Henri Hude

Une Ethique pour temps de crise

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Mise à jour le Samedi, 13 Juillet 2013 07:56 Écrit par Henri Hude

Les éditions ECONOMICA viennent de publier (mai 2013) une nouvelle édition de L’Ethique des décideurs. Voici quelques extraits du nouvel Avant-propos

 

 

 

 

(…)  Le projet de ce livre 

 

Bergson a écrit qu’au début de toute philosophie, il y a un « Non[i] ! ». Je voudrais déclarer à quoi j’ai dit : « Non ! »

Depuis mon âge de raison, j’ai entendu répéter sur tous les tons :

-      qu’il n’y a rien d’universellement vrai en matière morale, que tout y serait subjectif, changeant, multiple, divers, relatif, incertain, etc.

-      Qu’on peut tout au plus espérer sauver une certaine paix sociale au moyen de consensus fragiles et provisoires ;

-      mais qu’après tout, ce bricolage dans le vide est encore ce qu’on peut avoir de mieux, car autrement  c’en serait sans doute fini de la liberté.

C’est là ce à quoi j’ai dit : « Non ! »

Il y a du vrai, bien entendu, en tout cela, mais, dans le fond, c’est une erreur. Il y a du vrai en morale. Je le répète : nous pouvons rationnellement acquérir la certitude qu’il y a du vrai, et de l’universellement vrai, en éthique. C’est ma première thèse.

En outre, faute d’une suffisante reconnaissance sociale de ces vérités universelles touchant  au bien et au juste, la culture de liberté d’une démocratie n’est qu’un leurre. Ce leurre permet la perpétuation d’une oligarchie idéologique, qui annule dans la pratique l’idée d’une République laïque, démocratique et sociale. C’est ma seconde thèse.

Enfin, la cité libre aura un avenir dans la mesure où elle saura déjouer le piège du relativisme éthique. Telle est la perspective politique de l’Ethique des décideurs.

Tout cela peut se démontrer rationnellement. C’est au moins ce que j’ai entendu faire, autant que cela se peut, dans la mesure de mes facultés, et dans la limite des moyens qui étaient les miens, à l’époque où ce livre a été écrit. Le lecteur en jugera. 

 

 

 

 

L’amitié, premier foyer de L’Ethique des décideurs

 

Le premier foyer de certitude morale, c’est l’amitié. « Sans amis, nul ne choisirait de vivre[ii]. » « Il n’y a pas de différence nette entre un véritable ami et un parfait honnête homme. » « L’amitié est plus nécessaire encore aux cités que la justice[iii]. » L’amitié se structure à partir de la bienveillance, tout comme elle est traversée par une dynamique de désintéressement et d’universalisation.

L’amitié est une réalité, un fait humain incontestable, universel en son existence, largement transculturel en sa définition. L’amitié, fait universel, est aussi universellement reconnue comme une valeur. Par sa seule existence, elle  fait exploser l’opinion selon laquelle les jugements de valeur n’auraient rien à voir avec les jugements de fait, ni avec les grandes structures de la réalité.

Ce préjugé est d’autant plus faux, que toutes les vertus sont des accompagnements de l’amitié[iv], ou sont contenues en germe et résumées dans l’amitié.

Ce préjugé est d’autant plus faux, je le répète, que toute règle morale se rattache au projet d’une vie en commun excluant la violence et la ruse, et permettant l’amitié, laquelle n’est pas sans les vertus. Cette amitié noble est probablement le premier précepte de la loi morale universelle et la matrice des autres. Quand donc on s’installe dans ce foyer de vérité morale, le relativisme éthique explose, ou s’évanouit.

 

 

 

 

Le second foyer de L’Ethique des décideurs : la guerre

 

Le second foyer de certitude morale, c’est la guerre. Elle fait pendant à l’amitié, principe de paix.

L’éthique, vue depuis l’amitié, c’est l’art de la paix. Vue depuis la guerre, qu’est-elle ? L’art de la guerre juste ? Si c’est le cas, comment articuler entre elles ces deux définitions ? L’éthique renvoie-t-elle ici à la politique ? De quelle façon ?

En tout cas, si nous comprenons la guerre avec ses causes, rationnellement et en toute sa profondeur, nous découvrons aussi, a contrario, la paix avec ses facteurs. Et nous avons ouvert du même coup un nouvel accès à la science éthique de la paix, c’est-à-dire à l’éthique tout court. Telle est la seconde voie qui permet un dépassement définitif du relativisme éthique[v]. Et tel est aussi, pour L’Ethique des décideurs, le second foyer de la réflexion morale.   

L’éthique s’approfondit en prenant en compte tout de ce que la guerre implique ou suppose – en particulier, le formidable potentiel de transgression qui est en l’homme. A ce moment-là, l’éthique enrichit et concrétise sa pensée de la paix, en y incluant la relation à la guerre, et donc au pouvoir, à la force et au droit. Elle reste ainsi rattachée à la vie réelle. Et comme il se pourrait bien que nous entrions bientôt dans des temps de trouble, où la force aurait comme toujours en pareil cas son mot à dire, il convient de développer aussi la réflexion éthique et politique autour de ces deux foyers à la fois.

 

 

 

 

La guerre force à penser  

 

(…) La guerre force à penser. Si un stratège doit penser, un grand stratège doit philosopher. L’action militaire s’inscrit en effet nécessairement dans une action politique de la Nation dans le Monde, et la pleine organisation de cette action requiert une pensée complète de l’Homme et de la cité, avec ses trois grands volets (culturel, économique et politique), dans une vision de sagesse et stratégique mondiale. En outre, l’action politique et militaire d’une Nation qui se voudrait humaine et civilisée se déploiera toujours en forte tension entre le pôle de l’idéal et celui du réel.

L’éthique de la guerre, concept paradoxal, voire à l’apparence contradictoire, force à articuler la philia (en grec ancien : amitié, au sens large) et la justice, la force et le droit, l’éthique et la politique, et à penser le bien sans oublier le mal.

Le souci de formation des futurs officiers m’a aussi forcé à approfondir ou à dépasser les doctrines morales les plus communément en vigueur. Qu’il s’agisse de l’utilitarisme ou du kantisme, surtout en sa version abâtardie, postmoderne, je les juge peu adéquates aux besoins et aux missions de la force armée d’une société libre et civilisée. Mais, je ne me suis pas arrêté à de longues réfutations, préférant travailler à une redécouverte des valeurs profondes.

J’ai réfléchi sur l’homicide, pour y faire réfléchir moi-même les élèves-officiers. Cela m’a forcé à un approfondissement dramatique du questionnement philosophique radical, en matière d’action ou de pratique[vi].

 

 

 

 

Le contexte existentiel 

 

L’Ethique des décideurs a été écrite, puis publiée (en 2004) après une intense expérience d’action qui dura plusieurs années et suspendit le cours de ma réflexion. Elle est la première de mes œuvres postérieures à cette riche coupure pratique, qui divise en deux mon existence philosophique.

Au milieu de ma vie, j’ai en effet interrompu ma recherche philosophique et exercé durant quelques années des responsabilités pratiques. A ce titre, j’ai eu la charge de prendre des décisions difficiles qui, tout en restant d’un niveau relativement modeste, m’ont quand même mis en contact prolongé avec l’essentiel de l’action d’un décideur, de ses problèmes et de la société. Ce temps de l’action m’a changé. J’y ai servi un grand idéal, accompli toute sorte de tâches, livré beaucoup de combats, rencontré quantité de petits et grands personnages, connu le genre humain sans fard, souffert assez pour comprendre les malheureux et détester à jamais l’injustice.

J’y ai apprécié la valeur de l’amitié, de l’honneur, de la souffrance et de la foi : l’honneur intérieur qui reste debout, indifférent à ce qu’on appelle vulgairement échec ou succès, parce qu’il est la seule victoire ; la souffrance, éducatrice de l’homme, qui purifie, qui fait grandir, et qu’il n’y a jamais lieu de regretter ; la foi, « ce qui reste, quand on perdu toute illusion », comme disait Castelnau ; et l’amitié « sans laquelle nul ne choisirait de vivre ».

Ce livre n’est donc pas une simple œuvre de théorie. Il est un fruit de la pratique. Il porte la trace et les cicatrices d’une expérience. Il est ma façon, philosophique, de raconter une vie de décideur, modeste et ardente.  

 

 

 

 

Le contexte historique de L’Ethique des décideurs

 

J’ai commencé L’éthique des décideurs un an après l’effondrement des tours du World Trade Center. J’en relisais les épreuves dans les miasmes du scandale d’Abu Graïb.  Le libéralisme mondial avait quand même encore belle allure. Il semblait triomphant. Dix ans après, le voici devenu de plus en plus libertaire, en crise chronique. Il paraît aller par la démesure à l’effondrement.

Dans dix ans, que restera-t-il de cette idéologie planétaire, libérale-libertaire ? Et que sera devenu cet empire mondial libéral, qui fait tellement corps avec elle ? Un nouveau concert des nations l’aura peut-être remplacé. La France aura peut-être fait une Révolution, que l’Europe aura suivie, rentrant ainsi, peut-être, dans l’Histoire.

Que cela soit, ou autre chose, de grands changements sont à prévoir. Se feront-ils sans guerres, ni violences ? Iront-ils vers le meilleur, ou le pire ? Cela dépendra beaucoup de l’éthique des décideurs qui piloteront le mouvement, à tous les niveaux, et en tous les lieux. De là l’importance accrue du sujet traité dans ce livre.

 

 

Quelques explications liminaires sur le couple « éthique/morale »

 

Beaucoup de lecteurs m’ont interrogé sur « les rapports entre la morale et l’éthique », dont je ne disais rien. Voici mon opinion sur ce sujet, en peu de mots.

Entre l’éthique et la morale, il n’y eut d’abord d’autre différence que :

-      celle d’un mot grec à sa traduction latine (par Cicéron),

-      ou celle qui existe entre le génie des Grecs et celui des Romains,

-      ou enfin celle qui existe entre une sagesse pratique mettant de préférence l’accent sur le bonheur et une autre qui le met plutôt sur le devoir – c’est-à-dire, sur l’un ou l’autre des deux aspects principaux de l’idée du bien.

Mais, il y eut ensuite et il y a encore aujourd’hui, entre la morale et l’éthique, la différence qui sépare moderne et postmoderne. Disons que ce qu’on appelle aujourd’hui [2013] la morale est moderne, d’inspiration plutôt kantienne ; et que l’éthique est postmoderne, d’inspiration plutôt nietzschéenne. En d’autres termes, la morale (moderne) est une sagesse pratique bâtie autour d’une Loi objective, universelle et impérative, et sur le Fondement de la Raison. L’éthique (postmoderne) est ce qui reste de sagesse pratique moderne, une fois qu’on en a ôté le fondement de la Raison et l’objectivité universaliste de sa Loi.

Les postmodernes honnêtes sont des gens qui ont une conscience et voudraient bien avoir une morale, mais ne savent pas comment faire. « Ethique » est alors le nom d’une longue errance à la recherche du bien, à partir d’une conscience d’humanité qu’on voudrait préserver d’un effacement dans la barbarie. Et cette recherche est au fond, pour eux, la morale même. 

Une autre voie souvent choisie, c’est celle de l’auto-affirmation illimitée d’une volonté sans loi, devenue libertaire et cynique. La seule Loi effective est alors celle-ci : il n’y a pas de Loi, il ne doit pas y en avoir, car autrement, il n’y aurait plus de liberté. « Ethique » est alors le mot servant à faire croire qu’il y aurait encore une morale, après la morale.

Et en un sens, c’est vrai qu’il y en a encore une. Parce que la Loi et la Vérité ont été mises hors la loi, s’installe aussitôt un nouvel ordre moral, à rebours et paradoxal, dont voici les constituants :

-      un nihilisme transgressif,

-      un immoralisme moralisateur,

-      une censure permissive,

-      une déculpabilisation culpabilisante,

-      un relativisme absolutisé,

-      un scepticisme dogmatique,

-      une tolérance intolérante,

-      un pluralisme où sont admis tous les nihilismes et d’où est exclu tout ce qui n’en est pas un,

-      une laïcité où ce nihilisme a statut d’unique religion d’Etat,

-      un consensus enfin, censé tenir lieu de vérité du bien sans tyrannie,  mais qui ne se forme plus qu’en des cercles de plus en plus étroits et fermés, et qui s’impose par le conformisme  et la propagande.

Pourquoi alors parler d’éthique des décideurs ? Par référence à la tradition grecque, et parce que je partage l’effort des postmodernes honnêtes. Ceux-ci visent à dépasser aussi bien le moralisme névrosant que le nihilisme libertaire, tous deux mortifères.

L’Ethique des décideurs est un effort de libération par rapport au dogme nihiliste, au politiquement correct, au totalitarisme rusé de l’idéologie libertaire. A mon sens, cette Ethique aboutit bel et bien à la redécouverte certaine de vérités humaines de la raison pratique. Retrouvant les biens qui rendent à la liberté sa valeur et sa dignité, elle aide les décideurs à imaginer l’avenir des cités libres, et à augmenter leur force morale pour les faire sortir de la grande crise postmoderne. 

       

 

 

Qu’est-ce que l’actualité ?

 

(…) Pour finir, signalons que L’Ethique des décideurs, préparant ces derniers à penser dans l’Histoire, et à la faire, n’attache aucune importance à l’écume appelée « actualité ». L’éthique veut tout simplement cultiver la sagesse et la force morale de ces décideurs.

Elle se tient donc toujours au point profond et créateur où la durée de notre vie se projette vers l’avenir tout en se rattachant à l’éternité – l’Actualité pure. C’est là qu’est l’Homme en la continuité de sa nature et c’est là aussi que tous les changements essentiels de l’Histoire prennent leur origine.

L’Ethique cherche ainsi, et trouve, ou retrouve, des vérités éternelles et universelles au sujet de l’Homme, de son bien, de ses maux. En un mot, elle est classique en mouvement, et elle apprend à l’être. 



[i] Henri Bergson, La pensée et le mouvant, p.119. 

[ii] Aristote, Ethique à Nicomaque, Livre VIII, ch.1.

[iii] Ibidem.

[iv] Aristote, loc.cit.

[v] Voir dans L’Ethique des décideurs, 2013, p.381. Idées développées systématiquement dans La force de la liberté. Nouvelle philosophie du décideur, ch.7, pp.112-116.

[vi] Les problèmes d’éthique de la guerre ne relèvent pas, à mon avis, d’une simple déontologie spécialisée. Ils ne sont pas seulement résolus par l’application de principes moraux préexistants à un nouveau type particulier de situation. Ces problèmes forcent, en outre, à remettre en cause des interprétations souvent trop superficielles de ces principes moraux. Ils forcent à dégager, dans leur forme pure et parfaite, les plus grands problèmes. Si donc nous sommes devenus capables de résoudre, d’une manière pas trop insatisfaisante, les problèmes éthiques qui se posent en guerre aux consciences, nous serons a fortiori capables de trouver des solutions acceptables aux problèmes moins dramatiques, posés par la vie, et que la conscience rencontre, en temps de paix.

 

"Ecologie humaine". Quelques réflexions philosophiques

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Mise à jour le Vendredi, 21 Juin 2013 21:07 Écrit par Henri Hude

Ce texte a été écrit après une passionnante rencontre avec Tugdual Derville et Ségolène du Closel voici quelques semaines, en vue de la journée inaugurale d’Ecologie humaine, le 22 juin 2013.

 

 

Écologie humaine versus écologie inhumaine

 

« Écologie humaine » vient combler un grand vide dans la vie politique et culturelle de la France. « Écologie » tout court, c’est trop court. Si on en reste là, demain sera inhumain. Humaine ou inhumaine ? Tel est pour l’écologie le choix. Il faut donc déployer la richesse de sens que renferme cette expression : « écologie humaine ».

 

 

La nature est la "maison" de l'Homme

 

Le mot  « écologie » compose logos et oikos (ou oikia) qui signifie d'abord « la maison ». Qu’est-ce donc que l’« écologie humaine » ? La science et la pratique de cette nature qui inclut l’Homme et qui est ainsi sa « maison », la « maison de l’Homme ».

 

Oikos et oikia signifient en même temps « famille ». L’écologie, c’est la science et la pratique de cette « famille » humaine vivant dans sa « maison », la nature. Si les mots ont leur plein sens, l’écologie est familiale ou n’est pas.

 

 

La maison du Logos

 

Dans le mot « écologie », il y a aussi logos. L’Homme connaît l’univers et se connaît lui-même de l’intérieur. Il connaît par sympathie l’intérieur des autres, dans une certaine mesure. Chaque être humain, mâle ou femelle, est un logos humain : un esprit personnel, une raison singulière, un individu qui dit « je » et qui réfléchit. Tous peuvent atteindre en commun des vérités, non parce qu’ils se mettraient d’accord pour délirer à l’unisson, mais parce qu’ils se lient en vérité à un seul Logos et à ses lois structurant les êtres. Ainsi, cette « famille » humaine est-elle la « demeure » d’un « Logos » auquel elle est liée. Les êtres humains, mâles et femelles, sont donc ensemble « la maison du Logos », autrement dit : l’« éco-logie ». 

 

 

La sagesse humaine

 

Nous pourrions aller plus loin : pour que la nature soit très bonne, il faut ajouter l’Homme à la nature pré-humaine. Mais pour que l’Homme sache s’ajouter ainsi à la nature, ou ajouter à lui la nature, il lui faut la sagesse. Il doit se montrer raisonnable, « logique », c’est à dire « homme du Logos ». Il peut alors s’insérer dans la nature qui l’attend, la cultiver sans la razzier et la détruire. Il peut en faire sa maison, son jardin, en famille. Il peut faire des bêtes ses amies et ses familiers. Il peut cultiver sagement les plantes, s’en servir comme d’aliments et de remèdes, il peut aussi jouir de leur beauté, y puiser le sentiment de la vie.

 

L’expression « écologie humaine » nous rappelle aussi que l’Homme n’est pas de trop dans la nature. L’Homme y existe, il y est chez lui. L’Homme sort de la nature, mais il ne sort pas que de la nature. Il retourne à la terre, mais pas qu’à elle. Il sait cela, car dans la réflexion, il se saisit de son propre esprit. Et il s’étonne de voir que la nature enfante un corps spirituel, un corps vivant qui ne sort pas que d’elle, mais qui s’enracine dans le Mystère.

 

 

L'Homme, le Nénuphar et le Tournesol

 

L’Homme à ses propres yeux est déjà un mystère. D’un seul regard, il enveloppe l’univers. « Univers » signifie « ce qui, ensemble, se tourne vers l’Un ». Mystique, l’Homme porte ses regards au-delà de l’espace et du temps. L’univers dont il est issu paraît alors se concentrer en lui pour se tourner uni à travers lui vers l’Un. Le Tournesol symbole de l’Homme.

 

Aristote dit que l’esprit entre « par la porte » dans l’embryon. Cette affirmation imagée ne dépasse sans doute pas la portée de la raison humaine. L’Homme naît, pour ainsi dire, au fond de la rivière de la vie et s’y enracine, mais il en remonte et fait surface. Le Nénuphar, autre symbole de l’Homme.

 

 

La nature humaine

 

L’Homme a une « nature » : corporelle, vivante, sociale, spirituelle, raisonnable, culturelle, métaphysique. Une « nature humaine », comme on dit. Devenir capable de voir cette « nature » enrichit en nous l’idée de « la nature ». Cette dernière n’est pas étrangère à l’Homme, puisqu’elle inclut réellement l’Homme. Les sciences de la nature devront en tenir compte davantage, dans l’avenir, et seront ainsi plus scientifiques. Les sciences de l’Homme sont et seront celles de la « nature humaine ». Nous avons encore beaucoup à apprendre et beaucoup à approfondir dans notre science et dans notre action.

 

 

Connais ta mesure

 

La sagesse est éternelle, et pourtant à réinventer à chaque génération. Prométhée s’exalte : « Je vais monter au Ciel et jeter Dieu à bas ! ». Après l’échec, il se rassoit et pleure : « Je suis un animal raté, un singe tueur, qui pullule et pollue. Je devrais disparaître. » Sans sagesse, la liberté ne va qu’au néant et à la dictature parfaite. La sagesse combine dépendance et indépendance, domination et harmonisation, maîtrise et obéissance, résistance et soumission, inaction, action et réaction. Cet équilibre est la seule liberté possible sans dictature et hors néant. Entre délire et désespoir, la sagesse se tient sur la crête. 

 

   

La République des Veilleurs

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Mise à jour le Dimanche, 09 Juin 2013 22:28 Écrit par Henri Hude

 

 

Beaucoup se demandent en ce moment (juin 2013) ce que va devenir le mouvement social né en France depuis quelques mois. Mon opinion est qu’il va durer, s’amplifier et qu’il a des chances sérieuse de triompher, c’est-à-dire d’aboutir à un renouvellement profond de la vie culturelle, économique et politique en France. Peut-être au-delà même des frontières de la France. J’en donne les raisons dans un bref essai, que voici. Celui-ci est un peu plus long que les articles que je publie d’ordinaire, mais il ne m’a pas semblé opportun de le couper en plusieurs livraisons. Il a pour titre La République des Veilleurs. L’avenir de la liberté en France. Il compte trois parties :

1. La dictature du nihilisme transgressif et le nouveau départ de la dialectique historique

2. Une nouvelle république en formation

3. L’intuition d’une future civilisation humaniste

 

 

 

1ère Partie

La dictature du nihilisme transgressif et le nouveau départ de la dialectique historique

 

La compréhension des événements de France relève à mon avis de la philosophie de l’Histoire. Nous sommes en face de ce que Hegel formule dans son langage comme « la Raison dans l’Histoire ». La situation peut en effet être résumée ainsi : la dialectique de l’Histoire occidentale s’est remise en marche en France.

 

Nous constatons d’abord l’épuisement progressif d’un potentiel mobilisateur et dynamisant qui faisait l’Histoire – celui de la Gauche. Nous observons même un renversement de la direction de cette force historique. Le principe de liberté se retourne peu à peu en principe de dictature. Mais surtout, nous discernons la présence, toute nouvelle, dans la conscience commune, d’une intuition créatrice nouvelle, d’une émotion créatrice nouvelle. La raison a fait un pas de plus. Et son expression politique, c’est ce que nous pouvons appeler la « République des Veilleurs ».

 

Un germe d’esprit qui s’épanouit en civilisation, à travers une restructuration d’ensemble, et ouvrant la perspective d’une nouvelle époque, c’est bien une révolution. Et cela n’enveloppe pas nécessairement la violence – cela dépend de l’esprit nouveau et de la réaction de l’ancien monde. L’origine d’un esprit nouveau est toujours invisible et remonte haut, mais son émergence se produit visiblement. Nous avons sous les yeux quelque chose de tel.

 

La Gauche, c’est-à-dire les Lumières dans l’Histoire, à la pointe de l’Histoire et la faisant, n’existe plus. Un autre principe dynamique, un autre germe spirituel est apparu. C’est ça, la Révolution.

 

La Gauche avait représenté, pendant plus de deux siècles, le grand principe dynamique de l’histoire occidentale. La poésie épique de Hugo, la musique de Verdi, ou la philosophie de Fichte, donnent une idée de sa grandeur, qui était d’abord morale : la liberté par le devoir, la liberté comme autodétermination rationnelle au moyen du respect de la loi morale, identique à la Raison.

 

L’Histoire se fait ainsi aujourd’hui contre ce qui, par inertie, porte encore le nom de « Gauche », et qui agonise en faisant exactement le contraire de tout ce qu’elle avait vocation à faire, ou même en défaisant tout ce qu’avait réussi à faire, du temps où elle était vivante. Regardez, par exemple, le « politiquement correct » : « Il est interdit de penser », tel pourrait être son leitmotiv. On ne saurait trahir plus complètement la grande philosophie des Lumières.

 

Réciproquement, la Droite n’est plus la Droite, d’abord parce que la Gauche n’existe plus, à laquelle s’opposait la Droite, qui se définissait par cette opposition. Ensuite parce que la Gauche avait tellement triomphé, que la Droite ne subsistait que comme une Gauche tiède. Elle avait renoncé à défendre ce au nom de quoi elle avait longtemps résisté à la Gauche. Et l’opposition effective à la Gauche, pour autant qu’elle subsistait, se sentait elle-même comme vidée de Raison, rejetée hors de l’Histoire et condamnée à n’exister qu’en désespoir ou sur le mode de l’extrême.

 

Mais voilà que, par un renversement dialectique complet, la Gauche, ayant tué son opposition, a été privée de tout dynamisme, s’est mise à tourner en rond et, pour essayer de trouver un sens, a cédé à l’instinct de mort – se livrant au nihilisme transgressif (pour une explication détaillée de cette expression, voir plus bas). 

 

Et nous en étions là quand le nouvel esprit, dont nous allons parler, a surgi. Et depuis, toutes les catégories politiques usuelles sautent, tout paraît usé, creux et nul. Quelque chose de neuf émerge et aspire à se matérialiser. Mais quoi donc ? Le peuple le vit et le sent, mais il manque de mots pour dire ce qu’il vit, ce qu’il attend, ce qu’il espère. Et c’est le rôle de la philosophie que de le penser. Mais il y faudra bien du temps et tout ne sera clair que quand tout aura été accompli. En tout cas, un immense mouvement anime le peuple, doté d’une universalité supérieure, rendant un avenir à l’humanisme, traversant tous les partis. Et le pouvoir n’y voit rien, n’y comprend rien. C’est pourquoi il est condamné. Il rentre à reculons dans le néant.

 

C’est par rapport à ce mouvement que tous seront forcés de prendre position, et de se redéfinir. C’est pour cela que n’ont plus de sens des questions comme celles de savoir : « Comment le mouvement social doit-il se situer par rapport à tel ou tel parti de la Droite ? » ou : « Comment doit-il se rapporter à la fraction de la Gauche qui se rapproche de lui ? » Car dès lors qu’existe un vrai dynamisme historique, doté d’un vrai principe spirituel, enraciné dans la Raison, la seule question est de savoir si on est dedans, ou dehors. Ainsi donc, à terme, le PS éclatera en deux. L’UMP éclatera en deux. Le FN éclatera en deux. Etc. Et l’Histoire ira de l’avant.

 

En outre, il ne faut pas oublier que le mouvement pour le mariage et la famille ne représente qu’un des trois pôles de ce mouvement social nouveau où un nouvel esprit est en train de se faire jour (voir plus bas).  

 

Le parti socialiste français, dont nous parlerons sans aucun esprit partisan, tout comme de la Gauche dans son ensemble, se trouve au pouvoir en 2013, et il y offre un exemple accompli de ce qu’est une structure morte et mortifère, dont l’esprit et la vie se sont retirés. Leurs dirigeants ne sont objectivement qu’une des factions d’une bourgeoisie libertaire et antisociale, qui alterne avec une autre, grâce au détournement des mécanismes de la représentation, permettant de faire valider indéfiniment par un peuple découragé la politique de l’oligarchie libertaire au moyen de procédures formellement démocratiques. On ne saurait mieux dire que la démocratie est à recréer, parce que la ruse a remplacé la vérité, et que tous les êtres vivants et de bonne foi ont leur place et leur vie dans le mouvement qui nous conduit vers la nouvelle République.

 

Une République nouvelle en France ne se définit pas d’abord par un numéro 6, ou 7, ou par une réanimation d’idéologies tombées dans le coma. La République nouvelle est celle qui prend de nouveau au sérieux l’idée de la liberté absolue, sans aller la chercher dans la rapacité infinie, la transgression et la mort. La République nouvelle est une nouvelle veille des esprits dans la cité. Elle est la République des Veilleurs. 

 

Ces dirigeants du PS ne sont pas socialistes, mais individualistes. Non pas ouvriers mais bourgeois. Faisant une politique ultra-libérale au niveau global, et pratiquant en même temps un socialisme régional ou municipal difficile à différencier d’un simple clientélisme. Non pas libérateurs mais dogmatiquement libertaires et très intolérants. Non plus moraux mais sans éthique, et plus moralisateurs que jamais. Non pas rationalistes, mais ayant renoncé à toute philosophie sérieuse au profit du nihilisme transgressif (où se cristallise en concepts le simple arbitraire individualiste). Là est le point important, celui auquel va s’appliquer le travail de remise en cause, celui dont la négation fait surgir la nouveauté imprévue.

 

Le nihilisme transgressif est devenu la doctrine officielle de ce Gouvernement, et d’une grande partie de la classe politique. Il est le contraire même de toute pensée éclairée de la liberté. Il est contraire à toute conviction républicaine substantielle.

 

Or, non seulement le Gouvernement de la France, aujourd’hui, a adopté cette philosophie nihiliste et transgressive, mais il a entrepris de l’imposer de force à toute la jeunesse de la nation.

 

Pour bien comprendre à quel point la Gauche, ardente ou tiède, s'est muée en son contraire, il convient de vérifier avec soin s'il est vrai, ou pas, que le nihilisme transgressif peut exister sous deux versions : la première serait celle du "Surhomme", la seconde celle du "Dernier Homme".

 

Le nihilisme transgressif du Surhomme est celui du national-socialisme. Le nihilisme transgressif du "Dernier Homme" est celui de l'idéologie libéral-libertaire. L'un préfère la violence, l'autre la ruse. Mais, c'est la même philosophie, et c'est toujours le même homme, qui veut détruire l'Homme, et montre la même fureur de mise au pas et d'uniformisation (Gleichschaltung) de la société libre.

 

La différence, c'est que le premier nihilisme appartient, selon l'expression de Nietzsche, à une "superbe bête blonde", en pleine santé, qui adhère à son destin de mort, pourvu qu'elle soit héroïque et grandiose ; le "Dernier Homme" est plutôt comme un vieillard égoïste qui, selon l'expression de La Bruyère, "achèterait un instant de survie au prix de l'extinction du genre humain". L'un comme l'autre ne veulent pas que rien puisse leur survivre. Celui qui se croit Surhomme est un guerrier criminel, qui rêve de belle mort. Le Dernier Homme est un administrateur suicidaire et gris, qui rêve d'euthanasie, de décroissance et parfois même d'extinction du genre humain.

 

 

La Gauche en France s’était identifiée à la liberté pratique – à la politique de Rousseau, et à la morale de Kant, qui en était l’intériorisation[1]. La liberté « pathologique », ayant rejeté la Raison transcendantale et la morale de l’obligation des grandes Lumières, mais restant travaillée par le besoin humain d’inconditionné et d’absolu, ne trouve d’horizon que dans la transgression et dans le toujours plus de transgression, à la limite, un jour, dans la violence et la cruauté.

 

Or la Gauche du nihilisme transgressif, tout en gardant parfois une phraséologie kantienne, renonce totalement à la rigueur morale effective et à l’exigence civique. Elle s’identifie à une liberté que Kant aurait appelée pathologique et donc au droit du plus fort. 

 

La Gauche nihiliste et transgressive n’a pourtant pas oublié les lois de la politique pure. Elle sait que la conservation de l’initiative est la condition de la conservation du pouvoir. Ayant perdu tout critère et tout dynamisme ascensionnel, renonçant à toute sublimation culturelle, elle se livre à la fois à l’instinct de plaisir et à l’instinct de mort, et choisit d’appeler « nouvelle civilisation » la descente en vrille dans cette barbarie. Elle fuit en avant pour tenter de garder le pouvoir dans un monde qui lui échappe. Elle choisit une voie de démesure, mêlant prosélytisme et dictature. Mais, cette fuite en avant est ce qui à la fois la condamne à n'être plus que du passé, et ce qui fait surgir sa négation sublime.

 

Comme il reste toujours quelque part dans l’esprit humain un bout d’idée d’Absolu, cette liberté de transgression, rejetant la Nature, Dieu et la Raison, ne peut se fonder que sur l’absolu du Néant. Morale d’immoralisme transgressif libertaire et métaphysique nihiliste : telle est bien désormais la doctrine officielle. Ce nihilisme transgressif devient le noyau d’une culture officielle qui prétend installer une République nihiliste et une République de la transgression, et uniformiser le pays entier sous son contrôle, avec une agressivité et une intolérance qu’on n’avait plus connue à ce degré depuis bien longtemps. Par ce regain d’autoritarisme, le nihilisme du Dernier homme risque de fusionner un jour avec celui du Surhomme, dans un goût transgressif et non moins libertaire de la volonté de puissance.

 

Par habitude, la Gauche morte entretient une fausse conscience et un discours creux, comme si on était encore aux temps héroïques du jacobinisme, ou aux temps généreux du Front populaire. Mais sa rhétorique, vidée de tout son sens moral et traditionnel, couvre désormais exactement le contraire de ce qu’elle exaltait autrefois – tout comme les discours d’Hitler reprenant la philosophie de la SDN et invoquant le droit des nations à disposer d’elles-mêmes couvraient en réalité son contraire, un impérialisme bestial. Ainsi la honte fait rougir tous ceux qui aimaient sincèrement la Gauche et l’inquiétude grandit chez tous les Français. C’est dans ce contexte qu’on se met à parler de Résistance en France, avec un grand « R ». L’acception héroïque et historique de ce vocable est en train de revenir en usage. 

 

Le nihilisme transgressif haut de gamme, c’est la philosophie de Nietzsche. Certains lobbys aux Etats-Unis ont popularisé un « leftist nietzscheism », récupérant la philosophie de Nietzsche. En mal de reconnaissance et d’autojustification, ils ont estimé[2] qu’un certain mode de vie ne pouvait être justifié et légitimé que sur la base d’une métaphysique nihiliste récusant à la fois Dieu, la Nature et la Raison comme possibles instances normatives. Bien plus, la moralité devait s’identifier au rejet transgressif de ces mêmes instances. A cause de ce besoin d’autojustification, la philosophie qui fut celle de l’ultra-extrême-Droite politique européenne est devenue la philosophie de référence de l’ultragauche sociétale américaine, puis mondiale. Cette ultragauche sociétale étant par ailleurs, dans le même temps, devenue bourgeoise, oligarchique et impériale – et cet amalgame étant arbitrairement qualifié de Démocratie avec un grand « D ».

 

2ème Partie

Une nouvelle république en formation

 

La situation politique en France comporte ainsi quelque chose de radicalement nouveau, incompréhensible à la seule science politique et dont la compréhension requiert l’adoption d’un point de vue philosophique. La seule révolte contre la dictature nihiliste ne suffirait pas à produire un mouvement de la nature de celui que nous observons. Un principe spirituel nouveau est à l’œuvre ici. C’est en cela qu’il y a réellement révolution.  

 

C’est une mutation soudaine qui s’est produite, et ce qu’on en voit n’est qu’un début. Nous ne sommes plus en présence d’un affrontement droite/gauche traditionnel en France, avec d’un côté les « conservateurs », ou la « réaction », et de l’autre un « front progressiste ». Nous sommes au contraire en face d’un retournement dialectique d’ampleur historique, conduisant au renouvellement complet des règles du jeu et, en particulier, à une renaissance très originale de l’idée républicaine.

 

Cette légitimité qui s’oppose aujourd’hui à cette légalité (ou apparence de légalité) qui n’a jamais fait défaut aux pires tyrannies, c’est encore et toujours, en France, la légitimité républicaine et c’est celle de l’Histoire. Mais qu'est-ce que la République ? Nous allons essayer de le dire.

 

La plupart des Français, chacun à leur manière, sont des républicains et des démocrates. Ils n’en ont pas tous conscience, parce que l’idée de la liberté et celle de la République ont souvent fait l’objet d’interprétations idéologiques, d’accaparements sectaires ou partisans. Cependant, tous inscrivent leur vie dans l’Histoire de la France, de son Etat, de sa République et de sa démocratie.

 

Si une crise politique majeure est en train de s’ouvrir dans le pays, c’est que l’opposition à une loi barbare exprime aujourd’hui, avec les mots particuliers propres à certains, non pas un conservatisme d’inertie, ou une réaction sans imagination, mais la pure essence de la doctrine républicaine française, profondément transformée par un effort infini et victorieux pour s’extirper de cette barbarie. Ce profond renouveau républicain, face au despotisme oligarchique et nihiliste, inspire la formation d’un projet d’avenir crédible et motivant, auquel l’oligarchie libertaire n’a rien à opposer.

 

L’idée française de la République avait reçu de Jean-Jacques Rousseau une première formulation assez précise. Prise à son plus haut niveau d’universalité, la République est tout simplement l’idée d’une société qui cherche à satisfaire, autant que cela est possible, la soif de liberté absolue conforme à la vraie nature de l’Homme. Et le pacte social d’une République a pour objet de constituer une société unie sur un semblable idéal de vie en société libre, à laquelle on convient de donner le nom de république – en ce sens spécial et précis. Cet idéal, pris à ce niveau le plus élevé d’universalité, n’a rien qui ne soit juste et raisonnable, d’autant que nul ne peut se dissimuler raisonnablement la différence qui subsistera toujours entre l’idéal et le réel.

 

Rousseau a donné de ce concept universel une interprétation très individualiste et dans cette mesure défectueuse, d’où se laisse malheureusement déduire le jacobinisme, matrice de toutes les idéologies (cf. Préparer l’Avenir, chapitre 14, pages 117-126, surtout 124-126).

 

Mais, si l’on considère l’Homme dans sa vérité, membre d’un « corps fait de membres pensants », comme le dit Pascal, et structuré par une loi morale naturelle qui est la loi de sa nature sociale, de sa nature rationnelle et de sa nature vivante, alors l’idée de la république reçoit sa forme authentique. Et elle devient légitimement un concept régulateur pour l’établissement des législations, autant que la prudence le permet. Et le pays qui s’unit et se constitue sur un tel idéal en reçoit un dynamisme extraordinaire. Nous assistons sûrement en France au début d’un tel phénomène. Le devenir d’un tel mouvement dépasse infiniment les avatars de tel ou tel morceau de législation, puisque le pays en faisant sa mue, se débarrassera un jour en bloc d’une entière carcasse de législation nihiliste.

 

En un mot, une idée rénovée de la République est en train d’émerger en France. Elle est susceptible d’unir à terme toutes ses traditions (politiques, philosophiques, mystiques) et de la refonder, à la fois structurée, noble, libre, démocratique, conforme à son caractère historique et génialement accueillante aux flux de la nouveauté historique.

 

Le combat pour le mariage, l’emploi et l’entreprise dans les territoires, la lutte contre une idéologie tyrannique  (d’égoïsme radical libertaire et amoral[3]), tels sont les trois piliers de ce mouvement qui lutte aussi pour les droits humains fondamentaux. L’idée de la liberté absolue, une fois détachée de prémisses individualistes et rattachée au sens de la famille, de la vie et de l’action dans le monde, comporte clairement l’ouverture d’une dimension mystique, le respect de cette dimension, de la personne qui est en le siège, et une tension continuelle vers une justice à la fois utopique et patiemment raisonnable. Tel est l’esprit qui surgit, celui de la nouvelle République française.

 

L’opposition définitive du peuple des familles à une loi barbare tient d’abord à ceci, qu’installant l’arbitraire dans la cellule élémentaire de la société, c’est à dire le couple et sa descendance, elle justifie pour demain la soumission de tous à l’arbitraire indéfini des idéologues et de leurs fantasmes. Comme ces derniers sont des intolérants qui excluent tous leurs contradicteurs du cercle qui a droit de déterminer le consensus démocratique sans reconnaître en cela aucune règle objective, il est évident que ce qu’on appelle, presque par dérision, la démocratie, consiste pour le peuple à obéir sans discuter aux volontés arbitraires des idéologues et des oligarques.

 

Mais, l’opposition du peuple tient ensuite et surtout au fait que cette législation ferme radicalement l’horizon de la liberté absolue et abolit ainsi la République. La liberté se trouvant réduite à une interprétation matérialiste, individualiste, excluant Dieu, la Nature et même la Raison transcendantale, fait forcément corps avec le principe de toute idéologie, formulé dans Les Démons par Dostoïevski : « Je commence par la liberté absolue et je termine par la dictature totale. »

 

La prise de conscience des familles n’est que le début d’une prise de conscience nationale demain unanime. Celle-ci va se produire lorsque conflueront l’indignation des couches populaires économiquement opprimées par l’ordre libertaire, et la ferme détermination des familles culturellement opprimées, par ce même ordre libertaire. Se rajouteront en outre à ces deux forces la résistance des patrons et des entrepreneurs écrasés par l’ordre fiscal et administratif, qui constitue un véritable système de privilèges au bénéfice de l’oligarchie libertaire.    

 

Quand les trois grands fleuves sociaux auront mêlé leurs eaux, quand l’ennemi commun aura été identifié, l’oligarchie ne pourra plus régner en divisant et il se produira un renouvellement profond à la fois de la démocratie et de la doctrine républicaine aujourd’hui corrompue. La France refera son unité, elle retrouvera un dynamisme et son Histoire, dans une nouvelle résistance mettant à bas un despotisme.   

 

3ème Partie

L’intuition d’une future civilisation humaniste

 

Au naufrage de la Gauche comme principe spirituel, ne succède pas le néant qu’on pouvait craindre, mais une espérance de liberté substantielle et de renaissance, dont les Veilleurs sont le symbole.

 

L’histoire occidentale se laisse interpréter classiquement comme une dialectique de libération. On excusera la rapidité du survol qui suit, et qui fournit un recul indispensable, bien que sommaire. La raison hellénique, le droit romain, la foi et la religion chrétiennes ont successivement assumé la charge de cette libération. A partir de la fin du Moyen-Âge, le christianisme, qui avait été jusque-là reçu en libérateur a commencé à être rejeté comme un facteur d’oppression. La civilisation européenne s’est même organisée de plus en plus nettement autour de tel ou tel humanisme athée. Les chrétiens pouvaient sans doute démontrer qu’un humanisme sans Dieu devenait un humanisme contre l’Homme. Toutefois, cet argumentaire n’a pas réussi à persuader. Au contraire, même le libéralisme est devenu idéologique et de plus en plus libertaire. Il s'est mis à s’imposer de manière totalitaire. Il pouvait sembler viable, parce qu’il parasitait, pour ainsi dire, à la fois la culture et la civilisation chrétiennes, la culture et les institutions des grandes Lumières (kantiennes).

 

Mais le temps est venu, et nous y sommes, où le parasite lui-même ne peut plus vivre, tant il a affaibli l’organisme parasité. Les idéologies ne sont pas des cultures authentiques, suffisantes et capables de produire de l’éthique et de l’espérance. Elles sont  des parasites de cultures substantielles qu’elles travaillent à détruire et sans lesquelles elles ne pourraient prétendre exister.

 

Cependant, à la différence de ce qui se produit en général dans la nature, l’atteinte de ce point d’épuisement correspond dans l’esprit, à un prodigieux retournement dialectique.

 

Dialectiquement, la liberté se redéfinit désormais dans la conscience commune comme la négation de cette liberté nihiliste qui s’est réduite à l’arbitraire et à la volonté de puissance. Confrontée à l’évidence de la transgressivité cynique et ténébreuse, la nouvelle liberté sait qu’il n’y a pas de convergence naturelle des égoïsmes et que la concurrence bien réglée de ces égoïsmes ne saurait assurer ni la paix perpétuelle, ni la prospérité, ni la liberté maximale, en somme le plus grand bonheur du plus grand nombre et la Démocratie.

 

L’esprit revient ainsi au point de bifurcation, où la liberté a cru bon de se séparer du christianisme, et réciproquement. Il fait un discernement, il tourne en lui-même à la fois les immenses idées de Dieu et de l’Homme, de l’Homme-Dieu et de la liberté, il médite sur l’avenir de l’humanisme, il retrouve la figure non athée de l’Homme-Dieu, il devine qu’on ne peut faire vivre une société libre sans une perspective d’Homme-Dieu. Mais laquelle ? Car l’Homme contre Dieu ne peut pas être un Homme-Dieu.

 

Mais il comprend à nouveau aussi que la foi en l’Homme-Dieu ne peut vivre, inversement, sans une montée humaine en commun, y compris politique, vers la liberté infinie, à la fois utopique et non utopique. Mais qu’est-ce que cela signifie ?

 

Je voudrais en donner ici une faible idée. Sans doute le rejet de « la morale » est-il au cœur du nihilisme transgressif. Aujourd’hui, face à la dictature du nihilisme, l’esprit comprend que la transgression de la loi morale par l’Homme n’est pas totalement négative, en ce seul sens précis que la simple installation de l’Homme dans un ordre légal moral et religieux ne suffit ni à l’Homme, ni sans doute à Dieu. C’est pour cela que les Veilleurs manifestent la forme de verticalité mystérieusement nécessaire à une société libre.

 

                                     

 

La transgression vile par laquelle on viole la loi qui prescrit le bien ne peut être surmontée que par une transgression noble et infinie. L’acte de vertu est une transgression de la transgression. C’est sans doute une union à une transgression infinie et sainte, opérée par Dieu, et le nom de cette transgression est « Incarnation ». C’est pour cela que le respect pour la figure et la personne de Jésus ont toute leur place au sein d’une société libre, et surtout au sein d’une République postnihiliste. Autrement, l’opposition n’est qu’un moralisme sans vigueur.  

 

L’Homme-Dieu, comme simple concept, n’est qu’une figure du meilleur espoir humain, noble mais sans effectivité ; ou alors c’est le slogan de la transgression tout court. L’Homme-Dieu, comme fait réel, c’est l’objet de la foi. La société libre de l’avenir prépare ainsi consciemment sa reconstruction par une veillée en commun autour de la question de la foi et de la liberté infinie. Car elle ne veut pas de foi dans la contrainte.  Elle sait qu’elle aura commencé par des veillées dans la nuit, entre des gens qui l’oppriment.

 

En un mot, la France future se prépare dans la nuit. Elle s’appuie sur le rejet méthodique de la liberté nihiliste. Elle fait un retour méditatif sur le point de bifurcation qui a rendu possible une évolution au terme catastrophique, mais elle ne condamne pas cette évolution. Elle vise plutôt ce qu’elle cherchait. Elle vise ce qu’il aurait fallu inventer jadis pour que ce chemin fût pris autrement. Elle sent que les torts historiques furent partagés et elle n’a pas, face à son passé, d’esprit exclusif, pas même envers les postmodernes, qui ont sans doute leurs propres excuses. Elle vise à trouver enfin ce chemin social qui monte vers l’absolu de la liberté, sans tomber dans l’idéologie ou dans l’utopie. Ainsi, la civilisation de l’avenir aimera-t-elle passionnément la liberté, la personne et même l’individu, mais aussi la vie et le corps social, la raison et la loi morale, l’amitié et la nature, l’Homme et Dieu et elle visera à l’Homme-Dieu[4].

 



[1] Ou, inversement, à la morale de Kant et à la politique de Rousseau, qui en était l’extériorisation.

[2] Ce qui est très subjectif. Platon spécule sur le sujet, dans le Banquet, sans avoir recours au nihilisme.

[3] Ou plutôt dont l’immoralité militante est devenue une morale paradoxale.

[4] Nous parlerons une fois prochaine de la position de l’islam en France, qui à la fois complexifie et enrichit la structure de la dialectique rationnelle et spirituelle que nous avons essayé de mettre en évidence.

   

Quelle perspective d'avenir ? Réflexions sur le Tea-Party

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Mise à jour le Jeudi, 09 Mai 2013 15:32 Écrit par Administrator

 

Le mouvement « La Manif pour tous » en France a parfois été comparé, non sans raison, au mouvement Tea Party, qui a traversé les États-Unis en 2010 – et dont les représentants ont remporté les élections de mi-mandat à la fin de cette année-là.

Le Tea-Party a finalement échoué dans son entreprise. Il aurait pu gagner. Se demander pourquoi il a échoué, comment il aurait pu réussir, permet d’imaginer les divers scénarios possibles pour la MPT et les perspectives d’une action politique efficace, après le vote de la loi Taubira.

C’est pour cela que je propose, à la fin de cet article, un lien pour télécharger ma note « Pour comprendre le Tea-Party », écrite pour la Fondation pour l’Innovation en politique au début de 2011.

 

 

 

Les mêmes mots n’ont pas le même sens en France et aux États-Unis

 

C’est le cas pour « conservateur », terme central pour la compréhension du phénomène Tea Party. Le Tea-Party est en effet un mouvement « conservateur ».

Pour un conservateur américain, il s’agit de conserver le progrès, ou encore de conserver les traditions démocratiques, incarnées dans une Constitution sociale, politique, économique et culturelle, qui lui semble (à tort ou à raison) globalement cohérente et efficace.

Contrairement à l’Europe, les traditions démocratiques américaines, jusqu’à une période assez récente, n’avaient pas de caractère très idéologique. Là-bas, pas de jacobinisme, pas de socialisme, pas de libertarisme moral, acceptation comme normal d’un rôle public de la religion, consensus sur une morale solide, etc. En somme, le terme de « démocratie » a là-bas (ou plutôt y avait) un sens très conservateur.

 

 

 

Pourquoi alors parler de démocratie – c’est-à-dire de « gouvernement du peuple » ?

 

Parce qu’en Amérique, traditionnellement, le « Démos », « le peuple », ce ne sont pas seulement les misérables, les pauvres, le prolétariat, ou les idéologues qui prétendent les représenter et les guider, en se réglant sur des utopies.

Socialement, « le Peuple » désigne d’abord les classes moyennes et il est centré sur elles.  

Culturellement, le peuple, le Démos, est (ou était) conservateur. En effet, l’Histoire a uni en Amérique la religion et la liberté, alors qu’elle les a opposées en Europe (sauf en Pologne et en quelques autres pays). En soi, le christianisme est une religion de liberté. Mais en Europe cela n’a pas toujours été très évident, pour des raisons diverses.    

Politiquement, économiquement, un Démos conservateur est un peuple non idéologue, raisonnable sans rationalisme, moral, religieux, aimant les libertés publiques et tolérant, admettant la liberté religieuse sans être pour autant sceptique, ni fanatisé par des idéologies tyranniques et/ou libertaires.

 

 

 

La croissance d’un tel Démos conservateur équivaut donc à une démocratisation sans idéologie

 

La simple croissance économique se traduit par le développement d’une classe moyenne nombreuse et puissante. Cette croissance impose de donner à ce peuple industrieux, moral et intelligent des droits politiques, qui facilitent la prise en compte de ses intérêts dans la définition du bien commun. Et l’attribution de droits politiques à un tel Démos conservateur n’a pas pour effet de détruire les valeurs traditionnelles, mais peut même servir à les renforcer. L'oligarchie, en effet, peut avoir intérêt à détruire la moralité du peuple, afin de le rendre plus facilement dominable.

Un vrai conservateur est ainsi quelqu’un qui veut conserver la croissance d’un peuple conservateur dans la liberté. Il est ainsi démocrate sans idéologie. Ce n’est pas d’abord un « anti » : anti-jacobin, anti-socialiste, anti-communiste, anti-fasciste, etc.Il voit le peuple et sa vie comme un tout en croissance. Et ce qu'il veut conserver, c'est ce dynamisme vivant et cette unité, celle d'un peuple qui fait corps avec dignité dans la liberté.

C’est donc, à la fois, quelqu’un de démocrate et de conservateur, et qui pour ces raisons déteste les idéologies (jacobinisme, socialisme, etc.).

C'est aussi quelqu'un de raisonnable et de cultivé, qui déteste le rationalisme avec ses schèmes a priori, ses systèmes préfabriqués, ses idées générales, ses grands principes vides qui permettent de démontrer sophistiquement une chose et son contraire.

 

 

 

Conservateur ou réactionnaire ?

 

Un conservateur européen, en général, se sent un peu perdu, quand on lui décrit (comme nous venons de le faire) le phénomène du conservatisme américain classique - le Tea-Party, lui, est assez neuf, comme nous le verrons.

Que sont trop souvent les conservateurs européens, quand ce terme désigne autre chose que le parti des libéraux-libertaires de droite, dont les ancêtres furent peut-être conservateurs, il y a un siècle ou deux ?

Ils tendent à identifier démocratie et idéologie. Au mieux, ils voient dans la démocratie un moindre mal, "le pire des régimes à l'exception de tous les autres". L'autre option, que quelque conservateur caresse parfois en secret, ou que maint conservateur regrette de ne pouvoir raisonnablement caresser, c'est l'autoritarisme. Pour cela, l'initiative est perdue. Le dynamisme est ailleurs. Cela peut-il finir ?

On critique le régime, mais on s'en accommode. On a le sentiment d'avoir été toujours battu depuis des décennies, voire des siècles. On n'a pas vraiment espoir de redresser la barre. Cela peut-il finir ?

Pour ces raisons, le conservateur européen, notamment le Français, est réactionnaire au fond, et dans les faits agit en collaborateur réticent de gouvernements libéraux-libertaires de droite, par peur de la "Gauche", ou du "socialisme", voire par opportunisme. L'Histoire se fait sans lui, ou contre lui. Il s'y est résigné. Cela peut-il finir ?

Dans le meilleur des cas, les conservateurs occupent quelques strapontins ministériels. Ils bloquent pour un temps une ou deux absurdités remarquables, avant que vienne l'alternance et que les bêtises se fassent.

Quand donc cela finira-t-il ? Quand nous accepterons de repenser nos principes et stratégies, au lieu de rêver que tout changera un jour tout seul, sans que nous ayons d'abord à nous réformer.

 

 

 

 

Quel est donc l’enjeu d’une réflexion sur le Tea-Party, sur ses victoires et sur ses échecs ?

 

Il s'agit tout simplement de retrouver la capacité de vaincre, en France et en Europe, l’idéologie libéral-libertaire. Et aussi, de l’aptitude à nouer des alliances dans notre pays, et au-delà de nos frontières, dans un combat qui n’est pas franco-français, ni même européen, mais mondial.

La victoire dépend de notre capacité à penser par nous-mêmes en dehors des cadres habituels, déterminés par l'idéologie, et auxquels nous nous contenterions de réagir. Nous voguons toujours alors entre deux destins : la récupération ou la marginalisation.  

Il ne s’agit pas ici de s’américaniser. Si le Tea-Party a échoué, c’est qu’il avait ses faiblesses, qui affectent son cœur de doctrine, et qui parfois sont aussi les nôtres, nous le verrons – et dont il faut nous défaire.

Par-delà les notions idéologiques de démocratie, et par-delà les conservatismes réactifs, qui ne savent que s’opposer à ces utopies, et qui ne parviennent pas à les maîtriser, il faut retrouver le concept de démocratie conservatrice, concept classique, « traditionnel », voire « médiéval ». Cette démocratie-là n’est pas opposée à l’idée de pouvoir, ou d’autorité, ou même d’élite. Un peuple libre est en croissance. La démocratisation est une des dimensions de cette croissance.

 

 

 

Reprendre l'initiative, c'est d'abord retrouver la force de la liberté

 

Si la démocratisation est gâtée par l’idéologie, l’utopie, l’athéisme, l’immoralité, l’anarchie, l’égalitarisme, etc. – alors la société démocratique régresse et devient d’autant plus oligarchique en réalité qu’elle prétend dans le discours aller toujours plus dans la direction de la démocratie parfaite, de la civilisation parfaitement humaniste, et blablabla, etc.

A un moment donné, l’écart entre le discours idéologique et l’expérience réelle devient si grand, que la situation devient pré-révolutionnaire. C’est ce qui se produit en France en ce moment, c’est ce qui se produit aussi aux Etats-Unis et qui a éclaté là-bas en 2010. Mais aux USA, le mouvement a été éteint, ou endormi, pour un temps.  

Il ne s’agit pas de s’américaniser, mais de revenir aux sources. La démocratie ne commence pas en 1789, ou en 1848. Elle commence au moyen-âge et s’y enracine, comme le savaient déjà très bien Guizot et Tocqueville. C’est une dimension de l’épanouissement de la liberté dans l’ordre et dans la croissance, que permet la culture européenne traditionnelle. Mais pas la culture libertaire postmoderne, incapable de préparer l'avenir. 

 

 

 

Où est le Vieux-Monde et où est le Nouveau ?

 

L’Histoire américaine est comme une histoire de France et d’Europe qui aurait pris une certaine forme stable en 1789, sans avoir à subir ensuite 1793, ni le socialisme, ni les fascismes, etc.

En ce sens, c’est paradoxalement l’Europe qui est le Nouveau-Monde, et ce sont les États-Unis qui sont (ou plutôt qui étaient) le Vieux-Monde, la vieille Europe. Et les États-Unis, depuis qu’ils deviennent plus idéologues, et plus oligarchiques, ont à retardement les problèmes dont l’Europe va sans doute se sortir.

 

 

Pour un conservateur vivant et populaire, dans un pays développé, il s’agit toujours d’empêcher le régime de dériver vers une oligarchie, que celle-ci soit ploutocratique ou bureaucratique (socialisme, social-démocratie) – ou les deux à la fois. La conservation se confond avec la lutte démocratique contre l’oligarchie, sans impliquer d’idéologie anarchiste sans Pouvoir, ni d'utopie égalitariste sans élites – en effet, un prolétariat communiste ou anarchiste n’est jamais que la masse de manœuvre de l'oligarchie, que celle-ci manipule grâce aux idéologies et aux démagogues. Et si l'idéologie l'emportait, ce serait un totalitarisme violent. En attendant, s'installe un semi-totalitarisme rusé...

Rester dans les vieux cadres, c’est reposant, mais c’est une assurance d’échec à perpétuité. S’exercer à raisonner autrement, c’est fatigant, mais c’est se préparer à gagner. C'est préparer l'avenir

 

 

CLIQUER ICI POUR ACCÉDER AU TÉLÉCHARGEMENT DE LA NOTE SUR LE TEA-PARTY

 

   

Transgression, loi naturelle et avenir de la socété libre

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Mise à jour le Dimanche, 05 Mai 2013 13:53 Écrit par Henri Hude

 

Dans  le lettre mensuelle de la Fondation Jérôme Lejeune est parue une interview sur les thèmes de la transgression, de la loi naturelle et de l'avenir de la société libre. Pour des raisons de format, la lettre a dû publier une version abrégée. J'en donne donc ici le texte intégral. 

Lucie Pacherie, qui recueillait mes propos,a commencé par évoquer la situation présente dans le champ de la bioéthique : "En France, l’année 2013 a commencé très fort : remboursement à 100% de l’interruption volontaire de grossesse, volonté d’autoriser la recherche sur l’embryon, d’ouvrir la procréation médicalement assistée aux couples homosexuel ou de convenance, projet de dépénaliser l’euthanasie ou légaliser la sédation terminale…"  Elle me demande alors :

 

Dans la situation présente, pourquoi un tel désir de transgression ?

 

C’est un fait que l’homme est travaillé par un besoin de liberté, d’absolu et d’infini. Donc, quand il confond liberté et indépendance, il veut être indépendant à l’infini, et absolument arbitraire. La transgression de tout ce dont il pourrait dépendre est au bout de ce fantasme d’indépendance absolue.

Quand l’homme est libre et sain, il vit en acceptant qu’il y ait des choses qui ne dépendent pas de lui. Quand il est possédé par une rage d’indépendance, il veut casser tout ordre dont il dépend, toute loi, toute autorité, toute nature des choses, tout fondement absolu, toute vérité objective, etc. Sa liberté ne peut plus rien supporter, qui la limite : réalité, vérité, justice objective, fondement d’une telle justice. Une volonté possédée par ce fantasme a besoin de s’affirmer en mettant tout à l’envers, en niant la structure et la bonté de la nature, en niant tout Fondement, en violant l’autorité de la conscience, etc. Car tout cela briderait son désir.  

Ainsi, la liberté dégénère en volonté de  transgression pour la transgression.   

 

Comment passe-t-on de la transgression à une nouvelle tyrannie ?  

 

Une liberté transgressive, n’ayant pas de principe objectif de jugement et d’action, est très instable et dépendante.  C’est pour cela qu’elle est intolérante. Elle ne peut supporter la contradiction. Elle se veut indépendante de la vérité, mais du coup, elle devient archi-dépendante de l’opinion - de l'opinion d’autrui. Elle a absolument besoin de la reconnaissance d'autrui. Autrement elle doute d’elle-même et la mauvaise conscience lui gâte le plaisir. C’est pour cela qu’une telle liberté transgressive veut que tout le monde transgresse comme elle, ou approuve ses transgressions, ou du moins s’interdise toute observation. Et c’est comme ça qu’on en vient à la tyrannie, parce que la liberté de transgression veut s’imposer dogmatiquement comme la norme. Quand une telle norme s’établit, il n’y a plus que des rapports de forces. Les forts dominent, par violence ou par ruse. Les faibles sont voués à l’écrasement, car la défense de leurs droits supposerait le respect d’une justice objective, que la transgression refuse.

  

Si on admet des principes de justice objectifs, y a-t-il place pour la laïcité ? 

 

La laïcité civilisée n’exclut absolument pas l’idée d’une morale objective, parce que toute société civilisée suppose une telle idée. Les fondateurs de la laïcité se réclamaient de la grande philosophie des Lumières, celle d’Emmanuel Kant. Or Kant admet tout à fait une loi morale universelle, obligatoire, indépendante de l’arbitraire individuel, fondée dans la Raison. Cette morale rationnelle était pratiquement identique dans ses contenus à la morale chrétienne, bien qu’elle en différât beaucoup par l’esprit. La laïcité qui marche, c’est un accord sur la morale, joint à la liberté d’en chercher le Fondement sans subir de contrainte. Mais s’il n’y a pas de morale objective, ce n’est pas « une autre civilisation », c’est « pas de civilisation du tout ».

 

Mais ce dont vous venez de parler, c’est la vieille laïcité, qui n’a plus cours…

 

La vieille explique celle d’aujourd’hui. Ce qu’on pouvait reprocher à la laïcité de la grande époque, c’était l’abus de la morale et du moralisme.

Ceux qui se disent laïques aujourd’hui, sont trop souvent des libertaires. Peut-être ont-ils eu une indigestion de cette morale rationaliste, sans nature, sans bonheur, sans Dieu et sans amour – qui avait contaminé même la morale religieuse ? Ils la jugent étouffante, névrosante. Mais comme ils ne veulent ni de Dieu, ni de la nature, leur seule issue, pour ne pas exploser, c’est de définir la liberté par la possibilité de la transgression de cette fameuse « loi morale ». Cela engendre une immoralité très spéciale, qui pense être la morale et veut imposer à tous un ordre moral à rebours. C’est un phénomène curieux.

 

On a l’impression que les transgressifs détestent la religion et que c’est chez eux une motivation très forte. Qu’en pensez-vous ?

 

Les transgressifs, pour se sentir libres, ont besoin de se dire que tout est subjectif. Si la religion était purement subjective et ne faisait aucune observation à personne, ils pourraient peut-être la supporter. Sinon, Dieu est bien entendu la réalité qui contrarie le plus leur volonté d’indépendance absolue.

Mais ce qu'on ne voit pas, c'est que les transgressifs ont leur propre religion et leur propre morale : le nihilisme transgressif. Ils veulent imposer cette religion et cette morale à tous. C’est ce qu’ils aiment appeler, on ne sait pourquoi, laïcité.

Voici l’origine de leur religion : pour mieux éradiquer toute « loi morale », toute justice objective, toute loi de justice naturelle, il faut en supprimer tous les Fondements possibles. Voici ces fondements : la Nature (gréco-romaine), Dieu (judéo-chrétien) et la Raison (des Lumières). Une fois qu’on on a ôté ces trois Fondements, il reste le Néant. Et comme l’homme a toujours l’idée du Fondement, le Néant devient ce Fondement, leur Dieu.

La transgression aboutit à une religion du Néant auquel on s’unit par la transgression : le nihilisme transgressif. Celui-ci (parce qu’il est transgressif) veut mettre au pas la société.

 

Les esprits sont très échauffés et si on contredit les thèses « politiquement correctes », on peut même se faire traiter de « nazi ». Un  commentaire ?

 

Là encore, c’est curieux. Car le nihilisme transgressif est un point commun philosophique entre les nazis et les libertaires postmodernes. Il est vrai que le dynamisme de transgression infinie peut se polariser plutôt sur la domination, la violence, la cruauté, ou plutôt sur d'autres objets de désir. Le culte raciste du surhomme relève de la première polarisation. Les aberrations de ce que le même Nietzsche appelle "le dernier homme" relèvent d'autres polarisations. Mais il me semble que cela se rattache à une même logique. 

 

Comment permettre aux décideurs de revenir à une juste appréciation des situations ?

 

Cela se fera naturellement. Le désastre de l’économie libertaire est évident. Or, un même principe transgressif et libertaire inspire la finance et le commerce dérégulés qui ruinent les peuples, aussi bien que les projets sociétaux qui les déstructurent. Les gens finiront par voir la cohérence entre ces principes transgressifs, la dégradation de leur situation économique et l’anthropologie insensée qu’on veut leur imposer.

Comme le système transgressif marche de plus en plus mal et soulève une opposition croissante, on voit mal comment il  pourrait durer longtemps. L’alliance de toutes les forces que les libertaires oppriment représenterait une énorme majorité.

 

On a pourtant l’impression d’une dynamique irrésistible !

 

La loi sur le mariage est une performance en matière de transgressivité, mais c’est quand même une curieuse absurdité. Rétrospectivement, on y verra la démesure fatale qui aura déclenché le mécanisme de remplacement d’un système au bout du rouleau.   

 

Vous croyez donc à un changement ?

 

Oui. La situation est prérévolutionnaire à peu près partout, pas seulement en France ou en Europe. Dans dix ans, ce sera un autre monde. 

Financièrement, ces oligarchies transgressives sont au bord de la faillite.

Economiquement, elles ont sacrifié en Occident l’industrie, le développement local et le progrès social à la finance libertaire.

Politiquement, c’est un continuel déni de démocratie.

Culturellement, la minorité au pouvoir se réclame des Lumières, mais elle les a trahies. Un nihilisme transgressif, un projet totalitaire rusé, c’est une philosophie des ténèbres sans élan ni projet.

Il faut lutter avec confiance.

 

Venons-en au cœur de la question. Dans Préparer l’avenir, comme dans La force de la liberté, vous parlez de loi naturelle. Qu’est-ce que la loi naturelle ?

 

Il existe une « loi naturelle ». On peut la redécouvrir en trois étapes. 

1° Si les hommes veulent vivre dans une vraie paix, sans violence ni ruse – il leur faut adopter comme loi politique fondamentale une loi de paix qui est une loi de confiance. En font partie les règles qui rendent dignes de confiance : tenir parole, ne pas mentir, exécuter les contrats, etc. Cette loi de paix est aussi une loi d’amitié. Elle permet de faire corps en liberté avec dignité.

2° Cette loi de paix mérite d’être appelée  une loi naturelle, parce que la paix permet à l’homme de vraiment développer sa nature, et parce qu’il est naturellement social.

3° Cette loi politique fondamentale, qu’il faut nommer naturelle, ne s’impose pas aux êtres humains automatiquement, comme les lois physiques. Elle se propose à leur pouvoir de décision (à leur liberté) et elle prescrit à leur conscience ce qui est juste et amical (ce que tout le monde appelle le bien). C’est ce qu’on appelle une loi morale.

Par conséquent, il existe une loi de paix, qui est une loi naturelle pour l’homme, et qui est une loi morale.  

En partant de là on peut exposer en détail le contenu de cette « loi naturelle ».

 

Mais ne peut-on nier l’existence de cette loi ?

 

Si. De deux façons : soit en supposant une harmonie spontanée des intérêts égoïstes, qui la rendrait inutile ; soit en niant que l’homme soit naturellement social. Mais,

1° tous les indices dont nous disposons prouvent que l’homme a toujours été social et rien ne permet de supposer le contraire. A ces preuves historiques, on peut ajouter la longueur de l’éducation, ou l’importance du langage et du rapport à autrui.

2° Les intérêts ne sont en harmonie que dans la mesure où l’individu est moral et prend en compte le bien de ses descendants – or une telle intégrité suppose la fidélité à un code moral objectif et relativement rationnel. Ce qui nous ramène aux conclusions du raisonnement principal.

 

Tous ceux qui admettent une loi morale n’adoptent pas forcément l’idée de loi naturelle. Ce concept peut-il avoir une valeur universelle aujourd’hui ?

 

Oui. Et je crois que ce sera de plus en plus le cas. Il n’y a pas de société civilisée durable sans morale objective, mais « la morale » est invivable, sans une conscience suffisante de la « loi naturelle », qui seule arrête l'arbitraire et met fin au règne de la pure force. Je m'explique :

La loi morale objective peut être fondée en Dieu. Mais alors, si on parle de loi divine sans parler aussi de loi naturelle, on tend vers un système de pur arbitraire divin, et vers un régime théocratique. Et je crois que ceci n'est pas fonctionnel.

La loi morale, détachée de Dieu, peut être fondée en Raison. Mais alors, si on parle de loi morale rationnelle, sans parler non plus de loi naturelle, une telle morale rationnelle, très impérative, peu motivante, abstraite et cérébrale, devient invivable. C'est la névrose pour beaucoup. On va ainsi vers l’explosion libertaire.Cela non plus n'est pas fonctionnel.

La culture fonctionnelle d'une société libre et civilisée doit donc admettre une loi de paix objective et lui reconnaître une dimension « naturelle ».

C’est pour cela que sont irrecevables les lois qui ont pour effet de faire sauter le caractère « naturel » de la loi de paix objective.

 

Vos idées diffèrent-elles de la doctrine thomiste traditionnelle sur la loi naturelle ?

 

La doctrine traditionnelle montre comment la création exprime et réalise un projet de Dieu – la loi naturelle étant à la fois le dynamisme de la créature, qui incarne ce projet divin, et la formulation réfléchie de l'élan humain naturel, qui prolonge une intention éternelle.

 

La démarche suivie dans mes livres consiste à partir de faits, concernant la paix, la guerre et leurs causes. On découvre alors la nécessité et la valeur de quelque chose qu’il faut appeler une loi de paix. Puis, on comprend que cette loi de paix est à la fois naturelle et morale. C’est ainsi qu’on redécouvre la loi naturelle, par une voie expérimentale. Ces deux types d'approche sont indépendants, mais pas forcément incompatibles.

 

 

 

   

   

Perspective d'une action politique

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Mise à jour le Mercredi, 24 Avril 2013 18:08 Écrit par Henri Hude

 

 La « Manif pour tous » marque un renouveau de la vie politique en France.

-      Remportant des succès tactiques remarquables, le peuple des familles s’organise et prend conscience de sa force, mais peine à obtenir des résultats politiques concrets (1).

-      Ce peuple des familles n’est pas la seule cible de la petite minorité qui nous gouverne, qui représente de moins en moins le pays et qui répond de moins en moins à ses attentes (2).

-      Pour l’emporter, il doit chercher  des alliés et donc s’ouvrir aux autres forces sociales qui portent des revendications légitimes, également opprimées par le même ennemi du bien commun (3).  

 

 

 

1. La Manif pour tous : des victoires tactiques mais pas encore de résultat stratégique

 

La « Manif pour tous » a obtenu un succès tactique remarquable et inespéré : pour la première fois depuis très longtemps, l’adversaire « politiquement correct » est réduit à la défensive et à la radicalisation.

 

Ce succès est le résultat du courage politique d’un certain nombre de précurseurs, et de l’intelligence de leur tactique.

 

En effet, la « Manif pour tous » s’est dotée d’instinct d’une tactique de grande modération :

-      ne ciblant ni le cœur, ni l’ensemble du système économique, politique, idéologique et sociétal, voulu par la petite minorité libertaire,

-      se concentrant sur la loi Taubira et ses excès odieux (adoption, PMA, GPA, etc.),

-      évitant la violence. Notons que l’adversaire, déconcerté, a réagi par des excès contreproductifs.

 

Cette tactique de résistance dans la paix a rendu le pilonnage médiatique peu efficace et a permis une mobilisation massive. Ceux qui se sentaient hier encore isolés et en état d’infériorité ont pu mesurer leur force, avec stupéfaction. Ils ont pris conscience de l’extrême vulnérabilité stratégique d’un régime qui, dans tous les domaines, est au bord de l’effondrement.

 

Toutefois, malgré son succès tactique remarquable, la « Manif pour tous » peine à atteindre des objectifs politiques concrets.

 

Le peuple des familles bute sur les murailles d’un système nihiliste, dont la mise au pas idéologique est le dernier levier d’action. C’est pour cela que cette petite minorité qui dispose de presque tous les pouvoirs politiques et institutionnels (en termes classiques : cette « oligarchie[1] ») s’y agrippe avec l’acharnement de ceux qui sentent les rapports de force s’inverser.

 

Face à ce déni de démocratie, les familles de la Manif pour tous doivent rompre leur isolement stratégique et passer des alliances avec les autres forces sociales du pays. Le combat pour la liberté d’éducation et le statut social des familles est parfaitement légitime et nécessaire, mais il n’est qu’une des grandes revendications de justice que le peuple français porte contre l’organisation présente.

 

 

 

2. Les autres forces démocratiques non représentées

 

Il existe dans notre pays d’autres forces qui portent une volonté sincère de réforme économique, démocratique et institutionnelle. Elles aussi sont dans l’impasse. Chacune a ses qualités et ses faiblesses. Aucune n’est représentée démocratiquement.

 

Pour transformer les succès tactiques de la « Manif pour tous » en victoire stratégique durable, il faut nouer les alliances indispensables avec les deux autres forces sociales opprimées par le pouvoir. Ces deux forces, appelons-les : les « Pigeons » et les « Florange ».

 

                      2.A. Le mouvement des « Pigeons ». Ce fut, on s’en souvient, un embrasement spontané des entrepreneurs. Ce sont eux qui investissent et créent des emplois en France et que l’ordre administratif et fiscal traite en ennemis numéro 1, et étouffe par ses taxes et ses normes. Cette technocratie pourtant, ne survit que parce qu’ils sont là et qu’ils acceptent de payer des taxes.

 

Cette courte révolte des entrepreneurs pour leur survie économique, qui est aussi la nôtre, a été étouffée. Comme le peuple des familles aujourd’hui, le peuple des entrepreneurs s’est battu seul et n’a pu réformer le système oligarchique. 

 

Or le combat des « Pigeons » concerne au premier chef les classes laborieuses (les « Florange »), ainsi que les familles. En effet ce sont les PME qui créent les emplois pour la jeunesse. Ce ne sont pas les grands groupes, qui pourtant bénéficient de l’appui des niveaux étatique et administratif. Les grands groupes, à l’exception des institutions financières, peuvent très bien survivre malgré l’effondrement de la France. Ce n’est pas le cas des PME.

 

Et comment un pays peut-il être démocratique s’il n’existe pas de puissances intermédiaires et indépendantes comme le sont les PME prospères ? Comment une démocratie équilibrée, et non pas monopolisée par une ultra-minorité, peut-elle exister, sans de libres associations de familles jouant pleinement leur rôle ? Comment peut-elle exister sans associations de salariés exerçant avec réalisme une pression responsable, orientant l’économie vers le développement local et le progrès social ? Comment peut-il en un mot exister de démocratie qui ne soit pas un simple mot couvrant la réalité d’une oligarchie, sans de tels corps intermédiaires ?

 

 

                      2.B. Le mouvement des « Floranges ». Depuis de longues années, notre pays a cessé d’être gouverné dans l’intérêt économique des classes laborieuses. Elles se dressent régulièrement, alors qu’elles voient s’effondrer petit à petit leur outil de travail et leur avenir économique.

 

La conjonction du socialisme étatique, administratif et social avec le grand mouvement de financiarisation et de libéralisation de l’économie est mortelle pour l’avenir économique de tous ceux qui ont besoin de travailler pour vivre. Le refus de toute la classe politique de réformer le système étatique et de développer une stratégie économique d’adaptation au monde tel qu’il est, voici la raison de l’effondrement économique du pays.

 

Les protestations de la classe laborieuse, sa souffrance et ses convulsions sont cyniquement exploitées en temps d’élection, et abandonnées aussitôt après.

 

Ceux qui deviennent les pauvres, et demain les misérables, de France, sont politiquement dans l’impuissance et le désespoir. Ils savent bien que ce ne sont pas des néo-communistes libertaires qui remettront le pays sur la voie du développement économique et du progrès social.

 

Ainsi, les classes populaires elles aussi, sont bloquées devant le mur de l’oligarchie, car cette élite sans légitimité ne remettra jamais en cause son système idéologique ni son système de petites positions privilégiées.

 

Pourtant, le combat des « Floranges » pour le travail concerne toutes les familles de France. Celles-ci, au-delà de leurs légitimes préoccupations d’ordre sociétal ou éducatif, se soucient de plus en plus de l’emploi futur de leurs enfants. Le combat des « Floranges » concerne aussi toutes les petites et moyennes entreprises de France, qui sont, de leur côté, toujours par idéologie, étouffées, au bénéfice exclusif de l’oligarchie.

 

 

 

3. Union des trois mouvements.

 

La fraction politico-médiatique de la petite minorité qui nous gouverne, est passée maître dans l’art de diviser pour régner et d’exploiter les vieux réflexes culturels.

 

Admettons en effet qu’il n’est pas naturel à nombre de participants de la Manif pour tous, d’étudier à fond les préoccupations des syndicats non idéologiques, pour voir ce qu’il y a de légitime dans leurs revendications. Inversement, dans les classes populaires confrontées à la pauvreté, la promotion de la famille, ou bien de la liberté des entrepreneurs n’est pas une préoccupation majeure.

 

Et pourtant, sans une alliance substantielle, tous les partis réformateurs seront battus les uns après les autres par l’ultra-minorité, qui à défaut d’être le nombre, ne manque pas de moyens. Mais les réformateurs peuvent l’emporter, si chacun cesse de se désintéresser du sort des autres.

 

Les réformateurs français doivent donc s’ouvrir les uns aux autres, et comprendre la légitimité des demandes des autres, au-delà des vieilles divisions traditionnelles.

 

Face à l’oligarchie libertaire, la « Manif pour tous », avec les « Florange » et les « Pigeons » est ainsi une des trois forces d’un « triangle démocratique ». Isolée, aucune de ces forces ne peut secouer le joug. Unies, elles représentent une majorité écrasante, ainsi que la légitimité historique d’un mouvement de réforme fondamentale.

 

En effet, ce triangle démocratique représente TOUT ce qui produit, éduque et innove dans ce pays, bien que politiquement il ne représente RIEN. A l’inverse, chacun a compris que cette ultra-minorité nihiliste, véritable parasite de la démocratie, possède tous les leviers du pouvoir et de l’influence, alors qu’en réalité elle ne représente personne. 

 

La question est donc : voulons-nous devenir politiquement QUELQUE CHOSE ? Voulons-nous réellement gagner ? Voulons-nous reconquérir pour nos enfants un avenir économique, une liberté politique, une possibilité de vie familiale digne et indépendante ? Alors, il faut s’ouvrir, aller vers les autres forces démocratiques du pays, comprendre leurs enjeux, parler avec eux, montrer qui nous sommes et les découvrir eux aussi, au-delà des clichés, faire connaissance, faire peuple à nouveau, apprendre à dépasser les divisions artificielles qui ne profitent qu’au désordre existant.

 

Quand sera faite l’union des trois forces démocratiques, quand existeront entre elles des passerelles et une concertation, alors elles s’imposeront naturellement et pourront organiser la réforme sociale et économique. Les dirigeants actuels ne pourront plus que se rallier, se réformer, ou partir. Le pays pourra alors reconstruire son avenir, dans un plein sens de nos responsabilités en Europe et dans le monde. 

                           

 


[1] Du grec ancien oligoi, qui signifie « un petit nombre ».

   

Et maintenant ? Dans le sillage de la Très Grande Manifestation

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Mise à jour le Mardi, 02 Avril 2013 11:54 Écrit par Henri Hude

Ce texte a été écrit en étroite coopération avec Thomas Hude, 29 ans, ancien élève de l'ENS-Ulm (mathématiques) et d'HEC. Il exprime ainsi la vision commune à deux générations à travers la diversité de leurs formations et de leurs expériences. 

 

 

Les Français ont l’intuition et le sentiment qu’un monde ancien est en train de s’écrouler, et qu’un monde nouveau est en train de naître. Les Français, comme de nombreux autres peuples européens, rentrent à nouveau dans le temps de l’Histoire.

 

Ce qui vient de commencer est un mouvement historique de contestation d’un système politico-économique libéral-libertaire. Celui-ci est une version dégradée du grand libéralisme issu de la philosophie des Lumières, qui n’existe plus aujourd’hui.

 

Ce système est en faillite démocratique, économique et spirituelle. La légitimité de son élite est en train de s’effondrer. Le mouvement historique qui commence aujourd’hui peut durer dix ou quinze ans. Il s’achèvera par le remplacement de ce système, et de son élite, par quelque chose de nouveau, qui n’est pas encore défini.  

 

 

 

Le système qui s’effondre

 

La preuve que ce régime est en train de s’écrouler, c’est qu’il se radicalise. Les deux premières victimes sont 1° la démocratie et la culture de liberté ; 2° le bien commun économique de tous - ceci est essentiel et va être expliqué.

 

En même temps que le monde libéral-libertaire devient un chaos, il tente de se sauver par une manipulation des institutions démocratiques et de l’ordre juridique, qui prend de plus en plus l'aspect d’une dérive totalitaire.

 

Le principe fondamental de ce que nous pouvons commencer à appeler « l’ancien régime », c’est la liberté arbitraire et libertaire dans la gestion financière et économique du monde. Là est le cœur du problème. Là est l’enjeu du pouvoir. Là est la base de l’oligarchie.

 

La philosophie libertaire n’a d’autre objet que de justifier cet égoïsme de classe. Et les lois libertaires qui déstructurent le mariage et la famille, ainsi que la culture et l’éducation, ont pour objet principal de tenter de solidariser le peuple avec cette philosophie qui le ruine. A partir du moment où l’on peut décider arbitrairement n’importe quoi en matière familiale, et qu’on peut même fabriquer des orphelins pour son plaisir, comment n’aurait-on pas le droit, à bien plus forte raison, de faire n’importe quoi de son argent dans la seule vue de son intérêt égoïste à court terme et même de fabriquer des chômeurs si on peut en tirer profit ?

 

 

 

L’économie oligarchique libertaire

 

En matière économique, l’individualisme libéral-libertaire brise le cercle vertueux du capitalisme. Le capitalisme traditionnel, le seul qui ait une valeur, c’est celui des ingénieurs et des entrepreneurs. Il devrait n’avoir rien à voir avec le libéralisme économique libertaire et financier. Le capitalisme traditionnel, par la liberté d’entreprise, par les investissements à long terme dans l’éducation et la santé, les infrastructures, le capital des entreprises, la science et l’innovation, produit du développement économique et du progrès social dans le pays. La dernière fois qu’on a appliqué ce modèle en France, on a appelé cela les « Trente Glorieuses ».

 

Dans les pays d’Europe en crise, ce modèle a été abandonné depuis trente ans (Thatcher, Mitterrand, etc.). Tout le bien qu’on dit du modèle allemand, aujourd’hui, revient à observer que les Allemands ont moins abandonné le capitalisme que nous. Ils continuent à investir dans le but de développer leur économie et de donner du travail aux gens. Et, même s’ils ont dû adopter des réformes de l’économie en grande partie libertaires, leur masse de PME et de puissance économique intermédiaire leur permet de continuer à avoir une vraie politique capitaliste. En revanche, chez nous, le capitalisme entrepreneurial est écrasé par la coalition des grands groupes libéraux et d’une Administration qui a gardé des réflexes archaïquement socialistes. Cette Administration, impuissante à orienter les grands groupes vers le développement économique du pays, persécute le tissu capitaliste. De là la fin du développement et du progrès social. Le bien commun économique a été abandonné au profit des intérêts financiers à court terme d’une minorité infime.

 

La conséquence en est tout simplement la mort économique des peuples. De là, face à cet égoïsme véritablement monstrueux, et à la complicité de la classe politique dans son ensemble, une révolte populaire. Celle-ci est en train de devenir une révolution, à mesure que le peuple désespéré, privé de son système démocratique, et que les libertaires croyaient avoir réduit à d’impuissantes jacqueries, n’est plus seul. Il se voit peu à peu rejoint et encadré par des élites, en partie capitalistes et en partie non libertaires, qui sont la classe dirigeante de demain. 

 

 

 

Le « piège démocratique » 

 

En matière politique, la classe dirigeante libertaire ne peut plus se permettre de laisser fonctionner une démocratie effective digne. C’est évident, puisqu’elle refuse toute évolution à des peuples libres, qui veulent des changements massifs dans la structure de leur élite et dans la gouvernance économique.

 

Les libertaires sont donc forcés de manipuler la démocratie, de subvertir l’ordre juridique, et d’affaiblir le peuple en le divisant.

 

Pour sauver son système en faillite, l’oligarchie libérale-libertaire se retrouve forcée d’annuler le fonctionnement de la démocratie par ce que nous appelons un « piège démocratique ». En quoi consiste-t-il ?

 

Deux partis oligarchiques libéraux-libertaires, l’un un peu plus libéral, l’autre un peu plus libertaire, vont donner l’illusion d’une alternance démocratique tout en trahissant l’un après l’autre la volonté générale. Tous ceux qui rejettent cette alternance trompeuse sont ainsi renvoyés vers des partis extrémistes largement préfabriqués, qui font eux-mêmes partie du système. C’est ainsi que rien ne peut changer et que l’intégralité du pouvoir soi-disant démocratique se retrouve concentrée entre les mains d’une infime minorité non représentative et profondément illégitime. Le tout sous la domination du Léviathan médiatique.

 

En disant cela, nous ne nous sommes pas seuls contre tous, mais avec l’immense majorité contre l’oligarchie. Il y a en effet une foule immense de citoyens dignes et de gens de bonne volonté dans tous ces partis. Ils vont comprendre petit à petit que leur action est vaine, qu’ils jouent en réalité le jeu de l’oligarchie libertaire. Le piège cessera de fonctionner quand ils se retrouveront ensemble dans le grand mouvement historique en train de naître. Celui-ci transcende complètement les sophistications partisanes de « l’ancien régime ».

 

Cette oligarchie libertaire, déjà démocratiquement illégitime au niveau national, transfère pour plus de sécurité le maximum de pouvoir à des niveaux si élevés qu’aucun peuple n’y a accès et que les lobbies et les cartels sont les seuls à pouvoir s’y exercer effectivement. Elle a ainsi livré à ses bureaucraties et à ses cartels l’émission de la monnaie, les taux d’intérêt, la politique de change, la politique concurrentielle, la politique douanière, la politique agricole, les normes dans tous les domaines, ainsi que l’imposition des politiques de régression économique des peuples, qu’on appelle "austérité". Ces politiques n’ont certainement pas pour but de rétablir la rentabilité des économies, pour permettre le retour de la croissance, mais elles visent à perpétuer les abus oligarchiques en faisant payer par la force aux peuples les pertes de ce système.

 

Au piège démocratique, elle ajoute le « piège juridique ». Tout pouvoir démocratique est a priori mis sous la tutelle d’un Droit et de Traités qui garantissent à l’oligarchie la perpétuité de sa domination. Non seulement le pouvoir démocratique est vidé de sa substance et manipulé, mais quand bien même il prendrait les bonnes décisions, celles-ci seraient annulées par l’action d’institutions internationales.

 

Heureusement tout cela est réversible : l’Union soviétique s’est effondrée le jour où la république de Russie a déclaré que ses lois étaient souveraines par rapport à celles de l’Union soviétique. Ainsi en sera-t-il de cette domination oligarchique, qui est le dévoiement complet de toute espèce de projet européen.

 

La démocratie est détruite également via la destruction du capitalisme entrepreneurial, dont il a déjà été question plus haut. Ce dernier est en effet l’une des assises les plus indispensables de la démocratie : sans la prospérité, sans les classes moyennes et l’élite économique intermédiaire, on oscille toujours entre la dictature socialiste de l’État et l’oligarchie libérale. Ce sont là les deux maux qui sont en train de tuer l’économie française. Elle meurt d’étouffement, sous le poids des taxes, des normes et de l’Administration, d’un État et d’un système de solidarité sociale qui sont aujourd’hui obèses, inefficaces et archaïques. Elle meurt aussi d’hémorragie par la gestion financière des grands groupes, uniquement orientée vers la rentabilité financière à court terme, et qui regardent bien au-delà des régions et des travailleurs français pour trouver des sources de profit.

 

 

 

La démesure idéologique 

 

Dans l’ordre culturel, l’oligarchie libérale-libertaire n’offre d’autre sens et d’autre but que l’exercice d’une liberté arbitraire dans le néant, par l’amnésie et la transgression. Elle prétend faire de cette vacuité le seul contenu de la culture du peuple. Elle prétend la lui rendre obligatoire et ne pas tolérer qu’il puisse penser, parler, éduquer ou vivre selon d’autre règle que celle de son nihilisme d’État. Au nom de ce nihilisme, elle prétend détruire la famille, endoctriner la jeunesse, fabriquer des orphelins, monopoliser et industrialiser la reproduction, comme si rien n’existait en dehors de sa volonté arbitraire, mégalomane et totalitaire.

 

Une minorité de minorité de transgressifs nihilistes se radicalise et prétend imposer une orthodoxie libertaire. Elle espère secrètement que le peuple se trouvera déstructuré et désarmé à jamais devant le libertarisme de la finance, à partir du moment où ils auront pu lui inoculer le libertarisme du plaisir et de l’opinion arbitraire.

 

L’oligarchie se jette ainsi dans des absurdités dignes de celle des terroristes de 1793. Le parlement vote des anthropologies absurdes et prévoit de persécuter ceux qui n’y croient pas, c’est-à-dire à peu près tout le monde sauf une secte d’idéologues, et ce au nom de la non-discrimination.

 

Par la démesure de son nihilisme, par sa dérive totalitaire, par le ridicule, l’odieux et l’absurdité de ses ukases doctrinaux, le libertarisme révolte la partie de l’élite qui n’est pas libertaire – toute celle dont c’est le métier de faire quelque chose de sérieux, ou de savoir sérieusement quelque chose, toute celle dont ce n’est pas le métier que de se faire plaisir en racontant n’importe quoi dans des meetings politiques ou de vendre des images à la télévision. Les libertaires révoltent et indignent tous ceux qui ne se sont pas laissé arracher par son nihilisme tout sentiment, intuition et mémoire de ce que sont science et vérité, art et beauté, dignité, liberté et devoir civique, moralité, diversité des religions. Et tous s’écrient d’une seule voix : le nihilisme totalitaire ne passera pas.

 

 

  

Premier pas dans la constitution d’un nouveau régime

 

Telle est sa démesure fatale, à l’origine du mouvement qui va causer sa perte. Par ses excès choquants, l’oligarchie rompt avec l’élite non libertaire, de même qu’elle a depuis longtemps rompu avec le peuple. A terme, c’est l’alliance entre le peuple et les élites, tant entrepreneuriales, que non libertaires, qui remplacera l’ancien régime. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui, c’est le passage de l’élite non libertaire dans l’opposition résolue à l’ancien régime. Elle s’y retrouve avec les classes populaires et elle y attend l’élite capitaliste entrepreneuriale. On voit déjà se structurer l’univers politique du nouveau régime.

A SUIVRE

   

La signification politique de l'élection du pape François

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Mise à jour le Mardi, 02 Avril 2013 12:04 Écrit par Henri Hude

Ce texte paru dans la revue mensuelle La Nef du mois d'avril 2013 a été écrit peu après l'élection du pape François,  en étroite coopération avec Thomas Hude, 29 ans, ancien élève de l'ENS-Ulm (mathématiques) et d'HEC, à partir d'idées originales de ce dernier. Il exprime la vision commune à deux générations de catholiques français, à travers la diversité de leurs formations et de leurs expériences. 

 

 

  Pour essayer de dégager la signification de l’élection du pape François, posons la question suivante : « L’élection du pape argentin représente-t-elle le début de la fin du libéralisme idéologique, troisième grande idéologie sortie de la philosophie des Lumières, comme l’élection du pape polonais a représenté le début de la fin du communisme ? »

 

 

 

Précisons la question

 

 

1° Il faut distinguer le libéralisme, en tant qu’idéologie philosophique et politique, d’avec le capitalisme, en tant que système de liberté d’entreprise et de propriété privée. Le capitalisme est une dimension nécessaire de toute société libre et une condition nécessaire du développement économique et du progrès social. Sans cette distinction, toute opposition au libéralisme sombre dans l’utopie, puis l’autoritarisme.

 

 

2° Le capitalisme peut être détourné par l’idéologie. Il devient alors un capitalisme libertaire, purement financier, oligarchique et malthusien, dont les résultats effectifs, quand on oublie la propagande, sont l’inégalité et la pauvreté. Le capitalisme industriel et entrepreneurial, ainsi que les peuples, sont les premières victimes du libéralisme idéologique.

 

 

3° L’idéologie libérale-libertaire est aujourd’hui solidaire du système économique et financier mis en place au cœur de l’empire américain. Critiquer ce système, ce n’est pas être antiaméricain, pas plus que ce n’était être antirusse que de critiquer le communisme. Car ce système d’oligarchie impériale, loin d’être fondé sur les vraies valeurs des Etats-Unis, va au contraire à l’encontre des intérêts vitaux de leur peuple et de ses valeurs traditionnelles – valeurs de libre-entreprise, de famille, de religiosité, de droits civiques, et de confiance dans l’avenir.

 

 

 

 

Les deux oppositions à l’annonce de la foi

 

Depuis que le Christ est sorti du tombeau, l’Eglise catholique, dans l’annonce de la foi, s’est trouvée successivement (ou simultanément) contrariée par deux sortes de politiques, l’une autoritaire, et l’autre libérale.

 

 

La première dénonce le christianisme comme la religion des esclaves en révolte, promotrice d’une liberté anarchique, dangereuse pour l’ordre et l’autorité. Ce fut la politique des empereurs romains, ou des empereurs asiatiques, ou encore celle des nazis.

 

 

La seconde politique est au contraire de dénoncer le catholicisme comme la religion des maîtres, durement hiérarchique, opposée à la liberté dans tous les domaines.

 

 

L’enseignement du Christ s’oppose à ces deux logiques. A l’esclavage externe, qui est une conséquence du péché, et, inversement, « qui commet le péché est esclave du péché ».

 

 

C’est ainsi la liberté que le Christ a portée au monde.

 

 

Quand on nie cet enseignement, la liberté vire à l’arbitraire et se trouve peu à peu dissoute par l’abus de la liberté, le droit par l’abus du droit. C’est ce que fait l’idéologie libérale-libertaire et c’est là, de plus en plus, la seule politique vraiment contraire au développement de l’Eglise en Occident.

 

 

En Asie (comme jadis dans l’Antiquité occidentale), le christianisme est plutôt perçu comme une force de renouveau philosophique et politique, qui s’oppose aux grands autoritarismes traditionnels. On peut prévoir que l’humanisme, d’origine en partie chrétienne, et incorporé dans la technique ou dans les sciences, finira par pénétrer partout. A terme, le catholicisme (œcuménique, diversement acculturé, et devenu plus concrètement universel) n’aura plus qu’un seul grand vis à vis, le libéralisme idéologique. C’est ce que croyait John Henry Newman, qui écrivait : « A la fin, il n’y aura plus que des catholiques et des libéraux. »

 

 

 

 

Fin de cycle

 

 

Pourquoi peut-on aujourd’hui estimer que cette idéologie libérale, qui semble triomphante, se trouve près de sa fin ? Expliquons-le en résumant l'histoire.


 

Une fraction des élites européennes, ayant rejeté le Christ, au XVIIIème  siècle, et s’étant emparé du pouvoir dans le monde, a voulu conserver les acquis historiques du christianisme, notamment la raison et la liberté. Cette raison sans foi, cette liberté sans Dieu, c’est la philosophie des Lumières.

 

 

Dans l’ordre politique, cette philosophie a engendré trois grands systèmes idéologiques : le libéralisme, le communisme, le nazisme. Chacun s’est imposé par la violence. Puis, ils se sont fait la guerre. Les deux premiers ont dévoré le troisième. Puis le second a été dévoré par le premier.

 

 

Demeuré seul, le libéralisme a perdu toute mesure. Il a rompu avec la Raison et le Devoir. Économiquement, à force de sacrifier le développement industriel et le bien commun économique de tous, au profit des intérêts financiers d’une minorité, il a conduit à une récession terrible dans presque tous les pays développés, partiellement masquée par la prospérité insolente d’une oligarchie notamment financière. Les pays qui ont les économies les plus fortes sont ceux qui ont un capitalisme entrepreneurial et industriel et pas d’oligarchie financière libérale.

 

 

Ce mouvement de concentration des richesses dans les mains d’une oligarchie s’accompagne d’une tendance à la concentration des pouvoirs et d’un effacement de la démocratie réelle : le premier intérêt des peuples et de leur liberté est au contraire le développement économique et le progrès social, grâce à un capitalisme entrepreneurial et non financier.

 

 

 

 

Le libéralisme a perdu le peuple

 

 

La raison pour laquelle ce libéralisme est peut-être près de sa chute, c’est qu’il a perdu les peuples. Et si les mécanismes démocratiques ne sont pas dissouts, ou détournés, il aura bientôt perdu la majorité.

 

 

C’est pour cela que le libéralisme idéologique va s’opposer de plus en plus à la démocratie. Il va le faire à sa manière : en prenant dans une tenaille toutes les forces populaires attachées au bien commun économique et démocratique, aimant la justice sans violence, et travaillant à une réforme sérieuse du système. Les deux mâchoires de la tenaille seront, d’une part, sa propre puissance (financière, institutionnelle et médiatique), d’autre part tous les extrémismes (réels ou supposés, spontanés ou fabriqués) : réactionnaires, nationalisme, populisme, fascisme, islamisme, anarchisme.

 

 

Et en premier lieu, elle favorisera un néo-communisme postmoderne, libertaire, brouillon et anticapitaliste, qui est une impasse politique et économique, et qui partage au fond le même idéal de liberté arbitraire et transgressive.

 

 

La base politique du libéralisme idéologique, c’était le peuple, auquel il promettait l’égalité. Il lui faisait cette promesse, le plus souvent, par l’intermédiaire de faux partis populaires, de partis soi-disant travaillistes, socialistes, etc. Ces derniers étaient rarement autre chose en fait que des partis libéraux-libertaires bis avec un faux nez socialiste. De là de fausses alternances et des espoirs toujours déçus.

 

 

Par exemple, la grande libéralisation idéologique de l’économie française a eu lieu sous la présidence de François Mitterrand.

 

 

Et comme cette libéralisation n’a pas été accompagnée des investissements, de la stratégie et des réformes nécessaires, elle se traduit par la mort économique des classes populaires, et d’une grande partie des classes moyennes.

 

 

 

 

Hypocrisies libertaires

 

 

Comment compenser parmi les classes populaires les effets dévastateurs de la récession ? Que peut-on donner, comme aliment de substitution, au besoin de développement économique et de liberté politique ? Réponse : la démolition des structures familiales et religieuses, où les peuples puisent la substance de leur résilience et de leur dignité. L’exemple caricatural, c’est la frénésie d’imposition du « mariage homosexuel », dans un pays dont la première préoccupation est le travail et la survie économique.

 

 

Mais, cette vieille recette fonctionne de moins en moins bien, avec l’aggravation de la crise économique et le caractère monstrueux de certaines inégalités. Et en essayant seulement d’imposer un dogmatisme nihiliste dans un contexte de crise majeure, non seulement il n’arrive plus à conserver le soutien populaire, mais encore il jette dans l’opposition tous les conservateurs. En outre, il risque de faire l’union contre lui des élites conservatrices et des masses populaires. Et cela pourrait se produire dans le monde entier.

 

 

Il est donc très probable que nous soyons à la fin du grand cycle idéologique qui a commencé au XVIIIème  siècle. Le libéralisme se radicalise, preuve qu’il a perdu l’initiative.

 

 

 

 

Le libéralisme vire à l’autoritarisme

 

 

Excessif, il prétend imposer tout et n’importe quoi en matière de politique familiale et éducative.

 

 

Autoritariste en matière de politique économique, il se montre capable d’imposer à de nombreux peuples d’Europe et dans beaucoup d’autres pays des traitements inhumains d’austérité et de régression économique et démocratique, dans le seul but de préserver l’intérêt des créanciers et de cette oligarchie libérale.

 

 

C’est la même logique de raidissement qui est à l’œuvre en matière d’influence dans le monde. Sous le paravent de beaux principes habilement pervertis (liberté des marchés, démocratie, droits de l’homme), il devient de plus en plus une volonté de domination impériale, brutale et militariste, révélant une conception de l’économie de plus en plus orientée vers le profit d’un certain nombre de groupes d’intérêts, bien souvent au détriment des intérêts du peuple des Etats-Unis.

 

 

 

 

De la Pologne à l’Argentine

 

 

Telle est la situation dans laquelle les cardinaux, inspirés par l’Esprit-Saint, ont élu le pape François. Son élection, sa personnalité replacent l’Eglise catholique au cœur du peuple et le peuple au cœur de l’Eglise.

 

 

Tout comme la Pologne était un des pays qui avait le plus souffert de la domination communiste, de même l’Argentine est l’un des pays qui a le plus souffert de la domination du libéralisme. Son économie et sa structure sociale ont été plusieurs fois ravagées par divers intérêts oligarchiques et impérialistes, sous couvert d’une politique soi-disant libérale ou anticommuniste. Là où il y avait encore, au début du XXème siècle, un pays déjà développé, nous avons assisté à l’installation progressive de la misère, de l’inégalité et de la violence sociale, qui sont autant d’atteintes aux droits de l’homme.

 

 

L’origine du pape et sa vie consacrée aux pauvres, sont donc aussi significatives pour l’Eglise et l’homme d’aujourd’hui, que l’élection du pape polonais aux temps du mur de Berlin.

 

 

 

 

Un nouveau combat pour les droits de l’homme

 

 

Le pape François n’engagera pas une lutte politique. Elle n’est pas de son ressort. Mais son élection, sa personnalité, son orientation vont soulever une onde de choc.

 

 

Pour redonner décence et visage humain à la liberté économique, il faut autre chose qu’une révolte communiste de plus, inspirée encore une fois par cette passion d’indépendance absolue, qui n’est matrice que de violence et d’injustice.

 

 

Les catholiques de tous les pays, et tous les réformateurs de bonne volonté, y compris aux États-Unis, vont mieux voir la juste perspective  du combat pour les droits de l’homme, la démocratie et le développement.

   

La plus grande manifestation de l'Histoire de France

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Mise à jour le Lundi, 25 Mars 2013 16:37 Écrit par Henri Hude

 Voici mon commentaire de la manifestation du 24 Mars 2013. Je m'exprime ici en tant que citoyen et en tant qu'universitaire français, dans la plénitude des droits et devoirs attachés à cette qualité, exerçant aussi ma responsabilité intellectuelle et sociale d'écrivain, d'homme de science et de philosophe.

 

Paris vient d’accueillir la plus grande manifestation populaire de toute l’Histoire de France.

 

Beaucoup pensaient que son ampleur n’égalerait pas la première : c’était une erreur. Cette manifestation du 24 mars 2013 confirme donc et renforce les enseignements de la précédente. Le 13 janvier, nous étions un million, nous avons atteint sans doute le million et demi, la prochaine fois nous reviendrons deux millions. Ne parlons pas des évaluations du Pouvoir et du Léviathan médiatique : le Docteur Goebbels n’est pas mort. Cette observation nous met au cœur du sujet : le Peuple français se trouve en face d’une nouvelle entreprise totalitaire. En quoi consiste-t-elle ?

 

 

 

Comme dans toute idéologie, il y a au principe une volonté arbitraire d’indépendance absolue.

 

L’idéologue des Démons de Dostoïevski en a donné pour toujours la formule achevée : « Je commence avec la liberté absolue et j’aboutis à la dictature parfaite. » C’est la logique de Robespierre. C’est la logique de Lénine. C’est la logique de Peillon, c’est celle de Taubira. C’est la logique totalitaire, partout et toujours, qui produit toujours le même résultat, le despotisme, en vertu d’une force des choses. Car il s’agit de transformer un Peuple en une Communauté de transgression, menée à la baguette par une secte d’idéologues.

 

 

 

Ce que les totalitaires nomment « égalité », ce n’est pas la justice, dont ils se moquent. C’est une sorte de religion

 

C’est une communion transgressive entre dévots de la liberté absolue. Cette communion se réalise toujours par une action politique, symbolique et sacramentelle, qui peut être le meurtre d’un monarque ou l’assassinat d’une classe, le renversement d’un autel, la suppression de la propriété privée, ou l’élimination d’une race. Ce pourrait être aussi l’infanticide, ou le suicide, ou le parricide collectif. De notre temps, un parti-secte a décidé l’abolition du couple et de la famille. C’est là son sacrement. C’est là son culte. C’est sa communion, son Egalité. C’est là qu’il jouit et s’adore. Et, comme toujours, l’Homme est sa victime.

 

                                                        

 

Les idéologues forment une secte.

 

La secte engendre un parti totalitaire. Le parti manipule la démocratie, l’annule, domine l’Etat. L’Etat absorbe la société. Toute opposition est broyée. La secte est heureuse.

Malgré leur unanimité, les idéologues divergent. Chacune des passions qui se disputent le cœur humain fabrique sa propre idéologie. Toutes unies pour détruire l’Homme et sa liberté, les idéologies se font des guerres plus inexpiables encore que ne firent jamais les religions.  

 

                                          

 

Il est totalement inutile de raisonner avec les idéologues. Car ce qui est perverti, chez eux, c’est la raison.

 

Celle-ci devrait être le moyen de résoudre nos problèmes. Investie par l’idéologie, c’est la raison qui devient le cœur du problème et le fondement même du totalitarisme. Le pouvoir de questionnement radical est le fondement de l’esprit scientifique et la base de la philosophie. C’est ce questionnement qui rend l’Homme sûr à la fois de la vérité et de sa liberté. Car il n’y a pas de réponse, pour qui n’a pas de question. Mais chez les idéologues, ce pouvoir de questionner devient une méfiance paranoïaque, une manie de douter, une rage de nier, un besoin de se refuser. La raison devient folle et s’endort, « engendrant des monstres » : moule à préjugés, machine à systèmes, prétexte à bourrer le crâne et à interdire de questionner. Puisque le peuple désormais pense comme nous, il n’est plus nécessaire qu’il pense. L’important est qu’il communie dans notre Egalité de transgression. Telle est l’idéologie.  

 

 

 

Le Peuple français fait face à une entreprise totalitaire.

 

 Nous n’assistons plus au déroulement d’un jeu politique ordinaire. Le Peuple n’est pas même en face d’un coup d’Etat permanent. Il fait face à une entreprise d’usurpation visant à lui imposer une autre constitution – plus encore, une autre constitution anthropologique. Nous sommes en face d’un pouvoir législatif qui usurpe le pouvoir constituant et qui l’usurpe absolument. Nous sommes en face d’un pouvoir constituant mégalomane et illégitime, qui prétend changer la nature humaine, la manipuler à sa guise, se saisir des esprits, embrigader la jeunesse et réprimer toute dissidence. Nous sommes bien en présence d’une entreprise totalitaire. L’heure est donc à la Résistance, jusqu’à la Libération, et à la Renaissance.

 

 

 

Quelle est la force réelle de l’entreprise totalitaire ? Elle est faible ! Et le Peuple est fort !

 

Le Peuple prend de plus en plus conscience de sa force et de sa résolution. Il y avait hier à Paris une représentation d’une bonne moitié de l’élite française, pour réclamer un pouvoir qui respecte la famille. Et il y aurait pu y avoir en même temps un autre million et demi entre la République et la Bastille, pour réclamer un pouvoir effectivement social, qui défende le travail des Français. Il est probablement inévitable que les deux mouvements finissent par converger contre le totalitarisme nihiliste et l’oligarchie, non seulement en France, mais peu à peu dans toute l’Europe, et, on l'espère, aux États-Unis. 

 

 

 

Le pouvoir devrait prendre conscience de sa faiblesse.

 

D’abord, il ne vit que d’emprunts. Les banques, l’an dernier, n’ont plus acheté ses bons du trésor. Elles ont été remplacées par l’intervention de fonds souverains asiatiques et moyen-orientaux. Si les émirs ne lui font pas un chèque toutes les trois semaines, si les Français n’achètent plus d’assurance-vie, le pouvoir est en cessation de paiements. Ce pouvoir déjà dans la main de puissances étrangères serait à la merci d’une grève de l’impôt.

 

Ensuite, ce pouvoir est sans appui démocratique et populaire. Le système médiatico-partisan est encore monté de telle sorte que le fonctionnement biaisé des institutions lui permet de conserver encore une apparence démocratique. Mais l’opinion publique est clairement consciente du caractère désormais non représentatif du régime.

 

Ce pouvoir a perdu le peuple. Impuissant, ou complaisant, ce pouvoir semble n'être là que pour laisser faire l’argent et laisser mourir le travail. La France est ainsi privée de capitaux qui vont égoïstement s’investir là où est possible une inégalité maximale, accroissant aussi maximalement l’inégalité en France. Pour cette raison, le pouvoir a perdu le peuple, les pauvres pullulent, auquel il refuse l’égalité économique et la dignité du droit au travail.

 

Ce pouvoir qui est si dépendant des grandes compagnies internationales, persécute le petit et moyen patronat, seul qui investisse encore dans ce pays pour y donner du travail à nos compatriotes.

 

Ce pouvoir va perdre mêmes les fonctionnaires, qu’il va devoir tondre à leur tour, et licencier, pour obéir aux ordres des syndicats d’usuriers et de leurs fondés de pouvoir (OMC, FMI, etc.).

 

Avant d’en venir là, il va mettre en péril la sécurité de la France, en abaissant follement le niveau de nos forces armées.

 

Quelle honte que le nom de « socialisme » en soit venu à désigner ce qu'on aurait cru son contraire : cette « soif de l’argent qui gangrène le monde » (François, 24/03/2013), et l’individualisme radical.  

 

Ce pouvoir n’a même pas la force physique entre ses mains. Quel officier de gendarmerie, quel officier de police, commandera de matraquer un peuple non violent, le jour où, par dizaine de milliers, sans violence, sans porter de coup, mais juste en avançant, et décidés à se laisser au besoin frapper sans reculer, comme faisaient les Indiens menés par Gandhi, il avancera, déterminé à sauver sa liberté, son travail, sa dignité d'homme et de femme, et franchira les barrières ? 

 

 

 

Le pouvoir voudrait salir le Peuple et lui prêter des sentiments de haine ou de discrimination, juste parce qu’il n’a rien à faire de son idéologie.

 

 Mais voilà que les nihilistes se trouvent désarmés, dépités, en présence d’une amitié naissante et rayonnante entre tous ceux qui, aussi différents soient-ils, ont en commun de refuser la persécution et la normalisation idéologique. Les Français veulent tout simplement demeurer des hommes et des femmes, tels que les a faits la nature, ou tels que les faits Dieu, et tels que la raison leur conseille de demeurer, avec son bon sens si bien partagé.

 

Le pouvoir est faible parce qu’il cimente contre lui l’unité du peuple en sa diversité. Le Peuple découvre avec stupeur que la laïcité aux mains des totalitaires s’est muée en fanatisme idéologique. Le despotisme fabrique ainsi contre lui-même une fraternité nouvelle et jusqu'alors inconnue de toutes les religions et de toutes les philosophies, autant que de toutes les races. Il ne pourra plus la dissoudre. 

 

 

 

Ce pouvoir n’a pas de force, car il a déjà perdu sa légitimité profonde.

 

Le pouvoir détruit le travail. Il entend en outre détruire le mariage et la famille. Ce pouvoir qui démolit les cadres moraux les plus essentiels est incapable, par suite, de lutter contre l’insécurité croissante. Et ce sont des gens-là qui prétendent, en plus, faire la morale aux jeunes et leur bourrer le crâne avec des folies idéologiques, comme si on était en Chine populaire ?

 

Le pouvoir est failli. Il menace de jeter la France dans une guerre lointaine, probablement pour complaire aux puissances dont les financements prolongent sa survie. Et c’est ce même pouvoir, parvenu à l’extrémité du discrédit possible, qui se lance dans une entreprise totalitaire et prétend passer avec mépris le licou à des millions et des millions de Français, juste parce qu’il est habile à manipuler les médias et le système des partis ? Eh bien cela ne sera pas !

 

Ce pouvoir dresse désormais contre lui et les conservateurs et le peuple, au moins la moitié de l’élite et de ceux qui payent les impôts et souscrivent aux emprunts d’Etat.

 

Si les forces populaires ont de la présence d’esprit, elles comprendront que le moment est venu et que c’est maintenant qu’elles peuvent renouveler le syndicalisme et sauver le travail. Elles ne le sauveront qu’en juxtaposant à la Manif pour tous, ou en injectant en elle, une dimension de Manif pour le Travail pour Tous.

 

 

 

Quand un pouvoir a gravement failli à toutes ses obligations et qu’il veut mettre le Peuple à genoux, il prend le risque que le Peuple le mette à pied et le punisse 

 

Il existe toujours au-dessus des pouvoirs constitués un Pouvoir supérieur et constituant. Ce pouvoir reste le maître et le juge.

 

Le jour venu, il peut renvoyer devant la juridiction qu'il constituerait certains individus qui, ayant eu à exercer les pouvoirs constitués, auraient manqué à leurs devoirs et posé des actions susceptibles d’être qualifiées de forfaiture et d'atteinte aux intérêts vitaux de la nation.  

 

 

Face au fanatisme totalitaire, un Peuple peut prêter serment de ne plus se séparer sans avoir rendu sa Constitution à son pays.   

 

Le Peuple est fort. Non seulement il se compte et mesure à la fois la faiblesse du pouvoir et sa propre force. Mais plus encore, il sait qu’il EST le Peuple, qu'il a pour lui le droit et la raison, la justice et la tolérance, et qu’il lutte contre le totalitarisme. Il est déterminé à opposer une Résistance farouche, jusqu’à la Libération. L’Ordre Nouveau ne passera pas.

 

 

 

Et maintenant ? - On peut désormais prévoir trois choses :

 

1. Le Peuple va se déclarer en permanence – ou, en tout cas, en manifestation permanente contre le Totalitarisme et pour la Liberté.

 

2. Le peuple qui exige du Travail pour tous, et tous les participants de la Manif pour tous, vont un jour se rejoindre et faire Peuple ensemble, contre le totalitarisme libertaire.

 

3. Les dates des deux prochaines manifestations seront probablement le 1er mai 2013 et le 14 juillet 2013. 

   

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