent, éclairé par une pensée adéquate et prudente.



[1] Op.cit., p.93.

[2] Angelo Scola, op.cit., p.23 ; citant G. Lombardi, Persecuzioni, laicità, libertà religiosa. Dall’Editto di Milano alla ‘Dignitatis humanae’, Studium, Roma, 1991, p.128

[3] Op.cit., p.61.

[4] Op.ci., pp.33-48.

[5] Op.cit., p.33.

[6] Op.cit., p.33.

[7] Op.cit., p.56. L’Auteur s’appuie ici sur le travail de G. Del Pozo Albejon, La Iglesia y la libertad religiosa, BAC, Madrid, 2007.

[8] Op.cit., p.53.

[9] Op.cit., p.53.

[10] Op.cit., p.55.

[11] Op.cit., pp.83-90.

[12] Op.cit., pp.77-112.

[13] Op.cit., p.97. L’Auteur cite Augustin, Commentaire sur l’Evangile de St Jean, 26, 5 : « Quid enim fortius desiderat anima quam veritatem ? » (« Y a-t-il rien que l’âme désire plus fortement que la vérité ? »)

[14] Op.cit., p.91.

[15] Op.cit., p.102.

   

Discours aux électeurs d'Île-de-France et aux Français de l'étranger

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Mise à jour le Dimanche, 27 Avril 2014 18:30 Écrit par Henri Hude

J’informe mes amis et les lecteurs de ce site, de ma candidature aux élections européennes de Mai 2014. Je me présente sur la liste Force-Vie, dans la Région Île-de-France, où Mme Christine Boutin est tête de liste.

N’hésitez pas à écrire vos questions ou objections en commentaire. Je tâcherai, pour une fois, d’être plus assidu à y répondre.

Dans le cadre des contributions à la rédaction de la Profession de foi de la liste, j’ai écrit le texte que je publie ci-après. J’assume toute la responsabilité de ce discours, qui ne reflète pas nécessairement toutes les vues de mes colistiers, ni celles de la liste dans son ensemble. Bien sûr, nous sommes tous d’accord sur un noyau de convictions essentielles formulé dans la charte de Force-Vie.   

 

 

Chères Amies, chers Amis,

Laissez-moi vous présenter une politique nouvelle, une politique de Vie.

Une politique de « Vie » ne comprend pas uniquement des points relatifs à des sujets (au reste fort importants) comme le respect de la vie de la conception à la mort, la bioéthique, le mariage, le couple humain, etc.

Bien entendu, une Force de Vie dit « Non ! » à la destruction de la famille, de l’éducation, de l’autorité et de la morale sociale.

La Vie, c’est d’abord la vie tout court. Quand on ne commence pas par la respecter, on finit par ne respecter plus rien.

Mais outre ces éléments indispensables, une politique de Vie comprend un volet économique (1), plus un volet politique – national et international – et culturel, au sens large du mot (2). 

               

 

1. Une Force de Vie économique

 

 

A. Non au chômage et non à la prolétarisation

 

Nous sommes conscients des inadaptations énormes qui se sont accumulées. Tout est à réajuster et à réadapter. Mais, pour le moment, nous disons « Non ! » à une politique dite « de réforme et d’austérité », qui ne consisterait qu’à traiter le chômage par la prolétarisation. Nous disons « Non ! » à une telle politique, qui nommerait solidarité la prolétarisation plus rapide des classes moyennes au profit d’une prolétarisation moins rapide des classes populaires. Cette solidarité-là n’est qu’une dérision. Ce dilemme chômage/prolétarisation est inacceptable. C’est un chantage inique, un chantage à la faim, exercé par des usuriers planétaires.

Nous élisons des chefs pour qu’ils nous protègent d’une engeance aussi détestable, et imposent à tous des règles économiques justes et civilisées, au service du bien commun. Pour qu’ils brisent la domination des conceptions économiques barbares. Nous réprouvons les dirigeants qui trahissent leurs peuples, les condamnent au désespoir et les privent de tout avenir économique, à commencer par les plus pauvres, les plus jeunes et les immigrés. Nous voulons des chefs courageux pour un changement fondamental des règles du jeu.   

Si l’on ne change pas les règles du jeu, « la réforme et l’austérité » ne rétabliront pas la prospérité, car on ne combattra le chômage qu’en nous enfonçant dans une prolétarisation sans limite, chaque tour de vis ne servant qu’à maintenir péniblement au peuple la tête au-dessus de l’eau, avant de lui appliquer un tour de vis supplémentaire. Nous voulons la démocratie, c’est-à-dire la lutte contre cette loi d’airain qui n’est rien d’autre que la montée des oligarchies financières internationales et l’abaissement des souverainetés nationales.

 

 

B. Restaurer la cohérence entre le Marché et la Solidarité  

 

En économie, une Force politique de Vie exige que les marchés soient soumis à l’autorité démocratique des Etats, reprenant eux-mêmes, à un juste degré, la main sur la monnaie et le crédit, d’une manière ou d’une autre, et réglant le commerce en fonction des nécessités d’une raisonnable solidarité, libérée du clientélisme et du parasitisme. 

Autrement, le peuple n’élit plus que des dirigeants sans pouvoir. Car si les organes démocratiques ne sont plus souverains, alors la démocratie et la citoyenneté sont abolies dans les faits, si ce n’est dans la mécanique électorale. Il s’agit de rétablir à la fois la justice et la démocratie en mettant fin à l’intolérable usurpation du pouvoir politique par des institutions internationales oligarchiques. 

Dans une économie moderne, la première forme de solidarité et de justice passe par l’investissement. Cela veut dire que la pure liberté de circulation des capitaux est un abus, qui détruit la solidarité du capitalisme qui associe dans une logique de développement le capital, le travail et le tissu économique national. Rompre cette solidarité capitalistique, rompre la solidarité entre le travail et le capital, c’est passer d’une économie du développement à une économie de pillage et d’appropriation. C’est remplacer la démocratie par l’oligarchie libérale. Dans ce cadre, les institutions démocratiques ne sont qu’une imposture.

Ceux qui abusent des marchés pour détruire la solidarité commettent des actes de barbarie et doivent être punis à ce titre.

 

 

C. Libérer les entrepreneurs pour rétablir le bien commun

 

La réforme consiste à favoriser les entrepreneurs, à redéfinir le droit social, redessiner la fiscalité, restructurer la sphère publique etc. Toutefois, elle n’a de sens que si elle s’efforce de redonner un avenir économique et solidaire. Cela suppose de rompre avec les règles de l’économie financière et individualiste, forme moderne, libérale et libertaire de la barbarie à l’anglo-saxonne.

Et le ou les millions de gens honorables qui défilent contre Taubira doivent s’élever au niveau du bien commun, et voir plus loin que leur propre famille. Car l’on ne peut sans hypocrisie défendre la famille sans défendre son avenir économique et ses droits démocratiques. On ne peut sans contradiction s’opposer au libertaires qui attaquent la famille sans s’opposer aux libertaires qui détruisent notre économie nationale. Si l’on a la chance de jouir encore d’une vie aisée, il faut penser aux millions de Français qui mènent de plus en plus une vie de chien, aux immigrés à intégrer dans un ordre de justice civilisé, au monde arabe en désespoir, à l’Afrique qui tombe dans l’anarchie à cause de toutes ces folies. 

Le travail est donné par des entrepreneurs. Le droit à la vie, c’est aussi le droit aux entrepreneurs et c’est le droit des entrepreneurs à la liberté créatrice. Libérer les entrepreneurs et les encourager, c’est la priorité économique d’une Force de Vie. Bien évidemment une Force de Vie respecte la propriété et la liberté économique. Mais elle y voit autant un devoir qu’un droit.

Libérer les entrepreneurs, c’est procéder à un remplacement radical de l’élite administrative. Le pouvoir politique est le monopole d’une oligarchie jacobine, d’ascendance populaire et solidaire, mais qui a trahi ses idées, et la France et l’Europe, en adoptant les dogmes libéraux-libertaires anglo-saxons. De plus, elle a fait semblant de garder ses idéaux, en conjuguant à la mondialisation libérale un despotisme administratif jacobin. La vitalité économique de notre pays est étranglée par les deux mâchoires jacobine et libérale.

 

 

D. Remplacer l’oligarchie française par une nouvelle élite démocratique

 

L’oligarchie française a préservé et accru au maximum son pouvoir et persévéré dans toutes ses aberrations jacobines au niveau national. Refusant de reconnaître que par son refus de réformer, elle a lâchement opté (droite et gauche confondues) pour la désindustrialisation et le chômage. Sans avoir jamais eu le courage de lutter pour changer les règles du jeu international, elle a joui du pouvoir en condamnant l’avenir économique des Français. Elle a remplacé indéfiniment les salariés des entreprises détruites par d’innombrables emplois publics semi-fictifs, financés par de la dette et toujours plus d’impôt extorqué à une économie productive toujours en déclin. Elle est aujourd’hui incapable de protéger les emplois publics, ceux dont elle a fait sa clientèle électorale, après leur avoir ôté tout avenir dans une économie compétitive et créative. Son dernier recours est de vendre le pays à l’encan. Elle est aujourd’hui au pied du mur. L’inévitable effondrement des finances du pays mettra bientôt à jour la réalité du déclin économique à cause d’une gouvernance criminelle.    

Dans un projet de bien commun, il faut réformer le pays (chacun sait ce qu’il faudrait faire pour ça et on a cent rapports non appliqués qui disent tous la même chose). Pour le réformer sans violence et dans une union irrésistible, il s’agit de reconstruire à la fois la souveraineté démocratique et redonner une stratégie économique de croissance et d’innovation. En pratiquant une diplomatie très active, nous coordonnant avec nos voisins, nous pouvons  tendre à constituer le monde comme un réseau de zones économiques cohérentes et relativement solidaires. A commencer par l’Europe.

L’économie de marché n’est qu’une barbarie si elle détruit les fondamentaux de la civilisation et de la démocratie : traditions culturelles de sagesse, autorité et souveraineté des Etats, cadres nationaux où s’exerce la solidarité.

 

En conclusion sur ce point de l’économie, le marché doit s’accorder avec la solidarité – et réciproquement. Par conséquent, nous rejetons des règles économiques libertaires, inacceptables, qui ne laissent aux Européens le choix qu’entre le chômage et la prolétarisation.

Ces mêmes règles sont aussi très loin de permettre un développement suffisant dans le monde arabe et l’Afrique, parce qu’elles ne sont pas compatibles avec l’autorité et la probité d’Etats assis sur une solide légitimité enracinée dans la tradition culturelle. La solidarité, c’est-à-dire l’assurance, doit devenir le moteur d’une économie moderne et juste, républicaine et de bien commun, au-delà du jacobinisme et de la tyrannie de l’individualisme anglo-saxon.   

Ceci nous conduit au second volet de notre action.

  

 

 

2. Une Force de Vie politique et culturelle, pour la civilisation, la liberté et la paix. 

 

Sur ce deuxième volet, disons en peu de mots l’essentiel.

 

 

A. L’Europe des Nations civilisées

 

L’Europe, c’est d’abord une volonté de paix entre des Nations qui se sont trop combattues.  

Les Nations européennes, paralysées dans un carcan de traités qui ne profitent qu’à une oligarchie, reprendront leur liberté d’action. Elles sauront coopérer et seront des multiplicateurs de puissance les unes pour les autres, comme sous De Gaulle et Adenauer. C’est en ce sens que l’Europe est indispensable.

L’Europe est un ensemble de Nations. La Nation est la cadre naturel de la démocratie. Il n’y a pas de justice possible en dehors de cet espace national. Une Force de Vie doit donc rendre toute leur place aux nations.

Les Nations vont de toute façon se rénover et se reconstituer, avec la faillite du système individualiste anglo-saxon, avec la fin de l’empire américain. Grâce à l’existence de plusieurs immigrations, qui ne peuvent s’unir dans la paix que dans de nouveaux pactes sociaux.

Seul l’humanisme de notre civilisation peut renouveler en Europe l’existence de nations civilisées, sans nationalisme barbare et (surtout pour la France) absurdement anti-africain.

L’Union Européenne, en sa forme actuelle, est entièrement relative à l’existence de l’hégémonie américaine et elle a pour fonction essentielle d’être une courroie de transmission permettant de nous imposer les règles de mort de l’économie libertaire. Les Nations sont ficelées dans une fédération assez forte pour inhiber leur liberté d’action, mais trop faible structurellement pour pouvoir posséder une autonomie stratégique.

On n’a jamais vu une aussi grosse opération de fusion acquisition dégager une plus-value aussi dérisoire.

La paix en Europe n’a pas été due à l’Europe elle-même, mais à notre commun assujettissement à l’empire américain. Cette puissance cherche à diviser le continent en nous fâchant avec la Russie, avec laquelle nous avons des complémentarités évidentes. Elle cherche à empêcher l’Europe de représenter une puissance autonome et civilisée.

 

 

B. La France dans le monde  

 

L’Europe ne doit pas nous empêcher de regarder l’Afrique et l’avenir réel de la France. La France, c’est son génie. Son génie, c’est sa langue. Si les choses continuent, il y aura un milliard de francophones dans une génération et un continent immense ayant avec nous les plus magnifiques complémentarités. L’avenir de la France est tout autant en Afrique qu’en Europe. Quelle absurdité et quel aveuglement que de ne pas aimer l’Afrique et les Africains, quand on dit aimer la France et les Français ! A côté de cela, quel est l’avenir de l’Europe dont les populations vieillissent ?

Quelle sera la pérennité des Etats-Empires, à la masse milliardaire ? Ne connaîtront-ils pas des processus de nationalisation ? Peut-être. L’Europe alors, si elle ne s’est pas bêtement dénationalisée, mais si elle a su organiser sa fraternité coopérative, sera un modèle pertinent au dehors.    

C’est pour cela que la Nation qui va se reconstituer partout en Europe, et d’abord en France, sera la Nation civilisée, qui n’aura rien d’étroitement nationaliste ou de xénophobe. La Nation civilisée est ce dont le monde a besoin, pour éviter la prédation par des libéraux barbares, éviter le chaos, les maffias, maintenir l’harmonie sociale et la dignité de l’existence.

 

 

C. Renaissance de la culture européenne

 

Notre Nation vivra la renaissance d’une culture humaniste déjà enracinée dans deux mille cinq cents ans de tradition judéo-chrétienne, scientifique et philosophique ininterrompue.

Une Force de Vie dit « Non ! » à l’Alzheimer  culturel, à la castration et à l’excision culturelles par le politiquement correct. Que les Européens soient conscients et fiers de leurs traditions philosophiques, scientifiques et religieuses plus que bimillénaires.  

Bien sûr il y a l’islam. Que serait l’islamisme, sans l’argent des monarchies du Golfe, et sans les manœuvres de la CIA ? L’islam vivra sa vie.

L’Europe s’éveillera soudain, peut-être d’abord en France, de l’amnésie obligatoire du politiquement correct libertaire et nihiliste. Les défis culturels lancés à notre tradition sont ce qui va la forcer à se transcender une fois de plus.

La nation civilisée respectera la subsidiarité, qui conseille de rendre aux territoires une liberté de manœuvre par rapport à Paris.

 

 

D. Une Europe indépendante de Wall-Street et de Washington, amie d’une démocratie américaine à refonder

  

Une Force de Vie en France refuse un monde dominé par 1% des Etats-Unis, servis à Paris et Bruxelles par des laquais. Cette Force n’a absolument rien contre les Etats-Unis comme nation et comme démocratie, mais rejette une domination impériale, oligarchique et financière contraire à l’intérêt de tous les peuples, notamment américain.

 

 

E. Absolument « Non ! » à la guerre, qu’elle soit chaude ou froide  

 

La démesure politique de l’impérialisme, et de plus la menace de la faillite, font fuir Washington en avant et l’exposent à toutes les folies. Une Force de Vie dit d’avance : « Non à la guerre ! » La France a su avec Napoléon ce que c’est que de prendre « la grosse tête », et de se retrouver par terre. Elle doit avec les autres Européens aider les Américains à reprendre leurs esprits, à réapprendre l’humilité, à redevenir une démocratie, et une Nation civilisée comme les autres, capable de vivre à égalité au milieu des autres, en se souciant de son développement économique et de son peuple. 

 

Une Force de Vie a le sens du bien commun européen et universel.


   

Vive la Bretagne !

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Mise à jour le Vendredi, 16 Mai 2014 22:10 Écrit par Henri Hude

Le texte suivant a été écrit, en réponse à mon précédent article, par un grand chef d’entreprise breton qui est en même temps un vrai cerveau politique. Le texte focalise sur la Bretagne, mais concerne aussi la France dans son ensemble.

Il est important : la Bretagne est l'allumette qui permettra la mise à feu de la réforme et de la Renaissance dans ce pays.

Ce que fait la Bretagne pour lutter pour sa survie est à la fois inconnu, énorme, admirable. La victoire sur l'écotaxe de Bercy (ce cœur du cœur de l'oligarchie), n'est que la partie visible de l'iceberg. Nous en parlerons bientôt.

Contournant les fonctionnaires syndicaux de l'oligarchie et les larbins politiques de l'oligarchie, les Bretons se sont unis, paysans, ouvriers, patrons, pêcheurs, etc. contre la politique de mort de Paris et de Bruxelles, alias de Washington et New York.

Avec l'autorisation de son auteur, un des meilleurs connaisseurs de notre pays, remarquablement renseigné, et dont j'admire autant la pensée que la créativité et le courage, je reproduis ici son texte, écrit au fil de la plume. Chacun pourra l'apprécier. Je n'y rajoute pas d'intertitres, car il n'est pas si long que cela, mais je me permets d’ajouter à son texte quelques remarques entre crochets et en italique.

Voilà un texte qui mérite d'éclairer cette Force de Vie dont a aujourd'hui besoin notre pays. Voilà ce que pensent les patrons de ce pays, quand ils continuent à lutter pour donner du travail aux gens et pour éviter à la jeunesse un avenir de clochardisation et d'esclavagisme. Vive la Bretagne ! Vive la France ! Et vive l'Europe composée de gens de cette trempe !

 

 

Oui les deux « équipes » (la Gauche et la Droite) sont d'accord pour partager les mêmes règles, c'est tellement vrai que pour les financements occultes des présidentielles chaque équipe se partage par moitié les détournements. Et je prends le pari que le moment venu, ils renouvelleront l’accord dans le partage de l'avantage fiscal consenti aux investisseurs qataris. C'est disent-ils que la démocratie doit être défendue, entretenue, et qu'elle vaut bien quelques petits arrangements. Les juges savent tout cela et s'en emparent. 

Il faudra un coup de torchon générationnel avant de retrouver le droit chemin, à moins que ce ne soit un coup de tabac par un changement de constitution.   

 

De deux choses l'une :

 

ou bien la France renonce à sa « pyramide », à ses oligarques, à ses Grands Corps. En ce cas, la prise en considération du Territoire est une voie possible et la Bretagne serait comme un Länder, d'abord au service d'elle-même.

[Il n’y a pas à critiquer les Bretons en cela – pas plus que les Catalans, ou les Ecossais, ou les Vénitiens. Si la Nation faisait son travail, nous n’en serions pas là. L’Etat et l’UE condamnent les Bretons à la mort économique ; comment n’essayeraient-ils pas de survivre et d’établir une économie de croissance au seul niveau où existe encore une liberté démocratique par rapport à la ploutocratie libérale-libertaire ?]

 

ou bien la France reste ce qu'elle est ; en ce cas, de heurts en malheurs, le « Pentagone économique allemand » [c’est-à-dire l’organisation des industriels, des innombrables PME et grandes sociétés allemandes réunies] fera fléchir Madame Merkel ; en ce cas, il en sera fini de l'Euro, et ce sera en France : ou bien les « Länder » ou bien le Front National.

 

[Il faut prendre en compte « l’effet Snowden » : la NSA écoute tout le monde depuis des années ; cela veut dire que, (mises à part les personnes qui sont « clean absolument à 100% »), tous les hommes et toutes les femmes politiques qui ont la moindre petite chose sur la conscience sont victimes potentielles de chantage, et le savent. Et compte tenu de la servilité de la presse, et de toutes les ficelles que la CIA peut tirer dans les pays européens, n’importe qui, aussi petite que soit sa défaillance, peut faire l’objet d’un matraquage médiatique mortel. Non seulement nous ne sommes plus en démocratie, mais encore nous sommes des nations sous contrôle, et nous le resterons aussi longtemps que nous n’aurons pas procédé à tous les changements nécessaires.]

 

 

Une logique voisine amène la droite à aller aussi loin que possible dans la prédation sur les entreprises : on n'est jamais trahi que par les siens.

Ils ont d'abord instillé que le profit était malsain, quand bien même certain d'entre eux positionnés sur les entreprises étatiques se servent grassement. Ces oligarques de droite ont tant fait que déplaçant le point d'équilibre entre espérance de profit et répudiation sociétale, ils sont parvenus à ce que les entrepreneurs ou bien partent, ou bien abdiquent. Moins il y aura d'élus entrepreneurs, ou capables de devenir entrepreneurs, et plus les choses s'aggraveront.

 

Quant aux élus de gauche, on ne peut faire plus simple que de reprendre ce que disait Ayrault : « Aussi longtemps que les entreprises trouveront acquéreurs je ne m'inquiéterai pas. » C'est fait. Il n'y aura pas plus d'acquéreurs aujourd’hui pour des milliers d'entreprises, que voici 20 ans, il n'y avait d'acquéreur pour les boucheries ou autre métiers d'artisanat dans les villages.



Le chemin sera long, à moins qu'il ne soit violent.

La violence naît lorsque manquent les mots pour l'exprimer. 

Les Bonnets Rouges deviendront violents si nul ne leur indique une autre route.

Il nous faut redonner primauté au Territoire, au vivre ensemble dans la parcimonie, la solidarité, recommencer à faire sens ensemble, envers et contre tout ce qui divise, depuis l'oligarchie jusque dans chaque village.

Redonner honneur au travail, à l'honnêteté, au profit.

Reconstruire par le bas les liens entre le profit et la solidarité, en redistribuant autrement ce qui peut être prélevé sur la « Machine ».

 

Pour cela :

 

Abaissons le coût de la vie en devenant propriétaires des entreprises qui fournissent les besoins primaires ; aujourd'hui elles sont des mains invisibles de l'oligarchie ; il faut que demain ces entreprises, dans un contrat nouveau avec le Territoire, deviennent des liens entre les citoyens d'un territoire.

 

Exigeons le juste retour des comportements loyaux à l'encontre de ceux qui ne le sont pas. Quiconque l'exige devient un lien d'humanisme.

 

Oui la Bretagne peut être la première à mettre en œuvre tout ceci, [puisqu’elle est de toutes les régions celle qui doit le plus choisir entre la réforme et la mort]. Ici l'économie souterraine est à moins de 3% quand la moyenne nationale est entre 14 et 15%. [D’où l’effet dévastateur de la monstrueuse fiscalité.]

Oui la Bretagne pourrait remettre de l'humanisme, si elle récupérait la parcimonie de ses dépenses de Sécurité Sociale, qui sont inférieures de 25% à la moyenne nationale. Et pour cela l'Alsace montre que c'est possible.

 

Occupons nous des hommes et le reste nous viendra par surcroît.

Nous avons en France 99% de ce qu’il faut et 1% de ce qu’il ne faut pas. [Conclusion étonnamment encourageante et qui montre combien il serait vain de désespérer.]


   

Elections européennes 2014

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Mise à jour le Mercredi, 16 Avril 2014 15:50 Écrit par Henri Hude

Le résultat des élections municipales appelle les observations suivantes, importantes pour bien cadrer notre action en vue des élections européennes. Voici à cet égard 4 idées simples, que je crois vraies (scientifiques).

 Il n’y avait pas en France de réelle bipolarisation avant les municipales.

     Après elles, il n’y a pas non plus de réelle tripolarisation.

    Ceci est une situation européenne.

     Que faire ?

1

Pas de bipolarité

Les noyaux dirigeants des deux grands partis de gouvernement, quelle que soit la volonté de leurs électeurs, de leurs militants et d’un grand nombre de leurs élus, voire parfois de tel ou tel grand chef, sont malheureusement d’accord, pour l’essentiel :

-          sur la culture idéologique libérale-libertaire,

-          sur la mondialisation économique libérale-libertaire et

-          sur l’oligarchie politique remplaçant de fait la démocratie, dont le cadre normal est la nation civilisée (non nationaliste).

A ces niveaux, la monopolarité est complète. Les deux grands partis ne s’opposent pas plus que des équipes de foot électoral suivant toutes les mêmes règles du jeu. 

Les élus ont transféré (comme l’Etat) le pouvoir monétaire. Le peuple n’a donc plus par la démocratie le pouvoir sur les finances : autant dire qu’il n’y aura à nouveau de démocratie que lorsque cela aura été clarifié et cadré.

De plus, le contrôle de constitutionnalité des décisions publiques est poussé jusqu’à l’absurde, au point de tourner à l’usurpation du pouvoir absolu par les juges, les médias et les lobbies manipulateurs du système. Et comme la conception libertaire-individualiste de la liberté (idéologie solidaire de la mondialisation libérale et libertaire) a été abusivement incrustée dans l’interprétation légale des Droits de l’Homme, toute politique démocratique non libérale-libertaire peut être cassée.

Le système est ainsi verrouillé, et comme tout système verrouillé, il est exposé à l’effondrement systémique.

Le Léviathan médiatique domine une classe politique réduite à l’impuissance par une culture sans bien commun et de culpabilisation du pouvoir.

La censure de la culture substantielle par le politiquement correct ôte tout ciment à nos peuples et donc tout fondement possible d’une légitimité sérieuse des politiques. Cela les affaiblit encore plus, faisant de la loi du marché la seule loi et laissant le pouvoir réel à l’alliance antidémocratique des financiers libertaires et des lobbies transgressifs.

Est-ce à dire qu’il n’y aurait aucune différence entre gauche et droite ? Non. Quelles sont donc ces différences entre les deux grands partis ?

-          D’abord des souvenirs : droite/gauche, c’était monarchistes contre républicains, catholiques contre rationalistes, capitalistes contre partisans de l’appropriation collective des moyens de production. Aucune de ces oppositions n’est plus pertinente pour distinguer la droite et la gauche, ni pour comprendre le monde. Mais un vague souvenir demeure.  

-          Ensuite, le véritable sens du clivage droite/gauche est de fonctionner comme un piège permettant un constant détournement de démocratie. La « droite » fonctionne de plus en plus comme une machine à escroquer les conservateurs et les entrepreneurs ; la gauche comme une machine à escroquer les classes populaires. Le problème de la gauche, et qui explique sa débâcle, c’est que les classes laborieuses, qui souffrent du chômage, ont fini par se rendre compte que le socialisme n’existe plus que dans le discours. La gauche est censée être plus libertaire sur la culture, la droite plus libertaire en économie – c’est très relatif et parfois le contraire est vrai. Les deux ailes, ensemble, permettent au système libertaire mondial de voler en chaque pays de fausse alternance en fausse opposition, laissant avancer toujours le même agenda, dont nous avons parlé.

La droite voudrait une politique plus réaliste et d’austérité, et ne la fait pas ; la gauche voudrait une politique plus douce et plus équitable, et ne la fait pas. Les deux sont dans l’impasse. Faute d’offre différente crédible, l’abstention touche la moitié du corps électoral.   

2

Pas de tripolarité (à quoi sert le FN ?)

Que penser du Front National ? Ses succès ouvrent-ils une ère politique nouvelle, qualifiée de tripolaire ?

Pour les raisons précédemment indiquées, la tripolarité[1] serait tout au plus une bipolarité.

D’abord, culturellement, le FN ne nous fait pas sortir de la monopolarité. La grande différence entre Marine Le Pen et son père, c’est que Jean-Marie Le Pen était attaché, à la tradition culturelle de la France, même si c’était de façon partiale et réactionnaire. Nombre d’électeurs conservateurs, notamment des jeunes, votent FN, par dégoût pour une droite réputée conservatrice qui ne leur ouvre pas plus d’avenir économique que la gauche et qui se montre faible ou complice face à toutes les liquidations réputées de gauche. Leur vote FN plutôt qu’UMP ou PS pour ces motifs se comprend tout à fait, mais il est aussi inefficace.

Marine Le Pen est en effet une postmoderne sans profondeur, entourée surtout de postmodernes, dont pas mal de transgressifs, et de plus en plus de technocrates ambitieux. La raison de la relative dédiabolisation du FN par les médias, c’est ce ralliement culturel.

Toutefois, d’un point de vue théorique, politiquement et économiquement, la montée du FN pourrait permettre une vraie bipolarité ; mais laquelle ?

Le FN adhère aux idées d’autorité de l’Etat, de mise en cause du libre-échange, de récupération de la souveraineté monétaire et donc d’indépendance nationale, ce par quoi il s’oppose nettement aux deux partis dominants. Il reparle de la nation. Ceci est positif, car nous n’aurons jamais d’Europe sans remettre à l’honneur et en fonctionnement la nation ; il n’y aura pas non plus d’avenir économique pour les jeunes sans remettre à jour la notion d’économie nationale (ou d’économie située au sein de nations comparables et associées dans des zones économiques cohérentes).

Toutefois, le ralliement du FN à la culture postmoderne gâte ces idées valables. Ce ralliement a été clairement manifesté par l’indifférence affichée à l’occasion des débats de 2013 sur le mariage. Ce virage culturel enferme ce parti dans le passé et le condamne à adopter les formes postmodernes du nationalisme et de l’autorité. Or, quelle que soit la bonne intention des personnes, il y a une logique dans les principes et les systèmes de pensée. Cette logique conduira le FN au dirigisme national socialiste et à l’Etat fasciste. Nous ne disons pas qu’Hitler est de retour. Si l’Histoire devait se répéter, la seconde fois serait (comme le dit Marx) sur le mode comique et non plus tragique. Mais, dans les deux cas, dans le cadre culturel postmoderne, les conservateurs, les chrétiens, ou les nationaux civilisés ont vocation à n’être que des supplétifs instrumentalisés et à la fin complices de ce qu’ils n’ont pas voulu. Dans cette logique individualiste libertaire, ce sont les plus libertaires qui tiendront les manettes.  

Nous devrions donc voir se configurer progressivement un nationalisme postmoderne, à la fois barbare, chauvin, autoritaire, xénophobe, inapte à assumer la communauté de francophonie, le rayonnement culturel de la France, sa tradition universaliste et généreuse. Faute de culture de libre entreprise, Marine Le Pen ne pourra non plus trouver chez les entrepreneurs l’élite de remplacement dont la France a tant besoin. Les bonnes idées ne seront donc pas transformées en mécanismes opératoires et resteront dans le discours. Les seules choses effectives seront le dirigisme paralysant et la démagogie xénophobe, qui constituera un élément de division populaire durablement handicapant.

Deux grands scénarios sont ainsi envisageables :

-          Soit le FN rentre de plus en plus dans les clous de l’oligarchie, s’en tient à une logomachie révolutionnaire, à des tentatives maladroites, et à la xénophobie, et pour le reste constitue en réalité (s’il vient au pouvoir) le régime autoritaire permettant à l’oligarchie financière de soumettre notre peuple à l’austérité, avant de se faire « virer » et de permettre le retour des deux partis dominants ;

-          Soit le petit monstre échappe à ce destin de fantoche et entend réaliser son Idée essentielle ; en ce cas, nous serons dans une aventure de violence, probablement tragicomique, dont la France sortirait très amoindrie. 

La France étant ce qu’elle est, le 1er scénario est le plus probable. Par suite, le FN, (grâce à une réforme « proportionnaliste » des lois électorales ?), pourrait s’installer dans ce qui fut la position du Parti Communiste en Italie, avec un sommet de 30/35% de voix aux élections, un discours protestataire, une culture de bunker et des régimes apparatchiquaires locaux. Non seulement ce jacobinisme néo-fasciste ne permettra ni la réforme, ni la renaissance de la France, et de l’Europe, mais il sera le moyen pour les noyaux dirigeants des deux partis dominants (à condition de continuer à l’exclure) de se maintenir indéfiniment au pouvoir, de nous enfermer dans le piège d’une représentation faussée, et de nous imposer indéfiniment leurs politiques mortifères.

Il est vrai que la France n'est pas l'Italie et que son régime présidentiel peut ouvrir des perspectives supérieures d'arrivée au pouvoir, si vraiment la situation se dégrade trop. En ce cas, nous serions dans le scénario n° 2.

En résumé, il faut pour la France et l’Europe à la fois plus de nation et moins de nationalisme, plus d’Etat fort et moins d’Administration, ce qui ne peut aller sans rupture avec la culture postmoderne et l’idéologie libérale-libertaire.

3

Cette situation est européenne

Faut-il ajouter que ceci est vrai à l’échelle de l’Europe entière ?

Ceci a son origine d’abord à Washington et à New-York. L’UE et l’OTAN sont pour les nations européennes relativement aux US ce qu’était la Confédération du Rhin pour les Etats allemands relativement à Napoléon : une fédération assez forte pour paralyser la liberté d’action de chacun des Etats-membres, et suffisamment impuissante pour l’empêcher d’avoir elle-même une action propre et de constituer un rival pour l’hégémon. En outre, les US sont en train d’essayer de compléter cette emprise par des traités de commerce qui seraient supérieurs à toute souveraineté démocratique.

Aussi détestable que soit la culture de mort, il faut bien voir qu’elle n’est qu’une idéologie bas de gamme au service de ce pouvoir ploutocratique et impérial.

Cette politique démesurée est contraire à l’intérêt du peuple américain[1], avec les vraies élites duquel nous devons trouver par-dessus la tête de son oligarchie, un terrain d’entente.

Les USA nous ayant imposé une économie libertaire mondialisée, les Allemands se sont soumis avec réalisme et ont accepté de créer un nouveau prolétariat pour sauver leur industrie ; les Français ont préféré sacrifier leur industrie pour essayer de maintenir (plus ou moins) tout le monde à l’aise – ceci grâce à l’endettement, que permettait l’Allemagne, parce que l’Euro, c’était le mark.

L’endettement ayant atteint ses limites, la France se voit le dos au mur. Elle n’assure sa liquidité que grâce aux achats massifs de bons du trésor par le Qatar, lequel est aujourd’hui mis au ban du monde arabe, ce qui laisse entrevoir l’abîme sous les pieds de nos dirigeants. La créance monstrueuse de la France envers l’Allemagne nous place virtuellement en situation de pays sous tutelle. La servilité des classes politiques nationales, et surtout celle de l’UE, aux volontés américaines (= de l’oligarchie US) est ahurissante et relève probablement, en partie, de manœuvres détestables, que facilite le flicage universel par la NSA.  

Cette situation n’est plus supportable.

4

Que faire ?

Ce qu’il faut faire se lit sans doute en creux dans ce qui vient d’être dit.

Si l’UE doit être autre chose qu’un outil impérial au service des US contre les peuples européens, il faut qu’elle reprenne sa liberté d’action, en matière économique, diplomatique et militaire, et devienne un principe d’équilibre dans le monde, une force de réforme économique équitable, et un multiplicateur de puissance pour ses nations, redevenues cadres d’une authentique vie démocratique, comme du temps de De Gaulle et d’Adenauer.

Cela dit, il ne se passera rien sans changement culturel, sans retour à la grande civilisation humaniste de l’Europe, dont le centre et le sommet s’appelle Christ – l’Homme-Dieu. Ceci n’a rien d’étroitement confessionnel, mais relève d’un débat normal et profond sur 2500 ans ou plus de culture humaniste.

Le véritable clivage politique passe à l’intérieur de chacune des trois grandes forces et ce dans plusieurs nations. Nous avons besoin au-delà du système postmoderne (individualiste, libertaire, amoral), toujours debout mais déjà mort, d’une « force de vie » qui ait vocation à réunir tout ce qui est prêt à s’engager pour la renaissance.

Cette fédération des vivants est :

-          la seule en mesure de proposer un nouveau pacte social économique ;

-          la seule à pouvoir réinventer une économie libre, moderne et juste, nationalement et internationalement ;

-          la seule en mesure de rallier une nouvelle classe dirigeante issue d’entrepreneurs, professions libérales, militaires, juges, universitaires, médecins, syndicalistes nouveaux, salariés du privé, etc. pour remplacer les énarques, les communicants, les apparatchiks, les lobbyistes, etc. ;

-          la seule en mesure d’assumer l’Europe.

Ce pacte social suppose une fédération de survie et de nouveau développement à partir des territoires. Il suppose une réunification de tout ce que l’oligarchie divise à fins de domination, en particulier : Français issus de l’immigration/Français de toujours, religieux/philosophes, chrétiens/musulmans, patrons de PME/salariés, « riches »/pauvres, etc.   

Il manque au monde l’Europe, comme principe d’équilibre et de pluralité.

Il manque à l’Europe la Nation – la nation civilisée.

Il manque à la nation leurs cultures substantielles, aliénées dans l’amnésie obligatoire du politiquement correct. Cette culture officielle hégémonique, véritable religion d’Etat intolérante, censure et discrimine toutes nos cultures et notre Histoire.

Il faut plus de nation, mais de nation civilisée, pas de nation postmoderne. La nation libertaire postmoderne est forcément nationaliste-barbare. Elle polarisera le Continent contre l’Océan, conduisant peut-être à la guerre mondiale. Elle est en tout cas le meilleur moyen de tout bloquer et de pérenniser les folies ambiantes.

Il nous faut une nouvelle « force de vie », pour retrouver la dignité culturelle, la légitimité du politique, donc le pouvoir, la démocratie, un avenir économique.

Dans l’avenir, voici dans quel ordre il conviendra de prendre les facteurs du renouveau :

1° insister d’abord sur un avenir économique à retrouver ; et

2° pour cela rétablir un pouvoir, ce qui veut dire remettre à leur place le pouvoir judiciaire, ainsi que les forces financières privées, et faire sortir le peuple du piège politique, par une représentation de ses intérêts vitaux ;

3° que ce pouvoir soit délégué par la réunion et l’alliance de tous ceux que l’oligarchie domine aujourd’hui en les divisant ; pour cela, faire l’union des divisés ; et la faire en négociant un nouveau deal économique et culturel, un bien commun à trouver et négocier ensemble.

Cela ne peut aller sans une redécouverte de la tradition humaniste complète de notre peuple, dans  le cadre d’un élan des nations européennes ainsi unies sur ces buts. 

 



[1] Voir le remarquable discours du sénateur du Vermont, Bernie Sanders, prononcé au Sénat des USA le 29 mars 2014.

   

Faut-il être optimiste ? Où va l'immigration ?

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Mise à jour le Jeudi, 06 Février 2014 12:51 Écrit par Henri Hude

 

Les pessimistes se trompent : la bonne cause, étant celle du bien commun, a toujours pour elle une énergie potentielle très supérieure, même en admettant un niveau médiocre d'idéal et de moralité dans une société.

Mais les pessimistes ont aussi raison, car ce potentiel supérieur ne peut se mobiliser que si les gens réfléchissent un minimum, et c'est pourquoi la mauvaise cause a des chances de l'emporter, si elle sème la confusion, parvient à diviser, éduque à agir par automatismes.

Conclusion : la bonne cause, étant toujours celle d'une droite raison, peut toujours l'emporter si et seulement si les hommes et femmes de bonne-volonté font un effort pour aller au-delà de leurs réactions immédiates. Inversement, la mauvaise cause aura toujours d'autant plus de chances, si nous nous contentons de laisser jouer des passions, pulsions et réflexes.

En résumé, si les bons font un effort pour réfléchir, le bien commun peut presque toujours l'emporter.

C'est dans cet espoir que j'écris l'article suivant, à l'intention de ceux qui veulent bien réfléchir.  

 

 

 

 

Voici quelques mois, un esprit lucide et gouailleur souhaitait bien du plaisir à Vincent Peillon, quand il faudrait enseigner aux petits musulmans qu’ils pourraient devenir des petites musulmanes, et inversement. 

 

 

La gauche perd le support des Français issus de l’immigration

 

Les immigrés musulmans ont peu manifesté contre le mariage homo. Cette communauté n’a pas une vie facile en France. Elle fait souvent partie des classes populaires durement touchées par la crise, elle est souvent offensée par la police, stigmatisée par les médias et amalgamée à des courants extrémistes de l’Islam ou à des délinquants, et consciente enfin d’être manipulée à son corps défendant. Peu liée aux catholiques en pointe dans le mouvement, elle regardait le débat avec indifférence.

Aujourd’hui, le Pouvoir veut leur prendre le seul bien qui leur reste, le plus précieux, et le corrompre : leurs enfants. Rien ne va plus. L’amertume accumulée déborde.

Les Musulmans ne sont pas des « Catholiques trop bien élevés ». Si le Pouvoir veut les contraindre, ça se passera mal et il devra reculer. Du coup, les catholiques pourront adopter à leur tour le seul moyen adapté face à une entreprise totalitaire : la résistance civile. Les immigrés, notamment grâce à leurs valeurs familiales, sont donc une chance pour la France ?!

De plus, par sa gestion de l’affaire Dieudonné, le Pouvoir vient de perdre de nombreux jeunes, dont beaucoup sont issus de l’immigration.

Les raisons de fond de ce nouvel antisémitisme populaire lui échappent. Il repose notamment sur le rejet de certaines personnalités phares de l’élite dirigeante, BHL par exemple, qui symbolisent des politiques aventurières ou injustes. Par leur omniprésence médiatique, ces gens causent un abominable amalgame entre la communauté juive et des images détestées.

L’intérêt de tout groupe civilisé est aujourd’hui de se déclarer étranger à l’extrémisme idéologique de la gauche postmoderne. C’est ce qu’avait fait avec sagesse le Rabbin Bernheim, en publiant un texte de référence au moment de la discussion autour de la loi Taubira.

 

 

 

 

La gauche ne pourra plus diviser les Français au moyen de l’immigration

 

La gauche postmoderne avait depuis des décennies favorisé l’immigration. Elle n’avait certes pas créé les différences de potentiel entre Sud et Nord, ni le mécanisme des vases communicants entre ces espaces. Mais elle a encouragé ce mouvement spontané, partie par idéalisme, partie par calcul.

Elle espérait que les conservateurs seraient toujours fixés dans certains réflexes, et que les immigrés se comporteraient toujours en « idiots utiles ». Les « petits Blancs » se montreraient inquiets, jaloux, hostiles, donc tout immigré, se sentant rejeté, ferait un électeur de gauche en plus. Une masse d’électeurs humanistes voterait automatiquement pour la gauche caviar, par répugnance envers le racisme. On rendrait du lustre à la laïcité en opposant Chrétiens et Musulmans, en réactivant, grâce à l’islamisme, la peur de la religion. Etc. Cela s’appelle jouer sur du velours.

Mais le stratagème ne fonctionne plus. La bobocratie réussit au contraire la prouesse d’enclencher contre elle un grand mouvement d’unité nationale entre immigrés et « petits Blancs », entre catholiques, musulmans et humanistes civilisés, que le totalitarisme inquiète ensemble. Elle ne peut plus diviser, faire diversion, isoler ses victimes, les battre séparément.

 

 

 

 

Vers un bouleversement de l’espace politique 

 

L’extrême droite classique sert encore à protester, mais elle est en train de prendre un coup de vieux. Elle est peu capable de saisir cette aspiration à la dignité civique que donne l’adhésion à un bien commun républicain. Cette montée du principe démocratique au sein d’une nation moderne et humaniste. Cette réinvention de la fraternité politique qui ne bute plus sur les différences religieuses et raciales, alors qu'elles étaient jusqu'alors des moyens de division et des leviers de pouvoir pour une élite devenue illégitime.

Le Pouvoir a radicalisé les conservateurs et les a rendus intelligents. Toutes les victimes de la politique libérale-libertaire se découvrent et se trouvent mutuellement sympathiques, face à un Pouvoir technocratique et idéologique unanimement détesté.

La question des réformes structurelles du pays peut enfin être posée, ne pouvant plus être amalgamée à un nationalisme réputé raciste. Ainsi se crée l’unité d’un peuple black-blanc-beur, uni sous les trois couleurs de notre drapeau et contre la noblesse d’Etat énarchique et le clergé médiatique postmoderne.  

Il faut changer la politique culturelle et économique de nos Etats.

En particulier, il est urgent de réformer un système fiscal inique, d’abolir les privilèges dont jouissent les dirigeants de la sphère publique, afin de relancer la logique de développement économique et de progrès social grâce à nos entrepreneurs. C’est là que se déroule le combat pour la justice et la démocratie. La jeunesse n’a que faire du mariage entre homosexuels. La vieillesse n’a que faire de l’euthanasie.

Sans doute toutes ces idées et tous ces sentiments restent encore confus et mal exprimés. Il faudra aussi les débarrasser de bien des scories, notamment de tout antisémitisme. Néanmoins, la bobocratie n’a pas face à elle un panel de réactionnaires sans amour, de brutes semi-fascistes, ou de modérés terrifiés à l’idée d’être confondus avec les uns ou les autres. La bobocratie fait face à un front populaire massif exigeant le rétablissement du bien commun et de la République, aujourd’hui confisquée par une oligarchie issue de la haute fonction publique.  

Tous les catholiques qui vont à la messe ont pris l’habitude depuis une génération, de prier dans des assemblées en Noir et Blanc. La culture à laquelle le nouveau prolétariat va se référer sera un mixte de postmoderne routinier et de retour aux traditions solides. Les religions solidaires entre elles et respectueuses de l’Histoire peuvent réinventer la laïcité avec les humanistes civilisés. La multiethnicité, une chance pour la France ! ?

 

Telle est la transformation qui s’opère sous nos yeux.  

« Jupiter ôte la raison à ceux qu’il veut perdre. » Il vient de l’ôter aux socialistes.

 


   

La gauche, les libertaires et la liberté

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Mise à jour le Lundi, 27 Janvier 2014 15:38 Écrit par Henri Hude

Voici le texte d'un article paru dans Le Figaro du 23 janvier 2014, page 14. Je n'ai pas modifié le texte paru dans ce quotidien, mais j'ai parfois mis d'autres sous-titres.

 

 

 

Libertaires ET liberticides. Pourquoi ?

 

On voudrait comprendre comment le même gouvernement peut, à la fois, faire voter des lois libertaires et réduire à ce point les libertés publiques : arbitraire policier, mépris des formes juridiques, arrestations, gardes à vue arbitraires, censure, procédures expéditives, définition maximaliste du délit d’entrave, etc.

 

 

 

Les Bobos barbares

 

Cela s’explique d’abord par des références troubles et dangereuses. Christiane Taubira termine son grand discours sur le mariage en citant Nietzsche. La référence était très juste. Rappelons que Nietzsche a été l’inspirateur de deux extrêmes : l’extrême-droite politique barbare et l’extrême-gauche sociétale.

 

De même, l’hégélianisme de gauche a fourni la matrice de deux extrêmes : le communisme marxiste et le fascisme. Quand donc le pouvoir s’engage dans la mise en œuvre d’une philosophie postmoderne, relativiste et nihiliste, de matrice nietzschéenne, mesure-t-il bien toutes les conséquences ? Et quand il glisse dans l’autoritarisme, se rend-il compte des contaminations dont il est déjà la consentante victime ?

 

 La liberté civilisée et la démocratie ne naissent pas comme un champignon sur un fumier culturel. Prenez la civilisation occidentale, retirez la culture classique, les Grandes Lumières (avec la Raison et la Loi morale universelle) et le judéo-christianisme, il reste une semi-barbarie régressive et transgressive, impropre à former autre chose qu’un chaos régi par le droit du plus fort. De là la dérive autoritariste.

 

 

 

Quand les totalitaires sont de retour, déguisés en "républicains"

 

Et il ne suffit pas de se gargariser avec les grands mots d’une République dont on renie la culture de liberté, et de Lumières philosophiques qu’on trahit, pour justifier la dérive déjà sensible dans la pratique policière et le politiquement correct.

 

Le projet de République rousseauiste privé de morale kantienne, sans stoïcisme, est tout à fait inconsistant. Dans ces mêmes conditions, l’adhésion durable des masses à un système individualiste est une vue de l’esprit.

 

 

 

Les Bobos barbares font le lit des super-barbares de demain

 

Le pouvoir pense-t-il que les masses populaires imprégnées d’une culture qui détruit tout fondement, et privées de tout avenir économique par les effets d’une même idéologie, vont se soumettre à la logique individualiste du bobo derridien ? Où conduit cette idéologie d’Etat, qui détruit volontairement tout repère, à l’heure où le pouvoir a perdu les masses populaires ? Qui va prendre le contrôle des masses ? Elles tendront en majorité vers le collectif autoritaire et le nationalisme barbare. Est-ce là ce que le pouvoir souhaite ? S’imagine-t-il qu’il fera le poids face aux grands démagogues postmodernes encore à venir ?

 

 

 

Le totalitarisme de la différence 

 

 

En attendant, nous allons vers un totalitarisme de la différence. Les penseurs postmodernes ont justement critiqué après 1945 les totalitarismes de l’identité – de matrice hégélienne de gauche. Mettant l’accent sur la différence, la pluralité, la diversité, et non plus sur l’unique identité rationaliste, ils voulaient permettre la coexistence harmonieuse des identités différentes.

 

Malheureusement, le souci de neutralité entre les identités, libéral mais respectueux de l’histoire, a sombré dans l’imposition partisane d’une identité neutre devenue dominatrice. L’identité amnésique est intolérante à toutes les identités mémorielles. Le problème n’a donc pas été résolu, mais aggravé. La laïcité dans ces conditions risque de n’être plus bientôt qu’une dérision sinistre.

 

Si donc le pouvoir se durcit, c’est une réaction d’échec. Il est désemparé face à l’échec d’un des concepts majeurs de son système.

 

 

 

La République accaparée

 

 

La République se trouve accaparée. Qu’est-ce qu’une République ? Une société résultant d’un pacte social. Une République accaparée est ligotée dans une interprétation restrictive et partisane de ce pacte. La République devient alors la propriété privée d’un groupe – et donc cesse d’être la chose publique. C’est ce qui se produit aujourd’hui et c’est pourquoi tant de gens éprouvent le sentiment d’être exclus de la République au nom d’une idéologie de l’inclusion universelle.

 

En fait, l’identité de chacun est soi-disant admise a priori, mais à condition d’avoir été neutralisée par un processus qui la réduit à n’être qu’une variété de l’unique identité neutre.

 

La raison fondamentale pour laquelle le pouvoir devient autoritariste, c’est que la violence est dans son idéologie même. Elle a subverti les concepts fondamentaux d’une société libre et transformé le refus de la discrimination en moyen de discriminer tout ce qui résiste à la normalisation idéologique.

 

 

 

Relativiser le relativisme. La Renaissance est en marche

 

 

La première victime du relativisme, c’est le juste sens de la relativité. Un relativisme incapable de se relativiser oublie qu’il y a eu avant lui, dans l’histoire, de nombreuses crises sophistiques, sceptiques et relativistes. Elles ont permis à l’esprit de rentrer en lui-même et ont toujours été suivies de grandes renaissances de la pensée. Il est vain de vouloir fixer à ce stade la vie de la culture. Bien entendu la vie l’emportera. La renaissance est déjà en marche. Le pouvoir le sent et le sait. C’est pour ça qu’il devient mauvais.

   

Carnet de notes. Pensées sur la volonté de puissance

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Mise à jour le Samedi, 04 Janvier 2014 14:13 Écrit par Henri Hude

En ce début d’année 2014, voici avec mes meilleurs vœux quelques pensées, autour de la « volonté de puissance ». Elles sont tirées d’un cahier de notes préparatoires à diverses conférences futures. De là leur aspect encore décousu. Pourquoi les publier en cet état ? Pour deux raisons.

 

 

Pourquoi parler de la « volonté de puissance » ?

 

1° J’ai l’intuition que ce thème de la « volonté de puissance » sera le thème philosophique majeur au fond des débats publics de cette année. C’est donc elle, cette « volonté de puissance », qu’il faut éclairer, pour ne pas s’égarer au cours des débats. Je voulais donc, sans plus attendre, attirer l’attention sur ce point.

2° Sur ce thème, et sur les pensées qui suivent à son sujet, il serait utile de connaître le jugement d’un panel de citoyens réfléchis, tel que celui des lecteurs qui fréquentent ce site de temps en temps. Je les remercie par avance pour leurs réflexions.

 

 

 

Ecartons tout d’abord les contresens possibles 

 

1) « Volonté de puissance » signifie, nous le verrons, quelque chose de plus profond que « volonté d’acquérir de la puissance », ou que « soif de pouvoir ».  

2) Une analyse critique de la « volonté de puissance » n’a pas non plus pour objet de culpabiliser les nobles ambitions.

3) Cette réflexion ne débouche pas davantage sur un éloge de l’impuissance. Qui veut bien faire, veut faire et, donc, pouvoir faire. Ainsi « pouvoir » est quelque chose de bon. Et la conscience exacte de nos faiblesses est un des indispensables moyens permettant d’y remédier.  

 

 

 

Un mot sur Nietzsche

 

C’est avec les œuvres de Nietzsche (1844-1900) que l’expression « volonté de puissance » a fait fortune et s’est imposée dans le langage (philosophique, politique et de tous les jours). Elle est le concept qui permet à Nietzsche de systématiser sa pensée. Les autres concepts (tragédie, surhomme, éternel retour, etc.) s’y rattachent.

La philosophie de Nietzsche fut d’abord la référence principale, en tous cas la plus prestigieuse, de l’extrême-droite politique européenne, notamment germanique, avant 1914 et dans l’entre-deux guerres. Elle devint ensuite, peu à peu, après 1945, plus durablement que Marx ou que Freud, la référence principale d’une ultragauche sociétale mondiale.

Les aléas de la destinée de l’œuvre de Nietzche ne relèvent pas du hasard. C’est un fait que l’extrême droite politique et l’extrême gauche sociétale partagent une même philosophie de fond, nihiliste active, et transgressive, aussi éloignée du judéo-christianisme que de la culture classique gréco-romaine et de la grande philosophie des Lumières.  

Quand Christiane Taubira cite Nietzsche à la fin d’un grand discours parlementaire sur le mariage, elle le fait avec pertinence. Cette loi est parfaitement nietzschéenne. Mais la finance de Wall-Street est aussi nietzschéenne. Et l’oligarchie impériale est devenue nietzschéenne. Qui a gagné la Seconde Guerre Mondiale ? Nietzsche.

Pour que tout soit permis, il faut renverser à la fois Dieu, la Nature et la Raison. C’est ce que fait Nietzsche. Ceci fait, restent la « volonté de puissance » et le néant. Jusqu’à quand ?

 

 

 

Pensées sur la volonté de puissance

 

Pour s’orienter dans le monde, il faut comprendre l’homme.   

La volonté de puissance. Voilà un facteur stable. Il durera jusqu’à la fin du monde. Peut-être en causera-t-il la fin.

Comprendre la volonté de puissance.

 

Elle n’est pas seulement une volonté d’avoir de la puissance, une volonté qui veut du pouvoir. Elle est aussi cela, mais elle est d’abord quelque chose de beaucoup plus profond.

 

La volonté de puissance, c’est une volonté possédée par la puissance – par une puissance qui est en elle.

 

Cette puissance se déploie sans règle réfléchie. Elle se déploie comme les plantes poussent, ou comme on se gratte la tête : parce que c’est comme ça. Et que veut-elle, cette puissance ? Rien d’autre qu’elle-même et son déploiement. Se conserver, s’étendre, jouir de son déploiement, tuer, manger, mourir.

 

La puissance veut la puissance, toujours plus de puissance, mais comme une vie sans raison, comme un arbre qui croît toujours, jusqu’à ce que la vieillesse l’accable, ou que les capricornes le vident, ou que la foudre l’abatte.

 

La volonté de puissance aime la vie d’une façon qui inclut l’amour de la mort. Elle aime bâtir, puis détruire ce qu’elle a bâti, pour le plaisir de le détruire.

Autrement, elle aurait bâti pour l’éternité. Et l’éternité, elle n’en veut pas. Juste le retour éternel de la vie et de la mort.

Autrement, il y aurait une règle au-delà d’elle, et cette règle, elle n’en veut pas, juste une puissance qui s’affirme et se pose comme sa propre règle –  ou alors, elle se sentirait impuissante.

Autrement il y aurait une vérité pour la raison au-delà des projections, des mythes et des illusions, et cette vérité, elle n’en veut pas. Car alors il y aurait quelque chose qui jugerait la vie et elle ne peut jouir de la vie que si rien ne la juge. « Qui osera me juger dans ce monde sans juge ? », demandait Caligula.

 

C’est la puissance qui possède la volonté, pas la volonté qui maîtrise la puissance. Tel est le rapport des deux dans la « volonté de puissance ». La barbarie, ce n’est que cela. 

 

La barbarie aime la barbarie.

Autrement il y aurait un devoir pour la conscience au-delà de ce vouloir-être. Et ce devoir on n’en veut pas.

Autrement il y aurait un Dieu au-delà de sa nature, et cette puissance veut être seule à créer sans être créée, seule à modeler sa nature et à la nier, à tout transgresser y compris ce qu’elle a elle-même créé, et à la fin détruire, pour confirmer son refus de toute autre puissance. 

 

C'est ce qui permet toujours de croire en la victoire sur le Mal, car le Mal est animé d'un syndrome d'autodestruction.

 

Pour la volonté de puissance, la jouissance de la vie requiert la fermeture de tout autre horizon que celui de la volupté et de la mort.

 

Il faut la cruauté, si la bonté suggère une idée de morale.

 

Il faut surtout à la fin la noyade de l’individu dans la grande vague du tout. La mort d’Yseult. La mort venue du fond sans fond de la puissance aveugle. La mort, héroïque, pathétique et grotesque, à la clarté d’une lumière noire émanée d’un feu de puissance dont le vouloir ne s’éteint pas.

 

La volonté de puissance, c’est une volonté dont le fond est un élan obscur, qui n’est ni la vie, ni l’animalité, ni la nature, ni la raison, mais quelque chose d’inhumain, spécifiquement humain, absolument inhumain.

 

La volonté de puissance :

c’est la nature sans loi naturelle ;

c’est la vie sans fécondité ;

c’est l’animal sans instinct et donc sans mesure ;

c’est la raison sans réflexion et sans vérité.

 

Dans la volonté de puissance, la raison comme pouvoir de connaître se trouve réduite à n’être que la tête chercheuse de cette volonté soumise elle-même à cette puissance obscure.

 

Cette « puissance », c’est la nature humaine, son élan spontané, puissant et orienté, comme toute nature – mais c’est cet élan aveuglé et décapitée, tronqué, sans loi naturelle et sans raison, et qui s’égare, et qui possède la personne et elle va au diable en riant.

 

La raison à la remorque de la puissance maximise l’utilité avec exactitude, sans rien savoir avec certitude au sujet de ce qui lui est utile. Car au fond rien ne sert à rien. L’homme ? « Une grande passion inutile ».

 

La raison c’est aussi la grande fabricatrice de mythes au service de la volonté de puissance. Celle-ci a besoin de projeter des illusions, inspirées par la puissance, flattant la puissance, accroissant le sentiment de la puissance – non parce que c’est vrai, mais parce que c’est comme ça. Et l’illusion est la seule vérité.  

 

Je vois ce que c’est que la volonté de puissance. Comment imaginer qu’elle n’infecte que les autres, les méchants ? Suivant Pascal, nous dirons : "Ce n’est pas en Nietzsche, c’est en moi que je trouve tout ce que j’y vois."

 

La civilisation, ce n’est ni la volonté de puissance, ni la culture d’impuissance. C’est la maîtrise de la puissance par la volonté, la conduite de la volonté par la raison, et la définition de la raison par la recherche de la vérité. 

 

 

 

Pensées sur le monde actuel

 

Un monde se comprend par sa culture dominante.

La culture mondiale dominante, c’était ce qu’on appelle les Lumières. Elles comportaient Raison et Loi morale. Ce n’est plus le cas.

Les Grandes Lumières ont fait place aux Petites et les Petites ont cédé la place aux Dernières.

Celles-ci sont en train de sombrer dans la volonté de puissance.

Nouvelle civilisation ? Soulevez le voile des mots et nommez la réalité par des expressions propres : volonté de puissance, barbarie.

 

L’humanisme postmoderne, de plus en plus, devient logiquement équivalent à un antihumanisme radical. La vérité sur le sujet se fait jour peu à peu, par étapes.

Cet antihumanisme ne pourrait se maintenir que sous forme de dictature, d’alliance mondiale d’oligarchies arc-boutées contre leurs peuples, divisant pour régner, et d’Etat mondial cyber-policier. Le pourra-t-il ? Peut-être. Mais pas sûr. Je pense que le Mal va perdre.

 

L’essence du racisme, c’est l’antihumanisme radical. On y tombe facilement. Il suffit de rejeter l’idée de la vérité. Le racisme est alors au bout du chemin. Car alors les idées, qui ne sont plus vraies, sont comme des sécrétions du cerveau ; le cerveau n'est lui-même qu'un fragment d'un rêve éveillé, d'une illusion qui flirte avec le néant, et la diversité des opinions, sans rapport critique au vrai ou au faux, n’exprime plus que les diversités génétiques. Chacun vit dans son mythe et son mythe exprime sa chair. Chacun défend son mythe et lutte pour sa chair. Un moment vient où l’individu s’ennuie tout seul, avec quelques autres individus. Il se sentira plus chair en faisant corps avec de nombreuses autres chairs qui lui ressemblent, qu’en se tenant tout seul indépendant dans son coin. Ces amas de chairs ont en commun des mythes et des usages. Ainsi l’individu postmoderne se met-il à faire tribu, il se sent race à nouveau et il jouit d’une régression merveilleuse : car il n’est pas tribu avec innocence comme au bon vieux temps dans la forêt vierge ; il l’est dans la grande ville, par vice et par transgression.

 

Et il édifie des théories, pour prouver qu’il a raison de dire que la raison ne prouve jamais rien. Et comme ça lui fait plaisir d'imposer ces inepties à tous les esprits en se servant de son pouvoir, il entend faire croire aux gens que la vérité n'est jamais qu'une ruse du pouvoir - alors que cette croyance est précisément la ruse de son propre pouvoir, et que la vérité est objectivement le seul contre-pouvoir sérieux à tous les pouvoirs, et la seule garantie d'une justice équitable.

 

Le postmoderne libertaire (surtout à l'ancienne mode) se dit qu’il y a des races d’hommes comme il y a des races de chiens, et que sans doute chacune chez les hommes a son identité, sa religion, son irréligion, ses mœurs, les vices et le régime de sa race, de sa terre et de son climat. Chacun jouit de la vie, profite du pouvoir, se plaît à la violence, incline à la cruauté. Tel est le vieux racisme. Telle est la vieille barbarie. Mais elle date. La postmoderne va plus loin. 

 

 

 

Visions du monde futur ?

 

Dans un racisme tribal, ou dans un nationalisme raciste, on s’attaque à une ou plusieurs autres « races ». Dans le racisme postmoderne (il faut le dire : dans les Dernières Lumières), on s’attaque à toutes les races, qui sont toutes hors la loi, et surtout à toute la race humaine.

 

L’Homme : une seule race nuisible, un problème auquel il faut inventer une solution une bonne fois.

En réduire le nombre à quelques centaines de millions – dont nous ferons partie, bien sûr.

Les remplacer en grande partie par les robots, et vive les animaux, les plantes et les machines.

Cet animal dénaturé, le retransformer en animal, ou le transformer en robot, et ne laisser en son cerveau que ce qu’il faut de raison pour se procurer l’illusion de ne plus être Homme et de rendre un culte à la Terre, au Grand Fétiche, au Grand Milieu ; et pour lui inculquer d'obéir au pouvoir de la volonté de puissance des transgressifs nihilistes.

Vivre mille ans, volant le corps de clones décérébrés, vivre riche sans travailler, les robots faisant tout, mais sans se faire voir, et nous, vivre à poil, mais super-connectés, sur une terre à nouveau sauvage, mais sans épines, climatisée, avec des fauves reprogrammés. Himmler en a rêvé, nous l’avons fait.

 

Ecologie ou racisme mondial antihumain ? Humanisme antihumaniste, humanisme tombé sous la coupe de la volonté de puissance.

 

Les Lumières en sont à l’extrême-fin de leur crépuscule.

 

L’inflation dans l’emploi du terme « racisme » est justifiée, mais pas comme le disent les propagandes, qui visent à diviser le peuple pauvre, pour mieux le dominer.

La vérité, c’est que le racisme fait corps avec la volonté de puissance et cette volonté de puissance est bien là. Toute volonté de puissance (au sens précis) est raciste en sa profondeur, mais il y a plusieurs racismes, rivaux. On peut donc toujours dire que c’est l’autre qui est raciste. Jusqu’au moment où l’on réalise que, décidément, la question politique est insoluble quand on ne va pas jusqu’à poser le problème du salut.

 

Mènerons-nous la politique antihumaniste à l’échelle du monde impérial ? Ou dans chaque nation ? L’organisation politique est secondaire, si l’unité culturelle existe et si elle est partout ennemie de l’Homme.

 

Ceci est-il un roman ? Oui, un roman où tout est vrai, comme dans les bonnes fictions, que la réalité finit par dépasser.

Mais un roman tout de même, car (à mon avis) cela n’arrivera pas. Car un tel monde n’aurait pas en lui de quoi se soutenir.

Il faudra dire en détail pourquoi. Plus tard.

Et puis nous nous battrons.

 

Il y a un magnifique avenir pour l’humanisme, justement à cause de ce cauchemar. Décidément le Mal en fait trop. Veillons.

 

Le point culminant de son offensive est atteint. A condition pour nous de retrouver le vrai sens de l’Homme-Dieu, et même le nom propre de l’Homme-Dieu.  

 

Où va la politique, laissée à elle-même, abandonnée à des partis rivaux, si tous ces partis, craignant de retrouver le sens de l’Homme-Dieu, copinent en profondeur avec la volonté de puissance  nihiliste ? Et si ceux qui devraient être le ressort pour nous tirer de là se dessèchent dans un moralisme liberticide ?

Sous le signe de la volonté de puissance, l'avenir est comme écrit dans les astres :

l’unité impériale universaliste du monde structuré par les Dernières Lumières, est en train de craquer.

Tout ce monde va disparaître. Mais, après lui ?

Après l’empire, chaque nation va jouer le chacun pour soi. La volonté de puissance restant dominante (par hypothèse), la nation ne sera pas une entité civilisée, une formule humaniste appelée à remplacer l’empire antihumaniste des Dernières Lumières, mais une autre façon de trahir l’Homme.

La nation postmoderne, comme volonté de puissance, présentera l’autre face, ou une autre face, de l’antihumanisme.

Entre les deux faces, il y aura la guerre.

Le vieux système sera probablement vaincu, comme le vieux succombe presque toujours.

Puis, les nations postmodernes se battront pour l’hégémonie. Ce sera le chaos et une autre barbarie, un autre empire, peut-être, et encore plus régressif… A moins que…

 

 

 

Quelle est notre mission ?

 

Notre rôle n’est pas de choisir le moindre mal entre deux ou trois abîmes (ou quatre, ou cinq...). Notre rôle est de tenir le chemin de crête.

Rejeter tout humanisme antihumaniste.

Lier un universalisme rénové à des nations civilisées, et ces nations civilisées à cet universalisme, le tout en retrouvant la continuité de la grande tradition humaniste.

Organiser le concert des nations civilisées.

Comme le Congrès de Vienne, après le stress de la Terreur et les guerres de l’Empire.

Mais pour cela, rendre un avenir à l’humanisme. Comment ?  

 

 

 

La culture est plus fondamentale que la politique

 

Si nous caractérisons la « volonté de puissance » avec précision, nous découvrons, au-delà de tout doute raisonnable, qu’aucun problème politique ne peut jamais recevoir de solution purement politique.

Si une politique est vraiment catastrophique, c’est qu’elle s’inspire d’une culture profondément dévoyée.

Si donc l’opposition modérée à ladite politique se sent, au fond, solidaire de la même culture en ce même état, elle ne fera jamais que continuer avec des bémols la même politique catastrophique.

Et si l’opposition radicale à cette politique catastrophique vient au pouvoir, tout en ayant au fond elle aussi la même culture, le pays ne fera que changer de politique catastrophique.

Un nationalisme libéral-libertaire ne vaudrait pas plus cher qu’un mondialisme libéral-libertaire, ou qu’un alter-mondialisme libéral-libertaire. A un certain moment, il faut dire à un pays libre démoli par la corruption de la liberté, que s’il veut changer de politique, il faut d’abord sortir de la corruption et renaître en profondeur à la liberté.

 

Cela veut dire revenir en-deçà, ou aller au-delà, du libertarisme, et même au-delà du libéralisme.

Cela veut dire aller au-delà du moralisme stérile, qui ne fait que renforcer le libertarisme.

Cela veut dire rentrer en soi-même, par une vraie conversion de l’âme, et retrouver dans la raison et/ou dans la foi, les fondements métaphysiques et religieux. Car la morale n’est jamais qu’une retombée de la vie de l’esprit ou de la vie de la raison.

 

L’homme libre est comme un dieu. Mais qu’est-ce que cela veut dire ?

Il faut accepter de poser à fond la question de l’homme-Dieu. Il faut écouter les questions de l’homme-Dieu. Depuis la profondeur et la hauteur des fondements métaphysiques et religieux d’une civilisation de liberté, grâce à l’extraordinaire présence de la figure du Christ, Dieu-Homme, se forment et s’affirment les concepts de personne humaine, et de liberté, les valeurs de respect et de fraternité.

Ces "valeurs" sont du blablabla, en contexte nihiliste. Nietzsche s’en moquait ouvertement. Certains disciples au petit pied font semblant d’y croire. Et ils clignent de l’œil en faisant un sourire.

 

La culture libertaire n’est pas chez les autres, chez les méchants, elle est dans l’air que nous respirons, elle est en nous, elle surgit en réalité du fond du cœur de chacun de nous. Elle s’impose en notre société à chaque instant où nous lui offrons le concours de notre complicité. Sans conversion personnelle, sans réappropriation profonde de notre culture humaniste, nous ne produirons aucun changement politique décent. Nous pourrons au mieux espérer prendre part à un tourniquet d’ambitieux sur les strapontins du pouvoir, au pire nous compromettre dans d'autres aberrations.

 

L’action sincère en vue d’un vrai changement politique ne commence pas par l’agitation d’une lutte extérieure contre un adversaire diabolisé. Elle commence par une étude sérieuse, une préparation, une lutte intime de chaque individu, surtout pour ceux qui ambitionnent les responsabilités, en vue de d’opérer chacun sa révolution culturelle intérieure, sa metanoia, sa conversio. 

   

République Centrafricaine. Pourquoi la guerre ?

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Mise à jour le Lundi, 30 Décembre 2013 12:20 Écrit par Henri Hude

 


Pour ceux qui s'intéressent à l'Afrique, en particulier à la crise et à l'intervention militaire française en République Centrafricaine, je peux conseiller un livre bref et substantiel, à paraître incessamment chez Lavauzelle, et dont j'ai rédigé la préface. Voici, après l'image de la couverture du livre, le texte de cette préface.

 

 

                                                      

 

 

Un incendie éclate, on envoie les pompiers. Ils éteignent le feu. On pense à autre chose. C’est un peu ainsi que les grands médias présentent aux citoyens les crises africaines et les opérations militaires, souvent françaises. Censées mettre fin à des situations intolérables, elles y parviennent plus d’une fois. De retour d’opérations, les militaires auraient tant à dire… Mais l’attention volage est ailleurs.

Ce livre bref, mais substantiel, avec une grande réactivité, prend sur le fait l’action en cours, tout en prenant le temps d’analyser, mesurer, comprendre la situation en République Centrafricaine.

Il permet de cerner les enjeux politiques, économiques et culturels, de voir comment la Centrafrique est bâtie, comment elle se situe dans l’espace mondial et le temps long, dans le circuit des échanges, la continuité de la vie, le dialogue et les frictions entre cultures et entre civilisations.

Il est écrit par des gens qui savent ce dont ils parlent et il a la saveur d’un « livre de bonne foi ».

 

 

Parmi les préfaciers, il y a ceux qui en savent plus long et ceux qui en savent beaucoup moins que les auteurs. Appartenant à la seconde catégorie, je pourrais estimer en avoir assez dit, mais il y a plusieurs ensembles de questions dont j’aimerais faire part au lecteur, en me plaçant à un point de vue philosophico-politique, non sans avoir salué le courage et la compétence des militaires français, et le sacrifice de plusieurs d’entre eux. Et non sans avoir exprimé ma plus vive sympathie à tous les Africains qui luttent pour assurer leur développement dans la justice, l’indépendance, l'honnêteté, et pour bâtir des États solides.

 

 

 

I. Démocratie. 

 

La mission militaire en Centrafrique est conforme à la légalité internationale et elle est sans doute plus que justifiable sur le plan moral. Toutefois, concernant la politique d’ensemble dans laquelle s’inscrit cette mission ponctuelle, il y aurait beaucoup à questionner.

Que penser de notre zèle à démocratiser l’Afrique ?

Plus précisément, la forme de démocratisation promue en Afrique par les puissances occidentales produit-elle, dans un certain nombre de pays, autre chose que l’anarchie et la guerre civile ?

Peut-il exister une forme de démocratie qui ne soit pas solidaire d’un individualisme radical et libertaire ? Une forme qui soit plus juste, en tout cas mieux adaptée à des peuples de culture plus communautaire ? La question, après tout, se pose peut-être aussi chez nous.  

Comment une politique trop idéaliste de démocratisation aboutissant au chaos se distingue-t-elle d’une politique cynique de domination pour la prédation par l’anarchie ?

Que signifient les droits de l’Homme dans l’anarchie ?

Pour qui hésiterait, comme nous, à croire que l’anarchie puisse constituer l’état final recherché par une politique aussi imprudente, cette dernière ne semblera-t-elle pas le résultat de marottes idéologiques, rendant les cerveaux hermétiques aux leçons de l’expérience ? L'esprit scientifique, n'est-ce pas l'acceptation d'un aller et retour continuel entre le concept et l'expérience ?

 

 

 

II. Nation, Etat. 

 

Une démocratie ne suppose pas seulement des individus, des règles et des juges ; elle suppose une nation et un Etat. Or, un Etat n’est pas l’incarnation de la raison, c’est d’abord un Pouvoir, c’est à dire une force capable de mettre fin à l’état de nature – un Pouvoir régularisé, un « Prince (de Machiavel) apprivoisé [1] ».

Par ailleurs, sans lien organique à une nation, le Pouvoir ne peut pas devenir un Etat régulier, et l’Etat risque lui-même de n’être qu’une bureaucratie aux mains d’une oligarchie, à moins que la bureaucratie ne devienne elle-même l’oligarchie.

Une nation, s’il ne s’agit pas d’une nation tribale, d’une confédération de tribus cousines, se constitue en cité politique par le dépassement des relations tribales. Il y a là un phénomène normal, graduel et assez universel.

Cela se fait le plus souvent autour d’un Pouvoir stable et suffisamment équitable, qui tend donc à prendre un ferme caractère d’Etat, mais tout en restant fortement personnel. Un tel pouvoir reste longtemps le seul lien solide de ce qui a vocation à devenir une nation [2].

Tant que la cohésion d’une nation n’est pas solidement constituée par l’amalgame de ses divers composants, elle  se décompose aussitôt qu’on ôte le pouvoir, et l’Etat lui-même survit mal à la disparition du pouvoir. C’est aux connaisseurs des situations particulières de décider dans quelle mesure ces principes s’appliquent à tel ou tel des pays d’Afrique, en particulier à la Centrafrique.

 

 

 

III. Quel capitalisme ? 

 

Une économie civilisée subsiste à l’intérieur d’un cadre politique et culturel permettant la stabilité d’une confiance sociale et le fonctionnement d’une solidarité. Une économie libérale qui démolit ces cadres n’est qu’une régression barbare vers l’état de nature, une prédation, de la culture sur brûlis.

La conjugaison des marottes politiques et de la prédation économique libérale-libertaire dans des pays encore en mutation vers l’état politique produit des effets dévastateurs, requérant (et permettant) des interventions militaires à répétition.

 

 

 

IV. Constitution. 

 

Tout qui précède n’est pas en contradiction avec les idées de droits de l’Homme, de pacte social et de constitution.

Une constitution existe par un pouvoir constituant, qui ne disparaît jamais tout à fait derrière son œuvre. Ce pouvoir, par définition, précède les pouvoirs divisés et constitués, et il précède aussi les lois positives. Il est donc en soi une force nue, réunissant en lui les divers pouvoirs, et qui ne diffère d’une force brute et n’a de légitimité, que par sa visée de la norme éthique préjuridique – la loi de paix, la loi naturelle [3]. Il est absurde de prétendre imposer une constitution sans qu’il y ait d’abord un solide pouvoir constituant.  

En ce sens, la paix repose toujours au départ sur une imposition de la paix par la force juste. Mais c’est là la volonté générale, et le pacte social se passe tacitement au moment où le pouvoir imposant la paix se fait constituant par le fait même. Car la société, dès qu’elle va au-delà d’une communauté de sang, ne se constitue dans la confiance qu’autour d’un pouvoir assez juste et fort pour imposer la paix et permettre la confiance. Le pouvoir devient ainsi le premier représentant de la volonté générale, qui est d’abord d’avoir un avenir et de ne plus vivre dans l’anarchie.

Une société civilisée repose sur la victoire d’un plus fort qui est aussi (toutes choses égales par ailleurs) le plus juste [4]. Ce plus fort et plus juste (relativement) doit s’imposer aux seigneurs de guerre, oligarques, marchands d’esclaves, etc. C’est ainsi qu’une démocratisation prématurée, privant une société de son droit effectif au pouvoir et à l’évolution vers la nation et la démocratie, a pour principal effet réel d’exposer à la guerre civile ou à l’anarchie, et de soumettre à des puissances extérieures, des pays qui ne sont encore ni tout à fait des Etats, ni tout à fait des nations. En effet, elle les prive du pouvoir fort, ou, à défaut, des institutions complexes à la romaine (voir plus bas), qui seraient seules capables d’assurer le développement dans l’indépendance et l’unité intérieure.

Dans le cadre d’une démocratisation prématurée, il est aisé à des puissances étrangères cyniques de tirer dans leur intérêt certaines ficelles afin d’écarter tout dirigeant susceptible de mener une politique d’évolution graduelle, habile, dans un développement indépendant respectueux du bien commun de la nation en devenir.

Soutenir de tels dirigeants, forts et relativement justes, coopérer avec eux, stabiliser résolument leurs régimes, tout en leur laissant mener leur politique de bien commun, telle devrait être la politique africaine de la France. En plus, elle y trouverait sûrement mieux son compte que par d’autres procédés, qui pourraient lui être reprochées un jour.

 

 

 

V. Le modèle romain antique. 

 

Les Occidentaux, et de nombreux Africains, pensent avec raison que le développement de l’humain conduit tôt ou tard à faire le saut définitif du tribal au politique. C’est même par sa différence d’avec la famille, au sens large, qu’Aristote définit la cité (la polis), le politique.

Mais une idée trop utopique, simpliste ou hâtive d’un tel saut a pour seul résultat l’anarchie dans les sociétés auxquelles est imposée une telle idée.

Pour bâtir une communauté politique stable, il faut créer la confiance entre les parties réellement prenantes à la communauté en devenir. S’il y a plusieurs groupes ethniques à forte identité collective, surtout avec des traditions d’inégalité ou de violence entre eux ; s’il y a plusieurs classes sociales très différenciées, voire plusieurs nationalités, ou plusieurs religions ; et si la conscience d’unité politique et la confiance mutuelle restent faibles – alors, les institutions et la pratique doivent impérativement en tenir compte d’une manière ou d’une autre, évolutive et adaptée à chaque situation. Autrement dit, les constitutions individualistes à l’européenne, sans compléments ou compromis, ne peuvent pas fonctionner de manière satisfaisante.

Faute de confiance, chaque groupe veillera d’abord à sa propre sécurité et la constitution ne sera jamais qu’un chiffon de papier collé sur les morceaux disjoints de la société, le droit une fiction manipulatoire couvrant des rapports de forces et des ingérences extérieures.

L’Occident devrait se rappeler sa propre histoire. Les anciens Romains, aux temps où fleurissaient leur République, avaient choisi d’éviter le recours à des pouvoirs forts en mettant en place des institutions complexes, comportant des éléments de suffrage censitaire, de suffrage individuel et de suffrage sur base tribale au sens large. Ils avaient aussi des magistratures républicaines spécialement dédiées à la défense de tel ou tel groupe, ou de telle ou telle classe. Toutes ces institutions étaient propres à assurer la confiance au sein d’une société pourtant très clivée entre riches et pauvres, et entre divers groupes d’origine, en cours de fusion au sein de la cité. C’est ainsi que se constituait peu à peu un patriotisme, un bien commun.

De tels précédents mériteraient d’être médités, plutôt que d’imiter mécaniquement les constitutions actuelles des Etats occidentaux.  



[1] Harvey C. Manfield, The Taming of the Prince, traduction française Le Prince apprivoisé, Fayard, 1994.

[2] Ce lien peut être intérieur, comme une personnalité fondatrice, une dynastie, ou extérieur, comme un protectorat, ou les deux à la fois, comme dans le cas d’une dynastie d’origine étrangère, ou dans le cas d’un protectorat coachant une monarchie locale qui peinait à bâtir la nation et à lui donner un Etat.

[3] Thomas Hobbes, Léviathan, 1, 14.

[4] Pascal, Pensées, fragments « justice et force ».

 

   

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