Henri Hude

Que savent-ils sur la mort ?

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Vendredi, 24 Juin 2016 12:40 Écrit par Henri Hude

Ceux qui ne doutent de rien 

J’avais entendu s’exprimer à la radio l’un des promoteurs d’une proposition de loi visant à légaliser l’euthanasie. Ce qui m’avait frappé, c’était son assurance.

Cet homme-là ne doutait de rien. Il était sûr d’être dans le juste. Il était sûr d’être dans le vrai. Peut-être avait-il raison ? Si c’était le cas, cet homme-là était un grand sage. Je m’explique.  

Euthanasie signifie « bonne mort ». Comment savait-il en quoi consiste la bonne mort ? Parce qu’il savait, je suppose, ce que signifie « bon » et ce que c’est que « la mort ». Cet homme-là savait donc, apparemment, ce qu’étaient le bien et la mort. Quelle chance pour lui ! Et quelle chance pour nous.   

Il savait que la mort était la fin totale de l’être humain, la chute dans le néant. Il savait que la bonne mort était celle qui n’était pas douloureuse, pas longue (assurément, c’est cela que nous préférerions tous, instinctivement). Quant à la dignité, qui faisait partie du bien, elle consistait positivement à agir, à rester le maître des événements, et négativement à ne pas dépendre, à ne pas subir. Le « bien » consistait donc dans le plaisir et dans l’absence de douleur, dans la préférence instinctive, ainsi que dans la puissance active, qui est dignité.  

Mon législateur savait-il que tout cela était vrai ? Ou voulait-il le croire ? En fait, je pense qu’il n’en savait rien, mais qu’il voulait le croire. Je ne lui reproche pas de vouloir le croire, après tout, c’est son affaire.    

 

Le pessimisme n’a rien de certain 

La mort totale, la chute dans le néant, ce serait la fin de tout espoir. En ce sens la mort serait toujours absolument triste et sa simple anticipation projetterait une ombre en arrière, sur toute la vie. La mort totale rend la vie mauvaise.  

Si la mort est totale, la mort est toujours bonne, par définition, puisqu’elle met fin au désespoir rationnel d’une vie qui ne mène à rien, une grande passion inutile. La mort serait peut-être même la seule bonne chose, pourvu qu’on ne la sente pas passer. L’euthanasie serait la seule bonne chose de la vie. Tellement bonne, qu’on ne voit pas pourquoi on attendrait la fin.  

Bref, si la mort est totale, la mort est bonne par définition, et la vie mauvaise par définition. Est-ce là une bonne base pour légiférer pour un peuple aspirant au bonheur ?  

Si c’était la vérité rationnelle, il faudrait bien la reconnaître. Mais est-ce la vérité certaine ? Et si ce n’est pas la vérité certaine, pourquoi légiférer sur ces sujets comme si pesait l’évidence de plomb d’une chape de désespoir ?    

 

Euthanasie et manque d’esprit critique 

Mon sentiment sur une telle proposition de loi, c’est qu’elle se fonde sur un manque d’esprit critique. On avance comme si le pire était sûr, mais cela n’est pas sûr du tout. Il faut envisager toutes les hypothèses. Soulager la douleur, sans doute, et on y arrive assez bien. Mais donner la mort à l’être humain, c’est quand même tout autre chose.  

Pour croire faire du bien à quelqu’un, en lui donnant la mort, il faut vraiment penser qu’on lui fait du bien en lui infligeant, ou en lui permettant de s’infliger, une mort violente, et en lui interdisant de subir une mort naturelle. Le naturel vaut-il mieux que l’artificiel, en matière de vie et de mort ? Tout le monde parle d’écologie, et on voudrait industrialiser tout, mécaniser tout, y compris la mort ?    

En réalité, mon grave législateur n’est pas sûr. Vous direz que je n’en sais peut-être pas plus que lui. C’est bien possible. Admettons même que cela soit vrai. Sur la base d’un tel doute général, nous gardons donc un espoir que la vérité, après tout, puisse ne pas être triste et que le pire ne soit pas vrai. Donc, si nous doutons vraiment, nous espérons. Allons-nous donc agir comme par certitude de désespoir, alors que le désespoir est peut-être une sottise, un coup de cafard, et que les nuages vont s’entrouvrir – et qu’en tout cas, ce désespoir est un manque d’esprit critique ?      

Admettons que nous soyons tous dans le doute, que ferions-nous ? Voilà la bonne question.

Dans le doute, nous nous dirions que la vie a peut-être un sens. Et il nous suffirait d’un léger doute pour nous y accrocher et nous réjouir de la possibilité du sens. Dans la joie du sens, allons-nous tuer par désespoir ? Pourquoi imposer une telle ambiance à ce peuple de bons vivants ?  Pourquoi le doute profiterait-il toujours à la négation ? Cela, ce n’est pas le doute critique, mais c’est le préjugé du négatif que refuse l’esprit critique. 

Il me semble que, dans le doute, dans l’espérance du sens, l’homme critique ne tue pas l’homme. Il le soigne, il lui tient la main, il soulage à la fois sa douleur, son angoisse et son chagrin, il l’aide à trouver le sens et la dignité que peut revêtir tout instant de l’existence, y compris les derniers.    

 

Vivre la dignité de la mort

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Dimanche, 29 Novembre 2009 22:51 Écrit par Henri Hude

C’est le seul moyen de mourir dans la dignité 

Comment pourrait-on mourir dans la dignité, s’il n’y avait pas une dignité dans la vie même ? Mais la mort, n’étant que l’extrémité de la vie ici-bas, doit avoir au moins la même dignité que la vie en elle-même.  Pour mourir dans la dignité, il suffit donc de vivre jusqu’au bout.  

Quelle dignité peut avoir un simple tas de matière, issu du hasard et voué à la décomposition ? Or si nous ne sommes que cela, si nous mourons tout entiers, ne parlons plus de vivre dans la dignité, ni donc d’y mourir. Mais en fait, nous croyons à notre dignité, cela montre que nous ne tenons pas le désespoir pour si raisonnable et que, dans le fond, nous croyons qu’il y a peut-être bien autre chose.  

Quelle dignité y a-t-il à prendre une attitude artificielle ? La dignité est d’abord morale. Respecter la vérité, c’est bien plus que se tenir droit. Tout mépris de la mort suscite une certaine admiration, mais le courage ne suffit pas à faire une bonne action. Certains criminels de guerre étaient aussi des héros. Quand on ne ment pas, quand on ne se paye pas de mots, la personne vaut toujours mieux dans sa vérité que le personnage qu’elle préférerait jouer dans l’imaginaire.

Le témoignage du sens dans la fragilité est un cadeau sans prix fait à ceux qui restent ici-bas pour affronter à leur tour la vie.   

 

Pourquoi souffrir deux fois au lieu d’une ?  

La souffrance est douloureuse : c’est une évidence et une tautologie. Elle n’a pas de sens : ce n’est qu’une hypothèse.  

Si on croit cette hypothèse vraie, la souffrance est deux fois douloureuse. Une fois parce qu’elle est douloureuse, une seconde parce qu’elle est absurde.

De quoi veut-on se libérer par la « bonne mort » ? De la simple douleur ? Mais pour cela, il n’est pas besoin de mourir. De l’absurde ? Mais ce n’est peut-être qu’une impression. Il vaut mieux guérir de cette impression.  

C’est par l’amour qu’on en guérit. Peut-être aussi par la sagesse.  

L’euthanasie devenue fait sociologique, ce serait en fait une psychothérapie collective contre la présence de l’absurde. Mais pourquoi ne pas guérir de l’absurde simplement par le petit acte de douter de l’absurde, qui suffit à libérer la joie de vivre et la puissance du sens.   

 

Pourquoi se priver de sa mort naturelle ?  

Celui qui appelle la mort du geste et de la voix se prive de tant de joies ultimes et si rares, d’échanges si vrais, de rapports si inoubliables, d’instants où, presque sans parler, par la simple pression d’une main, on se dit tout et où enfin on se comprend, alors qu’on avait perdu des années à ne plus se comprendre et à ne plus rien se dire… Pourquoi ne pas redécouvrir ces moments, plutôt que de fuir par le non sens du meurtre et du suicide finaux, une sinistre chute dans un non sens, peut-être imaginaire ? Transfert imaginaire d’une tristesse et d’un manque d’amitié, dans la structure et l’orientation de la vie ?     

 

Contre le dogmatisme du désespoir 

Bref, ne pas agir comme si le douteux était certain. Ne pas agir comme si l’espoir était vain. Ne pas imposer aux autres cette croyance arbitraire. Ne pas leur donner le témoignage du non sens. Accepter le questionnement.

Faire jouer l’esprit critique, c’est toujours une victoire contre la négation et le néant, à condition que nous sachions tenir la main de la personne qui souffre, et mettre en doute le doute unilatéral qui ne sait douter que de ce qui ferait sens.  

En fait, nous aimons la vie, nous croyons qu’elle est bonne, et pas seulement parce qu’elle nous procure du plaisir, car nous pouvons nous sacrifier de bon cœur pour la vie qui monte et pour ce que nous aimons.  

La mort peut être une naissance à une vie supérieure, à une existence céleste. Il faut en être resté à une phsique de Meccano, datant du 19ème siècle, ou même de l'Antiquité, pour se croire sûr que la décomposition laisse tout tomber au néant.

Mesdames et Messieurs les députés, à supposer que vous ne sachiez pas davantage que votre triste collègue ce qu’il en est de la mort, mais que vous soyez plus critique que lui, donc à supposer que seulement vous doutiez, que choisiriez-vous ?  

On dit que la mort est pour chacun ce que chacun pense. Voire. La mort est ce qu’elle est, même si nous ne le savons pas. La question serait alors : « Dans le doute, que fait-on ? » Ou s’il faut parier, sur quoi parie-t-on ?   

Le doute unilatéral, ce n’est pas un doute, c’est un préjugé de désespoir. Si ce préjugé était si vrai que cela, nous serions tous morts depuis longtemps.     

 

Fraternité ou absurdité ?   

Je vois bien qu’ils tiennent à ce que le suicide soit la façon commune de sortir de la vie. Mais je me pose alors cette question : pourquoi ces gens ont-ils à ce point besoin de croire au non-sens ?  La France est-elle la République du non sens ? Liberté, égalité, solidarité dans l’absurdité ?  

   

Actualité bioéthique

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Lundi, 23 Novembre 2009 11:11 Écrit par Henri Hude

Mon silence avec Marie-France

 

Une vieille amie, Marie-France, m’avait questionné sur l’actualité bioéthique. Je ne lui avais rien répondu d’articulé. J’avais eu tort. Pour réparer cette omission, je mets en ligne ce soir une conférence du 13 novembre 2009 sur « Contrainte et homicide. La responsabilité morale des militaires ».  

Marie-France va peut-être penser que je ne lui réponds pas, ou que je me moque d’elle. Cette fois, c’est elle qui aurait tort. Quand on parle de responsabilité des militaires, ce qui est posé, c’est de la question de l’homicide.  Eh bien, pour la bioéthique, c’est pareil.  

Si donc je dis quelque chose de fort et de sensé sur le problème de l’homicide en guerre, je suis sûr, indirectement, d’apporter quelque chose au débat bioéthique.  

J’aimerais que Marie-France me dise ce qu’elle en pense.     

 

Mon dialogue avec Dominique le matheux  

 

Un autre ami, vrai de vrai, c’est Dominique, un collègue chercheur. Il  m’interroge hier à brûle pourpoint :  

Dominique : « Et la bioéthique ? » 

Moi (Henri) : « Toi aussi ? Mais vous vous êtes tous passé le mot ! »  

D : « Non, mais Marie-France m’a raconté. Pourquoi ne dis-tu rien ? La révision des lois de bioéthique approche. La société se pose des questions : recherches sur l’embryon, assistance à la procréation, thérapie génique, mères porteuses, etc. Tu diriges un pôle d’éthique, tu sers à quoi si tu ne dis rien ? » 

H : « Marie-France plus Dominique = Henri placé devant sa responsabilité. » 

D : « Là, tu me fais plaisir. Alors que dis-tu ? » 

H : « D’abord que mon devoir est de répondre. Autrement, je me déroberais à ma responsabilité. » 

D : « Très bien. Mais encore ? Que dis-tu sur ces sujets ? » 

H : « Ne t’imagine pas que je me dérobe. Mais tu es un scientifique. Je te réponds donc d’abord : ‘Pas d’empirisme !’. » 

D : « Accordé. Recul et hauteur. » 

H : « Exactement. Pas trop vite dans les questions particulières, ni dans le détail des faits. Détour par l’essentiel. » 

D : « Définitions et principes. » 

H : « Exactement. » 

D : « C’est la première condition de l’esprit scientifique. » 

H : « C’est aussi la première forme du bon sens moral et de la clarté de conscience. » 

D : « Alors allons-y. »  

H : « OK. Que sont ces questions dont tu parlais ? » 

D : « Des questions d’éthique. » 

H : « Oui, si on le dit en grec. Si on le dit en latin, ‘des questions de morale’. » 

D : « Peut-on résoudre des questions de morale rationnellement ? »  

H : « C’est exactement la question. Réponse : oui, s’il existe des principes moraux universels. Autrement, non. » 

D : « Y en a-t-il ? » 

H : « Pas si vite. Que sont des principes moraux universels, pris tous ensemble ? » 

D : « Laisse-moi réfléchir. Une loi morale ? » 

H : « Exactement. Donc, à la question : "Peut-on résoudre ces questions raisonnablement ?" la réponse est : … » 

D : «  Oui, s’il y a une loi morale. » 

H : « Et voilà. » 

 

Et que dit-on aux parlementaires ?

 

 

D : « Je suis d’accord. Maintenant que fais-tu ? Que dis-tu aux parlementaires ? » 

H : « Je leur demande : ‘Mesdames et Messieurs, y a-t-il une loi morale universelle ?’ » 

D : « Et qu’est-ce qu’ils répondent ? » 

H : « A ton avis ? » 

D : « Trois cas de figure. Cas n° 1, ils disent qu’il n’y en a pas. » 

H : « Alors qu’ils décident n’importe quoi et que le plus fort impose son arbitraire ; et qu’ils ne nous parlent pas de démocratie. » 

D : « Cas n° 2 : ils répondent qu’ils n’en savent rien. »  

H : « Ils devraient avoir honte. Faire métier de décideur sans principe de décision, c’est imposture. » 

D : « Cas n° 3 : il y en a une. » 

H : « Alors tâchez de l’appliquer. »  

D : « Mais y en a-t-il une ? »   

H : Tu reviens au cas n° 2. Oui, il y en a une. C’est ce que j’ai dit aux militaires. » 

D : « Et tu en es sûr ? » 

H : « Oui. Parce que c’est sûr. » 

D : « Explique-moi. » 

H : « T’as qu’à lire ce que j’ai mis en ligne pour Marie-France. » 

D : « Tu ne veux pas me dire ? » 

H : « Si, mais tu es matheux. Sans un tableau et une craie, les maths, c’est du pipeau. Pour l’éthique, c’est pareil. Le savoir s’écrit. L’éthique aussi est un savoir : parce qu’il y a de l’expérience morale, du raisonnement moral, des principes moraux. » 

D : « Alors, je lis et je te réponds. Par écrit. » 

H : « Forcément. C’est comme ça qu’il faut faire. » 

D : « C’est comme ça qu’on se libèrera des pipeauteurs. » 

H : « Peut-être, un jour. »              

 

   

3ème Leçon à l’usage des politiques d’une démocratie durable

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Dimanche, 15 Novembre 2009 14:53 Écrit par Henri Hude

Contre les suiveurs déguisés en chefs 

 

« Si les chefs n’en savent pas plus que le peuple, autant les tirer au sort. »   

« Ce n'est pas avec des sondages que l'on apprend à connaître le visage d'un peuple. »    

« Le plus compétent des chefs doit savoir reconnaître que, souvent, il ne sait pas. Un peuple aussi. »  

« Le plus intéressant, dans un sondage sur un point précis, c’est le nombre de ceux qui ne se prononcent pas. Il exprime, à peu près, le pourcentage de ceux qui, ne connaissant pas mieux les faits de la cause que les autres, ont la sagesse de ne pas s’en faire juges. Ce pourcentage est faible. » 



Contre ceux qui gouvernent pour être réélus  

 

« Mettez-vous bien dans la tête que votre carrière ne nous intéresse pas. »  

« Si vous voulez devenir riche, ne vous jetez surtout pas en politique.  Faites des affaires, et tâchez d’y réussir. Ca prouvera à l’électeur que vous savez faire un métier. Et vous aurez peut-être un peu d’argent de côté. Si alors vous faites de la politique, vous aurez moins de tentations et plus de liberté. » 

« Nous manquons d’élus qui n’aient pas besoin d’être réélus. » 

« Ce n’est pas contre le cumul qu’il faudrait lutter, mais contre l’incrustation. L’incrustation s’appelle réélection. » 

« Vous n’allez pas me dire qu’il ou elle est indispensable ! » 

« De toutes façons, vous ne serez pas aimé. On vous aimera, peut-être, quand vous serez parti. »  

« Bossuet disait en chaire à la cour de Louis XIV : ‘L’or que vous mettez sur vos carrosses, c’est le pain que vous volez aux pauvres.’ Et il ne s’est pas fait virer. A adapter en démocratie durable. »  

« L’envie est la plaie des démocraties. »  



Prolégomènes à l’esprit civique : l’honnêteté intellectuelle  

 

« Mais quand même, le plus important, c’est encore de savoir dire parfois : ‘Je ne sais pas.’ » 

« Dans une démocratie non durable, je vous garantis qu'un fils à papa qui ne connaît rien à rien réussira s'il se lance dans la politique. »   

« Rien n’est plus utile que l’honnêteté intellectuelle. A pensée fausse, action inadaptée. »  

« L’accumulation des folies serait comique, si ce n’était par la souffrance des petits que finissent par se solder les folies des grands. » 

Surtout : « Je ne veux pas des carpettes, je veux des contradicteurs. »  

Lucide : « Quel idiot a nommé cet idiot ? » 

Irréfutable : « A votre niveau, la bêtise n’est pas une excuse, c’est une circonstance aggravante. » 

« Vous avez peur de me dire la vérité ? Vous m’offensez. » 

« Dites la vérité, c’est votre premier devoir. » 

« Louis XIV à un adjudant, qu’il avait injustement offensé : « Camarade (sic !), oublie ce que j’ai fait. Moi, je saurai m’en souvenir. » Quinze jours après, il en a fait un lieutenant. A adapter en démocratie durable.   

« C’est la démocratie qui doit durer, pas les politiciens. » 

   

2ème Leçon à l’usage des politiques d’une démocratie durable

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Dimanche, 08 Novembre 2009 13:41 Écrit par Administrator

La télé est pour la démocratie et non pas la démocratie pour la télé   


« Vous êtes impatient ? C’est un défaut. » 

« On peut se corriger de ses défauts. »   

« On vient de vous dire qu’il n’y a pas d’urgence. Demain ou après demain. Ou alors après le weekend. » 

« Je comprends bien votre problème. Dites donc pendant le JT que vous n’avez rien à dire. Ca ne changera pas grand’ chose. » 

« Il faut attendre que le sucre fonde. » (Bergson) 

« Si vous ne perdez pas votre temps à vibrillonner pendant qu’il n’y a rien à faire, vous en aurez assez pour réfléchir et vous cultiver. Vous pourrez ainsi poser de bonnes questions, à des interlocuteurs, quand il sera pour eux temps d’y répondre. »   

« Quand on arrive à tenir trois heures avec pour seule information qu’on attend l’info, si deux millions de personnes vous ont écoutés, cela fait six millions d’heures perdues. »  

« La télé est pour le peuple et non le peuple pour la télé. L’Etat est pour le peuple et l’homme d’Etat pour l’Etat. »  

« Une démocratie qui n’a pas d’Etat n’est pas durable. » 

« L’Etat perd la tête, quand il ne prend pas le temps. » 

« Le temps, ça se prend. » 

« La décision d’Etat a son temps, celui de la vie. Celui d’une gestation, puis d’un accouchement. »  

« La nuit porte conseil, surtout si je dors. » 

« Heureusement, j’ai des adjoints. Je me repose sur eux. Ils connaissent leur métier. Je leur fais confiance. »   

« Définition de la démocratie communicationnelle : du gouvernement des hommes à l’administration des faits divers. »  

« Un chef absorbe le stress et diffuse de la sérénité. » 

« On n’est jamais forcé de se hâter pour faire une sottise. » 

« Je ne vois pas pourquoi il s’entête come ça. Dans trois jours il aura tout oublié. En plus, c’est tout le contraire de ce qu’il nous disait il y a trois jours. » 

« Le Maréchal Joffre mettait à la porte de son QG le premier qui courait, ou qui élevait la voix. »  

« Montrez-nous donc des résultats, on vous dispensera des annonces. »  

« Le propre du pouvoir : être obéi et respecté. »

   

1ère Leçon à l'usage des hommes politiques d'une démocratie durable

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Dimanche, 08 Novembre 2009 13:41 Écrit par Henri Hude

Les phrases que devrait savoir prononcer un homme politique


Pour une démocratie durable
 


On parle beaucoup de développement durable. Nous devrions parler aussi et surtout de démocratie durable. Car la démocratie telle qu’elle existe n’est peut-être pas durable, à cause du cadre médiatique dans lequel elle s’exerce, et d’où résulte un double déficit de rationalité et d’éthique.  


Le cadre médiatique, tel qu’il fonctionne aujourd’hui, élimine la durée au profit du seul instant. Et Bergson disait que l’erreur fondamentale de l’esprit consiste dans l’élimination de la durée. De là résulte l’incapacité à voir la vie et tout ce qui est vivant, la continuité des êtres, l’histoire, les traditions, le non artificiel, la nature, l’esprit, l’Absolu. De là l’incapacité à prendre en compte les ensembles, les réalités et le long terme, au profit d’une polarisation sur le court terme, les apparences et les faits divers. Et parce que tout semble insignifiant hors de l’image et de l’instant, la conscience morale, desservie par la superficialité d la pensée, se coupe des sources profondes de sa loi.   
 

Petites leçons de démocratie durable  
 

A supposer que toutes ces « phrases », ou ces « pensées », m’aient été inspirées par une personne particulière, ce serait encore d’abord un caractère que je peindrais : l’homme politique d’une démocratie de « modernité tardive », selon l’expression si parlante de Chantal Delsol, déterminé par une logique d’instant aveugle à la vie, et, de plus, enfermé dans ce qu’il faudrait appeler l’exubérance irrationnelle des médias. Ces « pensées » posent la question grave de savoir à quelles conditions une démocratie est durable.   


Voici donc des « phrases », réparties en quatre Leçons (au sens de la Méthode Assimil), à l’usage des futurs hommes d’Etat d’une démocratie durable. Je ne publie ici que la 1ère Leçon. Si votre curiosité désire les trois suivantes, elles sont dans Approfondir.  


1ère Leçon : Penser vrai fournit le moyen de s’adapter au réel 


« La plus essentielle de toutes les phrases, pour un homme d’Etat, c’est : ‘Je ne sais pas.’ »  

Puis, à ses collaborateurs directs : « Et vous, savez-vous ? » 

En somme : « Nous ne savons donc pas. – Mais il faut savoir. » 

« D’autres savent peut-être. Où sont-ils ? Amenez-les-moi. » 

Ils arrivent. Alors lui (ou elle, cela va sans dire, mais si on le dit à chaque fois, on ne peut plus faire une phrase qui tienne debout en français) ; or donc, elle, ou lui : « Dites-moi ce que vous savez, pas ce que j’aimerais entendre. »  

« Si vous me prenez pour un corbeau, je vous priverai de fromage. »  

Direct : « Vous ne m’aidez pas. Sans jargon, vous êtes tout nu. Apprenez à écrire, ça vous aidera à penser. » 

D’ailleurs : « Si on pouvait me flatter, ce serait en ne me flattant pas. » 


La seconde grande phrase : « Ca peut attendre. Il n’y a pas d’urgence. Ca doit attendre. »
 

Parler d’éthique ? Trois phrases : 1° « Quand tant de gens dépendent de nous, qui oserait penser à soi ? »  
2° « Ne pas faire la morale. Montrer l’exemple. » 
3° « Bien sûr, ils sont ingrats. Qu’attendiez-vous d’autre ? » 

« Mais quand même, le plus important, c’est encore de savoir dire : ‘Je ne sais pas.’ » 

« Il y en a qui croient tout savoir. Ce sont les pires. » 


Encore une phrase importante : « Cette affaire n’est pas de mon niveau. »
 

« Le Général de Gaulle disait : ‘Tant de gens viennent embêter le Président de la République avec leurs petites affaires !’ Ne vous méprenez pas sur le sens de cette phrase. Elle signifie : ‘Adressez-vous aux fonctionnaires du ministère compétent. Là se trouve la personne qui sait, parce que c’est de son métier. C’est à elle de faire. Elle fera mieux que moi.’ »  

« Si l’opinion publique était correctement renseignée, elle sanctionnerait les chefs sortant de leurs compétences pour se faire bien voir, ou se faire voir. »  

   

Jusqu'où va la responsabilité morale des militaires ?

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Jeudi, 29 Octobre 2009 12:17 Écrit par Henri Hude

Je dois présenter prochainement une communication sur « La responsabilité des militaires, du point de vue éthique ». Je le ferai dans le cadre d'un colloque sur la responsabilité des militaires, qui aura lieu en novembre 2009 aux Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan. Cet article bref a pour but d'appeler des critiques constructives sur les thèmes et les thèses qui y sont esquissées. Le texte complet de la communication sera en ligne après la tenue du colloque.


Question de conscience ?
 


Le métier militaire n’est pas n’importe lequel : c’est un métier où l’on tue sur ordre. Du point de vue moral, son problème fondamental, c’est l’homicide. Tous les autres en découlent.

La guerre tue. La première forme de la responsabilité morale, pour le militaire, c’est d’accepter de répondre à la question de conscience la plus fondamentale : « Pourquoi as-tu tué ? Pourquoi vas-tu tuer ? » La seconde forme de cette responsabilité, c’est d’accepter de se poser à soi-même la question.


Objection de conscience ?


Si la règle morale était : « Tu ne dois jamais tuer aucun être humain, pour quelque raison que ce soit » – le concept d’éthique militaire envelopperait contradiction. La seule action militaire éthique, ce serait de refuser d’être militaire. L’objection de conscience serait une obligation stricte. Le pacifisme radical serait la seule attitude morale.

Mais, dans la pratique, personne ne soutient le pacifisme radical, par crainte de donner pour toujours le pouvoir aux plus violents (le cas Hitler, par exemple). C’est probablement ce qui se produirait, si personne ne reconnaissait aux Etats un droit et un devoir de résister par la force.  Aussi rejette-t-on le pacifisme inconditionnel.

Par suite, l’objection de conscience ne peut être ni inconditionnellement obligatoire, ni inconditionnellement permise. Le militaire pourra avoir l’obligation morale de donner la mort au combat, mais sans être délié pour autant de son obligation de respecter la vie humaine. Toute la difficulté de sa position se trouve dans cette tension.


Cas de conscience ?


La décision politique d’employer la force, va se traduire par l’ordre de tuer, mais donné à des gens qui ne doivent pas avoir une mentalité de tueurs à gages – autrement comment le régime civil serait-il en sécurité ? Donc le militaire, qui a une conscience morale, ainsi qu'un esprit juridique, se demandera forcément si l’ordre de tuer, qui lui est donné par le politique, est moral, ou immoral – et en outre légal.

Il pourra se poser la question à propos de tels ou tels ordres spécifiquement militaires, sur le terrain, mais la responsabilité des militaires, pris en corps, ne se limite pas à leur action militaire en opérations. Bien sûr, c’est là que s’exerce d’abord la responsabilité des lieutenants ou des capitaines. Mais les officiers généraux les plus élevés, eux, sont au contact direct des décideurs politiques. Leur questionnement moral enveloppe donc nécessairement un questionnement sur la politique dont ils sont le bras armé. Ils vivront un cas de conscience plus ou moins aigu, toutes les fois que la guerre qu’on leur demandera de faire ne leur semblera pas juste.

Les subordonnés (jusqu’à un niveau élevé) peuvent le plus souvent exécuter la décision politique, même si elle est objectivement injuste, sans commettre de faute morale, parce qu'ils ne peuvent pas le savoir avec certitude. Ils vont en effet, le plus souvent, rester dans l’incertitude, et irrémédiablement, sur le bien-fondé de la décision qui les envoie en opérations. Est-elle bonne ? Peut-être. Est-elle mauvaise ? Peut-être. Faute d’avoir les moyens de sortir de ce doute, ils sont placés dans une sorte d’indifférence, où va normalement prévaloir chez eux la conscience de leur seule obligation claire, celle de faire leur métier et de servir l’Etat. Car que se passerait-il, si l’Etat était privé de sa force ?

Ce n’est pas la même chose pour les supérieurs militaires, tout comme pour les leaders politiques. Eux possèdent la compréhension des motifs, le renseignement et la vue d’ensemble. Ils ne peuvent pas ne pas se poser la question morale sur la valeur de cette guerre, car ils savent. Celui qui sait et ne se poserait aucune question d’ordre moral prendrait la responsabilité de ne pas se les poser. Il s’exposerait à se voir un jour demander pourquoi il aurait décidé de ne pas se les poser.


Le dialogue politico-militaire dans la décision politique


Le dialogue politico-militaire conduisant à la décision d’engager les forces armées est d’une particulière gravité morale. Il est de la dignité d’un homme de se refuser à causer la mort d’être humains, s'il sait que ce serait sans juste cause. C’est vrai aussi bien pour le politique que pour le militaire.

Doivent en même temps rester saufs: le régime civil, le lien de subordination du militaire au civil et le respect qu’il implique. Et toutefois, il est normal que le dialogue entre le décideur politique et le commandeur militaire ait aussi la forme d’un dialogue de conscience à conscience. Il y faut de la confiance mutuelle et un degré suffisant de moralité des deux côtés. Cela situe obligatoirement la décision politique au seul niveau qui légitime la politique et la sauve du gangstérisme, à savoir celui de la dignité humaine.

   

Ce que Socrate dirait à Jean Sarkozy

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Lundi, 19 Octobre 2009 11:54 Écrit par Henri Hude

       Le politicien Alcibiade, à l’âge de vingt-trois ans, rencontra le philosophe Socrate. Voici quel fut leur dialogue, tel qu’il nous est rapporté, ou à peu près, par Platon dans son dialogue de jeunesse intitulé, précisément, Alcibiade :

       « Que veux-tu faire dans la vie, ô Alcibiade ? » demanda Socrate.

       Alcibiade lui répondit :

       « Je veux être un jour le premier dans ma famille, ô Socrate, et que ma famille soit à la tête de mon clan ; je veux que mon clan domine notre cité ; je veux qu’Athènes soit maîtresse de toutes les cités grecques ; enfin je veux que les Grecs, en raison de leur excellence, dominent les autres peuples. »

       « En somme, ô Alcibiade, tu veux dominer le monde ? »

       « Cela peut se dire ainsi, ô Socrate. »

       « Quel beau projet tu as formé, ô Alcibiade, et quel noble naturel est le tien ! Et combien les Athéniens sont chanceux de t’avoir au milieu d’eux, eux qui doivent déjà tant aux vertus de Cleinias, ton père. »  

       « En effet, ô Socrate, ce n’est pas la moindre qualité de notre cité, que de compter des familles comme la nôtre. »

       « Tu parles bien, car je ne doute pas, ô Alcibiade, que si tu te lances déjà, si jeune, dans cette noble course pour le pouvoir, c’est qu’à l’âge où tant d’autres fils de famille se contentent de boucler leurs jolis cheveux et de caresser leurs maîtresses, tu as pu, toi, grâce à l’application de ton esprit aux sujets sérieux, et par de rigoureux exercices, faire ample provision de sagesse et de sciences, d’expérience et de vertus. »

       « De fait, ô Socrate, je t’avoue sans honte et librement que n’ai jamais été aussi assidu que tu le dis. Mais je possède, de naissance, une passion de dominer qui fait mieux que toute vertu. Je tire de mon sang une aptitude à parler si bien au sujet de tout ce que j’ignore, et mille fois mieux que ceux qui savent, que je ne doute pas de posséder un instinct et une intuition valant plus que tous les savoirs. Quant à ceux qui me parlent de l’expérience, ce sont des petits esprits qui ne savent pas comment le génie, sans avoir rien vu, sait déjà tout ce qu’on peut voir. »

       « Ne crains-tu pourtant pas, ô Alcibiade, que les gens du peuple et tous les grands, qui ne sont pas si bien nés que toi, et devant lesquels tu vas bientôt te présenter pour devenir leur élu, ne s’inquiètent de ton ignorance de tous les sujets les plus nécessaires à qui veut remplir les fonctions que tu brigues ? »  

       Alcibiade sourit et lui répondit :

       « Bien sûr que non, ô Socrate, et d’abord à cause de ce que je viens de te dire, que l’instinct et le génie suffisent amplement aux hommes supérieurs. Ensuite, parce que le peuple ne s’y trompe pas. Il sait qu’il n’y a pas besoin d’être savant ou sage ou vertueux pour gouverner la cité, et il sent seulement qui possède en soi un appétit de pouvoir et une puissance de vie qui sont la seule sagesse. Il se soumet à eux avec plaisir et il jouit quand ils le cravachent. Tels furent depuis des siècles ces grands hommes placés à notre tête par le choix du peuple, et qui firent avec son bonheur la gloire de la cité. »

       « Avec un homme d’un tel discernement, ô Alcibiade, les heureux Athéniens n’iront jamais nouer de dangereuse alliance, ni se lancer dans de folles entreprises. »

       « Je pourrais m’en flatter en effet très librement, ô Socrate, puisque telle est la vérité, mais je crois que la pudeur est le plus bel ornement de la jeunesse et qu’à tant de talents que j’ai reçus de la nature, et qui pourraient me rendre orgueilleux, il convient que je rajoute par mes efforts ce qui met le comble déjà un comble à la vertu de mon noble père, je veux dire, l’humilité. »

       « Et tu feras bien, ô Alcibiade. Telle est la sagesse enseignée par tous nos Tragiques : ‘Orgueil, fils du bonheur, dévore son père’. »

       Alors, Alcibiade se tut.

       « Ô Alcibiade, tu restes songeur, à quoi penses-tu donc ? »

       « A personne, ô Socrate. Assez philosophé, laisse-moi. Je me dois aux affaires de la cité. »

       Alcibiade devint stratège, c'est-à-dire président de la République athénienne. Il fut à l’origine de la désastreuse expédition de Sicile, où fut brisée la force d’Athènes. Ecarté du pouvoir, il trahit sa patrie. Il mourut assassiné.   

 

   

Peut-on se libérer du stress au travail ?

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Lundi, 19 Octobre 2009 14:33 Écrit par Henri Hude

            Il a beaucoup été question, dernièrement, du stress au travail, à propos des suicides en série à France Télécom.

On aura observé le cycle médiatique rituel : focalisation, émotion, gesticulation, ouverture de parapluie, démagogie, colère, indignation, traque de responsable, législation en urgence, fusible qui saute, petit soulagement expiatoire, baisse de pression, ennui, et puis zapping collectif – mais surgissement d’une nouvelle émotion, nouveau cycle qui se déroule, nouveau zapping collectif – indéfiniment.

Rien de pratique à attendre de cela, ni des agités de tout poil qui luttent pour leur survie au jour le jour dans cet univers de non sens. Ils ne vont pas changer le monde et notre vie, l’économie ou la politique. Il faut d’abord compter sur soi, en distinguant bien "ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas" (ou si peu), comme le disait Epictète.

Voir les choses positivement, car le stress est utile. C'est ce que résume clairement, dans Cofatinfo, une revue militaire défunte mais archivée (p.3-5), le Docteur Patrick Clervoy, psychiatre et médecin aux Armées, auteur d'un livre intitulé Le syndrome de Lazare. Le stress est d’abord la mobilisation naturelle de l’organisme face à une menace. Un pays bien gouverné se réorganise avec méthode face à un danger imminent. De même, notre être psychophysique s’adapte spontanément face aux défis d’une situation. La pression artérielle augmente, le pouls accélère, le sang va coaguler plus vite, etc.   

Qu’y a-t-il de mal dans le stress ? C’est en soi une réaction naturelle, utile et nécessaire. Le mal est dans l’idée fausse, souvent exagérée, que nous nous faisons de la menace, ou de l’agression, et donc dans la démesure de l’adaptation organique mise en place. On pourchasse une mouche avec une lourde masse. C’est cela qui, en devenant habituel et en se prolongeant, nous épuise.

Donc, une cause certaine de mon stress – et une cause sur laquelle je peux agir, et agir seul, ou avec l’aide de quelques amis compétents – ce sont mes opinions fausses. Les menaces, je ne les supprimerai peut-être pas. L’adaptation aux menaces, elle est nécessaire. L’erreur concernant les menaces, voilà ce sur quoi que je peux travailler.

Je pense être l’objet d’une agression et je stresse. Si cette agression n’existe pas, je dois me guérir, non d’une maladie qui serait le stress, mais d’une opinion fausse qui exagère mon stress. Incrustée dans mon esprit, cette opinion erronée met sans raison mon organisme sous tension.

Le stress ne tient pas à la quantité brute et réelle de travail. Il tient à l’idée que je me fais de mes obligations face à cette quantité brute, à l’évaluation de sa masse et de mes moyens. J’ai peur de ne pas y arriver, de ne pas être à la hauteur, et de ce qui pourrait m’arriver, en cas d’échec. Ce stress me fatigue beaucoup plus que le travail lui-même, car il est déjà une énorme dépense d’énergie par lui-même, une surtension stérile continuelle, qui ne trouve pas sa résolution normale. Ainsi le stress me fait perdre mes moyens, parce qu’il me les enlève vraiment, ce qui accroît d’autant mon stress.  

Comment sortir de ce cercle vicieux ? Par la liberté d’esprit, l’objectivité, la vérité, la justice. C’est pour cela que l’éthique est nécessaire à la vie.

Idée fausse : j’ai le devoir absolu de réussir. Erreur, car je ne suis pas tout puissant. J’ai seulement le devoir de tout faire pour être bien préparé et de tout faire pour réussir. Si j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir, j’ai fait tout mon devoir. Et le résultat n’y change rien. Et si on me fait un reproche, il est injuste. Et si on me méprise, c’est une opinion fausse et une injustice, chez la personne qui méprise. Et si on me punit, ce n’est pas juste non plus. Et si je me soucie de ces conséquences, c’est que je manque de liberté. Je dois faire mon devoir et me moquer éperdument du reste. 

Ai-je peur de mon chef ? Par hypothèse, je suis sérieux et j’ai la conscience nette. Je lui dis : « Si je ne ralentis pas, je vais arriver au bout du rouleau. » Si c’est la vérité, j’ai le devoir de le lui dire ; et il a le devoir de l’entendre. Ou alors c’est un mauvais chef.

Je stresse à cause de ma mauvaise opinion sur mon chef ou sur moi. Les deux sont peut-être fausses. Manque de liberté. Unique remède : se caler sur la vérité objective. Trop prendre sur son sommeil, c’est comme emprunter à un usurier.

« Il va croire que je lui raconte des histoires, que je suis fragile, ou paresseux, ou que je m’écoute… Je vais perdre sa confiance. »

Bonnes questions à se poser : est-ce que je ne suis pas trop affectivement dépendant de son opinion ? Va-t-il vraiment me juger mal ?

Admettons que je sois trop fragile pour mon rôle. Qui a fait l’erreur de me le confier ? La faute n’est pas mienne, sauf peut-être d’avoir accepté. Si c’est une bonne décision que de me relever, elle n’a pour moi rien d’infamant. Jauger exactement n’est pas juger sévèrement. Ceux qui mélangent les deux se trompent. Et moi aussi je me trompe, si j’attache trop d’importance au jugement de gens qui se trompent. Au pire, quel serait l’intérêt de rester dans un emploi qui ne m’irait pas ? Rectitude du jugement : indispensable à la paix d’esprit.

Admettons au contraire que je sois taillé pour le poste, mais épuisé par l’effort. Si je stresse à l’idée du jugement de mon chef (ou d’autres), la vraie cause de ce stress est dans mon opinion sur lui (sur eux). Mais mon chef est-il comme ça ? Incapable d’écouter, de se rendre compte qu’un de ses collaborateurs est au bout du rouleau ? Faisons face à la vérité des faits. Soit il l’est, soit il ne l’est pas.

S’il ne l’est pas, la cause de mon stress est une peur irrationnelle, un manque de confiance injustifiée, une opinion fausse. Mon chef n’est pas si mauvais. Je n’ai pas à guérir du stress, mais d’une opinion fausse qui me stresse. Allons dormir.

Et si mon chef est mauvais, de toute façon, personne ne peut en attendre grand-chose. Si je stresse, c’est que j’espère une chose qu’il n’y a pas lieu d’espérer. Là encore, ôtez l’opinion fausse qui nous stresse et il n’y a presque plus de stress, tout au plus une déception.

On peut me priver d’un bien, mais que vaut ce bien ? Et toute privation est-elle une frustration, c’est à dire privation intolérable ? Jusqu’à quel point dois-je me soucier de manquer de ceci ou de cela ? Pourquoi me pourrir l’existence à force d’anxiété ou de comparaisons ? Qui n’est pas privé de quelque chose ? Cela veut-il dire que nous serons tous frustrés ? Qu’est-ce qui transforme une privation en frustration, sinon l’idée de l’insupportable ? Pour éliminer les frustrations, dois-je supprimer les privations, ou changer mon critère de l’insupportable ? Avec d’autres critères, je deviens indifférent à plus de choses, capable de supporter. Supporter, est-ce passivité ou est-ce sagesse ? Cela dépend. Ne vouloir rien subir, et rien supporter, ce peut-être une garantie de frustration…

Nous parlons de stress, d’agression, de menaces, de maux. Que sont les maux ? Où sont les maux ? Que sont-ils, indépendamment de l’opinion que nous en avons ? Nous stressons à cause de beaucoup de choses qui n’existent plus, ou qui n’existeront jamais, ou qui ne sont qu’imaginaires, ou encore qui n’ont d’autre importance que celle que nous voulons bien leur donner. Ou pour des choses qui sont inévitables, mais dont la gravité n’est peut-être pas celle que nous leur attribuons. En un mot, notre opinion sur les maux a beaucoup d’effet sur notre bonheur ou notre malheur, en particulier sur notre stress.  

Ce qui déstresse, c’est la liberté d’esprit, qui permet de regarder les choses en vérité. Il faut philosopher pour vivre.

   

Page 38 de 39

<< Début < Préc 31 32 33 34 35 36 37 38 39 Suivant > Fin >>

Nouveauté


La force de la liberté
La force de la liberté
€18.00

Evénements

Aucun événement

Restez au courant !

Nom:
Mail:

Sites partenaires

Bannière