Henri Hude

La Force de la Liberté (1). Redécouvrir la loi naturelle

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Mise à jour le Dimanche, 17 Mars 2013 11:33 Écrit par Henri Hude

 

 Tant que nous n’aurons pas redécouvert la loi naturelle, nous serons surclassés et dominés par l’arbitraire libertaire.

 

Comment secouer le joug ? En redécouvrant la loi naturelle.

 

Le chapitre 7 de La force de la liberté. Nouvelle philosophie du décideur s’intitule donc : ‘Culture de liberté. Redécouverte de la loi naturelle’. Ce chapitre couvre les pages 97-115 (sur 160).

 

Il s’agit de la redécouvrir rationnellement, librement, et avec une certitude raisonnable (ce qui est parfaitement possible, comme le montre ce livre). C’est ainsi que nous aurons la force de la liberté.  

 

Le libertaire est toujours rongé de culpabilité. Il refuse de le reconnaître et, pour ne pas se dévorer d’angoisse, il se jette sur les autres, envahit l’espace public, le configure, le purge, le pollue, le censure, le monopolise. Il se montre toujours plus agressif et intolérant envers tout ce qui lui refuse reconnaissance et lui porte contradiction.  

 

Il n’a que le mot de liberté à la bouche. Avec une extraordinaire lucidité, l’idéologue des terroristes, dans Les possédés de Dostoïevski, formulait ainsi sa pensée : « Je commence par la liberté absolue et je termine par la dictature absolue ».

 

Voici donc un extrait du chapitre 7 de La force de la liberté (p.100-105). Il parle de la philia, de l'amitié civile. Il faut toujours, en philosophie morale et politique, accorder une grande attention à l'amitié - à la philia. C'est pour cela que je donne d'abord ce texte. Il ne s'agit pas d'en découdre en esprit partisan, mais de rétablir les conditions d'une amitié civile dans la dignité, sans lesquelles il ne peut y avoir de justice, ni pour les familles, ni pour le peuple. Or, ce sont ces conditions que le libertaire détruit. 

 

Ce livre est lisible. Toutefois, il est à l’usage de ceux qui veulent gagner, non se faire plaisir à peu de frais. A l'usage de ceux qui comprennent qu’il faut prendre le temps d’un travail de fond. Si on veut aller trop vite, on bricole, on ne fait rien de solide. On fait de la "com". Cela ne suffit pas. La certitude raisonnable demande un effort. La liberté ne peut aller sans.

 

 

                                              

 

 

 

Troisième moment. La loi naturelle prescrit lamitié sociale (la philia), pour trois raisons :

 

1. La loi naturelle est une loi de paix ; or, la guerre est le contraire de lamitié. Cest assez évident et dans beaucoup de langues, ennemi signifie « non-ami[1] ». Donc, la loi de paix prescrit un dépassement de linimitié, qui nest stable que dans lamitié.

 

2. La justice et lamitié se conditionnent mutuellement.

Donc, la loi qui prescrit lune, prescrit lautre. La justice mutuelle rend amis. Et une amitié noble nest jamais une complicité dans linjustice, ceci étant incompatible avec lestime mutuelle. Aussi lamitié, qui est un élément du bonheur, fait en retour aimer la justice. La coopération dans la confiance entre personnes de devoir développe lestime, la sympathie, la bienveillance mutuelle.

 

(NOTA : Pour découvrir comment la justice objective différencie seule la liberté et l'arbitraire, voir chapitre 6 ; pour déterminer la structure objective de la justice et sortir de l'"ordre" libertaire, voir chapitre 8 ; pour comprendre pourquoi la justice simplement formelle et procédurale - celle que nos législateurs libéraux libertaires et nos cours constitutionnelles appliquent - ne fait que consacrer l'arbitraire et l'injustice par l'imposture et l'étouffement du débat, voir chapitre 10)

 

3. Lamitié permet de dépasser aussi bien le moralisme que les réactions libertaires à la "morale".

Elle rend le devoir plus facile et diminue les frustrations quand il implique renoncement. Elle aide à tenir les promesses sur la durée. Sans lamitié, la loi de justice aurait encore un contenu, mais pas de motif assez fort pour transformer en bonheur lobéissance au devoir. Lamitié fournit ce motif et permet ainsi daccomplir le devoir non par simple obligation, ou peur de la culpabilité, mais avec joie et dans un sentiment de liberté dépanouissement.

 

Car si la loi prescrit lamitié, qui est joie, le contenu de la loi devient en même temps le motif de lobéissance à la loi. La loi ne se présente plus dabord comme contrainte et privation. (En outre, la privation éventuelle n’est plus alors frustration.) Cest ainsi quon dépasse le moralisme, sans éliminer la loi morale.

 

Il existe ainsi une causalité circulaire entre le désir de liberté pratique (= non pathologique), le respect de la justice selon la loi naturelle, et lamitié noble. Redécouvrir cela, cest redécouvrir une bonne part de la culture morale dune société libre.

 

Une amicale justice compose avec prudence un corps politique fonctionnel et traite chaque individu particulier en membre pensant. Lamitié noble, qui fait faire corps dans lhonneur et la liberté, résume la loi naturelle de lanimal raisonnable social, qui est de consentir avec sagesse à faire corps social en liberté juste (= non pathologique - voir chapitre 6).

 

 

La loi naturelle prescrit de cultiver ce qui renforce la confiance

 

entre personnes dignes de foi, despérance et damitié digne et donc : le sens de lhonneur, la conscience du devoir, le sentiment religieux, surtout sil est éclairé, lamour de lhonnêteté, le respect de soi-même et des autres, la sympathie humaine, lamitié noble, lesprit de corps, la solidarité, etc. en tant que ces motifs peuvent stabiliser, dans une volonté, la décision de rester digne de confiance.

 

La philia que prescrit la loi naturelle nest pas quun sentiment moral et une affection. Elle nest sérieuse que par la conscience. Elle enveloppe des devoirs. Elle nest sincère que par laction. Ainsi, une sympathie instinctive est-elle sans doute positive (tout comme la pitié envers les malheureux) ; toutefois, elle ne prend sa valeur quen sintégrant à la conscience du bien (voir chapitre 9) et de la loi. Inversement, celle-ci nest pas, grâce à l’amitié, une sèche obligation. Elle prescrit aux individus à la fois de faire corps social en liberté dans lhonneur, et davoir plaisir à le faire, en cédant à cette force naturelle de cohésion quest la philia, qui ne demande quà séveiller dans la conversation.

 

 

La philia sous-tend la justice dans loeuvre de réconciliation, toujours indispensable à la paix

 

Lamitié peut agir pour la justice, alors même que cette dernière fait encore largement défaut.

Cest pour cela quelle possède une valeur irremplaçable, et, dans une certaine mesure, surpasse la justice en vue de la paix véritable.

 

Même à partir dune situation dinjustice, lamitié peut toujours anticiper sur la justice et, pour ainsi dire, faire crédit damitié dun ennemi à lautre et permettre dentamer un nouvel échange dans la justice. Cest pour cela que lamitié est particulièrement nécessaire à la vie sociale. Car il est presque inévitable que les membres soffensent les uns les autres quelquefois, au cours de leur vie commune ; et aucune réconciliation ne serait possible, si lintérêt de la justice, qui est dobtenir réparation, prenait trop le pas sur lintérêt de lamitié, qui est doublier, daller de lavant et de construire du neuf.

 

Sans amitié, la justice transforme les esprits moraux en esprits injustes, secs et durs, réglementaires, moralistes et impitoyables, inaccessibles à la tendresse et au pardon. Sous divers enrobements, la justice se ramène alors à un besoin utilitaire de vengeance[2].

 

 

La loi naturelle prescrit ce qui facilite lobéissance à celle-ci.

 

Nous lavons dit, répétons-le. Être juste, comme le mot lui-même lindique, cest obéir au Droit, cest à dire aux lois et à lautorité, avant tout à la loi naturelle et à son Fondement[3]. Mais obéir est difficile, il y faut de lhumilité, de la discipline. Et cest très difficile, si lon ne comprend pas que cette loi est naturelle et prescrit précisément de faire corps ensemble avec bonheur et dans lhonneur, et donc de vivre avec philia en quoi consiste la réalisation de soi dune liberté pratique.

 

Car si on ne comprend pas cela, la loi et lautorité nous donnent limpression détouffer la nature, de contrarier la raison et dopprimer la liberté. Cest alors que la liberté pathologique peut plausiblement passer pour la liberté tout court.

 

Mais, quand la loi naturelle est comprise comme loi de paix, et quand on a vu le lien entre lamitié et la paix, on comprend que lamitié fasse partie du contenu de la loi naturelle (= de la loi de paix), sans détriment des devoirs sans le respect desquels la paix est inconcevable. Lamitié noble, en rassemblant dans son unité la diversité des préceptes de la loi, non seulement fournit une cohérence profonde à ce contenu, mais en outre fournit un puissant motif dobéissance à cette loi, et une forte raison de laccomplir sans en souffrir, en vivant dans la loi et son Fondement comme si lon était en même temps libéré de la loi bien que sans transgression et sans mépris de la loi.

 

 

Quelle est donc la loi de paix, la loi naturelle ?

 

Au moins ceci : être digne de foi, mériter lespérance et se conduire en véritable ami, ce qui revient à dire : en parfait honnête homme.

Par conséquent, dire la vérité, tenir parole, tenir ses promesses, rester fidèle à ses engagements, être un allié fidèle, pas seulement par politique, mais par éthique, ou par un art de prudence supérieur à la politique machiavélienne[4]. Ne pas faire aux amis ce quon ne voudrait pas quils vous fassent (cest le minimum) et faire pour eux ce quon voudrait quils fassent pour nous (cest leffet de la bienveillance). Cest mentir que se dire ami de quelquun et ne pas se conduire ainsi à son égard. En ce sens, la loi naturelle, qui est une règle de paix, prescrit assurément la règle dor, telle que comprise à partir dune amitié noble.

 

Un tel enseignement se trouve déjà chez les philosophes Grecs, plus au plan politique quen ce qui concerne la vie profonde de la conscience. Aristote écrit ainsi : « Lamitié semble aussi constituer le lien des cités et les législateurs paraissent y attacher un plus grand prix quà la justice même. En effet, la concorde, qui semble bien être un sentiment voisin de lamitié, est ce que recherchent avant tout les législateurs, alors que lesprit de faction, qui est leur ennemie, est ce quils pourchassent avec le plus dénergie. Quand les hommes sont amis, il ny a plus besoin de justice, tandis que, sils se contentent dêtre justes, ils ont en outre besoin damitié. La plus haute expression de la justice est, dans lopinion générale, de la nature de lamitié[5]. »

 

 

Dans l’enseignement du Christ

 

Mais cest dans lenseignement du Christ que se trouve linvention morale décisive, qui place lamitié au centre même de la loi. « Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle mes amis[6]. » De là lexpression du Jésus : « Mon joug (ma loi) est facile à porter[7]. »

 

Si lamitié et lamour sont le contenu de la loi, restant sauf le sérieux des devoirs de justice, alors la loi porte en elle-même le plus puissant des motifs daction, sans détriment de la pureté du sentiment du devoir. Le désir du bonheur, laspiration à la liberté et le respect du devoir convergent alors, dans lunité de lamour de Dieu et du prochain. Cest pourquoi lenseignement du Christ est irremplaçable au sein dune cité libre.

 

Le christianisme, et en particulier sa morale, sont, il est vrai, détestés par les adeptes dune liberté pathologique, mais ces derniers se trompent en croyant pouvoir bâtir une démocratie durable sur de telles bases.

 

Lexistence moderne apporte à lhomme de riches expériences nouvelles, mais ces nouveautés le privent aussi, très souvent, dexpériences antérieures et plus profondes. Et cest faute de cet arrière fond dexpérience de la nature et de lhomme lui-même et du sacré, que le christianisme aussi bien que le judaïsme sont réinterprétés dune manière si superficielle ou caricaturale, et donc si aisément critiqués.

 

Même sil est souvent incompris, ou peut-être aussi parce quil est trop bien compris par certains qui ont fait le choix fondamental de la liberté pathologique, et cela quelles quen soient les conséquences, le Christ demeurera, pour un peuple libre, ancien ou nouveau, une des sources majeures de la liberté juste. La source dun principe de justice à la fois substantiel, et vraiment fonctionnel, sans lequel un peuple libre a du mal à être à la fois libre et moral. Sans lequel il oscillera, en fait, et sans trouver le milieu, entre deux extrêmes : une névrosante contrainte, qui le rend servilement moral, et un rejet compulsif de cette contrainte, qui le rend pathologiquement libre.



[1] Julien Freund, Lessence du politique, Sirey, 1965, chap. 7, p. 449, citant Carl Schmitt qui relève le même phénomène dans les langues slaves et les langues de lInde (Über des Verhältnis der Begriffe Krieg und Feind, dans Der Begriff des Politischen, Berlin, 4e éd., 1963, corollaire 2, p. 105 et la note de la p. 124).

[2] John Stuart-Mill, LUtilitarisme, chap. 5.

[3] Les explicitations métaphysiques de la loi naturelle, tout comme celle de notre connaissance de celle-ci, relève de lanthropologie philosophique.

[4] Baltasar Gracian, Arte de prudencia y oraculo manual (1647), LArt de la prudence, traduction par Amelot de la Houssaye, Rivages, 1994. Cet « art » sait inclure dans la mesure de notre intérêt propre lintérêt dautrui, léquilibre entre ces intérêts, et aussi leur compatibilité, ensemble, avec lintérêt général des touts plus vastes au sein desquels nous passons accord.

[5] Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre VIII, chap. 1.

[6] Jn, 15, 15.

[7] Mt, 11, 29-30.

 

La force de la liberté. Présentation

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Mise à jour le Vendredi, 08 Mars 2013 18:19 Écrit par Henri Hude

Voici dans ce post deux documents à la suite de la photographie de la couverture :

  - 1° la 4ème de couverture de La force de la liberté. Nouvelle philosophie du décideur, parue fin février2013 chez Economica ;

  - 2° sa table des matières.

Dans les jours qui viennent, je publierai des bonnes pages de ce livre.

 

                                

 

 

1° La 4ème de couverture de La force de la liberté

 

La force de la liberté, c’est la sagesse politique, pérenne et classique.

 

Cette sagesse forme la base indispensable d’une société libre et civilisée, d’un peuple libre, et d’une culture de démocratie durable.

 

Avec la force de la liberté, un décideur « juste » est armé pour accomplir son métier, son service et son combat.

 

Regardant au-delà de la stagnation présente des démocraties en Europe, malades d’idéologie postmoderne, ce livre redéfinit de manière ferme et classique les concepts de base : pouvoir, État, pacte social, mais aussi république, démocratie, régime mixte ainsi que la liberté, la justice et bien sûr aussi l’injustice.

 

Ce livre se veut à l'usage de tous les citoyens, en particulier à l'usage des responsables, qui ont besoin d'une vision d'ensemble pour justement ... préparer l'avenir.

 

 

2° TABLE DES MATIÈRES DE LA FORCE DE LA LIBERTÉ

 

Introduction – La sagesse politique d’une société libre. Interprétation de la crise

§1. Éléments certains sur la liberté humaine

§2. Brève interprétation de la Grande Crise

§3. Définitions liminaires

§4. Logique et plan de cet ouvrage

 

Chapitre 1 – Structure et développement de la société libre

§1. Les quatre organes politiques de la société libre développée

§2. Le régime mixte

§3. Le Pouvoir et l’État

§4. La République

§5. La démocratie

 

Chapitre 2 – Observations sur la définition de la société libre

§1. Définition

§2. Observations

 

Chapitre 3 – Notion de culture fonctionnelle. La loi naturelle et le relativisme

§1. La culture et la personne

§2. La culture et le corps social

§3. Quelques remarques sur le relativisme culturel

 

Chapitre 4 – Caractérisation d’un Peuple libre

§1. Caractérisation générale d’un Peuple libre

§2. Explications sur la caractérisation du Peuple libre

 

Chapitre 5 – Le peuple libre et son pouvoir. Le pacte social

§1. Le noyau du pacte social et la confiance

§2. Les couches périphériques du pacte social

§3. Observations sur le pouvoir personnel

§4. Un mot sur le complexe anti-Pouvoir

§5. La politique et la guerre

 

Chapitre 6 – Culture de liberté. La structure de la liberté

§1. Considérations préliminaires

§2. Structure objective de la liberté

§3. Sur l’absence de débat dans la culture postmoderne

 

Chapitre 7 – Culture de liberté. Redécouverte de la loi naturelle. La confiance et la guerre

§1. La loi naturelle est une loi de confiance, de paix et d’amitié (philia)

§2. La loi naturelle est une loi de liberté et de vertu

§3. La guerre et la redécouverte de la loi naturelle

 

Chapitre 8 – Culture de liberté. La structure de la justice

§1. Exposition de la structure de la justice

§2. Déstructuration de la justice – l’injustice

§3. Structure de la justice et valeurs démocratiques

§4. Structure de la justice et critique des injustices structurelles

4.A. Injustices oligarchiques

4.B. Injustices libertaires, inégalitaires et égalitaires

 

Chapitre 9 – Culture de liberté. L’esprit critique fonctionnel. Sur le bien

§1. Explications en préambule aux chapitres 9 et 10

§2. L’Idée du Bien permet seule la liberté intime de la conscience

§3. La société libre est bâtie autour de l’Idée du Bien qui en est la première chose publique

 

Chapitre 10 – Culture de liberté. Une théorie de l’injustice

§1. La théorie postmoderne de la justice. Son noyau central

§2. De la tolérance à l’intolérance

§3. Du pluralisme éthique à l’ordre moral à rebours

§4. Peut-on sauver la théorie postmoderne de la justice ?

§5. D’une « théorie de la justice » à une « doctrine injuste de la justice »

§6. Du libéralisme à l’autoritarisme

 

Transition : Vers L’avenir de l’humanisme

Pour voir la place de ce livre dans l'ensemble de mon travail, cliquer ici.

   

La force de la liberté. Nouvelle philosophie du décideur

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Mise à jour le Vendredi, 08 Mars 2013 10:52 Écrit par Administrator

 

Les Éditions Economica viennent de publier mon dernier livre, La force de la liberté. Il compte 150 pages et coûte 18 Euros.

On peut se le procurer sur amazon.fr

                                        

 

Ce volume fait suite à Préparer l'avenir. Nouvelle philosophie du décideur, toujours chez Economica (120 pages, 2012, 18 Euros).

                                                                               

Les deux volumes peuvent être lus séparément, mais en même temps se prêtent un mutuel concours. Ils présentent une philosophie politique.

Préparer l'avenir a montré comment et pourquoi l'idéologie libérale libertaire détruit la société civilisée. Et comment nous pouvons rebâtir ces bases qui ont été détruites. Et même les améliorer.

La force de la liberté montre maintenant comment et pourquoi l'idéologie libérale libertaire détruit en outre la société libre. Comment nous pouvons faire face et reprendre l'initiative.

Les deux volumes, ensemble, ne font pas de lamentations stériles. Ils réforment les concepts et mettent en place une Philosophie de décideurs, de citoyens responsables, pour préparer l'avenir.

C'est l'occasion de rappeler aux lecteurs de ces chroniques le travail de fond que je mène depuis de longues années.

D'abord, une introduction générale à cette philosophie politique est fournie par Prolégomènes. Les choix humains, Parole et silence, 2009.

 

                                                                            

 

La philosophie politique dont La force de la liberté représente l'élément central  a été méthodiquement préparée par deux volumes de recherches :

L'éthique des décideurs, parue en 2004 ;

Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l'Europe, paru en 2010.

                                                                  

 L'éthique des décideurs va être rééditée en mai.

Par ailleurs, je vais publier aussi cette année une seconde édition actualisée d'un livre de philosophie économique, Marché et solidarité. Philosophie de la prospérité, paru en 1995 chez Economica.

 

                                                     

 

Ces ouvrages peuvent être un précieux outil de formation et de réflexion personnelle . Il serait bon que ce travail de fond puisse rejoindre en temps utile et de plus en plus son public.Cela dépend de vous en tout premier lieu.

Nous vivons dans une époque où la technologie empêche l'étouffement de tout ce qui n'est pas "politiquement correct".

Merci de signaler l'existence de ces livres, en particulier du dernier. Et je me ferai un plaisir de vous le dédicacer, si la vie nous en fournit l'occasion.

 

 

   

Jusqu'à quand subirons-nous les libéraux-libertaires (L.L.) ?

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Mise à jour le Jeudi, 07 Mars 2013 16:49 Écrit par Henri Hude

Vous trouverez ci-dessous le texte d'une chronique parue dans La Nef, n° 246 de Mars 2013. Elle avait pour titre (peut-être prématuré, espérons-le encore) "Lettre ouverte aux conservateurs qui ont encore perdu une bataille".

Elle faisait suite à une autre, qui s'intitulait, elle : "Lettre ouverte aux conservateurs qui ont envie de rester dans l'opposition toute leur vie". Et à une autre encore qui conseillait aux conservateurs de ne plus avoir honte de leur nom, qui n'est pas si mal trouvé, et dont on les affublera toujours de toute façon, "38 maximes sur le conservatisme et les conservateurs".

Pour reprendre durablement le pouvoir et changer pour plusieurs générations la direction du pays et de l'Europe, il faut complètement reprendre l'initiative. Pour cela , faire un effort de pensée, car toutes le grandes défaites sont des défaites de la pensée. Il importe de poser les bases conceptuelles d'une recomposition politique. Il faut comprendre pourquoi nous sommes toujours battus, alors que le rapport de forces ne nous est pas défavorable du tout


 

 

 

Les libéraux-libertaires (LL) gagneront toujours, aussi longtemps que n’aura pas été construit un autre rapport de forces politiques. Les LL sont des totalitaires, c’est-à-dire des idéologues et des libertaires du pouvoir. Mais ils ne règnent pas par la violence, ils règnent par la ruse. Éventons l’une de ces ruses – le système des partis. Les LL ont deux fers au feu, et deux victimes désignées, qu’il faut rendre toutes deux consentantes, et qu’ils doivent diviser à tout prix, pour continuer à régner.



La première victime est le peuple, privé de travail par le libertarisme de l’argent. La seconde, ce sont les esprits conservateurs, et leurs familles, auxquels on impose la vie dans l’ambiance fétide d’une société régie par le libertarisme du plaisir.

 


Les deux fers des LL sont évidemment les deux partis, qu’on appelle gauche et droite. Ils sont d’accord à peu près sur tout, ingénieux à trouver des désaccords de détail, et passionnément divisés sur le sacrifice de leurs ego.



Or donc, le PS dit au peuple : si tu votes UMP, tu seras trompé – ce qui est vrai. Vote pour nous, tu seras content. Et c’est vrai aussi: après l’élection, il est (trompé et) content. Cinq ans après, il est toujours trompé mais il n’est plus content.

 


C’est là qu’il est temps de faire donner la droite, de relâcher dans la nature un affreux Sarkozy Karcher, un liberticide Copé, ou tout autre révulsif efficace. Le PS dit alors au peuple : vous êtes bien d’accord ? Pas moyen de voter pour ça ? Et ça marche. Mais parfois, ça ne marche pas.


Quand ça ne marche pas, l’UMP a dit aux conservateurs : si vous votez PS, vous serez trompés – ce qui est vrai. Votez pour nous, vous serez contents. Et c’est aussi vrai. Après l’élection, les conservateurs sont (trompés et) contents. Cinq ans après, ils sont toujours trompés (gender, etc.), mais ils ne sont pas contents.

 


C’est alors qu’il est temps de relancer la gauche. On lâche dans la nature une séduisante Aubry, aux projets vénéneux, un DSK lubrique, un Hollande normal, homme sans qualité. Vous êtes bien d’accord, pas moyen de voter pour ça, etc. Et parfois ça marche. Mais parfois, ça ne marche pas. Le PS dit alors au peuple, et ainsi de suite. Cela est admirable. Cela s’appelle (sans rire) démocratie.

 

Combien de temps ce système peut-il durer ? Car l’économie saigne abondamment pendant ces échanges absurdes.


Ceux que la langue classique appelle (quel moralisme !) des honnêtes gens, ou des braves gens (quel paternalisme !), ou (quel élitisme !) des gens simples, nos politiciens les appellent des c.. Et comme le peuple français est composé de millions d’honnêtes gens, de gens simples et de braves gens, les politiciens LL n’ont pas tort de prendre les Français pour des c.. C’est une question de langue : classique, ou postmoderne.

 

Comme disait Jean Guitton, la démocratie est la plus merveilleuse machine à faire obéir les hommes. Si on ajoute tout ce qu’on (n’)a (pas) appris à l’école, il y a encore des beaux jours pour la politique LL.

 

Les Français vont-ils réagir ? Bien sûr qu’ils vont réagir. Et la classe politique LL n’attend que ça.

L’alternance des clowns et des clones, ça ne suffit pas. Dans tout théâtre de Guignol, il faut des affreux. Dans la comédie LL, il n’y a pas de place pour de vrais conservateurs, ni pour de vrais populaires, mais il y a toujours une place pour le réactionnaire, et toujours une place pour le révolutionnaire. C’est grâce aux affreux, que Guignol UMP ou Guignol PS finit toujours vainqueur.

 

Les conservateurs qui ne votent pas comme il faut votent réactionnaire. Le peuple qui vote mal vote révolutionnaire. Et les extrêmes se haïssent. Ce sont des vases d’expansion qui empêchent l’alliance conservatrice-populaire et permettent l’alternance entre gauche LL et droite LL.



Les extrêmes font très rarement la majorité, et surtout, réactionnaires et révolutionnaires ne peuvent pas s’entendre. Or, la seule chose que les LL puissent redouter, ce serait justement cette alliance du peuple et des conservateurs.

 

Vous avez donc compris. Là est l'explication de la confiscation du pouvoir par les LL. Là est aussi la clé du nouveau rapport de forces favorable, permettant de les dégager.

La confiscation de la démocratie par les LL est chose facile, à partir du moment où les conservateurs vivants ont été éjectés au profit des réactionnaires, et où les vrais populaires ont été liquidés au profit de révolutionnaires plus ou moins authentiques, et souvent comparses. Alors, les LL n’ont rien à craindre.

 

La vertu est dans le milieu, les majorités y sont aussi. Les extrêmes n’y sont jamais, surtout s’ils sont divisés.

 

Cela est admirable. Cela s’appelle la Démocratie française. Et pas seulement française...



Mais alors, que peut-on faire ? Faut-il être contre tout le monde à la fois ? Mais non ! Il y a des gens bien partout. Il faut juste qu'ils comprennent pourquoi ils se font avoir et qu'ils cessent de jouer le jeu des LL.

 

Par exemple, soyez donc un conservateur vivant et allez au peuple en vous mettant au service de ses intérêts économiques, ainsi que de ceux du pays, avec loyauté et simplicité.Vous verrez tout de suite la différence !

 

Que se passerait-il s'il y avait en même temps un million trois de conservateurs au Champ de Mars, et deux millions de populaires authentiques à la Bastille, et que les deux soient capables de passer un deal solide et sérieux

 

Les LL seraient « cuits ». Tout simplement. Et ils n'auraient plus qu'à dégager. Il s’agit donc de préparer le programme d'une alliance conservatrice populaire.

 

Les conservateurs sont dans l’opposition depuis plus de deux siècles. Mais ils ne se rendent pas compte que les LL ont perdu le peuple et sont comme des Madoff au bout du rouleau. Ils sont finis, comme le communisme au début des années 80. Nous sommes au début d’un nouveau grand cycle historique conservateur. Conservateur populaire.

 

 

   

Ethique et politique (2) Qu'est-ce que la déculpabilisation ?

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Mise à jour le Jeudi, 28 Février 2013 09:52 Écrit par Henri Hude

Cliquer ici pour aller au début des extraits d'Ethique et politique (post n°1)

Voici un autre texte sur le mariage, la famille, la culpabilité,  la culpabilisation, la déculpabilisation, etc. Lui aussi est tiré d'Ethique et politique (1992). Je l'ai un peu enrichi. Il me paraît éclairant, dans le contexte de nos discussions actuelles sur le mariage.

Je suis en effet persuadé que nos groupes dirigeants confondent l'œuvre  de législation avec une thérapie collective, une tentative de déculpabilisation collective et individuelle. Au-delà de tous les arguments qu’ils peuvent faire valoir, leur motivation principale semble se situer exactement là : dans leur désir d’autojustification et dans leur besoin de déculpabilisation de la "chair".

Mon intention, dans le texte qui suit, est de montrer pourquoi leur tentative est nécessairement vouée à l’échec, et pourquoi nous reviendrons plus vite qu'on ne croit du libéralisme libertaire et de ses absurdités, comme on est revenu du communisme et de ses aberrations.  

 

 

La famille occidentale traditionnelle, en équilibre entre conservation et progrès 

 

(…) L’Occidental (…) connaît les valeurs de conservation [telles que la famille, qui est aussi par ailleurs une valeur de progrès] seulement sous des formes très atténuées, limitées, personnalisées, telles qu’elles se présentent parmi des peuples qui ont connu le christianisme.

 

Aussi, quand il parle de la famille comme d’une valeur de conservation, il continue à imaginer une famille dans laquelle il devrait (normalement) y avoir de l’amour entre les conjoints. C’est pourquoi les Occidentaux conçoivent spontanément la famille autour du couple, et se demandent pourquoi tant d’autres peuples pensent tribu quand ils disent famille.

 

Surtout, il ne leur vient pas à l’esprit que la famille pourrait être conçue comme une pure institution sociale, acceptée comme la meilleure structure d’association des sexes en vue de la reproduction et de l’éducation, mais où la vie des personnes se ramènerait à l’accomplissement d’un rôle social, de manière un peu somnambulique, sans décision personnelle, sans consentement libre, sans échange profond entre les personnes.

 

C’est pourquoi (…), en Occident, il faut aller chercher les réalisations conservatrices pures de la famille, non dans les rigidités pieuses et patriarcales des siècles passés, mais dans le totalitarisme intégral et innocent de la cité ou des empires antiques. [Et il se pourrait bien que les formules réputées « progressistes pures » ne soient que des fantasmes nous reconduisant en réalité vers des structures sociales totalitaires.]

 

(En fait, le régime européen traditionnel de la famille - susceptible de diverses modulations - équilibre assez harmonieusement le poids de l’individu et celui de la communauté. Il est comparable aux régimes traditionnels de propriété, qui faisaient de même. Le modèle libéral libertaire, que ce soit en matière de famille comme en matière de propriété, est aussi unilatéral (en sens inverse) que le tribalisme et que le collectivisme, qui écrasent l’individu sous un égoïsme collectif assumé par les membres eux-mêmes. Mais, dans le cas du libéralisme libertaire, le déséquilibre se produit au détriment du corps social, détruit par l’égoïsme individuel de certains membres.)  

 

 

 

L’ambiguïté culturelle des peuples européens

 

Chez les peuples européens, la vie morale résulte en outre toujours d’une sorte de compromis entre un fond de paganisme et un ferment de christianisme. Les deux se rejettent mutuellement par leurs essences pures, mais se mélangent en pratique, avec  prédominance tantôt de l’un et tantôt de l’autre. Telle est l’ambigüité­ occidentale.

 

A cause de ce mélange sans doute inévitable, le christianisme sera trop fréquemment confondu avec des mentalités païennes qu’il dérange, qu’il traumatise, et auxquelles il­ s’incorpore parfois malgré tout, sans être parvenu à les ­convertir tout à fait.

 

C’est la raison pour laquelle l’analyse de la culture et la compréhension de l’histoire y sont des tâches si délicates.

 

On risque toujours, en Occident, d’attribuer au christianisme des effets dont il n’est pas la cause, ou de les lui reprocher, au nom de principes et de valeurs qui pourtant sans lui n’auraient pas de­ sens.

 

(C'est un point tout à central, sur lequel nous reviendrons dans le post Ethique et politique, n°3.)  

 

 

 

Il faut apprendre à distinguer « culpabilité » et « fautivité »

 

Je vois dans la notion de « culpabilité » un exemple particulièrement net des confusions qu’entraîne cette « ambigüité occidentale ». (…) Pour y voir clair sur la question de la « culpabilité », il faut dissiper la confusion trop souvent faite entre ce qu’on peut appeler précisément culpabilité et autre chose, que je propose d’appeler ­la fautivité.                                        

 

Maintenant, afin d’opérer cette distinction culpabilité/fautivité, aussi éclairante pour l’esprit qu’indispensable pour le bonheur de la vie, un détour par l’essentiel s’impose. Le lecteur doit donc accepter de prendre patience. Après le détour, nous retomberons pile sur le point que nous cherchons à mettre en lumière : la culpabilité.) 

 

 

 

L'expérience humaine universelle de la faute est à situer dans le contexte des "visions du monde" et de l'Absolu

 

Au nombre des expériences humaines universelles, il y a celle de la faute (en latin culpa, d’où les termes coupable, culpabilité, etc.). Mais cette expérience est vécue de manière bien différente ­dans l’ambiance panthéiste et dans l’ambiance théiste : ainsi ­aurons-nous deux variations du même thème existentiel dans deux tonalités métaphysiques différentes. D’où l’utilité de deux noms pour désigner les deux grandes façons « culturelles » de vivre une même expérience « naturelle ».

 

J’ai dit qu’il existait deux métaphysiques principales, le théisme et le panthéisme (qu’on va définir d’un mot), et que la vie humaine se déroulait forcément dans l’ambiance de l’une ou de l’autre.

 

Le fait de vivre dans l’une ou l’autre de ces ambiances ne change pas toujours la matière de certaines expériences, mais en modifie considérablement la conception et l’appréciation.

 

Le théisme est la conception d’un Dieu personnel, transcendant, libre et créateur. En tant que thèse métaphysique, le théisme relève de droit de la philosophie. Mais le théisme n’a guère­ commencé à être connu et soutenu qu’à partir du moment où a été ­reçue la révélation mosaïque, puis chrétienne [et par l’islam].

 

De fait, on rencontre peu le théisme comme thèse philosophique en dehors de la­ sphère d’influence judéo-chrétienne. (Il faudrait ajouter ici "et musulmane". Plus généralement, cette analyse philosophique des métaphysiques me paraît à la fois vraie et centrale, mais en même temps, elle ne marque pas assez la différence entre le théisme chrétien et le simple monothéisme. Le théisme n'est pas supprimé, sans doute, mais il est transformé, par l'ouverture prophétique vers l'homme-Dieu, c'est à dire le Christ.)

 

(Ceci précisé, il reste vrai que le panthéisme - en telle ou telle de ses versions - est la métaphysique dans laquelle on se situe quand on est mentalement sorti de la métaphysique théiste. Et le polythéisme est une formation mentale plus facile et plus populaire, au sein du panthéisme et sur son fondement. Mais on ne s’en rend pas forcément compte, et c’est pourquoi on se dit « athée » ou « sorti de la métaphysique », alors qu’on a juste changé d’Absolu et déménagé vers une autre implantation métaphysique.)

 

(Bien d’autres que nous ont noté cela, y compris certains grands esprits qui n’étaient pas du tout théistes. Auguste Comte écrit ainsi, au sujet de l’athéisme, qu’il n’existe presque jamais à l’état pur, et que « le plus souvent, on qualifie ainsi un état de panthéisme, qui n’est au fond qu’une rétrogradation doctorale vers un fétichisme vague et abstrait[1] (…) »).

 

Et maintenant, revenons au point de la culpabilité.

 

 

Deux régimes existentiels pour la faute : culpabilité ou fautivité

 

 

J’appelle donc culpabilité le sentiment de la faute vécu sous régime panthéiste et j’appelle fautivité le même sentiment vécu sous régime théiste.

 

­C’est une première chose que d’être une personne libre et responsable en présence d’un Dieu personnel et libre, père juste et bon, et d’obéir ou non à sa volonté ; le sentiment de la faute est alors le sentiment du péché ; je propose de parler ici de fautivité.

 

C’est une seconde chose (et très différente) que de penser, avec les divers genres de panthéistes, que notre moi profond tend à se confondre avec un Absolu lui-même largement conçu comme impersonnel. Comme il n’y a plus alors de personnalité au sens fort, puisque l’individu n’a guère d’existence qu’apparente, et en tout cas n’est pas une vraie cause de ses actes, ceux-ci ne peuvent pas vraiment lui être imputés. Mais alors, pourquoi se sent-il coupable, et de quoi ? Est-ce absurde ? Est-ce une illusion ? La faute devient un fait incompréhensible. Elle reste cependant inéliminable. Cette faute à la fois indélébile et incompréhensible, c’est la culpabilité.  

 

Il faut bien distinguer l’une de l’autre culpabilité et fautivité. En effet, on ne peut plus parler de fautivité, lorsque font défaut les cadres métaphysiques qui donneraient sens à cette notion. L’expérience nous présente ainsi, fréquemment, des cas de personnes qui ne croient ni en Dieu ni en sa loi, et qui n’ont aucune espèce de sens du péché, mais qui sont cependant rongées par la culpabilité.

 

Une difficulté analogue se présente d’ailleurs dans le théisme, quand le libre-arbitre humain n’est pas reconnu. C’est alors Dieu qui fait tout, comme dans le panthéisme c’est le fond Absolu ou la Nature qui fait tout ; et pourtant l’homme continue à se sentir fautif, ou coupable. On peut alors combiner une fautivité imparfaite et une culpabilité vague.   

 

 

 

Comment se représenter l’homme pour se défaire au maximum de l’angoissante culpabilité ?

 

Dans tous les cas de culpabilité, l’homme continue à fauter, ou à penser fauter, car de fait il ne peut éviter cette croyance ; mais, comme il doute de sa liberté, ou de la loi morale, ou de son Fondement, il lui est bien difficile de saisir en quel sens il pourrait être vraiment responsable, et de quoi. Comment l’homme va-t-il donc concevoir sa propre faute ?   

 

Il va souvent tenter d'éliminer cette expérience pénible, ou de la réduire à des principes intelligibles :

1° en­ dénonçant dans le libre-arbitre et la faute une pure et simple illusion, et en imputant ses actes à la nature, ou à la nécessité universelle,

2° en essayant aussi de mettre à part de son « être profond » toutes ces fautes qu’il n’arrive pas à éviter, mais qu’il ressent aussi comme une imperfection attristante, et, par suite,  

3° il tâche de se dédoubler. L’homme vivra donc comme à deux étages différents. En bas, le lieu de la faute et de l’imperfection, au niveau de l’individualité­ et du corps ; à l’étage, le niveau de la vertu, du salut et même de l’être véritable de l’homme, au-delà de l’individualité, grâce à une sorte de réintégration de l’âme dans l’Absolu.

 

C’est là un dualisme anthropologique, qui va beaucoup plus loin qu’une simple « distinction de l’âme et du corps ».

 

A partir du moment où l’homme accepte cette représentation et s’y fixe, il parvient, dans une certaine mesure, à se « déculpabiliser » ; cependant, sa  faute lui devenant irrémédiablement obscure, elle se trouve comme enkystée. Elle va indéfiniment perdurer au sein du système qui prétendait l’exorciser et qui n’aboutit qu’à la pérenniser. Et ce sentiment de cette faute profonde, théoriquement liquidée, guérie, exorcisée, mais en fait continuellement brûlante et mordante, c’est précisément la forme achevée de la culpabilité.

 

La culpabilité dualiste est une structure fondamentale de l’existence panthéistique. La fautivité‚ solidaire de l’unité substantielle de la personne, est au contraire une structure fondamentale de l’existence théiste.

 

 

 

Ce que signifierait une déculpabilisation effective

 

L’expérience de la faute est une donnée commune à tous. (…) Et il faut bien interpréter d’une manière, ou de l’autre, cette donnée commune de la faute. Qui peut sérieusement prétendre qu’il ne faute jamais et ne le peut même pas ?

 

Déculpabiliser effectivement, c’est donc sortir du système où la culpabilité a un sens, et donc entrer dans celui où la fautivité en a un. Pour se déculpabiliser, il faut donc croire à la fois en Dieu et en notre liberté humaine – mais alors on a le sens du péché. Et si on ne veut pas le sens du péché, il faut bien se résoudre à vivre avec la culpabilité.

 

Éliminer le sens du péché, la fautivité, c’est sortir du système où le péché a un sens, et donc entrer dans celui où la culpabilité en a un, parce que la faute y est incompréhensible.

 

En réalité, il faut choisir entre deux genres de vie :

-      celui qui comporte nécessairement la culpabilité (mais peut-être pas la fautivité)

-      celui qui comporte nécessairement la fautivité (mais peut-être pas la culpabilité).

 

En termes plus simples, si vous acceptez d’avoir le sens du péché, vous pourrez espérer vous défaire de la culpabilité. Et si vous voulez vous défaire du sens du péché, il vous faudra faire avec la culpabilité.

 

Bien sûr, ­si l’on hésite à opter de façon claire, on choisit de vivre dans un entre-deux, qui n’a pas de cohérence logique (…) (Ajoutons : et qui, en général, va tendre à combiner les inconvénients des deux, sans apporter les avantages éventuels de l'un ou de l'autre.)

 

 

 

Le mythe postmoderne de la déculpabilisation

 

La déculpabilisation effective de l’homme, c’est sa responsabilisation, qui a pour conséquence sa fautivité‚ et la possibilité pour lui de se reconnaître pécheur et peccable.

 

La­ « dépeccabilisation » (si on nous permet ce barbarisme) effective de l’homme, c’est inversement la contrainte de devenir sujet à la culpabilisation, sauf aux moments où il parvient à se penser autrement que comme un individu fini.

 

Maintenant, ce qu’on appelle vulgairement déculpabilisation, en Occident, de nos jours, c’est un effort pour supprimer à la fois la culpabilité et la peccabilité. Et ceci est un mythe. Et l’entreprise fondée sur ce mythe est évidemment vouée à l’échec, sitôt qu’on a bien compris que les trois seules options possibles sont de choisir un des deux termes purs, ou de se contenter d’un mélange des deux.

 

La suppression du mélange,  ce serait le retour aux éléments simples, c’est-à-dire à la culpabilité ou à la peccabilité.  

 

Quant à la suppression des deux éléments simples à la fois, ce n’est qu’une parole creuse et privée de sens, comme celle d’« un nombre entier qui ne serait ni pair ni impair ».

 CLIQUER ICI POUR RETOURNER AU DEBUT DES EXTRAITS D'ETHIQUE ET POLITIQUE (post n°1)



[1] Auguste COMTE, Système de politique positive, I, 73. Cité par Henri DE LUBAC, Le drame de l’humanisme athée, Œuvres Complètes., t.II, Éditions du Cerf, 2010, p.169.

   

Ethique et politique (1) Désir de sens, tension ou frustration

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Mise à jour le Jeudi, 28 Février 2013 09:36 Écrit par Henri Hude

Voici maintenant des textes sur la frustration, la culpabilité,  la déculpabilisation, etc. Ils me paraissent éclairants, dans le contexte de nos discussions actuelles sur le mariage.

Il s’agit de sections tirées d’un livre intitulé Ethique et politique, publié en 1992 aux Editions universitaires. Je n’ai pas souhaité rééditer ce livre, aujourd’hui épuisé. Je le trouvais trop imparfait, trop polémique aussi. Les pages dont je publie quelques extraits, à la suite, font partie du chapitre ‘Famille et démocratie’ (pages 129-177).

 

 

 

Pour aider à l'interprétation des événements

 

Malgré leurs imperfections, ces pages peuvent déjà faire réfléchir. Elles aident à mettre en lumière les sources profondes des aberrations sur le mariage, auxquelles se complaît aujourd’hui un Gouvernement au bord de la faillite, aussi pour donner l'impression qu'il a prise sur les événements. Car ne nous y trompons pas : le libéralisme libertaire est un Titanic en train de couler.

 

Le projet qu’on sait sur le mariage n’a d’autre sens que de réaliser, collectivement, une transgression symbolique, dont ses auteurs et promoteurs espèrent qu’elle aura une fonction thérapeutique sur un complexe psychoculturel profond, qui empoisonne leur existence.

 

Sans nous fixer sur le problème homosexuel, qui n’est qu’un fragment d’un beaucoup plus vaste tableau, nous allons dire un mot sur la frustration, puis sur la culpabilité (Éthique et politique, 2). Il faut comprendre pourquoi la famille (jadis) normale représente une source d’intolérable frustration à éliminer par tous les moyens. "Famille, je vous hais !" écrivait André Gide... 

 

 

 

Sous les lois transgressives, un complexe fortement noué   

 

Si nous cédions à la tentation de l'ironie, nous parlerions d'un mélange de sédatif, de laxatif et de Viagra. Mais évitons cela, ainsi que les attaques trop personnelles. Comment essayer de se défaire du complexe ? On peut endormir l'angoisse de la culpabilité, latente et incompréhensible. On peut essayer, par la transgression et l'Autorité, d'instaurer un Sur-moi libertaire susceptible de censurer un Sur-moi névrosant. On peut enfin sans cesse trouver de nouveaux piments, de nouveaux excitants, pour réveiller un désir privé de son sens profond et qui s'éteint sans l'attrait du fruit défendu, sans de toujours nouvelles transgressions. Plus profondément, la transgression devient l'essence de la liberté. Nous sommes là en face, à la fois, d'un complexe psychique noué très fortement et d'un xième chapitre du drame de l'humanisme athée.

 

Mais nous aurions grand tort de désespérer. Au contraire, mon opinion est que ces extrêmes aberrations seront emportées beaucoup plus tôt qu'on ne le pense, par l'effondrement prochain du libéralisme libertaire. Sa version économique - le libertarisme financier usuraire et antipopulaire - est complètement au bout du rouleau. Antipopulaire et antifamilial, le libéralisme libertaire tombera d'un bloc.

 

 

 

Pour éclairer le sens des lois transgressives  

 

(Extrait d'Ethique et politique, p.141-142) Le psychanalyste Viktor Frankl a eu raison de vouloir montrer que le besoin fondamental des hommes n'est pas un besoin de pouvoir, ou un besoin de reconnaissance, ou un besoin de jouissance, mais un besoin de sens. C'est pourquoi sa psychologie est si supérieure, dans son principe, à celle de Freud. La source des angoisses, des culpabilités et des névroses, ce n'est pas la frustration brute, c'est le manque de sens. Ce n'est pas que la sexualité ne tienne une grand place dans l'économie générale des problèmes psychologiques ; mais elle y tient surtout ce rôle en tant qu'elle est quelque chose qui n'accède pas aisément à la signification, surtout dans le cadre du monde moderne et technique.

 

Ce qui est cause d’angoisse ou de névrose, ce n’est pas la­ privation brute de jouissance, mais la frustration de sens – aussi bien dans la jouissance que dans l’absence de jouissance.­ C’est pourquoi une vie dans une continence sexuelle à laquelle nous aurions donné un sens profond serait infiniment moins angoissante et frustrante, toutes choses égales par ailleurs, ­qu’une vie comportant une activité sexuelle intense mais dépourvue de signification cohérente. Et si nous ne comprenons pas bien cela, c’est que nous n’avons pas assez conscience des­ valorisations spontanées et irréfléchies qui définissent à notre insu le sens que nous avons accepté pour notre existence.

 

 

 

La différence capitale entre tension et frustration

 

Il ne faut pas confondre la tension avec la frustration. La tension fait partie de toute existence normale et équilibrée, car nous ne pouvons pas atteindre tous nos objectifs et nombre de nos tentatives échouent. Mais la tension n’a pas, par elle-même, ­ d’effet directement pathogène, parce que nous sommes constitués­ de telle sorte que les tensions quotidiennement créées sont naturellement éliminées par l’exercice de nos fonctions de relaxation, notamment durant le sommeil. La tension n’est donc rien de plus que la matière première de la frustration. Ce qui fait la forme essentielle de­ la frustration d’un bien, c’est le sens et la valeur que nous avons choisi d’attribuer à ce bien.  

 

On ne pourra donc être frustré, par exemple par un certain manque de jouissance, que dans la mesure où on aura préalablement intégré ce qui vient à nous manquer, comme un élément absolument nécessaire et insubstituable dans la sphère des biens fondamentaux qui, à nos yeux, confère à notre existence sa signification. La tension dépend de la nature, la frustration dépend de la culture, de notre philosophie de la vie.

 

Otez une culture vécue et remplacez-là par une autre, vous constatez que la même jouissance, qui était jugée absolument nécessaire, devient facultative - ou l'inverse. (Et la même souffrance, qui était intolérable, devient relativement supportable - ou l'inverse.) La frustration retombe au niveau ­de la simple tension. C’est pourquoi la tension est toujours supportable, sauf si elle devient frustration. Ce changement ne­ se produit pas mécaniquement, par simple accumulation d’énergie ­non dépensée, mais spirituellement, par un affaiblissement de notre adhésion intime au sens dans le cadre duquel il n’y avait, auparavant, que tension. 

 

Celui qui, pour sens de sa vie, choisit de fuir toute tension et de ne rien se refuser, celui-là se condamne à la plus frustrante de toutes les existences, puisque toutes les privations inévitables seront pour lui autant de frustrations insupportables. A cette première frustration s’en ajoutera une seconde, encore plus profonde. En effet, une existence qui a pour idéaux l’hédonisme et l’anesthésie n’est en cohérence qu’avec des métaphysiques débouchant logiquement sur le désespoir à ­travers la frénésie et la désillusion.

 

 

 

 

Supporter les tensions pour préserver le sens

 

La tradition philosophique nomme tempérance la capacité d’une personne à supporter les tensions pour ne pas perdre le sens. Ils voyaient dans la tempérance une vertu, c’est-à-dire une excellence et un pouvoir spécifiquement humains et acquis par­ l’exercice réfléchi. Et ils donnaient avec raison comme signe de ­la vertu, non pas la difficulté à la vivre, mais une certaine facilité avec laquelle on l’exerce et le plaisir intérieur qu’on trouve à la pratiquer.

 

C’est pourquoi il est tout à fait superficiel de juger que l’institution familiale (jadis) ordinaire serait frustrante par elle-même. Il est certain qu’elle impose des limitations raisonnables, mais elle les enveloppe normalement dans une signification existentielle profonde.

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Observations sur un texte de Luc Ferry, 3ème partie

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Mise à jour le Dimanche, 24 Février 2013 21:39 Écrit par Henri Hude

   

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RAPPEL. La chronique de Luc Ferry, parue le 14 février 2013 en page 15 du Figaro, avait pour titre ‘Mariage gay : réponse à mes amis chrétiens’. Ce texte est en ligne, réservé aux abonnés. Il appelle un certain nombre d’observations, dont je livre ici la troisième partie. 

Je tiens à dire, en reprenant, qu’on ne peut équitablement reprocher certains raccourcis à une chronique d’un quart de page de journal. Réussie, elle pourrait être un tour de force.

 

 

 

4ème observation : et si on disait un mot de Newton ?  

 

Pour faire barrage à l’idée de loi morale naturelle, qui est sa bête noire, notre star médiatique en appelle aussi dans sa chronique à l’autorité d’Isaac Newton. Le grand ouvrage du physicien date de 1686. On a vu surgir, depuis, Einstein, Planck, Heisenberg, sans parler des vivants. Toutefois, nul ne peut être surpris qu’on parle encore de Newton, quand il s’agit de philosophie naturelle, ou de philosophie de la nature. Notre star espère sans doute que la référence à Newton apportera de l’eau à son moulin. C’est ce qui m’étonne.

 

Si j’en crois de plus compétents que moi, on peut s’accorder sur le sens de l’intervention de Newton en sciences physiques : critiquer la physique cartésienne, pour laquelle la matière n’était que chose étendue claire et distincte (‘res extensa’, ou, pourrait-on dire, en termes actualisés, ‘espace euclidien-substance’). Newton, sauf erreur de ma part, a généralisé et rendu classique la notion de force, cause de l’accélération des mobiles. La mécanique a ainsi véritablement commencé à exister, le jour où Newton, passant outre à la tyrannie d’un rationalisme scientiste étriqué, a redécouvert l’élément dynamique dans la nature et surtout a trouvé moyen de le mathématiser.

 

Or maintenant, qu’est-ce justement que la nature, la phusis, pour Aristote (Physique, livre 2) ? Non pas d’abord un ensemble d’objets (l’univers ou cosmos), ni le système de lois générales qui le régit, mais un « premier principe interne de mouvement ». En termes moins naïfs et plus actualisés, on dirait : un principe d’accélération, une force, dont l’action est orientée dans l’espace et au long du temps : en un mot, toujours en termes actualisés, une force soumise à des lois.

 

En outre, ces mouvements des corps, pour Aristote, ne peuvent être correctement décrits que si on les comprend comme relatifs à l’existence d’autres parties et lieux de l’univers. Bien sûr, les images cosmologiques aujourd’hui vieillottes auxquelles il s’arrêtait ne sont plus à jour, mais elles ne sont pas à la hauteur de la puissance de ses concepts. Il serait injuste de l’enfermer dans des modèles ou des interprétations trop simples de ses riches conceptions.

 

Par conséquent, nous décrirons sans doute de façon assez correcte l’œuvre de Newton, si nous y voyons la percée décisive en sciences, qu’a rendue possible le retour réfléchi d’un esprit libre et objectif, non sans doute à Aristote, mais à une conception d'ensemble, plus ancienne, plus profonde et plus raisonnable, dont avait voulu s’écarter l’idéologie du matérialisme ‘cartésien’ (au sens vulgaire du mot). Et l’autre grand esprit créatif et scientifique de l’époque, Leibniz, partageait cette orientation.

 

 

 

Newton était aussi un passionné d’alchimie

 

Il y a consacré, dit-on, la moitié de son temps. Si Thomas d’Aquin s’y était intéressé autant qu’Isaac Newton, tous les Ferry de la planète, dans leurs chroniques hebdomadaires, ne manqueraient pas une occasion de le rappeler au public et de taxer Thomas d’inexcusable irrationalité. Disons plutôt que Newton, comme Ampère, comme Heisenberg, comme Pascal, et comme tant d’autres, mesurait l’amplitude et la diversité de notre pouvoir de connaître, et répugnait à le renfermer dans une sphère trop étroite.

 

Puisqu’il parlait de Newton, Ferry aurait dû souligner combien l’idée que ce grand génie avait de la nature était loin d’en exclure la pensée du Principe métaphysique, ni donc celle de loi morale naturelle. Même le point de l’alchimie n’aurait pas été hors sujet, vu le thème de sa chronique. Le but ultime de l’occultisme n’est-il, en effet, le rêve mercurien d’une fabrication de l’androgyne ? Complexités de Newton…

 

 

 

5ème observation : quelques mots sur la philosophie de l’Eros 

 

Newton, pour continuer à parler de lui, avait étudié à Cambridge. Cette Université était riche d’une brillante tradition platonicienne. Newton y fut ainsi marqué par la grande figure de Henry More (1614-1687), théologien platonisant et critique acéré du cartésianisme vulgaire. Or, qu’y a-t-il de plus prégnant dans la philosophie platonicienne, que la pensée de l’Eros ? Mais, qu’est-ce que l’Eros ?

 

L’Eros, vu par le petit bout de la lorgnette (si j’ose dire), c’est aujourd'hui une polissonnerie de bobos. Autrement, c’est le nom donnée par les Platoniciens, au lien du sensible et de l’intelligible – on pourrait dire, du visible et de l’invisible –, et au lien universel entre les êtres visibles. Déjà, la divine Comédie de Dante se termine par le vers fameux,

« Amour qui fais tourner Soleil et toute étoile. »

C’est dans un tel contexte et une telle ambiance (ou d'autres du même genre) que se situe le sexe qui a du sens et de l’humanité.  

 

Newton ayant baigné dans le platonisme de Cambridge, comment pourrait-on exclure de son esprit quelque intuition ou inspiration de ce genre, au principe et au fond de l’invention des lois de l’attraction universelle ? Mais comment alors séparer à la hache l’ordre physique et l’ordre moral ? Et donc comment oser assurer que l’idée de loi morale naturelle serait contraire à la « science » ?

 

A une idéologie de la science, elle s’oppose peut-être, mais au savoir des vrais savants, créatifs, c’est plus que douteux.

 

 

 

L’ordre moral et l’ordre physique ne sont pas objectivement séparés - pas totalement

 

Subjectivement, ils peuvent sembler l’être, parce que notre esprit projette alors au dehors une séparation qui n’existe qu’en lui. Et quand y existe-t-elle ? Quand nous avons coupé la technique de la morale ; car, alors, l’objet de la technique, souvent voisin de celui de la science, paraît en soi quelque chose d’amoral. En un mot, le matérialisme n’est pas un élément de la science, mais une illusion qui naît dans l’esprit d’un technicien qui n'est que technicien. 

 

Le plus grand des penseurs des Lumières, Kant lui-même, dont Ferry se réclame volontiers, est-il si éloigné de semblables pensées ? Sans doute, pour Kant, la nature objet de la raison théorique n’était d’abord que déterminisme et nécessité. Inversement, la loi morale était toute rationnelle et toute liberté, non pas nature. Mais, peu à peu, approfondissant sa propre philosophie, Kant finit par mettre au sommet de sa pensée, dans sa Critique du jugement (1791), l’idée de finalité et l’expérience de la beauté.

 

Il hésita toujours à tirer les ultimes conséquences de leur redécouverte. Toutefois, finalité et beauté étaient seules à ses yeux, et elles sont seules en réalité, capables d’assurer la liaison entre l’ordre de la pensée et celui de l’action, celui de la connaissance et celui de la vie.

 

Quel est donc le rapport entre l’Eros, amour universel, et l’attraction universelle ? Aucun rapport ? Pas si sûr. Et entre la vérité des lois mathématiques formant l’harmonie cachée de l’univers, et cette beauté qui est le nom donné à son harmonie visible ? Aucun ? Sûrement pas.

 

Bien sûr, pour penser comme Platon, il faut méditer et approfondir l’existence.  

 

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Observations sur un texte de Luc Ferry, 2ème partie

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Mise à jour le Dimanche, 24 Février 2013 20:45 Écrit par Henri Hude

 

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RAPPEL. La chronique de Luc Ferry, parue le 14 février 2013 en page 15 du Figaro, avait pour titre ‘Mariage gay : réponse à mes amis chrétiens’. Ce texte est en ligne, mais réservé aux abonnés. Il appelle un certain nombre d’observations, dont je livre ici la seconde partie. Il s’agit d’observations d’ordre strictement philosophique.

 

1ère observation. La loi naturelle et la « sacralisation de la nature »

 

Ferry prétend que l’éthique chrétienne, notamment (d’après le contexte) en matière sexuelle, et en raison de son admission de l’idée de loi morale naturelle, s’inscrirait dans le cadre d’une « sacralisation cosmique de la nature ». On admet assez généralement, tout au contraire, que le monothéisme judéo-chrétien aurait inauguré ou permis une désacralisation du monde physique, une dédivinisation ou un désenchantement de la nature. Autrement, on se situerait encore dans un contexte polythéiste, ou panthéiste. Et saint Paul, dans son texte fameux sur l’homosexualité (Rom., 1, 26-27), argumente son refus précisément à partir du lien logique profond qu’il croit discerner entre le polythéisme et l’homosexualité. Mais quoi qu’il en soit de ce dernier point, la dédivinisation du cosmos par le monothéisme est indéniable, reconnue et admise à peu près de tous, quel que soit le jugement, positif ou négatif, qu’ils peuvent porter sur cette opération.

 

Ferry voulait probablement dire autre chose que ce qu’il a dit. Une star est sans doute excusable en cela.  

 

 

 

2ème observation. Sur la brutalité de la nature

 

L’idée de loi morale naturelle supposerait, écrit Ferry, que le cosmos soit « un ordre divin, harmonieux, juste, beau et bon ». Mais, nous rappelle la star, « la loi de la nature n’est pas faite d’harmonie et de justice, c’est la loi du plus fort. » La nature ne serait donc pas morale, mais amorale, voire vaguement immorale. Pas moyen donc de prendre modèle sur elle, ou d’en user comme norme. Telle serait « la vérité, nous le savons, depuis Darwin ». Et donc exit l’idée de loi morale naturelle. Que peut-on ajouter à cette brillante démonstration ?

 

Que Darwin a publié son grand livre en 1860, et que pas mal d’eau a quand même coulé sous les ponts depuis. Et ce que nous savons aussi, aujourd’hui, c’est, par exemple, les limites de la concurrence vitale. Dans la nature vivante, végétale ou animale, la solidarité (entre les espèces ou les individus) est aussi réelle et a autant d’importance que la concurrence. Mieux encore, la concurrence serait mortelle aux espèces, si elle était trop violente, comme l’expliquait Pierre-Paul Grassé[1]. Ainsi, dans la nature, la solidarité se combine à la concurrence pour former un ordre global viable et dynamique.

 

En somme, il n’y a guère que chez l’homme oublieux de sa loi morale naturelle, qu’on rencontre cette froide immoralité, qu’on a voulu à tort prêter à la nature. Ce n’est donc pas la nature vivante, mais ce sont plutôt les libéraux à la Ferry, en somme, ou à la Milton Friedman, les capitalistes sauvages, et eux seuls, qui croient être « naturels » quand ils se montrent purement cruels et compétitifs.

 

Il n’y a que l’homme immoral à être purement « darwinien », au sens archaïque  (1860) du mot. Tout homme civilisé admet donc un élément de loi naturelle. Les sauvages immoraux, ce sont les économistes libéraux purs, ou les philosophes libéraux légers, incapables d’imiter la nature dans sa juste combinaison de concurrence et de solidarité. Bien entendu, cette combinaison doit s’opérer, dans le genre humain, autrement que chez les insectes ou que dans les forêts, mais qui en a jamais douté ?  

 

 

 

3ème observation. Sur Ferry et les oies sauvages

 

Au reste, quand on parle de suivre la loi morale naturelle, ou même d’imiter la nature, il ne s’agit pas d’abord de prendre modèle sur les animaux les plus édifiants d’un bestiaire. Cela dit, ces derniers sont presque aussi surprenants que les grands fauves médiatiques, insatiables prédateurs de l’« infosphère », selon l’expression du général Loup Francard.

 

Je me souviens d’une soirée passionnante passée chez Jeanne Parain-Vial, Professeur de philosophie à l’Université de Dijon, auteur d’un beau livre sur Gabriel Marcel. Elle prit à un moment la parole pendant le repas et se mit résumer une thèse d’histoire, sur les recueils de sermons médiévaux. Nous nous préparions tous à nous ennuyer ferme, quand elle se mit à parler d’un prédicateur qui donnait en exemple aux pieux villageois  la chasteté des cigognes et la stricte monogamie des oies sauvages. Le bon frère concluait son homélie, racontait-elle à une tablée réjouie, par le récit troublant de la mise à mort d’une cigogne adultère, tuée à coups de bec par ses congénères apparemment outrés de la transgression de la norme spécifique.

 

Elle ajouta ensuite à notre étonnement : les recherches méthodiques des élèves de Konrad Lorenz avaient justement abouti à des conclusions concordant avec les observations empiriques, pouvant se trouver à la base des récits du prédicateur. Et elle nous raconta notamment l’histoire assez désopilante des frasques extra-conjugales du jar Adonis et de leur impact dramatique sur sa carrière de chef de troupe.

 

Alors, chère star, n’y aurait-il pas là beaucoup à méditer, autant qu’à sourire ? Est-ce l’homme qui sort de l’animalité, ou est-ce l’animalité qui se déploie à partir de ce qui deviendra l’homme ? Goethe pensait plutôt de cette dernière façon. Etait-il moins humaniste que vous ?

 

Il y a chez les vivants des normes éthologiques de comportement social, immanentes à la vie de leurs corps sociaux, comme la santé est une norme immanente au corps individuel vivant. Et quel est le rapport, chez l’homme, entre l’animalité et la rationalité ? Entre la sociabilité naturelle et la morale ? Si la morale n’était pas en quelque façon naturelle, la sociabilité ne le serait sans doute pas non plus. Cela est-il soutenable ? J'ai exposé cela dans mon dernier livre, Préparer l'avenir.

 

Si nous sommes des esprits purs, et voulons en être, pourquoi chercher le plaisir ? Si nous ne voulons pas dépendre de la nature, le plus logique ne serait-il pas de commencer par nous détacher du plaisir ? Quelle curieuse absurdité, par conséquent, que de polémiquer contre la nature au nom du plaisir… Car qu’y a—il de plus naturel que le plaisir ? Mais, si nous le cherchons, nous suivons la nature, et alors pourquoi chercherions-nous le plaisir comme nous le chercherions si nous étions des esprits purs ? Pourquoi l’extraire de la vie ?

 

Et si nous sommes dans la vie, dans « le fleuve du vivant », comment peut-il être raisonnable de faire fi, dans l’ordre humain, de ces grandes différenciations, comme celle du mâle et de la femelle, dont il faut bien qu’elles aient comporté des avantages décisifs pour la survie de l’espèce ?

 

L’homme descend du singe par hasard et l’homme n’a pas de loi morale naturelle. Je sais, c’est la science. Bonne fille, elle n’aura garde de contredire une aussi puissante star. Mais croyez-vous, de bonne foi, que ces deux thèses, qu’une logique passionnelle unit, soient logiquement rattachables ? Comment faire  coller le matérialisme crû, pour lequel la culture est dans les gènes et la pensée dans le cerveau en vertu de la rigide nécessité physique, avec l’idéalisme absolu et délirant d’une pensée libertaire et culturaliste, pour laquelle le sexe se dissout dans le genre, le genre dans le langage et le langage dans les représentations imaginaires flottant au milieu des conversations sociales, et qui émergent pour un temps de consensus aussi fantaisistes qu’arbitraires ?

 

Quand la star emploie le mot « nature », elle entend toujours ‘les choses matérielles’, les objets dont l’ensemble forme l’univers physique, ou les lois physiques de ces systèmes d’objets. Sur quoi, elle déclare triomphante que l’homme n’est pas un objet physique et qu’il est donc impropre de parler de l’être humain en employant le mot de nature. Et d’incriminer là-dessus Aristote et saint Thomas. C’est clair. Mais c’est pitoyable.

 

Un seul indice : saint Thomas parle à tout bout de champ de la « nature divine », au sens de nature de Dieu, comme on parle de nature humaine, au sens de nature de l’homme. A-t-il jamais prétendu que la nature de Dieu en ferait le sujet des lois physiques dont il est le créateur ? 

 

Surtout, tant de questions subtiles forcent à abandonner les dualismes artificiels et khâgneux de la nature et de la liberté, de la nature et de la culture, de la nature et de l’esprit, de la nature et du social, etc. Il s’agirait de penser en décideur responsable, en savant sérieux, de penser sérieusement cette unité de l’animal raisonnable. Le faire, c’est voir se pulvériser une idée simpliste de nature en un sens physique univoque, et c’est voir émerger le fait original de la nature humaine, si gênante pour tout arbitraire postmoderne.

 

En un mot, il faudrait réfléchir. Mais, ce serait prendre le risque de voir l’opinion perdre le pouvoir sur la vérité, les médias sur la science, la sophistique sur la pensée. Nous ne serions plus une star. Et puis, si on ne peut plus mentir entre « amis », ce n’est plus la peine de jouer, comme dirait Pagnol. 

 

Je vois bien qu’il faudra des troisièmes observations, et peut-être des quatrièmes. A très bientôt.  

 

CLIQUER POUR ALLER A LA 3ème PARTIE  

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[1] L’Évolution du vivant, matériaux pour une nouvelle théorie transformiste (Albin Michel, 1973).

   

Observations sur un texte de Luc Ferry. 1ère partie

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Mise à jour le Dimanche, 24 Février 2013 20:37 Écrit par Henri Hude


Voici une semaine, un ami m’a apporté la photocopie d’une chronique de Luc Ferry. Parue le 14 février 2013 en page 15 du Figaro. Elle a pour titre ‘Mariage gay : réponse à mes amis chrétiens’. Ce texte est en ligne, mais réservé aux abonnés. J’en citerai des extraits. Il appelle en effet un certain nombre d’observations, dont je livre aujourd’hui la première partie.  

 

 

 

Notre très médiatique star de la philosophie, et accessoirement de la politique,

 

rappelle que la loi sur le mariage gay a été adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale. Elle nous informe de sondages assurant que deux Français sur trois approuveraient nos graves législateurs. Elle fait alors état de son intention de « dire ici à (ses) amis chrétiens pourquoi il (lui) semble que leur combat était dès l’origine mal engagé ». Ses « amis » ne peuvent que lui en être reconnaissants.

 

La très médiatique star, avant de nous expliquer pourquoi la religion, une fois de plus, est complètement à côté de la plaque, proteste de son « respect pour les religions ». Elle en donne pour preuve, ou du moins pour indice, ses relations privilégiées et ses collaborations littéraires avec deux membres du collège cardinalice. Bien joué. Ses relations ne s’arrêtent pas là. Saint Jean l'évangéliste serait son compagnon de solitude préféré. Gageons qu’il l’introduira directement à Dieu le Père, ou plutôt à Dieu parent 1 ou 2. 

 

 

 

Ma différence originelle avec certains cardinaux,

 

c’est que je ne suis pas issu d’un milieu catholique, que je devrais me faire pardonner, mais de générations farouches de bouffe-curés. Et ce dont je suis sûr, c’est qu’aux temps vigoureux de mes ancêtres, rationalistes et anticléricaux, des aménités patelines comme celle de Ferry auraient été qualifiées de « propos faux-cul de curé-manqué ». Mais enfin, soyons bon chrétiens, c’est-à-dire considérablement naïfs, réjouissons-nous de l’amitié d’un homme si tolérant et venons-en au fond.

 

 

 

La très médiatique star de la philosophie énonce sa thèse centrale :

 

« La condamnation par l’Eglise de l’homosexualité (…) s’appuie sur une conception de la nature qui n’a plus cours. » Il s’agirait de la vieille conception pré-galiléenne du « cosmos » et c’est dans le cadre de cette « sacralisation cosmique de la nature » que l’Eglise pourrait justifier sa définition de tel comportement comme « désordre », « antinaturel » et « péché majeur » (dixit Ferry). L’Eglise agirait ainsi « comme si la nature était notre code, comme si elle (la nature) pouvait fixer la norme ». Or cela est insoutenable, nous dit la star, pour les raisons philosophiques que nous verrons[1]. (Mais avant d’en venir à ces raisons philosophiques, faisons quelques premières observations, d'ordre plus théologique.)

 

L’Eglise catholique, machine à émettre des « condamnations », comme chacun sait, appuierait donc lesdites « condamnations » sur des « conceptions », c’est-à-dire des principes philosophiques, et il se trouve que ces principes seraient surannés. Elle (l’Eglise) aurait donc besoin d’une piqûre de charité et d’un bon lifting philosophique, quelque chose – en somme – comme une philosophie de l’amour.

 

 

 

L'ignorance crasse de Luc Ferry

 

Si Ferry avait consulté sur ce point ses éminentes relations, elles lui auraient appris que saint Paul, collègue de saint Jean, sans doute moins charitable, a écrit dans sa Lettre aux Romains des lignes particulièrement énergiques sur le sujet (chap. 1er, versets 18-28 et surtout 26-27).

 

Comme on est dans un pays libre, je ne citerai pas saint Paul, qui serait sans doute aujourd’hui traduit en correctionnelle. Il faudra sans doute un jour, en France, pour assurer un meilleur respect des droits fondamentaux, censurer les éditions de la Bible.   

 

Sur la morale, en particulier sur la morale du corps, et du sexe, et sur les rapports subtils et profonds entre la loi et la nature, la nature et la raison, la nature et la conscience, etc., il existe un texte récent et puissant, traitant de manière actualisée de ce qu’on appelle la « loi morale naturelle ». Il s’agit bien sûr de l’encyclique Veritatis Splendor (surtout ch.2, sections I et II). Ce texte n’est pas signé par Innocent III ou par Boniface VIII, mais par Jean-Paul II. J’ai participé à sa présentation dans un ouvrage en italien préfacé par le cardinal Ratzinger. Si l’on veut savoir ce que l’Eglise pense de la nature, dans son rapport à la loi morale, il faut lire attentivement ce texte. Après quoi, il est contraire à la plus élémentaire honnêteté d’écrire que l’Eglise penserait sur ces sujets « comme si la nature était notre code, comme si elle pouvait fixer la norme ». Ferry se ridiculise en parlant d’un sujet qu’à l’évidence il ne connaît pas, et, plus grave, de choses qu’il ne voit même pas.  

 

                                                                     


  

Sauf erreur de ma part, l’Eglise agit donc ici, non par soumission à l’autorité de « conceptions » philosophiques, surannées ou non, mais par fidélité au contenu explicite et formel de la révélation dont elle est dépositaire, et dont la norme première se trouve dans l’Ecriture sainte. Et c’est dans ce dépôt même qu’elle trouve la pensée d’un rapport, mystérieux j’en conviens, entre la moralité et la nature.

 

La star n’a probablement pas lu non plus le texte du grand rabbin Bernheim (surtout sa dernière section), auquel Benoît XVI a lui-même fait référence.  

 

Bref, quand on a la moindre connaissance de la question, on sait que Ferry, sur ce sujet, ne dit rien qui ne manifeste son ignorance.   

 

Mais comme je n’ai, et ne prétends à, aucune autorité en matière de foi ou de théologie, je laisse ces disputes à d’autres plus qualifiés ou plus légitimes. Et je me limiterai dans la seconde partie à des considérations d’ordre purement philosophiques.

 

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[1] Voir 2ème partie de ces Observations.

   

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