Henri Hude

Syrie 2012 - Russie 1812

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Mise à jour le Mardi, 04 Septembre 2012 14:27 Écrit par Henri Hude

 

Voici une réflexion philosophique sur l'histoire présente, parue dans le mensuel catholique La Nef. On y considère à la fois l'évolution des États-Unis, leur politique étrangère, notamment au Proche-Orient, et leur attitude à l'égard des partis islamistes.

Ceci, sous la forme d’une « Lettre ouverte à Napoléon Bonaparte » (n°240, septembre 2012, p.18). 

 

 

 

                                                           

                                                          La retraite de Moscou par Adolph Northern (XIXème siècle)

Sire,

Vous sortez du Purgatoire où vous étiez à jeun de toute politique internationale. Vous avez droit aux nouvelles, à moi de vous les donner.

L’espace est court, je serai bref.

Ce que je vous dirai n’est que la politique des hommes. Ici-bas, on connaît mal la politique du diable, et les points de tangence entre l’une et l’autre. Et Dieu seul sait la pensée de Dieu.

 

 

 Pour centre de perspective, Washington.

 

 

La situation des États-Unis évoque la vôtre, en 1812. C’est au moment où votre puissance avait culminé, que vous glissiez dans la démesure. Talleyrand retiré, les amis de la France tristes, vos fantoches à vos bottes. L’expiation commença, à la fin de l’année. « Pour la première fois, l’aigle baissait la tête. »

Certains disent que l’empire libéral des États-Unis est fini. Ce n’est pas vrai. Ils ont de très beaux restes et ne rabattent rien de leurs ambitions. Ce grand pays a dû sa fortune à sa sagesse politique et au suicide de l’Europe.

 

 

Que fut par le passé la sagesse de la grande République américaine ?

 

 

Pas de démocratie idéologique ; un régime mixte, une république aristocratique, qui est une classe entrepreneuriale ouverte, assumant l’intérêt national, donnant large part au peuple, via le développement industriel ; les traditions classiques de l’Europe ; une vaste classe moyenne ; un compromis entre la religion chrétienne et la grande philosophie des Lumières.

Tout cela s’érode.

Ils adoptent la social-démocratie au moment où elle fait faillite en Europe.

Plus d’aristocratie d’industriels, mais une oligarchie de financiers.

Bonne pour un peuple sensé, leur Constitution divise des idéologues.

Ils appellent Démocratie l’application d’une idéologie, qui est le communisme à l’envers, folie du tout privé remplaçant celle du tout public.

Les effets de tout cela ? Attristants.

 

 

Quelle est la folie de l'oligarchie impériale, aux États-Unis contemporains ?

 

 

Le militarisme ? À son comble.

La guerre, perpétuelle.

Pourraient-ils vivre sans ? Sire, vous ne le pouviez plus. Eux, pas davantage.

Ce n'est pas tout. 

Deux logiques s’opposent : celle de l’empire et celle de la République. À l’horizon, une dictature de l’exécutif ? La sécurité nationale justifie tout.

Comme vous, Sire, ils aspirent à l’empire par impuissance à se croire en sécurité dans un jeu d’équilibre et sans pouvoir absolu.

Le monde entier n’aspire-t-il qu’aux bienfaits du libéralisme ultra-individualiste ? Il faudrait que ce système lui propose des perspectives attractives. Or, il a mis l’Europe à genoux, les pays arabes sens dessus dessous. Il a fonctionné, aux USA, en raison de leur singularité historique. Il y fonctionne moins bien. En exportant une formule, qui met la pagaille partout ailleurs que chez eux, ils ont inventé l’art de dominer tout le monde sans avoir l’air d’y toucher. Après avoir détruit le nazisme et le communisme, ils sont en train de devenir, sur le mode libéral, ce que la France fut un temps, Sire, à cause de vous : la puissance idéologique et militariste visant à l’empire universel.

L’ONU ? Leur faux nez, ou une impuissance.

L’OTAN? Leur outil docile.

L’UE, un castrat, une confédération du Rhin.

Ils ne savent plus ce que signifie le mot « égalité » entre des nations. La démesure prépare leur perte, Sire, comme elle a brisé votre empire.

 

                                                        

 

 

C’est le dessein arrêté des États-Unis de mettre au pouvoir les Frères musulmans, sauf dans les monarchies pétrolières

 

 

Les gens trop honnêtes ont du mal à comprendre que le pétrole n’a pas d’odeur, et le pouvoir pas de religion.

Richelieu abaissait les Protestants de France et s’alliait à ceux d’Allemagne, en lutte contre les Habsbourg. Le Roi Très-Chrétien, François 1er, et nombre de ses successeurs, utilisaient l'Empire Turc comme une alliance de revers contre le Saint-Empire germanique.

Les États-Unis tiennent les monarchies pétrolières, qui tomberaient sans eux. Par elles, ils tiennent (ou croient tenir) les partis islamistes, qu’ils ont infiltrés depuis longtemps et que les pétroliers financent. Les services secrets britanniques, puis américains, ont toujours fait monter les Frères musulmans, contrepoids aux nationalistes arabes laïques. Face à un barbu, on ne sait donc jamais si c’est un pieux musulman, ou un agent de la CIA.

 

 

Grand Dessein ou machiavélisme de sous-préfecture ? 

 

Un grand État, dans des démocraties novices, peut tirer les ficelles.

Les islamistes aussi sont corruptibles.

Leurs gouvernements savent qu’ils vivent grâce aux investissements, et à la manne des pétroliers.

Venus au pouvoir, ils ont le choix :

Option 1 : gérer cahin-caha une démocratie « normale » de seconde zone – en somme, devenir des démocrates-chrétiens musulmans. En deux générations, le démocrate mangera le musulman.

Option 2 : ils se rebiffent. En ce cas : diabolisation, subversion, révolution, intervention, démocratisation, anarchie, domination – retour au cas précédent.

Pour désislamiser les pays musulmans (semble penser l'Oncle Sam), rien de mieux que des partis islamistes modérés.

Cela dit, trop désislamiser point ne faut. Il faut à l’idéologie libérale un religieux repoussoir. L’inquisiteur date trop, le barbu est incontournable.

Le monde arabe ne doit pas non plus devenir trop fort et l’empire libéral n’a pas intérêt à éradiquer une religion à ses yeux opportunément rétrograde.

On serait plus tranquille encore si des raisons humanitaires allumaient une guerre entre sunnites et chiites.

Tout ça est un bon jeu. Il permet de voir venir.

Si ça marche.

Cela marchera-t-il ? C'est à voir, ou c'est tout vu

Et nous, que faire, s'ils se "plantent" ? Dans tous les cas, préparer l'avenir, parce qu'il y aura du sport. 

N.B. : Une contribution personnelle à cette préparation : 

 

                                                 

                     Préparer l'avenir. Nouvelle philosophie du décideur,  Economica, 2012, 144 pages.

 

 

Car il y a toujours une avenir. 

 

                         

                                                              Le congrès de Vienne (1814-1815)

 

 

 

Préparer l'avenir. Réflexions sur l'Europe

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Mise à jour le Vendredi, 31 Août 2012 17:48 Écrit par Henri Hude

 Voici non pas un article, mais une vidéo publiée sur le site Liberté politique sur le sujet de l’Europe. L’idée directrice est que l’Europe telle que nous la connaissons est moribonde et que nous avons cependant besoin d’une formule de remplacement. Réflexions sur ce que doit être une telle formule et pourquoi.

                                                    

Couverture de Préparer l'Avenir. Nouvelle philosophie du décideur, Economica, 2012.

 

Pour d'autres vidéos, voir sur Viméo ou :

http://www.libertepolitique.com/L-information/Liberte-politique-TV/Preparer-l-avenir-8-10-Former-les-chefs-de-demain-retrouver-les-fondements

 

http://www.libertepolitique.com/L-information/Liberte-politique-TV/Preparer-l-avenir-1-10-Face-a-la-desillusion-du-politique-le-decideur-la-justice-et-la-confiance

 

http://www.libertepolitique.com/L-information/Liberte-politique-TV/Preparer-l-avenir-2-10-l-individualisme-radical-comme-ideologie-actuelle

 

http://www.libertepolitique.com/L-information/Liberte-politique-TV/Preparer-l-avenir-3-10-Les-principes-du-decideur

 

http://www.henrihude.fr/mes-reflexions/49-philosophieetspiritualie/247-quest-ce-que-la-justice- (article sans vidéo)

 

http://www.libertepolitique.com/L-information/Liberte-politique-TV/Preparer-l-avenir-5-10-Des-fondements-du-capitalisme-postmoderne-et-de-ses-consequences-societales

 

http://www.libertepolitique.com/L-information/Liberte-politique-TV/Preparer-l-avenir-6-10-Quelle-politique-pour-sortir-de-la-crise

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

Une politique familiale en capital (5) Faute d'innovation, nous aurons la Révolution

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Mise à jour le Samedi, 25 Août 2012 08:53 Écrit par Henri Hude

Avec la crise, la social-démocratie est une formule moribonde. Pour éviter la révolution, il faut repenser de fond en comble la solidarité. Ce renouveau de la solidarité passe par la famille. De là l'idée d'une nouvelle politique familiale en capital (PFC).

Comme les questions familiales vont être d'actualité à la rentrée, je republie ci-dessous, découpé en plusieurs livraisons, un article que j'avais publié, à la demande du Pr. Dupeyroux, dans la célèbre revue Droit social, n°5, en Mai 1997, pp.443-450.

Je ne l'ai pas réécrit. J'ai parfois ajouté ici et là une phrase. Il me semble plus actuel qu'il ne l'était lorsqu'il a été publié.

Ceci est la cinquième fragment. CLIQUER ICI POUR RETOURNER AU TOUT DÉBUT DE L'ARTICLE

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Remettre en cause la doctrine standard sur la politique familiale

 

Le concept de politique familiale actuellement en vigueur repose sur les deux conceptions suivantes.

Distinction entre politique sociale et politique familiale au sein d’une même conception redistributive. La politique sociale viserait à une certaine redistribution entre riches et pauvres. La politique familiale viserait, elle, à une certaine redistribution entre ménages plus chargés d’enfants et ménages moins chargés. De là par exemple le principe de l’attribution universelle, sans conception de ressources, de tout ce qui relève précisément de la politique familiale.

L’enfant a un coût, de sorte que ceux qui éduquent des enfants se trouvent financièrement pénalisés par rapport à ceux qui n’en éduquent pas. Ce coût de l’enfant peut et doit être calculé. L’objet de la politique familiale serait de verser des prestations ayant pour effet de compenser le coût de l’enfant. Telle est, par exemple, en France, la doctrine officielle de l’UNAF.

 

Cette doctrine devenue traditionnelle comporte sans aucun doute des éléments qui en font une approximation supportable d’une théorie adéquate. Malheureusement, elle ne peut plus fonctionner convenablement dans les circonstances présentes. Je voudrais montrer pourquoi une telle théorie tourne à vide et devient une abstraction sans rapport organique suffisant avec le système des évolutions économiques et des rapports de forces politiques.

 

 

Besoin d’innovations conceptuelles pour redonner des marges de manœuvre au Gouvernement                                                   

 

On peut d’abord se placer dans l’optique du Gouvernement. Celui-ci a d’abord en vue le besoin d’organisation européenne. On ne peut pas le lui reprocher. Il entend donc respecter les obligations résultant pour lui du Traité de Maastricht en matière de dépenses publiques. Il exclut donc notamment tout accroissement des prestations familiales. Par ailleurs, le haut niveau de chômage alourdit les charges de la branche famille, en augmentant le nombre des ayant-droit à toutes sortes de prestations liées à des situations de pauvreté. Sauf réforme conceptuelle permettant de dégager de nouvelles marges de manœuvre, le Gouvernement n’a rien d’autre à faire que de savoir s’il accepte ou non de transformer davantage la politique familiale en politique sociale.

Soumis à ces exigences diplomatiques, et pour des raisons électorales qui ne sont pas forcément méprisables, il semble avoir d’ores et déjà opté pour le statu quo. Le rapport général de la conférence exprime assez bien ces préoccupations et ces choix. Si on veut les critiquer, il faut remonter au principe et remettre en cause ou bien certaines clauses du Traité de Maastricht, ou bien plutôt certains principes de politique économique qui y sont incorporés, et qui tendent à faire de l’idée européenne une idée oligarchique, malthusienne et anti-sociale. La bonne question serait alors : l’idée d’une politique familiale est-elle cohérente avec le caractère malthusien de la théorie classique du crédit et de la monnaie ?

Plutôt que de critiquer encore et toujours le manque d’imagination d’un  Gouvernement qui doit résoudre la quadrature du cercle, mieux vaut essayer de lui fournir des concepts originaux qui lui permettraient, peut-être, de mener des politiques plus innovantes. De ce côté, l’obstacle épistémologique se trouve notamment du côté des doctrines qui considèrent trop restrictivement la politique familiale comme un des segments de la redistribution social-démocrate. Mais il ne se trouve pas que là.

 

 

La mondialisation et l’Europe contre le peuple et la famille

 

La vérité est que la mondialisation économique, telle qu’elle fonctionne, impose aux nations enrichies qui veulent rester compétitives l’obligation de baisser régulièrement et sur un grand nombre d’années le prix global du travail. Cela les contraint au démantèlement progressif des politiques sociales qui constituaient la vie même de l’Etat-Providence. A cette condition, et seulement à cette condition, le produit national pourra continuer à croître. Encore faut-il ajouter que dans un monde où un capitaliste peut déplacer à sa guise ses capitaux et sa résidence, l’Etat n’a plus la même possibilité de ponctionner, en vue d’une redistribution aux pauvres, un montant croissant de revenus du capital.

Ainsi, dès lors que les ressources de l’Etat se trouvent ainsi plafonnées, et faute d’innovations conceptuelles rouvrant le champ des possibles, les deux formes de redistribution entrent nécessairement en concurrence et les besoins de la politique familiale en conflit avec ceux de la politique sociale. Il y a des motifs également honorables pour opter dans un sens ou dans l’autre. Devant la liberté laissée par les principes, les hommes politiques choisirons chacun en fonction de l’idée qu’ils se font de leurs intérêts électoraux. Il reste que la défense de la famille, au lieu d’être en accord avec l’aide aux pauvres, se trouve désormais en concurrence avec elle. Mais comme ces pauvres ont souvient, eux aussi, une famille, le risque est grand que la politique à proprement parler familiale devienne, ou en tout cas passe pour, une politique pour les familles riches.

 

 

La déflation ultralibérale et l’autogénocide en douceur 

 

Il est clair que, dans cette configuration, le principe familial se trouvera rejeté du côté de l’accroissement des inégalités sociales et que cela ne peut que contribuer au renforcement des préjugés défavorables dont il est souvent l’objet de la part de la gauche.

Ainsi localisé, le principe familialiste restera de toute manière limité et marginal. En effet, en tant que redistribution étatisée, la politique familiale est critiquable, elle aussi, aux yeux d’un libéralisme radicalisé dont l’utilitarisme individualiste et l’égoïsme féroce ne se gênent plus en rien pour traiter les personnes selon la logique régissant l’utilisation des choses. Pour le dire crûment, les Français (et le Allemands, les Italiens, etc.) fabriquent désormais trop cher leurs enfants. Il n’y a pas de raison pour subventionner ainsi une production locale non concurrentielle alors qu’on pourrait délocaliser la reproduction et avoir recours à l’importation. Avoir des enfants, devenant ainsi un luxe, doit être réservé aux riches qui en ont envie et sont en mesure de se le payer. Pourquoi donc conserver une politique familiale au sein d’une politique globalement libérale ? Parce que les libéraux ne peuvent demeurer au pouvoir sans l’appoint d’une minorité de conservateurs, attachés au principe familial.

 

 

Quand les conservateurs ne conservent plus rien

 

Ces derniers, en défendant le statu quo ont peut-être raison de croire qu’ils font le maximum pour sauver ce qui peut l’être. Ils redoutent, non sans quelques raisons, en cas de domination de la gauche, un dogmatisme idéologique antimatrimonial ou antifamilial. Mais, d’un autre côté, en se positionnant ainsi, ils cautionnent un ordre libéral dans lequel il n’y a guère de place pour les enfants des familles pauvres des pays riches (pour ne pas parler ici des familles pauvres des pays pauvres).

La droite conservatrice a en général tendance à traiter la question de la famille déductivement, comme si elle était d’abord un idéal moral ou spirituel exigeant surtout une reconnaissance publique, un discours respectueux, des honneurs officiels et non pas aussi un humble budget requérant que soient mises en place les conditions macro-économiques de son équilibre à long terme. L’amour est une belle chose, mais comme le proverbe dit à raison, « quand la misère entre par la porte, l’amour s’en va par la fenêtre ». Affirmer une haute morale conjugale et familiale ne suffit donc pas. La famille n’est évidemment pas une société qui puisse se suffire à elle-même. Elle a donc besoin de l’aide de la communauté politique et de l’Etat. C’est pourquoi adhérer à une conception exigeante de la morale familiale doit normalement conduire à exiger la mise en place d’une politique familiale.

Mais encore faut-il que cette politique familiale soit autre chose qu’une redistribution familialiste à valeur constante, qui serait désormais prise, faute de croissance et compte tenu de l’accroissement des nouvelles pauvretés, sur une redistribution sociale décroissante, au détriment des misérables. Ceci resterait vrai, même si les familiaux étaient fondés, comme c’est sans doute le cas, à soutenir que la tendance a été depuis longtemps inverse, et que la politique sociale a plutôt conduit à un dépouillement de la politique familiale. Ils devraient en effet comprendre que la cause de la politique familiale n’est pas efficacement défendable dans le cadre de principes simplement redistributionnistes et en l’absence d’une croissance économique qui pourrait se traduire par une augmentation des facultés redistributives de l’Etat.

En s’accrochant à cette conception en ces temps d’exclusion sociale croissante, les familiaux rendraient de plus en plus plausible la caricature de leurs adversaires, présentant la politique familiale sans condition de ressources comme l’allocation de sucreries à des familles nanties, ne laissant point d’apporter d’ailleurs un appoint décisif à un pouvoir libéral organisant la stérilisation des pauvres (à commencer par la stérilisation des pauvres des pays riches). Il y aurait là un phénomène de double vie qui, sur le long terme, produirait le malaise, puis le dégoût. C’est pourquoi la cause de la politique familiale, pourtant requise pour le bien public, comme nous le dirons, n’est pas défendable sans approfondissement et réforme de nos principes de philosophie politique et d’économie sociale.

 

 

Et quand les progressistes se font les agents de la régression sociale  

 

Pour être juste, une telle critique doit bien sûr être complétée par celle qui suit, symétrique. Car, exactement de la même manière, on aura à gauche tendance à ne pas traiter assez la question de la famille de manière inductive, en tenant compte de l’apport irremplaçable de la famille à la construction de la solidarité sociale globale, mais au contraire d’une manière trop déductive, à partir de principes moraux exprimant une conception réactive et trop anti-communautaire de la liberté individuelle. La justice sociale, aujourd’hui, passe par la famille. (...)

 

 

Petite philosophie de l'histoire de la solidarité

 

Nous avons d’abord eu, aux époques traditionnelles, une solidarité familiale : en termes hégéliens, ce serait la thèse ;

puis, après divers aléas, nous avons mis en place une solidarité étatique, sous la forme de l’Etat-Providence, c’est l’antithèse hégélienne ;

il faut désormais une synthèse, qui soit la solidarité sociale considérant la famille comme son lieu d'application privilégié, et usant de la solidarité familiale comme de son premier moyen de réalisation, conformément au principe de subsidiarité.

Encore faudrait-il qu'on arrête de la démolir.   CLIQUER ICI POUR RETOURNER AU TOUT DÉBUT DE L'ARTICLE

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Une politique familiale en capital (4) Quels effets en peuvent être escomptés

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Mise à jour le Samedi, 25 Août 2012 08:30 Écrit par Henri Hude

Rappelons que l'"éco" renfermé dans "économie" vient d'oikos ou oikia, qui signifient, en grec ancien, la maison et la famille. 

Avec la crise, la social-démocratie est une formule moribonde. Pour éviter la révolution, il faut repenser de fond en comble la solidarité. Ce renouveau de la solidarité passe par la famille. De là l'idée d'une nouvelle politique familiale en capital.

Comme les questions familiales vont être d'actualité à la rentrée, je republie ci-dessous, découpé en plusieurs livraisons, un article que j'avais publié, à la demande du Pr. Dupeyroux, dans la célèbre revue Droit social, n°5, en Mai 1997, pp.443-450.

Je ne l'ai pas réécrit. J'ai parfois ajouté ici et là une phrase. Il me semble plus actuel qu'il ne l'était lorsqu'il a été publié.

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QUESTION /  QUELS SONT LES PRINCIPAUX EFFETS QUE NOUS POUVONS ESCOMPTER DE LA POLITIQUE FAMILIALE EN CAPITAL PRÉCÉDEMMENT EXPOSÉE ?

 

 

La reprise en compte la longue durée, c'est le rétablissement de la famille au centre de l'économie

 

Une telle mesure réintroduit massivement la considération de la durée, et même de la longue durée, ouvre un horizon et permet le rétablissement d’un climat de confiance, grâce notamment à une nouvelle participation de la très grande majorité de la population, qui devient sujet de ces politiques et non plus objet, dans un contexte social innovant. Il s’agit donc d’une mesure lisible, à la fois concrète, mais fortement symbolique et d’une attractivité électorale certaine.

 

 

Création d'emplois et politique familiale en capital 

 

Création d’emplois et autres effets secondaires bénéfiques, d’abord sur l’équilibre des comptes sociaux de la nation. Nous en avons déjà parlé plus haut. Les créateurs potentiels d »entreprises n’ont pas besoin de beaucoup de capitaux, mais il leur en faut tout de même une petite quantité, pour amorcer leur activité. Avec la politique familiale en capital, n’importe quelle personnalité innovante pourra disposer de la légère mais suffisante amorce sans laquelle rien n’est possible.

Le fait que la personne innovante soit chargée d’enfants et que le conjoint doive être d’accord, semble devoir permettre de limiter les abus et prodigalités qui seraient autrement possibles. Mais en même temps, cette politique familiale en capital attribue aux familles un capital secondaire, ou un capital second. Elle permet donc aux personnes potentiellement innovantes de risquer, sans être retenues par des scrupules de conscience, au moment de la fondation. Beaucoup ne pourraient, en conscience, risquer le capital premier de la famille et des enfants. Mais compte tenu des sérieuses chances de gain, dans un projet auquel elles croient, elles auraient au contraire scrupule de ne pas engager le capital second dans la création projetée.

Il faut aussi noter que les célibataires sans enfants ne seraient pas exclus, pourvu qu’ils puissent convaincre des couples avec enfants, de se lancer avec eux dans l’aventure. Sans doute faut-il aussi prévoir des garde-fous à l’escroquerie des gens simples. Afin de protéger les faibles, il a été envisagé, dans des conversations informelles avec des hauts responsables de la Caisse Nationale d’Allocations Familiales, que celle-ci puisse gérer les comptes des familles hors d’état de le faire elles-mêmes. Mais il faudrait aussi laisser les coudées franches à tous ceux qui sont capables de se débrouiller seuls, et garder présent à l’esprit le fait paradoxal (dont nous n’avons pas assez conscience) qu’une agrégation de comportements individuels risqués peut au contraire produire une très  haute sécurité collective.

 

 

Déprolétariser le peuple, c'est à dire les familles 

 

Voici les autres effets probables :

- Déprolétarisation des familles, y compris et surtout des familles modestes, et amélioration de l’harmonie sociale.

- Effet d’incitation fort à la natalité avec les conséquences lointaines sur la pérennité de tout le système de solidarité sociale.

- Relance de la consommation, l’épargne des ménages étant libérée en partie au profit de la consommation, et la sécurité de la ressource future pouvant gager des emprunts qui autrement ne seraient pas accordés. Accroissement de crédit possible, à l’investissement et à la consommation.

- Véritable promotion de la participation. Si les parents ont simplement épargné les sommes, le jeune peut aller voir le capitaliste employeur et lui proposer de devenir non seulement son salarié, mais son associé, affectant tout ou partie de son pécule à une participation à la constitution du capital nécessaire à son emploi.

Mais tous ces heureux effets ne pourraient sans doute être atteints si nous ne remettions pas en cause les vieux principes. CLIQUER ICI POUR ALLER AU FRAGMENT SUIVANT 

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Une politique familiale en capital (3). Capitalisme/solidarité

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Mise à jour le Samedi, 25 Août 2012 08:29 Écrit par Henri Hude

Avec la crise, la social-démocratie est une formule moribonde. Pour éviter la révolution, il faut repenser de fond en comble la solidarité. Ce renouveau de la solidarité passe par la famille. De là l'idée d'une nouvelle politique familiale en capital (PFC)

Comme les questions familiales vont être d'actualité à la rentrée, je republie ci-dessous, découpé en plusieurs livraisons, un article que j'avais publié, à la demande du Pr. Dupeyroux, dans la célèbre revue Droit social, n°5, en Mai 1997, pp.443-450.

Je ne l'ai pas réécrit. J'ai parfois ajouté ici et là une phrase. Il me semble plus actuel qu'il ne l'était lorsqu'il a été publié.

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 Le capitalisme social et la solidarité de l'investissement

 

Il n’est pas toujours facile d’identifier le capital non solidaire. A cela, je réponds qu’il est urgent de faire procéder à des études sur le sujet.

Une certaine richesse n’est que la détention d’un certain pouvoir d’investissement. Ce ne sont pas la richesse ou la propriété en elles-mêmes qui peuvent être immorales, c’est seulement le caractère non solidaire de l’investissement. De la sorte, ce qu’il faudrait taxer, ce n’est pas n’importe quel capital, mais le capital non solidaire et son revenu ; le capital solidaire étant celui où l’accumulation de la plus-value du capital se fait aussi pour une juste part au bénéfice de ceux dont le travail a contribué à l’accumuler ; en leur bénéfice, c'est-à-dire d’une manière qui tienne compte de leur besoin absolu de conserver globalement un emploi.  

Plutôt que de fomenter la jalousie entre riches et pauvres (et, en fait, entre les prolétaires et les classes moyennes, car les riches ont émigré fiscalement depuis longtemps), mieux vaut donc encourager la solidarité de l’investissement, qui est, en somme, une autre manière de redistribuer, non sous forme d’aumônes, mais sous forme d’emplois. Quand il en est ainsi, les pauvres peuvent avoir le sentiment que l’inégalité est supportable, car ce qui est approprié pour les riches sert tout de même aussi à leur bénéfice effectif. C’est ainsi que la gauche devrait renouveler sa pensée, évoluer résolument de l’égalitarisme équitable et de l’égalitarisme conflictuel à l’égalitarisme coopératif. Tant s’en faut qu’elle ait déjà réalisé une telle révolution culturelle. Plutôt s’est-elle contentée de juxtaposer des pratiques antisociales à un fond rémanent de tics et de réflexes hérités de l’âge idéologique.

Sans solidarité de l’investissement, le droit de propriété ne s’accompagne d’aucun devoir susceptible de le limiter et de le distinguer d’un égoïsme abusif. Le salarié a le sentiment justifié de travailler à produire un accroissement de capital qui sera employé à lui ôter et son salaire, et son travail.

 

 

Le peuple ou le caviar

 

C’est ainsi que le capitalisme devient odieux et que la gauche, n’ayant plus de projet économique, ne représente plus les classes laborieuses et laisse le champ libre à la montée du fascisme.

Je sais bien que la solidarité, aujourd’hui, ne peut pas être seulement nationale, mais doit être aussi internationale. De ce point de vue, les investissements hors de nos frontières peuvent aussi constituer une sorte de solidarité internationale, plus importante, dans l’absolu, que la solidarité nationale. Toutefois, en l’absence d’Etat social et de redistribution mondiale, la redistribution passe forcément par la conservation des solidarités territoriales existantes dans le cadre des nations. Quand on sous-estime l’institution nationale ou qu’on la réduit à l’impuissance, on ôte à la solidarité concrète le moyen de sa réalisation. On provoque alors, en réaction, une association d’idées et de sentiments entre le principe national et le principe de solidarité[1].

La gauche a aujourd’hui concrètement le choix entre le peuple et le caviar. Le peuple, ce sont concrètement les familles populaires et une politique familiale rénovée de fond en comble. Le caviar, c’est de sacrifier l’emploi des jeunes à la satisfaction des vieilles hargnes idéologiques anti-familiales. C'est de voiler une politique antisociale par un exhibitionnisme transgressif. A défaut, la droite pourrait se redécouvrir une vocation sociale. Il serait toutefois important, pour l’avenir des institutions démocratiques, que la gauche acquière une vraie culture familiale, et découvre dans une nouvelle politique de la famille la première de possibilité d’une politique sociale viable qui soit aussi une politique de l’emploi[2].

Une telle attribution de capital ne serait en rien absurde économiquement, si la famille est considérée dans son analogie avec une petite entreprise productive. Les familles apportent en effet une contribution insubstituable à la reproduction et à la formation du capital humain, qui est la première condition de toute activité productive. De ce point de vue, elles ne sont pas seulement à considérer comme des entités consommatrices, mais aussi comme des entités productrices et même comme le véritable secteur primaire concret de l’économie, quand on a une conception complète, concrète et humaine, du capital[3]. Faute de politique familiale en revenu et en capital, il y aurait exploitation, et étranglement de ce secteur primaire, au plus grand détriment de toute la société. En l’absence d’un marché de type nouveau qui assurerait plus automatiquement la rémunération de la fonction familiale[4], la politique familiale étatique fonctionne comme une subvention indispensable et une recapitalisation nécessaire à des secteurs dominés et aujourd’hui incapables de se rémunérer à juste prix sur le marché.

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[1] Cf. E. KANT, Vers la paix perpétuelle, art.2. Cela requiert dans la pratique une réflexion innovante sur un libre-échange à visage humain, comme moyen nécessaire d’une solidarité internationale, usant, pour sa réalisation, des solidarités nationales comme d’un moyen nécessaire, selon le principe de la subsidiarité. J’ai essayé, selon mes faibles moyens, d’y contribuer dans Henri HUDE, Marché et solidarité. Philosophie de la prospérité, Economica, 1994.

[2] Il n’est peut-être pas inutile de rappeler au grand public français l’œuvre considérable d’un sociologue italien, professeur à l’Université de Bologne, Pierpaolo DONATI, dont la réflexion a par ailleurs une portée philosophique. Sur la contribution des associations et des familles au renouvellement de la société et du tissu social, voir, par exemple, Le associazioni familiari in Italia. Cultura, organizzazione e funzioni sociali, a cura di Pierpaolo DONATI e Giovanna ROSSI, Francoangeli, Milano, 1995. La seconde partie est une étude empirique de la situation italienne, mais la première partie est une prospective ayant valeur universelle.

[3] Cette expression de « capital humain » serait atroce, si elle était entendue dans un sens déshumanisant, comme s’il s’agissait de matérialiser l’humain, mettant les hommes sur le même plan que les liquidités, les immeubles ou les machines. Mais, en sens inverse, elle peut au contraire contribuer à élever ces réalités matérielles dans la sphère de l’humain, contribuant ainsi, en somme, à humaniser le capital.

[4] Par exemple, si les associations de familles voulaient transformer en pouvoir d’assurance vieillesse leur potentiel de promesse de travail futur.

   

Une politique familiale en capital (2). Quel en est le principe ? Quelles grandes modalités ?

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Mise à jour le Samedi, 25 Août 2012 08:04 Écrit par Henri Hude

La social-démocratie est moribonde. Il faut repenser la solidarité. Le renouveau de la solidarité passe par la famille. De là l'idée d'une nouvelle politique familiale en capital (PFC).

Comme les questions familiales vont être d'actualité à la rentrée, je republie ci-dessous, découpé en plusieurs livraisons, un article que j'avais publié, à la demande du Pr. Dupeyroux, dans la célèbre revue Droit social, n°5, en Mai 1997, pp.443-450.

Je ne l'ai pas réécrit. Il me semble plus actuel qu'il ne l'était lorsqu'il a été publié.

Ceci est la second fragment. CLIQUER ICI POUR RETOURNER AU TOUT DÉBUT DE L'ARTICLE

 

 

Le principe d'une politique familiale en capital

 

Le principe d’une politique familiale en capital se trouve dans le sentiment de responsabilité à l’égard de nos enfants et des jeunes en général. Cette responsabilité comporte des devoirs. Ces devoirs ne vont pas sans reconnaissance effective des droits des enfants. La naissance d’un enfant le rend, pour ainsi dire, titulaire d’une créance sur la communauté qui l’accueille.

Celle-ci – c'est-à-dire nous – doit former la résolution – s’il s’agit d’une société juste – de lui préparer une place dans la société, c'est-à-dire une place au travail. De bonne foi, pouvons-nous dire que nous faisons aujourd’hui le nécessaire à cette fin ? Nous serions au contraire tenus de nous engager tous solidairement à faire dès maintenant tout notre possible, pour que cet enfant puisse avoir, plus tard, quand il en aura l’âge, une place dans la société, c'est-à-dire un travail : un travail dans lequel il pourra s’épanouir en ayant l’impression fondée de servir à quelque chose et de rendre service aux autres. Nous devons aussi faire le nécessaire, autant qu’il est en nous, pour que les parents de ces jeunes puissent avoir les moyens de remplir leur mission et n’en soient pas empêchés par des conditions trop défavorables qui seraient de notre fait.

Cette responsabilité à l’égard des jeunes se traduit par un devoir d’investissement : investir pour leur donner la meilleure éducation possible mais, aussi, orienter nos décisions d’investissement d’une manière assez solidaire pour que ces enfants puissent avoir conscience de grandir dans un pays économiquement solidaire avec eux, et non pas dans un pays de rentiers indifférents à leur sort futur. Et pour que ces orientations soient prises, redistribuer, autant que possible, une part du pouvoir d’investissement conformes à l’intérêt de leurs enfants : c'est-à-dire les parents de ces enfants, surtout de ceux qui, n’appartenant pas aux classes aisées, sont le plus forcés de se sentir solidaires de leur pays.

La justice à l’égard des jeunes signifie que nous avons un devoir d’investissement envers eux. Cet investissement doit être global. Investir globalement, c’est renouveler les générations en quantité (aspect démographique), en qualité (aspect formation) et en équipement en capital physique et financier (aspect économique).

 

 

L'aspect inévitablement nataliste d’une politique familiale 

 

L’aspect inévitablement nataliste d’une politique familiale n’a pas à être caricaturé, comme s’il exprimait nécessairement la volonté de puissance d’un militarisme avide de chair à canon, ou je ne sais quoi d’odieux. Il peut aussi être dans la ligne de la justice et de la liberté.

Il est conforme à la justice de permettre à une classe d’âge de ne pas se retrouver en nombre trop restreint, ce qui lui imposerait une charge disproportionnée avec ses facultés dans un pays trop vieux. Cela implique d’aider les couples à accueillir une progéniture en nombre globalement suffisant. Toutes les enquêtes montrent que le désir des couples serait d’aller au-delà de ce qu’ils font aujourd’hui. Dans la mesure où elle permet le renouvellement des générations, une politique familiale est un facteur d’équité et de paix entre les générations.

Mais il est vrai qu’il ne suffit pas de dire aux couples : « Ayez donc des enfants ! » Avoir des enfants est un bonheur, encore faut-il pouvoir les élever et n’avoir pas sujet de vivre chaque jour dans l’angoisse du lendemain. Cela veut donc dire : disposer durablement des ressources permettant de nourrir la famille. Et donc cela veut dire : pouvoir espérer disposer d’un emploi relativement stable et d’une rémunération suffisante sur le long terme. Et par suite cela veut dire : orienter les capitaux vers le maintien et la création des emplois nécessaires à la pérennité de l’action éducative des familles, et vers la préparation de ceux qui seront à créer demain.

 

 

Famille et investissement

 

Une politique de la famille, aujourd’hui, est donc une pure abstraction, si elle n’est pas une politique d’investissement. Sans investissement suffisant, il ne peut y avoir d’emploi et sans perspective d’emploi, il ne peut y avoir de confiance. Sans confiance sur le long terme, il ne peut y avoir ni famille, ni fécondité, ni éducation.

Inversement, la politique de l’emploi n’est qu’une illusion, si elle n’est en partie une politique de la famille. Quand on décide une politique d’investissement, il est évidemment légitime de se demander quels peuvent être les investisseurs les plus pertinents. Mais il faut tenir compte du fait que, aujourd’hui,  le peuple français est globalement demandeur d’investissements rentables en termes de bilan net d’emplois pour ses jeunes et non en termes purement financiers. Ces emplois devront évidemment rendre des services concurrentiels sur les marchés, mais les investisseurs familiaux sont capables de consentir des sacrifices, de montrer une modération et de témoigner d’une patience qu’on attendrait en vain de celui qui ne s’intéresse qu’à faire revenir l’an prochain un quart pour cent en plus sur ses investissements. Les investisseurs les plus pertinents, en matière de création d’emplois des jeunes, ce sont donc les parents de ces jeunes, pris individuellement, ou associés entre eux.

La question de l’identification de l’investisseur le plus pertinent est aujourd’hui de savoir qui est disposé à mettre son épargne dans la préparation de l’emploi des jeunes, et à considérer que le premier profit attendu d’un tel investissement est l’amélioration la situation de l’emploi pour les jeunes. Et sur ce point, il ne saurait y avoir de doute : l’épargne capable de s’employer ainsi, c’est d’abord l’épargne familiale, l’épargne familiale, soit celle des classes pauvres, soit celle des classes riches et chargées de relativement plus d’enfants.

Le rôle de l’Etat est de supprimer des dépenses reconnues improductives, telles que, par exemple, les aides actives à l’emploi, et de les orienter, à travers une politique familiale en capital, vers la constitution, non d’une épargne populaire, mais d’un investissement populaire et familial.

La politique familiale n’est donc plus d’abord une affaire de redistribution, c’est une affaire d’investissement. Et la politique de l’emploi ne peut être une affaire d’agents économiques abstraits, mais d’agents économiques solidaires. De là l’idée d’une politique familiale d’investissement, ou d’une politique d’investissement familial, c'est-à-dire d’une politique familiale en capital.

 

 

Concrètement, le mécanisme d'une politique familiale en capital

 

Concrètement, cela veut dire, par exemple, que l’Etat va attribuer chaque année) chaque famille 5000 F par enfant de moins de 18 ans.

Ces sommes peuvent être affectées à l’une ou l’autre des dépenses suivantes : achat d’une résidence principale, paiement des études des enfants, création d’entreprises. A défaut, elles peuvent être simplement amassées et capitalisées sur un compte d’épargne.

Les familles se trouvent ainsi détentrices d’une créance sur l’Etat. Rien ne les empêche de se rendre dans une banque et de mobiliser cette créance, ce qui met à leur disposition, si elles en ont besoin, un capital qu’elles peuvent employer, par exemple, de manière individuelle ou associative, à la création d’entreprises. Rien n’empêche par la suite ces créances de circuler et de s’échanger comme n’importe quel titre de rente. En règle générale, il faudrait faire en sorte que la nouveauté du concept soit compensée par le caractère relativement classique des moyens techniques, notamment bancaires, mis en œuvre. Compte tenu du faible niveau de risque, ces opérations pourraient se réaliser à bon compte pour les familles et les entrepreneurs et rester profitables pour les banquiers.

De cet argent, et des biens ou capitaux acquis grâce à lui, l’enfant est considéré comme le nu propriétaire. Ils sont donc exonérés de tout droit de succession. Les parents sont solidairement usufruitiers et libres gérants au nom de leurs enfants. Toute décision d’emploi requiert l’accord des deux géniteurs. En cas d’absence de décision commune, ou simplement en cas de non décision de leur part, l’argent est tout simplement gelé au bénéfice de l’enfant, qui en devient plein et entier propriétaire à sa majorité. Mais il est bien entendu tenu d’affecter ces fonds, s’il désire alors les dépenser, à l’un des investissements prévus par la loi.

Puisqu’il s’agit d’un droit de l’enfant, le principe d’égalité requiert que ces droits en capital soient attribués à tous sans condition de ressources.

Ce point pourrait choquer l’esprit égalitaire de la gauche. Ce ne seraient pourtant Que de vaines alarmes.

1°) Dans notre esprit, il faut conserver certaines tendances égalitaires, mais en changer résolument le point d’application, comme nous le dirons plus loin, en parlant du financement.

2°) Le projet s’inspire d’une philosophie sociale tempérant harmonieusement les tendances individualistes et les tendances communautaristes, comme il convient dans un domaine tel que celui de la famille.

3°) Le besoin de création d’emploi rend nécessaire qu’il ne soit pas fait de différence entre les familles.

En effet, nul ne sait où se trouvent les bons projets. Ni les banques, ni les administrations, et encore moins les politiques, ne sont capables de dire qui a vraiment un bon projet. Par définition, les gens d’expérience appelés à évaluer un projet novateur le jugeront à partir du passé et seront donc enclines au scepticisme. Les seuls qui sentent bien les projets sont ceux qui les ont formés. La confiance et le risque sont les seules sources possibles de la prospérité en la matière. Les sécurités ne peuvent que venir en guise de filet de sauvetage, non de structures constitutives. L’aide à la création d’emploi doit donc accepter d’avoir un caractère absolument aléatoire : c’est ainsi qu’elle est la moins coûteuse et la plus efficace. Mais c’est également ainsi qu’elle est la plus frustrante pour tous les détenteurs potentiels de clientèles sous influences, amateurs de pouvoir discrétionnaire et de trafics à la clé.

Les besoins de financement, si le système tournait à plein régime, seraient de 68 milliards, correspondant à une dotation de 5000 F par an et par enfant avec 13,6 millions d’enfants de moins de 18 ans. L’« arrosage » d’une seule classe d’âge coûterait autour de 3,7 MF. La montée en puissance du système devrait être réglée de la manière la plus efficace et la plus juste.

Le financement, dans la version de la proposition présentée par les députés, serait assuré pour moitié par le redéploiement des aides actives à l’emploi[1]. L’autre moitié serait à financer par une augmentation de la CSG.

Dans une seconde version, plus libérale, il s’agirait de redéployer certaines aides au logement, à l’éducation, au lieu de recourir à la CSG.

Je n’ai personnellement aucune opinion sur la question de savoir laquelle de ces deux solutions serait la meilleure. J’incline plutôt vers une troisième. A mon sens, les moyens de financement doivent être en cohérence avec les fins poursuivies. Or, l’instauration d’une politique familiale en capital, vise à la déprolétarisation des classes populaires, a) en leur attribuant un capital et b) en leur permettant de préserver collectivement leur outil de travail contre le désinvestissement dont elles sont les victimes. Par conséquent, le meilleur financement serait sans doute l’instauration d’un impôt frappant le capital – non pas n’importe quel capital, mais le capital non solidaire. On devrait aussi détaxer parallèlement le revenu du capital solidaire. C’est ainsi que la fiscalité pourrait devenir subtile.

 

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[1] Rappel : ces aides actives représentaient, en 1994, 48% d’un total de 285GF pour toutes les aides (actives et passives) à l’emploi, soit un total de l’ordre de 140 GF.

   

Une politique familiale en capital (1). Economie, société et politique familiale

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Mise à jour le Samedi, 25 Août 2012 08:10 Écrit par Henri Hude

La social-démocratie est moribonde. Il faut repenser la solidarité. Le renouveau de la solidarité passe par la famille. De là l'idée d'une nouvelle politique familiale en capital (PFC).

Comme les questions familiales vont être d'actualité à la rentrée, je republie ci-dessous, découpé en plusieurs livraisons, un article que j'avais publié, à la demande du Pr. Dupeyroux, dans la célèbre revue Droit social, n°5, en Mai 1997, pp.443-450.

Je ne l'ai pas réécrit. Il me semble plus actuel qu'il ne l'était lorsqu'il a été publié.

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L'OBJET DE CET ARTICLE

 

L’objet de cet article est d’exposer l’idée de politique familiale en capital. La forme de l’exposé sera plus pratique et politique que doctrinale et académique. Une certaine part y sera donc laissée à l’évocation des expériences, des situations et à la réflexion personnelle. Ce n’est pas une œuvre d’érudition. C’est un effort d’innovation, à partir d’un certain état de doute méthodique. Ceci soit dit pour marquer d’emblée les limites des ambitions de l’auteur, dont l’article peut par ailleurs sembler fort ambitieux dans son objet.

Dans son concept le plus général, une telle politique serait le second des deux piliers d’une politique familiale complète. Le premier pilier, celui que nous connaissons déjà et qu’on peut appeler politique familiale en liquidités, alloue aux parents des aides au jour le jour, les aidant à régler leurs dépenses courantes. Le second, que nous appelons politique familiale en capital, entendrait les aider à réunir les capitaux nécessaires à leurs investissements spécifiques. Ces deux politiques, dont chacun est nécessaire, insuffisante et insubstituable, en feraient ensemble une seule, complète, nécessaire au bien des familles et de toute la société.

On peut estimer que d’une politique familiale complète résulteraient de nombreux effets, plutôt positifs, tant sociaux et macro-économiques, que politiques et culturels.

Je voudrais donc ici,

- après avoir replacé dans son contexte la genèse d’une telle idée (1),

- définir avec plus de précision le concept d’une telle politique familiale en capital (2),

- exposer les principaux effets qui en peuvent être escomptés (3)

- et proposer à partir de là une réflexion ambitieuse proposant une remise en cause et un renouvellement des principes mêmes de la politique familiale (4).

- Cela nous impose de purger le non-dit qui forme l’obstacle épistémologique majeur à la réforme intellectuelle qui conditionne la possibilité d’un renouveau pratique dans ce domaine (5).

 

1. B BREF HISTORIQUE D’UNE IDÉE

Avant cela, commençons par poser le cadre circonstanciel où cette idée s’est fait jour.

Lors de sa campagne électorale de 1995, le président Chirac avait marqué à plusieurs reprises son intérêt pour la famille et la politique de la famille. A la suite de circonstances diverses, le Premier Ministre Alain Juppé  pensa à réformer la politique familiale et souhaita consulter les partie intéressées. Ainsi prit corps l’idée d’une conférence nationale de la famille.

Que le lecteur se rassure. Je ne lui raconterai pas l’histoire de cette conférence. Aussi bien est-il assez philosophe pour savoir à quoi s’en tenir sur ce genre de réunion et sur la destinée des rapports qui en sont issus.

Mais enfin, en très bref, rappelons qu’il y eut d’abord une conférence inaugurale à Matignon en 1996. Puis cinq commissions furent nommées, qui se mirent au travail. Je fus nommé président de la troisième, en charge de la question de la solidarité des générations[1]. C’est à travers l’expérience de ce groupe de travail que s’est progressivement fait jour et précisée dans mon esprit l’idée de politique familiale en capital.

L’idée fut présentée à l’intérieur du groupe de travail, qui en débattit. Le rapport général de la conférence signale succinctement l’existence de cette idée et en préconise une certaine application, timide toutefois, et qui en dévie le concept dans un sens inégalitaire. On peut estimer malgré tout que l’idée est désormais dans le domaine public.

Elle l’est d’autant plus que, parallèlement à la conférence, le Parlement s’est lui aussi saisi de la question de la famille. Non pas la commission des affaires sociales, mais un groupe spontanément formé de cent-vingt cinq députés appartenant à l’actuelle majorité. J’ai été auditionné, comme plusieurs autres, dans le cadre de ce groupe de travail parlementaire. Le groupe a publié à ce sujet un livre blanc. La proposition d’une politique familiale en capital s’y trouve reprise, exposée et recommandée[2].   CLIQUEZ SUR LE LIEN POUR AVOIR LA SUITE.



[1] Une seconde grande réunion, médiatisée, a été tenue à Matignon le 17 mars 1997.

[2] Proposition n° 40 et annexe.

   

Qu'est-ce que la justice ?

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Mise à jour le Samedi, 11 Août 2012 09:39 Écrit par Henri Hude

Je reproduis ici le texte, intitulé « Qu’est-ce que la justice ? », écrit par Antoine Besson, et paru récemment sur le site de Liberté politique.

Une autre vidéo, sur la déformation pathologique du capitalisme, à cause de l’idéologie libérale postmoderne, est récemment apparue sur le même site.

Les vidéos précédentes sont disponibles un peu plus bas, sur ce site, notamment la plus brève et percutante,  directement.

Il n’y a pas de vidéo associée au texte qui suit. Même en été, il faut parfois faire un (petit) effort.

 

Cet été www.libertepolitique.com initie avec Henri Hude une réflexion sur le sens du décideur, ses caractéristiques, ses principes et ses fondamentaux. Avec le philosophe, nous livrons chaque semaine une réflexion qu’inspire son livre, Préparer l’avenir. Nouvelle philosophie du décideur, Economica, 2012, à lire impérativement pour comprendre les enjeux réels de l’idéologie contemporaine et les problèmes qui se posent aujourd’hui à notre société.

Dans ce quatrième épisode, nous nous interrogeons sur la justice au sein de la société. En politique, il existe un lieu commun qui consiste à penser qu’un bon chef est un chef juste. On pense à des figures comme le roi Salomon ou encore Louis IX : des figures de décideurs qui furent réputées pour leur justice. L’homme a donc l’intuition naturelle que le chef doit être juste. Pour autant, lorsqu’il s’agit de définir la justice, les choses deviennent plus complexes. Il semble impossible de donner une définition universelle de la justice en dehors des cas pratiques et singuliers dans lesquels elle s’applique.

 

 

La justice pour éviter « l’esprit de parti »

 

Henri Hude revient donc sur la définition de la justice essentielle à la fois au décideur pour le guider dans son agir mais aussi à la société pour la garantir contre la désunion. « La société libre n’aura un avenir que si elle surmonte les défauts ordinaires des démocraties – en particulier, l’esprit de faction et de parti, écrit-il. L’existence de partis est légitime, mais l’esprit de parti et de faction est une plaie. Il faut garder le sens du bien commun et des intérêts de l’Etat, de la nation et du genre humain. Il faut faire corps pour être juste : se sentir membre d’un corps et respectueux de sa tête. »

Pour éviter l’esprit de parti, « il faut comprendre la structure à trois dimensions de la justice » explique le philosophe. Schématiquement, ces dimensions sont l’autorité, la liberté, et la solidarité – et correspondent à trois institutions de la société libre : l’Etat, les marchés, et les assurances mutuelles.

« Chaque individu (c’est normal) se sent plus spontanément en sympathie avec l’une ou l’autre de ces dimensions et tend à se regrouper avec d’autres selon ces affinités » explique-t-il par ailleurs. On comprend ainsi que chacun garde sa propre perception de ce qui est juste.

Le rôle du politique étant d’ordonner ou d’ajuster ces trois dimensions de la justice selon la réalité de la société à laquelle il est confronté, trois types de partis naissent de cette distinction selon l’importance que l’on souhaite donner à l’une ou à l’autre de ces dimensions de la justice. « On distingue donc – dès la République romaine antique – trois forces politiques (qui peuvent d’ailleurs se regrouper en deux partis) :

- un parti des populaires, plus sensible à la justice distributive, à la solidarité, au partage, etc.

- un parti des chevaliers (les bourgeois romains), libéral, plus sensible à la liberté individuelle, à la justice commutative et à la liberté du marché,

- un parti des conservateurs et patriciens, plus sensible à l’autorité, aux traditions, à une morale sociale plus stricte, etc. »

 

Les réalités transpartisanes

 

« La compréhension de cette structure permet de faire corps dans la patrie sans esprit de parti et de défendre les positions de droit naturel, qui doivent être transpartisanes » écrit Henri Hude. Il explique ainsi que la compréhension des trois dimensions de la justice et de la typologie des partis qui en découle doit nous replacer face à la hiérarchie de nos principes. Les frontières idéologiques entre les partis ne devraient pas être infranchissables. Tout doit toujours dépendre de ce qui est débattu. Il existe des réalités supérieures sur lesquelles nous devrions nous entendre. Et ces dernières sont supérieures parce qu’elles préservent notre système, notre société libre.

L’auteur de Préparer l’avenir l’explique simplement :

« Ceci est capital aussi pour nous, quand nous nous préparons à lutter pour des biens communs essentiels. Il ne faut pas les mélanger avec des préférences plus subjectives, qui en général sont plus complémentaires qu’opposées. 

Tout parti politique raisonnable devrait reconnaître la valeur de chacune de ces trois dimensions, et admettre l’existence de valeurs communes à tous – ce qu’on appelle le droit naturel. »

Les pathologies politiques (ou extrémismes) annulent certaines de ces dimensions. Par exemple, le communisme excluait la liberté des contrats, la propriété privée, les marchés. Inversement, l’idéologie libérale postmoderne installe une folie du tout privé à la place du tout public. C’est le communisme à l’envers. Les décideurs et citoyens responsables doivent retrouver cette structure de la justice. »

NOTA BENE :  J'ai aussi traité ce sujet de la justice dans L'Ethique des décideurs, 2004, Presses de la Renaissance, chapitre 3.

 

 

   

Préparer l'avenir avec la Fondation Liberté politique

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Mise à jour le Vendredi, 27 Juillet 2012 20:36 Écrit par Henri Hude


Voici une 3ème interview sur Préparer l’avenir. Nouvelle philosophie du décideur.

 

http://www.libertepolitique.com/L-information/Liberte-politique-TV/Preparer-l-avenir-3-10-Les-principes-du-decideur

 

 

   

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