Henri Hude

Pour comprendre le tripartisme

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Mise à jour le Dimanche, 29 Mars 2015 19:55 Écrit par Henri Hude

 

On parle désormais de tripartisme.

Pour la pensée politique classique, la justice comporte trois dimensions principales (sécurité-autorité, liberté, solidarité[i]).

Cette structure ternaire permet d’interpréter les phénomènes de tripartition politique, qui sont fréquents. Pour en savoir plus, cliquer vers cet article.   


[i] En langage technique : justice légale (autorité), justice commutative (liberté), justice distributive (solidarité). Voir Aristote, Ethique à Nicomaque, Livre 5. Il faut y ajouter la justice corrective. 

 

Pour éclairer "islamisme" et "laïcité" (3)

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Mise à jour le Jeudi, 26 Mars 2015 12:05 Écrit par Henri Hude

Rappel : Le texte suivant est le 3ème d’une série, inspiré de L’éthique des décideurs, ch.11, intitulé ‘Religions, philosophies et laïcité universelle’.  

 

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Qu’est-ce que le problème de la laïcité, au sens le plus large ?

 

Le problème de la paix civile à préserver, en dépit des désaccords au sujet de l’Essentiel : voilà le problème central et premier, que voudrait résoudre ce qui est appelé laïcité. Secondairement, il s’agit aussi de la place des « pouvoirs spirituels » dans la société et dans l’Etat (voir article précédent).

Ce second problème comporte lui-même plusieurs aspects :

1° les rapports des « pouvoirs spirituels » aux « pouvoirs temporels » ;

2° les rapports des pouvoirs spirituels (et aussi des pouvoirs temporels) aux consciences individuelles ;

Chacune de ces questions impacte les autres. On peut avoir l’impression de s’y perdre. Le point de vue qui permet de s’y retrouver, c’est celui de la paix.

Si tous ces problèmes ne sont pas suffisamment résolus, le trouble s’installe. Les autorités (spirituelles) s’opposent aux pouvoirs (temporels), les individus eux-mêmes rejettent les autorités et/ou les pouvoirs, des conflits de toute sorte surgissent. A la limite, on ne peut plus disposer d’une culture politique commune, ni donc prendre des décisions communes, cependant que les cultures s’opposent entre elles, deviennent peu fonctionnelles. De facteurs de paix, les cultures deviennent facteurs de guerre.

Jusqu’où cela peut-il aller ? Jusqu’à la guerre pour cause de religion, ou d’idéologie, ou de « sagesse », et généralement de culture - guerre entre Etats, guerre civile, guérillas, etc. Jusqu’à la dictature persécutante ou à l’impérialisme, pour les mêmes causes. Tels sont les fléaux les plus graves résultant d’une non-résolution satisfaisante de ce problème de la paix spirituelle. D’où l’importance du problème de la laïcité.

Les conflits spirituels ne sont d’ordinaire qu’une dimension dans des conflits qui comportent aussi des volets politiques et économiques. L’importance relative de ces diverses dimensions varie dans chaque cas et à tout instant.

Quelle est l’importance exacte de telle dimension dans tel conflit particulier qui se produit à tel endroit ? C’est là une question de fait, non de raisonnement a priori. La raison dit seulement : importance très variable. L’observation et l’analyse très fine permettent seules de mesurer les proportions exactes entre les diverses dimensions (pétrole, religion, ambition de pouvoir régional, grand jeu impérial, ambition personnelle, survie d’un régime - et hasard). Il faut résister à l’envie de se raconter l’histoire qui nous plaît, ou qui se vend le mieux. Seule la vérité est utile.  

Les Etats et leur vie civile ne sont pas les victimes les plus atteintes par les guerres entre cultures, ou à dimension culturelle. Les cultures sont les premières touchées. L’abus des moyens de coercition a fait du mal à l’Eglise. La cruelle violence des islamistes est en train de détruire l’islam dans l’opinion mondiale. Le communisme mettra un siècle à se remettre du Goulag. Le politiquement correct finira par totalement déconsidérer les Lumières.

On peut être pour la tolérance par indifférence pour la religion ou la sagesse, ou la philosophie, mais aussi parce qu’on n’y est pas indifférent, et parce qu’on a compris que la guerre des cultures détruit les cultures.

 

 

 

Clercs et laïcs. Cléricalisme, laïcisme. Laïcité universelle ?

 

Le problème de la laïcité est aussi celui de la délimitation du pouvoir des « clercs » par rapport au pouvoir des « laïcs ». C’est un sujet sur lequel règne souvent la confusion, faute de concepts universaux.

Elevons nous donc sur ce sujet à l’essentiel, à l’universel.

Sont des « clercs » toutes les personnes dont l’activité principale consiste à instruire, former, cultiver ou éduquer - réfléchir, contempler, chercher. Les « clercs » forment des « clergés », c’est-à-dire des groupements, associations ou organisation de « clercs ». Les universitaires, en ce sens large, ou les journalistes, forment un « clergé » particulier.

Nous parlons souvent de « quatrième pouvoir » au sujet de la presse. L’expression est impropre. Mieux vaudrait dire que la presse est une des composantes du premier pouvoir : le pouvoir d’opinion, voire du pouvoir d’opinion fondamentale : celui qui influe le plus sur les actes mentaux, les pensées, les volontés, les décisions.

 

 

 

« Le sort m’a donné la meilleure part »

 

Le « clerc » est une personne qui a choisi les choses de l’esprit et de l'âme, et, à travers elles, la recherche de l'absolu. Le terme de clerc, en grec klerikos, suggère que c'est là pour l'Homme le meilleur lot, la meilleure part - en grec, klêros. Le terme de « clergé », entendu universellement, et reconduit à son origine, n’a ainsi rien de partisan, ou de péjoratif, au contraire. Personne ne peut donc se plaindre de ces concepts, ni de ce vocabulaire. Sans de tels concepts universaux, les analyses restent trop partielles et trop partiales. Et le problème de laïcité ne peut être étudié scientifiquement.

C’est pour cela que nous parlons de « laïcité universelle » : il faut un traitement de la question au moyen de concepts vraiment universaux et non à partir de vagues généralisations empiriques.    

D’un point de vue universel, scientifique, le problème de la laïcité concerne tous les « clergés », au sens universel, tous ceux qui sont des « clercs ».  

Quand des « clercs », ou tel ou tel clergé » deviennent politicards, ou sont jugés tels, ils perdent leur dignité. Au lieu de préférer « la meilleure part », ils se passionnent plus qu’il ne leur convient pour des intérêts de pouvoir, ou même économiques, par rapport auxquels ils devraient décemment rester sur la réserve. Quand les « clercs » s'abaissent ainsi, on les juge non sans raison abusifs, et on parle de « cléricalisme ». En Occident, on juge qu’existe un tel abus, toutes les fois que n’est pas raisonnablement respectée la première des séparations des pouvoirs, celle du temporel et du spirituel.

C’est facile à dire, pas facile à faire effectivement. En effet, si les principes d’une religion ou d’une sagesse ne permettent pas de poser une telle distinction, et si ces cultures font pourtant partie du jeu social, que fait-on ? Si on se place à leur point de vue, la distinction requise (temporel/spirituel) n’est pas neutre, mais hostile. Elle fait corps avec une autre religion, ou une autre philosophie, qui admettent la distinction. Et cette distinction leur profite, croit-on, au détriment des sagesses qui ne l’admettent pas.

De plus, la séparation ne peut de toute façon pas être absolue, car ce sont les mêmes individus qui sont soumis aux pouvoirs civils et qui écoutent les pouvoirs spirituels. Un problème de cohérence se pose donc toujours, pour l’individu comme pour la société.

On parlera, inversement, de laïcisme, si des chefs politiques ou économiques prennent la liberté de vexer ou d’entraver l’action spirituelle, ou de la contrôler pour en faire un instrument de leur propre pouvoir.

Il y a là une définition universelle du laïcisme. Faute de définition vraiment universelle, le terme laïcisme est exposé à fonctionner comme un stratagème rhétorique. Par exemple, des « clergés philosophiques » et leurs chapelles peuvent accaparer l’Etat et s’en servir pour avancer leurs positions, en abaissant les « clergés religieux ». Ce laïcisme-là n’est qu’un autre cléricalisme. Tout clergé qui se respecte se méfie du cléricalisme. Ou encore, la corporation journalistique fonctionne comme un « cléricalisme médiatique », si sa pratique réduit exagérément les pouvoirs civils constitutionnels. Ce « clergé » cumule alors un pouvoir spirituel important avec un pouvoir temporel indirect encore plus important – mettant ainsi à mal la séparation des pouvoirs.

 

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Pour éclairer "islamisme" et "laïcité" (2)

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Mise à jour le Vendredi, 20 Mars 2015 11:53 Écrit par Henri Hude

 

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Rappel : Le texte suivant est le second d'une demie douzaine de posts, tirés de L’éthique des décideurs, ch.11, intitulé ‘Religions, philosophies et laïcité universelle’. Je l’ai en partie réécrit pour qu’il soit plus lisible, en ligne. Mon but est de servir à la formation politique et d’éclairer les thèmes de l’islamisme et de la laïcité. Cela n’est pas possible sans un détour par l’essentiel.    

 

 

 

 

Il y a toujours au moins une puissance d’opinion au sein d’une société. Pourquoi.

 

Les gens peuvent obéir par peur des châtiments, mais ce motif est insuffisant, si l’on doit traiter les humains en êtres humains. En ce cas, il convient que les citoyens obéissent parce qu’ils croient que la loi est juste et que le pouvoir est légitime. Cela dépend de la culture et de l’opinion.

Si un pouvoir civil est obéi surtout par peur, on qualifie ce pouvoir de despotique. Mais, si ce pouvoir est obéi plutôt par suite d’une opinion (ou d’un préjugé) de justice et de légitimité, on le qualifie de politique. Un pouvoir politique convient à une société libre.

Donc, un pouvoir civil qui veut être obéi dans une cité libre, doit non seulement se faire craindre (ou ruser), mais aussi persuader[i], pour que les citoyens obéissent de bon gré, selon leur opinion et culture. Mais alors, ceux qui ont le pouvoir d’instruire les citoyens, de nourrir leur culture ou d’orienter leur opinion auront aussi le pouvoir de les persuader d’obéir ou de désobéir, à cause de cette opinion et culture, au pouvoir civil et à la loi.

Autant dire que, surtout dans une société libre, le pouvoir civil est impuissant s’il a durablement contre lui l’opinion des citoyens et les pouvoirs d’opinion qui influent sur la culture, l’opinion publique ou la formation des esprits.

Par conséquent, dans une société, et notamment dans une société libre, il existe toujours, au-dessus du pouvoir civil, ou en amont de celui-ci, un autre pouvoir, ou ensemble de pouvoirs, capables de former l’opinion des gens. Nous les appelons « pouvoirs d’opinion ».

Bien entendu, se pose ainsi le problème de la relation entre le pouvoir d’opinion et le pouvoir civil. Chacun peut tenter d’absorber l’autre, de s’en servir et de le dominer. Ou alors, les deux peuvent rester distincts.

Vous demandez : allez-vous enfin en venir à l’islamisme et à la laïcité ? Je réponds : pas encore, car nous voulons savoir et pas seulement affirmer. Qui veut savoir doit démontrer et une démonstration effective requiert des définitions correctes.

 

 

 

Définition d'un « pouvoir d’opinion fondamentale »

 

Les opinions particulières des sociétés dépendent de leurs opinions générales et fondamentales, de ce qu’on appelle leurs « principes ». Il s’agit de leur idée du bien et du juste, de leur vision du monde, du passé et de l’avenir, de l’Homme, de Dieu ou de l’Absolu. L’athéisme, bien sûr, présente une idée particulière de l’Absolu, une théologie, en somme. Cela peut l’agacer de devoir le reconnaître, et pourtant c’est vrai.  

Un pouvoir d’opinion banal a le pouvoir de faire croire (ou d’essayer de faire croire) aux gens telle ou telle version des faits (exemple : Nicolas Sarkozy a financé sa campagne électorale de 2012 avec l’argent de X ou Y, ou de l’Etat, ou sans argent du tout, etc.). Un pouvoir d’opinion fondamentale a le pouvoir de leur faire croire, à tort ou à raison, un principe : (exemples : la justice compte trois dimensions principales ; ou : il faut respecter la liberté humaine ; ou : il y a pour l’Homme une vie après la mort, etc.).

Ce genre de grands principes forme le cadre d’ensemble dans la limite desquels se déterminent la plupart des actions des hommes et de leurs lois.

Ces principes ont toujours un caractère métaphysique, au sens large, c’est-à-dire : premier, fondamental, radical, etc. Or la relation de l’homme à ce qui est premier, radical, métaphysique, au sens large, est appelé religion, sagesse, ou philosophie première. C’est pourquoi, en toute société, vont exister un ou plusieurs pouvoirs d’opinion fondamentale.

C’est le cas, même pour les sociétés où dominent des conceptions sceptiques, ou matérialistes, ou nihilistes de la sagesse. Le Professeur Michel Onfray, par exemple, est en France un pouvoir spirituel plus important que le Cardinal Philippe Barbarin. C’est le vrai patron de la morale dans ce pays. Quelque chose comme le primat de la Gaule.

 

 

 

« Ose penser par toi-même »

 

Il existe des sociétés dans lesquelles un plus grand nombre d’individus pensent davantage par eux-mêmes, ou du moins croient penser ainsi, mais il n’en existe aucune (en il n’en existera jamais aucune), où tout individu penserait uniquement par lui-même.

Tout individu a besoin d’une tradition, d’une éducation, d’un entraînement et de maîtres, aussi d’oppositions et de perplexités, pour développer sa force personnelle de jugement.

Il existe des traditions, des éducations et des maîtres qui prétendent le contraire : mais ce sont des contradictions vivantes.

Il existe donc toujours, dans une société, un ou plusieurs « pouvoirs de sagesse », religieux ou philosophiques. Ces pouvoirs sont capables de persuader aux gens, à tort ou à raison, une conception des premiers principes, de l’Histoire dans son ensemble, et de l’éternité. Ceux qui exercent un tel pouvoir détiennent le pouvoir suprême sur l’opinion des gens et donc, indirectement, sur leurs actes. Ils sont le premier pouvoir de la cité.

Les autorités constituées au sein des communautés spirituelles, religieuses, sapientielles ou philosophiques, les journaux, médias, écoles et universités : voici les principaux « pouvoirs spirituels ».

Certains pouvoirs spirituels essayent souvent de se présenter comme des non-pouvoirs, des miroirs, ou comme de simples contre-pouvoirs. Ils le font en pensant qu’ils auront plus de pouvoir par ce moyen. En effet, les démagogues ont inculqué pour préjugé dominant, qui flatte la vanité de l’individu, qu’il faut penser absolument par soi-même. Comme c’est impossible, croire en ce préjugé revient à suivre les pouvoirs spirituels les plus démagogiques, qui font de la démocratie une machine à faire obéir le peuple et se servent de l’idée de liberté pour tenir en laisse les esprits. Tout le monde est censé avoir sa propre opinion, moyennant quoi tout le monde est dans la pensée unique. Tout individu doit être indépendant de la société, moyennant quoi tout le monde est soumis au politiquement correct.

 

 

 

Une culture de liberté intellectuelle non démagogique

 

La vérité non démagogique est triple :

premièrement, il est impossible de ne pas penser sans les autres, ni sans des groupes organisés, y compris spirituellement ;

deuxièmement, il est impossible de penser autrement qu’en première personne, si vraiment on pense et juge quelque chose ; et donc,

troisièmement, toute pensée effective résulte d’une coopération, et/ou d’une tension, entre l’individu et ses groupes de référence.

Venons-en maintenant au problème de la laïcité.

 
 
 

[i] Pour persuader, il faut nécessairement faire appel à certaines notions communes, idées générales, lieux communs ou principes, notamment principes d’ordre éthique. Le pouvoir civil, en commandant des actes, ne fait pas que tirer sur des fils de marionnettes. Il actionne des volontés qui n’ont pas moralement (ni même juridiquement en certains cas) le droit d’obéir à n’importe quel commandement même donné par une autorité légitime. Il est indispensable que le commandement donné trouve dans les consciences un cadre de principes éthiques susceptibles d’accueillir favorablement ces injonctions extérieures et légales, ou alors il ne lui reste plus qu’à procéder, s’il croit devoir insister, par voie de simple coercition.

   

Pour éclairer "islamisme" et "laïcité" (1)

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Mise à jour le Vendredi, 20 Mars 2015 11:51 Écrit par Henri Hude

Avertissement : le texte suivant est le premier d'une demie douzaine de posts sur le sujet. Il est tiré de L’éthique des décideurs, ch.11, intitulé ‘Religions, philosophies et laïcité universelle’. Je l’ai en partie réécrit, pour qu’il soit plus lisible en ligne. Son but est de servir à la formation politique et d’éclairer les thèmes de l’islamisme et de la laïcité. Cela n’est pas possible sans un détour par l’essentiel. Il s'agit de formation, non d'information.

 

 

 

 

Liberté politique et séparations des pouvoirs

 

Nous avons tous lu que la liberté politique dépendait de la séparation des pouvoirs.  C’est là une vérité, mais si et seulement si nous rappelons aussi la nécessité de deux séparations plus fondamentales et plus décisives que celle dont il est tout le temps question, entre législatif, exécutif et judiciaire :

1° la séparation entre communautés politiques mutuellement indépendantes – la pluralité des nations – sans laquelle nous tombons presque inévitablement dans l’oligarchie, la ploutocratie, une forme d’esclavagisme, et l’empire ;

2° la séparation entre pouvoir civil et pouvoir d’opinion, qu’on appelait classiquement jadis pouvoir temporel et pouvoir spirituel, sans laquelle nous tombons soit dans la théocratie, soit dans le césaro-papisme.

Parlons ici de cette deuxième distinction.

 

 

 

Ce qu’est une puissance d’opinion

 

La notion de pouvoir, au départ, est simplement la notion de causalité : capacité de produire régulièrement certains effets (bons ou mauvais), en particulier dans le domaine des choses humaines, soit sur l'organisation des gens et des choses (pouvoir temporel), soit sur les opinions et sentiments et décisions des personnes (pouvoir spirituel).

Un individu éloquent, sympathique et entraînant possède un incontestable pouvoir de conviction, de persuasion, d’émotion et d’entraînement : un pouvoir spirituel personnel.

Une télévision détient un énorme pouvoir spirituel, d’autant que l’être humain est souvent passif, somnolent, superficiel, indécis, passionnel, zappeur, léger, etc. C'est un pouvoir spirituel social.

Être actif en matière de pensée représente toujours une dépense d’énergie et de temps et suppose des capacités ou des envies que tout le monde n’a pas spontanément. C'est pourquoi certains exercent plus leur pouvoir que d'autres, et certains se reposent davantage sur les autres.

Il est de toute façon naturel et inévitable de faire confiance à d’autres.

 

Avoir du pouvoir spirituel, c’est en résumé posséder non seulement des moyens de diffusion de pensées, mais aussi un crédit de confiance en matière d’information ou d’opinion.

 

 

 

 

A-t-on le droit de parler de « pouvoir spirituel » ? 

 

 

Des esprits scrupuleux protesteront toujours contre cette expression, au motif qu’il y aurait abus à parler ainsi : l’esprit, en effet, est essentiellement libre.

Sans doute. Mais quelque attaché qu’on soit au respect de la liberté des esprits, il est certain que l’homme concret est un être influençable, même s’il n’aime pas le reconnaître. Il est certain aussi qu’il est souvent influencé.

En outre, si trop d’influence peut dispenser de penser, trop peu d’influence peut laisser l’esprit en sommeil. Certains n’auraient jamais pu se poser, en s’opposant, s’ils n’avaient rien eu à quoi s’opposer. On ne s’appuie, dit-on, que sur ce qui vous résiste. Pour contredire, il faut avoir écouté ; et, pour être original, mieux vaut avoir été disciple. Sans l’éducation, cette influence institutionnalisée, l’esprit resterait en friche.

Si donc par « pouvoir spirituel » on n’entend rien de plus qu’une certaine « causalité », qui a pour effet d’influer sur les esprits et de les stimuler, on voit mal comment il pourrait, ou devrait, ne pas exister de      « pouvoir spirituel ». Car ce serait comme dire que les effets se produiraient sans telle ou telle de leurs causes, ou que la pure spontanéité individuelle suffirait à développer un individu, ce qui n’est vrai (et encore) que pour des génies. Bien entendu, qui dit pouvoir dit aussi possibilité d’abus de pouvoir.

POUR AVOIR LA SUITE (POST N°2) CLIQUER ICI

 

                                                                         

                                 Couverture de L'éthique des décideurs, 2ème édition, Economica, 2013.

   

Le Figaro n'aime pas François. Pourquoi et comment.

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Mise à jour le Samedi, 14 Mars 2015 11:36 Écrit par Henri Hude


Second anniversaire de l'élection de François

 

A l’occasion du deuxième anniversaire de l’élection de François, Le Figaro continue à distiller ses thèses favorites au sujet du pape. Ivre de sa popularité, celui-ci voudrait révolutionner la doctrine morale catholique et dissoudre l’organisation unitaire de l’Eglise. Mais avec cela, il est très autoritaire. Enfin, il se heurte à une forte opposition, notamment en Afrique, dans la Curie et jusqu’au Sacré Collège.

On cherche en vain dans Le Figaro la moindre preuve substantielle à l’appui de cette histoire. La seule chose clairement certaine, c’est que Le Figaro n’aime pas ce pape. Il ne cadre pas avec l’idée que le magistère figarien se fait d’un Souverain-Pontife.

Quatre points semblent échapper à la sagacité de cette institution intellectuelle, que le monde nous envie.

 

 

 

Un pape proche des peuples

 

Premièrement, le pape est populaire non parce qu’il serait moins catholique, mais d’abord parce qu’il n'est pas libéral, et parce qu’il rayonne de l'amour de l'Eglise pour les pauvres et les petits, loin des préoccupations des oligarques. En un mot, on aime le pape parce qu’il est juste et populaire, à une époque de grande injustice économique et de domination des oligarchies financières et politiques. On comprend, bien sûr, qu’il ne soit pas populaire au Figaro. 

 

 

 

Un pape qui fait ce qu'il faut

 

Deuxièmement, le pape est populaire, parce qu'il fait ce qu’il faut. Il a mis fin à une certaine opacité des finances du Vatican. Il a mis fin aux solidarités inadmissibles de certains membres du clergé avec la maffia. Il a compris qu’un monde opprimé par les ploutocrates ne peut respirer que si les hommes d’Église donnent au sommet l’exemple du désintéressement des biens matériels. Il a compris qu’un monde cadenassé par les technocrates et leurs bureaucraties a besoin d’une Église qui soit une famille et non pas une bureaucratie de plus. Cela requiert une réforme morale exigeante. Le gouvernement central de l’Eglise ne doit rien avoir de commun avec le château de Kafka, ou la Comédie humaine de Balzac. Pie V avait forcé ses cardinaux à remiser leurs carrosses et conduisait lui-même pieds nus les processions dans Rome. François ne veut plus de monsignori mondains, arrivistes et gonflés de leur importance : l'Eglise n'est pas l'administration française, ni la technocratie européenne ! Enfin, conformément à la doctrine sociale de l’Eglise, il souhaite que le maximum d’affaires se traitent le plus près possible du terrain, sans venir engorger le sommet. Comme tous les patrons qui nettoient sans craindre les vagues, il est peu aimé des routiniers, des paresseux et des profiteurs. Comme tous les dirigeants très énergiques, il lui arrive de froisser de bons et fidèles serviteurs qui savaient tirer le meilleur d’un ancien ordre de choses, lequel d’ailleurs en son temps était fonctionnel et adapté.  Tous ceux qui ont quelque expérience de ce genre de situations, y compris dans l’Eglise, ne sauraient s’étonner. Ceux qui ont l’expérience des décisions se disent que cette vieille grande Église catholique a trouvé un exceptionnel patron et qu’en quelques années elle peut rétablir sa position tout en prenant un exceptionnel coup de jeune.

 

 

 

Un pape pour tout le monde et pour les blessés de la vie

 

Troisièmement, le pape est populaire parce qu’il représente le Christ qui vient pour tous les hommes, et non pas pour les riches et les bien-pensants libéraux. Il parle un langage que tout le monde comprend et, comme un curé de paroisse, il parle pour tout le monde. Ce n’est pas une critique de ses prédécesseurs. Il continue leur œuvre en jouant son rôle propre, comme ils ont tenu le leur.

Le Figaro fait affront au peuple et à une énorme de majorité des gens qui aiment François, en leur supposant une mentalité soixante-huitarde. Comme si les gens aimaient le pape parce qu’ils le sentiraient prêt à abandonner les exigences morales de l'Eglise, et à rabaisser la doctrine catholique au niveau des pauvres instincts de notre époque, effaçant le sens du péché et niant la dégradation qu'il provoque. C'est faux. Les gens aiment François, parce qu’ils sentent au contraire qu’il va sans rien brader les aider à avancer, sans les enfermer dans un moralisme, tout en tenant compte avec charité des situations invraisemblables dans lesquelles ils se trouvent, en grande partie à cause des illusions de la culture libertaire désormais dépassée. 

Tous ceux qui ont tant soit peu suivi les propos et les écrits du Pape, savent combien il est absurde de lui imputer de vouloir changer la doctrine morale, ou, pire, de ne vouloir la conserver en théorie que pour l’annuler dans la pratique. Loin que le libre débat sur tous ces sujets prélude à une liquidation de la substance chrétienne, aborder à fond et ouvertement ces questions est tout au contraire l'occasion de les régler de façon positive et pour longtemps, tout en faisant clairement passer le message : les paumés aussi doivent être évangélisés ; le Christ est venu non pour les biens portants, mais pour les malades.

 

 

 

Le pape d'après la chute du rideau d'argent

 

Le quatrième et dernier point relève de la philosophie, ou théologie, de l’Histoire. Il permet de comprendre à fond le précédent. Le pape (à mon humble avis) voit approcher la chute du libéralisme, qui sera sans doute aussi subite et complète que celle du communisme. Il prépare donc l’Eglise pour que, le jour où le libéralisme tombera, elle ne soit pas surprise en train de somnoler dans les fourgons du libéralisme, comme le sera sans doute un certain catholicisme figarien. Il faut qu’elle ait déjà rompu toute solidarité avec ce monde libéral, oligarchique et profondément anti-évangélique.

Le pape voit venir le temps, car il vient, où nombre de nations d’Amérique et d’Europe, ayant rejeté le libéralisme, retrouveront leur identité chrétienne, et où même les incroyants reconnaîtront tout ce que l’humanisme doit au Christ. De nombreux musulmans, écœurés  par la violence djihadiste, découvriront le « Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d’amour ». L’Asie modernisée, le monde jadis colonisé au temps des Lumières, s’interrogeront sur le centre divin jusqu’alors méconnu de la modernité occidentale en ce qu’elle a de meilleur. L’Église devra alors, à ce moment, être à même de gérer un immense afflux de pratiquants nouveaux, beaucoup traînant avec eux les séquelles compliquées de leur vie passée, mais désirant sincèrement trouver l’union au Christ. Se poseront alors des questions pastorales immenses, qui devront avoir été résolues par avance. Ce sont celles que fait étudier François. Faire de l’Eglise la structure d’accueil et de réconfort spirituel d’après la chute du libéralisme, voilà ce qui donne sens à son action. Et dans ce grand hôpital du Bon Dieu, il y aura même de la place pour Le Figaro.  


   

Résistance à la soumission

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Mise à jour le Mercredi, 11 Mars 2015 11:27 Écrit par Henri Hude

La reconstitution du califat, dont l’avenir nous dira si elle fut éphémère ou durable, tend à replacer l’Europe dans une position qui fut longtemps la sienne : l’Europe se définit, en effet, historiquement et stratégiquement, comme la part occidentale de l’Eurasie qui a résisté à la conquête islamiste, ou s'est libérée (Espagne, Balkans, Ukraine).

 

L’histoire nous enseigne que Boko Haram, par exemple, n’est pas une nouveauté, mais un acteur bien connu et qui, avant la colonisation européenne, opérait substantiellement de la même manière que nous le voyons faire aujourd’hui. De même le pouvoir de l’État islamique n’a rien de très surprenant pour ceux qui savent quels furent le pouvoir des Almohades, en Afrique Occidentale, ou celui de Turcs Seldjoukides, au Proche-Orient. 

 

L’islamisme se présente à nous comme ce qu’il fut plusieurs fois dans l’Histoire : une entreprise de conquête armée par une théocratie féroce, ne laissant le choix qu’entre deux options : la soumission à un écrasement sans limite ou la résistance armée à outrance.

 

La résistance s’impose avec évidence à tout pouvoir européen désireux de conserver une légitimité.

 

La résistance s’impose, indépendamment de la réponse à une importante question : celle de savoir ce que va devenir l’islam dans son ensemble. Va-t-il, dans l’avenir, en totalité ou par fragments :

basculer dans l’islamisme ?

tomber dans une sorte d’athéisme libéral ?

se réformer dans un sens moderne, ce qui reviendrait pour lui à intégrer dans sa constitution une dose d’humanisme et de spiritualité le rapprochant du christianisme (notamment en acceptant la distinction du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. ») ?

 

Il faut donc résister avec autant de souplesse que d’énergie, laissant la porte ouverte sans naïveté à des évolutions positives, si elles doivent se produire.

 

Pour que la résistance soit forte, cohérente et victorieuse, nous devons réaliser que le premier danger est en nous. Il faut sortir de notre amnésie et rénover l’humanisme occidental en en redécouvrant les racines et l’unité. Sortir de la sédation profonde, (mais non définitive!), dans laquelle voudrait nous plonger le recruteur en chef de l’islamisme : un certain Occident amnésique, qui se hait lui-même en trahissant les racines de son humanisme.

 

La force de l’islamisme se trouve d’abord :

Dans la dégradation intellectuelle et morale de l’humanisme occidental postmoderne,

Dans la destruction par celui-ci de la liberté de pensée via l’imposition d’un nihilisme d’État,

Dans l’iniquité absolue d’une économie financière,  réduisant des nations entière en esclavage pour dettes, et privant la jeunesse de tout avenir économique,

Dans la perte de légitimité de classes politiques devenues de véritables oligarchies vivant sur le pays, et gérant la destruction des droits démocratiques et de l’avenir économique de leur peuple.

 

Pour jeter quelque lumière sur la question de la théocratie, je vais donc publier dans les quinze jours qui viennent, morceau par morceau, le chapitre 11 de L’éthique des décideurs, après avoir publié de même, dans des posts précédents, le chapitre 10 de La force de la liberté. Ce chapitre 11 a pour titre : ‘Religions, philosophies et laïcité universelle’.

   

Résistance ou soumission ?

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Mise à jour le Lundi, 23 Février 2015 11:10 Écrit par Henri Hude

A propos des vingt-et-un Coptes assassinés par l’Etat islamique en Lybie, Mgr Jean-Pierre Batut, évêque de Blois, s'est exprimé sur RCF BLOIS, le 20 février 2015. Qu’il soit remercié de sa parole juste et courageuse. Je prends la liberté de renvoyer ici à sa déclaration radiodiffusée, dont voici le texte:  

 

« Il y a quatre-vingts ans, en Allemagne, le régime nazi persécutait les Juifs, et la volonté d’Hitler était de les supprimer tous. Pourquoi ? Simplement parce qu’ils étaient juifs, et pour aucune autre raison.

« Il y a trois jours, le groupe Daech en Lybie décapitait froidement 21 coptes égyptiens. Pourquoi ? Pas parce qu’ils étaient égyptiens, mais parce qu’ils étaient coptes, c’est-à-dire chrétiens, et pour aucune autre raison.

« Au cas où on en aurait douté, ceux qui ont vu la vidéo diffusée sur internet pouvaient y lire que ces 21 malheureux étaient mis à mort parce qu’ils faisaient partie, je cite, « du peuple de la croix fidèle à l’Église égyptienne ennemie. »

« C’est pourquoi personne ne peut être fier du communiqué de l’Elysée condamnant, je cite, « avec la plus grande fermeté l’assassinat sauvage de 21 ressortissants égyptiens ». Non, personne ne peut être fier de ce communiqué, parce qu’il ne fait pas honneur à notre pays.

« Comme l’a rappelé Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient : « Quand on porte atteinte à des juifs danois ou français, il est bien sûr important de rappeler qu’ils sont danois ou français, mais il faut aussi souligner qu’ils ont été tués parce que juifs. En Libye, il est très clair que c’est contre des chrétiens que Daech a voulu agir, que leur foi était visée ».

« D’où vient le fait qu’il paraît impossible à certains de nos dirigeants de reconnaître qu’il y a des pays où les chrétiens sont persécutés ou même assassinés parce qu’ils sont chrétiens, et non parce qu’ils sont égyptiens ou libyens ? Reconnaître cela serait-ce attentatoire à la laïcité ? J’affirme aujourd’hui haut et fort que si – ce qu’à Dieu ne plaise – certaines personnes le pensent, même et surtout si elles ont de hautes responsabilités au sommet de l’État, ce n’est pas à leur honneur, ni à l’honneur de la France. Et la situation du monde est trop grave en ce moment pour que, chrétiens ou non, nous puissions nous résigner à avoir honte de notre pays. »

† Jean-Pierre BATUT

Évêque de Blois

http://rcf.fr/spiritualite/coptes-degypte-assassines 

 
   

Rétablir la justice. Dédié à Yanis Varoufakis

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Mise à jour le Lundi, 16 Février 2015 17:04 Écrit par Henri Hude

 

A Yanis Varoufakis, en le remerciant pour son très bel article dans le NYT.

 

Ce texte est une adaptation du chapitre dix, §6, de La force de la liberté .

 

 

De la pensée unique au parti unique en deux versions

 

 

La « doctrine injuste de la justice » se présente comme la meilleure garantie possible du pluralisme politique raisonnable[i]. En théorie, les peuples auront toujours le choix, grâce à cette doctrine, entre plusieurs partis concurrents et entre plusieurs politiques concurrentes, inspirées par les intérêts économiques réels et les forces spirituelles vives de la société, tous et toutes respectueux des autres.

Or, il s’agit encore là d’une mystification. En réalité, les anciens peuples libres, formatés ou manipulés par une idéologie unitaire, privés de classiques et de tradition, enfermés dans la bulle de la « Matrice » médiatique, enfumées par la « doctrine de la justice », nont plus le choix, aux élections, quentre des clones, réputés différents, dune seule et même politique qui lamine tout sur son passage :  culturellement amnésique, politiquement technocrate et oligarchique, économiquement ploutocratique de plus sans aucun principe de moralité naturelle, et néanmoins moralisatrice, inhibitrice et culpabilisatrice.

 

 

 

 

De la privatisation du bien à la privatisation tout court

 

 

La privatisation du bien conduit donc en réalité à imposer une seule et même politique idéologique de privatisation maximale à lunivers entier et cela pour léternité. En effet, comme nous lavons noté [au chap. 9 de ce livre], le concept de bien est pour chacun dentre nous le critère suprême impliqué dans toutes nos décisions, dans tous nos jugements pratiques. Or, la doctrine injuste de la justice procède à la privatisation de ce concept. Elle pose comme critère unique, commun et public, cestà-dire comme idée commune du bien, cette privatisation même. Or, le contenu dune politique unique de privatisation intégrale est évidemment préformé en totalité dans le critère du bien ainsi privatisé.

Si en effet le principe (le bien) est radicalement privé, toute application, donc toute action, sera privée ; ainsi, la seule chose commune sera le principe du tout privé.

La doctrine (avec ou sans bémols qui ne sauraient engager à rien) représente donc comme seul juste un monde où la privatisation est universelle autrement dit un monde à la culture ultralibérale et à léconomie ultralibérale, et où le politique ne sera plus là que pour administrer cette situation « normale ».

L’ultralibéralisme commence dans la culture par lidéologie libertaire : relativisme absolutisé, scepticisme dogmatique, éthique libertaire, etc. Cette culture sert de fait à inhiber ou à rendre incohérente toute critique de l’ultralibéralisme en économie, parce quelle détruit au nom de lindividualisme pur toute revendication dun principe populaire ou national, tout critère sérieux de justice et de morale, et qu’elle coupe à la racine la notion même de Pouvoir.

 

 

 

 

De la privatisation de tout à la privation de droits

 

 

Le politique étant vidé de son sens par labsence de bien commun, le pouvoir effectif passe à la puissance économique la moins locale et la moins concrète qui soit la finance – sous  le parapluie de lidéologie et de son Léviathan médiatique.

La « super-élite » cartellisée reste longtemps le seul pouvoir cohérent, face à un politique sans pouvoir, délégitimé. La doctrine injuste de la justice (justice as fairness = justice as foulness), démantelant le lien social, tuant le commun et faisant mettre le bien entre parenthèses, aboutit à donner tout pouvoir en théorie aux individus, en fait aux puissances privées les mieux organisées, au niveau mondial.

C’est ainsi que la démocratie libérale, formatée par cette doctrine injuste de la justice, se jette dans la ploutocratie, comme le fleuve dans la mer.

Et cela dure, tant que le peuple ne comprend pas que la théorie libérale de la justice est injuste, n’est qu’un stratagème légitimant l’injustice. A ce moment, la démocratie sort de son tombeau, et le politique est à nouveau appelé en vertu du pacte social à opérer une action constituante et reconstituante. Il met fin aux abus que sont les organisations internationales sous influence oligarchique, les banques centrales privatisées de fait au bénéfice d’une ploutocratie, les pouvoirs judiciaires usurpant la souveraineté, détruisant le droit par l’abus de droit et mettant la démocratie sous tutelle ploutocratique, au nom d’un prétendu contrôle de constitutionnalité, ou de conventionnalité, qui en fait n’est qu’un contrôle de docilité au principe du tout privé.

 

 

 

 

De la privation des droits à la guerre

 

 

L’oligarchie libérale, de plus en plus impopulaire, devient impériale, de plus en plus belliqueuse et militariste. Il lui faut, en effet, simposer de force, via la destruction des pouvoirs politiques nationaux, qui sont le seul niveau où pourraient être défendus les intérêts des peuples : solidarité sociale, culture non amnésique, développement économique local et possibilité d’être réellement défendu par un pouvoir politique souverain pouvant soumettre les oligarques.

 

 

 

Un jeune et brillant observateur de la situation présente [2013]

 

 

Ce jeune homme me parlait ainsi [en 2013] : la « seule politique possible », la « politique de progrès par définition », la « politique européenne nécessairement irréversible », etc. consiste à dire aux peuples européens quils ne sont pas démocrates et ne méritent pas de se gouverner, sils nacceptent pas :

1) de laisser détruire leur tissu économique et industriel local au nom de la libre concurrence et de la supposée efficience économique au niveau global ;

2) de se serrer la ceinture pour renflouer des banques, qui, pour adoucir le caractère ruineux de ce libre-échange (ou plutôt de ce serf-échange), ont procédé à une politique de crédit absolument insensée, tant aux États quaux particuliers ;

3) de vendre à vil prix, pour cause de surendettement, toute sa propriété collective et commune à des monopoles, qui transformeront ainsi ce peuple en vache à lait ;

4) de transférer toujours plus de pouvoir à des instances sans légitimité démocratique, à des niveaux dorganisation toujours plus élevés, où la toute-puissance des oligarchies est encore plus absolue et le contrôle démocratique encore plus aléatoire ; et

5) de réélire jusquà la fin des temps au niveau national des clones de plus en en plus impuissants, incapables de penser et dagir autrement quen valets de loligarchie et en fantoches de l’empire[ii].

 

Linjustice fondamentale, celle qui détruit radicalement une société libre, cest donc de refuser que le bien puisse être commun. Comprendre cela, c’est se dégager du libéralisme. Cette prise de conscience signifie qu’il a vécu.

S’en dégager, sans tuer la liberté, mais en la rénovant, rendre sa force et à sa justice à la liberté, c’est le défi de nos sociétés.

 

Tiré de La force de la liberté, ch.10. 

NOTA BENE :  J'ai aussi traité ce sujet de la justice dans  L’Éthique des décideurs (2004), 2ème édition, Economica, 2013, chapitre 3. 




[i] John Rawls, Political Liberalism, 1ère Partie, Leçon 1, §6 ; leçon 4, §1, etc.

[ii] La première fois que j’ai lu attentivement John Rawls, et que j’ai fait cours sur lui, jai cru retrouver (peut-être plus quil naurait fallu), limage de lAmérique que javais aimée, ou rêvée, dans ma jeunesse, lors détudes aux États-Unis – celle dune société libre, dotée dune culture politique non idéologique, permettant de se respecter mutuellement, mais sans communier dans un scepticisme de salon ; une culture atteignant par une voie originale à lidée classique d« égalité proportionnelle » et donnant lidée de la structure de la justice ; une culture politique universaliste, mais qui reste celle dune Nation particulière ; une culture capable d’inspirer un régime mixte, à la fois République et Démocratie ; une culture taillée pour un peuple délite ; une culture capable aussi darticuler laction dune pluralité de cultures, sincères et honnêtes, tendant toutes vers le bien, vécues en famille et en communauté ; une culture où léconomie restait elle aussi encore largement constituée de small businesses, industrieux, modernes et dynamiques, encore familiaux et locaux ; une culture animée par un esprit créatif, patriotique et solidaire ; une culture où la famille était reconnue comme un lieu précieux de gratuité, transcendant largement la poursuite de lintérêt personnel. En un mot, la culture politique qui a fait la grandeur des États-Unis dAmérique et leur a donné leur aura. Une culture politique, aussi, qui tend à seffacer et dont leffacement coïncide pour eux avec un temps didéologie, de démesure et de déclin relatif.

   

Que fera Jason Bourne ?

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Mise à jour le Vendredi, 06 Février 2015 11:23 Écrit par Henri Hude

 

Beaucoup ont vu au cinéma la trilogie avec Matt Damon, ou lu les bandes dessinées XIII. Le héros s’appelle Jason Bourne. C’est un amnésique, retrouvé sur une plage, blessé à la tête, porteur d’un étrange tatouage. Jason est en quête de son identité historique réelle. En attendant, il a l’identité d’un amnésique, qui ne sait pas qui il est. Jason, insatisfait de sa situation, cherche à retrouver son identité historique. Ce faisant, il se heurte à de puissants intérêts (sans comprendre qui ils sont, ni pourquoi ils font ce qu’ils font). Et ces puissants intérêts cherchent à l’enfermer dans l’amnésie, ou même à le manipuler pour falsifier son identité.

Je vous propose une modification du scénario et un nouveau film.

Les ennemis de Jason ne veulent plus faire disparaître Jason, car ce n’est plus dans leur intérêt (par hypothèse), mais ils veulent le convaincre de se satisfaire de sa situation d’amnésie. Il faut qu’il adopte une identité d’amnésique. Il faut qu’il devienne raisonnable, se soumette, renonce à sa curiosité, découvre combien elle est dangereuse et malsaine.

"De quoi te mêles-tu, Jason ? Tu as pour identité nouvelle et définitive d’être un amnésique. Cette identité-là vaut bien toutes les autres. Quelle magnifique liberté ! Plus de passé derrière toi pour t’alourdir. Plus de racines pour t’attacher. Ne t’inquiète pas, nous avons moyen de te nourrir chaque jour de vent. Fais-nous confiance et tu n’auras plus que de l’avenir à écrire à partir de rien. N’as-tu pas envie de préférer ça ? 

"En plus, réfléchis. C’est pour ton bien. C’est pour la justice. Nous avons décidé de censurer ton identité historique et de t’imposer cette identité amnésique. Car, sans dévoiler toute ton histoire, que tu n’as plus le droit de connaître, car ce serait pour toi un crime capital, sache néanmoins que nous sommes infiniment plus justes que toi et tous tes pareils. Nous avons donc avec raison décidé de te révéler seulement ceci: dans le temps où tu connaissais ton identité, tu as été un monstre, Jason, un démon. Et tous ceux qui avaient une identité sur terre étaient comme toi.

"Tu dois nous croire sur parole, car qui peut écrire ton histoire, sinon nous seuls qui la savons, et qui avons décidé de l’effacer de ton esprit pour ton bien ? Ainsi donc, nous avons décidé de supprimer vos identités. Vous êtes tous devenus amnésiques. Et depuis, vous vivez en paix.

"Nous vous donnons, à vous tous, et pour toujours, une identité d’amnésique, la même pour tous. C’est elle qui vous rend bons. Une seule et même identité vide pour tous. Ainsi règnera la paix, la tolérance. Ainsi sera respecté le droit à la différence."

 

Comme Bourne hochait la tête, incrédule, ils ajoutèrent :

"Réfléchis, Jason. En acceptant de rester amnésique, tu gagnes le gros lot. Demande-toi seulement ce qu’est cette identité amnésique.

"Bien sûr, tu es amnésique, mais sans avoir perdu tes autres moyens intellectuels. Cet état se prolongera indéfiniment. A la fin, cette amnésie sera pour toi une seconde culture. Cette culture sera ta seconde et seule nature. Et cette nature sera ce que tu voudras.

"Auras-tu perdu toute identité ? En un sens oui, mais en un autre sens, tu auras acquis une identité nouvelle et bien supérieure, infiniment plus agréable et libre – une nouvelle vie.

"Réfléchis : quand tu as oublié ta religion, quelle est ta religion ? Quand tu as oublié quel est ton sexe, quel est ton sexe ? Quand tu as oublié ton statut social, quel est ton statut social ? Quand tu ne sais plus si tu es marié ou célibataire, quelle est ton attitude relativement au mariage et au célibat ? Tu commences à comprendre ?

"Jason, sois heureux et fier. Réalise que tu vas t’installer à tout moment dans l’entre-deux, non pas nulle part, mais partout, dans un nouveau lieu universel, supérieur à tous les autres.

"La seule condition est de ne pas questionner. Tu ne sais plus et ne sauras jamais quelle est ta 'conception du bien', et surtout, tu ne dois jamais espérer connaitre, ni chercher, la vérité au sujet du bien (car ce seul effort te rendrait très vite la mémoire). Aussi cette réflexion t’est-elle interdite, parce que nous sommes meilleurs que toi et que cette recherche est injuste.

"Tu vas donc considérer à jamais toute idée du bien et toute idée de l’homme comme arbitraire. Tu vas t’installer indéfiniment dans cet état d’esprit. Ton amnésie durable est à ce prix.

"En quoi pourrait-on prétendre que tu aurais désormais moins d’identité qu’un autre ? Tu as toutes les identités, tu as acquis enfin une identité universelle, libre car négative, libre car transgressive, libre car plurielle et contradictoire, libre car autocréée. Libre, car elle élimine toutes les autres. Tolérante, car elle les aura bientôt éliminées."

 

L'histoire de Jason ne vous en rappelle-t-elle pas une autre ?

Que ferait Jason Bourne ?

Que feraient les pays d’Europe ?

Que ferait la France ?

Quels seront les entrepreneurs d’un avenir sans amnésie ? 


Scénario tirée d’une histoire vraie. Inspiré de LA FORCE DE LA LIBERTÉ. NOUVELLE PHILOSOPHIE DU DÉCIDEUR, ECONOMICA, 2013, Ch.10.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

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