Henri Hude

Une politique familiale en capital (2). Quel en est le principe ? Quelles grandes modalités ?

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Samedi, 25 Août 2012 08:04 Écrit par Henri Hude

La social-démocratie est moribonde. Il faut repenser la solidarité. Le renouveau de la solidarité passe par la famille. De là l'idée d'une nouvelle politique familiale en capital (PFC).

Comme les questions familiales vont être d'actualité à la rentrée, je republie ci-dessous, découpé en plusieurs livraisons, un article que j'avais publié, à la demande du Pr. Dupeyroux, dans la célèbre revue Droit social, n°5, en Mai 1997, pp.443-450.

Je ne l'ai pas réécrit. Il me semble plus actuel qu'il ne l'était lorsqu'il a été publié.

Ceci est la second fragment. CLIQUER ICI POUR RETOURNER AU TOUT DÉBUT DE L'ARTICLE

 

 

Le principe d'une politique familiale en capital

 

Le principe d’une politique familiale en capital se trouve dans le sentiment de responsabilité à l’égard de nos enfants et des jeunes en général. Cette responsabilité comporte des devoirs. Ces devoirs ne vont pas sans reconnaissance effective des droits des enfants. La naissance d’un enfant le rend, pour ainsi dire, titulaire d’une créance sur la communauté qui l’accueille.

Celle-ci – c'est-à-dire nous – doit former la résolution – s’il s’agit d’une société juste – de lui préparer une place dans la société, c'est-à-dire une place au travail. De bonne foi, pouvons-nous dire que nous faisons aujourd’hui le nécessaire à cette fin ? Nous serions au contraire tenus de nous engager tous solidairement à faire dès maintenant tout notre possible, pour que cet enfant puisse avoir, plus tard, quand il en aura l’âge, une place dans la société, c'est-à-dire un travail : un travail dans lequel il pourra s’épanouir en ayant l’impression fondée de servir à quelque chose et de rendre service aux autres. Nous devons aussi faire le nécessaire, autant qu’il est en nous, pour que les parents de ces jeunes puissent avoir les moyens de remplir leur mission et n’en soient pas empêchés par des conditions trop défavorables qui seraient de notre fait.

Cette responsabilité à l’égard des jeunes se traduit par un devoir d’investissement : investir pour leur donner la meilleure éducation possible mais, aussi, orienter nos décisions d’investissement d’une manière assez solidaire pour que ces enfants puissent avoir conscience de grandir dans un pays économiquement solidaire avec eux, et non pas dans un pays de rentiers indifférents à leur sort futur. Et pour que ces orientations soient prises, redistribuer, autant que possible, une part du pouvoir d’investissement conformes à l’intérêt de leurs enfants : c'est-à-dire les parents de ces enfants, surtout de ceux qui, n’appartenant pas aux classes aisées, sont le plus forcés de se sentir solidaires de leur pays.

La justice à l’égard des jeunes signifie que nous avons un devoir d’investissement envers eux. Cet investissement doit être global. Investir globalement, c’est renouveler les générations en quantité (aspect démographique), en qualité (aspect formation) et en équipement en capital physique et financier (aspect économique).

 

 

L'aspect inévitablement nataliste d’une politique familiale 

 

L’aspect inévitablement nataliste d’une politique familiale n’a pas à être caricaturé, comme s’il exprimait nécessairement la volonté de puissance d’un militarisme avide de chair à canon, ou je ne sais quoi d’odieux. Il peut aussi être dans la ligne de la justice et de la liberté.

Il est conforme à la justice de permettre à une classe d’âge de ne pas se retrouver en nombre trop restreint, ce qui lui imposerait une charge disproportionnée avec ses facultés dans un pays trop vieux. Cela implique d’aider les couples à accueillir une progéniture en nombre globalement suffisant. Toutes les enquêtes montrent que le désir des couples serait d’aller au-delà de ce qu’ils font aujourd’hui. Dans la mesure où elle permet le renouvellement des générations, une politique familiale est un facteur d’équité et de paix entre les générations.

Mais il est vrai qu’il ne suffit pas de dire aux couples : « Ayez donc des enfants ! » Avoir des enfants est un bonheur, encore faut-il pouvoir les élever et n’avoir pas sujet de vivre chaque jour dans l’angoisse du lendemain. Cela veut donc dire : disposer durablement des ressources permettant de nourrir la famille. Et donc cela veut dire : pouvoir espérer disposer d’un emploi relativement stable et d’une rémunération suffisante sur le long terme. Et par suite cela veut dire : orienter les capitaux vers le maintien et la création des emplois nécessaires à la pérennité de l’action éducative des familles, et vers la préparation de ceux qui seront à créer demain.

 

 

Famille et investissement

 

Une politique de la famille, aujourd’hui, est donc une pure abstraction, si elle n’est pas une politique d’investissement. Sans investissement suffisant, il ne peut y avoir d’emploi et sans perspective d’emploi, il ne peut y avoir de confiance. Sans confiance sur le long terme, il ne peut y avoir ni famille, ni fécondité, ni éducation.

Inversement, la politique de l’emploi n’est qu’une illusion, si elle n’est en partie une politique de la famille. Quand on décide une politique d’investissement, il est évidemment légitime de se demander quels peuvent être les investisseurs les plus pertinents. Mais il faut tenir compte du fait que, aujourd’hui,  le peuple français est globalement demandeur d’investissements rentables en termes de bilan net d’emplois pour ses jeunes et non en termes purement financiers. Ces emplois devront évidemment rendre des services concurrentiels sur les marchés, mais les investisseurs familiaux sont capables de consentir des sacrifices, de montrer une modération et de témoigner d’une patience qu’on attendrait en vain de celui qui ne s’intéresse qu’à faire revenir l’an prochain un quart pour cent en plus sur ses investissements. Les investisseurs les plus pertinents, en matière de création d’emplois des jeunes, ce sont donc les parents de ces jeunes, pris individuellement, ou associés entre eux.

La question de l’identification de l’investisseur le plus pertinent est aujourd’hui de savoir qui est disposé à mettre son épargne dans la préparation de l’emploi des jeunes, et à considérer que le premier profit attendu d’un tel investissement est l’amélioration la situation de l’emploi pour les jeunes. Et sur ce point, il ne saurait y avoir de doute : l’épargne capable de s’employer ainsi, c’est d’abord l’épargne familiale, l’épargne familiale, soit celle des classes pauvres, soit celle des classes riches et chargées de relativement plus d’enfants.

Le rôle de l’Etat est de supprimer des dépenses reconnues improductives, telles que, par exemple, les aides actives à l’emploi, et de les orienter, à travers une politique familiale en capital, vers la constitution, non d’une épargne populaire, mais d’un investissement populaire et familial.

La politique familiale n’est donc plus d’abord une affaire de redistribution, c’est une affaire d’investissement. Et la politique de l’emploi ne peut être une affaire d’agents économiques abstraits, mais d’agents économiques solidaires. De là l’idée d’une politique familiale d’investissement, ou d’une politique d’investissement familial, c'est-à-dire d’une politique familiale en capital.

 

 

Concrètement, le mécanisme d'une politique familiale en capital

 

Concrètement, cela veut dire, par exemple, que l’Etat va attribuer chaque année) chaque famille 5000 F par enfant de moins de 18 ans.

Ces sommes peuvent être affectées à l’une ou l’autre des dépenses suivantes : achat d’une résidence principale, paiement des études des enfants, création d’entreprises. A défaut, elles peuvent être simplement amassées et capitalisées sur un compte d’épargne.

Les familles se trouvent ainsi détentrices d’une créance sur l’Etat. Rien ne les empêche de se rendre dans une banque et de mobiliser cette créance, ce qui met à leur disposition, si elles en ont besoin, un capital qu’elles peuvent employer, par exemple, de manière individuelle ou associative, à la création d’entreprises. Rien n’empêche par la suite ces créances de circuler et de s’échanger comme n’importe quel titre de rente. En règle générale, il faudrait faire en sorte que la nouveauté du concept soit compensée par le caractère relativement classique des moyens techniques, notamment bancaires, mis en œuvre. Compte tenu du faible niveau de risque, ces opérations pourraient se réaliser à bon compte pour les familles et les entrepreneurs et rester profitables pour les banquiers.

De cet argent, et des biens ou capitaux acquis grâce à lui, l’enfant est considéré comme le nu propriétaire. Ils sont donc exonérés de tout droit de succession. Les parents sont solidairement usufruitiers et libres gérants au nom de leurs enfants. Toute décision d’emploi requiert l’accord des deux géniteurs. En cas d’absence de décision commune, ou simplement en cas de non décision de leur part, l’argent est tout simplement gelé au bénéfice de l’enfant, qui en devient plein et entier propriétaire à sa majorité. Mais il est bien entendu tenu d’affecter ces fonds, s’il désire alors les dépenser, à l’un des investissements prévus par la loi.

Puisqu’il s’agit d’un droit de l’enfant, le principe d’égalité requiert que ces droits en capital soient attribués à tous sans condition de ressources.

Ce point pourrait choquer l’esprit égalitaire de la gauche. Ce ne seraient pourtant Que de vaines alarmes.

1°) Dans notre esprit, il faut conserver certaines tendances égalitaires, mais en changer résolument le point d’application, comme nous le dirons plus loin, en parlant du financement.

2°) Le projet s’inspire d’une philosophie sociale tempérant harmonieusement les tendances individualistes et les tendances communautaristes, comme il convient dans un domaine tel que celui de la famille.

3°) Le besoin de création d’emploi rend nécessaire qu’il ne soit pas fait de différence entre les familles.

En effet, nul ne sait où se trouvent les bons projets. Ni les banques, ni les administrations, et encore moins les politiques, ne sont capables de dire qui a vraiment un bon projet. Par définition, les gens d’expérience appelés à évaluer un projet novateur le jugeront à partir du passé et seront donc enclines au scepticisme. Les seuls qui sentent bien les projets sont ceux qui les ont formés. La confiance et le risque sont les seules sources possibles de la prospérité en la matière. Les sécurités ne peuvent que venir en guise de filet de sauvetage, non de structures constitutives. L’aide à la création d’emploi doit donc accepter d’avoir un caractère absolument aléatoire : c’est ainsi qu’elle est la moins coûteuse et la plus efficace. Mais c’est également ainsi qu’elle est la plus frustrante pour tous les détenteurs potentiels de clientèles sous influences, amateurs de pouvoir discrétionnaire et de trafics à la clé.

Les besoins de financement, si le système tournait à plein régime, seraient de 68 milliards, correspondant à une dotation de 5000 F par an et par enfant avec 13,6 millions d’enfants de moins de 18 ans. L’« arrosage » d’une seule classe d’âge coûterait autour de 3,7 MF. La montée en puissance du système devrait être réglée de la manière la plus efficace et la plus juste.

Le financement, dans la version de la proposition présentée par les députés, serait assuré pour moitié par le redéploiement des aides actives à l’emploi[1]. L’autre moitié serait à financer par une augmentation de la CSG.

Dans une seconde version, plus libérale, il s’agirait de redéployer certaines aides au logement, à l’éducation, au lieu de recourir à la CSG.

Je n’ai personnellement aucune opinion sur la question de savoir laquelle de ces deux solutions serait la meilleure. J’incline plutôt vers une troisième. A mon sens, les moyens de financement doivent être en cohérence avec les fins poursuivies. Or, l’instauration d’une politique familiale en capital, vise à la déprolétarisation des classes populaires, a) en leur attribuant un capital et b) en leur permettant de préserver collectivement leur outil de travail contre le désinvestissement dont elles sont les victimes. Par conséquent, le meilleur financement serait sans doute l’instauration d’un impôt frappant le capital – non pas n’importe quel capital, mais le capital non solidaire. On devrait aussi détaxer parallèlement le revenu du capital solidaire. C’est ainsi que la fiscalité pourrait devenir subtile.

 

CLIQUEZ ICI POUR RETOURNER AU TOUT DÉBUT DE L'ARTICLE

CLIQUEZ ICI POUR AVOIR LA SUITE DE L'ARTICLE



[1] Rappel : ces aides actives représentaient, en 1994, 48% d’un total de 285GF pour toutes les aides (actives et passives) à l’emploi, soit un total de l’ordre de 140 GF.

 

Une politique familiale en capital (1). Economie, société et politique familiale

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Samedi, 25 Août 2012 08:10 Écrit par Henri Hude

La social-démocratie est moribonde. Il faut repenser la solidarité. Le renouveau de la solidarité passe par la famille. De là l'idée d'une nouvelle politique familiale en capital (PFC).

Comme les questions familiales vont être d'actualité à la rentrée, je republie ci-dessous, découpé en plusieurs livraisons, un article que j'avais publié, à la demande du Pr. Dupeyroux, dans la célèbre revue Droit social, n°5, en Mai 1997, pp.443-450.

Je ne l'ai pas réécrit. Il me semble plus actuel qu'il ne l'était lorsqu'il a été publié.

 CLIQUER ICI POUR ALLER DIRECTEMENT AU PRINCIPE ET AUX MODALITÉS PRINCIPALES DE LA PFC

 

L'OBJET DE CET ARTICLE

 

L’objet de cet article est d’exposer l’idée de politique familiale en capital. La forme de l’exposé sera plus pratique et politique que doctrinale et académique. Une certaine part y sera donc laissée à l’évocation des expériences, des situations et à la réflexion personnelle. Ce n’est pas une œuvre d’érudition. C’est un effort d’innovation, à partir d’un certain état de doute méthodique. Ceci soit dit pour marquer d’emblée les limites des ambitions de l’auteur, dont l’article peut par ailleurs sembler fort ambitieux dans son objet.

Dans son concept le plus général, une telle politique serait le second des deux piliers d’une politique familiale complète. Le premier pilier, celui que nous connaissons déjà et qu’on peut appeler politique familiale en liquidités, alloue aux parents des aides au jour le jour, les aidant à régler leurs dépenses courantes. Le second, que nous appelons politique familiale en capital, entendrait les aider à réunir les capitaux nécessaires à leurs investissements spécifiques. Ces deux politiques, dont chacun est nécessaire, insuffisante et insubstituable, en feraient ensemble une seule, complète, nécessaire au bien des familles et de toute la société.

On peut estimer que d’une politique familiale complète résulteraient de nombreux effets, plutôt positifs, tant sociaux et macro-économiques, que politiques et culturels.

Je voudrais donc ici,

- après avoir replacé dans son contexte la genèse d’une telle idée (1),

- définir avec plus de précision le concept d’une telle politique familiale en capital (2),

- exposer les principaux effets qui en peuvent être escomptés (3)

- et proposer à partir de là une réflexion ambitieuse proposant une remise en cause et un renouvellement des principes mêmes de la politique familiale (4).

- Cela nous impose de purger le non-dit qui forme l’obstacle épistémologique majeur à la réforme intellectuelle qui conditionne la possibilité d’un renouveau pratique dans ce domaine (5).

 

1. B BREF HISTORIQUE D’UNE IDÉE

Avant cela, commençons par poser le cadre circonstanciel où cette idée s’est fait jour.

Lors de sa campagne électorale de 1995, le président Chirac avait marqué à plusieurs reprises son intérêt pour la famille et la politique de la famille. A la suite de circonstances diverses, le Premier Ministre Alain Juppé  pensa à réformer la politique familiale et souhaita consulter les partie intéressées. Ainsi prit corps l’idée d’une conférence nationale de la famille.

Que le lecteur se rassure. Je ne lui raconterai pas l’histoire de cette conférence. Aussi bien est-il assez philosophe pour savoir à quoi s’en tenir sur ce genre de réunion et sur la destinée des rapports qui en sont issus.

Mais enfin, en très bref, rappelons qu’il y eut d’abord une conférence inaugurale à Matignon en 1996. Puis cinq commissions furent nommées, qui se mirent au travail. Je fus nommé président de la troisième, en charge de la question de la solidarité des générations[1]. C’est à travers l’expérience de ce groupe de travail que s’est progressivement fait jour et précisée dans mon esprit l’idée de politique familiale en capital.

L’idée fut présentée à l’intérieur du groupe de travail, qui en débattit. Le rapport général de la conférence signale succinctement l’existence de cette idée et en préconise une certaine application, timide toutefois, et qui en dévie le concept dans un sens inégalitaire. On peut estimer malgré tout que l’idée est désormais dans le domaine public.

Elle l’est d’autant plus que, parallèlement à la conférence, le Parlement s’est lui aussi saisi de la question de la famille. Non pas la commission des affaires sociales, mais un groupe spontanément formé de cent-vingt cinq députés appartenant à l’actuelle majorité. J’ai été auditionné, comme plusieurs autres, dans le cadre de ce groupe de travail parlementaire. Le groupe a publié à ce sujet un livre blanc. La proposition d’une politique familiale en capital s’y trouve reprise, exposée et recommandée[2].   CLIQUEZ SUR LE LIEN POUR AVOIR LA SUITE.



[1] Une seconde grande réunion, médiatisée, a été tenue à Matignon le 17 mars 1997.

[2] Proposition n° 40 et annexe.

   

Qu'est-ce que la justice ?

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Samedi, 11 Août 2012 09:39 Écrit par Henri Hude

Je reproduis ici le texte, intitulé « Qu’est-ce que la justice ? », écrit par Antoine Besson, et paru récemment sur le site de Liberté politique.

Une autre vidéo, sur la déformation pathologique du capitalisme, à cause de l’idéologie libérale postmoderne, est récemment apparue sur le même site.

Les vidéos précédentes sont disponibles un peu plus bas, sur ce site, notamment la plus brève et percutante,  directement.

Il n’y a pas de vidéo associée au texte qui suit. Même en été, il faut parfois faire un (petit) effort.

 

Cet été www.libertepolitique.com initie avec Henri Hude une réflexion sur le sens du décideur, ses caractéristiques, ses principes et ses fondamentaux. Avec le philosophe, nous livrons chaque semaine une réflexion qu’inspire son livre, Préparer l’avenir. Nouvelle philosophie du décideur, Economica, 2012, à lire impérativement pour comprendre les enjeux réels de l’idéologie contemporaine et les problèmes qui se posent aujourd’hui à notre société.

Dans ce quatrième épisode, nous nous interrogeons sur la justice au sein de la société. En politique, il existe un lieu commun qui consiste à penser qu’un bon chef est un chef juste. On pense à des figures comme le roi Salomon ou encore Louis IX : des figures de décideurs qui furent réputées pour leur justice. L’homme a donc l’intuition naturelle que le chef doit être juste. Pour autant, lorsqu’il s’agit de définir la justice, les choses deviennent plus complexes. Il semble impossible de donner une définition universelle de la justice en dehors des cas pratiques et singuliers dans lesquels elle s’applique.

 

 

La justice pour éviter « l’esprit de parti »

 

Henri Hude revient donc sur la définition de la justice essentielle à la fois au décideur pour le guider dans son agir mais aussi à la société pour la garantir contre la désunion. « La société libre n’aura un avenir que si elle surmonte les défauts ordinaires des démocraties – en particulier, l’esprit de faction et de parti, écrit-il. L’existence de partis est légitime, mais l’esprit de parti et de faction est une plaie. Il faut garder le sens du bien commun et des intérêts de l’Etat, de la nation et du genre humain. Il faut faire corps pour être juste : se sentir membre d’un corps et respectueux de sa tête. »

Pour éviter l’esprit de parti, « il faut comprendre la structure à trois dimensions de la justice » explique le philosophe. Schématiquement, ces dimensions sont l’autorité, la liberté, et la solidarité – et correspondent à trois institutions de la société libre : l’Etat, les marchés, et les assurances mutuelles.

« Chaque individu (c’est normal) se sent plus spontanément en sympathie avec l’une ou l’autre de ces dimensions et tend à se regrouper avec d’autres selon ces affinités » explique-t-il par ailleurs. On comprend ainsi que chacun garde sa propre perception de ce qui est juste.

Le rôle du politique étant d’ordonner ou d’ajuster ces trois dimensions de la justice selon la réalité de la société à laquelle il est confronté, trois types de partis naissent de cette distinction selon l’importance que l’on souhaite donner à l’une ou à l’autre de ces dimensions de la justice. « On distingue donc – dès la République romaine antique – trois forces politiques (qui peuvent d’ailleurs se regrouper en deux partis) :

- un parti des populaires, plus sensible à la justice distributive, à la solidarité, au partage, etc.

- un parti des chevaliers (les bourgeois romains), libéral, plus sensible à la liberté individuelle, à la justice commutative et à la liberté du marché,

- un parti des conservateurs et patriciens, plus sensible à l’autorité, aux traditions, à une morale sociale plus stricte, etc. »

 

Les réalités transpartisanes

 

« La compréhension de cette structure permet de faire corps dans la patrie sans esprit de parti et de défendre les positions de droit naturel, qui doivent être transpartisanes » écrit Henri Hude. Il explique ainsi que la compréhension des trois dimensions de la justice et de la typologie des partis qui en découle doit nous replacer face à la hiérarchie de nos principes. Les frontières idéologiques entre les partis ne devraient pas être infranchissables. Tout doit toujours dépendre de ce qui est débattu. Il existe des réalités supérieures sur lesquelles nous devrions nous entendre. Et ces dernières sont supérieures parce qu’elles préservent notre système, notre société libre.

L’auteur de Préparer l’avenir l’explique simplement :

« Ceci est capital aussi pour nous, quand nous nous préparons à lutter pour des biens communs essentiels. Il ne faut pas les mélanger avec des préférences plus subjectives, qui en général sont plus complémentaires qu’opposées. 

Tout parti politique raisonnable devrait reconnaître la valeur de chacune de ces trois dimensions, et admettre l’existence de valeurs communes à tous – ce qu’on appelle le droit naturel. »

Les pathologies politiques (ou extrémismes) annulent certaines de ces dimensions. Par exemple, le communisme excluait la liberté des contrats, la propriété privée, les marchés. Inversement, l’idéologie libérale postmoderne installe une folie du tout privé à la place du tout public. C’est le communisme à l’envers. Les décideurs et citoyens responsables doivent retrouver cette structure de la justice. »

NOTA BENE :  J'ai aussi traité ce sujet de la justice dans L'Ethique des décideurs, 2004, Presses de la Renaissance, chapitre 3.

 

 

   

Préparer l'avenir avec la Fondation Liberté politique

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Vendredi, 27 Juillet 2012 20:36 Écrit par Henri Hude


Voici une 3ème interview sur Préparer l’avenir. Nouvelle philosophie du décideur.

 

http://www.libertepolitique.com/L-information/Liberte-politique-TV/Preparer-l-avenir-3-10-Les-principes-du-decideur

 

 

   

Philosophie pour l'été 2012. Retrouver le Fondement. Un article dans la Revue Théologique des Bernardins

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Mercredi, 25 Juillet 2012 17:06 Écrit par Henri Hude

Je mets en ligne les articles que je publie, quels qu’en soient les sujets. Dans la Revue Théologique des Bernardins, n° 5, Juin 2012, pp.117-141 (Editions Lethielleux) est paru un article de moi, intitulé ‘Phénoménologie et métaphysique’. Le titre est rébarbatif. Le contenu, à mon sens, est comestible.

Je ne fais pas que de l’éthique, ou que de la philosophie politique. Ou plutôt, en en faisant, j’essaye d’aller jusqu’au bout. Certains des fondements de la cité restent invisibles. La « métaphysique » en est un, parmi les plus invisibles de tous, mais pas le moins important.

Voici donc cet article, découpé en huit fragments successifs, dont voici les titres :

Post 1 : Considérations introductives : définitions, thème, thèse, hypothèse de travail, contexte. SUIVRE LE LIEN POUR AVOIR LE 1er POST.

Post 2 : Mystique et métaphysique

Post 3 : Dieu et l’être

Post 4 : Qu’est-ce que la subjectivité ?

Post 5 : Qu’est-ce qu’un objet ? Sciences et techniques

Post 6 : Une métaphysique du soupçon. Et sur la finalité

Post 7 : Retour sur la Métaphysique d’Aristote et l’Ecole d’Athènes. Métaphysique et Volonté de puissance. Ontologie.

Post 8 : La ‘fin de la fin’ de la métaphysique.

 La thèse de cet article, on le verra, c’est que la philosophie sans métaphysique est une impasse.  

La crise globale de l’Occident postmoderne arrive en phase terminale, parce que sans structure métaphysique suffisante, la culture d'une cité libre n’est pas fonctionnelle, étant incapable de procurer à une telle société le minimum vital d’autorégulation éthique et d’autorité. La simple nécessité de la survie imposera de mettre fin à la soi-disant « fin de la métaphysique ».   POUR DÉBUT DE L'ARTICLE, SUIVRE LE LIEN.

   

Préparer l'avenir. Interviews

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Vendredi, 20 Juillet 2012 13:00 Écrit par Henri Hude


Cet été 2012, la Fondation de service politique publie des interviews en vidéo sur mon dernier livre, Préparer l'avenir. Nouvelle philosophie du décideur, chez Economica.

 

Ces vidéos et les textes d'accompagnement ont été réalisées par le journaliste Antoine Besson. Voici les deux premières: 

 

http://www.libertepolitique.com/L-information/Decryptage/Preparer-l-avenir-1-10-Face-a-la-desillusion-du-politique-le-decideur-la-justice-et-la-confiance2

 

http://www.libertepolitique.com/L-information/Liberte-politique-TV/Preparer-l-avenir-2-10-l-individualisme-radical-comme-ideologie-actuelle  

 

Bon été !

 

HH

 

 

 

   

Préparer l'avenir sur KTO

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Dimanche, 22 Juillet 2012 07:41 Écrit par Henri Hude

 

Je viens de publier Préparer l’avenir. Nouvelle philosophie du décideur, aux éditions Economica. 130 pages.                  

Jean-Marie Guénois m’a invité pour en parler dans l’émission mensuelle ‘L’Esprit des Lettres’, qu’il anime sur  KTO. Voici le lien de cette émission, diffusée vendredi 29 juin 2012. Sa durée est de 90 mn, pour trois invités. Il est question de Préparer l’avenir dans le second tiers de l’émission.

Le premier tiers est consacré au romancier Philippe Le Guillou qui publie Le Pont des anges chez Gallimard ; le troisième à Eric Mangin pour Maître Eckhart ou la profondeur de l'intime aux éditions du Seuil.

http://www.youtube.com/watch?v=mHg4yc7rmos 

 

 

   

Que faire en Syrie ?

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Jeudi, 26 Juillet 2012 17:42 Écrit par Henri Hude


Je  fais partie depuis dix ans du mouvement Oasis, dont la newsletter est intéressante, et cela m’a conduit à fréquenter de nombreuses personnalités du monde arabo-musulman. A ce titre, je me suis intéressé à la question syrienne.

Il appartiendra toujours à un philosophe de pratiquer, à bon escient, le doute méthodique (dit cartésien), de prendre avec prudence ce que disent les médias et de faciliter le débat contradictoire. C’est pourquoi j’ai jugé opportun de traduire en français et de publier ici un récent discours sur la Syrie, émanant d’un important parlementaire américain, Ron Paul.

Ron Paul est élu du Texas à la Chambre basse. Il a concouru lors des primaires en vue de l'élection présidentielle américaine, pour l'investiture du parti républicain. C'est un "libertarien" à l'américaine, dont je suis loin de partager toutes les opinions, mais dont j'admire la complète liberté d’esprit par rapport à toutes les puissances, y compris le complexe militaro-industriel, les néoconservateurs etc., qui font la pluie et le beau temps dans la politique américaine. Si Ron Paul n’était pas parfaitement intègre, loyal à l’Amérique et à sa constitution, rationnel dans son approche des problèmes, il aurait eu du mal à survivre. 

Le texte original en anglais et la vidéo de l’intervention se trouvent sur le site de Ron Paul. Le titre, sur Internet, est « Warmongers, leave Syria alone! », dont la traduction pourrait être « Vous, les Va-t-en guerre, laissez la Syrie tranquille! ».

Voici donc ce texte.

 

 

Cela fait plusieurs mois que nous vivons au milieu de plans, de rumeurs et de propagande de guerre pour attaquer la Syrie et déposer Assad. Cependant, la semaine dernière, il a été rapporté que le Pentagone avait terminé sa programmation militaire à cette fin.

 

Mon opinion est que tous ce qui est présenté à l’appui de cette attaque, et pour la justifier, n’est que du vent. Ce n’est pas plus crédible que le prétexte donné en 2003 pour l’invasion de l’Irak ou pour l’attaque de 2011 sur la Libye. Or, ces guerres ont été un gaspillage complet. Nous devrions donc nous arrêter un instant et réfléchir avant d’entreprendre encore un violent effort d’occupation et de changement de régime à l’encontre de la Syrie.

 

Nous n’avons aucun souci de sécurité nationale requérant une escalade aussi insensée de la violence au Proche-Orient. Aucun doute ne devrait pouvoir exister quant au fait que nos intérêts de sécurité sont bien mieux servis, si nous nous tenons complètement en dehors de ce conflit interne qui fait rage en Syrie en ce moment. Nous sommes déjà trop impliqués dans le soutien aux forces qui, à l’intérieur de la Syrie, désirent anxieusement le renversement du présent gouvernement. Il est probable que le conflit armé actuel (ayant maintenant le caractère d’une guerre civile) n’existerait pas, sans les interférences extérieures.

 

Indépendamment de savoir si nous attaquons ou non encore un autre pays, le fait de l’occuper et de mettre en place un nouveau régime que nous puissions espérer contrôler, pose une grave question constitutionnelle. D’où le Président [des Etats-Unis d’Amérique] tire-t-il donc une pareille autorité ? 

 

Depuis la Seconde Guerre Mondiale, nous n’avons cessé d’ignorer l’autorité véritablement légitime permettant d’entrer en guerre. Elle a été remplacée par des entités internationales, telles que l’ONU et l’OTAN, ou par le Président lui-même, cependant que le Congrès était complètement ignoré. Il est triste à dire que le peuple n’objecte rien à cela. 

 

Nos derniers Présidents soutiennent explicitement que l’autorité pour entrer en guerre n’est pas le Congrès. Cela a été le cas depuis 1950, lorsque nous fûmes entraînés dans la Guerre de Corée par une résolution des Nations Unies et sans approbation du Congrès. Et une fois encore, nous sommes sur le point de nous engager dans une action militaire, contre la Syrie, et, en même temps, nous réactivons de manière irresponsable la Guerre froide avec la Russie. 

 

Nous jouons au chat et à la souris avec la Russie, ce qui représente une bien plus grande menace que la Syrie pour notre sécurité. Comment pourrions-nous tolérer [, pour prendre une analogie,] une Russie qui exigerait au Mexique une solution humanitaire à une violence qui se produirait sur la frontière américano-mexicaine ?  Nous considérerions qu’il y aurait là un légitime souci de sécurité pour nous. Or notre engagement en Syrie, où les Russes possèdent en vertu d’un traité une base navale, est [pour les Russes] l’équivalent de ce que serait pour nous leur présence dans notre arrière cour, au Mexique.  

 

Nous sommes hypocrites, lorsque nous condamnons les Russes qui protègent leurs intérêts de voisinage, alors que nous n’avons cessé de faire exactement de même, et à des milliers de milles à distance de nos frontières. Il n’y a aucun intérêt pour nous à prendre parti, à apporter une assistance secrète, et à encourager la guerre civile, dans un effort pour changer le régime en Syrie. C’est une provocation, sans raison nécessaire, que d’accuser faussement les Russes de fournir des hélicoptères à Assad. Blâmer faussement le gouvernement d’Assad pour un prétendu massacre perpétré en réalité par une faction rebelle violente, ce n’est rien moins que de la propagande de guerre.  

 

Les gens les mieux informés et les plus instruits reconnaissent maintenant que la guerre planifiée contre la Syrie est seulement un pas de plus à l’encontre du régime iranien. C’est quelque chose que les néoconservateurs admettent ouvertement. Le véritable but des néoconservateurs (eux qui sont en charge de notre  politique étrangère depuis deux décennies) est de contrôler le pétrole iranien, comme nous avons fait pour celui de l’Arabie Saoudite, et comme nous tentons de le faire pour celui de l’Irak. 

 

Sans un changement significatif et rapide dans notre politique étrangère, la guerre est inévitable. Les désaccords entre nos deux principaux partis sont minimes. Tous deux sont d’accord pour annuler le blocage de tout crédit de guerre. Aucun des deux ne veut abandonner notre présence croissante et agressive au Moyen-Orient et en Asie du Sud.   

 

Cette construction d’une crise peut aisément échapper à notre contrôle et déboucher sur une guerre bien plus importante, qui serait autre chose qu’une occupation supplémentaire et un de ces changements de régime qui sont devenus pour le peuple américain une acceptable routine, à laquelle ils ne prêtent plus attention. 

 

Il est temps que les États-Unis essayent une politique faite d’abord de diplomatie, et qui recherche la paix, le commerce et l’amitié. Nous devons abandonner cet effort militaire pour promouvoir et assurer l’Empire américain. D’ailleurs, nous sommes en banqueroute et nous n’avons pas les moyens [de cette politique].

 

Le pire de tout, c’est que nous sommes en train de mettre en œuvre la politique de Ben Laden, dont le but a toujours été, au dehors, de nous embourber au Proche-Orient et, au-dedans, de nous mener par ce moyen à la faillite.

 

Il est temps de rappeler nos troupes et d’établir une politique étrangère non-interventionniste, qui est la seule route menant à la paix et à la prospérité. 

 

Cette semaine, j’introduis donc une proposition de loi visant à interdire à notre gouvernement, en l’absence d’une déclaration de guerre par le Congrès, d’apporter un soutien, direct ou indirect, à toute action militaire ou paramilitaire en Syrie. J’espère que mes collègues se joindront à moi dans cet effort.

 

J'ajoute que Ron Paul, joignant le geste à la parole, vient de déposer sa proposition de loi, dont le texte original se trouve en suivant ce lien. On y retrouve la substance du discours ici traduit, ainsi que de nouvelles précisions. 

 

   

Société, valeurs militaires et pacte social

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Samedi, 09 Juin 2012 10:33 Écrit par Henri Hude

 Je poste ce jour, avec deux ou trois changements minimes, un article écrit pour la revue Armées d’aujourd’hui qui sort lundi 11 juin 2012, avec un dossier intéressant sur les valeurs militaires. C’est le magazine mensuel en langue française du ministère de la Défense.

 

 

Tout bouge, à cause de la Crise

 

« Tout bouge, à cause de la crise. En particulier, les problèmes touchant aux rapports de la France et de ses Armées. Les Armées en effet, au-delà de leur mission de défense, sont désormais incontournables pour aider ceux dont c’est la mission directe, à élaborer un nouveau pacte social, celui que requiert la gravité de la situation du pays.  

 

« Par ‘crise’, j’entends la crise financière, qui est loin d’être finie, et tous ses prolongements possibles. Car chacun comprend que la croissance, l’emploi et l’Etat Providence sont mis sous tension par les traités libéraux (Maastricht + OMC) – et cela partout en Europe. Cette tension devient un grand écart insupportable. Elle appelle une réflexion et une action de grande ampleur. Il ne s’agit de rien moins que d’imaginer un nouveau pacte social en France et de trouver une formule de remplacement pour l’Europe.

 

« Or, ce pacte social que nous cherchons, il comporte une dimension éthique originale. Il faut trouver, par le haut, un accord entre des valeurs qui, vues de plus bas, paraissent opposées. Eh bien ! Cette formule d’unité, elle est déjà vécue au sein de nos Forces. Ce que nous cherchons désespérément pour notre société, nous l’avons déjà, d’une certaine façon, dans nos Armées.

 

« Par conséquent, dans la perspective d’une ambition d’unité et de relèvement nationaux, cette éthique des Armées mérite toute notre attention. Et cela change le regard sur le rapport entre la société et ses Armées.

 

 

Le fameux lien Armées-Nation

 

« Le fameux « rapport entre les valeurs militaires et la société présente », qu’est-il donc, en temps de crise ? Le problème n’est plus celui d’un inconfortable porte-à-faux entre la société, censée être de plus en plus individualiste, et les armées, cultivant invariablement le primat du collectif. Car la société ne pourra plus vivre autant qu’avant dans le chacun pour soi. Et pourtant, on ne va pas proposer un nouveau collectivisme ! Il s’agit donc de proposer la découverte, dans nos Armées, non plus d’une sorte d’exception culturelle, mais d’une innovation culturelle, que la société a intérêt à s’approprier. Et les armées devraient partager cette richesse. C’est une part de leur mission. Il y va de la cohésion nationale.

 

« En temps de crise, nous avons besoin, non de valeurs qui se combattent, mais de valeurs qui se complètent. Mais comment combiner des valeurs traditionnellement opposées, à l’heure où s’érodent les compromis socioéconomiques d’après 1945, ce qui aiguise les tensions ? A l’heure où  les équilibres mondiaux et les constructions internationales sont remis en question ? Encore une fois, c’est là que les armées peuvent être utiles.

 

« Bâties en fonction de situations de crise et de combat, elles ne peuvent être opérationnelles, sans une synthèse originale de valeurs qui, ailleurs, pourraient sembler incompatibles. Sans idéaliser le militaire, on est quand même en droit de noter que la synthèse des valeurs est, dans les Forces armées, relativement plus aisée qu’ailleurs : hiérarchie et fraternité, commandement et amitié, rivalité et camaraderie, discipline et initiative, liberté d’esprit et devoir de réserve, unité d’action et liberté de parole, patriotisme et vie au sein d’alliances, sens de la nationalité et esprit européen, volonté de modernisation et culte des traditions, conservation et progrès, liberté et égalité, diversité et intégration, souci des personnes et sens du bien commun, en un mot, l’harmonisation, dans tous les domaines, des diverses dimensions de la justice. Si c’est un fait que ces valeurs sont (relativement) plus faciles à concilier dans un espace militaire, ne serait-il pas utile de se demander davantage pourquoi ?

 

 

Esprit militaire et démocratie

 

 

« Les armées d’une démocratie doivent unir en elles les valeurs d’une armée et celles d’une démocratie, sauf à se marginaliser ou à souffrir d’un dédoublement de personnalité. Mais, inversement, une démocratie rationnelle sait que le monde est dangereux. Une démocratie durable sait « penser la guerre », et doit disposer de forces armées pour la défendre. Pour que cette société démocratique ne soit pas, elle non plus, schizophrène, elle doit savoir faire exister en elle des armées cultivant toutes les valeurs d’armées réellement opérationnelles ; et elle doit aussi être capable de reconnaître et même de partager, pas seulement par utilitarisme, les valeurs propres à ces armées.

 

« Les valeurs les plus évidentes d’une armée sont des valeurs de conservation, puisque les armées sont constituées, précisément, en vue de se conserver dans une lutte pour la vie, au service de la nation. Mais, la conservation, ici, ce n’est pas la mort dans l’immobilisme, c’est l’effort d’une adaptation continue en vue d’éviter la mort, pour continuer à servir. Et servir quoi ? La Cité libre ! Donc, si l’on creuse, on découvre au sein même de ces valeurs de conservation-là toute une profondeur de solidarité et de liberté. C’est pourquoi les armées, sachant articuler ces dimensions de la justice, peuvent être une matrice d’unité nationale et de tolérance politique.

 

 

Repenser la solidarité

 

 

« Par exemple, rien de plus naturel, dans une armée, que la solidarité. Même en temps de paix, chacun a conscience de la mort possible, des orphelins, de la blessure, physique ou mentale. On honore les morts et on ne laisse pas tomber les blessés, ou les familles. Autrement, qui voudrait se battre ? On soigne aussi les blessés ennemis. Cela fait partie de la mission. Par ailleurs, cette solidarité entre membres ne va pas sans esprit de corps, discipline et respect de l’autorité. Mais, cette discipline doit marcher à la confiance et à la loyauté mutuelle, ainsi qu’à l’initiative – en somme, à tout ce qui permet la liberté politique durable. Ainsi, la solidarité, d’un point de vue militaire, ne se conçoit pas sans l’autorité et la liberté. Aucune des trois ne peut marcher sans les deux autres. La solidarité, en particulier, est une exigence pour tous, sans distinction de rang ou de grade, de classe ou d’idéologie, ou même de parti. Elle est une valeur morale et civique, civile et militaire, universelle et française. Et il en va de même d’autres valeurs.

 

« Dans un cadre de pensée politique et novateur, les Armées sont une matrice indispensable et un lieu d’expérimentation nécessaire à la formation du nouveau pacte social. Tel est, regardé d’un point de vue civique, et politique, le plus haut des rôles sociaux des Armées aujourd’hui et demain, dans la République française. »

   

Page 9 de 25

<< Début < Préc 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Suivant > Fin >>

Nouveauté


La force de la liberté
La force de la liberté
€18.00

Evénements

Aucun événement

Restez au courant !

Nom:
Mail:

Sites partenaires

Bannière