Henri Hude

Préparer l'avenir. Nouvelle philosophie du décideur

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Mise à jour le Jeudi, 10 Mai 2012 18:37 Écrit par Henri Hude

Je viens de publier un nouveau livre : Préparer l'avenir. Nouvelle philosophie du décideur.

On peut en trouver une brève présentation en ligne, sur le site de l'éditeur, Economica

Ce nouveau livre compte 130 pages et coûte 18 Euros.

A l'occasion de la parution, l'hebdomadaire Famille chrétienne m'a demandé une interview, dont je donne ci-après le texte. Propos recueillis par Samuel Pruvot.

Le titre de cette conversation : "Les qualités ordinaires des grands leaders ne suffisent plus".


 

Quelle est votre réaction au lendemain de l’élection de François Hollande ?

 

Ce n’est pas une surprise. Relativisons : l’élu sera face aux problèmes très profonds que la campagne n’a que faiblement abordés. Le pacte social passé en 1945 – la croissance finançant l’État providence – est caduc. L’État ne peut plus payer les dettes sociales et financières. Nous n’éviterons pas une remise à plat des traités, une redéfinition du contrat social. Cela exige une autorité politique hors du commun que l’élu n’a peut-être pas, sauf à se transcender… Dans l’Histoire de France, confrontés à des situations d’exception, certains ont réussi à le faire, comme jadis le futur Charles VII.

 

Pourquoi accorde-t-on une telle autorité au président de la République ?

 

Il y a des explications historiques. Et il y a la Constitution. Plus encore, nous entrons dans des temps d’exception et les Français le sentent. Pour faire face, c’est dans le pouvoir politique que le corps social recherche une tête.

 

Quelles sont les vertus nécessaires au nouveau chef de l’État ?

 

Les qualités ordinaires des grands leaders ne suffisent  plus. Le libéralisme idéologique est en train de nous reconduire à l’"état de nature". La société devient ingouvernable, un système où il est impossible de réformer les abus de tous contre tous. Les qualités requises pour un président sont désormais les qualités fondatrices d’une société, celles qui font sortir de l’état de nature. Et fondent la civilisation.

 

Le président, ultime rempart de la civilisation : n’est-ce pas excessif ?

 

Nous avons besoin de dirigeants capables de présider à la passation d’un nouveau pacte social. Il nous faut des esprits et des consciences ayant fait leur révolution culturelle. Des esprits ayant retrouvé la pensée classique, en se replongeant dans les trois grandes sources de la pensée occidentale que sont l’Antiquité gréco-romaine, la religion chrétienne et la grande philosophie des Lumières.

 

Cette même philosophie des Lumières qui a engendré le libéralisme… ?

 

Le grand libéralisme des Lumières, qui conservait la nécessité d’une rationalité forte et du devoir (Kant), restait opérationnel. Mais le libéralisme idéologique de la postmodernité a échoué. Aujourd’hui, l’individu est tenté par les options antilibérales. Il sent que quelque chose bloque l’innovation. Il ne sait pas quoi. D’où l’angoisse. De plus, la culture dominante anéantit l’autorité, parce qu’elle met l’arbitraire de l’individu à la place de la loi morale. Mais s’il n’y a pas de loi morale, l’individu n’a pas non plus de devoir. Le pouvoir civil s’impose donc brutalement, ou alors il n’est plus supporté et perd tout pouvoir.

 

N’est-ce pas le propre de l’idéologie ?

 

L’idéologie nous emprisonne dans une analyse en termes de droite et de gauche, avec, de chaque côté, des modérés et des extrêmes. Or il n’y a pas deux dimensions en politique, mais trois, parce que la justice compte trois dimensions : 1/ celle de la solidarité entre concitoyens et de la protection des plus faibles ; 2/ celle de la liberté des contrats et des échanges privés ; 3/ le respect du devoir civique et patriotique. C’est sur la première qu’insistent le plus les partis populaires et les classes populaires. Les milieux d’affaires et la bourgeoisie mettent l’accent sur la seconde. La haute administration, ou l’aristocratie selon les époques, seront plus sensibles à la troisième.

 

Comment cela s’applique-t-il en particulier pour la France ?

 

La raison de la crise française, c’est une contradiction intenable : d’un côté, l’acceptation d’un extrémisme libéral dans la pensée, dans la vie privée et dans la politique économique au niveau mondial ; de l’autre, un État français et une économie nationale gérés de façon unilatéralement socialiste.

 

Croyez-vous en une relève politique ?

 

La relève est pensable, si chacun des grands partis fait un effort pour rejeter sa part de fanatisme politique et pour s’ouvrir aux autres dimensions de la justice. Du côté des libéraux, un examen de conscience est requis d’urgence. Où est la liberté dans le relativisme dogmatique, le moralisme à rebours de la morale naturelle, l’intolérance qui diabolise tout ce qui ne chante pas la même chanson ?

 

Et du côté de la gauche ?

 

Franchement, c’est la même chose. Elle partage la bonne conscience des idéologues libéraux. Elle fait l’impasse sur ses contradictions entre un extrémisme libéral qu’elle partage, et l’extrémisme communiste ou jacobin qui était autrefois son identité, et qui survit parfois dans le discours.

 

Question : Et la droite nationale derrière Marine Le Pen ?

 

Si on se veut national, on se doit d’être juste, car la nation est un lieu de justice. C’est pour cela que sont nées les nations dans les temps modernes, et la justice disparaît quand l’État devient impuissant et que la nation s’efface. Mais la nation est aussi un individu collectif, qui existe dans une société internationale, où notre patrie a des devoirs envers les autres. Il y a donc contradiction entre, d’un côté, la volonté de lutter contre l’injustice de l’individualisme libéral ; et, d’un autre côté, un nationalisme fermé à l’idée de la justice internationale et du bien commun universel.

 

F.C., n° 1791 du 12 au 18 mai 2012

 

 

 

 

Occident et Défense nationale

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Mise à jour le Lundi, 05 Mars 2012 09:48 Écrit par Henri Hude

Le texte suivant est paru dans la RDN, (Revue de la défense nationale), numéro 745, Septembre 2011, sous le titre « Occident et Défense nationale ».

  

 

Qu'est-ce que l'Occident, aujourd'hui ?

 

Si l’on se demande ce que c’est aujourd’hui que l’Occident, on répond sans hésitation que c’est la démocratie politique, l’économie capitaliste, et la culture « postmoderne ». Un non-occidental préciserait sans doute : démocratie médiatique, capitalisme financier globalisé, avec une culture à deux branches : l’une rationalisante, scientifico-technique, l’autre subjectiviste, individualiste, relativiste – le tout étant principalement vécu dans l’imaginaire et l’instantané de la communication médiatique.

 

En quoi cette caractérisation peut-elle concerner la défense nationale – mis à part le fait que la nation à défendre, en l’occurrence, est la France, qui, par sa géographie, son histoire et sa culture, fait partie de ce que tout le monde appelle l’Occident – et qu’on ne peut défendre bien que ce que l’on connaît ?

 

En d’autres circonstances, plus sereines, l’objectif prioritaire eût peut-être été une discussion approfondie consacrée aux limites de la caractérisation précédente. Mais, fin 2011, l’Occident, ainsi caractérisé, se trouve en crise majeure. C’est autour de cette Grande Crise que se cristallisent les menaces planant désormais sur l’Occident, et notamment sur l’Europe. C’est pourquoi une étude tournée vers le passé se recommande moins à nous qu’une étude prospective, à partir d’un diagnostic bref mais sans équivoque de la maladie de l’Occident qui déstabilise le monde.

 

 

La crise et les menaces. Crise économique et idéologie

 

 

L’économie capitaliste des pays occidentaux est en crise majeure, pour la première fois depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Cette crise est d’autant plus grave que le régime politique des pays occidentaux, la démocratie médiatique, est aussi en crise et se montre incapable de faire face à la situation. De plus, si les pays riches et consommateurs devaient entrer en récession ou se fermer au commerce international, leur crise se propagerait automatiquement aux pays émergents et producteurs. La crise économique deviendrait alors mondiale, avec des conséquences difficiles à prévoir. C’est là que se trouve la source des principales menaces pesant sur la paix du monde.

 

C’est la seconde Grande Crise de l’histoire moderne du capitalisme. Le précédent de 1929 peut-il nous instruire ? Pour sortir de la première grande crise vraiment bloquante du système économique libéral, et qui avait occasionné les catastrophes internationales que l’on sait, les Etats occidentaux avaient mis en place après la seconde guerre mondiale des politiques keynésiennes et la social-démocratie. Ils abandonnèrent le keynésianisme et sont revenus au libéralisme dans les années 80.

 

Trente ans après ce retournement, le néo-libéralisme est universellement répandu et bien au-delà du monde occidental. En outre, il a été peu à peu transformé en une idéologie totale, englobant économie, politique et culture sous la seule catégorie du libre marché, et semblant devoir instaurer pour toujours et partout « l’ère de l’individu[1] ». Il convient ici d’en dire un mot.

 

 

Néo-libéralisme, idéologie "privatiste" et communautarisme

 

 

 

Cette idéologie est l’inverse du communisme. Appelons-la, pour cette raison : « privatisme ». Pour le communisme, la Liberté devait régner si tout devenait commun. Pour le privatisme, elle règnera si tout est privé, y compris la culture, les idées, les valeurs, l’éthique, la religion, et pourquoi pas même le dialogue ? – tout. Niant absurdement la dimension communautaire et traditionnelle de l’humain, ou la réduisant au folklore, le privatisme a provoqué des réactions dites communautaristes[2].

 

Toutefois, les communautarismes actuels n’entendent pas restaurer « la manière de penser métaphysique », liée en profondeur à toute vision communautaire forte[3]. Ils ne prétendent pas, pour remettre en cause l’idéologie néolibérale, représenter ou même incarner une réalité universelle, une dimension de la justice, une vérité ou une Révélation à faire partager à tous les peuples. Les communautaristes se contentent en général d’une posture défensive, brillante et convaincante, aussi longtemps qu’elle se maintient sur la défensive[4]. Pour se défendre contre le libéralisme relativiste, ils se contentent d’une « relativisation savante du principe d’autonomie[5] ».

 

Cette position les conduit, comme les libéraux attachés au contraire à l’émancipation d’un individu sans racines, jusqu’à la limite du scepticisme et du relativisme, mais à un relativisme qui reste attaché par affection à ses traditions de pensée et à son groupe de référence. Puisque tout se vaut, il n’y a aucune raison de rester attaché à ce qu’on nous a appris (version individualiste), mais pas davantage de ne pas y rester attaché (version communautariste). C’est ce qu’on appelle une identité, mais dont il faut comprendre qu’il s’agit d’une identité subjectiviste. Là où l’individu libéral sceptique rejette ce que la réflexion paraît relativiser, le communautariste s’y attache sans plus de raison. Il se contente de nier la neutralité effective de l’Etat libéral et d’interpréter autrement ce que devrait être la neutralité de l’Etat. Il pense que l’Etat devrait être chargé d’assurer la coexistence entre communautés diverses, pour préserver dans l’harmonie leur diversité. Mais sont-elles si diverses ? Est-ce qu’en réalité, elles ne tendent pas toutes, aujourd’hui, à devenir relativistes, mais sur le mode communautariste ?  Car si elles restent attachées à une identité locale particulière, elles ont abandonné toute prétention à posséder quelque chose d’universel. Certains ne peuvent jamais se sortir de leurs habitudes, d’autres ont la manie d’en changer : affaire de goût.

 

 

Sur le communautarisme 

 

 

C’est ainsi que le triomphe de l’idéologie libérale n’a pas signifié la fin de toute division idéologique dans l’univers libéral, mais le début d’une autre division, interne cette fois au libéralisme lui-même.

 

Le fond de l’idéologie privatiste, c’est la liberté de l’individu qui entend ne se soumettre à aucune vérité objective, métaphysique, ou morale, mais prendre comme il lui plaît des décisions éthiques différentes. On comprend que ce subjectivisme postmoderne se subdivise entre ceux qui préfèrent vivre la liberté de l’arbitraire subjectif de manière plus individuelle (libéraux radicaux), et ceux qui préfèrent la vivre collectivement, à l’intérieur d’arbitraires traditionalistes et collectifs.

 

Inversement, nous pourrions dire aussi que les libéraux radicaux représentent un communautarisme parmi d’autres, car, comme tout le monde, ils ont besoin de vivre en communauté avec des gens qui pensent comme eux[6]. Et inversement, les communautaristes ne sont jamais, le plus souvent (au moins en Occident), que des individualistes enregistrés parce qu’ils en ont envie dans un groupe communautaire, où ils restent aussi longtemps que cela leur chante, en compagnie d’autres qui le font eux aussi dans le même esprit individualiste[7]. Il est permis d’estimer que ce communautarisme, dont les fameux « fondamentalismes » sont des espèces, constitue la forme plus insidieuse d’occidentalisation galopante dans les groupes ethniques et culturels non occidentaux. Il n’est jamais qu’une des versions possibles du libéralisme radical postmoderne, qui reste ainsi la seule et unique idéologie dominante de l’époque.

 

Cette remarque est capitale, pour la juste interprétation, par exemple, des mouvements dits islamistes dans les pays de tradition musulmane, mais pénétrés de bien des façons par la modernité occidentale, comme au sein des communautés immigrées dans les pays occidentaux. Ils sont souvent plus dans la revendication d’une identité arbitraire que dans le respect d’une vérité absolue. Je vois là le signe d’une occidentalisation inconsciente, mais réelle.

 

 

Idéologie et menaces

 

 

Quoi qu’il en soit de cette dispute, il existe une cohérence parfaite entre l’idéologie privatiste, surtout en sa version libérale-radicale, et le capitalisme néolibéral, individualiste et radical. Le libre marché mondial, tout contractuel et dérégulé, est censé incarner la souveraine liberté d’appréciation de l’individu postmoderne dans un monde d’individus postmodernes. La théorie les suppose à la fois arbitraires et rationnels, subjectivistes et raisonneurs, sans bien commun et non violents, fondamentalement satisfaits, spontanément organisés, apaisés, pacifiés.

 

Cette idéologie unilatérale ne repose, à mon avis, sur aucune base anthropologique solide, pas plus que feu le communisme, même si elle peut se recommander, elle aussi, comme lui-même le faisait jadis, d’une masse considérable de savants travaux universitaires, voire nobélisés[8]. Il y a là un motif suffisant pour appliquer le doute cartésien, en sa forme la plus radicale, à tout un ensemble de productions et d’institutions intellectuelles. Puisque cette idéologie construit et promeut le modèle d’un monde optimal censé perdurer indéfiniment en équilibre de croissance, le surgissement de la Grande Crise, inopiné pour les tenants de l’idéologie, semble en constituer la réfutation expérimentale. Ce qui doit normalement émerger en réaction, en Occident et dans le monde, c’est une économie ne reposant plus sur une anthropologie aussi unilatérale. Une économie allant au-delà de l’économie sociale de marché, ou alors jusqu’au bout de la même idée, vers une économie de marché plus communautaire, non pas au sens du communautarisme, mais au sens fort du mot. Il ne faut pas se dissimuler la portée géopolitique qu’aurait un tel événement : ce ne serait rien moins que l’effacement de l’influence prédominante d’une culture individualiste de matrice protestante et anglo-saxonne.

 

Toutefois, la situation actuelle est d’abord le résultat de l’application systématique, en politique comme en économie, d’une idéologie formant le cœur de la culture occidentale postmoderne dominante. Cette Grande Crise est la principale source de menaces pour la sécurité du monde et de l’Occident, et c’est évidemment cette idéologie qu’il faut réformer afin de se donner les instruments intellectuels et politiques nous permettant d’en sortir. Car nous ne sortiront pas de cette crise avec les modes de pensée qui nous y ont conduits.

 

Ajoutons que, en plus d’avoir produit à la fois une dérégulation économique ruineuse et une impuissance politique généralisée, l’application de l’idéologie libérale procède, dans l’ordre culturel, avec une intolérance extrême à l’égard de tout ce qui n’est pas elle, ou ne s’y laisse pas réduire – que ce soit en Occident même, ou a fortiori hors d’Occident. Cela est perçu par tous les non-Occidentaux, même modérés, comme un intégrisme occidental, ouvertement immoral, provocant et transgressif. Cette idéologie radicalise les oppositions culturelles et civilisationnelles existant sur la planète. Elle constitue le motif et le détonateur principal d’un choc des civilisations, et ce d’autant plus qu’elle réussit à pénétrer les cultures traditionnelles et à les transformer (comme nous l’avons noté) en affirmations arbitraires postmodernes. En outre, elle fabrique un outil de propagande puissant à l’usage de tous les régimes autoritaires du monde, qui ont beau jeu de déclarer à leur peuple que la liberté et la démocratie conduisent à la ruine et à l’anarchie.

 

 

L'ampleur des réformes 

 

 

Les tenants d’une idéologie au pouvoir sont toujours satisfaits de la voir, et de se voir eux-mêmes, en situation dominante. Car l’idéologie leur procure un confort mental, une bonne conscience, et un statut social qu’ils apprécient. C’est pourquoi, face à la faillite d’un modèle en accord parfait avec leur idéologie, ils adoptent en général une attitude de déni de réalité. C’est en grande partie la situation de l’idéologie libérale aujourd’hui en Occident.

 

C’est d’autant plus facile que, dans cette idéologie, il n’y a pas de faits, seulement des interprétations. Comme disait Marx à propos de la philosophie de Berkeley (qui niait, comme on sait, l'existence de la matière), « c’est la pensée de quelqu’un qui n’a jamais eu qu’à mettre les pieds sous la table ». C’est pourquoi j’estime qu’il n’y a pas lieu de s’attarder à réfuter longuement des constructions artificielles et arbitraires, qui tomberont d’elles-mêmes. Elles ne sont crédibles que dans une bulle médiatique[9], un univers d’aliénation exprimant seulement l’autosatisfaction de classes dirigeantes, ayant rompu toute attache avec le réel, croyant pouvoir décréter les lois de la nature et maîtriser indéfiniment l’avenir. Cette ivresse idéologique cesse sous les coups de la crise économique et de la montée des tensions. Car ce qui reste de la paix et de la prospérité sont les fruits d’un ordre politique et culturel antérieur, dont l’idéologie s’attribue les mérites tout en en détruisant les fondements.

 

Il faudra donc, en Occident, réformer pratiquement tout en profondeur :

 

1° Inventer un modèle économique, qui remplisse la fonction du keynésianisme, mais ne présente pas ses inconvénients, et qui soit praticable dans les circonstances présentes

2° Réformer les pouvoirs politiques pour :

-          restaurer la légitimité démocratique,

-          recréer une vision et un projet réalistes pour sortir de l’impasse où nous sommes,

-          réinstaller la rationalité politique à la place de l’irrationnel médiatique[10].

3° Dépasser la culture postmoderne et son idéologie libérale en nous replongeant dans les fondamentaux classiques et éternels de la culture occidentale.

 

 

 



[1] Alain RENAUT, L’ère de l’individu, Gallimard, 1989.

[2] Jürgen HABERMAS, dans L’éthique de la discussion, (1991), savant recueil de textes universitaires qui fait suite à Morale et communication (1983), propose un essai de synthèse, inspirée par Hegel, entre le point de vue libéral-radical d’un néokantisme postmoderne, et le point de vue du communautarisme néoromantique, à la J.G. Von Herder. Bien sûr, la synthèse réalisée se fait chez HABERMAS sous l’égide et au bénéfice du libéralisme radical, qui intègre son opposé tout en demeurant dominant.

[3] Jürgen HABERMAS, Ethique de la discussion, p.82,

[4] Par exemple, les livres de Charles TAYLOR, ou plus encore ceux d’Alasdair MC INTYRE, en particulier After Virtue (1981) et Three Rival Versions of Moral Enquiry. Encyclopedia, Genealogy, and Tradition, University of Notre-Dame Press, 1991. 

[5] Jürgen HABERMAS, op.cit., p.85. La pensée des communautaristes néo-aristotéliciens n’est pas si originale : ils réoccupent les positions du romantisme allemand pré-hégélien, tout en évitant soigneusement toute allusion à une métaphysique de l’Esprit dans l’Histoire.

[6] Ils éprouvent une préférence subjective pour une éthique au contenu formaliste et plus abstrait. Mais le formalisme n’indique pas ici une absence de contenu, juste un autre contenu plus individualiste et plus bohême. Mais l’aspect particulier de ce contenu permet de donner rhétoriquement à cette préférence subjective pour cette éthique déterminée l’aspect d’arguments rationnels venant à l’appui d’une morale de la communication.

[7] Ou alors, il est un simple masque, une présentation rhétorique, permettant de vivre dans la démocratie postmoderne en continuant à se référer à une position antimoderne, mais qui n’ose pas se déclarer ouvertement, ou qui, même, n’est pas pleinement assumée par la personne qui, subjectivement, estime y adhérer encore.

[8] Je suggère la constitution, par le comité du Nobel, d’un sous-comité, chargé de dénobéliser les lauréats d’économie politique postmoderne, dont l’application des doctrines a contribué à former la situation calamiteuse dans laquelle se trouve l’économie occidentale, et aussi de la nobélisation rétrospective, voire posthume, de ceux qui ont été écartés par le « politiquement correct ».

[9] Le débat sur de tous les graves sujets s’effectue généralement au sein de l’espace médiatique, qui fonctionne comme un business amalgamant information et divertissement, et qui n’est pas en général au niveau d’éthique et de rationalité qui serait nécessaire pour héberger valablement une telle discussion.

[10] Henri HUDE, Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, Editions Monceau, 2010, chap.10.

   

Où en sont les Valeurs ? Post n°5. Sur le doute philosophique et les valeurs

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Mise à jour le Lundi, 12 Décembre 2011 11:08 Écrit par Henri Hude

Onze nouveaux posts.

Mise en situation et table des matières  

 

En juin dernier, j'avais publié quatre articles sur le sujet: "Où en sont les valeurs?" 

Post n°1. Valeurs dominantes et valeurs dominées.

Post n°2. Le sens mystique des valeurs.

Post n°3. Les grandes Lumières.

Post n°4. Les lumières tardives.

Ces articles faisaient partie d'une étude, écrite entre janvier et mai 2011, esquisse d'un livre que je vais publier bientôt.

Après quelques mois d'interruption, j'ai décidé de publier sur ce blog la fin de cette étude sur "Où en sont les Valeurs". J'en donne d'abord le plan, pour que le lecteur soit plus libre de se déplacer dans l'ensemble, et aussi parce que les posts n° 5 et 6 pourraient rebuter ceux qui commenceraient par eux. Les autres traitent des questions plus concrètes, comme les titres l'indiquent. La philosophie, parfois, est comme les mathématiques : difficile. Il faut faire un effort.  Mais il est parfois plus sage de lire dans l'ordre qui nous convient le mieux. A chacun de voir.

Post n° 5. Sur le doute philosophique et les valeurs.

Post n°6. Le "doute" et la morale.

Post n°7. Comment le "politiquement correct" détruit la démocratie tempérée.

Post n°8. Avons-nous vu la fin des idéologies ?

Post n°9. Le libéralisme soixante-huitard et le malaise dans la civilisation.

Post n°10. Sur l'impuissance des pouvoirs en démocratie postmoderne.

Post n°11. Libéralisme (postmoderne) et anarchie. Démocratie et état de nature.

Post n°12. Le monopole du libéralisme comme idéologie est-il absolu et durable ?

Post n°13. Peut-on définir la gauche et la droite en termes de valeurs ?

Post n°14. Famille, morale et religion comme valeurs de solidarité.

Post n°15. Le besoin d'une offre politique et culturelle nouvelle.

 

Le mysticisme des Lumières et le "doute" ? 

 

Le doute universel est la face visible des grandes Lumières. Leur face cachée, celle qui se révèle en approfondissant le doute, c’est LA Valeur, qui est Raison et Savoir absolu. Voici pourquoi la première valeur des Lumières est intellectuelle : et c’est le « doute ». En d'autres termes, cette pensée a un recto : "douter" et un verso : "Se savoir Dieu". Si le commun des mortels était conscient de l'existence du verso, il hésiterait à ne pas douter du recto.

 

Ce qui, souvent, reste opaque aux hommes des Lumières, c’est qu’il existe une pluralité de modernités. Le questionnement radical n’est pas propre aux seules Lumières. Pour toute modernité (classique, chrétienne, moderne, ou postmoderne) la première valeur est le questionnement radical. Là se constituent la conscience, la personne, la raison, et s’ouvre l’accès certain aux vérités scientifiques, comme aux vérités fondatrices pour l’existence personnelle.

 

Il y a en Occident plusieurs modernités, non pas successives et formant comme un progrès évolutionnaire, mais parallèles et concurrentes : Socrate, Descartes, Nietzsche, saint Augustin, seraient leurs origines principales. Questionner à fond, ce n’est donc pas forcément « douter » comme Descartes, de tout ce qui ne présente pas une certitude mathématique, ni « suspecter » comme Nietzsche. Ce peut être « dialoguer » comme Socrate, ou « interroger » comme saint Augustin. 

 

Pour ce qui est de la grande modernité des Lumières, sa forme de questionnement s’origine dans le doute cartésien. Ce « doute » ne s’étend pas à l’idée de la vérité, et il ne s’agit pas, pour lui, « de douter pour douter », mais pour trouver par là quelque certitude indubitable. Longtemps après Descartes, quand la vérité fait peur (quand on redoute le « despotisme du vrai », selon l’expression de Hannah Arendt), le doute devient une fin en soi. Et c’est la modernité tardive.

 

Ce que les Lumières détestent, dans le christianisme, c’est le « dogme ». Cela demande explication. Le christianisme vivant est questionnement. La réponse est dans la question, car quand l’homme devient question, comme dit saint Augustin (Confessions, IV, 4, 9), l’homme trouve Dieu dans l’homme. Dieu dit à Blaise Pascal : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé. » La foi chrétienne vivante est le contraire d’un non-questionnement. Elle est la raison socratique ayant réfléchi et jugé crédible un fait : celui de la révélation historique du « visage de Dieu » en Jésus-Christ. Les dogmes en tracent alors, si l’on peut dire, le portrait-robot. Si la raison naît du questionnement essentiel de l’homme, la foi chrétienne surgit comme une réponse réfléchie et positive à ce questionnement imprévu de l’homme par Dieu, à l’occasion de Son irruption en personne dans l’histoire. Si cette foi chrétienne oublie qu’elle est la foi d’une raison, et le croisement vivant de deux questionnements, elle devient une non-question, et elle dépérit ou s’indure, à mesure que la question ne se pose plus. Elle ne se maintient plus alors dans une authentique logique de liberté et de vie, mais glisse vers une logique de pouvoir et de tradition morte.

 

Le questionnement, s’il renaît alors, resurgit contre ce « christianisme endormi », et comme le christianisme est nécessairement foi, et que le questionnement met en cause cette tradition de foi (dormante), le questionnement nouveau devient « doute » (puisque le doute semble le contraire de la foi). C’est pour cela que la réaction au christianisme, ou à une idée qu’on s’en fait, constitue si souvent l’impensé ou le non-dit des débats occidentaux. La modernité des Lumières, à base de « doute », est structurée par rapport à la « foi » chrétienne, elle-même structurée comme raison socratique jugeant crédible une révélation historique.

 

Mais aussi, douter du "doute éclairé", c’est questionner à son sujet, redécouvrir sa structure, et retrouver à la fois le questionnement qui est sa substance, et la foi dormante qui fut son obstacle. Ainsi se produisent en même temps un réveil du questionnement et de la foi. Et ces réveils sont un dépassement, peut-être une réactivation supérieure, du doute et du soupçon – bref, une nouvelle modernité, la matrice des valeurs qui viennent, du conservatisme raisonné qui remplacera le PC.

 

La postmodernité fut un questionnement authentique de la modernité, et même un doute sur le doute - mais trop vague. Elle est devenue aujourd’hui un pouvoir oppressif qui interdit le questionnement. Aussi, le questionnement renaît-il, à cause de cette oppression même. L’esprit se libère et questionne au sujet de ce doute vague. Toutes ces suspicions PC, il les juge suspectes. Doutant du « doute » et des soupçons, il retrouve un questionnement plus ample, dont le doute était un resserrement, et comprenant mieux comment le questionnement s’était réduit au « doute » et à ses avatars, il renoue avec toute la tradition du questionnement. Et le questionnement conduit à la Vérité (saint Augustin). Nous faisons un pas en avant, ou un pas en arrière  (ou les deux à la fois), hors du soi-disant dehors de la métaphysique, hors du soi-disant dehors de la religion, hors du dehors de la raison. Tels sont peut-être le germe et le noyau de la liberté nouvelle et des valeurs de demain. Telle est certainement la matrice philosophique d’un « universalisme non mondialiste », d’une démocratie durable, capable d’endurer cette crise et d’en sortir grandie.


   

Où en sont les Valeurs ? Post n°6. Le doute et la morale

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Mise à jour le Lundi, 12 Décembre 2011 10:46 Écrit par Henri Hude


La création des valeurs éthiques

 

 

Comment le "doute" a-t-il produit les valeurs morales des grandes Lumières ? Et quelles sont celles que produit la modernité tardive ?

Les valeurs de modernité (grande ou tardive) résultent de l’application du « doute » aux jugements de valeur traditionnels. En quelques instants, s’opère ainsi une destruction de toutes les valeurs, en tant que traditionnelles. Puis, dans un deuxième temps, s’accomplit, sur une longue durée, une reconstruction des valeurs. Il s’agit souvent des mêmes, matériellement, mais si le contenu des valeurs ne change guère, l’esprit change. La grande modernité les institue comme des valeurs d’autonomie, valant en raison de cette rationalité enracinée dans le « doute ».

 

Par le « doute », le sujet rejette ce qui est fondé hors de lui, en nature, en Dieu, en société ou tradition. Mais dans cette grande modernité, l’élément négatif subjectif n’est qu’un début, un premier moment. Comme l’écrit le philosophe Louis Lavelle, « la négation d’une affirmation qui nous est imposée devient la source d’une affirmation que nous nous imposons à nous-mêmes. »(Traité des valeurs (1950), PUF, 1991, t.I, p.42)

 

 

La liberté et la loi morale

 

 

Pour Kant, être moral, c’est être libre, mais être libre, c’est être moral, et croire qu'on est esprit. Être moral, c’est être rationnel : cohérent et soumis à un système de lois universelles rigoureusement déterminantes, sans exception (donc analogues, pour Kant, aux « lois de la nature » dans la physique absolument déterministe de son époque). Être moral et libre, ce n’est pas seulement être indépendant, c’est s’autodéterminer par Raison, donc obéir à la loi de Raison (= être autonome). Kant écrit : "La liberté et la loi morale inconditionnée s'impliquent réciproquement l'une l'autre." Si cette morale de Kant paraît solide, c’est que la Raison est une structure forte, systématique, limitée mais source de concepts et de principes indubitables.

 

La simple indépendance n’est pas l’autonomie, qui seule est la vraie liberté. Ainsi la liberté morale est-elle identique au plus rigoureux des moralismes. Telle était, en France, la morale kantienne de la 3ème République. Libres au sens d’autonomes, nous faisons ce que la conscience populaire (christianisée) a toujours appelé moralité. De plus, nous respectons forcément aussi l’égalité de tous et leur liberté. Nous construisons une société de droit. A la fin, nous sommes libres et moraux dans une société libre et juste. En cela consistent les valeurs morales des grandes Lumières.

Les valeurs morales de modernité tardive 

 

La morale kantienne était forte parce que la Raison l’était. Mais la raison postmoderne n’est plus une structure forte et ses éthiques ne le sont pas davantage. Il en est ainsi pour trois raisons au moins – politique, morale et logique :

1° la réaction, ou parfois la phobie, antitotalitaire : l’homme postmoderne, traumatisé par les camps de concentration, a peur de la vérité « idéologique », et de ce « despotisme du vrai », où il voit la source du totalitarisme ;

2° le malaise et la névrose causés dans la civilisation par le légalisme étouffant de la morale kantienne, et aussi de la morale chrétienne (chaque fois que le christianisme est endormi, ou a absorbé trop de kantisme, ou de philosophie moderne) ; 

3° l’évolution des sciences, qui n’a pas confirmé (crise des fondements) les cadres tracés par le rationalisme des grandes Lumières.

 

La modernité tardive ne peut donc s’appuyer sur cette forte Raison, qui servait de socle à l’édifice de la grande modernité. Mais elle s’appuie toujours sur ce qui en reste. Si la moralité s’identifie encore à la rationalité (= à ce que celle-ci est devenue), elle n’admettra plus que des lois statistiques. Donc, la formulation kantienne de l’impératif catégorique : « Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de la nature. » se retourne ainsi contre l’universalité et la rigueur de la loi morale. Au nom même de cette formulation, l’exception sera toujours permise, voire devient aisément la règle, et la morale entière sombre ainsi dans l’incertitude, ou se retourne en immoralisme moralisateur.

Sous l’effet de la peur du totalitarisme, la peur de tyranniser devient l’instinct dominant de la conscience morale. La honte de contraindre, renommée respect, vaut certificat de moralité. La culpabilité à la seule idée de tyranniser relève d’un surmoi inhibant toute velléité d’affirmer avec conviction, de décider avec résolution, d’agir avec énergie. La moralité "rationnelle" (en régime de rationalité postmoderne) devient irrésolution délibérée, modération sceptique. La force morale est suspecte, comme la puissance et la volonté. Nietzsche n’aurait jamais imaginé une telle façon de faire d’impuissance vertu.

 

La peur du réel et la phobie de la vérité

 

 

La raison postmoderne s’organise afin de pouvoir être bien sûre de ne jamais rien pouvoir affirmer de sûr et de clair. Elle accueille avec  soulagement l’idée que toute vérité ne serait que provisoire, ou que tout langage de savoir serait évolutif, etc. Pour elle, rien n’est jamais si simple, tout est toujours plus « complexe », tellement qu’on s’y perd et qu’on ne s’y retrouve pas. Elle est ouverte à tout, tolère tout, et, à la limite, admettrait que chacun ait « son propre sens commun ».

 

C’est bien là que s’enracine la délégitimation de tout ce qui serait commun et l’exclusive légitimité de la privatisation universelle. La raison peut conseiller, non obliger, ni interdire – sauf interdire d’interdire et obliger à ne pas obliger. D’où le changement lexical : la grande modernité a une morale, la modernité tardive a des éthiques. La question qui se pose est bien sûr jusqu’à quel point cette négativité peut suffire et combien de temps la simple peur du mal, traduite en censures, inhibitions et commandements abstraits, peut fournir un principe à la vie dans la liberté.

 

L’antitotalitarisme est bien le sentiment profond qui fournit une justification au relativisme et aux éthiques de tolérance relativiste. L’horreur des crimes des totalitarismes se transforme en horreur des dogmatismes idéologiques. Les idéologies, nées dans sillage d’une modernité visant à supprimer guerres de religions et despotisme monarchique, n’ont réussi qu’à substituer les guerres d’idéologies aux guerres de religions, et les totalitarismes aux despotismes. Il faudrait donc arracher jusqu’aux radicelles de tout dogmatisme et de toute idéologie. C’est ce que seul le relativisme est censé faire. En cela consiste aujourd’hui la force invaincue du relativisme.

 

Au relativisme instinctif, populaire et médiatique, nous devons joindre celui des penseurs universitaires. Contentons-nous de le signaler. Pour eux, le totalitarisme plongerait ses racines dans « la métaphysique ». Cette structure « métaphysique » de la Raison, avatar de la structure religieuse de la pensée, serait la cause intellectuelle du totalitarisme. De là le projet de constituer une forme de pensée nouvelle, qui serait postmétaphysique et areligieuse : la pensée postmoderne savante, qui s'inspire souvent de Heidegger. Mais nous savons déjà que cette irréligion postmoderne est un néopolythéisme.

   

Où en sont les Valeurs ? Post n°7. Comment le "politiquement correct" détruit la démocratie tempérée

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Mise à jour le Lundi, 12 Décembre 2011 10:32 Écrit par Henri Hude


La contradiction fatale du politiquement correct

 

Ethique et politique sont indissociables. A cet égard, le « politiquement correct » comporte, au moins en apparence, une frappante contradiction. Il ne se contente pas de comporter la vieille contradiction formelle bien connue inhérente à tout scepticisme (il est absolument vrai qu’il n’y a pas de vérité absolue, etc.). A celle-ci s’ajoute une contradiction plus substantielle.

 

Le PC est un égalitarisme culturel requérant de mettre à égalité, sous peine de discrimination, toutes les opinions et valorisations, à égalité (à condition qu’elles tolèrent les autres). Mais en même temps, le PC affirme des valeurs absolues : respect, tolérance, démocratie, droits de l’homme, dialogue, etc. Si toutes les opinions se valent, si toutes les valeurs sont relatives, on ne voit pas pourquoi les opinions et valeurs démocratiques vaudraient plus que les non-démocratiques, le respect que l’irrespect, ni pourquoi la croyance en « l’Homme » (ou en « les Hommes ») vaudrait mieux que l’incroyance.

 

Bien sûr, si l’on permettait indistinctement toute opinion et tout acte conforme à n’importe quelle opinion, ce serait la guerre privée généralisée : ce que Hobbes appelle « l’état de nature ». La nécessité pragmatique de sortir de cet état force la démocratie postmoderne à imposer certaines valeurs, autoritairement, et en les présentant comme des croyances absolues, parce qu’elle y voit des conditions de la paix. Mais ces croyances absolues sont tellement illogiques dans ce contexte, que la réflexion à leur sujet leur serait fatale. C’est pourquoi il n’est pas politiquement correct de faire usage de la raison, de la logique et de la réflexion, quand il s’agit de valeurs politiquement correctes.

 

Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas une vraie cohérence, d’un point de vue politique, dans l’imposition de ce système de valeurs absolues, incohérent, d’un point de vue logique : 

1° pour sauver du totalitarisme la démocratie, on commence par détruire toute affirmation absolue par l’affirmation du relativisme ;

2° pour la sauver de l’anarchie et de la violence relativistes, on impose l’affirmation absolue d’un certain nombre de valeurs de paix.

 

L'individu-dieu est au dessus du principe de non-contradiction

 

 

Il est vrai, aussi, qu’au point de vue mystique (néopolythéiste), il n’y a de contradiction ni à poser la divinité de l’Individu, ni à créer un ensemble de valeurs par un consensus des dieux, ni à décider de suspendre l’application du principe de non contradiction en vertu du pacte social des dieux.

 

En somme, pour sauver la démocratie en évitant le totalitarisme, on impose un corps de valeurs comportant l’affirmation simultanée et sous le même rapport du scepticisme et du dogmatisme, tout en censurant l’exercice de l’esprit critique. Autant dire que, considérée d’un point de vue autre que mystique et pragmatique, le système des valeurs politiquement correct comporte une profonde absurdité. C’est aussi pourquoi, comme principe de décision, il permet de déduire en toute occasion une chose et son contraire.

 

Le PC n’est vivable que par cette censure continuelle de l’esprit critique. Comme il est censé être l’expression de la raison même, il a besoin d’une rationalité de compensation, qu’il se donne, par exemple, par l’hypertrophie de la technicité, ou de l’érudition, ou le culte de la compétence et du professionnalisme, ou la profession d’un goût pour le débat argumentatif raffiné. Mais il n’y a sans doute ni rationalité, ni éthique, dans des discussions entamées sur de telles bases. Comme disait avec justesse Léo Strauss : « C’est raison au détail et folie en gros. »

 

La raison devient politiquement incorrecte

 

 

C’est pourquoi, le débat « politiquement correct » a toujours un caractère convenu et légèrement comique. Il se proclame ouvert et néanmoins ne prend pas au sérieux ceux qui ne jouent pas le jeu du PC et ne parlent pas sa langue de bois. En somme, pour sauver la liberté de pensée, le PC détruit la loi fondamentale de la pensée. Pour éviter le dogmatisme d’un pouvoir, il érige un pouvoir dogmatique. Pour sauver la démocratie de la dictature d’un sens, il la réduit à l’impuissance en la soumettant à la dictature molle d’un principe d’absurdité.

 

Admettre sans condition le relativisme PC réduit toutes les opinions ‘audibles’ à de simples variations sur le thème d’une doctrine unique, le relativisme lui-même. Le pluralisme devient ainsi un monisme, la tolérance une pensée unique, et le relativisme un absolutisme. La liberté de penser et la recherche de la vérité se voient subordonnées à une orthodoxie politique motivé par la peur de la guerre et le besoin de paix.

 

 

Pluralisme ou pluralismeS ?

 

 

On parle DU pluralisme, mais il y a une pluralité de pluralismes et le vrai débat se ferait entre eux, s’il pouvait se faire. On parle de LA tolérance, mais il y a une pluralité de conceptions de la tolérance. Quand donc on parle DU pluralisme (PC) comme du seul et unique pluralisme, et de LA tolérance (PC) comme de la seule et unique tolérance, on fait de la philosophie « relativiste-absolue » la pensée monopolistique de la démocratie. On revient aussi, peu à peu, au parti unique, sauf qu’il y a plusieurs partis uniques, interchangeables – ce qui est bien sûr autre chose que d’avoir deux (ou trois) ailes représentant les polarités d’une même culture politique.  

 

Le reformatage médiatique d’une pensée déjà si faible ne peut qu’en accroître encore le caractère incertain. Le médium réducteur ne peut être le lieu où se formerait une conviction ferme et raisonnée. Les médias portent au scepticisme et le scepticisme en retour renforce leur emprise. Pour penser sérieusement, à partir d’un certain niveau, il faut écrire et réfléchir silencieusement. L’hégémonie de l’oral instantané est un obstacle insurmontable à la rigueur de la raison et, en ces conditions, l’incertitude est normale. La vérité paraît dans la durée. Les erreurs sont souvent des pseudo-évidences instantanées, qui se désintègrent à la réflexion. Le télévisuel banal est le lieu de l’instant contre la durée. Il ôte le pouvoir à la raison en démocratie PC. 

 

La télé allumée, les Lumières éteintes

 

Concluons sur ce point qu’aujourd’hui, les Lumières se sont éteintes. La fin de l’Histoire étant atteinte, réfléchir n’apporterait plus que des embarras. La philosophie PC devient un moule à préjugés. Le questionnement de l’esprit, s’il se remet en marche – et il est impossible qu’il ne se remette pas en marche – s’appliquera et s’attaquera au PC comme à la nouvelle forme du « dogme » endormi, de la tradition endormie et à leur autorité coercitive. Une grande banquise mentale est au bord de la débâcle.

 

Cette démocratie postmoderne est ainsi fondée sur une orthodoxie paradoxale, où l’on est prié de douter à la baguette, tenant pour absolument vrai qu’il n’y a rien d’absolument vrai ; elle forme une société close, construite sur un dogmatisme clos, excluant non pas toute autre forme de pensée, mais toute pensée qui se voudrait cohérente et forte et normée par la vérité, et donc sortirait du cadre PC. Seul un retour critique à un concept fort de la vérité rétablira la possibilité du commun, donc du politique, de la solidarité et d’un libéralisme différant de l’« état de nature », car tempéré par une morale commune sérieuse. C’est bien sûr là ce que le PC exclut. Ainsi revient-il, par un détour, à cela même qu’il avait voulu éviter, le totalitarisme, sauf que ce totalitarisme postmoderne est un mou, qui règne par l’impuissance, concept paradoxal et néanmoins approprié.

 

Dans son horreur pour le pouvoir, qui pourrait tyranniser, le PC a oublié qu’il faut du pouvoir, pour empêcher de tyranniser – et que seul un pouvoir peut être un pouvoir légitime. Ne voulant pas de pouvoir du tout, elle a instauré le pouvoir d’un antipouvoir qui a pour fonction d’abaisser tout pouvoir, en imposant à tous une culture d’impuissance : le Léviathan médiatique. C’est pour cela que le caractère médiatique est plus qu’un caractère secondaire du PC, il désigne la forme du pouvoir suprême régissant la démocratie PC. Mais un cléricalisme ne remplacera jamais un Etat. Aussi, l’abaissement du pouvoir politique constitutionnel signifie-t-il la consécration du seul pouvoir réel subsistant : la propriété privée. 

 

La forme irrationnelle (télévisuelle standard) en laquelle doit se couler la pensée, pour devenir visible et audible, garantit qu’elle demeure radicalement incertaine et que seuls le scepticisme, ou le relativisme, pourront sembler vrais. Elle préserve ainsi le pouvoir PC, avec l’impuissance et la paix, aussi longtemps qu’on ne change pas la télévision. 

 

 

Une citation de Mussolini

 

 

"Le phénomène fasciste italien doit apparaître (...) comme la manifestation la plus haute et la plus intéressante de la philosophie relativiste."

 

Source : Article "Nel solco delle grandi filosofie - Relativismo e fascismo" ("Dans le sillage des grandes philosophies. Relativisme et fascisme", publié par Mussolini, dans son journal Il Popolo d'Italia., 22 novembre 1921. Cité par Emilio Gentile, Il fascismo. Storia e interpretazione, traduction française par Pierre Emmanuel Dauzat, Qu'est-ce que le fascisme ? Histoire et interprétation, 2002, Gallimard, p.139. 

 

 

 

 

   

Où en sont les Valeurs ? Post n°8. Avons-nous vu la fin des idéologies ?

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Mise à jour le Lundi, 12 Décembre 2011 10:16 Écrit par Henri Hude


Comment la politique devient-elle idéologique en régime de modernité ou de postmodernité ?

 

 

Toute grande politique moderne propose aux hommes une vie libre absolue, une Vie dans la Liberté. Et c’est cela qui s’appelle une idéologie. Une idéologie a forcément quelque chose d’absolu et d’utopique, puisqu’il n’y a pas pour elle d’au-delà relativisant la vie dans le monde. Tout est donc déjà divin ici-bas, objectivement, dans le processus historique, ou du moins tout demande à le devenir consciemment, à la fin, dans l’Etat de la Liberté, que l’idéologie schématise. Cette définition précise de l’idéologie a été oubliée, tant est oublié le sens mystique de la modernité et tant est occulté celui de la postmodernité.

 

Le libéralisme « relativiste-absolutiste » est rarement identifié comme ce qu’il est : l’inverse de l’idéologie communiste, c’est à dire l’idéologie privatiste.

 

 

L'idéologie privatiste, inverse du communisme

 

 

Pour le communisme, la Liberté est réalisée quand tout est commun. Pour le privatisme, elle est réalisée quand tout est privé. C’est pour cela que le politique, dont la fonction est de gérer un bien commun, se voit profondément délégitimé, cependant que le libéralisme économique, devenu idéologique (privatiste), s’inscrit de moins en moins sous des pouvoirs politiques communs et une morale commune. Ainsi s’estompe la différence entre la concurrence et la guerre, et la solidarité sociale obligatoire se voit remplacée par l’humanitarisme facultatif. 

 

Le « privatisme » ne passe pas pour une idéologie, parce qu’à la différence des autres idéologies, il prétend ne rien affirmer (de commun). Il serait aisé à ses adversaires de rétorquer qu’il n’en est rien. Car le privatisme interdit tellement de rien affirmer, sauf à titre « privé », que la seule chose commune devient, précisément, ce statut exorbitant et exclusif du « privé », qui résulte de l’exclusion du commun. Ainsi sont remplacés : la loi par le contrat, l’Etat par le marché, toute forme de justice distributive par une bonne volonté facultative, et même, s’il se pouvait, tout pouvoir politique par des institutions judiciaires, voire arbitrales.

 

Pourquoi donc entend-on si souvent se plaindre du règne absolu du marché, de l’effacement du politique, du déclassement des classes moyennes et de la destruction de la solidarité ? C'est que le sens commun et la morale résistent à l'idéologie privatiste, car cette situation de marché absolu et de démocratie antipopulaire et antisociale est politiquement correcte, par rapport à cette idéologie privatiste. Il faut que la société soit le marché, que le politique soit aboli, et que chacun vive pour soi, pour que règne l’idéologie. Bien sûr, tant que ces individus-dieux restent en pratique sous contrôle PC, une certaine paix règne, sous les puissances pacificatrices PC : le Léviathan médiatique, la culture d’impuissance et le dogme PC lui-même.

 

Privatisation générale et anarchie

 

 

Malgré l’état d’anarchie instauré par l’arbitraire des individus-dieux qu’aucune loi universelle ne contraint, la culture PC préserve malgré tout une certaine différence entre l’état de société en démocratie PC, et l’état de nature hobbésien. Mais cette différence tend chaque jour à se réduire. Faute de reconnaître quoi que ce soit de profondément commun (à commencer par le « sens commun »), une privatisation générale s’opère. Le marché devient à la fois la forme canonique et la substance de toute société. Et toute régulation morale devant être minimale, la concurrence y prend toujours plus la forme d’une guerre. Le PC prend donc bien, de fait et logiquement, la forme d’une idéologie privatiste, qui est l’inverse du communisme.

 

Cette idéologie, comme toute autre, est une façon d’imaginer un Etat, où se réalise la Vie dans la Raison, la Vie dans la Liberté, en somme la Vie absolue de tous dans un Nous libre et divin. 

 

La situation présente des valeurs politiques, se laisse donc analyser sans équivoque. Nous vivons dans une nouvelle ère idéologique. Le privatisme a remplacé le communisme, et la dictature molle des oligarques et des médias tend à remplacer la dictature dure du "parti du prolétariat". N’est-ce pas une énigme que tant de partis de gauche, en Europe, souvent de matrice marxiste, puissent adhérer de bon gré à une telle idéologie ? Sa solution se présente pourtant à l’esprit sans difficulté.

 

Ce sont les valeurs profondes des Lumières, même transformées sous la postmodernité, qui continuent à inspirer cette politique privatiste. Ainsi, sans paradoxe, les plus fervents défenseurs de ces valeurs des Lumières (tardives) sont aussi les supporters de cet universalisme nouveau, même s’il s’agit parfois, concrètement, d’un égoïsme ploutocratique. Cela montre que, pour l’idéologie PC, le plus important n’est pas la justice, mais l’orthodoxie.

 

Notre temps (2011) se caractérise ainsi par une forte emprise idéologique sur la vie. L’idéologie privatiste (libérale postmoderne) y jouit d’un quasi monopole planétaire. Elle tend à s’imposer politiquement et à se radicaliser dans l’intolérance, d’où vient son nom de « politiquement correct ». Mais comme l’irréflexion est devenue obligatoire et que la liberté va jusqu’à se passer du principe de cohérence, cette politique idéologique est vécue comme non-idéologie et sa profondeur est occultée - ce qui l'aide à se maintenir.

   

Où en sont les Valeurs ? Post n°9. Le libéralisme soixante-huitard et le malaise dans la civilisation

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Mise à jour le Samedi, 10 Décembre 2011 14:56 Écrit par Henri Hude


Comment les idéologies peuvent-elles se distinguer par leurs divers domaines d’application ?

 

L’idéologie libérale a été appliquée très tôt, dans une mesure variable, au politique, à l’économique et au culturel. Mais nous ignorions, jusqu’en 1968, qu’il était possible de l’appliquer au domaine de la famille.

1968 est une date importante, non par ses conséquences politiques et économiques directes, très limitées, mais à deux titres :

1° comme inflexion culturelle majeure – le pouvoir culturel « moderne » passe des partisans de la grande modernité à ceux de la modernité tardive ;

2° comme application de cette idéologie libérale de modernité tardive au domaine de la famille (féminisme PC, malthusianisme PC, hédonisme PC, etc.).

 

Comprendre 1968 est encore essentiel pour bien saisir la situation présente des valeurs. Notre époque est en effet celle qui voit en même temps s’accomplir et se terminer l’hégémonie soixante-huitarde.

 

 

Un malaise dans la civilisation

 

 

Le caractère positif de 68 consiste dans l’attention publique portée au problème de la culpabilité liée au sexe et au malaise civilisationnel qui en dérive. Le caractère toujours passionnel des problèmes liés, de près ou de loin, à la liberté sexuelle, leur présence dans le non dit de tant de discussions, notamment démographiques, sont l’indice que le problème est loin d’avoir été résolu par l’instauration de la permissivité.

 

Mon hypothèse de travail sur ce sujet, est que les progrès décisifs de la technique ont pour conséquence anthropologique une façon nouvelle de regarder le corps, avec une coupure d’avec la nature, et, liée à cela, une dévaluation du corps tout à fait spécifique dans l’histoire humaine. D’où le malaise dans la civilisation. Le seul moyen de revoir ce jugement sur le corps semble alors être d’en faire l’incarnation de la subjectivité. Mais celle-ci, en régime PC, se définit par la liberté indéfinie d’un subjectivisme arbitraire. De là l’extrême permissivité sexuelle, qui fait exploser la famille, l’éducation et la reproduction, et qui implante dans l’existence humaine la domination de principes libertaires voués à se diffuser peu à peu, très logiquement, dans le domaine économique et politique. De là le capitalisme permissif (individualiste libertaire) et la démocratie permissive (elle aussi directe libertaire, mais qui, sauf révolution violente anarchiste, ne peut guère promettre autre chose à ses acteurs qu’une participation active à l’impuissance du politique dans ce système. De là enfin, demain, surtout en Asie, mais peut-être en Europe, des autoritarismes libertaires, complètement décomplexés par rapport à des traditions culturelles valorisant la liberté.

 

Le malaise dans la civilisation technicienne fournit sans doute le sens humaniste profond, où trouveraient quelque justification les excès de la révolution sexuelle postmoderne. Ce malaise lié au sexe et à la culpabilité, ainsi que le réflexe antitotalitaire, sont les deux points sérieux à partir desquels beaucoup d’autres affirmations PC s’expliquent, comme des projections d’émotions tenant à l’un ou l’autre de ces points.

Le remplacement durable du PC se trouve ainsi conditionné, par la prise en compte de ces deux points et par l’apport éventuel de solutions supérieures à la permissivité PC, analgésique passager du malaise dans la civilisation. 

 

Pourquoi la gauche ne s'intéresse plus aux intérêts des classes populaires

 

 

68 explique en partie pourquoi l’idéologie libérale PC reste aujourd’hui (2011) la seule qui puisse survivre encore assez longtemps en Occident, à condition qu’y subsiste un minimum de prospérité. En acceptant la logique soixante-huitarde, les gauches européennes ont subordonné leur corpus jacobin et socialiste à un principe de libéralisme libertarien, qui leur a fait perdre tout pouvoir de critique cohérente, face au libéralisme économique mondialisé.

 

C’est pourquoi, aussi longtemps que ce qu’on appelle encore la gauche ne revisitera pas la révolution sexuelle, ne redécouvrira pas dans le soutien à la famille le potentiel permettant de recréer la solidarité sociale, elle sera la mouche du coche de l’oligarchie capitaliste mondialisée. Elle se donnera bonne conscience en multipliant des petites libertés transgressives, dont le seul effet réel sera de démolir un peu plus les fondements culturels conservateurs de la démocratie, et sans doute aussi d’accroître le malaise de la culpabilité dans la civilisation.

 

 

   

Où en sont les Valeurs ? Post n°10. Sur l'impuissance des pouvoirs en démocratie postmoderne

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Mise à jour le Samedi, 10 Décembre 2011 14:50 Écrit par Henri Hude


Comment expliquer la relative impuissance du pouvoir politique en démocratie postmoderne ?


 

L’impuissance relative du vieux Léviathan (l’Etat) n’a rien à voir avec la modicité de son volume. Son obésité est en général inversement proportionnelle à sa puissance effective. Faute de pouvoir diriger l’essentiel, il se complaît dans le secondaire. 

 

Le logiciel PC postmoderne incorporant comme on l’a vu la contradiction (il est vrai que [A et non A]), il devient possible de décider n’importe quoi, ou rien du tout, voire tout et le contraire de tout. L’important est que les décisions absurdes puissent être présentées sous couvert du politiquement correct. La décision politique (au moins dans la sphère du débat public) perd évidemment tout repère rationnel.

 

La rationalité peut subsister hors espace public. Mais à l'intérieur, l'argumentation ne sert plus à rien, la persuasion devient manipulation. Dans ce vide de culture politique, la démocratie « relativiste-absolutiste » hésite entre l’impuissance et le retour de l’arbitraire. Elle cesse d’être un régime durable et sérieux. Car comment gouverner, réformer et défendre, sans faire appel à la raison ? Il importe peu ici qu’un débat soit ouvert et transparent, puisque les interlocuteurs n’ont en réalité rien à prouver et que leurs arguments ne font rien de plus qu’envelopper clairement dans des prétextes PC l’arbitraire de leurs prétentions.

 

La décision impossible et le retour de la violence

 

 

Quand les choses en sont là, la société hésite entre un difficile compromis entre les arbitraires, et un effrayant retour de la violence. Comment en arrive-t-on à un tel dilemme ? Parce que la règle d’autonomie est entendue hors raison et que la contrainte est mise hors la loi. Dès lors tout tricheur et tout abusif ont la liberté de bloquer indéfiniment le système entier. Et la force sans raison (la violence) semble la seule autre option, quand a échoué la discussion sans raison (le débat PC).

 

En Raison, une loi universelle de liberté requiert une force légitime, capable d’imposer l’exécution de la loi à ceux qui voudraient y contrevenir. L’idée de droit n’est aucunement alors en contradiction avec celle de force publique et de contrainte légale, mais seulement avec celle de violence. Ainsi, comme disait Georges Pompidou, « gouverner, c’est contraindre », y compris et d’abord, en démocratie.

 

Par contre, entendu hors Raison, le respect de l’autonomie n’est plus qu’un respect de l’indépendance arbitraire, précepte d’impuissance, criminalisant a priori tout recours à la force, imposant la négociation à l’infini, remplaçant  le gouvernement des lois par l’affirmation des privilèges, et instituant de fait le liberum veto individuel ou collectif. Le Léviathan civil, même constitutionnel, est du coup presque aboli. L’état de nature est virtuellement rétabli, et le serait effectivement, s’il n’y avait le Léviathan médiatique et son pouvoir d’imposer des valeurs absolues en même temps que le relativisme dogmatique.

 

Arbitraire ou impuissance

 

 

Arbitraire ou impuissance. Tel étant le dilemme, la société va hésiter. La compatibilité des libertés arbitraires se réalise forcément dans un premier temps au profit d’un statu quo indéfini, devenu irréformable. L’endettement est en général la solution et la conséquence du statu quo.

Mais l’absence de réforme aboutit à des situations intolérables, que seule fait alors bouger une soudaine poussée de violence, tout aussi arbitraire et irrationnelle, appuyée sur l’affirmation symétrique de la légitimité de la force pure. La violence sociale s’exerce ainsi, alternativement, aléatoire et arbitraire, de haut en bas, ou de bas en haut, toujours sous couvert de démocratie et de tolérance, ou de loi et d’autorité républicaines, et d’autres grands mots qui ne recouvrent jamais que la violence en l’absence de la Raison. Cette violence le plus souvent n’est pas physique, mais elle demande des mises à mort symboliques, des excuses publiques, des démissions immédiates de responsables – le tout au gré de la météo capricieuse des émotions. 

 

   

Où en sont les Valeurs ? Post n°11. Libéralisme et anarchie. Démocratie et "état de nature"

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Mise à jour le Lundi, 12 Décembre 2011 09:52 Écrit par Henri Hude

Pourquoi l’idéologie libérale a-t-elle évolué vers l’anarchisme et la démocratie vers « l’état de nature »?

 

Les idéologies se donnent pour mission d’assurer le règne de la Liberté. L’essence de l’idéologie libérale postmoderne (de l’idéologie privatiste) a été dégagée avec rigueur par le philosophe américain Richard Nozick (dans son livre Anarchy, State and Utopia). Il s’agit de maintenir la société à la limite de l’anarchie et de considérer l’Etat comme une agence privée au service d’une association libre d’individus. Ce libéralisme idéologique n’est pas si éloigné de l’anarchie, terme que reprend Nozick à juste titre. Le communisme méconnaissait ce qu’il y a de personnel dans l’homme et posait la base d’un collectivisme totalitaire. L’idéologie privatiste méconnaît ce qu’il y a de communautaire dans l’être humain, et pose la base d’un individualisme anarchique.

 

Comment s’étonner de voir réapparaître alors des demandes d’identité commune, qualifiées de « populismes » ? Leur forme radicalement particulariste est plus cohérente que les valeurs absolues PC avec une pensée relativiste PC. Le populisme est donc probablement une autre version de l’idéologie privatiste : non plus le privatisme individualiste des privilégiés, mais le privatisme collectif des futurs prolétarisés. Si l’on veut sortir du populisme, il faut sortir du privatisme. Et cela veut dire : retrouver critiquement la raison et un concept fort de la vérité. 

 

Il reste que le totalitarisme s’est discrédité par ses abus, et que, par conséquent, l’idéologie libérale dispose d’un accès privilégié dans tous les esprits modernes. Mais la dégradation de la raison prive le libéralisme de la forte armature morale, dont il a pourtant besoin pour fonctionner et pour ne pas devenir une idéologie.

 

 

La culture d'une démocratie durable

 

 

Qu’est-ce qui pourrait rendre fonctionnelle l’« utopie » de Nozick ? La culture d’une démocratie durable. Celle-ci reconnaît dans la liberté une autonomie rationnelle, ou quelque chose de fonctionnellement analogue. Autrement dit, elle ne voit dans l’indépendance que l’aspect négatif de la liberté, sa substance positive étant l’autodétermination du vouloir par la Raison, ou par la loi divine – Dieu, ou la Raison, étant ici, bien sûr, l’Absolu qui permet la moralité en permettant de relativiser des intérêts empiriques toujours prêts à s’absolutiser.

 

Dans une démocratie durable, la liberté est reliée aux valeurs par le devoir, les valeurs sont fondées dans l’absolu, et l’individualisme se trouve équilibré par des communautés.

 

Mais l’usure ou la censure de toutes les traditions sont extrêmes. La démocratie libérale, en régime PC, se caractérise, de plus en plus, par l’impuissance du Pouvoir et l’arbitraire de tous, c'est-à-dire se distingue de moins en moins de « l’état de nature » hobbésien.

 

La raison pour laquelle nous sortirons très certainement de la démocratie postmoderne est cette peur qui, depuis toujours, fait sortir l’homme de « l’état de nature », pour le faire rentrer dans l’état civil, dans la mesure où la peur du pouvoir ne le fixe plus dans l’état de nature. Et si le libéralisme s’est trop identifié à cet « état de nature », il en ira de lui comme du communisme : il se sera rendu impossible tant que vivront ceux qui l’auront connu.

   

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