Henri Hude

Un remède à la maladie de la foi (2).

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Mise à jour le Samedi, 20 Octobre 2012 10:05 Écrit par Henri Hude

 

SUIVRE CE LIEN POUR REVENIR AU DÉBUT DE L’ARTICLE

 

 

Pour sortir vraiment des débats en trompe l’œil (arrêter « l’exclusion par le débat »)

 

 

Prolégomènes. Les choix humains est le développement achevé en 300 pages de la première moitié de l’essai beaucoup plus bref publié en 1991 sous le simple titre de Prolégomènes[1]. Comme l’auteur se montrait, dans l’esquisse de 91, plus polémique que dans l’ouvrage de 2009[2], j’estime utile de développer, à partir de sa pensée, ce qu’il en est de l’interdiction paradoxale du débat dans nos sociétés dites ‘ouvertes’.

 

Y fonctionne en effet un curieux mécanisme d’exclusion, d’une remarquable hypocrisie, que ce livre permet de comprendre avec une parfaite précision.

 

[L'auteur l'étudie dans le domaine philosophique pur et dans celui de l'acte de foi chrétienne, mais ce mécanisme qu'il met à jour trouve des applications dans un grand nombre de domaines plus pratiques et séculiers. 2012. Et tout ceci reste d’actualité. En effet, bien que sur nombre de points, purement politiques, la censure postmoderne (relativiste, pseudosceptique – voir plus bas –, etc.) soit en train de tomber, sur les points fondamentaux, qui sont ceux de la métaphysique et de la morale, le mécanisme d’exclusion continue à fonctionner à plein. Et faute d'approfondissement philosophique, les critiques économiques ou politiques les plus avisées, risqueraient de retomber dans l'ornière dont elles essaient avec brio de nous extraire. Commentaire de 2012]

 

                         

 

 

Le mécanisme de l’exclusion par le débat (soi-disant libéral, ouvert, etc.). Concept central de « pseudoscepticisme »

 

Le mécanisme d’exclusion est légitimé par l’illusion, ou la ruse, que l’auteur  nomme « pseudosceptiques ». Ce concept est très important.

 

En très bref : il existe deux métaphysiques principales (le théisme et le panthéisme[3]). [Ceci sera exposé clairement dans la 3ème section de cet article. On répondra aussi aux contestations, qui ne manquent pas, de cette dichotomie. Il est bien normal que les panthéistes la contestent, car elle appuie là où ça fait très mal, et elle fait s’effondrer, sinon leur système, du moins toute leur rhétorique. C’est pourquoi ils n’ont jamais assez de mépris pour la repousser. Ils savent qu’autrement, ils ne feront jamais mieux que match nu avec le théisme, comme le reconnaissait Fichte avec lucidité. 2012]

Quoi qu’il en soit, chacune des deux grandes métaphysiques devrait pouvoir s’affirmer en face de l’autre. C’est ce qui a lieu, par exemple, dans le débat entre Celse[4] et Origène[5], qui est un véritable débat. Comment donc un libéral d’exclusion va-t-il esquiver un pareil débat, qui pourrait bien ne pas tourner à son avantage ? C’est ici qu’un instant d’attention plus soutenue s’impose.

 

 

Toute métaphysique est critique. Toute critique est métaphysique

 

Chacune des deux métaphysiques a, pour ainsi dire, son recto métaphysique (son idée de l’Absolu) et son verso critique (son idée du questionnement).

 

Le débat réel devrait donc avoir lieu ou entre ces deux versos ; ou entre ces deux rectos, entre deux métaphysiques ou entre deux critiques. Dans le débat postiche qui remplace un tel débat, nous voyons s’opposer un antipathique recto et un sympathique verso. Le théisme est censé n’être qu’une métaphysique sans critique ; et ce qui est en réalité la métaphysique panthéistique est censé n’être qu’une critique sans métaphysique. Et ainsi le tour est joué.

 

En effet, les panthéistes, qui évitent de se montrer en tant que tels, passent-ils pour des esprits simplement critiques, prudents et amis de la liberté de pensée ; les théistes, eux, pour des esprits métaphysiques, imprudents, dogmatiques et secrètement hostiles à l’existence d’une réflexion ouverte et d’une cité libre.

 

Et comme on vit (heureusement) à l’intérieur d’une cité (encore plus ou moins) libre (dont les assises profondes sont d’ailleurs ancrées dans la logique théiste[6]), la posture critique semble toute du côté de La Liberté, cependant que la posture métaphysique semble toute du côté opposé à La Liberté.

 

Dès lors, toute cause est jugée sans même avoir besoin d’être entendue. La simple forme imposée au débat a tranché la question avant même qu’elle ait pu seulement être posée.

 

[Et la réponse politiquement correcte est ainsi imposée comme allant de soi et comme résultant du débat, alors qu’elle résulte d’un escamotage du débat en vertu du pouvoir exorbitant et arbitraire que s’arrogent ses modérateurs (le Léviathan médiatique[7] ). Addition de 2012.]

 

Il suffit ainsi d’accrocher un marqueur négatif à la thèse qu’on veut exclure pour que sa discussion soit retirée de l’ordre du jour du débat, qui va alors tranquillement son train au sein de l’unanimité consensuelle des esprits réputés « critiques ».

 

 

Comment le triomphe suprême de la ruse consiste à transformer parfois sa victime en caricature d’elle-même

 

[Le pire de tout est que nombre de victimes de cette ruse y entrent à plein, tellement que souvent, elles entrent dans l'identité postiche qui leur a été attribuée par le rusé (= esprit métaphysique et pas critique, pas réfléchi, hostile à la liberté humaine, ennemi du genre humain, etc.etc.) et qu'elles s'acharnent à jouer le rôle du réactionnaire liberticide, face auquel le métaphysicien rusé déploie souriant son image d'Ami de la Liberté du Genre Humain, et porte haut son masque d'esprit critique ayant dépassé la métaphysique.

 

Bien entendu, ce processus une fois amorcé, les chrétiens et une foule de gens de bonne volonté avec eux, de quelque bord qu'ils soient, auront tendance à se scinder en deux groupes :

  

le premier, c'est celui des chrétiens critiques non métaphysiques, qui formeront par exemple en France un groupe de catholiques pratiquants, souvent pieux, équipés d'une métaphysique de protestant libéral (= non orthodoxe, non évangéliste, etc.). Quand on vit dans la contradiction permanente, il est normal qu’on passe son temps à se faire pardonner d'exister, auprès des esprits « critiques », notamment en disant du mal de ses coreligionnaires.

  

Le second, c'est celui des chrétiens métaphysiques non critiques, hésitant entre le durcissement autoritariste et l'anti-intellectualisme affectif.

 

   Entre ces deux groupes, un tiers parti, qui sent qu'il y a quelque chose qui cloche, mais qui a du mal à dire quoi.

 

Il est de bonne guerre que le Léviathan médiatique favorise cette division, la cultive et pousse en avant quand il le peut, les coryphées de chacun des groupes opposés. 2012.]

 

Le résultat le plus clair de Prolégomènes est de sortir de cette configuration, de restaurer le droit et peut-être un jour la réalité d’un débat ouvert.

 

[Dans la sphère strictement catholique, il apporte une contribution à la pacification des débats autour du Concile Vatican II.]

 

 

Déjouer les ruses et reconquérir la liberté de penser effectivement

 

                                           

 

C’est ce qui est appelé par la 4ème de couverture du livre, avec une polémique pugnacité, qui contraste avec le contenu de l’ouvrage lui-même, toujours calme et apaisé.

 

« Le premier objectif de ce livre, lit-on ainsi au dos de la couverture, est une reconquête de la liberté de penser : en finir avec la fausse neutralité du politiquement correct et des pseudoscepticismes, exposer la dogmatique impliquée dans les formules et habitudes de pensée apparemment innocentes. Mettre en question le consensus postiche, nouvelle forme – la plus hypocrite qui soit - de l’argument d’autorité, et mettre hors service la machine à fabriquer du préjugé instantané obligatoire. »

 

Il s’agit de ne plus admettre ce pseudo-débat entre le recto d’une métaphysique (théiste), qui se présente loyalement d’abord comme telle, même si elle comporte en outre son verso, ou son versant, critique ; et une métaphysique panthéiste qui ne se présente pas du tout comme telle [comme métaphysique], mais ne met en avant que son verso critique : un ensemble de ‘doutes’, de ‘soupçons’, de ‘suspensions’, etc. 

 

 

 

La ruse de « la fin de la métaphysique »

 

Cette métaphysique-là n’arrête pas, siècle après siècle, de nous « faire le coup » de la fin de la métaphysique. De prétendre qu’elle est en train, cette fois, de sortir pour de bon de la métaphysique.

 

Ainsi voudrait-on faire croire que seul celui qui « doute » serait un esprit qui réfléchit, qui juge et qui questionne. Mais en réalité, ce « doute » n’est qu’une sorte de croupion. C’est ce qui reste du questionnement, lorsque l’esprit humain a été dévoré par la méfiance et la peur[8] : la peur de l’homme envers la nature et envers l’homme, la peur de l’homme envers Dieu, la pensée que Dieu a forcément peur des hommes. De la peur naît la méfiance, la confiance en soi seul, le besoin maladif de sécurité, la paranoïa, le désir de domination, l’impuissance à croire à ce qu’on ne construit pas, à ce qu’on ne domine pas, à ce qu’on ne maîtrise pas.

 

Et la question se pose évidemment de savoir comment sortir de cette méfiance. Mais on ne peut pas espérer décrire fidèlement cette situation d’exil par rapport au réel et à la confiance, sans mettre entre parenthèses une mise entre parenthèses dont l’essence est la méfiance et l’exil par rapport au réel vivant. En tout cas, la question se pose sérieusement.

 

POUR AVOIR LA SUITE, CLIQUER SUR CE LIEN 


[1] Henri HUDE, Prolégomènes, Editions universitaires, Paris, 1991 ; 2ème édition, quasiment inchangée, sous le titre Prolégomènes. Introduction à la responsabilité philosophique, Critérion, Paris, 1997, 226 pages.

[2] Op.cit., Voir notamment, dans la version de 1997, indiquée note précédente, les sections 21-23 du chapitre 3, p. 109-113 : ‘Tolérance, rationalité, prosélytisme’ (21), ‘Tolérance et pseudotolérance’ (22), ‘L’impossible débat’ (23).

[3] Prolégomènes. Les choix humains, 2009, chapitre 2, ‘Les termes du choix conscient : théisme ou panthéisme’, passim, p. 93-186. [Les ouvrages ultérieurs de l’auteur, plus centrés sur la philosophie politique, font place également à ce qu’il nomme le néo-polythéisme (Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, 2010, pp.249-252 ; et Préparer l’avenir. Nouvelle philosophie du décideur, Economica, 2012, p.25. Chantal DELSOL développe des idées voisines, avec un grand luxe d’érudition, dans L’âge du renoncement, Cerf, 2011. Mais, d’un point de vue plus purement philosophique, le polythéisme n’est qu’une dépendance populaire de la position panthéistique fondamentale. Addition de 2012.]

[4] L’œuvre de Celse n’est connue que par les citations étendues qu’en donne Origène dans son livre Contre Celse. Voir B. Aubé, Le discours véritable de Celse, tiré des fragments cités dans le Contre Celse d’Origène. Essai de restitution et de traduction, 1878.

[5] ORIGÈNE, Contre Celse, en 8 livres (248). Edité par Marcel Borret, s.j., Sources chrétiennes, Cerf, 1978-2005.

[6][6] Prolégomènes. Les choix humains, 2009, p. 216-223.

[7] [Sur le Léviathan médiatique, voir Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, ch.10, pp.311-334. Note ajoutée en 2012].

[8] Prolégomènes. Les choix humains, 2009, p. 77-83.

 

Un remède à la maladie de la foi (1)

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Mise à jour le Jeudi, 27 Septembre 2012 15:11 Écrit par Henri Hude

Voici un nouvel article, à la charnière de la philosophie et de la foi

 

 

Il est à l’usage de ceux dont la foi est malade – je veux dire, angoissée, hésitante, timide – à cause d’un environnement social étouffant. Son titre : ‘Un remède intellectuel à la maladie de la foi.’

 

Je le publie, parce que j’ai décidé de mettre à la disposition du public, en ligne, peu à peu, l’ensemble des articles que j’ai publiés tout au long des vingt dernières années. C’est ainsi que j’ai mis en ligne sur les deux derniers mois

-       un texte de 1997 sur ‘La politique familiale en capital’, paru dans Droit social, et

-       un autre de 2012 sur ‘Métaphysique et phénoménologie. Retrouver le fondement’, paru dans la Revue théologique des Bernardins.

 

Cet article ‘Sur la maladie de la foi’, c'est-à-dire sur la difficulté de croire, a été publié dans la revue catholique Képhas, juillet-septembre 2009, pp.83-99.

 

 

                                                

 

Son sous-titre en est : ‘Du débat confisqué au débat libéré’, parce qu’une des causes de cette maladie de la foi est l’inhibition causée par la censure exercée par le monde et surtout les médias postmodernes. L’objet de cet article est de faire sauter cette inhibition.Il s'occupe précisément de la censure subtile, qui fonctionne dans les domaines de la philosophie, de la foi et de la religion. Mais à cause de ce caractère fondamental, il pourrait aussi servir à éclairer d'autres domaines. C'est ainsi que sa méthode m'a servi pour une analyse scientifique du "politiquement correct", dans le 1er et le 7ème chapitres de Démocratie durable.

 

J’ai écrit ce papier sous le pseudonyme de Joseph Hildebrand, en partie parce que je parlais d’un livre que je venais de publier, Prolégomènes. Les choix humains. C’était une façon d’objectiver mon sujet et de parler de lui comme si je n’y étais pour rien. Il y avait aussi des raisons d'opportunité, dont je parlerai un jour. L’éditeur du livre est : Parole et silence.

 

Voici donc cet article.

 

 

 

 

Les difficultés que rencontre la foi chrétienne pour exister, se vivre et se communiquer

 

 

Ce livre dont nous allons rendre compte nous a intéressé, parce qu’il offre un remède à la maladie de la foi. C’est ce que je voudrais expliquer, car c’est sûrement la meilleure méthode, pour faire comprendre à des chrétiens, mais pas seulement à eux, le sens et les contenus de ce livre au titre un peu énigmatique, Prolégomènes. Les choix humains. A des chrétiens et pas seulement à eux, car tous les hommes et femmes de bonne volonté sont concernés par ce que j'estime être (et je le démontre) un étouffement du loyal débat philosophique dans les sociétés réputées libres et libérales. 

 

Les difficultés que rencontre la foi chrétienne, pour exister, se vivre et se communiquer, au sein de la culture intellectuelle de notre temps, sont principalement au nombre de deux.

1° Une conception de la raison qui exclut la foi.

2° Une pression sociale qui culpabilise l’expression de la foi à travers un verrouillage du débat public.

 

Il y a donc chez beaucoup une sorte de maladie de la foi, une asthénie de la foi, à cause de ces deux facteurs, qui opèrent en synergie. Cette maladie n’est pas entièrement propre à la religion chrétienne. D’autres religions souffrent, en partie, de maux analogues.

 

 

 

Y a-t-il un remède intellectuel approprié à cette maladie ?

 

C’est en quelque sorte l’objet de ce livre. Bien sûr, ce remède ne peut être intellectuellement approprié, que dans la mesure où il est rationnellement accessible et démontrable à tous, quelle que soit leur présente situation relativement à cette foi. Il s’agit donc d’un livre de philosophie.

 

PLAN DE L'ARTICLE.

Je commencerai par un exemple de déverrouillage du débat (I).

Viendront ensuite quelques éléments sur le mysticisme, la foi et la raison, permettant de comprendre l’énoncé du diagnostic (II).

Après cela, une brève exposition du remède (III).

Enfin, un examen de quelques formes intellectuelles dominantes, pour mesurer la justesse du diagnostic et le caractère approprié du remède (IV).

 

 

 

                                               PREMIÈRE PARTIE : Un exemple. Pour déverrouiller le débat

 

 

L’homme cherche l’Absolu. En termes théistes, il cherche l’union à Dieu – de là sa grandeur, ses complications et le caractère démesuré de toutes ses misères. Ceci n’est pas en soi propre au chrétien. C’est un principe absolument fondamental pour toute connaissance de l’homme.

 

Vous me direz que c’est là un principe dont nous pourrions douter et dont doutent les « athées ». Je vous réponds que non, et qu’il est au contraire absolument indubitable. Ma réponse vous étonne.

 

 

 

Le mécanisme paradoxal de la certitude

 

 

Pourtant, il en est bien ainsi, puisqu’il suffit, précisément, d’en douter, pour en devenir certain. En effet, c’est encore une forme très fondamentale de recherche d’un Absolu, que de rejeter l’Absolu. Car pour peu qu’on tienne à préciser cette position de rejet, et qu’on ne se contente pas d’une vague négation émotive et arbitraire, on observe que cela consiste à s’ériger soi-même en Absolu, ou à ériger  en Absolu le Néant[2]. Et c’est encore là de la métaphysique, même si ce n’est pas la même (que celle qu’on rejette). De la sorte, ceux qui disent rejeter le principe l’admettent encore. On ne sort jamais de la métaphysique, mais souvent on en change.

 

 

 

La décadence de l’esprit critique et sa renaissance 

 

 

Dans ce qui précède, vous avez l’exemple typique d’un raisonnement « prolégoménal ».

 

Un tel raisonnement a pour effet de restaurer les droits d’un véritable débat ouvert – c'est-à-dire ouvert aux deux métaphysiques contraires – dans un contexte marqué au contraire par la suppression de fait de tout véritable débat.

 

Pourquoi y a-t-il verrouillage du débat dans nos États ? Pourquoi n’est-il si souvent qu’un échange convenu des mêmes platitudes entre icônes du politiquement correct ? Parce que le fond du débat effectif se trouverait, s’il avait lieu, dans une discussion ouverte et franche entre deux conceptions (au moins) de l’Absolu, de la vérité et du ‘doute’, ou du questionnement. Ces deux conceptions sont sérieuses, possibles, et leur confrontation vaut la peine.

 

Mais on fait semblant de croire qu’il n’en serait pas ainsi, pour la raison qu’on va dire, et le débat se trouve ainsi structuré de telle sorte que seuls les partisans d’une conception sont admis à débattre au titre d’individus rationnels, les partisans de l’autre étant, quelquefois, diabolisés, ou, le plus souvent, marginalisés.

 

Pourquoi et comment cette exclusion, au moment même où, paradoxalement, le consensus entre débatteurs libres et égaux est censé être devenu la norme éthique fondamentale ? Voilà ce dont rend compte et ce qu’explique  Prolégomènes. Les choix humains.

 

 

De l’art de manipuler le débat

 

 

[Il y a donc débat et « débat ».

 

1° Le vrai débat, c’est celui qui devrait donc avoir lieu honnêtement entre deux métaphysiciens en désaccord,

2° Le débat postiche, c’est celui dont on nous dit qu’il a lieu entre «  esprits critiques ouverts ayant dépassé la métaphysique » et des idiots qui seraient restés fixés à la métaphysique et fermés à la critique. Comme si tout le monde n’était pas métaphysicien.

3° Le « débat » sur fond d’exclusion, c’est celui qui se constitue soi-disant entre gens ouverts, tels que précédemment définis (2°), les « esprits fermés » ayant été préalablement exclus.

 

(Explication ajoutée en sept.2012).]

 

POUR LA SUITE DE L'ARTICLE, SUIVRE LE LIEN

 

 

[2] Op.cit, p. 75. Tout ceci est expliqué de façon précise dans l’examen des dix formules pseudosceptiques, tout au long du premier chapitre, surtout p. 25-84.

   

La loi naturelle

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Mise à jour le Dimanche, 09 Septembre 2012 20:29 Écrit par Henri Hude

Qu'est-ce que la nature ? Qu'est-ce que la "loi naturelle" ?


 

On va beaucoup parler cet automne de nature et de liberté, de naturel ou de contre-nature, de morale naturelle ou de transgression, etc. 

On s'est déjà mis à parler, ou à reparler, de "morale laïque". 

Les questions dont dépendent tous ces débats sont les suivantes : existe-t-il une loi naturelle ? Comment peut-on être sûr qu'il en existe une ? Si nous pouvons en être sûrs, rationnellement, quel en est en gros le contenu ? Pouvons-nous être certains de ce contenu ? Si oui, de quoi, pourquoi et comment ? Et que faut-il entendre profondément par "loi naturelle" ? Est-ce la même chose que la loi morale ? Comment retrouver la certitude rationnelle de l'existence et du contenu de cette loi morale objective ? En comprenant, précisément, ce que veut dire "loi naturelle" ? Et quel rapport avec la loi civile fondamentale ? Et avec Dieu ? 

Sans cette loi, un individu vit sans règle, un décideur n'a plus de boussole et un législateur fait n'importe quoi.

Je voudrais permettre aux lecteurs et à leurs familles de se réapproprier cette notion. Plus que cette notion, il faut nous réapproprier cette loi. Il faut la retrouver avec une sorte d'évidence. 

Pour y aider, voici deux textes classiques et plus modestement une interview récente sur le sujet.

 

 

 

Aristote et la « loi naturelle »

 

Dans le 1er Livre de sa Rhétorique, Aristote écrit, au chapitre XIII (et, plus loin, au chapitre XV) :

«  (…) la définition du juste et de l'injuste se rapporte à deux sortes de lois (…).

« Je veux parler de la loi particulière et de la loi commune.

« La loi particulière est celle que chaque collection d'hommes détermine par rapport à ses membres, et ces sortes de lois se divisent en loi non écrite et en loi écrite.

« La loi commune est celle qui existe conformément à la nature. En effet, il y a un juste et un injuste, communs de par la nature, que tout le monde reconnaît par une espèce de divination, lors même qu'il n'y a aucune communication, ni convention mutuelle. C'est ainsi que l'on voit l'Antigone de Sophocle (deuxième épisode) déclarer qu'il est juste d'ensevelir Polynice, dont l'inhumation a été interdite, alléguant que cette inhumation est juste, comme étant conforme à la nature. Ce devoir ne date pas d'aujourd'hui ni d'hier, mais il est en vigueur de toute éternité, et personne ne sait d'où il vient’.

« Pareillement Empédocle : « (…) mais cette loi générale s'étend par tout le vaste éther et aussi par la terre immense. »

 

 

Voici maintenant le texte de l’Antigone de Sophocle.

 

Le Roi demande à Antigone comment elle a osé désobéir aux règles que lui avait édictées. Et Antigone répond ceci :

 

« C'est que Zeus ne les a point faites, ni la Justice qui siège auprès des Dieux souterrains.

« Et je n'ai pas cru que tes édits pussent l'emporter sur les lois non écrites et immuables des Dieux, puisque tu n'es qu'un mortel.

« Ce n'est point d'aujourd'hui, ni d'hier, qu'elles sont immuables ; mais elles sont éternellement puissantes, et nul ne sait depuis combien de temps elles sont nées.

« Je n'ai pas dû, par crainte des ordres d'un seul homme, mériter d'être châtiée par les Dieux.

« Je savais que je dois mourir un jour, comment ne pas le savoir ? Même sans ta volonté (…). Certes, la destinée qui m'attend ne m'afflige en rien.

« Si j'avais laissé non enseveli le cadavre de l'enfant de ma mère, cela m'eût affligée ; mais ce que j'ai fait ne m'afflige pas. Et si je te semble avoir agi follement, peut-être suis-je accusée de folie par un insensé ! »

 

 

 A ces deux géants, qu'on me permette de donner mon modeste commentaire

 

Voici donc une interview récente sur la loi naturelle. http://vimeo.com/48824046

Le thème de la loi naturelle est traité dans Préparer l’avenir. Nouvelle philosophie du décideur.

 

                         

                                         Editions Economica, 2012, 140 pages.

 

 

 

   

Syrie 2012 - Russie 1812

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Mise à jour le Mardi, 04 Septembre 2012 14:27 Écrit par Henri Hude

 

Voici une réflexion philosophique sur l'histoire présente, parue dans le mensuel catholique La Nef. On y considère à la fois l'évolution des États-Unis, leur politique étrangère, notamment au Proche-Orient, et leur attitude à l'égard des partis islamistes.

Ceci, sous la forme d’une « Lettre ouverte à Napoléon Bonaparte » (n°240, septembre 2012, p.18). 

 

 

 

                                                           

                                                          La retraite de Moscou par Adolph Northern (XIXème siècle)

Sire,

Vous sortez du Purgatoire où vous étiez à jeun de toute politique internationale. Vous avez droit aux nouvelles, à moi de vous les donner.

L’espace est court, je serai bref.

Ce que je vous dirai n’est que la politique des hommes. Ici-bas, on connaît mal la politique du diable, et les points de tangence entre l’une et l’autre. Et Dieu seul sait la pensée de Dieu.

 

 

 Pour centre de perspective, Washington.

 

 

La situation des États-Unis évoque la vôtre, en 1812. C’est au moment où votre puissance avait culminé, que vous glissiez dans la démesure. Talleyrand retiré, les amis de la France tristes, vos fantoches à vos bottes. L’expiation commença, à la fin de l’année. « Pour la première fois, l’aigle baissait la tête. »

Certains disent que l’empire libéral des États-Unis est fini. Ce n’est pas vrai. Ils ont de très beaux restes et ne rabattent rien de leurs ambitions. Ce grand pays a dû sa fortune à sa sagesse politique et au suicide de l’Europe.

 

 

Que fut par le passé la sagesse de la grande République américaine ?

 

 

Pas de démocratie idéologique ; un régime mixte, une république aristocratique, qui est une classe entrepreneuriale ouverte, assumant l’intérêt national, donnant large part au peuple, via le développement industriel ; les traditions classiques de l’Europe ; une vaste classe moyenne ; un compromis entre la religion chrétienne et la grande philosophie des Lumières.

Tout cela s’érode.

Ils adoptent la social-démocratie au moment où elle fait faillite en Europe.

Plus d’aristocratie d’industriels, mais une oligarchie de financiers.

Bonne pour un peuple sensé, leur Constitution divise des idéologues.

Ils appellent Démocratie l’application d’une idéologie, qui est le communisme à l’envers, folie du tout privé remplaçant celle du tout public.

Les effets de tout cela ? Attristants.

 

 

Quelle est la folie de l'oligarchie impériale, aux États-Unis contemporains ?

 

 

Le militarisme ? À son comble.

La guerre, perpétuelle.

Pourraient-ils vivre sans ? Sire, vous ne le pouviez plus. Eux, pas davantage.

Ce n'est pas tout. 

Deux logiques s’opposent : celle de l’empire et celle de la République. À l’horizon, une dictature de l’exécutif ? La sécurité nationale justifie tout.

Comme vous, Sire, ils aspirent à l’empire par impuissance à se croire en sécurité dans un jeu d’équilibre et sans pouvoir absolu.

Le monde entier n’aspire-t-il qu’aux bienfaits du libéralisme ultra-individualiste ? Il faudrait que ce système lui propose des perspectives attractives. Or, il a mis l’Europe à genoux, les pays arabes sens dessus dessous. Il a fonctionné, aux USA, en raison de leur singularité historique. Il y fonctionne moins bien. En exportant une formule, qui met la pagaille partout ailleurs que chez eux, ils ont inventé l’art de dominer tout le monde sans avoir l’air d’y toucher. Après avoir détruit le nazisme et le communisme, ils sont en train de devenir, sur le mode libéral, ce que la France fut un temps, Sire, à cause de vous : la puissance idéologique et militariste visant à l’empire universel.

L’ONU ? Leur faux nez, ou une impuissance.

L’OTAN? Leur outil docile.

L’UE, un castrat, une confédération du Rhin.

Ils ne savent plus ce que signifie le mot « égalité » entre des nations. La démesure prépare leur perte, Sire, comme elle a brisé votre empire.

 

                                                        

 

 

C’est le dessein arrêté des États-Unis de mettre au pouvoir les Frères musulmans, sauf dans les monarchies pétrolières

 

 

Les gens trop honnêtes ont du mal à comprendre que le pétrole n’a pas d’odeur, et le pouvoir pas de religion.

Richelieu abaissait les Protestants de France et s’alliait à ceux d’Allemagne, en lutte contre les Habsbourg. Le Roi Très-Chrétien, François 1er, et nombre de ses successeurs, utilisaient l'Empire Turc comme une alliance de revers contre le Saint-Empire germanique.

Les États-Unis tiennent les monarchies pétrolières, qui tomberaient sans eux. Par elles, ils tiennent (ou croient tenir) les partis islamistes, qu’ils ont infiltrés depuis longtemps et que les pétroliers financent. Les services secrets britanniques, puis américains, ont toujours fait monter les Frères musulmans, contrepoids aux nationalistes arabes laïques. Face à un barbu, on ne sait donc jamais si c’est un pieux musulman, ou un agent de la CIA.

 

 

Grand Dessein ou machiavélisme de sous-préfecture ? 

 

Un grand État, dans des démocraties novices, peut tirer les ficelles.

Les islamistes aussi sont corruptibles.

Leurs gouvernements savent qu’ils vivent grâce aux investissements, et à la manne des pétroliers.

Venus au pouvoir, ils ont le choix :

Option 1 : gérer cahin-caha une démocratie « normale » de seconde zone – en somme, devenir des démocrates-chrétiens musulmans. En deux générations, le démocrate mangera le musulman.

Option 2 : ils se rebiffent. En ce cas : diabolisation, subversion, révolution, intervention, démocratisation, anarchie, domination – retour au cas précédent.

Pour désislamiser les pays musulmans (semble penser l'Oncle Sam), rien de mieux que des partis islamistes modérés.

Cela dit, trop désislamiser point ne faut. Il faut à l’idéologie libérale un religieux repoussoir. L’inquisiteur date trop, le barbu est incontournable.

Le monde arabe ne doit pas non plus devenir trop fort et l’empire libéral n’a pas intérêt à éradiquer une religion à ses yeux opportunément rétrograde.

On serait plus tranquille encore si des raisons humanitaires allumaient une guerre entre sunnites et chiites.

Tout ça est un bon jeu. Il permet de voir venir.

Si ça marche.

Cela marchera-t-il ? C'est à voir, ou c'est tout vu

Et nous, que faire, s'ils se "plantent" ? Dans tous les cas, préparer l'avenir, parce qu'il y aura du sport. 

N.B. : Une contribution personnelle à cette préparation : 

 

                                                 

                     Préparer l'avenir. Nouvelle philosophie du décideur,  Economica, 2012, 144 pages.

 

 

Car il y a toujours une avenir. 

 

                         

                                                              Le congrès de Vienne (1814-1815)

 

 

   

Préparer l'avenir. Réflexions sur l'Europe

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Mise à jour le Vendredi, 31 Août 2012 17:48 Écrit par Henri Hude

 Voici non pas un article, mais une vidéo publiée sur le site Liberté politique sur le sujet de l’Europe. L’idée directrice est que l’Europe telle que nous la connaissons est moribonde et que nous avons cependant besoin d’une formule de remplacement. Réflexions sur ce que doit être une telle formule et pourquoi.

                                                    

Couverture de Préparer l'Avenir. Nouvelle philosophie du décideur, Economica, 2012.

 

Pour d'autres vidéos, voir sur Viméo ou :

http://www.libertepolitique.com/L-information/Liberte-politique-TV/Preparer-l-avenir-8-10-Former-les-chefs-de-demain-retrouver-les-fondements

 

http://www.libertepolitique.com/L-information/Liberte-politique-TV/Preparer-l-avenir-1-10-Face-a-la-desillusion-du-politique-le-decideur-la-justice-et-la-confiance

 

http://www.libertepolitique.com/L-information/Liberte-politique-TV/Preparer-l-avenir-2-10-l-individualisme-radical-comme-ideologie-actuelle

 

http://www.libertepolitique.com/L-information/Liberte-politique-TV/Preparer-l-avenir-3-10-Les-principes-du-decideur

 

http://www.henrihude.fr/mes-reflexions/49-philosophieetspiritualie/247-quest-ce-que-la-justice- (article sans vidéo)

 

http://www.libertepolitique.com/L-information/Liberte-politique-TV/Preparer-l-avenir-5-10-Des-fondements-du-capitalisme-postmoderne-et-de-ses-consequences-societales

 

http://www.libertepolitique.com/L-information/Liberte-politique-TV/Preparer-l-avenir-6-10-Quelle-politique-pour-sortir-de-la-crise

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

Une politique familiale en capital (5) Faute d'innovation, nous aurons la Révolution

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Mise à jour le Samedi, 25 Août 2012 08:53 Écrit par Henri Hude

Avec la crise, la social-démocratie est une formule moribonde. Pour éviter la révolution, il faut repenser de fond en comble la solidarité. Ce renouveau de la solidarité passe par la famille. De là l'idée d'une nouvelle politique familiale en capital (PFC).

Comme les questions familiales vont être d'actualité à la rentrée, je republie ci-dessous, découpé en plusieurs livraisons, un article que j'avais publié, à la demande du Pr. Dupeyroux, dans la célèbre revue Droit social, n°5, en Mai 1997, pp.443-450.

Je ne l'ai pas réécrit. J'ai parfois ajouté ici et là une phrase. Il me semble plus actuel qu'il ne l'était lorsqu'il a été publié.

Ceci est la cinquième fragment. CLIQUER ICI POUR RETOURNER AU TOUT DÉBUT DE L'ARTICLE

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Remettre en cause la doctrine standard sur la politique familiale

 

Le concept de politique familiale actuellement en vigueur repose sur les deux conceptions suivantes.

Distinction entre politique sociale et politique familiale au sein d’une même conception redistributive. La politique sociale viserait à une certaine redistribution entre riches et pauvres. La politique familiale viserait, elle, à une certaine redistribution entre ménages plus chargés d’enfants et ménages moins chargés. De là par exemple le principe de l’attribution universelle, sans conception de ressources, de tout ce qui relève précisément de la politique familiale.

L’enfant a un coût, de sorte que ceux qui éduquent des enfants se trouvent financièrement pénalisés par rapport à ceux qui n’en éduquent pas. Ce coût de l’enfant peut et doit être calculé. L’objet de la politique familiale serait de verser des prestations ayant pour effet de compenser le coût de l’enfant. Telle est, par exemple, en France, la doctrine officielle de l’UNAF.

 

Cette doctrine devenue traditionnelle comporte sans aucun doute des éléments qui en font une approximation supportable d’une théorie adéquate. Malheureusement, elle ne peut plus fonctionner convenablement dans les circonstances présentes. Je voudrais montrer pourquoi une telle théorie tourne à vide et devient une abstraction sans rapport organique suffisant avec le système des évolutions économiques et des rapports de forces politiques.

 

 

Besoin d’innovations conceptuelles pour redonner des marges de manœuvre au Gouvernement                                                   

 

On peut d’abord se placer dans l’optique du Gouvernement. Celui-ci a d’abord en vue le besoin d’organisation européenne. On ne peut pas le lui reprocher. Il entend donc respecter les obligations résultant pour lui du Traité de Maastricht en matière de dépenses publiques. Il exclut donc notamment tout accroissement des prestations familiales. Par ailleurs, le haut niveau de chômage alourdit les charges de la branche famille, en augmentant le nombre des ayant-droit à toutes sortes de prestations liées à des situations de pauvreté. Sauf réforme conceptuelle permettant de dégager de nouvelles marges de manœuvre, le Gouvernement n’a rien d’autre à faire que de savoir s’il accepte ou non de transformer davantage la politique familiale en politique sociale.

Soumis à ces exigences diplomatiques, et pour des raisons électorales qui ne sont pas forcément méprisables, il semble avoir d’ores et déjà opté pour le statu quo. Le rapport général de la conférence exprime assez bien ces préoccupations et ces choix. Si on veut les critiquer, il faut remonter au principe et remettre en cause ou bien certaines clauses du Traité de Maastricht, ou bien plutôt certains principes de politique économique qui y sont incorporés, et qui tendent à faire de l’idée européenne une idée oligarchique, malthusienne et anti-sociale. La bonne question serait alors : l’idée d’une politique familiale est-elle cohérente avec le caractère malthusien de la théorie classique du crédit et de la monnaie ?

Plutôt que de critiquer encore et toujours le manque d’imagination d’un  Gouvernement qui doit résoudre la quadrature du cercle, mieux vaut essayer de lui fournir des concepts originaux qui lui permettraient, peut-être, de mener des politiques plus innovantes. De ce côté, l’obstacle épistémologique se trouve notamment du côté des doctrines qui considèrent trop restrictivement la politique familiale comme un des segments de la redistribution social-démocrate. Mais il ne se trouve pas que là.

 

 

La mondialisation et l’Europe contre le peuple et la famille

 

La vérité est que la mondialisation économique, telle qu’elle fonctionne, impose aux nations enrichies qui veulent rester compétitives l’obligation de baisser régulièrement et sur un grand nombre d’années le prix global du travail. Cela les contraint au démantèlement progressif des politiques sociales qui constituaient la vie même de l’Etat-Providence. A cette condition, et seulement à cette condition, le produit national pourra continuer à croître. Encore faut-il ajouter que dans un monde où un capitaliste peut déplacer à sa guise ses capitaux et sa résidence, l’Etat n’a plus la même possibilité de ponctionner, en vue d’une redistribution aux pauvres, un montant croissant de revenus du capital.

Ainsi, dès lors que les ressources de l’Etat se trouvent ainsi plafonnées, et faute d’innovations conceptuelles rouvrant le champ des possibles, les deux formes de redistribution entrent nécessairement en concurrence et les besoins de la politique familiale en conflit avec ceux de la politique sociale. Il y a des motifs également honorables pour opter dans un sens ou dans l’autre. Devant la liberté laissée par les principes, les hommes politiques choisirons chacun en fonction de l’idée qu’ils se font de leurs intérêts électoraux. Il reste que la défense de la famille, au lieu d’être en accord avec l’aide aux pauvres, se trouve désormais en concurrence avec elle. Mais comme ces pauvres ont souvient, eux aussi, une famille, le risque est grand que la politique à proprement parler familiale devienne, ou en tout cas passe pour, une politique pour les familles riches.

 

 

La déflation ultralibérale et l’autogénocide en douceur 

 

Il est clair que, dans cette configuration, le principe familial se trouvera rejeté du côté de l’accroissement des inégalités sociales et que cela ne peut que contribuer au renforcement des préjugés défavorables dont il est souvent l’objet de la part de la gauche.

Ainsi localisé, le principe familialiste restera de toute manière limité et marginal. En effet, en tant que redistribution étatisée, la politique familiale est critiquable, elle aussi, aux yeux d’un libéralisme radicalisé dont l’utilitarisme individualiste et l’égoïsme féroce ne se gênent plus en rien pour traiter les personnes selon la logique régissant l’utilisation des choses. Pour le dire crûment, les Français (et le Allemands, les Italiens, etc.) fabriquent désormais trop cher leurs enfants. Il n’y a pas de raison pour subventionner ainsi une production locale non concurrentielle alors qu’on pourrait délocaliser la reproduction et avoir recours à l’importation. Avoir des enfants, devenant ainsi un luxe, doit être réservé aux riches qui en ont envie et sont en mesure de se le payer. Pourquoi donc conserver une politique familiale au sein d’une politique globalement libérale ? Parce que les libéraux ne peuvent demeurer au pouvoir sans l’appoint d’une minorité de conservateurs, attachés au principe familial.

 

 

Quand les conservateurs ne conservent plus rien

 

Ces derniers, en défendant le statu quo ont peut-être raison de croire qu’ils font le maximum pour sauver ce qui peut l’être. Ils redoutent, non sans quelques raisons, en cas de domination de la gauche, un dogmatisme idéologique antimatrimonial ou antifamilial. Mais, d’un autre côté, en se positionnant ainsi, ils cautionnent un ordre libéral dans lequel il n’y a guère de place pour les enfants des familles pauvres des pays riches (pour ne pas parler ici des familles pauvres des pays pauvres).

La droite conservatrice a en général tendance à traiter la question de la famille déductivement, comme si elle était d’abord un idéal moral ou spirituel exigeant surtout une reconnaissance publique, un discours respectueux, des honneurs officiels et non pas aussi un humble budget requérant que soient mises en place les conditions macro-économiques de son équilibre à long terme. L’amour est une belle chose, mais comme le proverbe dit à raison, « quand la misère entre par la porte, l’amour s’en va par la fenêtre ». Affirmer une haute morale conjugale et familiale ne suffit donc pas. La famille n’est évidemment pas une société qui puisse se suffire à elle-même. Elle a donc besoin de l’aide de la communauté politique et de l’Etat. C’est pourquoi adhérer à une conception exigeante de la morale familiale doit normalement conduire à exiger la mise en place d’une politique familiale.

Mais encore faut-il que cette politique familiale soit autre chose qu’une redistribution familialiste à valeur constante, qui serait désormais prise, faute de croissance et compte tenu de l’accroissement des nouvelles pauvretés, sur une redistribution sociale décroissante, au détriment des misérables. Ceci resterait vrai, même si les familiaux étaient fondés, comme c’est sans doute le cas, à soutenir que la tendance a été depuis longtemps inverse, et que la politique sociale a plutôt conduit à un dépouillement de la politique familiale. Ils devraient en effet comprendre que la cause de la politique familiale n’est pas efficacement défendable dans le cadre de principes simplement redistributionnistes et en l’absence d’une croissance économique qui pourrait se traduire par une augmentation des facultés redistributives de l’Etat.

En s’accrochant à cette conception en ces temps d’exclusion sociale croissante, les familiaux rendraient de plus en plus plausible la caricature de leurs adversaires, présentant la politique familiale sans condition de ressources comme l’allocation de sucreries à des familles nanties, ne laissant point d’apporter d’ailleurs un appoint décisif à un pouvoir libéral organisant la stérilisation des pauvres (à commencer par la stérilisation des pauvres des pays riches). Il y aurait là un phénomène de double vie qui, sur le long terme, produirait le malaise, puis le dégoût. C’est pourquoi la cause de la politique familiale, pourtant requise pour le bien public, comme nous le dirons, n’est pas défendable sans approfondissement et réforme de nos principes de philosophie politique et d’économie sociale.

 

 

Et quand les progressistes se font les agents de la régression sociale  

 

Pour être juste, une telle critique doit bien sûr être complétée par celle qui suit, symétrique. Car, exactement de la même manière, on aura à gauche tendance à ne pas traiter assez la question de la famille de manière inductive, en tenant compte de l’apport irremplaçable de la famille à la construction de la solidarité sociale globale, mais au contraire d’une manière trop déductive, à partir de principes moraux exprimant une conception réactive et trop anti-communautaire de la liberté individuelle. La justice sociale, aujourd’hui, passe par la famille. (...)

 

 

Petite philosophie de l'histoire de la solidarité

 

Nous avons d’abord eu, aux époques traditionnelles, une solidarité familiale : en termes hégéliens, ce serait la thèse ;

puis, après divers aléas, nous avons mis en place une solidarité étatique, sous la forme de l’Etat-Providence, c’est l’antithèse hégélienne ;

il faut désormais une synthèse, qui soit la solidarité sociale considérant la famille comme son lieu d'application privilégié, et usant de la solidarité familiale comme de son premier moyen de réalisation, conformément au principe de subsidiarité.

Encore faudrait-il qu'on arrête de la démolir.   CLIQUER ICI POUR RETOURNER AU TOUT DÉBUT DE L'ARTICLE

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Une politique familiale en capital (4) Quels effets en peuvent être escomptés

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Mise à jour le Samedi, 25 Août 2012 08:30 Écrit par Henri Hude

Rappelons que l'"éco" renfermé dans "économie" vient d'oikos ou oikia, qui signifient, en grec ancien, la maison et la famille. 

Avec la crise, la social-démocratie est une formule moribonde. Pour éviter la révolution, il faut repenser de fond en comble la solidarité. Ce renouveau de la solidarité passe par la famille. De là l'idée d'une nouvelle politique familiale en capital.

Comme les questions familiales vont être d'actualité à la rentrée, je republie ci-dessous, découpé en plusieurs livraisons, un article que j'avais publié, à la demande du Pr. Dupeyroux, dans la célèbre revue Droit social, n°5, en Mai 1997, pp.443-450.

Je ne l'ai pas réécrit. J'ai parfois ajouté ici et là une phrase. Il me semble plus actuel qu'il ne l'était lorsqu'il a été publié.

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QUESTION /  QUELS SONT LES PRINCIPAUX EFFETS QUE NOUS POUVONS ESCOMPTER DE LA POLITIQUE FAMILIALE EN CAPITAL PRÉCÉDEMMENT EXPOSÉE ?

 

 

La reprise en compte la longue durée, c'est le rétablissement de la famille au centre de l'économie

 

Une telle mesure réintroduit massivement la considération de la durée, et même de la longue durée, ouvre un horizon et permet le rétablissement d’un climat de confiance, grâce notamment à une nouvelle participation de la très grande majorité de la population, qui devient sujet de ces politiques et non plus objet, dans un contexte social innovant. Il s’agit donc d’une mesure lisible, à la fois concrète, mais fortement symbolique et d’une attractivité électorale certaine.

 

 

Création d'emplois et politique familiale en capital 

 

Création d’emplois et autres effets secondaires bénéfiques, d’abord sur l’équilibre des comptes sociaux de la nation. Nous en avons déjà parlé plus haut. Les créateurs potentiels d »entreprises n’ont pas besoin de beaucoup de capitaux, mais il leur en faut tout de même une petite quantité, pour amorcer leur activité. Avec la politique familiale en capital, n’importe quelle personnalité innovante pourra disposer de la légère mais suffisante amorce sans laquelle rien n’est possible.

Le fait que la personne innovante soit chargée d’enfants et que le conjoint doive être d’accord, semble devoir permettre de limiter les abus et prodigalités qui seraient autrement possibles. Mais en même temps, cette politique familiale en capital attribue aux familles un capital secondaire, ou un capital second. Elle permet donc aux personnes potentiellement innovantes de risquer, sans être retenues par des scrupules de conscience, au moment de la fondation. Beaucoup ne pourraient, en conscience, risquer le capital premier de la famille et des enfants. Mais compte tenu des sérieuses chances de gain, dans un projet auquel elles croient, elles auraient au contraire scrupule de ne pas engager le capital second dans la création projetée.

Il faut aussi noter que les célibataires sans enfants ne seraient pas exclus, pourvu qu’ils puissent convaincre des couples avec enfants, de se lancer avec eux dans l’aventure. Sans doute faut-il aussi prévoir des garde-fous à l’escroquerie des gens simples. Afin de protéger les faibles, il a été envisagé, dans des conversations informelles avec des hauts responsables de la Caisse Nationale d’Allocations Familiales, que celle-ci puisse gérer les comptes des familles hors d’état de le faire elles-mêmes. Mais il faudrait aussi laisser les coudées franches à tous ceux qui sont capables de se débrouiller seuls, et garder présent à l’esprit le fait paradoxal (dont nous n’avons pas assez conscience) qu’une agrégation de comportements individuels risqués peut au contraire produire une très  haute sécurité collective.

 

 

Déprolétariser le peuple, c'est à dire les familles 

 

Voici les autres effets probables :

- Déprolétarisation des familles, y compris et surtout des familles modestes, et amélioration de l’harmonie sociale.

- Effet d’incitation fort à la natalité avec les conséquences lointaines sur la pérennité de tout le système de solidarité sociale.

- Relance de la consommation, l’épargne des ménages étant libérée en partie au profit de la consommation, et la sécurité de la ressource future pouvant gager des emprunts qui autrement ne seraient pas accordés. Accroissement de crédit possible, à l’investissement et à la consommation.

- Véritable promotion de la participation. Si les parents ont simplement épargné les sommes, le jeune peut aller voir le capitaliste employeur et lui proposer de devenir non seulement son salarié, mais son associé, affectant tout ou partie de son pécule à une participation à la constitution du capital nécessaire à son emploi.

Mais tous ces heureux effets ne pourraient sans doute être atteints si nous ne remettions pas en cause les vieux principes. CLIQUER ICI POUR ALLER AU FRAGMENT SUIVANT 

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Une politique familiale en capital (3). Capitalisme/solidarité

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Mise à jour le Samedi, 25 Août 2012 08:29 Écrit par Henri Hude

Avec la crise, la social-démocratie est une formule moribonde. Pour éviter la révolution, il faut repenser de fond en comble la solidarité. Ce renouveau de la solidarité passe par la famille. De là l'idée d'une nouvelle politique familiale en capital (PFC)

Comme les questions familiales vont être d'actualité à la rentrée, je republie ci-dessous, découpé en plusieurs livraisons, un article que j'avais publié, à la demande du Pr. Dupeyroux, dans la célèbre revue Droit social, n°5, en Mai 1997, pp.443-450.

Je ne l'ai pas réécrit. J'ai parfois ajouté ici et là une phrase. Il me semble plus actuel qu'il ne l'était lorsqu'il a été publié.

Ceci est la troisième fragment. CLIQUER ICI POUR RETOURNER AU TOUT DÉBUT DE L'ARTICLE

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 Le capitalisme social et la solidarité de l'investissement

 

Il n’est pas toujours facile d’identifier le capital non solidaire. A cela, je réponds qu’il est urgent de faire procéder à des études sur le sujet.

Une certaine richesse n’est que la détention d’un certain pouvoir d’investissement. Ce ne sont pas la richesse ou la propriété en elles-mêmes qui peuvent être immorales, c’est seulement le caractère non solidaire de l’investissement. De la sorte, ce qu’il faudrait taxer, ce n’est pas n’importe quel capital, mais le capital non solidaire et son revenu ; le capital solidaire étant celui où l’accumulation de la plus-value du capital se fait aussi pour une juste part au bénéfice de ceux dont le travail a contribué à l’accumuler ; en leur bénéfice, c'est-à-dire d’une manière qui tienne compte de leur besoin absolu de conserver globalement un emploi.  

Plutôt que de fomenter la jalousie entre riches et pauvres (et, en fait, entre les prolétaires et les classes moyennes, car les riches ont émigré fiscalement depuis longtemps), mieux vaut donc encourager la solidarité de l’investissement, qui est, en somme, une autre manière de redistribuer, non sous forme d’aumônes, mais sous forme d’emplois. Quand il en est ainsi, les pauvres peuvent avoir le sentiment que l’inégalité est supportable, car ce qui est approprié pour les riches sert tout de même aussi à leur bénéfice effectif. C’est ainsi que la gauche devrait renouveler sa pensée, évoluer résolument de l’égalitarisme équitable et de l’égalitarisme conflictuel à l’égalitarisme coopératif. Tant s’en faut qu’elle ait déjà réalisé une telle révolution culturelle. Plutôt s’est-elle contentée de juxtaposer des pratiques antisociales à un fond rémanent de tics et de réflexes hérités de l’âge idéologique.

Sans solidarité de l’investissement, le droit de propriété ne s’accompagne d’aucun devoir susceptible de le limiter et de le distinguer d’un égoïsme abusif. Le salarié a le sentiment justifié de travailler à produire un accroissement de capital qui sera employé à lui ôter et son salaire, et son travail.

 

 

Le peuple ou le caviar

 

C’est ainsi que le capitalisme devient odieux et que la gauche, n’ayant plus de projet économique, ne représente plus les classes laborieuses et laisse le champ libre à la montée du fascisme.

Je sais bien que la solidarité, aujourd’hui, ne peut pas être seulement nationale, mais doit être aussi internationale. De ce point de vue, les investissements hors de nos frontières peuvent aussi constituer une sorte de solidarité internationale, plus importante, dans l’absolu, que la solidarité nationale. Toutefois, en l’absence d’Etat social et de redistribution mondiale, la redistribution passe forcément par la conservation des solidarités territoriales existantes dans le cadre des nations. Quand on sous-estime l’institution nationale ou qu’on la réduit à l’impuissance, on ôte à la solidarité concrète le moyen de sa réalisation. On provoque alors, en réaction, une association d’idées et de sentiments entre le principe national et le principe de solidarité[1].

La gauche a aujourd’hui concrètement le choix entre le peuple et le caviar. Le peuple, ce sont concrètement les familles populaires et une politique familiale rénovée de fond en comble. Le caviar, c’est de sacrifier l’emploi des jeunes à la satisfaction des vieilles hargnes idéologiques anti-familiales. C'est de voiler une politique antisociale par un exhibitionnisme transgressif. A défaut, la droite pourrait se redécouvrir une vocation sociale. Il serait toutefois important, pour l’avenir des institutions démocratiques, que la gauche acquière une vraie culture familiale, et découvre dans une nouvelle politique de la famille la première de possibilité d’une politique sociale viable qui soit aussi une politique de l’emploi[2].

Une telle attribution de capital ne serait en rien absurde économiquement, si la famille est considérée dans son analogie avec une petite entreprise productive. Les familles apportent en effet une contribution insubstituable à la reproduction et à la formation du capital humain, qui est la première condition de toute activité productive. De ce point de vue, elles ne sont pas seulement à considérer comme des entités consommatrices, mais aussi comme des entités productrices et même comme le véritable secteur primaire concret de l’économie, quand on a une conception complète, concrète et humaine, du capital[3]. Faute de politique familiale en revenu et en capital, il y aurait exploitation, et étranglement de ce secteur primaire, au plus grand détriment de toute la société. En l’absence d’un marché de type nouveau qui assurerait plus automatiquement la rémunération de la fonction familiale[4], la politique familiale étatique fonctionne comme une subvention indispensable et une recapitalisation nécessaire à des secteurs dominés et aujourd’hui incapables de se rémunérer à juste prix sur le marché.

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[1] Cf. E. KANT, Vers la paix perpétuelle, art.2. Cela requiert dans la pratique une réflexion innovante sur un libre-échange à visage humain, comme moyen nécessaire d’une solidarité internationale, usant, pour sa réalisation, des solidarités nationales comme d’un moyen nécessaire, selon le principe de la subsidiarité. J’ai essayé, selon mes faibles moyens, d’y contribuer dans Henri HUDE, Marché et solidarité. Philosophie de la prospérité, Economica, 1994.

[2] Il n’est peut-être pas inutile de rappeler au grand public français l’œuvre considérable d’un sociologue italien, professeur à l’Université de Bologne, Pierpaolo DONATI, dont la réflexion a par ailleurs une portée philosophique. Sur la contribution des associations et des familles au renouvellement de la société et du tissu social, voir, par exemple, Le associazioni familiari in Italia. Cultura, organizzazione e funzioni sociali, a cura di Pierpaolo DONATI e Giovanna ROSSI, Francoangeli, Milano, 1995. La seconde partie est une étude empirique de la situation italienne, mais la première partie est une prospective ayant valeur universelle.

[3] Cette expression de « capital humain » serait atroce, si elle était entendue dans un sens déshumanisant, comme s’il s’agissait de matérialiser l’humain, mettant les hommes sur le même plan que les liquidités, les immeubles ou les machines. Mais, en sens inverse, elle peut au contraire contribuer à élever ces réalités matérielles dans la sphère de l’humain, contribuant ainsi, en somme, à humaniser le capital.

[4] Par exemple, si les associations de familles voulaient transformer en pouvoir d’assurance vieillesse leur potentiel de promesse de travail futur.

   

Une politique familiale en capital (2). Quel en est le principe ? Quelles grandes modalités ?

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Mise à jour le Samedi, 25 Août 2012 08:04 Écrit par Henri Hude

La social-démocratie est moribonde. Il faut repenser la solidarité. Le renouveau de la solidarité passe par la famille. De là l'idée d'une nouvelle politique familiale en capital (PFC).

Comme les questions familiales vont être d'actualité à la rentrée, je republie ci-dessous, découpé en plusieurs livraisons, un article que j'avais publié, à la demande du Pr. Dupeyroux, dans la célèbre revue Droit social, n°5, en Mai 1997, pp.443-450.

Je ne l'ai pas réécrit. Il me semble plus actuel qu'il ne l'était lorsqu'il a été publié.

Ceci est la second fragment. CLIQUER ICI POUR RETOURNER AU TOUT DÉBUT DE L'ARTICLE

 

 

Le principe d'une politique familiale en capital

 

Le principe d’une politique familiale en capital se trouve dans le sentiment de responsabilité à l’égard de nos enfants et des jeunes en général. Cette responsabilité comporte des devoirs. Ces devoirs ne vont pas sans reconnaissance effective des droits des enfants. La naissance d’un enfant le rend, pour ainsi dire, titulaire d’une créance sur la communauté qui l’accueille.

Celle-ci – c'est-à-dire nous – doit former la résolution – s’il s’agit d’une société juste – de lui préparer une place dans la société, c'est-à-dire une place au travail. De bonne foi, pouvons-nous dire que nous faisons aujourd’hui le nécessaire à cette fin ? Nous serions au contraire tenus de nous engager tous solidairement à faire dès maintenant tout notre possible, pour que cet enfant puisse avoir, plus tard, quand il en aura l’âge, une place dans la société, c'est-à-dire un travail : un travail dans lequel il pourra s’épanouir en ayant l’impression fondée de servir à quelque chose et de rendre service aux autres. Nous devons aussi faire le nécessaire, autant qu’il est en nous, pour que les parents de ces jeunes puissent avoir les moyens de remplir leur mission et n’en soient pas empêchés par des conditions trop défavorables qui seraient de notre fait.

Cette responsabilité à l’égard des jeunes se traduit par un devoir d’investissement : investir pour leur donner la meilleure éducation possible mais, aussi, orienter nos décisions d’investissement d’une manière assez solidaire pour que ces enfants puissent avoir conscience de grandir dans un pays économiquement solidaire avec eux, et non pas dans un pays de rentiers indifférents à leur sort futur. Et pour que ces orientations soient prises, redistribuer, autant que possible, une part du pouvoir d’investissement conformes à l’intérêt de leurs enfants : c'est-à-dire les parents de ces enfants, surtout de ceux qui, n’appartenant pas aux classes aisées, sont le plus forcés de se sentir solidaires de leur pays.

La justice à l’égard des jeunes signifie que nous avons un devoir d’investissement envers eux. Cet investissement doit être global. Investir globalement, c’est renouveler les générations en quantité (aspect démographique), en qualité (aspect formation) et en équipement en capital physique et financier (aspect économique).

 

 

L'aspect inévitablement nataliste d’une politique familiale 

 

L’aspect inévitablement nataliste d’une politique familiale n’a pas à être caricaturé, comme s’il exprimait nécessairement la volonté de puissance d’un militarisme avide de chair à canon, ou je ne sais quoi d’odieux. Il peut aussi être dans la ligne de la justice et de la liberté.

Il est conforme à la justice de permettre à une classe d’âge de ne pas se retrouver en nombre trop restreint, ce qui lui imposerait une charge disproportionnée avec ses facultés dans un pays trop vieux. Cela implique d’aider les couples à accueillir une progéniture en nombre globalement suffisant. Toutes les enquêtes montrent que le désir des couples serait d’aller au-delà de ce qu’ils font aujourd’hui. Dans la mesure où elle permet le renouvellement des générations, une politique familiale est un facteur d’équité et de paix entre les générations.

Mais il est vrai qu’il ne suffit pas de dire aux couples : « Ayez donc des enfants ! » Avoir des enfants est un bonheur, encore faut-il pouvoir les élever et n’avoir pas sujet de vivre chaque jour dans l’angoisse du lendemain. Cela veut donc dire : disposer durablement des ressources permettant de nourrir la famille. Et donc cela veut dire : pouvoir espérer disposer d’un emploi relativement stable et d’une rémunération suffisante sur le long terme. Et par suite cela veut dire : orienter les capitaux vers le maintien et la création des emplois nécessaires à la pérennité de l’action éducative des familles, et vers la préparation de ceux qui seront à créer demain.

 

 

Famille et investissement

 

Une politique de la famille, aujourd’hui, est donc une pure abstraction, si elle n’est pas une politique d’investissement. Sans investissement suffisant, il ne peut y avoir d’emploi et sans perspective d’emploi, il ne peut y avoir de confiance. Sans confiance sur le long terme, il ne peut y avoir ni famille, ni fécondité, ni éducation.

Inversement, la politique de l’emploi n’est qu’une illusion, si elle n’est en partie une politique de la famille. Quand on décide une politique d’investissement, il est évidemment légitime de se demander quels peuvent être les investisseurs les plus pertinents. Mais il faut tenir compte du fait que, aujourd’hui,  le peuple français est globalement demandeur d’investissements rentables en termes de bilan net d’emplois pour ses jeunes et non en termes purement financiers. Ces emplois devront évidemment rendre des services concurrentiels sur les marchés, mais les investisseurs familiaux sont capables de consentir des sacrifices, de montrer une modération et de témoigner d’une patience qu’on attendrait en vain de celui qui ne s’intéresse qu’à faire revenir l’an prochain un quart pour cent en plus sur ses investissements. Les investisseurs les plus pertinents, en matière de création d’emplois des jeunes, ce sont donc les parents de ces jeunes, pris individuellement, ou associés entre eux.

La question de l’identification de l’investisseur le plus pertinent est aujourd’hui de savoir qui est disposé à mettre son épargne dans la préparation de l’emploi des jeunes, et à considérer que le premier profit attendu d’un tel investissement est l’amélioration la situation de l’emploi pour les jeunes. Et sur ce point, il ne saurait y avoir de doute : l’épargne capable de s’employer ainsi, c’est d’abord l’épargne familiale, l’épargne familiale, soit celle des classes pauvres, soit celle des classes riches et chargées de relativement plus d’enfants.

Le rôle de l’Etat est de supprimer des dépenses reconnues improductives, telles que, par exemple, les aides actives à l’emploi, et de les orienter, à travers une politique familiale en capital, vers la constitution, non d’une épargne populaire, mais d’un investissement populaire et familial.

La politique familiale n’est donc plus d’abord une affaire de redistribution, c’est une affaire d’investissement. Et la politique de l’emploi ne peut être une affaire d’agents économiques abstraits, mais d’agents économiques solidaires. De là l’idée d’une politique familiale d’investissement, ou d’une politique d’investissement familial, c'est-à-dire d’une politique familiale en capital.

 

 

Concrètement, le mécanisme d'une politique familiale en capital

 

Concrètement, cela veut dire, par exemple, que l’Etat va attribuer chaque année) chaque famille 5000 F par enfant de moins de 18 ans.

Ces sommes peuvent être affectées à l’une ou l’autre des dépenses suivantes : achat d’une résidence principale, paiement des études des enfants, création d’entreprises. A défaut, elles peuvent être simplement amassées et capitalisées sur un compte d’épargne.

Les familles se trouvent ainsi détentrices d’une créance sur l’Etat. Rien ne les empêche de se rendre dans une banque et de mobiliser cette créance, ce qui met à leur disposition, si elles en ont besoin, un capital qu’elles peuvent employer, par exemple, de manière individuelle ou associative, à la création d’entreprises. Rien n’empêche par la suite ces créances de circuler et de s’échanger comme n’importe quel titre de rente. En règle générale, il faudrait faire en sorte que la nouveauté du concept soit compensée par le caractère relativement classique des moyens techniques, notamment bancaires, mis en œuvre. Compte tenu du faible niveau de risque, ces opérations pourraient se réaliser à bon compte pour les familles et les entrepreneurs et rester profitables pour les banquiers.

De cet argent, et des biens ou capitaux acquis grâce à lui, l’enfant est considéré comme le nu propriétaire. Ils sont donc exonérés de tout droit de succession. Les parents sont solidairement usufruitiers et libres gérants au nom de leurs enfants. Toute décision d’emploi requiert l’accord des deux géniteurs. En cas d’absence de décision commune, ou simplement en cas de non décision de leur part, l’argent est tout simplement gelé au bénéfice de l’enfant, qui en devient plein et entier propriétaire à sa majorité. Mais il est bien entendu tenu d’affecter ces fonds, s’il désire alors les dépenser, à l’un des investissements prévus par la loi.

Puisqu’il s’agit d’un droit de l’enfant, le principe d’égalité requiert que ces droits en capital soient attribués à tous sans condition de ressources.

Ce point pourrait choquer l’esprit égalitaire de la gauche. Ce ne seraient pourtant Que de vaines alarmes.

1°) Dans notre esprit, il faut conserver certaines tendances égalitaires, mais en changer résolument le point d’application, comme nous le dirons plus loin, en parlant du financement.

2°) Le projet s’inspire d’une philosophie sociale tempérant harmonieusement les tendances individualistes et les tendances communautaristes, comme il convient dans un domaine tel que celui de la famille.

3°) Le besoin de création d’emploi rend nécessaire qu’il ne soit pas fait de différence entre les familles.

En effet, nul ne sait où se trouvent les bons projets. Ni les banques, ni les administrations, et encore moins les politiques, ne sont capables de dire qui a vraiment un bon projet. Par définition, les gens d’expérience appelés à évaluer un projet novateur le jugeront à partir du passé et seront donc enclines au scepticisme. Les seuls qui sentent bien les projets sont ceux qui les ont formés. La confiance et le risque sont les seules sources possibles de la prospérité en la matière. Les sécurités ne peuvent que venir en guise de filet de sauvetage, non de structures constitutives. L’aide à la création d’emploi doit donc accepter d’avoir un caractère absolument aléatoire : c’est ainsi qu’elle est la moins coûteuse et la plus efficace. Mais c’est également ainsi qu’elle est la plus frustrante pour tous les détenteurs potentiels de clientèles sous influences, amateurs de pouvoir discrétionnaire et de trafics à la clé.

Les besoins de financement, si le système tournait à plein régime, seraient de 68 milliards, correspondant à une dotation de 5000 F par an et par enfant avec 13,6 millions d’enfants de moins de 18 ans. L’« arrosage » d’une seule classe d’âge coûterait autour de 3,7 MF. La montée en puissance du système devrait être réglée de la manière la plus efficace et la plus juste.

Le financement, dans la version de la proposition présentée par les députés, serait assuré pour moitié par le redéploiement des aides actives à l’emploi[1]. L’autre moitié serait à financer par une augmentation de la CSG.

Dans une seconde version, plus libérale, il s’agirait de redéployer certaines aides au logement, à l’éducation, au lieu de recourir à la CSG.

Je n’ai personnellement aucune opinion sur la question de savoir laquelle de ces deux solutions serait la meilleure. J’incline plutôt vers une troisième. A mon sens, les moyens de financement doivent être en cohérence avec les fins poursuivies. Or, l’instauration d’une politique familiale en capital, vise à la déprolétarisation des classes populaires, a) en leur attribuant un capital et b) en leur permettant de préserver collectivement leur outil de travail contre le désinvestissement dont elles sont les victimes. Par conséquent, le meilleur financement serait sans doute l’instauration d’un impôt frappant le capital – non pas n’importe quel capital, mais le capital non solidaire. On devrait aussi détaxer parallèlement le revenu du capital solidaire. C’est ainsi que la fiscalité pourrait devenir subtile.

 

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[1] Rappel : ces aides actives représentaient, en 1994, 48% d’un total de 285GF pour toutes les aides (actives et passives) à l’emploi, soit un total de l’ordre de 140 GF.

   

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