Henri Hude

La signification politique de l'élection du pape François

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Mise à jour le Mardi, 02 Avril 2013 12:04 Écrit par Henri Hude

Ce texte paru dans la revue mensuelle La Nef du mois d'avril 2013 a été écrit peu après l'élection du pape François,  en étroite coopération avec Thomas Hude, 29 ans, ancien élève de l'ENS-Ulm (mathématiques) et d'HEC, à partir d'idées originales de ce dernier. Il exprime la vision commune à deux générations de catholiques français, à travers la diversité de leurs formations et de leurs expériences. 

 

 

  Pour essayer de dégager la signification de l’élection du pape François, posons la question suivante : « L’élection du pape argentin représente-t-elle le début de la fin du libéralisme idéologique, troisième grande idéologie sortie de la philosophie des Lumières, comme l’élection du pape polonais a représenté le début de la fin du communisme ? »

 

 

 

Précisons la question

 

 

1° Il faut distinguer le libéralisme, en tant qu’idéologie philosophique et politique, d’avec le capitalisme, en tant que système de liberté d’entreprise et de propriété privée. Le capitalisme est une dimension nécessaire de toute société libre et une condition nécessaire du développement économique et du progrès social. Sans cette distinction, toute opposition au libéralisme sombre dans l’utopie, puis l’autoritarisme.

 

 

2° Le capitalisme peut être détourné par l’idéologie. Il devient alors un capitalisme libertaire, purement financier, oligarchique et malthusien, dont les résultats effectifs, quand on oublie la propagande, sont l’inégalité et la pauvreté. Le capitalisme industriel et entrepreneurial, ainsi que les peuples, sont les premières victimes du libéralisme idéologique.

 

 

3° L’idéologie libérale-libertaire est aujourd’hui solidaire du système économique et financier mis en place au cœur de l’empire américain. Critiquer ce système, ce n’est pas être antiaméricain, pas plus que ce n’était être antirusse que de critiquer le communisme. Car ce système d’oligarchie impériale, loin d’être fondé sur les vraies valeurs des Etats-Unis, va au contraire à l’encontre des intérêts vitaux de leur peuple et de ses valeurs traditionnelles – valeurs de libre-entreprise, de famille, de religiosité, de droits civiques, et de confiance dans l’avenir.

 

 

 

 

Les deux oppositions à l’annonce de la foi

 

Depuis que le Christ est sorti du tombeau, l’Eglise catholique, dans l’annonce de la foi, s’est trouvée successivement (ou simultanément) contrariée par deux sortes de politiques, l’une autoritaire, et l’autre libérale.

 

 

La première dénonce le christianisme comme la religion des esclaves en révolte, promotrice d’une liberté anarchique, dangereuse pour l’ordre et l’autorité. Ce fut la politique des empereurs romains, ou des empereurs asiatiques, ou encore celle des nazis.

 

 

La seconde politique est au contraire de dénoncer le catholicisme comme la religion des maîtres, durement hiérarchique, opposée à la liberté dans tous les domaines.

 

 

L’enseignement du Christ s’oppose à ces deux logiques. A l’esclavage externe, qui est une conséquence du péché, et, inversement, « qui commet le péché est esclave du péché ».

 

 

C’est ainsi la liberté que le Christ a portée au monde.

 

 

Quand on nie cet enseignement, la liberté vire à l’arbitraire et se trouve peu à peu dissoute par l’abus de la liberté, le droit par l’abus du droit. C’est ce que fait l’idéologie libérale-libertaire et c’est là, de plus en plus, la seule politique vraiment contraire au développement de l’Eglise en Occident.

 

 

En Asie (comme jadis dans l’Antiquité occidentale), le christianisme est plutôt perçu comme une force de renouveau philosophique et politique, qui s’oppose aux grands autoritarismes traditionnels. On peut prévoir que l’humanisme, d’origine en partie chrétienne, et incorporé dans la technique ou dans les sciences, finira par pénétrer partout. A terme, le catholicisme (œcuménique, diversement acculturé, et devenu plus concrètement universel) n’aura plus qu’un seul grand vis à vis, le libéralisme idéologique. C’est ce que croyait John Henry Newman, qui écrivait : « A la fin, il n’y aura plus que des catholiques et des libéraux. »

 

 

 

 

Fin de cycle

 

 

Pourquoi peut-on aujourd’hui estimer que cette idéologie libérale, qui semble triomphante, se trouve près de sa fin ? Expliquons-le en résumant l'histoire.


 

Une fraction des élites européennes, ayant rejeté le Christ, au XVIIIème  siècle, et s’étant emparé du pouvoir dans le monde, a voulu conserver les acquis historiques du christianisme, notamment la raison et la liberté. Cette raison sans foi, cette liberté sans Dieu, c’est la philosophie des Lumières.

 

 

Dans l’ordre politique, cette philosophie a engendré trois grands systèmes idéologiques : le libéralisme, le communisme, le nazisme. Chacun s’est imposé par la violence. Puis, ils se sont fait la guerre. Les deux premiers ont dévoré le troisième. Puis le second a été dévoré par le premier.

 

 

Demeuré seul, le libéralisme a perdu toute mesure. Il a rompu avec la Raison et le Devoir. Économiquement, à force de sacrifier le développement industriel et le bien commun économique de tous, au profit des intérêts financiers d’une minorité, il a conduit à une récession terrible dans presque tous les pays développés, partiellement masquée par la prospérité insolente d’une oligarchie notamment financière. Les pays qui ont les économies les plus fortes sont ceux qui ont un capitalisme entrepreneurial et industriel et pas d’oligarchie financière libérale.

 

 

Ce mouvement de concentration des richesses dans les mains d’une oligarchie s’accompagne d’une tendance à la concentration des pouvoirs et d’un effacement de la démocratie réelle : le premier intérêt des peuples et de leur liberté est au contraire le développement économique et le progrès social, grâce à un capitalisme entrepreneurial et non financier.

 

 

 

 

Le libéralisme a perdu le peuple

 

 

La raison pour laquelle ce libéralisme est peut-être près de sa chute, c’est qu’il a perdu les peuples. Et si les mécanismes démocratiques ne sont pas dissouts, ou détournés, il aura bientôt perdu la majorité.

 

 

C’est pour cela que le libéralisme idéologique va s’opposer de plus en plus à la démocratie. Il va le faire à sa manière : en prenant dans une tenaille toutes les forces populaires attachées au bien commun économique et démocratique, aimant la justice sans violence, et travaillant à une réforme sérieuse du système. Les deux mâchoires de la tenaille seront, d’une part, sa propre puissance (financière, institutionnelle et médiatique), d’autre part tous les extrémismes (réels ou supposés, spontanés ou fabriqués) : réactionnaires, nationalisme, populisme, fascisme, islamisme, anarchisme.

 

 

Et en premier lieu, elle favorisera un néo-communisme postmoderne, libertaire, brouillon et anticapitaliste, qui est une impasse politique et économique, et qui partage au fond le même idéal de liberté arbitraire et transgressive.

 

 

La base politique du libéralisme idéologique, c’était le peuple, auquel il promettait l’égalité. Il lui faisait cette promesse, le plus souvent, par l’intermédiaire de faux partis populaires, de partis soi-disant travaillistes, socialistes, etc. Ces derniers étaient rarement autre chose en fait que des partis libéraux-libertaires bis avec un faux nez socialiste. De là de fausses alternances et des espoirs toujours déçus.

 

 

Par exemple, la grande libéralisation idéologique de l’économie française a eu lieu sous la présidence de François Mitterrand.

 

 

Et comme cette libéralisation n’a pas été accompagnée des investissements, de la stratégie et des réformes nécessaires, elle se traduit par la mort économique des classes populaires, et d’une grande partie des classes moyennes.

 

 

 

 

Hypocrisies libertaires

 

 

Comment compenser parmi les classes populaires les effets dévastateurs de la récession ? Que peut-on donner, comme aliment de substitution, au besoin de développement économique et de liberté politique ? Réponse : la démolition des structures familiales et religieuses, où les peuples puisent la substance de leur résilience et de leur dignité. L’exemple caricatural, c’est la frénésie d’imposition du « mariage homosexuel », dans un pays dont la première préoccupation est le travail et la survie économique.

 

 

Mais, cette vieille recette fonctionne de moins en moins bien, avec l’aggravation de la crise économique et le caractère monstrueux de certaines inégalités. Et en essayant seulement d’imposer un dogmatisme nihiliste dans un contexte de crise majeure, non seulement il n’arrive plus à conserver le soutien populaire, mais encore il jette dans l’opposition tous les conservateurs. En outre, il risque de faire l’union contre lui des élites conservatrices et des masses populaires. Et cela pourrait se produire dans le monde entier.

 

 

Il est donc très probable que nous soyons à la fin du grand cycle idéologique qui a commencé au XVIIIème  siècle. Le libéralisme se radicalise, preuve qu’il a perdu l’initiative.

 

 

 

 

Le libéralisme vire à l’autoritarisme

 

 

Excessif, il prétend imposer tout et n’importe quoi en matière de politique familiale et éducative.

 

 

Autoritariste en matière de politique économique, il se montre capable d’imposer à de nombreux peuples d’Europe et dans beaucoup d’autres pays des traitements inhumains d’austérité et de régression économique et démocratique, dans le seul but de préserver l’intérêt des créanciers et de cette oligarchie libérale.

 

 

C’est la même logique de raidissement qui est à l’œuvre en matière d’influence dans le monde. Sous le paravent de beaux principes habilement pervertis (liberté des marchés, démocratie, droits de l’homme), il devient de plus en plus une volonté de domination impériale, brutale et militariste, révélant une conception de l’économie de plus en plus orientée vers le profit d’un certain nombre de groupes d’intérêts, bien souvent au détriment des intérêts du peuple des Etats-Unis.

 

 

 

 

De la Pologne à l’Argentine

 

 

Telle est la situation dans laquelle les cardinaux, inspirés par l’Esprit-Saint, ont élu le pape François. Son élection, sa personnalité replacent l’Eglise catholique au cœur du peuple et le peuple au cœur de l’Eglise.

 

 

Tout comme la Pologne était un des pays qui avait le plus souffert de la domination communiste, de même l’Argentine est l’un des pays qui a le plus souffert de la domination du libéralisme. Son économie et sa structure sociale ont été plusieurs fois ravagées par divers intérêts oligarchiques et impérialistes, sous couvert d’une politique soi-disant libérale ou anticommuniste. Là où il y avait encore, au début du XXème siècle, un pays déjà développé, nous avons assisté à l’installation progressive de la misère, de l’inégalité et de la violence sociale, qui sont autant d’atteintes aux droits de l’homme.

 

 

L’origine du pape et sa vie consacrée aux pauvres, sont donc aussi significatives pour l’Eglise et l’homme d’aujourd’hui, que l’élection du pape polonais aux temps du mur de Berlin.

 

 

 

 

Un nouveau combat pour les droits de l’homme

 

 

Le pape François n’engagera pas une lutte politique. Elle n’est pas de son ressort. Mais son élection, sa personnalité, son orientation vont soulever une onde de choc.

 

 

Pour redonner décence et visage humain à la liberté économique, il faut autre chose qu’une révolte communiste de plus, inspirée encore une fois par cette passion d’indépendance absolue, qui n’est matrice que de violence et d’injustice.

 

 

Les catholiques de tous les pays, et tous les réformateurs de bonne volonté, y compris aux États-Unis, vont mieux voir la juste perspective  du combat pour les droits de l’homme, la démocratie et le développement.

 

La plus grande manifestation de l'Histoire de France

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Mise à jour le Lundi, 25 Mars 2013 16:37 Écrit par Henri Hude

 Voici mon commentaire de la manifestation du 24 Mars 2013. Je m'exprime ici en tant que citoyen et en tant qu'universitaire français, dans la plénitude des droits et devoirs attachés à cette qualité, exerçant aussi ma responsabilité intellectuelle et sociale d'écrivain, d'homme de science et de philosophe.

 

Paris vient d’accueillir la plus grande manifestation populaire de toute l’Histoire de France.

 

Beaucoup pensaient que son ampleur n’égalerait pas la première : c’était une erreur. Cette manifestation du 24 mars 2013 confirme donc et renforce les enseignements de la précédente. Le 13 janvier, nous étions un million, nous avons atteint sans doute le million et demi, la prochaine fois nous reviendrons deux millions. Ne parlons pas des évaluations du Pouvoir et du Léviathan médiatique : le Docteur Goebbels n’est pas mort. Cette observation nous met au cœur du sujet : le Peuple français se trouve en face d’une nouvelle entreprise totalitaire. En quoi consiste-t-elle ?

 

 

 

Comme dans toute idéologie, il y a au principe une volonté arbitraire d’indépendance absolue.

 

L’idéologue des Démons de Dostoïevski en a donné pour toujours la formule achevée : « Je commence avec la liberté absolue et j’aboutis à la dictature parfaite. » C’est la logique de Robespierre. C’est la logique de Lénine. C’est la logique de Peillon, c’est celle de Taubira. C’est la logique totalitaire, partout et toujours, qui produit toujours le même résultat, le despotisme, en vertu d’une force des choses. Car il s’agit de transformer un Peuple en une Communauté de transgression, menée à la baguette par une secte d’idéologues.

 

 

 

Ce que les totalitaires nomment « égalité », ce n’est pas la justice, dont ils se moquent. C’est une sorte de religion

 

C’est une communion transgressive entre dévots de la liberté absolue. Cette communion se réalise toujours par une action politique, symbolique et sacramentelle, qui peut être le meurtre d’un monarque ou l’assassinat d’une classe, le renversement d’un autel, la suppression de la propriété privée, ou l’élimination d’une race. Ce pourrait être aussi l’infanticide, ou le suicide, ou le parricide collectif. De notre temps, un parti-secte a décidé l’abolition du couple et de la famille. C’est là son sacrement. C’est là son culte. C’est sa communion, son Egalité. C’est là qu’il jouit et s’adore. Et, comme toujours, l’Homme est sa victime.

 

                                                        

 

Les idéologues forment une secte.

 

La secte engendre un parti totalitaire. Le parti manipule la démocratie, l’annule, domine l’Etat. L’Etat absorbe la société. Toute opposition est broyée. La secte est heureuse.

Malgré leur unanimité, les idéologues divergent. Chacune des passions qui se disputent le cœur humain fabrique sa propre idéologie. Toutes unies pour détruire l’Homme et sa liberté, les idéologies se font des guerres plus inexpiables encore que ne firent jamais les religions.  

 

                                          

 

Il est totalement inutile de raisonner avec les idéologues. Car ce qui est perverti, chez eux, c’est la raison.

 

Celle-ci devrait être le moyen de résoudre nos problèmes. Investie par l’idéologie, c’est la raison qui devient le cœur du problème et le fondement même du totalitarisme. Le pouvoir de questionnement radical est le fondement de l’esprit scientifique et la base de la philosophie. C’est ce questionnement qui rend l’Homme sûr à la fois de la vérité et de sa liberté. Car il n’y a pas de réponse, pour qui n’a pas de question. Mais chez les idéologues, ce pouvoir de questionner devient une méfiance paranoïaque, une manie de douter, une rage de nier, un besoin de se refuser. La raison devient folle et s’endort, « engendrant des monstres » : moule à préjugés, machine à systèmes, prétexte à bourrer le crâne et à interdire de questionner. Puisque le peuple désormais pense comme nous, il n’est plus nécessaire qu’il pense. L’important est qu’il communie dans notre Egalité de transgression. Telle est l’idéologie.  

 

 

 

Le Peuple français fait face à une entreprise totalitaire.

 

 Nous n’assistons plus au déroulement d’un jeu politique ordinaire. Le Peuple n’est pas même en face d’un coup d’Etat permanent. Il fait face à une entreprise d’usurpation visant à lui imposer une autre constitution – plus encore, une autre constitution anthropologique. Nous sommes en face d’un pouvoir législatif qui usurpe le pouvoir constituant et qui l’usurpe absolument. Nous sommes en face d’un pouvoir constituant mégalomane et illégitime, qui prétend changer la nature humaine, la manipuler à sa guise, se saisir des esprits, embrigader la jeunesse et réprimer toute dissidence. Nous sommes bien en présence d’une entreprise totalitaire. L’heure est donc à la Résistance, jusqu’à la Libération, et à la Renaissance.

 

 

 

Quelle est la force réelle de l’entreprise totalitaire ? Elle est faible ! Et le Peuple est fort !

 

Le Peuple prend de plus en plus conscience de sa force et de sa résolution. Il y avait hier à Paris une représentation d’une bonne moitié de l’élite française, pour réclamer un pouvoir qui respecte la famille. Et il y aurait pu y avoir en même temps un autre million et demi entre la République et la Bastille, pour réclamer un pouvoir effectivement social, qui défende le travail des Français. Il est probablement inévitable que les deux mouvements finissent par converger contre le totalitarisme nihiliste et l’oligarchie, non seulement en France, mais peu à peu dans toute l’Europe, et, on l'espère, aux États-Unis. 

 

 

 

Le pouvoir devrait prendre conscience de sa faiblesse.

 

D’abord, il ne vit que d’emprunts. Les banques, l’an dernier, n’ont plus acheté ses bons du trésor. Elles ont été remplacées par l’intervention de fonds souverains asiatiques et moyen-orientaux. Si les émirs ne lui font pas un chèque toutes les trois semaines, si les Français n’achètent plus d’assurance-vie, le pouvoir est en cessation de paiements. Ce pouvoir déjà dans la main de puissances étrangères serait à la merci d’une grève de l’impôt.

 

Ensuite, ce pouvoir est sans appui démocratique et populaire. Le système médiatico-partisan est encore monté de telle sorte que le fonctionnement biaisé des institutions lui permet de conserver encore une apparence démocratique. Mais l’opinion publique est clairement consciente du caractère désormais non représentatif du régime.

 

Ce pouvoir a perdu le peuple. Impuissant, ou complaisant, ce pouvoir semble n'être là que pour laisser faire l’argent et laisser mourir le travail. La France est ainsi privée de capitaux qui vont égoïstement s’investir là où est possible une inégalité maximale, accroissant aussi maximalement l’inégalité en France. Pour cette raison, le pouvoir a perdu le peuple, les pauvres pullulent, auquel il refuse l’égalité économique et la dignité du droit au travail.

 

Ce pouvoir qui est si dépendant des grandes compagnies internationales, persécute le petit et moyen patronat, seul qui investisse encore dans ce pays pour y donner du travail à nos compatriotes.

 

Ce pouvoir va perdre mêmes les fonctionnaires, qu’il va devoir tondre à leur tour, et licencier, pour obéir aux ordres des syndicats d’usuriers et de leurs fondés de pouvoir (OMC, FMI, etc.).

 

Avant d’en venir là, il va mettre en péril la sécurité de la France, en abaissant follement le niveau de nos forces armées.

 

Quelle honte que le nom de « socialisme » en soit venu à désigner ce qu'on aurait cru son contraire : cette « soif de l’argent qui gangrène le monde » (François, 24/03/2013), et l’individualisme radical.  

 

Ce pouvoir n’a même pas la force physique entre ses mains. Quel officier de gendarmerie, quel officier de police, commandera de matraquer un peuple non violent, le jour où, par dizaine de milliers, sans violence, sans porter de coup, mais juste en avançant, et décidés à se laisser au besoin frapper sans reculer, comme faisaient les Indiens menés par Gandhi, il avancera, déterminé à sauver sa liberté, son travail, sa dignité d'homme et de femme, et franchira les barrières ? 

 

 

 

Le pouvoir voudrait salir le Peuple et lui prêter des sentiments de haine ou de discrimination, juste parce qu’il n’a rien à faire de son idéologie.

 

 Mais voilà que les nihilistes se trouvent désarmés, dépités, en présence d’une amitié naissante et rayonnante entre tous ceux qui, aussi différents soient-ils, ont en commun de refuser la persécution et la normalisation idéologique. Les Français veulent tout simplement demeurer des hommes et des femmes, tels que les a faits la nature, ou tels que les faits Dieu, et tels que la raison leur conseille de demeurer, avec son bon sens si bien partagé.

 

Le pouvoir est faible parce qu’il cimente contre lui l’unité du peuple en sa diversité. Le Peuple découvre avec stupeur que la laïcité aux mains des totalitaires s’est muée en fanatisme idéologique. Le despotisme fabrique ainsi contre lui-même une fraternité nouvelle et jusqu'alors inconnue de toutes les religions et de toutes les philosophies, autant que de toutes les races. Il ne pourra plus la dissoudre. 

 

 

 

Ce pouvoir n’a pas de force, car il a déjà perdu sa légitimité profonde.

 

Le pouvoir détruit le travail. Il entend en outre détruire le mariage et la famille. Ce pouvoir qui démolit les cadres moraux les plus essentiels est incapable, par suite, de lutter contre l’insécurité croissante. Et ce sont des gens-là qui prétendent, en plus, faire la morale aux jeunes et leur bourrer le crâne avec des folies idéologiques, comme si on était en Chine populaire ?

 

Le pouvoir est failli. Il menace de jeter la France dans une guerre lointaine, probablement pour complaire aux puissances dont les financements prolongent sa survie. Et c’est ce même pouvoir, parvenu à l’extrémité du discrédit possible, qui se lance dans une entreprise totalitaire et prétend passer avec mépris le licou à des millions et des millions de Français, juste parce qu’il est habile à manipuler les médias et le système des partis ? Eh bien cela ne sera pas !

 

Ce pouvoir dresse désormais contre lui et les conservateurs et le peuple, au moins la moitié de l’élite et de ceux qui payent les impôts et souscrivent aux emprunts d’Etat.

 

Si les forces populaires ont de la présence d’esprit, elles comprendront que le moment est venu et que c’est maintenant qu’elles peuvent renouveler le syndicalisme et sauver le travail. Elles ne le sauveront qu’en juxtaposant à la Manif pour tous, ou en injectant en elle, une dimension de Manif pour le Travail pour Tous.

 

 

 

Quand un pouvoir a gravement failli à toutes ses obligations et qu’il veut mettre le Peuple à genoux, il prend le risque que le Peuple le mette à pied et le punisse 

 

Il existe toujours au-dessus des pouvoirs constitués un Pouvoir supérieur et constituant. Ce pouvoir reste le maître et le juge.

 

Le jour venu, il peut renvoyer devant la juridiction qu'il constituerait certains individus qui, ayant eu à exercer les pouvoirs constitués, auraient manqué à leurs devoirs et posé des actions susceptibles d’être qualifiées de forfaiture et d'atteinte aux intérêts vitaux de la nation.  

 

 

Face au fanatisme totalitaire, un Peuple peut prêter serment de ne plus se séparer sans avoir rendu sa Constitution à son pays.   

 

Le Peuple est fort. Non seulement il se compte et mesure à la fois la faiblesse du pouvoir et sa propre force. Mais plus encore, il sait qu’il EST le Peuple, qu'il a pour lui le droit et la raison, la justice et la tolérance, et qu’il lutte contre le totalitarisme. Il est déterminé à opposer une Résistance farouche, jusqu’à la Libération. L’Ordre Nouveau ne passera pas.

 

 

 

Et maintenant ? - On peut désormais prévoir trois choses :

 

1. Le Peuple va se déclarer en permanence – ou, en tout cas, en manifestation permanente contre le Totalitarisme et pour la Liberté.

 

2. Le peuple qui exige du Travail pour tous, et tous les participants de la Manif pour tous, vont un jour se rejoindre et faire Peuple ensemble, contre le totalitarisme libertaire.

 

3. Les dates des deux prochaines manifestations seront probablement le 1er mai 2013 et le 14 juillet 2013. 

   

Ethique et politique. Sur l'ordre moral à rebours

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Mise à jour le Jeudi, 21 Mars 2013 11:53 Écrit par Henri Hude

Le texte qui suit définit le Nouvel Ordre Moral A Rebours (NOMAR) et explique les mécanismes pervers par lesquels il s'impose.  

La démocratie a besoin de raison, et de conviction raisonnée. Le raisonnement demande un effort. La conviction raisonnée en est le fruit, la récompense. La force de la raison est au centre de la force de la liberté. 

Travail, Etat de droit, Libertés publiques, Démocratie, Solidarité, Famille : c'est un seul et même combat aujourd'hui, contre le dogmatisme nihiliste, qui inspire le dernier grand projet idéologique totalitaire.

Le texte qui suit est extrait du premier chapitre d'Ethique et politique, mon premier livre de philosophie morale et politique, publié en 1992, aux Editions universitaires. Ce texte ne me semble pas avoir vieilli. Enrichi de quelques additions plus actuelles, je souhaite qu'il fasse réfléchir.

 

 

                                                                   

 

        

La ruse du NOMAR (Nouvel Ordre Moral A Rebours) 

 

        [Après ces définitions, je veux énoncer] la thèse que je vais démontrer : il y a des jugements de valeur vrais, fondés en raison.

 

        Il y a des valeurs que la raison reconnaît pour siennes. Autrement dit, il existe des jugements de valeur vrais. Cela se démontre. Au moins démontre-t-on qu’il existe là dessus un consentement universel. L’affirmation peut surprendre. Elle est néanmoins certaine. Autrement dit, tout le monde admet l'existence de valeurs vraies. (On diffère donc seulement sur leur identification précise, pas sur l'affirmation de leur vérité. Et prétendre le contraire est une erreur, ou une ruse.) En voici la preuve.

 

       Je donne ici aux jugements de valeur le nom de "propositions morales" (...). J'appelle proposition morale une proposition qui peut fonctionner comme principe de décision personnelle.   

         Divisons les gens en deux catégories. Dans l’une mettons tous ceux qui admettent l’existence de propositions morales vraies ; dans l’autre tous ceux qui disent ne pas l’admettre. Je dis que la seconde catégorie est vide et je le montre. 

         Mon moyen de démonstration consiste à établir que même les personnes classées par erreur dans la seconde catégorie admettent aussi bien que les autres l’existence de propositions morales vraies. Or tel est le cas. Voyons-le d'abord en général, puis plus en détail. 

 

         Si je dis en effet : il n’existe pas de proposition morale vraie, je prétends énoncer une proposition vraie. D’autre part, cette proposition fonctionnera fréquemment comme critère dans mes choix, ou comme principe dans mes décisions personnelles. Donc, c’est pour moi une  proposition morale et que je tiens pour vraie. Donc si je dis : il n’existe pas de proposition morale vraie, j’admets l’existence d’au moins une proposition morale vraie. (Et si je prétends le contraire, je me moque du monde). Ce n'est pas tout.  

 

       Si j'admets cette première proposition morale et la tiens pour vraie, cette proposition va se trouver pour moi au principe d’un très grand nombre d’autres propositions qui feront corps et système avec la première, et que je tiendrai toutes pour morales et vraies en raison de leur accord avec la proposition principielle. Conclusion : si je nie l’existence de propositions morales vraies, j’admets en réalité un système de telles propositions morales vraies. Par conséquent, je ne nie pas vraiment l’existence de propositions morales vraies. 

 

         C’est ainsi que les deux catégories en question s’accordent pour admettre des propositions morales vraies, puisque celle qui serait contre est vide. Cela signifie que tout le monde admet l’existence de propositions morales vraies. C’est ce qu’il fallait démontrer.

 

 

L'exigence actuelle de la laïcité, c'est la séparation du nihilisme et de l'Etat.

 

         Voyons maintenant les choses plus en détail et reprenons chacun des éléments du raisonnement (...). 

 

         «Si je dis qu’il n’existe pas de proposition morale vraie, je prétends énoncer une proposition vraie.»

 

         Il n’y a pas lieu d’en douter, car il s’agit d’un fait manifeste à l’observation. Chacun connaît ou peut connaître un très grand nombre de gens qui se disent sceptiques en matière morale. Le vrai scepticisme, c'est l'interrogation. Quand on dogmatise des négations, on n'est pas sceptique, mais dogmatique. Et l’expérience montre en effet que, loin d’être libéraux comme ils se vantent de l’être, ces sceptiques sont les plus dogmatiques des hommes (...).

 

 

 

L'hypocrisie du NOMAR

 

«Si je nie l’existence de propositions morales vraies, cette négation va fonctionner pour moi comme un principe de décision et un critère de choix.» Là encore, il s’agit d’un fait manifeste à l’observation.

        Que chacun regarde en lui-même, ou autour de lui, surtout s’il habite un pays occidental. Qu’il veuille bien se demander qui sont les moralistes et les censeurs les plus ardents et les plus puissants. Qui légifère pour restreindre la liberté d'opinion ? Il est très clair que ce ne sont pas les tenants des morales se présentant ouvertement comme objectives et normatives, mais au contraire les négateurs de telles morales. (Négateurs qui en plus se moquent du monde et manipulent, puisqu'en réalité ils sont plus dogmatiques que tout autre.)

        Aux yeux de ces "négateurs" prétendus, en réalité bigots intolérants du nihilisme d'Etat, la morale objective et normative est très exactement un mal, voire le mal, et le principe de l’action bonne réside précisément dans le rejet de ce genre de morale objective et normative. Il est patent qu’ils tirent de là toute une doctrine des moeurs, et qu’ils mettent cette doctrine à la base de toute la vie sociale. Ils établissent ainsi un ordre moral d’un nouveau genre, qui, pour le contenu, se situe souvent au rebours de l’ordre antérieur, mais qui ne manque ni de violence culpabilisatrice, ni d’énergie impérative, ni de vigueur coercitive. 

 

 

 

 Actualisation 2013

 

En effet, si je pose ma prétendue négation des propositions morales vraies, j'adopte aussitôt un principe "moral" unique : l'idée et l'idéal de la liberté arbitraire, c'est à dire sans principe, ni Fondement. J'ajoute en général que cette liberté arbitraire doit respecter la liberté arbitraire d'autrui. L'intention est louable. Sauf qu'elle enveloppe contradiction. Le respect entre libertés arbitraires, cela s'appelle l'équilibre des forces, ou la guerre froide. La guerre froide, ce n'est pas un principe de vie en société, sauf si on veut y établir le droit du plus fort et s'y comporter en prédateur - financier, ou politique, ou sexuel.

         L'idée que la liberté doit être arbitraire et sans principe ni fondement (c'est à dire sans Dieu, sans Nature, et sans Raison) devient ainsi ma proposition "morale" de base. Ce n'est pas seulement une "morale" (immorale). C'est une religion nihiliste.

           En effet, si j'exclue tout Fondement, je pose au Fondement le Néant. C'est là une métaphysique et une religion. Tel est le nouvel ordre religieux (NOR), qui sous-tend le NOMAR. 

        Pour religion et pour métaphysique, j'ai donc le culte du Néant. Il est vrai que si je veut justifier n'importe quoi, il n'y a que le Néant qui s'y prête, car le n'importe quoi produit le néant. Telle est la nouvelle piété. Tels sont les nouveaux bigots. 

        Pour morale, en pratique, un comportement libertaire. Mon argent m'appartient, le travail est votre problème. L'espace public m'appartient. J'y conchie tout ce qui est sacré pour vous. Et j'ai le Droit pour moi, parce que je suis Tolérant.

        Ordre moral libertaire et religion d'Etat nihiliste, voilà donc le programme.

        La République devient ainsi une oligarchie absolue, la laïcité n'est plus qu'une dérision: le nihilisme devenu religion d'Etat. 

   

 

 

Des manipulations d’opinion au véritable débat 

 

         [Reprise du texte de 1992]. Il est donc impossible de douter plus longtemps du consentement universel de tous les hommes dans l’admission de propositions morales vraies. Cette simple reconnaissance change du tout au tout les données du débat social sur les valeurs.

 

         Il n’y a pas d’un côté les abominables dogmatiques, qui ne rougiraient pas de vouloir imposer aux autres leurs jugements de valeur arbitraires, et de l’autre les généreux défenseurs de la liberté humaine, qui présenteraient modestement leurs opinions tout en prônant une sage tolérance. Ce décor en carton pâte doit céder la place au paysage réel.

 

         Il ne se s’agit pas d’opter entre un dogmatisme moral soi-disant intolérant et un scepticisme moral soi-disant tolérant. Le scepticisme moral est intenable, et c’est pourquoi il n’est jamais qu’un pseudo-scepticisme. Ce pseudo-scepticisme suppose une métaphysique précise et débouche sur cette même métaphysique. Le choix est donc entre plusieurs systèmes moraux tous également dogmatiques (au sens logique du mot, qui implique la recherche de proposition vraies universelles ou tendant à l'être), et tous capables d’être ou bien tolérants ou bien intolérants (au sens moral du mot, qui implique la capacité de supporter ceux qui ne pensent pas comme vous). La position non dogmatique (au sens logique du mot) est tout simplement vide de défenseurs effectifs, et sans signification.

 

         Son importance rhétorique ne laisse pourtant pas d’être aussi décisive que sa vacuité conceptuelle est totale. Dès que le tenant d’une des deux morales en présence a réussi à se faire passer pour sceptique, il jouit d’avantages rhétoriques considérables, qui lui assurent immanquablement la victoire dans le débat, au prix, il est vrai, d’une manipulation bien montée.

 

 

 

Le principe d’un débat social sérieux sur les valeurs,

 

c’est le renoncement à ces pratiques rhétoriques douteuses. Comme il y a peu de chances pour que celui qui en bénéficie se prive de tels avantages, il reste à celui qui est défavorisé la possibilité de montrer comment son adversaire use du camouflage pseudo-sceptique pour esquiver le débat et manipuler l’opinion publique.

 

         Voici donc le mécanisme de la manipulation. Chacun sait qu’en démocratie, la liberté est la valeur sociale la plus sensible. Celui qui passe pour être du côté de la liberté mobilise à son avantage une énergie pratiquement irrésistible. Celui qui se laisse mettre en contradiction avec la liberté a perdu. La liberté est le joker du jeu démocratique. Qui s’assure sa possession a gagné. Tel est le principe.

 

         Maintenant, soient deux positions morales sur les valeurs, toutes deux également précises et dogmatiques (au sens logique), mais dont l’une peut plausiblement passer pour non dogmatique (au sens logique) aux yeux d’un observateur pressé. Supposons que le tenant d’une telle position se couvre du masque (pseudo)sceptique. Que se passe-t-il ?

 

         L’aspect du débat se transforme du tout au tout. Aux yeux du public affairé qui entend distraitement les protagonistes, deux parties sont en présence : d’une part un dogmatique, qui affirme des vérités morales, leur prête une puissance normative, et qui paraît rempli d’une sombre passion de faire pénétrer ses idées dans l’esprit des auditeurs ; d’autre part un sceptique, qui ne nie pas même absolument les thèses de son adversaire, qui met seulement en relief ce que ses affirmations peuvent avoir d’obscur et d’incertain, bref un homme fort raisonnable, à l’esprit critique en éveil, mais qui ne prétend rien imposer à son public, qui se veut seulement son protecteur désintéressé.

 

 

 

Parodie de débat

 

        Le sceptique a mis le joker dans son jeu. Il va évidemment gagner, quand bien même il proposerait une monstruosité - si du moins l’adversaire accepte la forme que le pseudo-sceptique veut imposer au débat. S’il tombe dans le piège, c’est une pitié. Aussi excellente soit sa thèse, aussi solides soient ses raisons, toutes ses défenses l’enfoncent, toutes ses preuves le réfutent, toutes ses démarches le perdent. La cause est entendue avant même d’avoir été jugée. Mais aussi le tribunal est déshonoré par cette parodie de débat.

 

         Car évidemment, le sceptique n’est pas sceptique, il est seulement pseudo-sceptique, et donc il est métaphysicien. Il affecte au départ une démarche et une attitude sceptiques, mais tout cela aboutit à un ensemble de thèses et de normes qui n’a plus rien de sceptique. L’opinion publique a été dupée.

  

         Elle absorbe sans méfiance le dogme occulté sous l’apparence sceptique. Elle n’a pu comparer, fût-ce un instant, les deux contenus positifs entre lesquels elle avait concrètement à choisir : les éthiques de devoir (et de bonheur dans la dignité), qui limitent l'arbitraire par des principes et définissent la liberté par l'autodétermination raisonnable à partir de principes ; le libertarisme qui définit la liberté par l'arbitraire et détruit le pacte social, le travail, la solidarité, la famille, rétablissant le droit du plus fort.

 

      L'opinion abusée choisit souvent sans le savoir un contenu camouflé sous l’apparence du vide. La partie pseudo-sceptique, par le seul contraste du plein et du vide apparent, de l’affirmation et du doute, se donne les dehors du libéralisme, tandis que la partie adverse se retrouve suspectée de tendances liberticides. Telle est la manipulation pseudo-sceptique. Telle est la force de l'imposture, à laquelle il est temps d'opposer la force de la liberté. 

 

                                           

 

   

La force de la liberté (2) A quelles conditions la démocratie n'est pas une farce

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Mise à jour le Dimanche, 17 Mars 2013 11:34 Écrit par Henri Hude

Voici un second extrait de La force de la liberté. Nouvelle philosophie du décideur. Ces passages sont extraits du Chapitre 4, intitulé ‘Caractérisation d’un peuple libre’. Il répond à la question simple et claire : « Qu’est-ce qu’un peuple libre ? ». Il donne une caractérisation d’un peuple libre (§1), puis la clarifie en faisant 7 remarques (§2). Je donne ici les remarques 6 et 7.  

 

 

                                   

 

6ème remarque. Voici à quoi on reconnaît lexistence dun organe de pouvoir effectivement démocratique :

 

Si le peuple élit des gens qui nont pouvoir sur rien, et qui en particulier nont aucun pouvoir pour orienter les flux financiers, dont dépendent linvestissement et le travail des gens, la démocratie est une farce.

 

Le régime effectivement démocratique prend en compte la volonté générale objective et les intérêts objectifs dun peuple, son droit au travail et la liberté daction de ses classes moyennes entrepreneuriales, socle de tout régime démocratique. En général, cet équilibre suppose lexistence dun Pouvoir solide au niveau national. Les démagogues qui cultivent dans le peuple le complexe anti-pouvoir [chap. 5, §4] sont objectivement au service de loligarchie.

 

Un organe de pouvoir effectivement démocratique permet, au-delà de lopinion publique irrationnelle et instantanée, la formation dune volonté sérieuse et durable de bien commun, autour de têtes solides.

 

Les représentants ne « vendent » pas (Rousseau, cf. note 2, p. 21) le peuple à loligarchie financière mondiale. Ils sont loyaux à leur nation, à leur peuple et notamment aux classes moyennes. Ils cultivent un modèle agricole et industriel respectant les exigences politiques et culturelles dune société libre.

 

Le système est apte à sélectionner des personnalités qui ont de la culture et du courage, une éthique solide, et qui ont fait autre chose dans leur vie que gérer des partis politiques postmodernes.

 

Les partis, les candidatures, les sondages, les élections et les élus ne sont pas manipulés ou financés par les oligarques, ou les agents de lempire.

 

Lorgane de pouvoir est en mesure de mener une politique de bien commun, et non pas une politique servant seulement les intérêts de loligarchie et de lempire.

 

– Répétons l’essentiel : un régime est effectivement démocratique, avant toute chose, si le régime a le pouvoir dorienter fermement le capital, de telle sorte que linvestissement et lemploi soient assurés. En un mot, sil est en mesure de faire appliquer une politique prenant effectivement en compte les intérêts des gens dans leurs nations.

 

Il est effectivement démocratique, si lidéologie, ou un juridisme purement formel, ou la propagande, ou une « science de paille » nétouffent pas la pensée classique et la volonté dune politique de bien commun. Car dans une société libre, cest au nom de la « liberté » et par labus du droit, quon peut détruire le Pouvoir et la Loi naturelle, autrement dit lÉtat de droit.

 

 

 

Le principe libertaire est destructeur du régime mixte (cf. chap.1, §2), qui est le vrai concept de la démocratie.

 

Les concepts plus absolus et libertaires de la démocratie ne servent jamais, objectivement, que loligarchie, via la destruction du Pouvoir.

 

Le principe libertaire possède trois grandes dimensions ou applications : le libertarisme du sexe (libertinage), celui de largent (oligarchie, prolétarisation) et celui du pouvoir (totalitarisme).

 

Ces trois applications sont solidaires en profondeur, étant toutes des expressions de la liberté pathologique. Toutes leurs traductions relèvent donc de létat de nature et de la société non libre.

 

 

 

Qu'est-ce qu'un parti populaire digne ?

 

En général, un parti populaire digne (appelé souvent travailliste, ou socialiste) devrait avoir pour vocation de contrer le libertarisme de largent. Mais souvent, il trahit la cause du peuple, quil livre sans défense aux politiques oligarchiques, tout en lui donnant gratis du sexe en compensation.

 

Cest pourquoi un parti populaire non postiche est familialiste ou nest pas. Des dirigeants populaires libertins sympathisent toujours avec loligarchie libertaire, même sils la détestent par ailleurs. Si loligarchie parvenait à détruire la famille, elle donnerait au peuple la mentalité propre à le replonger dans lesclavage par labjection. Cest à cela que servent les partis socialistes qui ont trahi la cause du peuple. Et en ce cas, un parti conservateur dynamique et audacieux peut assumer la défense des intérêts populaires.

 

 

 

7ème remarque. Comment loligarchie peut subsister sous une façade démocratique.

 

Il est possible de faire élire et réélire sans cesse (démocratiquement, en somme), des responsables qui mèneront tous, au nom du peuple et avec son consentement au moins apparent, une politique oligarchique, quels que soient leurs partis, leurs promesses et leurs discours. Ils la mèneront avec constance, aussi contraire cette politique puisse-telle être aux intérêts des peuples. Les conditions de cette captation de démocratie sont les suivantes :

 

1. Diffuser une culture commune de liberté pathologique, permettant de détruire les idées claires, la loi naturelle, la connaissance de lhistoire et le sens commun.

 

2. Maintenir le fonctionnement des institutions politiques jadis démocratiques tout en contrôlant le résultat de leurs processus. Ainsi peut-on imposer au nom dune légitimité démocratique la volonté oligarchique, même quand elle est absolument contraire aux intérêts du peuple.

 

3. Relâcher de temps en temps la pression et pouvoir verser quand il le faut des compensations financières.

 

4. Surtout disposer dun outil de propagande efficace.

 

Une fois la liberté définie pathologiquement (cf. chap.6, ‘Structure de la liberté’ et ch.10, ‘Une théorie de l’injustice’), on tire tout ce quon veut du principe de la souveraineté populaire, y compris son abdication entre les mains de César, ou des oligarques[1], ou de leurs représentants.

 

On ne peut exclure que la soumission à une tyrannie puisse exprimer parfois un réel désir populaire, si une culture didéologie, dineptie et dabjection a été suffisamment diffusée.

 

Lessence de la « république sans démocratie » est que la machinerie parfaitement cynique du système politique rende le peuple à la fois « cocu et content », et que toute possibilité dorganisation différente soit étouffée dans lœuf.

 

                                                  

 



[1] Jérôme Carcopino, Jules César, fin

   

La Force de la Liberté (1). Redécouvrir la loi naturelle

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Mise à jour le Dimanche, 17 Mars 2013 11:33 Écrit par Henri Hude

 

 Tant que nous n’aurons pas redécouvert la loi naturelle, nous serons surclassés et dominés par l’arbitraire libertaire.

 

Comment secouer le joug ? En redécouvrant la loi naturelle.

 

Le chapitre 7 de La force de la liberté. Nouvelle philosophie du décideur s’intitule donc : ‘Culture de liberté. Redécouverte de la loi naturelle’. Ce chapitre couvre les pages 97-115 (sur 160).

 

Il s’agit de la redécouvrir rationnellement, librement, et avec une certitude raisonnable (ce qui est parfaitement possible, comme le montre ce livre). C’est ainsi que nous aurons la force de la liberté.  

 

Le libertaire est toujours rongé de culpabilité. Il refuse de le reconnaître et, pour ne pas se dévorer d’angoisse, il se jette sur les autres, envahit l’espace public, le configure, le purge, le pollue, le censure, le monopolise. Il se montre toujours plus agressif et intolérant envers tout ce qui lui refuse reconnaissance et lui porte contradiction.  

 

Il n’a que le mot de liberté à la bouche. Avec une extraordinaire lucidité, l’idéologue des terroristes, dans Les possédés de Dostoïevski, formulait ainsi sa pensée : « Je commence par la liberté absolue et je termine par la dictature absolue ».

 

Voici donc un extrait du chapitre 7 de La force de la liberté (p.100-105). Il parle de la philia, de l'amitié civile. Il faut toujours, en philosophie morale et politique, accorder une grande attention à l'amitié - à la philia. C'est pour cela que je donne d'abord ce texte. Il ne s'agit pas d'en découdre en esprit partisan, mais de rétablir les conditions d'une amitié civile dans la dignité, sans lesquelles il ne peut y avoir de justice, ni pour les familles, ni pour le peuple. Or, ce sont ces conditions que le libertaire détruit. 

 

Ce livre est lisible. Toutefois, il est à l’usage de ceux qui veulent gagner, non se faire plaisir à peu de frais. A l'usage de ceux qui comprennent qu’il faut prendre le temps d’un travail de fond. Si on veut aller trop vite, on bricole, on ne fait rien de solide. On fait de la "com". Cela ne suffit pas. La certitude raisonnable demande un effort. La liberté ne peut aller sans.

 

 

                                              

 

 

 

Troisième moment. La loi naturelle prescrit lamitié sociale (la philia), pour trois raisons :

 

1. La loi naturelle est une loi de paix ; or, la guerre est le contraire de lamitié. Cest assez évident et dans beaucoup de langues, ennemi signifie « non-ami[1] ». Donc, la loi de paix prescrit un dépassement de linimitié, qui nest stable que dans lamitié.

 

2. La justice et lamitié se conditionnent mutuellement.

Donc, la loi qui prescrit lune, prescrit lautre. La justice mutuelle rend amis. Et une amitié noble nest jamais une complicité dans linjustice, ceci étant incompatible avec lestime mutuelle. Aussi lamitié, qui est un élément du bonheur, fait en retour aimer la justice. La coopération dans la confiance entre personnes de devoir développe lestime, la sympathie, la bienveillance mutuelle.

 

(NOTA : Pour découvrir comment la justice objective différencie seule la liberté et l'arbitraire, voir chapitre 6 ; pour déterminer la structure objective de la justice et sortir de l'"ordre" libertaire, voir chapitre 8 ; pour comprendre pourquoi la justice simplement formelle et procédurale - celle que nos législateurs libéraux libertaires et nos cours constitutionnelles appliquent - ne fait que consacrer l'arbitraire et l'injustice par l'imposture et l'étouffement du débat, voir chapitre 10)

 

3. Lamitié permet de dépasser aussi bien le moralisme que les réactions libertaires à la "morale".

Elle rend le devoir plus facile et diminue les frustrations quand il implique renoncement. Elle aide à tenir les promesses sur la durée. Sans lamitié, la loi de justice aurait encore un contenu, mais pas de motif assez fort pour transformer en bonheur lobéissance au devoir. Lamitié fournit ce motif et permet ainsi daccomplir le devoir non par simple obligation, ou peur de la culpabilité, mais avec joie et dans un sentiment de liberté dépanouissement.

 

Car si la loi prescrit lamitié, qui est joie, le contenu de la loi devient en même temps le motif de lobéissance à la loi. La loi ne se présente plus dabord comme contrainte et privation. (En outre, la privation éventuelle n’est plus alors frustration.) Cest ainsi quon dépasse le moralisme, sans éliminer la loi morale.

 

Il existe ainsi une causalité circulaire entre le désir de liberté pratique (= non pathologique), le respect de la justice selon la loi naturelle, et lamitié noble. Redécouvrir cela, cest redécouvrir une bonne part de la culture morale dune société libre.

 

Une amicale justice compose avec prudence un corps politique fonctionnel et traite chaque individu particulier en membre pensant. Lamitié noble, qui fait faire corps dans lhonneur et la liberté, résume la loi naturelle de lanimal raisonnable social, qui est de consentir avec sagesse à faire corps social en liberté juste (= non pathologique - voir chapitre 6).

 

 

La loi naturelle prescrit de cultiver ce qui renforce la confiance

 

entre personnes dignes de foi, despérance et damitié digne et donc : le sens de lhonneur, la conscience du devoir, le sentiment religieux, surtout sil est éclairé, lamour de lhonnêteté, le respect de soi-même et des autres, la sympathie humaine, lamitié noble, lesprit de corps, la solidarité, etc. en tant que ces motifs peuvent stabiliser, dans une volonté, la décision de rester digne de confiance.

 

La philia que prescrit la loi naturelle nest pas quun sentiment moral et une affection. Elle nest sérieuse que par la conscience. Elle enveloppe des devoirs. Elle nest sincère que par laction. Ainsi, une sympathie instinctive est-elle sans doute positive (tout comme la pitié envers les malheureux) ; toutefois, elle ne prend sa valeur quen sintégrant à la conscience du bien (voir chapitre 9) et de la loi. Inversement, celle-ci nest pas, grâce à l’amitié, une sèche obligation. Elle prescrit aux individus à la fois de faire corps social en liberté dans lhonneur, et davoir plaisir à le faire, en cédant à cette force naturelle de cohésion quest la philia, qui ne demande quà séveiller dans la conversation.

 

 

La philia sous-tend la justice dans loeuvre de réconciliation, toujours indispensable à la paix

 

Lamitié peut agir pour la justice, alors même que cette dernière fait encore largement défaut.

Cest pour cela quelle possède une valeur irremplaçable, et, dans une certaine mesure, surpasse la justice en vue de la paix véritable.

 

Même à partir dune situation dinjustice, lamitié peut toujours anticiper sur la justice et, pour ainsi dire, faire crédit damitié dun ennemi à lautre et permettre dentamer un nouvel échange dans la justice. Cest pour cela que lamitié est particulièrement nécessaire à la vie sociale. Car il est presque inévitable que les membres soffensent les uns les autres quelquefois, au cours de leur vie commune ; et aucune réconciliation ne serait possible, si lintérêt de la justice, qui est dobtenir réparation, prenait trop le pas sur lintérêt de lamitié, qui est doublier, daller de lavant et de construire du neuf.

 

Sans amitié, la justice transforme les esprits moraux en esprits injustes, secs et durs, réglementaires, moralistes et impitoyables, inaccessibles à la tendresse et au pardon. Sous divers enrobements, la justice se ramène alors à un besoin utilitaire de vengeance[2].

 

 

La loi naturelle prescrit ce qui facilite lobéissance à celle-ci.

 

Nous lavons dit, répétons-le. Être juste, comme le mot lui-même lindique, cest obéir au Droit, cest à dire aux lois et à lautorité, avant tout à la loi naturelle et à son Fondement[3]. Mais obéir est difficile, il y faut de lhumilité, de la discipline. Et cest très difficile, si lon ne comprend pas que cette loi est naturelle et prescrit précisément de faire corps ensemble avec bonheur et dans lhonneur, et donc de vivre avec philia en quoi consiste la réalisation de soi dune liberté pratique.

 

Car si on ne comprend pas cela, la loi et lautorité nous donnent limpression détouffer la nature, de contrarier la raison et dopprimer la liberté. Cest alors que la liberté pathologique peut plausiblement passer pour la liberté tout court.

 

Mais, quand la loi naturelle est comprise comme loi de paix, et quand on a vu le lien entre lamitié et la paix, on comprend que lamitié fasse partie du contenu de la loi naturelle (= de la loi de paix), sans détriment des devoirs sans le respect desquels la paix est inconcevable. Lamitié noble, en rassemblant dans son unité la diversité des préceptes de la loi, non seulement fournit une cohérence profonde à ce contenu, mais en outre fournit un puissant motif dobéissance à cette loi, et une forte raison de laccomplir sans en souffrir, en vivant dans la loi et son Fondement comme si lon était en même temps libéré de la loi bien que sans transgression et sans mépris de la loi.

 

 

Quelle est donc la loi de paix, la loi naturelle ?

 

Au moins ceci : être digne de foi, mériter lespérance et se conduire en véritable ami, ce qui revient à dire : en parfait honnête homme.

Par conséquent, dire la vérité, tenir parole, tenir ses promesses, rester fidèle à ses engagements, être un allié fidèle, pas seulement par politique, mais par éthique, ou par un art de prudence supérieur à la politique machiavélienne[4]. Ne pas faire aux amis ce quon ne voudrait pas quils vous fassent (cest le minimum) et faire pour eux ce quon voudrait quils fassent pour nous (cest leffet de la bienveillance). Cest mentir que se dire ami de quelquun et ne pas se conduire ainsi à son égard. En ce sens, la loi naturelle, qui est une règle de paix, prescrit assurément la règle dor, telle que comprise à partir dune amitié noble.

 

Un tel enseignement se trouve déjà chez les philosophes Grecs, plus au plan politique quen ce qui concerne la vie profonde de la conscience. Aristote écrit ainsi : « Lamitié semble aussi constituer le lien des cités et les législateurs paraissent y attacher un plus grand prix quà la justice même. En effet, la concorde, qui semble bien être un sentiment voisin de lamitié, est ce que recherchent avant tout les législateurs, alors que lesprit de faction, qui est leur ennemie, est ce quils pourchassent avec le plus dénergie. Quand les hommes sont amis, il ny a plus besoin de justice, tandis que, sils se contentent dêtre justes, ils ont en outre besoin damitié. La plus haute expression de la justice est, dans lopinion générale, de la nature de lamitié[5]. »

 

 

Dans l’enseignement du Christ

 

Mais cest dans lenseignement du Christ que se trouve linvention morale décisive, qui place lamitié au centre même de la loi. « Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle mes amis[6]. » De là lexpression du Jésus : « Mon joug (ma loi) est facile à porter[7]. »

 

Si lamitié et lamour sont le contenu de la loi, restant sauf le sérieux des devoirs de justice, alors la loi porte en elle-même le plus puissant des motifs daction, sans détriment de la pureté du sentiment du devoir. Le désir du bonheur, laspiration à la liberté et le respect du devoir convergent alors, dans lunité de lamour de Dieu et du prochain. Cest pourquoi lenseignement du Christ est irremplaçable au sein dune cité libre.

 

Le christianisme, et en particulier sa morale, sont, il est vrai, détestés par les adeptes dune liberté pathologique, mais ces derniers se trompent en croyant pouvoir bâtir une démocratie durable sur de telles bases.

 

Lexistence moderne apporte à lhomme de riches expériences nouvelles, mais ces nouveautés le privent aussi, très souvent, dexpériences antérieures et plus profondes. Et cest faute de cet arrière fond dexpérience de la nature et de lhomme lui-même et du sacré, que le christianisme aussi bien que le judaïsme sont réinterprétés dune manière si superficielle ou caricaturale, et donc si aisément critiqués.

 

Même sil est souvent incompris, ou peut-être aussi parce quil est trop bien compris par certains qui ont fait le choix fondamental de la liberté pathologique, et cela quelles quen soient les conséquences, le Christ demeurera, pour un peuple libre, ancien ou nouveau, une des sources majeures de la liberté juste. La source dun principe de justice à la fois substantiel, et vraiment fonctionnel, sans lequel un peuple libre a du mal à être à la fois libre et moral. Sans lequel il oscillera, en fait, et sans trouver le milieu, entre deux extrêmes : une névrosante contrainte, qui le rend servilement moral, et un rejet compulsif de cette contrainte, qui le rend pathologiquement libre.



[1] Julien Freund, Lessence du politique, Sirey, 1965, chap. 7, p. 449, citant Carl Schmitt qui relève le même phénomène dans les langues slaves et les langues de lInde (Über des Verhältnis der Begriffe Krieg und Feind, dans Der Begriff des Politischen, Berlin, 4e éd., 1963, corollaire 2, p. 105 et la note de la p. 124).

[2] John Stuart-Mill, LUtilitarisme, chap. 5.

[3] Les explicitations métaphysiques de la loi naturelle, tout comme celle de notre connaissance de celle-ci, relève de lanthropologie philosophique.

[4] Baltasar Gracian, Arte de prudencia y oraculo manual (1647), LArt de la prudence, traduction par Amelot de la Houssaye, Rivages, 1994. Cet « art » sait inclure dans la mesure de notre intérêt propre lintérêt dautrui, léquilibre entre ces intérêts, et aussi leur compatibilité, ensemble, avec lintérêt général des touts plus vastes au sein desquels nous passons accord.

[5] Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre VIII, chap. 1.

[6] Jn, 15, 15.

[7] Mt, 11, 29-30.

   

La force de la liberté. Présentation

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Mise à jour le Vendredi, 08 Mars 2013 18:19 Écrit par Henri Hude

Voici dans ce post deux documents à la suite de la photographie de la couverture :

  - 1° la 4ème de couverture de La force de la liberté. Nouvelle philosophie du décideur, parue fin février2013 chez Economica ;

  - 2° sa table des matières.

Dans les jours qui viennent, je publierai des bonnes pages de ce livre.

 

                                

 

 

1° La 4ème de couverture de La force de la liberté

 

La force de la liberté, c’est la sagesse politique, pérenne et classique.

 

Cette sagesse forme la base indispensable d’une société libre et civilisée, d’un peuple libre, et d’une culture de démocratie durable.

 

Avec la force de la liberté, un décideur « juste » est armé pour accomplir son métier, son service et son combat.

 

Regardant au-delà de la stagnation présente des démocraties en Europe, malades d’idéologie postmoderne, ce livre redéfinit de manière ferme et classique les concepts de base : pouvoir, État, pacte social, mais aussi république, démocratie, régime mixte ainsi que la liberté, la justice et bien sûr aussi l’injustice.

 

Ce livre se veut à l'usage de tous les citoyens, en particulier à l'usage des responsables, qui ont besoin d'une vision d'ensemble pour justement ... préparer l'avenir.

 

 

2° TABLE DES MATIÈRES DE LA FORCE DE LA LIBERTÉ

 

Introduction – La sagesse politique d’une société libre. Interprétation de la crise

§1. Éléments certains sur la liberté humaine

§2. Brève interprétation de la Grande Crise

§3. Définitions liminaires

§4. Logique et plan de cet ouvrage

 

Chapitre 1 – Structure et développement de la société libre

§1. Les quatre organes politiques de la société libre développée

§2. Le régime mixte

§3. Le Pouvoir et l’État

§4. La République

§5. La démocratie

 

Chapitre 2 – Observations sur la définition de la société libre

§1. Définition

§2. Observations

 

Chapitre 3 – Notion de culture fonctionnelle. La loi naturelle et le relativisme

§1. La culture et la personne

§2. La culture et le corps social

§3. Quelques remarques sur le relativisme culturel

 

Chapitre 4 – Caractérisation d’un Peuple libre

§1. Caractérisation générale d’un Peuple libre

§2. Explications sur la caractérisation du Peuple libre

 

Chapitre 5 – Le peuple libre et son pouvoir. Le pacte social

§1. Le noyau du pacte social et la confiance

§2. Les couches périphériques du pacte social

§3. Observations sur le pouvoir personnel

§4. Un mot sur le complexe anti-Pouvoir

§5. La politique et la guerre

 

Chapitre 6 – Culture de liberté. La structure de la liberté

§1. Considérations préliminaires

§2. Structure objective de la liberté

§3. Sur l’absence de débat dans la culture postmoderne

 

Chapitre 7 – Culture de liberté. Redécouverte de la loi naturelle. La confiance et la guerre

§1. La loi naturelle est une loi de confiance, de paix et d’amitié (philia)

§2. La loi naturelle est une loi de liberté et de vertu

§3. La guerre et la redécouverte de la loi naturelle

 

Chapitre 8 – Culture de liberté. La structure de la justice

§1. Exposition de la structure de la justice

§2. Déstructuration de la justice – l’injustice

§3. Structure de la justice et valeurs démocratiques

§4. Structure de la justice et critique des injustices structurelles

4.A. Injustices oligarchiques

4.B. Injustices libertaires, inégalitaires et égalitaires

 

Chapitre 9 – Culture de liberté. L’esprit critique fonctionnel. Sur le bien

§1. Explications en préambule aux chapitres 9 et 10

§2. L’Idée du Bien permet seule la liberté intime de la conscience

§3. La société libre est bâtie autour de l’Idée du Bien qui en est la première chose publique

 

Chapitre 10 – Culture de liberté. Une théorie de l’injustice

§1. La théorie postmoderne de la justice. Son noyau central

§2. De la tolérance à l’intolérance

§3. Du pluralisme éthique à l’ordre moral à rebours

§4. Peut-on sauver la théorie postmoderne de la justice ?

§5. D’une « théorie de la justice » à une « doctrine injuste de la justice »

§6. Du libéralisme à l’autoritarisme

 

Transition : Vers L’avenir de l’humanisme

Pour voir la place de ce livre dans l'ensemble de mon travail, cliquer ici.

   

La force de la liberté. Nouvelle philosophie du décideur

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Mise à jour le Vendredi, 08 Mars 2013 10:52 Écrit par Administrator

 

Les Éditions Economica viennent de publier mon dernier livre, La force de la liberté. Il compte 150 pages et coûte 18 Euros.

On peut se le procurer sur amazon.fr

                                        

 

Ce volume fait suite à Préparer l'avenir. Nouvelle philosophie du décideur, toujours chez Economica (120 pages, 2012, 18 Euros).

                                                                               

Les deux volumes peuvent être lus séparément, mais en même temps se prêtent un mutuel concours. Ils présentent une philosophie politique.

Préparer l'avenir a montré comment et pourquoi l'idéologie libérale libertaire détruit la société civilisée. Et comment nous pouvons rebâtir ces bases qui ont été détruites. Et même les améliorer.

La force de la liberté montre maintenant comment et pourquoi l'idéologie libérale libertaire détruit en outre la société libre. Comment nous pouvons faire face et reprendre l'initiative.

Les deux volumes, ensemble, ne font pas de lamentations stériles. Ils réforment les concepts et mettent en place une Philosophie de décideurs, de citoyens responsables, pour préparer l'avenir.

C'est l'occasion de rappeler aux lecteurs de ces chroniques le travail de fond que je mène depuis de longues années.

D'abord, une introduction générale à cette philosophie politique est fournie par Prolégomènes. Les choix humains, Parole et silence, 2009.

 

                                                                            

 

La philosophie politique dont La force de la liberté représente l'élément central  a été méthodiquement préparée par deux volumes de recherches :

L'éthique des décideurs, parue en 2004 ;

Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l'Europe, paru en 2010.

                                                                  

 L'éthique des décideurs va être rééditée en mai.

Par ailleurs, je vais publier aussi cette année une seconde édition actualisée d'un livre de philosophie économique, Marché et solidarité. Philosophie de la prospérité, paru en 1995 chez Economica.

 

                                                     

 

Ces ouvrages peuvent être un précieux outil de formation et de réflexion personnelle . Il serait bon que ce travail de fond puisse rejoindre en temps utile et de plus en plus son public.Cela dépend de vous en tout premier lieu.

Nous vivons dans une époque où la technologie empêche l'étouffement de tout ce qui n'est pas "politiquement correct".

Merci de signaler l'existence de ces livres, en particulier du dernier. Et je me ferai un plaisir de vous le dédicacer, si la vie nous en fournit l'occasion.

 

 

   

Jusqu'à quand subirons-nous les libéraux-libertaires (L.L.) ?

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Mise à jour le Jeudi, 07 Mars 2013 16:49 Écrit par Henri Hude

Vous trouverez ci-dessous le texte d'une chronique parue dans La Nef, n° 246 de Mars 2013. Elle avait pour titre (peut-être prématuré, espérons-le encore) "Lettre ouverte aux conservateurs qui ont encore perdu une bataille".

Elle faisait suite à une autre, qui s'intitulait, elle : "Lettre ouverte aux conservateurs qui ont envie de rester dans l'opposition toute leur vie". Et à une autre encore qui conseillait aux conservateurs de ne plus avoir honte de leur nom, qui n'est pas si mal trouvé, et dont on les affublera toujours de toute façon, "38 maximes sur le conservatisme et les conservateurs".

Pour reprendre durablement le pouvoir et changer pour plusieurs générations la direction du pays et de l'Europe, il faut complètement reprendre l'initiative. Pour cela , faire un effort de pensée, car toutes le grandes défaites sont des défaites de la pensée. Il importe de poser les bases conceptuelles d'une recomposition politique. Il faut comprendre pourquoi nous sommes toujours battus, alors que le rapport de forces ne nous est pas défavorable du tout


 

 

 

Les libéraux-libertaires (LL) gagneront toujours, aussi longtemps que n’aura pas été construit un autre rapport de forces politiques. Les LL sont des totalitaires, c’est-à-dire des idéologues et des libertaires du pouvoir. Mais ils ne règnent pas par la violence, ils règnent par la ruse. Éventons l’une de ces ruses – le système des partis. Les LL ont deux fers au feu, et deux victimes désignées, qu’il faut rendre toutes deux consentantes, et qu’ils doivent diviser à tout prix, pour continuer à régner.



La première victime est le peuple, privé de travail par le libertarisme de l’argent. La seconde, ce sont les esprits conservateurs, et leurs familles, auxquels on impose la vie dans l’ambiance fétide d’une société régie par le libertarisme du plaisir.

 


Les deux fers des LL sont évidemment les deux partis, qu’on appelle gauche et droite. Ils sont d’accord à peu près sur tout, ingénieux à trouver des désaccords de détail, et passionnément divisés sur le sacrifice de leurs ego.



Or donc, le PS dit au peuple : si tu votes UMP, tu seras trompé – ce qui est vrai. Vote pour nous, tu seras content. Et c’est vrai aussi: après l’élection, il est (trompé et) content. Cinq ans après, il est toujours trompé mais il n’est plus content.

 


C’est là qu’il est temps de faire donner la droite, de relâcher dans la nature un affreux Sarkozy Karcher, un liberticide Copé, ou tout autre révulsif efficace. Le PS dit alors au peuple : vous êtes bien d’accord ? Pas moyen de voter pour ça ? Et ça marche. Mais parfois, ça ne marche pas.


Quand ça ne marche pas, l’UMP a dit aux conservateurs : si vous votez PS, vous serez trompés – ce qui est vrai. Votez pour nous, vous serez contents. Et c’est aussi vrai. Après l’élection, les conservateurs sont (trompés et) contents. Cinq ans après, ils sont toujours trompés (gender, etc.), mais ils ne sont pas contents.

 


C’est alors qu’il est temps de relancer la gauche. On lâche dans la nature une séduisante Aubry, aux projets vénéneux, un DSK lubrique, un Hollande normal, homme sans qualité. Vous êtes bien d’accord, pas moyen de voter pour ça, etc. Et parfois ça marche. Mais parfois, ça ne marche pas. Le PS dit alors au peuple, et ainsi de suite. Cela est admirable. Cela s’appelle (sans rire) démocratie.

 

Combien de temps ce système peut-il durer ? Car l’économie saigne abondamment pendant ces échanges absurdes.


Ceux que la langue classique appelle (quel moralisme !) des honnêtes gens, ou des braves gens (quel paternalisme !), ou (quel élitisme !) des gens simples, nos politiciens les appellent des c.. Et comme le peuple français est composé de millions d’honnêtes gens, de gens simples et de braves gens, les politiciens LL n’ont pas tort de prendre les Français pour des c.. C’est une question de langue : classique, ou postmoderne.

 

Comme disait Jean Guitton, la démocratie est la plus merveilleuse machine à faire obéir les hommes. Si on ajoute tout ce qu’on (n’)a (pas) appris à l’école, il y a encore des beaux jours pour la politique LL.

 

Les Français vont-ils réagir ? Bien sûr qu’ils vont réagir. Et la classe politique LL n’attend que ça.

L’alternance des clowns et des clones, ça ne suffit pas. Dans tout théâtre de Guignol, il faut des affreux. Dans la comédie LL, il n’y a pas de place pour de vrais conservateurs, ni pour de vrais populaires, mais il y a toujours une place pour le réactionnaire, et toujours une place pour le révolutionnaire. C’est grâce aux affreux, que Guignol UMP ou Guignol PS finit toujours vainqueur.

 

Les conservateurs qui ne votent pas comme il faut votent réactionnaire. Le peuple qui vote mal vote révolutionnaire. Et les extrêmes se haïssent. Ce sont des vases d’expansion qui empêchent l’alliance conservatrice-populaire et permettent l’alternance entre gauche LL et droite LL.



Les extrêmes font très rarement la majorité, et surtout, réactionnaires et révolutionnaires ne peuvent pas s’entendre. Or, la seule chose que les LL puissent redouter, ce serait justement cette alliance du peuple et des conservateurs.

 

Vous avez donc compris. Là est l'explication de la confiscation du pouvoir par les LL. Là est aussi la clé du nouveau rapport de forces favorable, permettant de les dégager.

La confiscation de la démocratie par les LL est chose facile, à partir du moment où les conservateurs vivants ont été éjectés au profit des réactionnaires, et où les vrais populaires ont été liquidés au profit de révolutionnaires plus ou moins authentiques, et souvent comparses. Alors, les LL n’ont rien à craindre.

 

La vertu est dans le milieu, les majorités y sont aussi. Les extrêmes n’y sont jamais, surtout s’ils sont divisés.

 

Cela est admirable. Cela s’appelle la Démocratie française. Et pas seulement française...



Mais alors, que peut-on faire ? Faut-il être contre tout le monde à la fois ? Mais non ! Il y a des gens bien partout. Il faut juste qu'ils comprennent pourquoi ils se font avoir et qu'ils cessent de jouer le jeu des LL.

 

Par exemple, soyez donc un conservateur vivant et allez au peuple en vous mettant au service de ses intérêts économiques, ainsi que de ceux du pays, avec loyauté et simplicité.Vous verrez tout de suite la différence !

 

Que se passerait-il s'il y avait en même temps un million trois de conservateurs au Champ de Mars, et deux millions de populaires authentiques à la Bastille, et que les deux soient capables de passer un deal solide et sérieux

 

Les LL seraient « cuits ». Tout simplement. Et ils n'auraient plus qu'à dégager. Il s’agit donc de préparer le programme d'une alliance conservatrice populaire.

 

Les conservateurs sont dans l’opposition depuis plus de deux siècles. Mais ils ne se rendent pas compte que les LL ont perdu le peuple et sont comme des Madoff au bout du rouleau. Ils sont finis, comme le communisme au début des années 80. Nous sommes au début d’un nouveau grand cycle historique conservateur. Conservateur populaire.

 

 

   

Ethique et politique (2) Qu'est-ce que la déculpabilisation ?

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Mise à jour le Jeudi, 28 Février 2013 09:52 Écrit par Henri Hude

Cliquer ici pour aller au début des extraits d'Ethique et politique (post n°1)

Voici un autre texte sur le mariage, la famille, la culpabilité,  la culpabilisation, la déculpabilisation, etc. Lui aussi est tiré d'Ethique et politique (1992). Je l'ai un peu enrichi. Il me paraît éclairant, dans le contexte de nos discussions actuelles sur le mariage.

Je suis en effet persuadé que nos groupes dirigeants confondent l'œuvre  de législation avec une thérapie collective, une tentative de déculpabilisation collective et individuelle. Au-delà de tous les arguments qu’ils peuvent faire valoir, leur motivation principale semble se situer exactement là : dans leur désir d’autojustification et dans leur besoin de déculpabilisation de la "chair".

Mon intention, dans le texte qui suit, est de montrer pourquoi leur tentative est nécessairement vouée à l’échec, et pourquoi nous reviendrons plus vite qu'on ne croit du libéralisme libertaire et de ses absurdités, comme on est revenu du communisme et de ses aberrations.  

 

 

La famille occidentale traditionnelle, en équilibre entre conservation et progrès 

 

(…) L’Occidental (…) connaît les valeurs de conservation [telles que la famille, qui est aussi par ailleurs une valeur de progrès] seulement sous des formes très atténuées, limitées, personnalisées, telles qu’elles se présentent parmi des peuples qui ont connu le christianisme.

 

Aussi, quand il parle de la famille comme d’une valeur de conservation, il continue à imaginer une famille dans laquelle il devrait (normalement) y avoir de l’amour entre les conjoints. C’est pourquoi les Occidentaux conçoivent spontanément la famille autour du couple, et se demandent pourquoi tant d’autres peuples pensent tribu quand ils disent famille.

 

Surtout, il ne leur vient pas à l’esprit que la famille pourrait être conçue comme une pure institution sociale, acceptée comme la meilleure structure d’association des sexes en vue de la reproduction et de l’éducation, mais où la vie des personnes se ramènerait à l’accomplissement d’un rôle social, de manière un peu somnambulique, sans décision personnelle, sans consentement libre, sans échange profond entre les personnes.

 

C’est pourquoi (…), en Occident, il faut aller chercher les réalisations conservatrices pures de la famille, non dans les rigidités pieuses et patriarcales des siècles passés, mais dans le totalitarisme intégral et innocent de la cité ou des empires antiques. [Et il se pourrait bien que les formules réputées « progressistes pures » ne soient que des fantasmes nous reconduisant en réalité vers des structures sociales totalitaires.]

 

(En fait, le régime européen traditionnel de la famille - susceptible de diverses modulations - équilibre assez harmonieusement le poids de l’individu et celui de la communauté. Il est comparable aux régimes traditionnels de propriété, qui faisaient de même. Le modèle libéral libertaire, que ce soit en matière de famille comme en matière de propriété, est aussi unilatéral (en sens inverse) que le tribalisme et que le collectivisme, qui écrasent l’individu sous un égoïsme collectif assumé par les membres eux-mêmes. Mais, dans le cas du libéralisme libertaire, le déséquilibre se produit au détriment du corps social, détruit par l’égoïsme individuel de certains membres.)  

 

 

 

L’ambiguïté culturelle des peuples européens

 

Chez les peuples européens, la vie morale résulte en outre toujours d’une sorte de compromis entre un fond de paganisme et un ferment de christianisme. Les deux se rejettent mutuellement par leurs essences pures, mais se mélangent en pratique, avec  prédominance tantôt de l’un et tantôt de l’autre. Telle est l’ambigüité­ occidentale.

 

A cause de ce mélange sans doute inévitable, le christianisme sera trop fréquemment confondu avec des mentalités païennes qu’il dérange, qu’il traumatise, et auxquelles il­ s’incorpore parfois malgré tout, sans être parvenu à les ­convertir tout à fait.

 

C’est la raison pour laquelle l’analyse de la culture et la compréhension de l’histoire y sont des tâches si délicates.

 

On risque toujours, en Occident, d’attribuer au christianisme des effets dont il n’est pas la cause, ou de les lui reprocher, au nom de principes et de valeurs qui pourtant sans lui n’auraient pas de­ sens.

 

(C'est un point tout à central, sur lequel nous reviendrons dans le post Ethique et politique, n°3.)  

 

 

 

Il faut apprendre à distinguer « culpabilité » et « fautivité »

 

Je vois dans la notion de « culpabilité » un exemple particulièrement net des confusions qu’entraîne cette « ambigüité occidentale ». (…) Pour y voir clair sur la question de la « culpabilité », il faut dissiper la confusion trop souvent faite entre ce qu’on peut appeler précisément culpabilité et autre chose, que je propose d’appeler ­la fautivité.                                        

 

Maintenant, afin d’opérer cette distinction culpabilité/fautivité, aussi éclairante pour l’esprit qu’indispensable pour le bonheur de la vie, un détour par l’essentiel s’impose. Le lecteur doit donc accepter de prendre patience. Après le détour, nous retomberons pile sur le point que nous cherchons à mettre en lumière : la culpabilité.) 

 

 

 

L'expérience humaine universelle de la faute est à situer dans le contexte des "visions du monde" et de l'Absolu

 

Au nombre des expériences humaines universelles, il y a celle de la faute (en latin culpa, d’où les termes coupable, culpabilité, etc.). Mais cette expérience est vécue de manière bien différente ­dans l’ambiance panthéiste et dans l’ambiance théiste : ainsi ­aurons-nous deux variations du même thème existentiel dans deux tonalités métaphysiques différentes. D’où l’utilité de deux noms pour désigner les deux grandes façons « culturelles » de vivre une même expérience « naturelle ».

 

J’ai dit qu’il existait deux métaphysiques principales, le théisme et le panthéisme (qu’on va définir d’un mot), et que la vie humaine se déroulait forcément dans l’ambiance de l’une ou de l’autre.

 

Le fait de vivre dans l’une ou l’autre de ces ambiances ne change pas toujours la matière de certaines expériences, mais en modifie considérablement la conception et l’appréciation.

 

Le théisme est la conception d’un Dieu personnel, transcendant, libre et créateur. En tant que thèse métaphysique, le théisme relève de droit de la philosophie. Mais le théisme n’a guère­ commencé à être connu et soutenu qu’à partir du moment où a été ­reçue la révélation mosaïque, puis chrétienne [et par l’islam].

 

De fait, on rencontre peu le théisme comme thèse philosophique en dehors de la­ sphère d’influence judéo-chrétienne. (Il faudrait ajouter ici "et musulmane". Plus généralement, cette analyse philosophique des métaphysiques me paraît à la fois vraie et centrale, mais en même temps, elle ne marque pas assez la différence entre le théisme chrétien et le simple monothéisme. Le théisme n'est pas supprimé, sans doute, mais il est transformé, par l'ouverture prophétique vers l'homme-Dieu, c'est à dire le Christ.)

 

(Ceci précisé, il reste vrai que le panthéisme - en telle ou telle de ses versions - est la métaphysique dans laquelle on se situe quand on est mentalement sorti de la métaphysique théiste. Et le polythéisme est une formation mentale plus facile et plus populaire, au sein du panthéisme et sur son fondement. Mais on ne s’en rend pas forcément compte, et c’est pourquoi on se dit « athée » ou « sorti de la métaphysique », alors qu’on a juste changé d’Absolu et déménagé vers une autre implantation métaphysique.)

 

(Bien d’autres que nous ont noté cela, y compris certains grands esprits qui n’étaient pas du tout théistes. Auguste Comte écrit ainsi, au sujet de l’athéisme, qu’il n’existe presque jamais à l’état pur, et que « le plus souvent, on qualifie ainsi un état de panthéisme, qui n’est au fond qu’une rétrogradation doctorale vers un fétichisme vague et abstrait[1] (…) »).

 

Et maintenant, revenons au point de la culpabilité.

 

 

Deux régimes existentiels pour la faute : culpabilité ou fautivité

 

 

J’appelle donc culpabilité le sentiment de la faute vécu sous régime panthéiste et j’appelle fautivité le même sentiment vécu sous régime théiste.

 

­C’est une première chose que d’être une personne libre et responsable en présence d’un Dieu personnel et libre, père juste et bon, et d’obéir ou non à sa volonté ; le sentiment de la faute est alors le sentiment du péché ; je propose de parler ici de fautivité.

 

C’est une seconde chose (et très différente) que de penser, avec les divers genres de panthéistes, que notre moi profond tend à se confondre avec un Absolu lui-même largement conçu comme impersonnel. Comme il n’y a plus alors de personnalité au sens fort, puisque l’individu n’a guère d’existence qu’apparente, et en tout cas n’est pas une vraie cause de ses actes, ceux-ci ne peuvent pas vraiment lui être imputés. Mais alors, pourquoi se sent-il coupable, et de quoi ? Est-ce absurde ? Est-ce une illusion ? La faute devient un fait incompréhensible. Elle reste cependant inéliminable. Cette faute à la fois indélébile et incompréhensible, c’est la culpabilité.  

 

Il faut bien distinguer l’une de l’autre culpabilité et fautivité. En effet, on ne peut plus parler de fautivité, lorsque font défaut les cadres métaphysiques qui donneraient sens à cette notion. L’expérience nous présente ainsi, fréquemment, des cas de personnes qui ne croient ni en Dieu ni en sa loi, et qui n’ont aucune espèce de sens du péché, mais qui sont cependant rongées par la culpabilité.

 

Une difficulté analogue se présente d’ailleurs dans le théisme, quand le libre-arbitre humain n’est pas reconnu. C’est alors Dieu qui fait tout, comme dans le panthéisme c’est le fond Absolu ou la Nature qui fait tout ; et pourtant l’homme continue à se sentir fautif, ou coupable. On peut alors combiner une fautivité imparfaite et une culpabilité vague.   

 

 

 

Comment se représenter l’homme pour se défaire au maximum de l’angoissante culpabilité ?

 

Dans tous les cas de culpabilité, l’homme continue à fauter, ou à penser fauter, car de fait il ne peut éviter cette croyance ; mais, comme il doute de sa liberté, ou de la loi morale, ou de son Fondement, il lui est bien difficile de saisir en quel sens il pourrait être vraiment responsable, et de quoi. Comment l’homme va-t-il donc concevoir sa propre faute ?   

 

Il va souvent tenter d'éliminer cette expérience pénible, ou de la réduire à des principes intelligibles :

1° en­ dénonçant dans le libre-arbitre et la faute une pure et simple illusion, et en imputant ses actes à la nature, ou à la nécessité universelle,

2° en essayant aussi de mettre à part de son « être profond » toutes ces fautes qu’il n’arrive pas à éviter, mais qu’il ressent aussi comme une imperfection attristante, et, par suite,  

3° il tâche de se dédoubler. L’homme vivra donc comme à deux étages différents. En bas, le lieu de la faute et de l’imperfection, au niveau de l’individualité­ et du corps ; à l’étage, le niveau de la vertu, du salut et même de l’être véritable de l’homme, au-delà de l’individualité, grâce à une sorte de réintégration de l’âme dans l’Absolu.

 

C’est là un dualisme anthropologique, qui va beaucoup plus loin qu’une simple « distinction de l’âme et du corps ».

 

A partir du moment où l’homme accepte cette représentation et s’y fixe, il parvient, dans une certaine mesure, à se « déculpabiliser » ; cependant, sa  faute lui devenant irrémédiablement obscure, elle se trouve comme enkystée. Elle va indéfiniment perdurer au sein du système qui prétendait l’exorciser et qui n’aboutit qu’à la pérenniser. Et ce sentiment de cette faute profonde, théoriquement liquidée, guérie, exorcisée, mais en fait continuellement brûlante et mordante, c’est précisément la forme achevée de la culpabilité.

 

La culpabilité dualiste est une structure fondamentale de l’existence panthéistique. La fautivité‚ solidaire de l’unité substantielle de la personne, est au contraire une structure fondamentale de l’existence théiste.

 

 

 

Ce que signifierait une déculpabilisation effective

 

L’expérience de la faute est une donnée commune à tous. (…) Et il faut bien interpréter d’une manière, ou de l’autre, cette donnée commune de la faute. Qui peut sérieusement prétendre qu’il ne faute jamais et ne le peut même pas ?

 

Déculpabiliser effectivement, c’est donc sortir du système où la culpabilité a un sens, et donc entrer dans celui où la fautivité en a un. Pour se déculpabiliser, il faut donc croire à la fois en Dieu et en notre liberté humaine – mais alors on a le sens du péché. Et si on ne veut pas le sens du péché, il faut bien se résoudre à vivre avec la culpabilité.

 

Éliminer le sens du péché, la fautivité, c’est sortir du système où le péché a un sens, et donc entrer dans celui où la culpabilité en a un, parce que la faute y est incompréhensible.

 

En réalité, il faut choisir entre deux genres de vie :

-      celui qui comporte nécessairement la culpabilité (mais peut-être pas la fautivité)

-      celui qui comporte nécessairement la fautivité (mais peut-être pas la culpabilité).

 

En termes plus simples, si vous acceptez d’avoir le sens du péché, vous pourrez espérer vous défaire de la culpabilité. Et si vous voulez vous défaire du sens du péché, il vous faudra faire avec la culpabilité.

 

Bien sûr, ­si l’on hésite à opter de façon claire, on choisit de vivre dans un entre-deux, qui n’a pas de cohérence logique (…) (Ajoutons : et qui, en général, va tendre à combiner les inconvénients des deux, sans apporter les avantages éventuels de l'un ou de l'autre.)

 

 

 

Le mythe postmoderne de la déculpabilisation

 

La déculpabilisation effective de l’homme, c’est sa responsabilisation, qui a pour conséquence sa fautivité‚ et la possibilité pour lui de se reconnaître pécheur et peccable.

 

La­ « dépeccabilisation » (si on nous permet ce barbarisme) effective de l’homme, c’est inversement la contrainte de devenir sujet à la culpabilisation, sauf aux moments où il parvient à se penser autrement que comme un individu fini.

 

Maintenant, ce qu’on appelle vulgairement déculpabilisation, en Occident, de nos jours, c’est un effort pour supprimer à la fois la culpabilité et la peccabilité. Et ceci est un mythe. Et l’entreprise fondée sur ce mythe est évidemment vouée à l’échec, sitôt qu’on a bien compris que les trois seules options possibles sont de choisir un des deux termes purs, ou de se contenter d’un mélange des deux.

 

La suppression du mélange,  ce serait le retour aux éléments simples, c’est-à-dire à la culpabilité ou à la peccabilité.  

 

Quant à la suppression des deux éléments simples à la fois, ce n’est qu’une parole creuse et privée de sens, comme celle d’« un nombre entier qui ne serait ni pair ni impair ».

 CLIQUER ICI POUR RETOURNER AU DEBUT DES EXTRAITS D'ETHIQUE ET POLITIQUE (post n°1)



[1] Auguste COMTE, Système de politique positive, I, 73. Cité par Henri DE LUBAC, Le drame de l’humanisme athée, Œuvres Complètes., t.II, Éditions du Cerf, 2010, p.169.

   

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