Henri Hude

Une politique familiale en capital (1). Economie, société et politique familiale

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Mise à jour le Samedi, 25 Août 2012 08:10 Écrit par Henri Hude

La social-démocratie est moribonde. Il faut repenser la solidarité. Le renouveau de la solidarité passe par la famille. De là l'idée d'une nouvelle politique familiale en capital (PFC).

Comme les questions familiales vont être d'actualité à la rentrée, je republie ci-dessous, découpé en plusieurs livraisons, un article que j'avais publié, à la demande du Pr. Dupeyroux, dans la célèbre revue Droit social, n°5, en Mai 1997, pp.443-450.

Je ne l'ai pas réécrit. Il me semble plus actuel qu'il ne l'était lorsqu'il a été publié.

 CLIQUER ICI POUR ALLER DIRECTEMENT AU PRINCIPE ET AUX MODALITÉS PRINCIPALES DE LA PFC

 

L'OBJET DE CET ARTICLE

 

L’objet de cet article est d’exposer l’idée de politique familiale en capital. La forme de l’exposé sera plus pratique et politique que doctrinale et académique. Une certaine part y sera donc laissée à l’évocation des expériences, des situations et à la réflexion personnelle. Ce n’est pas une œuvre d’érudition. C’est un effort d’innovation, à partir d’un certain état de doute méthodique. Ceci soit dit pour marquer d’emblée les limites des ambitions de l’auteur, dont l’article peut par ailleurs sembler fort ambitieux dans son objet.

Dans son concept le plus général, une telle politique serait le second des deux piliers d’une politique familiale complète. Le premier pilier, celui que nous connaissons déjà et qu’on peut appeler politique familiale en liquidités, alloue aux parents des aides au jour le jour, les aidant à régler leurs dépenses courantes. Le second, que nous appelons politique familiale en capital, entendrait les aider à réunir les capitaux nécessaires à leurs investissements spécifiques. Ces deux politiques, dont chacun est nécessaire, insuffisante et insubstituable, en feraient ensemble une seule, complète, nécessaire au bien des familles et de toute la société.

On peut estimer que d’une politique familiale complète résulteraient de nombreux effets, plutôt positifs, tant sociaux et macro-économiques, que politiques et culturels.

Je voudrais donc ici,

- après avoir replacé dans son contexte la genèse d’une telle idée (1),

- définir avec plus de précision le concept d’une telle politique familiale en capital (2),

- exposer les principaux effets qui en peuvent être escomptés (3)

- et proposer à partir de là une réflexion ambitieuse proposant une remise en cause et un renouvellement des principes mêmes de la politique familiale (4).

- Cela nous impose de purger le non-dit qui forme l’obstacle épistémologique majeur à la réforme intellectuelle qui conditionne la possibilité d’un renouveau pratique dans ce domaine (5).

 

1. B BREF HISTORIQUE D’UNE IDÉE

Avant cela, commençons par poser le cadre circonstanciel où cette idée s’est fait jour.

Lors de sa campagne électorale de 1995, le président Chirac avait marqué à plusieurs reprises son intérêt pour la famille et la politique de la famille. A la suite de circonstances diverses, le Premier Ministre Alain Juppé  pensa à réformer la politique familiale et souhaita consulter les partie intéressées. Ainsi prit corps l’idée d’une conférence nationale de la famille.

Que le lecteur se rassure. Je ne lui raconterai pas l’histoire de cette conférence. Aussi bien est-il assez philosophe pour savoir à quoi s’en tenir sur ce genre de réunion et sur la destinée des rapports qui en sont issus.

Mais enfin, en très bref, rappelons qu’il y eut d’abord une conférence inaugurale à Matignon en 1996. Puis cinq commissions furent nommées, qui se mirent au travail. Je fus nommé président de la troisième, en charge de la question de la solidarité des générations[1]. C’est à travers l’expérience de ce groupe de travail que s’est progressivement fait jour et précisée dans mon esprit l’idée de politique familiale en capital.

L’idée fut présentée à l’intérieur du groupe de travail, qui en débattit. Le rapport général de la conférence signale succinctement l’existence de cette idée et en préconise une certaine application, timide toutefois, et qui en dévie le concept dans un sens inégalitaire. On peut estimer malgré tout que l’idée est désormais dans le domaine public.

Elle l’est d’autant plus que, parallèlement à la conférence, le Parlement s’est lui aussi saisi de la question de la famille. Non pas la commission des affaires sociales, mais un groupe spontanément formé de cent-vingt cinq députés appartenant à l’actuelle majorité. J’ai été auditionné, comme plusieurs autres, dans le cadre de ce groupe de travail parlementaire. Le groupe a publié à ce sujet un livre blanc. La proposition d’une politique familiale en capital s’y trouve reprise, exposée et recommandée[2].   CLIQUEZ SUR LE LIEN POUR AVOIR LA SUITE.



[1] Une seconde grande réunion, médiatisée, a été tenue à Matignon le 17 mars 1997.

[2] Proposition n° 40 et annexe.

 

Qu'est-ce que la justice ?

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Mise à jour le Samedi, 11 Août 2012 09:39 Écrit par Henri Hude

Je reproduis ici le texte, intitulé « Qu’est-ce que la justice ? », écrit par Antoine Besson, et paru récemment sur le site de Liberté politique.

Une autre vidéo, sur la déformation pathologique du capitalisme, à cause de l’idéologie libérale postmoderne, est récemment apparue sur le même site.

Les vidéos précédentes sont disponibles un peu plus bas, sur ce site, notamment la plus brève et percutante,  directement.

Il n’y a pas de vidéo associée au texte qui suit. Même en été, il faut parfois faire un (petit) effort.

 

Cet été www.libertepolitique.com initie avec Henri Hude une réflexion sur le sens du décideur, ses caractéristiques, ses principes et ses fondamentaux. Avec le philosophe, nous livrons chaque semaine une réflexion qu’inspire son livre, Préparer l’avenir. Nouvelle philosophie du décideur, Economica, 2012, à lire impérativement pour comprendre les enjeux réels de l’idéologie contemporaine et les problèmes qui se posent aujourd’hui à notre société.

Dans ce quatrième épisode, nous nous interrogeons sur la justice au sein de la société. En politique, il existe un lieu commun qui consiste à penser qu’un bon chef est un chef juste. On pense à des figures comme le roi Salomon ou encore Louis IX : des figures de décideurs qui furent réputées pour leur justice. L’homme a donc l’intuition naturelle que le chef doit être juste. Pour autant, lorsqu’il s’agit de définir la justice, les choses deviennent plus complexes. Il semble impossible de donner une définition universelle de la justice en dehors des cas pratiques et singuliers dans lesquels elle s’applique.

 

 

La justice pour éviter « l’esprit de parti »

 

Henri Hude revient donc sur la définition de la justice essentielle à la fois au décideur pour le guider dans son agir mais aussi à la société pour la garantir contre la désunion. « La société libre n’aura un avenir que si elle surmonte les défauts ordinaires des démocraties – en particulier, l’esprit de faction et de parti, écrit-il. L’existence de partis est légitime, mais l’esprit de parti et de faction est une plaie. Il faut garder le sens du bien commun et des intérêts de l’Etat, de la nation et du genre humain. Il faut faire corps pour être juste : se sentir membre d’un corps et respectueux de sa tête. »

Pour éviter l’esprit de parti, « il faut comprendre la structure à trois dimensions de la justice » explique le philosophe. Schématiquement, ces dimensions sont l’autorité, la liberté, et la solidarité – et correspondent à trois institutions de la société libre : l’Etat, les marchés, et les assurances mutuelles.

« Chaque individu (c’est normal) se sent plus spontanément en sympathie avec l’une ou l’autre de ces dimensions et tend à se regrouper avec d’autres selon ces affinités » explique-t-il par ailleurs. On comprend ainsi que chacun garde sa propre perception de ce qui est juste.

Le rôle du politique étant d’ordonner ou d’ajuster ces trois dimensions de la justice selon la réalité de la société à laquelle il est confronté, trois types de partis naissent de cette distinction selon l’importance que l’on souhaite donner à l’une ou à l’autre de ces dimensions de la justice. « On distingue donc – dès la République romaine antique – trois forces politiques (qui peuvent d’ailleurs se regrouper en deux partis) :

- un parti des populaires, plus sensible à la justice distributive, à la solidarité, au partage, etc.

- un parti des chevaliers (les bourgeois romains), libéral, plus sensible à la liberté individuelle, à la justice commutative et à la liberté du marché,

- un parti des conservateurs et patriciens, plus sensible à l’autorité, aux traditions, à une morale sociale plus stricte, etc. »

 

Les réalités transpartisanes

 

« La compréhension de cette structure permet de faire corps dans la patrie sans esprit de parti et de défendre les positions de droit naturel, qui doivent être transpartisanes » écrit Henri Hude. Il explique ainsi que la compréhension des trois dimensions de la justice et de la typologie des partis qui en découle doit nous replacer face à la hiérarchie de nos principes. Les frontières idéologiques entre les partis ne devraient pas être infranchissables. Tout doit toujours dépendre de ce qui est débattu. Il existe des réalités supérieures sur lesquelles nous devrions nous entendre. Et ces dernières sont supérieures parce qu’elles préservent notre système, notre société libre.

L’auteur de Préparer l’avenir l’explique simplement :

« Ceci est capital aussi pour nous, quand nous nous préparons à lutter pour des biens communs essentiels. Il ne faut pas les mélanger avec des préférences plus subjectives, qui en général sont plus complémentaires qu’opposées. 

Tout parti politique raisonnable devrait reconnaître la valeur de chacune de ces trois dimensions, et admettre l’existence de valeurs communes à tous – ce qu’on appelle le droit naturel. »

Les pathologies politiques (ou extrémismes) annulent certaines de ces dimensions. Par exemple, le communisme excluait la liberté des contrats, la propriété privée, les marchés. Inversement, l’idéologie libérale postmoderne installe une folie du tout privé à la place du tout public. C’est le communisme à l’envers. Les décideurs et citoyens responsables doivent retrouver cette structure de la justice. »

NOTA BENE :  J'ai aussi traité ce sujet de la justice dans L'Ethique des décideurs, 2004, Presses de la Renaissance, chapitre 3.

 

 

   

Préparer l'avenir avec la Fondation Liberté politique

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Mise à jour le Vendredi, 27 Juillet 2012 20:36 Écrit par Henri Hude


Voici une 3ème interview sur Préparer l’avenir. Nouvelle philosophie du décideur.

 

http://www.libertepolitique.com/L-information/Liberte-politique-TV/Preparer-l-avenir-3-10-Les-principes-du-decideur

 

 

   

Philosophie pour l'été 2012. Retrouver le Fondement. Un article dans la Revue Théologique des Bernardins

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Mise à jour le Mercredi, 25 Juillet 2012 17:06 Écrit par Henri Hude

Je mets en ligne les articles que je publie, quels qu’en soient les sujets. Dans la Revue Théologique des Bernardins, n° 5, Juin 2012, pp.117-141 (Editions Lethielleux) est paru un article de moi, intitulé ‘Phénoménologie et métaphysique’. Le titre est rébarbatif. Le contenu, à mon sens, est comestible.

Je ne fais pas que de l’éthique, ou que de la philosophie politique. Ou plutôt, en en faisant, j’essaye d’aller jusqu’au bout. Certains des fondements de la cité restent invisibles. La « métaphysique » en est un, parmi les plus invisibles de tous, mais pas le moins important.

Voici donc cet article, découpé en huit fragments successifs, dont voici les titres :

Post 1 : Considérations introductives : définitions, thème, thèse, hypothèse de travail, contexte. SUIVRE LE LIEN POUR AVOIR LE 1er POST.

Post 2 : Mystique et métaphysique

Post 3 : Dieu et l’être

Post 4 : Qu’est-ce que la subjectivité ?

Post 5 : Qu’est-ce qu’un objet ? Sciences et techniques

Post 6 : Une métaphysique du soupçon. Et sur la finalité

Post 7 : Retour sur la Métaphysique d’Aristote et l’Ecole d’Athènes. Métaphysique et Volonté de puissance. Ontologie.

Post 8 : La ‘fin de la fin’ de la métaphysique.

 La thèse de cet article, on le verra, c’est que la philosophie sans métaphysique est une impasse.  

La crise globale de l’Occident postmoderne arrive en phase terminale, parce que sans structure métaphysique suffisante, la culture d'une cité libre n’est pas fonctionnelle, étant incapable de procurer à une telle société le minimum vital d’autorégulation éthique et d’autorité. La simple nécessité de la survie imposera de mettre fin à la soi-disant « fin de la métaphysique ».   POUR DÉBUT DE L'ARTICLE, SUIVRE LE LIEN.

   

Préparer l'avenir. Interviews

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Mise à jour le Vendredi, 20 Juillet 2012 13:00 Écrit par Henri Hude


Cet été 2012, la Fondation de service politique publie des interviews en vidéo sur mon dernier livre, Préparer l'avenir. Nouvelle philosophie du décideur, chez Economica.

 

Ces vidéos et les textes d'accompagnement ont été réalisées par le journaliste Antoine Besson. Voici les deux premières: 

 

http://www.libertepolitique.com/L-information/Decryptage/Preparer-l-avenir-1-10-Face-a-la-desillusion-du-politique-le-decideur-la-justice-et-la-confiance2

 

http://www.libertepolitique.com/L-information/Liberte-politique-TV/Preparer-l-avenir-2-10-l-individualisme-radical-comme-ideologie-actuelle  

 

Bon été !

 

HH

 

 

 

   

Préparer l'avenir sur KTO

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Mise à jour le Dimanche, 22 Juillet 2012 07:41 Écrit par Henri Hude

 

Je viens de publier Préparer l’avenir. Nouvelle philosophie du décideur, aux éditions Economica. 130 pages.                  

Jean-Marie Guénois m’a invité pour en parler dans l’émission mensuelle ‘L’Esprit des Lettres’, qu’il anime sur  KTO. Voici le lien de cette émission, diffusée vendredi 29 juin 2012. Sa durée est de 90 mn, pour trois invités. Il est question de Préparer l’avenir dans le second tiers de l’émission.

Le premier tiers est consacré au romancier Philippe Le Guillou qui publie Le Pont des anges chez Gallimard ; le troisième à Eric Mangin pour Maître Eckhart ou la profondeur de l'intime aux éditions du Seuil.

http://www.youtube.com/watch?v=mHg4yc7rmos 

 

 

   

Que faire en Syrie ?

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Mise à jour le Jeudi, 26 Juillet 2012 17:42 Écrit par Henri Hude


Je  fais partie depuis dix ans du mouvement Oasis, dont la newsletter est intéressante, et cela m’a conduit à fréquenter de nombreuses personnalités du monde arabo-musulman. A ce titre, je me suis intéressé à la question syrienne.

Il appartiendra toujours à un philosophe de pratiquer, à bon escient, le doute méthodique (dit cartésien), de prendre avec prudence ce que disent les médias et de faciliter le débat contradictoire. C’est pourquoi j’ai jugé opportun de traduire en français et de publier ici un récent discours sur la Syrie, émanant d’un important parlementaire américain, Ron Paul.

Ron Paul est élu du Texas à la Chambre basse. Il a concouru lors des primaires en vue de l'élection présidentielle américaine, pour l'investiture du parti républicain. C'est un "libertarien" à l'américaine, dont je suis loin de partager toutes les opinions, mais dont j'admire la complète liberté d’esprit par rapport à toutes les puissances, y compris le complexe militaro-industriel, les néoconservateurs etc., qui font la pluie et le beau temps dans la politique américaine. Si Ron Paul n’était pas parfaitement intègre, loyal à l’Amérique et à sa constitution, rationnel dans son approche des problèmes, il aurait eu du mal à survivre. 

Le texte original en anglais et la vidéo de l’intervention se trouvent sur le site de Ron Paul. Le titre, sur Internet, est « Warmongers, leave Syria alone! », dont la traduction pourrait être « Vous, les Va-t-en guerre, laissez la Syrie tranquille! ».

Voici donc ce texte.

 

 

Cela fait plusieurs mois que nous vivons au milieu de plans, de rumeurs et de propagande de guerre pour attaquer la Syrie et déposer Assad. Cependant, la semaine dernière, il a été rapporté que le Pentagone avait terminé sa programmation militaire à cette fin.

 

Mon opinion est que tous ce qui est présenté à l’appui de cette attaque, et pour la justifier, n’est que du vent. Ce n’est pas plus crédible que le prétexte donné en 2003 pour l’invasion de l’Irak ou pour l’attaque de 2011 sur la Libye. Or, ces guerres ont été un gaspillage complet. Nous devrions donc nous arrêter un instant et réfléchir avant d’entreprendre encore un violent effort d’occupation et de changement de régime à l’encontre de la Syrie.

 

Nous n’avons aucun souci de sécurité nationale requérant une escalade aussi insensée de la violence au Proche-Orient. Aucun doute ne devrait pouvoir exister quant au fait que nos intérêts de sécurité sont bien mieux servis, si nous nous tenons complètement en dehors de ce conflit interne qui fait rage en Syrie en ce moment. Nous sommes déjà trop impliqués dans le soutien aux forces qui, à l’intérieur de la Syrie, désirent anxieusement le renversement du présent gouvernement. Il est probable que le conflit armé actuel (ayant maintenant le caractère d’une guerre civile) n’existerait pas, sans les interférences extérieures.

 

Indépendamment de savoir si nous attaquons ou non encore un autre pays, le fait de l’occuper et de mettre en place un nouveau régime que nous puissions espérer contrôler, pose une grave question constitutionnelle. D’où le Président [des Etats-Unis d’Amérique] tire-t-il donc une pareille autorité ? 

 

Depuis la Seconde Guerre Mondiale, nous n’avons cessé d’ignorer l’autorité véritablement légitime permettant d’entrer en guerre. Elle a été remplacée par des entités internationales, telles que l’ONU et l’OTAN, ou par le Président lui-même, cependant que le Congrès était complètement ignoré. Il est triste à dire que le peuple n’objecte rien à cela. 

 

Nos derniers Présidents soutiennent explicitement que l’autorité pour entrer en guerre n’est pas le Congrès. Cela a été le cas depuis 1950, lorsque nous fûmes entraînés dans la Guerre de Corée par une résolution des Nations Unies et sans approbation du Congrès. Et une fois encore, nous sommes sur le point de nous engager dans une action militaire, contre la Syrie, et, en même temps, nous réactivons de manière irresponsable la Guerre froide avec la Russie. 

 

Nous jouons au chat et à la souris avec la Russie, ce qui représente une bien plus grande menace que la Syrie pour notre sécurité. Comment pourrions-nous tolérer [, pour prendre une analogie,] une Russie qui exigerait au Mexique une solution humanitaire à une violence qui se produirait sur la frontière américano-mexicaine ?  Nous considérerions qu’il y aurait là un légitime souci de sécurité pour nous. Or notre engagement en Syrie, où les Russes possèdent en vertu d’un traité une base navale, est [pour les Russes] l’équivalent de ce que serait pour nous leur présence dans notre arrière cour, au Mexique.  

 

Nous sommes hypocrites, lorsque nous condamnons les Russes qui protègent leurs intérêts de voisinage, alors que nous n’avons cessé de faire exactement de même, et à des milliers de milles à distance de nos frontières. Il n’y a aucun intérêt pour nous à prendre parti, à apporter une assistance secrète, et à encourager la guerre civile, dans un effort pour changer le régime en Syrie. C’est une provocation, sans raison nécessaire, que d’accuser faussement les Russes de fournir des hélicoptères à Assad. Blâmer faussement le gouvernement d’Assad pour un prétendu massacre perpétré en réalité par une faction rebelle violente, ce n’est rien moins que de la propagande de guerre.  

 

Les gens les mieux informés et les plus instruits reconnaissent maintenant que la guerre planifiée contre la Syrie est seulement un pas de plus à l’encontre du régime iranien. C’est quelque chose que les néoconservateurs admettent ouvertement. Le véritable but des néoconservateurs (eux qui sont en charge de notre  politique étrangère depuis deux décennies) est de contrôler le pétrole iranien, comme nous avons fait pour celui de l’Arabie Saoudite, et comme nous tentons de le faire pour celui de l’Irak. 

 

Sans un changement significatif et rapide dans notre politique étrangère, la guerre est inévitable. Les désaccords entre nos deux principaux partis sont minimes. Tous deux sont d’accord pour annuler le blocage de tout crédit de guerre. Aucun des deux ne veut abandonner notre présence croissante et agressive au Moyen-Orient et en Asie du Sud.   

 

Cette construction d’une crise peut aisément échapper à notre contrôle et déboucher sur une guerre bien plus importante, qui serait autre chose qu’une occupation supplémentaire et un de ces changements de régime qui sont devenus pour le peuple américain une acceptable routine, à laquelle ils ne prêtent plus attention. 

 

Il est temps que les États-Unis essayent une politique faite d’abord de diplomatie, et qui recherche la paix, le commerce et l’amitié. Nous devons abandonner cet effort militaire pour promouvoir et assurer l’Empire américain. D’ailleurs, nous sommes en banqueroute et nous n’avons pas les moyens [de cette politique].

 

Le pire de tout, c’est que nous sommes en train de mettre en œuvre la politique de Ben Laden, dont le but a toujours été, au dehors, de nous embourber au Proche-Orient et, au-dedans, de nous mener par ce moyen à la faillite.

 

Il est temps de rappeler nos troupes et d’établir une politique étrangère non-interventionniste, qui est la seule route menant à la paix et à la prospérité. 

 

Cette semaine, j’introduis donc une proposition de loi visant à interdire à notre gouvernement, en l’absence d’une déclaration de guerre par le Congrès, d’apporter un soutien, direct ou indirect, à toute action militaire ou paramilitaire en Syrie. J’espère que mes collègues se joindront à moi dans cet effort.

 

J'ajoute que Ron Paul, joignant le geste à la parole, vient de déposer sa proposition de loi, dont le texte original se trouve en suivant ce lien. On y retrouve la substance du discours ici traduit, ainsi que de nouvelles précisions. 

 

   

Société, valeurs militaires et pacte social

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Mise à jour le Samedi, 09 Juin 2012 10:33 Écrit par Henri Hude

 Je poste ce jour, avec deux ou trois changements minimes, un article écrit pour la revue Armées d’aujourd’hui qui sort lundi 11 juin 2012, avec un dossier intéressant sur les valeurs militaires. C’est le magazine mensuel en langue française du ministère de la Défense.

 

 

Tout bouge, à cause de la Crise

 

« Tout bouge, à cause de la crise. En particulier, les problèmes touchant aux rapports de la France et de ses Armées. Les Armées en effet, au-delà de leur mission de défense, sont désormais incontournables pour aider ceux dont c’est la mission directe, à élaborer un nouveau pacte social, celui que requiert la gravité de la situation du pays.  

 

« Par ‘crise’, j’entends la crise financière, qui est loin d’être finie, et tous ses prolongements possibles. Car chacun comprend que la croissance, l’emploi et l’Etat Providence sont mis sous tension par les traités libéraux (Maastricht + OMC) – et cela partout en Europe. Cette tension devient un grand écart insupportable. Elle appelle une réflexion et une action de grande ampleur. Il ne s’agit de rien moins que d’imaginer un nouveau pacte social en France et de trouver une formule de remplacement pour l’Europe.

 

« Or, ce pacte social que nous cherchons, il comporte une dimension éthique originale. Il faut trouver, par le haut, un accord entre des valeurs qui, vues de plus bas, paraissent opposées. Eh bien ! Cette formule d’unité, elle est déjà vécue au sein de nos Forces. Ce que nous cherchons désespérément pour notre société, nous l’avons déjà, d’une certaine façon, dans nos Armées.

 

« Par conséquent, dans la perspective d’une ambition d’unité et de relèvement nationaux, cette éthique des Armées mérite toute notre attention. Et cela change le regard sur le rapport entre la société et ses Armées.

 

 

Le fameux lien Armées-Nation

 

« Le fameux « rapport entre les valeurs militaires et la société présente », qu’est-il donc, en temps de crise ? Le problème n’est plus celui d’un inconfortable porte-à-faux entre la société, censée être de plus en plus individualiste, et les armées, cultivant invariablement le primat du collectif. Car la société ne pourra plus vivre autant qu’avant dans le chacun pour soi. Et pourtant, on ne va pas proposer un nouveau collectivisme ! Il s’agit donc de proposer la découverte, dans nos Armées, non plus d’une sorte d’exception culturelle, mais d’une innovation culturelle, que la société a intérêt à s’approprier. Et les armées devraient partager cette richesse. C’est une part de leur mission. Il y va de la cohésion nationale.

 

« En temps de crise, nous avons besoin, non de valeurs qui se combattent, mais de valeurs qui se complètent. Mais comment combiner des valeurs traditionnellement opposées, à l’heure où s’érodent les compromis socioéconomiques d’après 1945, ce qui aiguise les tensions ? A l’heure où  les équilibres mondiaux et les constructions internationales sont remis en question ? Encore une fois, c’est là que les armées peuvent être utiles.

 

« Bâties en fonction de situations de crise et de combat, elles ne peuvent être opérationnelles, sans une synthèse originale de valeurs qui, ailleurs, pourraient sembler incompatibles. Sans idéaliser le militaire, on est quand même en droit de noter que la synthèse des valeurs est, dans les Forces armées, relativement plus aisée qu’ailleurs : hiérarchie et fraternité, commandement et amitié, rivalité et camaraderie, discipline et initiative, liberté d’esprit et devoir de réserve, unité d’action et liberté de parole, patriotisme et vie au sein d’alliances, sens de la nationalité et esprit européen, volonté de modernisation et culte des traditions, conservation et progrès, liberté et égalité, diversité et intégration, souci des personnes et sens du bien commun, en un mot, l’harmonisation, dans tous les domaines, des diverses dimensions de la justice. Si c’est un fait que ces valeurs sont (relativement) plus faciles à concilier dans un espace militaire, ne serait-il pas utile de se demander davantage pourquoi ?

 

 

Esprit militaire et démocratie

 

 

« Les armées d’une démocratie doivent unir en elles les valeurs d’une armée et celles d’une démocratie, sauf à se marginaliser ou à souffrir d’un dédoublement de personnalité. Mais, inversement, une démocratie rationnelle sait que le monde est dangereux. Une démocratie durable sait « penser la guerre », et doit disposer de forces armées pour la défendre. Pour que cette société démocratique ne soit pas, elle non plus, schizophrène, elle doit savoir faire exister en elle des armées cultivant toutes les valeurs d’armées réellement opérationnelles ; et elle doit aussi être capable de reconnaître et même de partager, pas seulement par utilitarisme, les valeurs propres à ces armées.

 

« Les valeurs les plus évidentes d’une armée sont des valeurs de conservation, puisque les armées sont constituées, précisément, en vue de se conserver dans une lutte pour la vie, au service de la nation. Mais, la conservation, ici, ce n’est pas la mort dans l’immobilisme, c’est l’effort d’une adaptation continue en vue d’éviter la mort, pour continuer à servir. Et servir quoi ? La Cité libre ! Donc, si l’on creuse, on découvre au sein même de ces valeurs de conservation-là toute une profondeur de solidarité et de liberté. C’est pourquoi les armées, sachant articuler ces dimensions de la justice, peuvent être une matrice d’unité nationale et de tolérance politique.

 

 

Repenser la solidarité

 

 

« Par exemple, rien de plus naturel, dans une armée, que la solidarité. Même en temps de paix, chacun a conscience de la mort possible, des orphelins, de la blessure, physique ou mentale. On honore les morts et on ne laisse pas tomber les blessés, ou les familles. Autrement, qui voudrait se battre ? On soigne aussi les blessés ennemis. Cela fait partie de la mission. Par ailleurs, cette solidarité entre membres ne va pas sans esprit de corps, discipline et respect de l’autorité. Mais, cette discipline doit marcher à la confiance et à la loyauté mutuelle, ainsi qu’à l’initiative – en somme, à tout ce qui permet la liberté politique durable. Ainsi, la solidarité, d’un point de vue militaire, ne se conçoit pas sans l’autorité et la liberté. Aucune des trois ne peut marcher sans les deux autres. La solidarité, en particulier, est une exigence pour tous, sans distinction de rang ou de grade, de classe ou d’idéologie, ou même de parti. Elle est une valeur morale et civique, civile et militaire, universelle et française. Et il en va de même d’autres valeurs.

 

« Dans un cadre de pensée politique et novateur, les Armées sont une matrice indispensable et un lieu d’expérimentation nécessaire à la formation du nouveau pacte social. Tel est, regardé d’un point de vue civique, et politique, le plus haut des rôles sociaux des Armées aujourd’hui et demain, dans la République française. »

   

Interview dans La Nef sur Préparer l'avenir

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Mise à jour le Vendredi, 08 Juin 2012 13:06 Écrit par Henri Hude

Je viens de publier, voici un mois, chez Economica, un nouveau livre: Préparer l'avenir. Nouvelle philosophie du décideur. La concentration sur de cet ouvrage et sur un autre à paraître à la rentrée d'octobre est l'explication de mon relatif silence sur ce blog depuis quelques mois. Je reprends néanmoins la parole en postant ce jour une interview sur Préparer l'avenir et sur la situation française, réalisée par le directeur de La Nef, Christophe Geffroy. Cette interview est parue dans le n° 238 de La Nefjuin 2012.  

 

La Nef –  Commençons avec l’actualité et l’élection de François Hollande. Votre livre tend finalement à montrer que le résultat d’une telle élection n’est pas aussi déterminant qu’on le croit, que les vrais enjeux sont ailleurs. Pourriez-vous nous expliquer pourquoi ?

 

Henri Hude – La France est dans une contradiction. D’un côté, les accords libéraux de l’OMC et de Maastricht, surtout dans une Europe élargie ; de l’autre, sa tradition étatique et, depuis 1945, sa structure social-démocrate. En système libéral pur, on n’investit pas dans les pays mûrs inadaptés. La croissance ne peut donc plus chez nous assurer l’emploi, ni financer l’État providence. Si nous décidions de signer le traité de Maastricht (1992), il était logique d’adopter le modèle qu’il impliquait, et de nous adapter aux conditions qu’il créait. Si nous ne voulions ni de ces adaptations, ni du modèle allemand, il ne fallait pas le signer. Nous l’avons signé et n’avons rien fait pour nous adapter. La classe politico-médiatique, ayant pris ces deux décisions, a nié la contradiction et fui dans l’endettement pour retarder les échéances.

Nous sommes ainsi pris entre la faillite, ou la crise sociale majeure si nous voulons payer nos dettes. Et nous ne pouvons dévaluer sans crise européenne majeure. Les Allemands ne peuvent pas revenir sur les traités libéraux et nous ne pouvons plus les supporter. La crise européenne va donc s’approfondir et les partis de gouvernement, qui nous ont menés là, par idéologie et par démagogie, seront discrédités. Pour recréer une légitimité, pour passer un nouveau pacte social, il nous faut une philosophie nouvelle, une vision nouvelle et un personnel nouveau. Nous n’éviterons pas un examen de conscience national et un nouveau moment constituant.

 

Il n’y a pas que la philosophie économique. La culture profonde n’est-elle pas un facteur de crise encore plus important ?

 

Bien sûr. L’action fondée sur des principes faux échoue. Or, le corps de principes communs admis par une société, c’est sa « culture », au sens strict. Notre problème, c’est que notre culture commune est fausse, dominée par l’idéologie libérale postmoderne, complètement inadéquate à la réalité humaine. Faux, par exemple, le principe de remplacer la loi morale et la liberté de devoir, par l’arbitraire de l’opinion et la liberté de transgression.

Cette fausse idéologie structure l’univers des grands médias, de la politique et les règles de l’économie mondiale. C’est là que se situe le véritable enjeu. Gardons-nous cette idéologie ? La jetons-nous ?

Deux hypothèses.

H1 : cette idéologie est juste et sensée ; alors, le système est fondamentalement stable, et peut être réformé.

H2 : cette idéologie est une aberration, et elle ne peut plus fonctionner comme culture commune d’une démocratie durable.

La seconde hypothèse est la bonne. La crise est donc insoluble sans une révolution culturelle, mettant au rencart cette idéologie. Cette élection, où rien d’essentiel n’a été remis en question par les grands partis de gouvernement, sera, rétrospectivement, un non-événement, comme le sont aujourd’hui, rétrospectivement, le renvoi de Calonne et la nomination de Loménie de Brienne par Louis XVI, en 1787.

 

Pourriez-vous nous expliquer pourquoi la fin des idéologies est loin d’être à l’ordre du jour et comment nous sommes, au contraire, sous la domination du libéralisme idéologique postmoderne, qui est bien différent du grand libéralisme classique ?

 

Le monde libéral classique était construit sur la grande philosophie des Lumières. C’est Kant qui a le mieux exposé cette philosophie. Il s’agissait de faire sortir l’Europe de la religion chrétienne, tout en gardant grosso modo le contenu de sa morale, la dignité de la personne et sa liberté.

Ainsi se trouve dessiné un individualisme radical, mais où l’individu jaloux de son indépendance, admet quand même une Raison forte, capable de vérité, et une liberté digne, définie par le Devoir d’accomplir strictement la Loi morale universelle. Ce cadre de pensée ne fait pas assez place au corps social, à l’histoire, à la nature et à Dieu.

Toutefois, il reste fonctionnel, ou opérationnel, tant que l’individu accepte de faire son devoir et que l’imprégnation religieuse reste suffisante. En outre, la législation éclairée ne se veut pas arbitraire. La Raison fonctionne comme un Verbe divin sécularisé, et fournit une fondation absolue, laïcisée, à tout l’édifice. De là les grands idéaux à majuscule : la Science, le Progrès, la Liberté, l’Égalité, l’Humanité, etc. Les choses se gâtent, quand les Lumières éclipsent trop la religion chrétienne dont elles se nourrissent. L’individu substitue alors de plus en plus l’opinion à la Science, le relativisme au rationalisme ; le devoir lui devient insupportable ; la liberté d’indépendance, puis de transgression, remplacent la liberté de devoir. C’est cela que j’appelle « idéologie libérale postmoderne ». À la fin, nous ne sommes plus dans un système fonctionnel, car l’ordre et la paix ne résultent plus des principes du système, mais de la permanence de traditions que l’idéologie ne cesse de dégrader.

Il s’agit bien d’une idéologie, car le but est toujours de rechercher un accomplissement parfait de la Liberté.

Cette idéologie est exactement l’inverse du communisme. Celui-ci voulait que tout fût commun. Elle voudrait que tout soit privé, à commencer par le bien, la morale et la culture.

C’est l’absurdité anthropologique symétrique.

 

En quoi la culture postmoderne nous conduit-elle, inéluctablement, à une crise qui dépasse de beaucoup sa dimension économique et financière ?

 

L’idéologie ne connaît plus que des individus irrationnels, mesurant leurs devoirs à l’aune de leurs opinions et de leurs désirs arbitraires. De là une situation de chaos et conflit croissants, où l’idéologie voit la Liberté, et que la philosophie a coutume de désigner d’un nom (qui peut prêter à confusion) : l’« état de nature ». La civilisation consiste à sortir de l’état de nature pour entrer dans l’état civil.

Cela suppose 1° un pouvoir capable de maîtriser la liberté de transgression, et 2° la loi de paix, appelée loi naturelle, dont le respect, garanti par le pouvoir, met fin à l’arbitraire et à l’« état de nature ». Le libéralisme idéologique reconduit la cité libre à l’« état de nature ». Il détruit l’autorité à la fois du pouvoir et de la loi naturelle, les deux piliers de l’état civil, les deux articles fondamentaux du pacte social. Sans pouvoir et sans loi naturelle, la crise est universelle et forme un état stable et permanent, dont on ne sortira que par un nouveau pacte social. Nous n’avons pas à résoudre seulement des problèmes techniques ou particuliers. Ce qui est compromis par cette culture non fonctionnelle, ce n’est rien moins que l’état civil, la société, la civilisation.

 

Nous sommes donc dans un processus de décivilisation, qui nous conduit à un retour vers l’état de nature, dites-vous. Pouvez-vous nous préciser ce processus ?

 

La civilisation meurt souvent de son succès. Dans la sécurité et la prospérité, l’individu perd le sens des nécessités de l’ordre et de la solidarité. Il ne pense qu’à son indépendance et à son plaisir. Le pouvoir paraît un abus, la loi morale une contrainte inutile. Les gens s’imaginent que la paix, la sécurité, la prospérité sont un état normal et spontané, qui peut subsister sans effort et sans discipline. La logique libertaire fait recette.

Les premiers libertaires disent : « Mon corps est à moi, j’en fais ce que je veux, quand je veux, comme je veux. » OK. Résultat : le couple se fragilise, la famille devient n’importe quoi, l’éducation est mal assurée, l’école ne marche plus, l’infécondité casse la croissance et détruit la solvabilité des systèmes de solidarité. Elle dramatise les problèmes migratoires en compromettant l’intégration.

Les seconds libertaires disent : « Mon argent est à moi, j’en fais ce que je veux, comme je veux, et vous n’avez rien à me commander. » OK. La finance devient une jungle. Le capital divorce d’avec le travail. Production, consommation et investissement ne sont plus en cohérence nulle part. Les partis qui devraient défendre, contre le libertarisme de l’argent, le droit au travail et l’équilibre des territoires, n’en sont plus capables. Ils se sont trop compromis avec le libertarisme du sexe. Et la République sociale n’est plus qu’un mot.

Un troisième groupe arrive alors : « Le pouvoir m’appartient, parce que j’en ai envie et que je suis libre ; j’en fais ce que je veux ; vous n’avez plus rien à dire. » OK? Alors, la démocratie n’est plus que pour la forme. De là le concept de libertaro-fascisme.

Le grand défi pour ce qu’on appelle la gauche est de sortir de cette hypocrisie.

Rompre avec le libertarisme, c’est retrouver le sérieux éthique, la conscience patriotique et la cohérence sociale.

Le défi, pour ce qu’on appelle la droite, c’est de rompre avec cette même logique. Autrement, elle ne peut se faire obéir des puissances d’argent, incarner l’État, défendre la nation, remplir une fonction de sauvegarde des principes conservateurs.

 

En quoi la conscience d’un Absolu est-elle nécessaire au bon fonctionnement de la société ?

 

Les esprits religieux cherchent à s’unir à Dieu, même si le pouvoir, ou la société, s’en moquent. Cela dit, c’est à tort qu’ils s’en moquent. Pascal écrit : « Le peuple obéit aux lois seulement parce qu’il les croit justes. » Il croit à une vérité de la justice au-delà de l’arbitraire des subjectivités, au moins quand il souffre de l’injustice. Il se réfère alors en profondeur à une objectivité et à un fondement absolu du principe de justice. Quel Fondement ? La Nature, chez les Gréco-Romains, ou la Raison, pour les Lumières. Bien sûr, c’est Dieu pour les chrétiens, ou les musulmans. La Nature, la Raison et Dieu peuvent concourir au fondement de la justice, comme chez saint Thomas.

Faute de fondement, toute législation sombre dans l’arbitraire et ne reflète plus que des choix subjectifs, des rapports de forces. Si l’on rejette à la fois la Raison, Dieu et la Nature, il ne reste plus que le néant et la violence.

Les tentatives pour établir une justice impartiale sans reconnaître de fondement sont respectables, mais échouent. Par crainte du totalitarisme, on prétend se placer au point de vue d’un individu neutre entre toutes les identités. Ce point de vue doit permettre un pluralisme accueillant à tous. Dans la pratique, cette logique aboutit à conférer un pouvoir absolu à une identité particulière, hégémonique et intolérante, celle de l’individu nihiliste et transgressif. Le Pouvoir n’a plus d’autorité que s’il est permissif et corrupteur. Il masque son impuissance à réguler le système par une fureur à en réglementer des détails, et par une multiplication des lois permissives. Un tel pouvoir a perdu sa légitimité. Quand le pacte social est rompu, une révolution est en marche.

 

Vous consacrez des passages importants à la nécessité de la loi naturelle. Comment la définissez-vous et quel rôle joue-t-elle ? Tient-elle lieu de l’Absolu dont nous venons de parler ?

 

Cette notion ne suppose pas la Révélation et la foi. Elle peut se déduire de la métaphysique, mais peut avoir aussi une origine expérimentale. Car, s’il n’y a pas de loi morale et si chacun fait ce qu’il veut, ce sont le chaos et la jungle, l’état de guerre – et tout cela finit toujours par la guerre. Cette situation n’est pas tenable. On n’en sort qu’en respectant l’ensemble des règles qui ont pour effet d’arrêter la guerre et dont le pouvoir se fait garant.

Ces règles ne sont pas arbitraires, car les causes de la guerre ne le sont pas. Cette loi de paix constitue pour une société civilisée la loi politique fondamentale. Cette loi politique est appelée naturelle, parce que l’homme est par nature appelé à vivre en société. C’est en cela que la référence à la nature comme norme légitime est nécessaire en toute société libre.

Cette loi politique, qui est naturelle, prescrit à des libertés la justice et l’amitié, universellement. C’est donc une loi morale. Telle est la loi naturelle, à laquelle peut s’élever sans difficulté et avec certitude tout esprit capable de réflexion sur des expériences à la portée de tous. En y obéissant, chacun de nous devient libre, au sens d’autodéterminé rationnellement. Grâce à elle, nous faisons corps social en liberté.

 

Selon quel processus la « solution jacobine » héritée de Rousseau a-t-elle été inversée par le libéralisme idéologique postmoderne ?

 

Ces deux idéologies ont en commun le principe erroné d’indépendance absolue de l’individu. Ce principe conduit à deux modèles opposés.

Dans l’un, la société n’est plus qu’un seul individu collectif (l’État), auquel chacun s’identifie, en s’identifiant à la « volonté générale ». Dans l’autre, la société n’est guère plus qu’une agrégation d’individus à peu près indépendants, sous l’arbitrage de juges et avec le concours d’une administration légère.

La Révolution française et la Révolution américaine se sont inspirées, respectivement, de ces deux modèles. Les deux fonctionnent de plus en plus mal, quand l’individu devient irrationnel et immoral. Passant à l’arbitraire individuel, la République française devient un mélange incohérent de modèle américain dégradé et de jacobinisme sans morale, tout en continuant à se référer aux valeurs d’une République régie par la morale kantienne. C’est l’autre grande contradiction de la politique française.

 

Finalement, comment, dans le cadre de nos démocraties, sortir de l’impasse actuelle ?

 

Pesez tous les aspects du problème : une société libre est une société morale et une société morale est une société libre. Il n’y a pas de morale sans loi naturelle. Mais cette loi, sans métaphysique, névrose et rend libertaire. Cependant, si l’Absolu n’est que source de loi, même s’il est personnel et transcendant, l’homme se sent écrasé. La liberté politique est une retombée de la présence de l’Absolu, quand Il se révèle à la fois Moral, Transcendant et Humain. La liberté politique européenne n’a pas été une invention philosophique, mais le surplus d’un événement surnaturel. On ne peut exclure le Christ, car on ne peut exclure l’histoire.

Si la laïcité fait partie de la liberté politique, cela veut dire que le Christ fait partie de la laïcité. Pour comprendre cette formule, tout est à repenser. C’est cela, préparer l’avenir.

Le problème premier n’est pas le libertarisme du sexe. La solution ultime n’est pas dans un « pouvoir fort », si l’on entend par là un libertarisme du pouvoir. Le problème est dans les libertarismes qui font bloc, et d’abord dans celui de l’argent, qui ne se maintient que par celui du sexe : l’opium du peuple.

Après la crise, il faudra rendre sa place à la famille dans la définition de la solidarité ; à la nation et aux unions de nations dans celle de l’économie mondiale ; reconstituer des espaces économiques cohérents à l’intérieur d’unités politiques unies par de nouveaux pactes sociaux, incluant la loi naturelle, sous des pouvoirs redevenus et rationnels et légitimes.

   

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