Henri Hude

Ethique et politique (1) Désir de sens, tension ou frustration

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Mise à jour le Jeudi, 28 Février 2013 09:36 Écrit par Henri Hude

Voici maintenant des textes sur la frustration, la culpabilité,  la déculpabilisation, etc. Ils me paraissent éclairants, dans le contexte de nos discussions actuelles sur le mariage.

Il s’agit de sections tirées d’un livre intitulé Ethique et politique, publié en 1992 aux Editions universitaires. Je n’ai pas souhaité rééditer ce livre, aujourd’hui épuisé. Je le trouvais trop imparfait, trop polémique aussi. Les pages dont je publie quelques extraits, à la suite, font partie du chapitre ‘Famille et démocratie’ (pages 129-177).

 

 

 

Pour aider à l'interprétation des événements

 

Malgré leurs imperfections, ces pages peuvent déjà faire réfléchir. Elles aident à mettre en lumière les sources profondes des aberrations sur le mariage, auxquelles se complaît aujourd’hui un Gouvernement au bord de la faillite, aussi pour donner l'impression qu'il a prise sur les événements. Car ne nous y trompons pas : le libéralisme libertaire est un Titanic en train de couler.

 

Le projet qu’on sait sur le mariage n’a d’autre sens que de réaliser, collectivement, une transgression symbolique, dont ses auteurs et promoteurs espèrent qu’elle aura une fonction thérapeutique sur un complexe psychoculturel profond, qui empoisonne leur existence.

 

Sans nous fixer sur le problème homosexuel, qui n’est qu’un fragment d’un beaucoup plus vaste tableau, nous allons dire un mot sur la frustration, puis sur la culpabilité (Éthique et politique, 2). Il faut comprendre pourquoi la famille (jadis) normale représente une source d’intolérable frustration à éliminer par tous les moyens. "Famille, je vous hais !" écrivait André Gide... 

 

 

 

Sous les lois transgressives, un complexe fortement noué   

 

Si nous cédions à la tentation de l'ironie, nous parlerions d'un mélange de sédatif, de laxatif et de Viagra. Mais évitons cela, ainsi que les attaques trop personnelles. Comment essayer de se défaire du complexe ? On peut endormir l'angoisse de la culpabilité, latente et incompréhensible. On peut essayer, par la transgression et l'Autorité, d'instaurer un Sur-moi libertaire susceptible de censurer un Sur-moi névrosant. On peut enfin sans cesse trouver de nouveaux piments, de nouveaux excitants, pour réveiller un désir privé de son sens profond et qui s'éteint sans l'attrait du fruit défendu, sans de toujours nouvelles transgressions. Plus profondément, la transgression devient l'essence de la liberté. Nous sommes là en face, à la fois, d'un complexe psychique noué très fortement et d'un xième chapitre du drame de l'humanisme athée.

 

Mais nous aurions grand tort de désespérer. Au contraire, mon opinion est que ces extrêmes aberrations seront emportées beaucoup plus tôt qu'on ne le pense, par l'effondrement prochain du libéralisme libertaire. Sa version économique - le libertarisme financier usuraire et antipopulaire - est complètement au bout du rouleau. Antipopulaire et antifamilial, le libéralisme libertaire tombera d'un bloc.

 

 

 

Pour éclairer le sens des lois transgressives  

 

(Extrait d'Ethique et politique, p.141-142) Le psychanalyste Viktor Frankl a eu raison de vouloir montrer que le besoin fondamental des hommes n'est pas un besoin de pouvoir, ou un besoin de reconnaissance, ou un besoin de jouissance, mais un besoin de sens. C'est pourquoi sa psychologie est si supérieure, dans son principe, à celle de Freud. La source des angoisses, des culpabilités et des névroses, ce n'est pas la frustration brute, c'est le manque de sens. Ce n'est pas que la sexualité ne tienne une grand place dans l'économie générale des problèmes psychologiques ; mais elle y tient surtout ce rôle en tant qu'elle est quelque chose qui n'accède pas aisément à la signification, surtout dans le cadre du monde moderne et technique.

 

Ce qui est cause d’angoisse ou de névrose, ce n’est pas la­ privation brute de jouissance, mais la frustration de sens – aussi bien dans la jouissance que dans l’absence de jouissance.­ C’est pourquoi une vie dans une continence sexuelle à laquelle nous aurions donné un sens profond serait infiniment moins angoissante et frustrante, toutes choses égales par ailleurs, ­qu’une vie comportant une activité sexuelle intense mais dépourvue de signification cohérente. Et si nous ne comprenons pas bien cela, c’est que nous n’avons pas assez conscience des­ valorisations spontanées et irréfléchies qui définissent à notre insu le sens que nous avons accepté pour notre existence.

 

 

 

La différence capitale entre tension et frustration

 

Il ne faut pas confondre la tension avec la frustration. La tension fait partie de toute existence normale et équilibrée, car nous ne pouvons pas atteindre tous nos objectifs et nombre de nos tentatives échouent. Mais la tension n’a pas, par elle-même, ­ d’effet directement pathogène, parce que nous sommes constitués­ de telle sorte que les tensions quotidiennement créées sont naturellement éliminées par l’exercice de nos fonctions de relaxation, notamment durant le sommeil. La tension n’est donc rien de plus que la matière première de la frustration. Ce qui fait la forme essentielle de­ la frustration d’un bien, c’est le sens et la valeur que nous avons choisi d’attribuer à ce bien.  

 

On ne pourra donc être frustré, par exemple par un certain manque de jouissance, que dans la mesure où on aura préalablement intégré ce qui vient à nous manquer, comme un élément absolument nécessaire et insubstituable dans la sphère des biens fondamentaux qui, à nos yeux, confère à notre existence sa signification. La tension dépend de la nature, la frustration dépend de la culture, de notre philosophie de la vie.

 

Otez une culture vécue et remplacez-là par une autre, vous constatez que la même jouissance, qui était jugée absolument nécessaire, devient facultative - ou l'inverse. (Et la même souffrance, qui était intolérable, devient relativement supportable - ou l'inverse.) La frustration retombe au niveau ­de la simple tension. C’est pourquoi la tension est toujours supportable, sauf si elle devient frustration. Ce changement ne­ se produit pas mécaniquement, par simple accumulation d’énergie ­non dépensée, mais spirituellement, par un affaiblissement de notre adhésion intime au sens dans le cadre duquel il n’y avait, auparavant, que tension. 

 

Celui qui, pour sens de sa vie, choisit de fuir toute tension et de ne rien se refuser, celui-là se condamne à la plus frustrante de toutes les existences, puisque toutes les privations inévitables seront pour lui autant de frustrations insupportables. A cette première frustration s’en ajoutera une seconde, encore plus profonde. En effet, une existence qui a pour idéaux l’hédonisme et l’anesthésie n’est en cohérence qu’avec des métaphysiques débouchant logiquement sur le désespoir à ­travers la frénésie et la désillusion.

 

 

 

 

Supporter les tensions pour préserver le sens

 

La tradition philosophique nomme tempérance la capacité d’une personne à supporter les tensions pour ne pas perdre le sens. Ils voyaient dans la tempérance une vertu, c’est-à-dire une excellence et un pouvoir spécifiquement humains et acquis par­ l’exercice réfléchi. Et ils donnaient avec raison comme signe de ­la vertu, non pas la difficulté à la vivre, mais une certaine facilité avec laquelle on l’exerce et le plaisir intérieur qu’on trouve à la pratiquer.

 

C’est pourquoi il est tout à fait superficiel de juger que l’institution familiale (jadis) ordinaire serait frustrante par elle-même. Il est certain qu’elle impose des limitations raisonnables, mais elle les enveloppe normalement dans une signification existentielle profonde.

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Observations sur un texte de Luc Ferry, 3ème partie

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Mise à jour le Dimanche, 24 Février 2013 21:39 Écrit par Henri Hude

   

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RAPPEL. La chronique de Luc Ferry, parue le 14 février 2013 en page 15 du Figaro, avait pour titre ‘Mariage gay : réponse à mes amis chrétiens’. Ce texte est en ligne, réservé aux abonnés. Il appelle un certain nombre d’observations, dont je livre ici la troisième partie. 

Je tiens à dire, en reprenant, qu’on ne peut équitablement reprocher certains raccourcis à une chronique d’un quart de page de journal. Réussie, elle pourrait être un tour de force.

 

 

 

4ème observation : et si on disait un mot de Newton ?  

 

Pour faire barrage à l’idée de loi morale naturelle, qui est sa bête noire, notre star médiatique en appelle aussi dans sa chronique à l’autorité d’Isaac Newton. Le grand ouvrage du physicien date de 1686. On a vu surgir, depuis, Einstein, Planck, Heisenberg, sans parler des vivants. Toutefois, nul ne peut être surpris qu’on parle encore de Newton, quand il s’agit de philosophie naturelle, ou de philosophie de la nature. Notre star espère sans doute que la référence à Newton apportera de l’eau à son moulin. C’est ce qui m’étonne.

 

Si j’en crois de plus compétents que moi, on peut s’accorder sur le sens de l’intervention de Newton en sciences physiques : critiquer la physique cartésienne, pour laquelle la matière n’était que chose étendue claire et distincte (‘res extensa’, ou, pourrait-on dire, en termes actualisés, ‘espace euclidien-substance’). Newton, sauf erreur de ma part, a généralisé et rendu classique la notion de force, cause de l’accélération des mobiles. La mécanique a ainsi véritablement commencé à exister, le jour où Newton, passant outre à la tyrannie d’un rationalisme scientiste étriqué, a redécouvert l’élément dynamique dans la nature et surtout a trouvé moyen de le mathématiser.

 

Or maintenant, qu’est-ce justement que la nature, la phusis, pour Aristote (Physique, livre 2) ? Non pas d’abord un ensemble d’objets (l’univers ou cosmos), ni le système de lois générales qui le régit, mais un « premier principe interne de mouvement ». En termes moins naïfs et plus actualisés, on dirait : un principe d’accélération, une force, dont l’action est orientée dans l’espace et au long du temps : en un mot, toujours en termes actualisés, une force soumise à des lois.

 

En outre, ces mouvements des corps, pour Aristote, ne peuvent être correctement décrits que si on les comprend comme relatifs à l’existence d’autres parties et lieux de l’univers. Bien sûr, les images cosmologiques aujourd’hui vieillottes auxquelles il s’arrêtait ne sont plus à jour, mais elles ne sont pas à la hauteur de la puissance de ses concepts. Il serait injuste de l’enfermer dans des modèles ou des interprétations trop simples de ses riches conceptions.

 

Par conséquent, nous décrirons sans doute de façon assez correcte l’œuvre de Newton, si nous y voyons la percée décisive en sciences, qu’a rendue possible le retour réfléchi d’un esprit libre et objectif, non sans doute à Aristote, mais à une conception d'ensemble, plus ancienne, plus profonde et plus raisonnable, dont avait voulu s’écarter l’idéologie du matérialisme ‘cartésien’ (au sens vulgaire du mot). Et l’autre grand esprit créatif et scientifique de l’époque, Leibniz, partageait cette orientation.

 

 

 

Newton était aussi un passionné d’alchimie

 

Il y a consacré, dit-on, la moitié de son temps. Si Thomas d’Aquin s’y était intéressé autant qu’Isaac Newton, tous les Ferry de la planète, dans leurs chroniques hebdomadaires, ne manqueraient pas une occasion de le rappeler au public et de taxer Thomas d’inexcusable irrationalité. Disons plutôt que Newton, comme Ampère, comme Heisenberg, comme Pascal, et comme tant d’autres, mesurait l’amplitude et la diversité de notre pouvoir de connaître, et répugnait à le renfermer dans une sphère trop étroite.

 

Puisqu’il parlait de Newton, Ferry aurait dû souligner combien l’idée que ce grand génie avait de la nature était loin d’en exclure la pensée du Principe métaphysique, ni donc celle de loi morale naturelle. Même le point de l’alchimie n’aurait pas été hors sujet, vu le thème de sa chronique. Le but ultime de l’occultisme n’est-il, en effet, le rêve mercurien d’une fabrication de l’androgyne ? Complexités de Newton…

 

 

 

5ème observation : quelques mots sur la philosophie de l’Eros 

 

Newton, pour continuer à parler de lui, avait étudié à Cambridge. Cette Université était riche d’une brillante tradition platonicienne. Newton y fut ainsi marqué par la grande figure de Henry More (1614-1687), théologien platonisant et critique acéré du cartésianisme vulgaire. Or, qu’y a-t-il de plus prégnant dans la philosophie platonicienne, que la pensée de l’Eros ? Mais, qu’est-ce que l’Eros ?

 

L’Eros, vu par le petit bout de la lorgnette (si j’ose dire), c’est aujourd'hui une polissonnerie de bobos. Autrement, c’est le nom donnée par les Platoniciens, au lien du sensible et de l’intelligible – on pourrait dire, du visible et de l’invisible –, et au lien universel entre les êtres visibles. Déjà, la divine Comédie de Dante se termine par le vers fameux,

« Amour qui fais tourner Soleil et toute étoile. »

C’est dans un tel contexte et une telle ambiance (ou d'autres du même genre) que se situe le sexe qui a du sens et de l’humanité.  

 

Newton ayant baigné dans le platonisme de Cambridge, comment pourrait-on exclure de son esprit quelque intuition ou inspiration de ce genre, au principe et au fond de l’invention des lois de l’attraction universelle ? Mais comment alors séparer à la hache l’ordre physique et l’ordre moral ? Et donc comment oser assurer que l’idée de loi morale naturelle serait contraire à la « science » ?

 

A une idéologie de la science, elle s’oppose peut-être, mais au savoir des vrais savants, créatifs, c’est plus que douteux.

 

 

 

L’ordre moral et l’ordre physique ne sont pas objectivement séparés - pas totalement

 

Subjectivement, ils peuvent sembler l’être, parce que notre esprit projette alors au dehors une séparation qui n’existe qu’en lui. Et quand y existe-t-elle ? Quand nous avons coupé la technique de la morale ; car, alors, l’objet de la technique, souvent voisin de celui de la science, paraît en soi quelque chose d’amoral. En un mot, le matérialisme n’est pas un élément de la science, mais une illusion qui naît dans l’esprit d’un technicien qui n'est que technicien. 

 

Le plus grand des penseurs des Lumières, Kant lui-même, dont Ferry se réclame volontiers, est-il si éloigné de semblables pensées ? Sans doute, pour Kant, la nature objet de la raison théorique n’était d’abord que déterminisme et nécessité. Inversement, la loi morale était toute rationnelle et toute liberté, non pas nature. Mais, peu à peu, approfondissant sa propre philosophie, Kant finit par mettre au sommet de sa pensée, dans sa Critique du jugement (1791), l’idée de finalité et l’expérience de la beauté.

 

Il hésita toujours à tirer les ultimes conséquences de leur redécouverte. Toutefois, finalité et beauté étaient seules à ses yeux, et elles sont seules en réalité, capables d’assurer la liaison entre l’ordre de la pensée et celui de l’action, celui de la connaissance et celui de la vie.

 

Quel est donc le rapport entre l’Eros, amour universel, et l’attraction universelle ? Aucun rapport ? Pas si sûr. Et entre la vérité des lois mathématiques formant l’harmonie cachée de l’univers, et cette beauté qui est le nom donné à son harmonie visible ? Aucun ? Sûrement pas.

 

Bien sûr, pour penser comme Platon, il faut méditer et approfondir l’existence.  

 

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Observations sur un texte de Luc Ferry, 2ème partie

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Mise à jour le Dimanche, 24 Février 2013 20:45 Écrit par Henri Hude

 

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RAPPEL. La chronique de Luc Ferry, parue le 14 février 2013 en page 15 du Figaro, avait pour titre ‘Mariage gay : réponse à mes amis chrétiens’. Ce texte est en ligne, mais réservé aux abonnés. Il appelle un certain nombre d’observations, dont je livre ici la seconde partie. Il s’agit d’observations d’ordre strictement philosophique.

 

1ère observation. La loi naturelle et la « sacralisation de la nature »

 

Ferry prétend que l’éthique chrétienne, notamment (d’après le contexte) en matière sexuelle, et en raison de son admission de l’idée de loi morale naturelle, s’inscrirait dans le cadre d’une « sacralisation cosmique de la nature ». On admet assez généralement, tout au contraire, que le monothéisme judéo-chrétien aurait inauguré ou permis une désacralisation du monde physique, une dédivinisation ou un désenchantement de la nature. Autrement, on se situerait encore dans un contexte polythéiste, ou panthéiste. Et saint Paul, dans son texte fameux sur l’homosexualité (Rom., 1, 26-27), argumente son refus précisément à partir du lien logique profond qu’il croit discerner entre le polythéisme et l’homosexualité. Mais quoi qu’il en soit de ce dernier point, la dédivinisation du cosmos par le monothéisme est indéniable, reconnue et admise à peu près de tous, quel que soit le jugement, positif ou négatif, qu’ils peuvent porter sur cette opération.

 

Ferry voulait probablement dire autre chose que ce qu’il a dit. Une star est sans doute excusable en cela.  

 

 

 

2ème observation. Sur la brutalité de la nature

 

L’idée de loi morale naturelle supposerait, écrit Ferry, que le cosmos soit « un ordre divin, harmonieux, juste, beau et bon ». Mais, nous rappelle la star, « la loi de la nature n’est pas faite d’harmonie et de justice, c’est la loi du plus fort. » La nature ne serait donc pas morale, mais amorale, voire vaguement immorale. Pas moyen donc de prendre modèle sur elle, ou d’en user comme norme. Telle serait « la vérité, nous le savons, depuis Darwin ». Et donc exit l’idée de loi morale naturelle. Que peut-on ajouter à cette brillante démonstration ?

 

Que Darwin a publié son grand livre en 1860, et que pas mal d’eau a quand même coulé sous les ponts depuis. Et ce que nous savons aussi, aujourd’hui, c’est, par exemple, les limites de la concurrence vitale. Dans la nature vivante, végétale ou animale, la solidarité (entre les espèces ou les individus) est aussi réelle et a autant d’importance que la concurrence. Mieux encore, la concurrence serait mortelle aux espèces, si elle était trop violente, comme l’expliquait Pierre-Paul Grassé[1]. Ainsi, dans la nature, la solidarité se combine à la concurrence pour former un ordre global viable et dynamique.

 

En somme, il n’y a guère que chez l’homme oublieux de sa loi morale naturelle, qu’on rencontre cette froide immoralité, qu’on a voulu à tort prêter à la nature. Ce n’est donc pas la nature vivante, mais ce sont plutôt les libéraux à la Ferry, en somme, ou à la Milton Friedman, les capitalistes sauvages, et eux seuls, qui croient être « naturels » quand ils se montrent purement cruels et compétitifs.

 

Il n’y a que l’homme immoral à être purement « darwinien », au sens archaïque  (1860) du mot. Tout homme civilisé admet donc un élément de loi naturelle. Les sauvages immoraux, ce sont les économistes libéraux purs, ou les philosophes libéraux légers, incapables d’imiter la nature dans sa juste combinaison de concurrence et de solidarité. Bien entendu, cette combinaison doit s’opérer, dans le genre humain, autrement que chez les insectes ou que dans les forêts, mais qui en a jamais douté ?  

 

 

 

3ème observation. Sur Ferry et les oies sauvages

 

Au reste, quand on parle de suivre la loi morale naturelle, ou même d’imiter la nature, il ne s’agit pas d’abord de prendre modèle sur les animaux les plus édifiants d’un bestiaire. Cela dit, ces derniers sont presque aussi surprenants que les grands fauves médiatiques, insatiables prédateurs de l’« infosphère », selon l’expression du général Loup Francard.

 

Je me souviens d’une soirée passionnante passée chez Jeanne Parain-Vial, Professeur de philosophie à l’Université de Dijon, auteur d’un beau livre sur Gabriel Marcel. Elle prit à un moment la parole pendant le repas et se mit résumer une thèse d’histoire, sur les recueils de sermons médiévaux. Nous nous préparions tous à nous ennuyer ferme, quand elle se mit à parler d’un prédicateur qui donnait en exemple aux pieux villageois  la chasteté des cigognes et la stricte monogamie des oies sauvages. Le bon frère concluait son homélie, racontait-elle à une tablée réjouie, par le récit troublant de la mise à mort d’une cigogne adultère, tuée à coups de bec par ses congénères apparemment outrés de la transgression de la norme spécifique.

 

Elle ajouta ensuite à notre étonnement : les recherches méthodiques des élèves de Konrad Lorenz avaient justement abouti à des conclusions concordant avec les observations empiriques, pouvant se trouver à la base des récits du prédicateur. Et elle nous raconta notamment l’histoire assez désopilante des frasques extra-conjugales du jar Adonis et de leur impact dramatique sur sa carrière de chef de troupe.

 

Alors, chère star, n’y aurait-il pas là beaucoup à méditer, autant qu’à sourire ? Est-ce l’homme qui sort de l’animalité, ou est-ce l’animalité qui se déploie à partir de ce qui deviendra l’homme ? Goethe pensait plutôt de cette dernière façon. Etait-il moins humaniste que vous ?

 

Il y a chez les vivants des normes éthologiques de comportement social, immanentes à la vie de leurs corps sociaux, comme la santé est une norme immanente au corps individuel vivant. Et quel est le rapport, chez l’homme, entre l’animalité et la rationalité ? Entre la sociabilité naturelle et la morale ? Si la morale n’était pas en quelque façon naturelle, la sociabilité ne le serait sans doute pas non plus. Cela est-il soutenable ? J'ai exposé cela dans mon dernier livre, Préparer l'avenir.

 

Si nous sommes des esprits purs, et voulons en être, pourquoi chercher le plaisir ? Si nous ne voulons pas dépendre de la nature, le plus logique ne serait-il pas de commencer par nous détacher du plaisir ? Quelle curieuse absurdité, par conséquent, que de polémiquer contre la nature au nom du plaisir… Car qu’y a—il de plus naturel que le plaisir ? Mais, si nous le cherchons, nous suivons la nature, et alors pourquoi chercherions-nous le plaisir comme nous le chercherions si nous étions des esprits purs ? Pourquoi l’extraire de la vie ?

 

Et si nous sommes dans la vie, dans « le fleuve du vivant », comment peut-il être raisonnable de faire fi, dans l’ordre humain, de ces grandes différenciations, comme celle du mâle et de la femelle, dont il faut bien qu’elles aient comporté des avantages décisifs pour la survie de l’espèce ?

 

L’homme descend du singe par hasard et l’homme n’a pas de loi morale naturelle. Je sais, c’est la science. Bonne fille, elle n’aura garde de contredire une aussi puissante star. Mais croyez-vous, de bonne foi, que ces deux thèses, qu’une logique passionnelle unit, soient logiquement rattachables ? Comment faire  coller le matérialisme crû, pour lequel la culture est dans les gènes et la pensée dans le cerveau en vertu de la rigide nécessité physique, avec l’idéalisme absolu et délirant d’une pensée libertaire et culturaliste, pour laquelle le sexe se dissout dans le genre, le genre dans le langage et le langage dans les représentations imaginaires flottant au milieu des conversations sociales, et qui émergent pour un temps de consensus aussi fantaisistes qu’arbitraires ?

 

Quand la star emploie le mot « nature », elle entend toujours ‘les choses matérielles’, les objets dont l’ensemble forme l’univers physique, ou les lois physiques de ces systèmes d’objets. Sur quoi, elle déclare triomphante que l’homme n’est pas un objet physique et qu’il est donc impropre de parler de l’être humain en employant le mot de nature. Et d’incriminer là-dessus Aristote et saint Thomas. C’est clair. Mais c’est pitoyable.

 

Un seul indice : saint Thomas parle à tout bout de champ de la « nature divine », au sens de nature de Dieu, comme on parle de nature humaine, au sens de nature de l’homme. A-t-il jamais prétendu que la nature de Dieu en ferait le sujet des lois physiques dont il est le créateur ? 

 

Surtout, tant de questions subtiles forcent à abandonner les dualismes artificiels et khâgneux de la nature et de la liberté, de la nature et de la culture, de la nature et de l’esprit, de la nature et du social, etc. Il s’agirait de penser en décideur responsable, en savant sérieux, de penser sérieusement cette unité de l’animal raisonnable. Le faire, c’est voir se pulvériser une idée simpliste de nature en un sens physique univoque, et c’est voir émerger le fait original de la nature humaine, si gênante pour tout arbitraire postmoderne.

 

En un mot, il faudrait réfléchir. Mais, ce serait prendre le risque de voir l’opinion perdre le pouvoir sur la vérité, les médias sur la science, la sophistique sur la pensée. Nous ne serions plus une star. Et puis, si on ne peut plus mentir entre « amis », ce n’est plus la peine de jouer, comme dirait Pagnol. 

 

Je vois bien qu’il faudra des troisièmes observations, et peut-être des quatrièmes. A très bientôt.  

 

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[1] L’Évolution du vivant, matériaux pour une nouvelle théorie transformiste (Albin Michel, 1973).

   

Observations sur un texte de Luc Ferry. 1ère partie

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Mise à jour le Dimanche, 24 Février 2013 20:37 Écrit par Henri Hude


Voici une semaine, un ami m’a apporté la photocopie d’une chronique de Luc Ferry. Parue le 14 février 2013 en page 15 du Figaro. Elle a pour titre ‘Mariage gay : réponse à mes amis chrétiens’. Ce texte est en ligne, mais réservé aux abonnés. J’en citerai des extraits. Il appelle en effet un certain nombre d’observations, dont je livre aujourd’hui la première partie.  

 

 

 

Notre très médiatique star de la philosophie, et accessoirement de la politique,

 

rappelle que la loi sur le mariage gay a été adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale. Elle nous informe de sondages assurant que deux Français sur trois approuveraient nos graves législateurs. Elle fait alors état de son intention de « dire ici à (ses) amis chrétiens pourquoi il (lui) semble que leur combat était dès l’origine mal engagé ». Ses « amis » ne peuvent que lui en être reconnaissants.

 

La très médiatique star, avant de nous expliquer pourquoi la religion, une fois de plus, est complètement à côté de la plaque, proteste de son « respect pour les religions ». Elle en donne pour preuve, ou du moins pour indice, ses relations privilégiées et ses collaborations littéraires avec deux membres du collège cardinalice. Bien joué. Ses relations ne s’arrêtent pas là. Saint Jean l'évangéliste serait son compagnon de solitude préféré. Gageons qu’il l’introduira directement à Dieu le Père, ou plutôt à Dieu parent 1 ou 2. 

 

 

 

Ma différence originelle avec certains cardinaux,

 

c’est que je ne suis pas issu d’un milieu catholique, que je devrais me faire pardonner, mais de générations farouches de bouffe-curés. Et ce dont je suis sûr, c’est qu’aux temps vigoureux de mes ancêtres, rationalistes et anticléricaux, des aménités patelines comme celle de Ferry auraient été qualifiées de « propos faux-cul de curé-manqué ». Mais enfin, soyons bon chrétiens, c’est-à-dire considérablement naïfs, réjouissons-nous de l’amitié d’un homme si tolérant et venons-en au fond.

 

 

 

La très médiatique star de la philosophie énonce sa thèse centrale :

 

« La condamnation par l’Eglise de l’homosexualité (…) s’appuie sur une conception de la nature qui n’a plus cours. » Il s’agirait de la vieille conception pré-galiléenne du « cosmos » et c’est dans le cadre de cette « sacralisation cosmique de la nature » que l’Eglise pourrait justifier sa définition de tel comportement comme « désordre », « antinaturel » et « péché majeur » (dixit Ferry). L’Eglise agirait ainsi « comme si la nature était notre code, comme si elle (la nature) pouvait fixer la norme ». Or cela est insoutenable, nous dit la star, pour les raisons philosophiques que nous verrons[1]. (Mais avant d’en venir à ces raisons philosophiques, faisons quelques premières observations, d'ordre plus théologique.)

 

L’Eglise catholique, machine à émettre des « condamnations », comme chacun sait, appuierait donc lesdites « condamnations » sur des « conceptions », c’est-à-dire des principes philosophiques, et il se trouve que ces principes seraient surannés. Elle (l’Eglise) aurait donc besoin d’une piqûre de charité et d’un bon lifting philosophique, quelque chose – en somme – comme une philosophie de l’amour.

 

 

 

L'ignorance crasse de Luc Ferry

 

Si Ferry avait consulté sur ce point ses éminentes relations, elles lui auraient appris que saint Paul, collègue de saint Jean, sans doute moins charitable, a écrit dans sa Lettre aux Romains des lignes particulièrement énergiques sur le sujet (chap. 1er, versets 18-28 et surtout 26-27).

 

Comme on est dans un pays libre, je ne citerai pas saint Paul, qui serait sans doute aujourd’hui traduit en correctionnelle. Il faudra sans doute un jour, en France, pour assurer un meilleur respect des droits fondamentaux, censurer les éditions de la Bible.   

 

Sur la morale, en particulier sur la morale du corps, et du sexe, et sur les rapports subtils et profonds entre la loi et la nature, la nature et la raison, la nature et la conscience, etc., il existe un texte récent et puissant, traitant de manière actualisée de ce qu’on appelle la « loi morale naturelle ». Il s’agit bien sûr de l’encyclique Veritatis Splendor (surtout ch.2, sections I et II). Ce texte n’est pas signé par Innocent III ou par Boniface VIII, mais par Jean-Paul II. J’ai participé à sa présentation dans un ouvrage en italien préfacé par le cardinal Ratzinger. Si l’on veut savoir ce que l’Eglise pense de la nature, dans son rapport à la loi morale, il faut lire attentivement ce texte. Après quoi, il est contraire à la plus élémentaire honnêteté d’écrire que l’Eglise penserait sur ces sujets « comme si la nature était notre code, comme si elle pouvait fixer la norme ». Ferry se ridiculise en parlant d’un sujet qu’à l’évidence il ne connaît pas, et, plus grave, de choses qu’il ne voit même pas.  

 

                                                                     


  

Sauf erreur de ma part, l’Eglise agit donc ici, non par soumission à l’autorité de « conceptions » philosophiques, surannées ou non, mais par fidélité au contenu explicite et formel de la révélation dont elle est dépositaire, et dont la norme première se trouve dans l’Ecriture sainte. Et c’est dans ce dépôt même qu’elle trouve la pensée d’un rapport, mystérieux j’en conviens, entre la moralité et la nature.

 

La star n’a probablement pas lu non plus le texte du grand rabbin Bernheim (surtout sa dernière section), auquel Benoît XVI a lui-même fait référence.  

 

Bref, quand on a la moindre connaissance de la question, on sait que Ferry, sur ce sujet, ne dit rien qui ne manifeste son ignorance.   

 

Mais comme je n’ai, et ne prétends à, aucune autorité en matière de foi ou de théologie, je laisse ces disputes à d’autres plus qualifiés ou plus légitimes. Et je me limiterai dans la seconde partie à des considérations d’ordre purement philosophiques.

 

CLIQUER POUR ATTEINDRE LA 2ème PARTIE

 



[1] Voir 2ème partie de ces Observations.

   

Jésus, Avenir de l'Homme

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Mise à jour le Lundi, 11 Février 2013 14:54 Écrit par Henri Hude

Nous apprenons l’abdication du pape Benoît XVI. La grande question qui occupe les esprits est celle de savoir qui sera son successeur. Je préfère laisser ce genre de souci à la Providence. Pour permettre aux esprits de se centrer sur l’essentiel, je publie le compte-rendu d’un livre du cardinal italien Angelo Scola, archevêque de Milan. Ce livre s’intitule Jésus, Avenir de l’Homme.

Ce compte-rendu doit paraître en espagnol en avril dans la Revue sud-américaine Humanitas.

Ce faisant, j’estime ne pas sortir de mon rôle de philosophe. En effet, la question de l’humanisme sera de plus en plus au centre des débats et des soucis du genre humain, dans l’avenir. Or la grande idée au centre de l’humanisme, c’est celle de l’homme-Dieu. Et la grande nouvelle du christianisme, c’est qu’il existe un homme-Dieu, appelé Jésus de Nazareth.

 

 

TEXTE DE LA RECENSION DANS HUMANITAS

 

Le Cardinal Scola, archevêque de Milan, est auteur d’un ouvrage intitulé Gesù, destino del uomo. Cammino di vita cristiana[1]. Je l’ai lu dans sa traduction française, Jésus. Avenir de l’homme, parue en 2012. L’édition française comporte un sous-titre fort éclairant : Un parcours de vie chrétienne. Ce sous-titre (en italien : « Chemin de vie chrétienne ») dit sans doute ce que ce livre assez bref (177 pages) a de très important, et explique aussi ce qu’il a de si déroutant, qu’on a du mal pour commencer à en parler.

C’est en effet un livre à la fois accessible et difficile. Son langage ne se hérisse pas d’aspérités redoutables, ne se charge pas d’une érudition décourageante, et cependant on peut passer complètement à côté de sa vertu propre. Je tenterai donc d'abord de faire saisir cette vertu (I), après quoi je résumerai sommairement l'ordre des matières et la logique de l'ensemble (II). 

 

I.            La vertu du livre d’Angelo Scola

L'importance de l'ouvrage réside dans son genre, très particulier, ou, si l’on préfère, dans son caractère inclassable. Son but est de faire réfléchir le lecteur ; mieux encore, de le faire méditer, de le faire progresser, évoluer, non en l’enveloppant de raisonnements théoriques et de références savantes, mais en le menant à renouveler lui-même son expérience humaine. Son expérience de lui-même, des choses, et de la vie.

 

Le volume a l'ambition de nous faire effectuer un tel parcours, une marche, une découverte effective. Et cette découverte est aussi un engagement neuf dans la vie chrétienne.

 

Il s’agit de redonner vie à la foi, en la faisant saisir de l’intérieur comme vie de foi, comme foi en la Vie, qui "s'est manifestée", et en faisant comprendre déjà par expérience que cette vie dans la Vie est une contemplation unitive, dans la pénombre du temps, et une marche dans la nuit, mais nuit qui est lumière, vers l’étreinte éternelle.

 

Ce livre serait une série d'exercices spirituels, s’il ne s’agissait aussi d’exercices intellectuels, d’exercices d’expérimentation, d’exercices de pensée différente. Il s’agit de fournir au lecteur non pas seulement une pensée sur la foi, mais le moyen de penser ainsi. Il présente donc au lecteur une "matière de pensée", au sujet des choses de la foi, telle que celui-ci puisse se rendre à lui-même, et avec le secours de la grâce, par une attention renouvelée, la vue et la vie. Il s’agit de l’aider à récupérer toute la richesse de l’expérience humaine,  dont nous sommes aliénés, et sans laquelle l’évangile ne nous dit rien, parce que nous sommes devenus étrangers à notre propre vie.

 

L'homme désire tellement être Dieu, et il sait si bien qu'il ne peut pas l'être, qu'à peine voit-il paraître l'homme-Dieu dans son horizon, qu'il brûle du désir de croire et de vivre en Lui. Mais il ne brûle que s'il n'a pas été mouillé et rendu incombustible par cette malheureuse aliénation, par cette perte d’épaisseur humaine, d’expérience humaine, qui le rend indifférent par pure cécité, et de plus nerveux et craintif, voire hostile, face à la foi en Jésus-Christ.

 

Angelo Scola travaille donc son lecteur, pour clarifier l’œil de l’esprit, pour lui enlever sa paille ou sa poutre, pour restituer son ouverture universelle à notre pouvoir humain de connaître.

 

La réceptivité restaurée, la foi devient pour l'esprit à la fois crédible, désirable, et devant être crue. Mais se découvre aussi alors une étonnante dialectique de pensée et de vie, car la restauration de la réceptivité de l’esprit une fois engagée, la foi se recommande à notre croyance, non seulement comme objet "solide", mais aussi comme pédagogue indispensable de notre esprit cherchant à s’ouvrir à la plénitude de l’expérience de tout ce qui est.

 

Voici comme Scola renouvelle les fameux axiomes de saint Anselme (intelligo ut ccredam, credo ut intelligam) : si ma raison ne s’ouvre pas, je ne croirai pas ; mais si je cesse de m’engager, pas à pas, puis de plus en plus radicalement, dans la dynamique de la vie de foi, j’expérimenterai que ma raison tendra à se refermer, et ainsi je reste dans la foi pour demeurer dans la raison, en même temps que je réforme ma raison pour qu’elle quitte ses œillères et qu’elle s’ouvre à tout l’être, et radicalement à l’Être, avec tout le déploiement de son Mystère. Celui-ci nous saisit et fait le drame de notre existence, l’accomplissement de notre vie.

 

C’est donc un livre déroutant, car son but est moins de démontrer, que d’aider à appréhender et à concevoir. Et dans la perspective, dans la percée, la vie se renouvelle au moment où la vue vise de nouveau son objet.

 

Sans cette faculté d’appréhension, sans ce renouvellement de la réceptivité, le discours sur les choses de la foi est condamné à rester comme vide de sens, d’expérience et de vie. Mais quand la réceptivité est restaurée, l’esprit fait l’expérience de son inclination puissante à recevoir la foi et d’une aptitude à appréhender comme de l’intérieur les choses de la foi, de sorte qu’elles deviennent une vie, la vie dans la foi au Christ, la vie dans le Corps du Christ.

 

Sans s’attacher au détail des systèmes ou s’asservir aux méthodes, faisant flèche de tout bois, thomiste ou heideggérien, Angelo Scola rouvre l’esprit à la réalité, à sa splendeur en plénitude, à l’Être. Il nous apprend à découvrir les choses comme des images, et ces images comme des signes, et à scruter cette prodigieuse Imagination créatrice qui ne cesse de nous parler par le discours sans voix de tout ce qui est et en quoi nous sommes.

 

Il ne faut pas chercher à juger cette pensée à partir de critères préexistants. Il faut y voir un fait, le fait d’une vie de notre temps, mais redevenue vitalement chrétienne, et qui, sortant de l’absence et du vide et de l’aliénation, se rouvre un accès au vrai, par une démarche qui n’est ni purement philosophique, ni purement théologique, mais dialectiquement philosophico-théologique ; par une démarche qui n’est ni purement théorique, ni purement pratique, mais qui est un progrès continuel dans cette contemplation réceptive et unitive, qui est la vie de l'esprit chrétien. Son maintien et son progrès ne sont possibles que par un engagement toujours plus radical dans un don de soi qui découle de cette contemplation objective du don de Dieu.

 

Il s’agit, en somme de découvrir la vie chrétienne comme « parcours de vie », et de se doter toujours mieux du mode de penser et d’expérimenter qui sont en cohérence avec cette vie et en font structurellement partie.   

 

II.         Ordre des matières et logique du livre d’Angelo Scola

 

Voici maintenant dans quel ordre sont présentées les matières de ce parcours.

 

Si l’homme parvient à renouveler son expérience anthropologique, il découvre la force de la vérité (ch.1) et, par là-même, il s’ouvre très spontanément à la Vérité du Christ. Celle-ci est, en effet, ce qu’il y a de plus fort en matière de vérité - ni système, ni mythe, ni légende.

 

Cette Vérité, en effet, est vie. C’est la seule qui soit immédiatement vie, être et personne, événement et sens, réelle et temporelle, accomplie, à venir, présente et éternelle : c’est l’objet du chapitre 2.

 

Cette vie éternelle, nous nous y installons et elle prend corps en nous, parce que nous vivons en communion avec la chaîne immense de ceux qui ont vécu en communion avec ceux qui ont touché le Verbe de vie. La vie avec le Christ devient une vie dans l’Eglise, c'est à dire dans le Corps ressuscité total de l’homme-Dieu (ch.3).

 

Cette vie humaine dans le corps de l’homme-Dieu est une vie divine, une vie éternelle, et en même temps c’est la vie toute simple, la nature authentiquement divinisée, non par le fantasme de l’homme, mais par l’incarnation du Fils de Dieu. C'est une vie humaine ordinaire, mais en Jésus-Christ, la Vie, monté au cieux et présent avec nous, qui avons du coup notre conversation dans le ciel et cela au cœur de notre existence (ch.4).

 

Après cette élévation première, dans les quatre premiers chapitres, et à partir de la vie que nous avons découverte et retrouvée, nous pouvons relire, rétrospectivement, le drame de notre existence aliénée : le vertige de notre liberté, épuisée, mais sauvée de son nihilisme et redevenue capable d’engagement et d’adhésion (ch.5).

 

Notre poursuite pathétique et grandiose du bonheur, qui nous échappe si nous essayons de le capturer, qui nous comble si nous apprenons à le recevoir (ch.6).

 

Notre péché, la présomption fatale de nous sauver nous-mêmes, où notre être s’épuise en vain, et enfin l’accueil de cette miséricorde du Père, qui nous régénère (ch.7).

 

C’est dans cette perspective qu’il convient alors de situer la vie morale (ch.8).

 

Celle-ci n’atteint sa pleine signification que si elle est vécue comme vocation (ch.9).

 

L’évangélisation naît d’abord dans l’âme et pour chaque âme de l’intérieur, de l’Esprit, et elle se déploie dans le monde comme le feu se propage, car l’immense forêt humaine aspire à être embrasée par la Vie. L’âme rend naturellement témoignage au Christ, sa destinée, à condition qu’elle ait été rouverte. Le christianisme se répand alors comme un incendie par grand vent d’été, à condition que le christianisme soit vivant. Le rendre vivant, tel est la vertu et le but de tous les contenus présentés dans ce livre. Celui-ci n’est pas un texte théorique, mais il sculpte dans l'esprit la forme contemplative et mystagogique de la pensée et de la parole du chrétien devenu vivant, et il restaure dans toute sa plénitude l’expérience religieuse de l’humain, dans le Christ. Le Christ, vivant au cœur de chaque humain divinisé, et lui donnant vie, devient ainsi le cœur du monde (ch.10).

                               



[1][1] Edition italienne, Gesù, destino del uomo, San Paolo, 1999 et 2004. Traduction française par Philippe Charpentier de Beauvillé, Jésus. Avenir de l’homme. Un parcours de vie chrétienne, Salvator, 2012.

   

Pour une recomposition politique

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Mise à jour le Lundi, 11 Février 2013 14:37 Écrit par Henri Hude

Des outils pour préparer une recomposition politique désormais indispensable

 

 

Le contenu de ce post est tiré de l’Ethique des décideurs (2004), p.88-89 et 423. Je l’ai un peu retouché, mais guère. Il vise à fournir des outils conceptuels permettant de sortir d’une configuration politique, dans laquelle la démocratie française manque à tous ses devoirs. Elle n’assure en effet ni la représentation des conservateurs, attachés aux droits de la famille, ni la représentation des intérêts économiques du peuple – en particulier son droit au travail.   

 

Attention ! Le texte qui suit ne décrit pas l’organisation existante des partis. Il faudrait une bonne dose de naïveté pour le croire. Ce texte fournit d’abord un modèle théorique dont nous avons absolument besoin, et il a ensuite des effets très pratiques, car il permet d’analyser et de critiquer l’existant.

 

Ce modèle, s’il était communément adopté, rendrait plus difficile l’usage des ruses qui permettent aux libéraux-libertaires de monopoliser le pouvoir et de manipuler la démocratie.

 

Ce modèle peut faciliter les propositions de réorganisation pratique, pour l’avenir.

 

 

 

L’organisation politique d’une société libre n’est pas binaire (droite/gauche), mais ternaire

 

 

Il en est ainsi, parce que la justice est une structure qui compte trois dimensions. Schématiquement : autorité, liberté, solidarité. [C’est un sujet dont il a été parlé déjà sur ce blog: "Qu'est-ce que la justice ?", et que je traite à fond dans le chapitre 8 d’un livre à paraître prochainement, La force de la liberté.] 

 

 

 

La tripartition des forces politiques est une donnée de l’Histoire et de l’expérience

 

 

On distingue donc, en général, trois forces politiques – et ce dès les premières démocraties, à Rome par exemple, mais aussi dans les démocraties modernes :

 

• un parti des populares, plus sensible à la justice distributive et au partage – les travaillistes, ou socialistes, au sens non idéologique.

 

• un parti des equites, parti bourgeois, plus sensible à la justice commutative et à la liberté du marché – les libéraux, au sens non idéologique.

 

• un parti des nobiles ou honestiores, plus sensible à la justice légale et à l’autorité, théoriquement attaché aux traditions, à une morale sociale plus stricte, etc. – les conservateurs.

 

 

 

L’esprit de tolérance politique. Tout parti politique raisonnable reconnaît la valeur de chacune des trois dimensions.

 

Aucun corps politique, à moins d’adopter la loi de la jungle, ne peut se passer d’autorité et de loi, elles-mêmes soumises à un principe supérieur de justice peu ou prou accepté par tous.

 

Aucun corps politique n’est un pur rassemblement d’individus, ni ne peut prétendre annuler le fait de l’individualité. Le marché n’existe qu’au milieu d’une cité dotée de règlements qui organisent son bon fonctionnement. C’est aussi vrai pour les marchés financiers que pour le petit marché de quartier. La prise de risque des agents économiques d’une société libre requiert des communautés et des mutualisations grâce à des systèmes d’assurance, qui rendent le niveau de risque compatible avec l’engagement effectif d’une masse suffisante de capitaux.

 

L’investissement en matière de santé et d’éducation ne peut guère être assuré que par une mutualisation de son coût global impliquant une redistribution allant des riches aux pauvres. Donc aucune société ne peut se passer de justice distributive, non plus que de justice commutative.

 

 

 

Surmonter l’esprit de parti sans supprimer le pluralisme politique 

 

 

Je répète ici l’avertissement donné plus haut : Attention ! Le texte qui suit ne décrit pas l’organisation existante des partis. Une telle  description et analyse fera l’objet d’un article, à paraître dans une revue amie, début mars. Pour éviter toute confusion, je mets donc ici les verbes au futur.  

 

Les forces politiques raisonnables ne se différencieront donc pas, en tant que politiques, par des oppositions absolues, mais par des nuances et des préférences.

 

En général, les ailes d’un pays ne s’opposeront pas comme le bien et le mal, mais tout au plus comme des dimensions, rivales mais complémentaires et solidaires, de la justice.

 

 

 

Les pathologies politiques

 

 

La pathologie politique, couramment appelée aujourd’hui extrémisme, devrait être nommée plutôt unilatéralité. Elle consiste dans l’apparition de conceptions de la justice qui minimisent où annulent certaines de ces dimensions.

 

Exemples :

le communisme excluait presque entièrement, avec la propriété privée, la justice commutative.

L’élimination de la justice distributive par les libéraux-libertaires priverait les pauvres de certaines redistributions équitables et la société entière d’une adhésion générale, que permet une suffisante égalité des chances.

La réduction exagérée de l’autorité de l’État détruirait les conditions éthiques et juridiques qui font la supériorité des économies de marché.

La suppression de l’égalité des droits ou des droits universels priverait de contrepartie la justice légale et en ferait quelque chose de monstrueux (tyrannie, ségrégation), etc.

 

Un citoyen, un homme d’État, un responsable juste penseront donc à la fois, et sans partialité, au bien commun, au bien des plus faibles et au bien des plus forts. Et la prudence consistera dès lors à sentir les limites au-delà desquelles la justice, devenue trop unilatérale, se changerait en injustice et l’amitié en inimitié.

 

 

 

Trois orientations politiques dans l’individu citoyen

 

 

Les individus se sentent plus spontanément en sympathie et en résonance avec l’une ou l’autre de ces composantes. Ils tendront par conséquent à se regrouper selon ces affinités, qui correspondent aussi à des intérêts, des croyances, des éducations.

 

Ainsi aura-t-on trois grands courants politiques, prenant chacun en charge avec prédilection la promotion de telle ou telle de ces dimensions. Il y aura donc sans doute trois grandes forces politiques, mais pas nécessairement, nous allons en dire un mot.

 

Chacune des grandes forces politiques mettra plutôt l’accent sur une des dimensions de la justice. La compréhension de ce phénomène sera la vraie base de la tolérance en politique, entre esprits amis d’une justice bien structurée, dans une démocratie durable.

 

La tridimensionnalité de la justice n’impliquera pas toujours, toutefois, une tripartition politique qui lui soit rigoureusement parallèle. Mais, même quand la concurrence politique se limitera à la rivalité entre deux grands partis, les trois dimensions de la justice seront encore prises en charge, d’une manière plus souple. À ces précisions près, chacune des grandes forces politiques mettra bel et bien l’accent sur une (ou deux) des dimensions de la justice[1].

 

 

 

La distinction entre gauche et droite

 

 

Laissons aujourd’hui de côté ce qu’elle signifie actuellement, à supposer qu’elle signifie encore quelque chose.

 

La distinction entre gauche et droite, si nous la conservons malgré tout dans l’avenir, ne se rapportera pas à la structure de la justice (puisque celle-ci n’a pas deux, mais trois dimensions). Elle se rapportera au développement, au rythme de la réalisation de cette structure.

 

En effet, le développement de la justice tend vers un état idéal que le réel ne permet pas toujours d’atteindre, ni même de viser effectivement. On peut aussi redouter que le développement ne s’effectue à un rythme qui endommage la structure, par exemple que le développement de certaines libertés ne nuise à la sécurité publique, ou d’autres à la justice sociale. Donc, par rapport à ce développement, il peut exister comme un accélérateur et un frein (…).

 

 

Cela permettra encore de distinguer une gauche et une droite. Ce sera parfois la droite et parfois la gauche, qui joueront le rôle d’accélérateur, ou de frein. Cela dépendra des sujets. En tout cas, le développement de la justice donnera lieu à une bipartition des forces, comme la structure de la justice donne lieu à une tripartition. Car on comprend que certains esprits sont plus hardis, et d’autres plus prudents. Platon dit dans un de ses dialogues que le grand chef est celui qui se montre capable de tisser ces deux genres de caractères, pour le plus grand bien de la cité.

 

 

 

Trois droites et trois gauches ?

 

 

C’est pourquoi chacune des deux grandes fonctions politiques du développement de la justice sont susceptibles d’une tripartition. René Rémond a ainsi voulu montrer, dans un ouvrage classique (La Droite en France de 1815 à nos jours (1954), l’existence

d’une droite libérale (justice commutative, dimension de liberté),

d’une droite légitimiste ou conservatrice (justice légale, dimension d’autorité)

et d’une droite bonapartiste plus sociale (justice distributive, solidarité).

 

 

 

Une organisation encore plus complexe

 

 

À la tripartition, relative à la structure de la justice, et à la bipartition, relative à son développement, toutes deux concernant la justice intérieure d’une cité, il faut encore ajouter des bipartitions et tripartitions relatives à la justice internationale, régionale ou globale, objectivement très importantes pour la cité, mais dont l’importance est moins facile à sentir par les citoyens.

 

Ces distinctions sont utiles pour analyser les situations sans simplisme et cultiver la tolérance politique. 

 

 

 

Toutes les grandes défaites sont des défaites de l’intelligence (Marc Bloch)

 

 

Et toutes les grandes victoires sont aussi des victoires de l’intelligence. Réformons nos concepts, dans un sens très pratique, et nous réformerons la cité. Nous servirons mieux son bien commun. C’est d’abord cela, préparer l’avenir.  

 



[1] Mais rarement sur toutes, sauf pour quelques partis qui se piquent d’adopter un positionnement rigoureusement centra

   

38 maximes sur le conservatisme et les conservateurs

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Mise à jour le Lundi, 28 Janvier 2013 22:08 Écrit par Henri Hude

Ceci n’est pas un article d’érudition sur l’histoire du conservatisme – juste une suite de maximes, pour continuer un dialogue avec un vieil ami, Rémy B., que le terme de « conservateur » n’enthousiasme guère. La considération et l’amitié que j’ai pour Rémy me conduisent à lui proposer ces maximes. Elles le réconcilieront, peut-être, avec ces termes.

  

I

A mon avis, un conservateur ne doit pas être quelqu’un qui cherche à mettre des choses mortes en conserve. Conserver, ce n’est pas embaumer, c’est garder en vie.

 

II

Conserver la vie, c’est conserver des vivants. Conserver des vivants, ce n’est pas simplement les garder de la mort, souffreteux, vivotant, mais c’est les vivifier.  Cela commence par en mettre au monde, ce qui est encore la façon la plus convaincante de témoigner qu’on aime la vie. C’est la vie qui est bonne, et c’est la vie bonne qui est excellente. Conserver la vie, et la vie bonne, voilà le souci d’un conservateur tel que je l’entends.    

 

III

Certains disent que l’expression de « vie bonne » n’a pas de sens, que chaque individu a son idée du bien et de la vie bonne, etc. C’est exactement ce qu’un conservateur ne dit pas. Voilà tout.

 

IV

La tradition classique trie la paille et le grain, et elle nourrit l’homme, alors que l’erreur le met sur la paille. Le conservateur aime la modestie qui se rattache, pour vivre et pour progresser, à la tradition classique, à certains critères absolus, à certaines vérités éternelles, résultant d’un tri appelé civilisation. Et quand on ne conserve pas la civilisation, c’est la barbarie qui s’installe.

 

V

L’individualisme, le relativisme sont des idées très répandues, mais extrêmement superficielles, qui conduisent à un mode de vie où l’individu, à force de se passionner pour son indépendance personnelle, opte pour l’égoïsme et finit dans la solitude et le vide. Sans ses tranquillisants, le zombie postmoderne n'est pas viable. Sans le bien, sur lequel les gens de bonne volonté diffèrent infiniment moins qu’on ne le dit, l’essence de la liberté devient la transgression. Et il faut toujours inventer une nouvelle transgression.

 

VI

Chacun peut observer que ceux qui parlent toujours de « différence » font tous pareil et pensent tous pareil. Ils disent que chacun a son idée du bien, et ils ont tous la même idée du bien. Alors à quoi bon tant de raffut sur la sacrosainte originalité de l'individu ? Et ce sont les mêmes qui parlent de tolérance, mais font exactement ce qu’ils reprochent aux autres, à ces « bonnes gens qui n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux ».

 

VII

Alors, puisqu’il faut renoncer, sous peine de ridicule, à être radicalement original, autant suivre les gens sages et modestes, qui nous aideront à bien vivre. Il s’agit de retrouver la loi naturelle. Sans elle, tous les discours sur l’éthique ne sont qu’hypocrisie ou vacuité.

 

VIII

Un conservateur n’est pas un passéiste. Il pense au contraire à préparer l’avenir. Il ressemble à l’arc, qui décoche la flèche d’autant plus loin, qu’on a plus tiré la corde en arrière.

 

IX

Le conservateur tel que je l’entends, n’est pas un immobiliste.  C’est quelqu’un qui veut conserver « la vie », avec son patrimoine, certes, mais donc aussi avec son dynamisme, sa prodigieuse capacité d’adaptation, de croissance, de multiplication, de progrès.

 

X

Si l’on n’est pas conservateur, on ne peut être progressiste. La réciproque est vraie, à condition que l’idée de progrès enveloppe comme sa condition l’idée de la conservation des valeurs essentielles et intemporelles. Autrement les noms classiques du prétendu « progrès », ce sont  décomposition et corruption. Les progressistes anti-conservateurs sont des pseudoprogressistes et des régressifs.

 

XI

Les pseudoprogressistes raffolent des passéistes, immobilistes, surtout s’ils sont bornés et butés, brutaux et sommaires. C'est normal. Quand on a le choix de ses adversaires, on vote pour le plus bête et on essaye de le pousser. Mais ça ne marche pas toujours. Plus les immobilistes sont bêtes, plus ils servent de faire valoir aux pseudoprogressistes.

 

XII

Les immobilistes détestent encore plus les conservateurs vivants, qu'ils ne haïssent les pseudoprogressistes. Immobilistes et pseudoprogressistes n’aiment rien tant que de se retrouver face à face. Les pseudoprogressistes, qui sont des fous, mais quand même moins bêtes, ne font en général qu’une bouchée des immobilistes. Ces derniers sont fiers d’avoir combattu le bon combat et préparent la défaite suivante. 

 

XIII

Un conservateur n’aime pas  dire du mal du passé, c’est-à-dire de nos pères. Il n’y voit pas un temps d’arbitraire et de despotisme. Il y voit un temps de moindre puissance technique, un temps de vie dans plus de pénurie et plus de danger, requérant, comme à la guerre, plus de discipline et d’autorité, plus de cohésion et de solidarité.

 

XIV

Les hommes ont toujours aimé la liberté, seulement ils tiennent à la vie. La pauvreté pouvait parfois leur tenir lieu de vertu. Le dire n’est pas se moquer. Nous manquons de manquer, de sorte que toute privation nous devient une frustration intolérable. Et la richesse nous pourrit.

 

XV

Pense-t-on seulement que le premier souci des gouvernements d’Europe, jusque vers 1730, ce fut le danger de disette au cours des deux mois d’avant la moisson ? Songe-t-on à l’excitation des esprits durant ces semaines ? Vraiment, ce qui manque le plus à nos relativistes postmodernes, bourgeois petits ou bourgeois grands, bohèmes et lardés de bonne-conscience idéologique, c’est le sens le plus élémentaire de la relativité historique.

 

XVI

Un conservateur, tel que je l’entends, essaye de ne pas trop juger à distance. Et il conjugue sans peine ces attributs :

1° un sens aigu du passager, du fugace et de la mortalité, un sentiment du contingent et de la relativité des choses d’ici-bas,

2° une visée de l’immuable, et des vérités classiques qui ont leur fondement dans l’Eternel.    

 

XVII

Nos aïeux ont fait ce qu’ils ont fait. Qu’aurions-nous fait à leur place ? Ce serait la bonne question. Comme elle n’a guère de sens, à quoi bon se la poser ? A quoi bon les juger ? C’est imaginer l’ADSL à tous les étages de la caverne.

 

XVIII

Sans l’indulgence pour le passé, comment pouvons-nous espérer l’indulgence de l’avenir ? Graves Législateurs, pensez-vous à ces colossales absurdités que vous prétendez rationnelles, à cette corruption que vous appelez progrès, à cette oligarchie monstrueuse que vous baptisez démocratie ? Vous vous croyez hommes de progrès et militants de l’union universelle, on vous dira un jour insignifiantes marionnettes. Vous vous flattez de faire œuvre de libération. On dira simplement de vous que vous avez travaillé à instaurer des formes neuves d’esclavage, en jetant le peuple dans la déstructuration, tout en lui faisant subir un jeu économique qui le prive de tout avenir. Vous avez travaillé à détruire l’avenir familial du peuple, base de la solidarité réelle, ainsi que son avenir économique. 

 

XIX

Un esprit conservateur, au sens de classique, est capable de voir les Législateurs postmodernes tels que la raison les voit, comme des démolisseurs des cadres de la civilisation et de la prospérité, et à terme des démolisseurs de toutes les conditions d’existence de la société libre et juste.

 

XX

C’est parce qu’ils sont opposés à cette démolition que les conservateurs ont pris ce nom, à partir du moment où sont apparus les démolisseurs par système et où l’on a vu grandir le danger de perdre des choses de grande valeur, et toutes simples, dont on n’imaginait pas qu’il faudrait un jour lutter pour les conserver.  

 

XXI

Le conservateur pense qu’en ne cherchant pas la vie bonne, on finit dans l’échec de l’individualisme libertaire. Être conservateur, c’est estimer que cet individualisme-là conduit à la mort. Ce mot n’est pas exagéré. Car toutes les erreurs et toutes les injustices des hommes se soldent toujours, à la fin, par la guerre, et donc par la mort. Le conservateur qui aime la vie n’aime pas la mort, ni la guerre. C’est pour cela qu’il n’aime pas l’individualisme libertaire. 

 

XXII

Un conservateur conséquent refuse en même temps les trois versions de l’individualisme libertaire. Il refuse le libertarisme du plaisir, le libertarisme de l’argent, le libertarisme du pouvoir. Ces trois libertarismes sont solidaires et tous les trois sont des facteurs d’injustice envers nos semblables. Un parti politique qui fait la promotion du libertarisme du plaisir ne se préoccupe jamais sérieusement de lutter contre le libertarisme financier. Il n’est pas un parti populaire. Les vrais populaires respectent la famille.

 

XXIII

Un conservateur rejette le libertarisme, liberté pathologique, parce qu’il aime la liberté pratique.

 

XXIV

Un conservateur sait que la vie bonne a quelque chose de difficile, de fragile, car ses conditions sont exigeantes. C’est pour cela qu’il admet les nécessités de l’ordre, le pouvoir et la loi, l'autorité, et aussi l’effort, l’entraide, la lutte, la discipline. S’il vient à oublier que tout cela est pour la vie, il devient un psychorigide, c’est entendu. Mais tant qu’il ne l’oublie pas, c’est lui qui sert la vie, et il juge à raison méprisables ou inconscients les démagogues qui ne cessent d’aller dans le sens de la pesanteur.

 

XXV

Parce qu’il sert la vie, le conservateur (tel que je le comprends) n’est pas au service des abstractions, mais des êtres. Travailler à conserver des croyances, ou combattre pour des valeurs, c’est très bien, à supposer qu’elles en vaillent la peine ; mais les conserver vraiment, c’est permettre à des personnes et à des communautés d’y croire vraiment et donc d’en vivre et de bien vivre.

 

XXVI

Les valeurs sont comme la santé, qui n’existe pas en dehors des corps en bonne santé. De même, la justice ou l’amitié ou le courage n’existent pas en dehors d’individus liés entre eux dans des corps sociaux, qui sont des "corps de valeur", en lesquels s’incorporent les valeurs. Et conserver la vie et la vie valeureuse de ces corps, et la tonifier, c’est à quoi pense un conservateur, un vrai.     

 

XXVII

On ne conserve pas pour conserver. On conserve ce qui mérite de durer. Ce qui ne le mérite pas, on le jette, ou on le recycle. On ne conserve toujours que ce qui mérite de durer perpétuellement. Un conservateur pense qu'il existe de telles choses, des valeurs éternelles. Et même un Fondement éternel de tout. C’est pour cela qu’il a un tel sens de la vie et de la relativité. Car sans Absolu, comment relativiser ?  

 

XXVIII

Certains diront : "Tant de choses qu’on aurait voulu conserver ont été démolies par des barbares qui se croient progressistes, qu’on se demande parfois s’il y a encore grand’ chose à conserver." - Mais justement, oui.

 

XXIX

Quelque chose résiste à toute tentative de démolition. C’est la vie, la vie humaine, et aussi la nature humaine. Bien sûr, qu’elle existe. Celui qui la nie s’en prétend créateur et fait n’importe quoi, avant d’être reconduit par la force des choses au respect de ce que la nature et l’ordre universel ont d’immuable.

 

XXX

Un révolutionnaire est quelqu’un qui fonce sur un arc de cercle, sans s’apercevoir qu’il tourne en rond.

 

XXXI

Décidément, comme disait (plus ou moins) Voltaire, « mieux vaut être l’ouvrage d’un Créateur de bonne race, que de cent rats de cette espèce ». 

 

XXXII

Le conservateur est quelqu’un qui a une confiance énorme dans la vie et dans la permanence de la nature humaine.

 

XXXIV

Un conservateur pense que les idéologues se ridiculisent de siècle en siècle en prétendant que la nature humaine n’existe pas, ou en croyant qu’ils ont trouvé des techniques ou des politiques pour la changer en fonction de leurs lubies. Mais, c’est un des caractères les plus remarquables de cette nature indestructible, que de survivre à toutes ces élucubrations qui ont prétendu la nier, ou la manipuler.  

XXXVI

Un conservateur ne prend jamais les révolutions trop au sérieux. Nier père et mère, confondre homme et femme, c'est comme nier la propriété privée. C'est une marotte. Mais comme de l'idée d'égalité purement formelle on ne tire plus le communisme, et qu’on a malgré tout une passion d’égalité, il faut bien en tirer d'autres absurdités. Et cela permet de faire patienter le bon peuple. Vous n’avez pas de travail ? Qu’à cela ne tienne. Soyez donc homosexuel, on vous mariera. Toutes les comédies finissent par des mariages.

 

XXXVII

L’anticléricalisme n’est pas mal non plus. "Ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche", fait-on dire (de façon apocryphe) à une reine. Mais que disent réellement les pseudoprogressistes ? Ils n’ont pas de travail ? Qu’ils « bouffent » donc du curé.

 

XXXVIII

Quand le curé se fait rare, et que la jeunesse reste sur sa faim, et commence à se poser trop de questions, vite ! C’est le moment de lui faire le coup de la morale laïque. Pour Aldous Huxley, dans Brave New World, ça s’appelle une cure de reconditionnement, mais pour mon camarade Peillon, cela se dit redevenir citoyen.

   

Intéressant sondage sur l'état d'esprit des Français

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Mise à jour le Mercredi, 16 Janvier 2013 10:39 Écrit par Henri Hude

 

 

En complément de l'analyse postée hier, sur la manifestation du 13 janvier 2013, nous attirons l’attention sur un sondage d’opinion qui évalue  la confiance politique en France. Il a été effectué en décembre 2012, et publié récemment par le CEVIPOF CNRS.

 

http://www.cevipof.com/fr/le-barometre-de-la-confiance-politique-du-cevipof/les-resultats-vague-4-janvier-2013/

 

 

Les réponses aux premières questions montrent que les Français ne sont pas découragés. La plupart des autres montrent qu’ils se sentent trahis par des gens qui les ont dupés, mais dont ils ne sont plus dupes.

 

Nous vous recommandons d’étudier en particulier les réponses aux questions suivantes :

-                       Faites-vous confiance aux partis politiques ?

-                       Aux médias ?

-                Pensez-vous qu’on tient compte de votre avis ?

-                       Les notions de gauche et de droite ont-elle encore un sens ?  

 

Une fois pris connaissance de ces éléments très probablement réels, nous vous proposons de relire l’analyse précédente, publiée d'abord sur le site Liberté politique.

 

Les masses déterminées qui ont manifesté ne sont ni des isolés, ni des rétrogrades, mais l'avant-garde d'un peuple qui veut reprendre en mains la conduite de ses affaires. Il s'agit de prendre conscience de la stratégie politique à la fois juste et gagnante, en phase avec la volonté générale objective et raisonnable du peuple français, laquelle ne trouve présentement ni représentation, ni exécution politique.

 

Il n’y a aucune raison d’être pessimiste. Les politiques imposées au pays par une classe politico-médiatique massivement néolibérale  et libertaire, anti-populaire et anti-conservatrice, ne sont en aucune manière en phase avec la volonté générale du peuple, qui lui refuse massivement sa confiance, même s'il se montre sage et prudent, attaché aux institutions telles qu'elles devraient fonctionner.

 

Mais la démocratie fonctionne aujourd’hui comme un système antidémocratique, permettant, paradoxalement, de faire une politique contraire aux intérêts du peuple et à la volonté du pays, tout en prétendant qu’on jouit de sa confiance et qu'on ne fait rien d’autre qu’exécuter sa volonté.

 

Cette situation doit cesser. Elle peut cesser. Il existe une énorme différence de potentiel pour que cela cesse. Confiance !

 

http://www.cevipof.com/fr/le-barometre-de-la-confiance-politique-du-cevipof/les-resultats-vague-4-janvier-2013/

   

13 janvier 2013 : les premiers signes d'un renouveau politique

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Mise à jour le Vendredi, 18 Janvier 2013 17:05 Écrit par Henri Hude

Cette analyse de la manifestation du 13 janvier 2013 a été réalisée puis écrite en dialogue et coopération entre Thomas Hude et moi-même. Deux générations, ensemble, font mieux qu'une seule.

 

La manifestation du 13 janvier constitue un phénomène politique d’une importance considérable : la première étape vers la naissance d’une force conservatrice populaire en France.


 

Un phénomène de quantité 

 

Quel est l’ordre de grandeur du phénomène ? Combien de manifestants ? Le gouvernement dit moins de 400.000 et les organisateurs 800.000. Mais, curieusement, des officiers de gendarmerie affirment que la Gendarmerie nationale aurait fourni de son côté au gouvernement le chiffre de 1,3 million.

Connaissant un peu les organisateurs, je ne serais pas étonné que, sur le point du dénombrement, ils se soient montrés prudents, voire scrupuleux. J’ai vu de mes yeux toute la journée, et observé avec attention, une foule, presque partout compacte, qui s’étalait sur quinze kilomètres de boulevards périphériques intérieurs, ou de très larges avenues. Cette foule, en même temps, remplissait plusieurs grandes places de Paris. Le calcul approché mène autour du million. Tel est le premier fait.

 

Un phénomène de qualité

 

Les manifestants doivent être pesés autant que comptés. Ce n’était pas ce qu’on appelle une manifestation populaire. Il y avait là, plutôt, un million de cadres de la nation. Des familles solides, beaucoup de jeunesse, des gens à convictions, des patrimoines, des professionnels, des positions sociales. Cela aussi est un fait. C’est une force et c’est aussi une faiblesse. Mais c’est plutôt une force.

Il existe donc dans ce pays un million de personnes de ce niveau et capables de se mobiliser ; sans doute y en a-t-il davantage de mobilisables.

 

Une intensité nouvelle

 

Ce million s’est compté lui-même. Il n’a plus peur. Il sait qu’il est un million, donc il sait qu’il est des millions. Le Président aurait beaucoup gagné à pouvoir observer les visages graves et sérieux de ces hommes et de ces femmes, quand ils lui criaient : « François, François, ta loi on n’en veut pas ! » Ce n’était pas du déchaînement passionnel, mais plutôt une nouvelle force de résolution réfléchie, raisonnable, volontaire et décidée – et pacifique.


 

Une énergie qui se cherche

 

Et pourtant, il n’y avait pas encore là une force guidée par une stratégie politique. La simple opposition est importante mais ne constitue pas un programme. Il n’y avait pas non plus de grand leader politique.

 

Mais quel leader politique existant aurait pu se mettre à la tête d’un tel rassemblement ? Cela montre bien qu’il y a en France des masses entières qui ne sont pas représentées.


 

Les conservateurs ne sont pas représentés en politique   

 

Car, malgré l’astucieux habillage médiatique de la manifestation, malgré la coalition habilement formée, le noyau dur de ce rassemblement était majoritairement catholique et conservateur, et, par habitude, plutôt à droite.

 

Mais justement, posons aujourd’hui cette question : quand on est conservateur, est-on encore à droite ?


 

Et les classes populaires dans tout cela ?  

 

Nous aimerions prendre un peu de recul en posant une autre question qui, en apparence, n’a rien à voir, mais qui est pourtant connexe : « Et quand on appartient aux classes populaires, est-on encore de gauche ? »

 

En effet, le parti socialiste, en lançant la grande libéralisation économique du pays à partir des années 80, en union sacrée sur ce point avec la droite néolibérale, a détruit le capitalisme industriel et local pour favoriser le capitalisme financier et mondialisé. Il a fait passer le pays d’un modèle économique où l’objectif était le développement et le progrès social, à un modèle où la seule règle est l’optimisation du retour sur capital, sur une base mondiale. Un jeu économique dans lequel un système de solidarité, même bien géré, est un luxe qu’on ne peut pas se payer. Est-ce là une politique servant les intérêts populaires ?

Ainsi, les couches populaires ne sont pas représentées non plus par la classe politique.   

 

La grande duperie du clivage droite/gauche

 

Ainsi, face à une classe politique où domine l’idéologie libérale et libertaire, un peu plus libérale à droite, un peu plus libertaire à gauche, les conservateurs, comme les classes populaires, sont sans représentation. Le parti socialiste n’a presque plus rien d’un parti populaire. Et que reste-t-il de conservateur à droite ?  

 

En schématisant un peu grossièrement, la droite est une machine à duper les conservateurs, et la gauche une machine à duper les classes populaires, au profit d’une même politique libérale et libertaire. Et le clivage droite/gauche aurait pour principale fonction d’empêcher l’unité entre les classes populaires et les couches conservatrices.

 

La stratégie pour les conservateurs…

 

Cette manifestation changera-t-elle quelque chose à court terme ? Nous souhaitons qu’elle influence le débat sur le mariage. Mais si tel ne devait pas être le cas, quelque chose d’essentiel aurait néanmoins été accompli. 

 

La prise de conscience par les conservateurs qu’ils sont nombreux et qu’ils représentent une force politique de premier plan, si un jour ils savent se donner une stratégie de gouvernement.

 

Gouverner dans quel sens ? C’est le même individualisme dérégulé qui abîme la famille et qui ruine notre tissu économique et industriel. C'est lui qui prive les classes populaires de tout avenir économique et de toute solidarité en matière d’investissement.


 

Le deal conservateur/populaire

 

1° Les conservateurs doivent prendre conscience que, « parmi les droits et devoirs sociaux aujourd’hui les plus menacés, il y a le droit au travail. (…) La dignité de l’homme, ainsi que la logique économique, sociale et politique, exigent que l’on continue à se donner comme objectif prioritaire l’accès au travail, ou son maintien, pour tous. » (Benoit XVI, 1er janvier 2013)

 

2° Les populaires authentiques doivent prendre conscience que, parmi les conditions les plus fondamentales de la solidarité, il y a la famille et l’éducation substantielles, et non pas prise au sens idéologique.

 


L’unité avec les partis populaires

 

Sur une telle base, les conservateurs et les partis (authentiquement) populaires sont donc des alliés naturels. Leur alliance est la force politique qui a les ressources, en quantité et en qualité, pour renouveler la classe dirigeante, où domine l’idéologie libérale et libertaire.

Leurs deux objectifs communs sont donc :

1° réinstaller en France et en Europe un capitalisme industriel et entrepreneurial orienté vers le développement local, le travail pour tous et le progrès social.

2° Valoriser la famille et réformer l’éducation.

 


Être au service

 

C’est bien une élite qui a défilé dimanche. Une élite conservatrice. Mais une élite n’a pas beaucoup de légitimité quand elle défend ses propres convictions, aussi excellentes soient-elles. En revanche, une élite bénéficie d’une énorme légitimité quand elle s’engage à fond au service du peuple.

   

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