Henri Hude

Elections européennes 2014

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Mise à jour le Mercredi, 16 Avril 2014 15:50 Écrit par Henri Hude

Le résultat des élections municipales appelle les observations suivantes, importantes pour bien cadrer notre action en vue des élections européennes. Voici à cet égard 4 idées simples, que je crois vraies (scientifiques).

 Il n’y avait pas en France de réelle bipolarisation avant les municipales.

     Après elles, il n’y a pas non plus de réelle tripolarisation.

    Ceci est une situation européenne.

     Que faire ?

1

Pas de bipolarité

Les noyaux dirigeants des deux grands partis de gouvernement, quelle que soit la volonté de leurs électeurs, de leurs militants et d’un grand nombre de leurs élus, voire parfois de tel ou tel grand chef, sont malheureusement d’accord, pour l’essentiel :

-          sur la culture idéologique libérale-libertaire,

-          sur la mondialisation économique libérale-libertaire et

-          sur l’oligarchie politique remplaçant de fait la démocratie, dont le cadre normal est la nation civilisée (non nationaliste).

A ces niveaux, la monopolarité est complète. Les deux grands partis ne s’opposent pas plus que des équipes de foot électoral suivant toutes les mêmes règles du jeu. 

Les élus ont transféré (comme l’Etat) le pouvoir monétaire. Le peuple n’a donc plus par la démocratie le pouvoir sur les finances : autant dire qu’il n’y aura à nouveau de démocratie que lorsque cela aura été clarifié et cadré.

De plus, le contrôle de constitutionnalité des décisions publiques est poussé jusqu’à l’absurde, au point de tourner à l’usurpation du pouvoir absolu par les juges, les médias et les lobbies manipulateurs du système. Et comme la conception libertaire-individualiste de la liberté (idéologie solidaire de la mondialisation libérale et libertaire) a été abusivement incrustée dans l’interprétation légale des Droits de l’Homme, toute politique démocratique non libérale-libertaire peut être cassée.

Le système est ainsi verrouillé, et comme tout système verrouillé, il est exposé à l’effondrement systémique.

Le Léviathan médiatique domine une classe politique réduite à l’impuissance par une culture sans bien commun et de culpabilisation du pouvoir.

La censure de la culture substantielle par le politiquement correct ôte tout ciment à nos peuples et donc tout fondement possible d’une légitimité sérieuse des politiques. Cela les affaiblit encore plus, faisant de la loi du marché la seule loi et laissant le pouvoir réel à l’alliance antidémocratique des financiers libertaires et des lobbies transgressifs.

Est-ce à dire qu’il n’y aurait aucune différence entre gauche et droite ? Non. Quelles sont donc ces différences entre les deux grands partis ?

-          D’abord des souvenirs : droite/gauche, c’était monarchistes contre républicains, catholiques contre rationalistes, capitalistes contre partisans de l’appropriation collective des moyens de production. Aucune de ces oppositions n’est plus pertinente pour distinguer la droite et la gauche, ni pour comprendre le monde. Mais un vague souvenir demeure.  

-          Ensuite, le véritable sens du clivage droite/gauche est de fonctionner comme un piège permettant un constant détournement de démocratie. La « droite » fonctionne de plus en plus comme une machine à escroquer les conservateurs et les entrepreneurs ; la gauche comme une machine à escroquer les classes populaires. Le problème de la gauche, et qui explique sa débâcle, c’est que les classes laborieuses, qui souffrent du chômage, ont fini par se rendre compte que le socialisme n’existe plus que dans le discours. La gauche est censée être plus libertaire sur la culture, la droite plus libertaire en économie – c’est très relatif et parfois le contraire est vrai. Les deux ailes, ensemble, permettent au système libertaire mondial de voler en chaque pays de fausse alternance en fausse opposition, laissant avancer toujours le même agenda, dont nous avons parlé.

La droite voudrait une politique plus réaliste et d’austérité, et ne la fait pas ; la gauche voudrait une politique plus douce et plus équitable, et ne la fait pas. Les deux sont dans l’impasse. Faute d’offre différente crédible, l’abstention touche la moitié du corps électoral.   

2

Pas de tripolarité (à quoi sert le FN ?)

Que penser du Front National ? Ses succès ouvrent-ils une ère politique nouvelle, qualifiée de tripolaire ?

Pour les raisons précédemment indiquées, la tripolarité[1] serait tout au plus une bipolarité.

D’abord, culturellement, le FN ne nous fait pas sortir de la monopolarité. La grande différence entre Marine Le Pen et son père, c’est que Jean-Marie Le Pen était attaché, à la tradition culturelle de la France, même si c’était de façon partiale et réactionnaire. Nombre d’électeurs conservateurs, notamment des jeunes, votent FN, par dégoût pour une droite réputée conservatrice qui ne leur ouvre pas plus d’avenir économique que la gauche et qui se montre faible ou complice face à toutes les liquidations réputées de gauche. Leur vote FN plutôt qu’UMP ou PS pour ces motifs se comprend tout à fait, mais il est aussi inefficace.

Marine Le Pen est en effet une postmoderne sans profondeur, entourée surtout de postmodernes, dont pas mal de transgressifs, et de plus en plus de technocrates ambitieux. La raison de la relative dédiabolisation du FN par les médias, c’est ce ralliement culturel.

Toutefois, d’un point de vue théorique, politiquement et économiquement, la montée du FN pourrait permettre une vraie bipolarité ; mais laquelle ?

Le FN adhère aux idées d’autorité de l’Etat, de mise en cause du libre-échange, de récupération de la souveraineté monétaire et donc d’indépendance nationale, ce par quoi il s’oppose nettement aux deux partis dominants. Il reparle de la nation. Ceci est positif, car nous n’aurons jamais d’Europe sans remettre à l’honneur et en fonctionnement la nation ; il n’y aura pas non plus d’avenir économique pour les jeunes sans remettre à jour la notion d’économie nationale (ou d’économie située au sein de nations comparables et associées dans des zones économiques cohérentes).

Toutefois, le ralliement du FN à la culture postmoderne gâte ces idées valables. Ce ralliement a été clairement manifesté par l’indifférence affichée à l’occasion des débats de 2013 sur le mariage. Ce virage culturel enferme ce parti dans le passé et le condamne à adopter les formes postmodernes du nationalisme et de l’autorité. Or, quelle que soit la bonne intention des personnes, il y a une logique dans les principes et les systèmes de pensée. Cette logique conduira le FN au dirigisme national socialiste et à l’Etat fasciste. Nous ne disons pas qu’Hitler est de retour. Si l’Histoire devait se répéter, la seconde fois serait (comme le dit Marx) sur le mode comique et non plus tragique. Mais, dans les deux cas, dans le cadre culturel postmoderne, les conservateurs, les chrétiens, ou les nationaux civilisés ont vocation à n’être que des supplétifs instrumentalisés et à la fin complices de ce qu’ils n’ont pas voulu. Dans cette logique individualiste libertaire, ce sont les plus libertaires qui tiendront les manettes.  

Nous devrions donc voir se configurer progressivement un nationalisme postmoderne, à la fois barbare, chauvin, autoritaire, xénophobe, inapte à assumer la communauté de francophonie, le rayonnement culturel de la France, sa tradition universaliste et généreuse. Faute de culture de libre entreprise, Marine Le Pen ne pourra non plus trouver chez les entrepreneurs l’élite de remplacement dont la France a tant besoin. Les bonnes idées ne seront donc pas transformées en mécanismes opératoires et resteront dans le discours. Les seules choses effectives seront le dirigisme paralysant et la démagogie xénophobe, qui constituera un élément de division populaire durablement handicapant.

Deux grands scénarios sont ainsi envisageables :

-          Soit le FN rentre de plus en plus dans les clous de l’oligarchie, s’en tient à une logomachie révolutionnaire, à des tentatives maladroites, et à la xénophobie, et pour le reste constitue en réalité (s’il vient au pouvoir) le régime autoritaire permettant à l’oligarchie financière de soumettre notre peuple à l’austérité, avant de se faire « virer » et de permettre le retour des deux partis dominants ;

-          Soit le petit monstre échappe à ce destin de fantoche et entend réaliser son Idée essentielle ; en ce cas, nous serons dans une aventure de violence, probablement tragicomique, dont la France sortirait très amoindrie. 

La France étant ce qu’elle est, le 1er scénario est le plus probable. Par suite, le FN, (grâce à une réforme « proportionnaliste » des lois électorales ?), pourrait s’installer dans ce qui fut la position du Parti Communiste en Italie, avec un sommet de 30/35% de voix aux élections, un discours protestataire, une culture de bunker et des régimes apparatchiquaires locaux. Non seulement ce jacobinisme néo-fasciste ne permettra ni la réforme, ni la renaissance de la France, et de l’Europe, mais il sera le moyen pour les noyaux dirigeants des deux partis dominants (à condition de continuer à l’exclure) de se maintenir indéfiniment au pouvoir, de nous enfermer dans le piège d’une représentation faussée, et de nous imposer indéfiniment leurs politiques mortifères.

Il est vrai que la France n'est pas l'Italie et que son régime présidentiel peut ouvrir des perspectives supérieures d'arrivée au pouvoir, si vraiment la situation se dégrade trop. En ce cas, nous serions dans le scénario n° 2.

En résumé, il faut pour la France et l’Europe à la fois plus de nation et moins de nationalisme, plus d’Etat fort et moins d’Administration, ce qui ne peut aller sans rupture avec la culture postmoderne et l’idéologie libérale-libertaire.

3

Cette situation est européenne

Faut-il ajouter que ceci est vrai à l’échelle de l’Europe entière ?

Ceci a son origine d’abord à Washington et à New-York. L’UE et l’OTAN sont pour les nations européennes relativement aux US ce qu’était la Confédération du Rhin pour les Etats allemands relativement à Napoléon : une fédération assez forte pour paralyser la liberté d’action de chacun des Etats-membres, et suffisamment impuissante pour l’empêcher d’avoir elle-même une action propre et de constituer un rival pour l’hégémon. En outre, les US sont en train d’essayer de compléter cette emprise par des traités de commerce qui seraient supérieurs à toute souveraineté démocratique.

Aussi détestable que soit la culture de mort, il faut bien voir qu’elle n’est qu’une idéologie bas de gamme au service de ce pouvoir ploutocratique et impérial.

Cette politique démesurée est contraire à l’intérêt du peuple américain[1], avec les vraies élites duquel nous devons trouver par-dessus la tête de son oligarchie, un terrain d’entente.

Les USA nous ayant imposé une économie libertaire mondialisée, les Allemands se sont soumis avec réalisme et ont accepté de créer un nouveau prolétariat pour sauver leur industrie ; les Français ont préféré sacrifier leur industrie pour essayer de maintenir (plus ou moins) tout le monde à l’aise – ceci grâce à l’endettement, que permettait l’Allemagne, parce que l’Euro, c’était le mark.

L’endettement ayant atteint ses limites, la France se voit le dos au mur. Elle n’assure sa liquidité que grâce aux achats massifs de bons du trésor par le Qatar, lequel est aujourd’hui mis au ban du monde arabe, ce qui laisse entrevoir l’abîme sous les pieds de nos dirigeants. La créance monstrueuse de la France envers l’Allemagne nous place virtuellement en situation de pays sous tutelle. La servilité des classes politiques nationales, et surtout celle de l’UE, aux volontés américaines (= de l’oligarchie US) est ahurissante et relève probablement, en partie, de manœuvres détestables, que facilite le flicage universel par la NSA.  

Cette situation n’est plus supportable.

4

Que faire ?

Ce qu’il faut faire se lit sans doute en creux dans ce qui vient d’être dit.

Si l’UE doit être autre chose qu’un outil impérial au service des US contre les peuples européens, il faut qu’elle reprenne sa liberté d’action, en matière économique, diplomatique et militaire, et devienne un principe d’équilibre dans le monde, une force de réforme économique équitable, et un multiplicateur de puissance pour ses nations, redevenues cadres d’une authentique vie démocratique, comme du temps de De Gaulle et d’Adenauer.

Cela dit, il ne se passera rien sans changement culturel, sans retour à la grande civilisation humaniste de l’Europe, dont le centre et le sommet s’appelle Christ – l’Homme-Dieu. Ceci n’a rien d’étroitement confessionnel, mais relève d’un débat normal et profond sur 2500 ans ou plus de culture humaniste.

Le véritable clivage politique passe à l’intérieur de chacune des trois grandes forces et ce dans plusieurs nations. Nous avons besoin au-delà du système postmoderne (individualiste, libertaire, amoral), toujours debout mais déjà mort, d’une « force de vie » qui ait vocation à réunir tout ce qui est prêt à s’engager pour la renaissance.

Cette fédération des vivants est :

-          la seule en mesure de proposer un nouveau pacte social économique ;

-          la seule à pouvoir réinventer une économie libre, moderne et juste, nationalement et internationalement ;

-          la seule en mesure de rallier une nouvelle classe dirigeante issue d’entrepreneurs, professions libérales, militaires, juges, universitaires, médecins, syndicalistes nouveaux, salariés du privé, etc. pour remplacer les énarques, les communicants, les apparatchiks, les lobbyistes, etc. ;

-          la seule en mesure d’assumer l’Europe.

Ce pacte social suppose une fédération de survie et de nouveau développement à partir des territoires. Il suppose une réunification de tout ce que l’oligarchie divise à fins de domination, en particulier : Français issus de l’immigration/Français de toujours, religieux/philosophes, chrétiens/musulmans, patrons de PME/salariés, « riches »/pauvres, etc.   

Il manque au monde l’Europe, comme principe d’équilibre et de pluralité.

Il manque à l’Europe la Nation – la nation civilisée.

Il manque à la nation leurs cultures substantielles, aliénées dans l’amnésie obligatoire du politiquement correct. Cette culture officielle hégémonique, véritable religion d’Etat intolérante, censure et discrimine toutes nos cultures et notre Histoire.

Il faut plus de nation, mais de nation civilisée, pas de nation postmoderne. La nation libertaire postmoderne est forcément nationaliste-barbare. Elle polarisera le Continent contre l’Océan, conduisant peut-être à la guerre mondiale. Elle est en tout cas le meilleur moyen de tout bloquer et de pérenniser les folies ambiantes.

Il nous faut une nouvelle « force de vie », pour retrouver la dignité culturelle, la légitimité du politique, donc le pouvoir, la démocratie, un avenir économique.

Dans l’avenir, voici dans quel ordre il conviendra de prendre les facteurs du renouveau :

1° insister d’abord sur un avenir économique à retrouver ; et

2° pour cela rétablir un pouvoir, ce qui veut dire remettre à leur place le pouvoir judiciaire, ainsi que les forces financières privées, et faire sortir le peuple du piège politique, par une représentation de ses intérêts vitaux ;

3° que ce pouvoir soit délégué par la réunion et l’alliance de tous ceux que l’oligarchie domine aujourd’hui en les divisant ; pour cela, faire l’union des divisés ; et la faire en négociant un nouveau deal économique et culturel, un bien commun à trouver et négocier ensemble.

Cela ne peut aller sans une redécouverte de la tradition humaniste complète de notre peuple, dans  le cadre d’un élan des nations européennes ainsi unies sur ces buts. 

 



[1] Voir le remarquable discours du sénateur du Vermont, Bernie Sanders, prononcé au Sénat des USA le 29 mars 2014.

 

Faut-il être optimiste ? Où va l'immigration ?

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Mise à jour le Jeudi, 06 Février 2014 12:51 Écrit par Henri Hude

 

Les pessimistes se trompent : la bonne cause, étant celle du bien commun, a toujours pour elle une énergie potentielle très supérieure, même en admettant un niveau médiocre d'idéal et de moralité dans une société.

Mais les pessimistes ont aussi raison, car ce potentiel supérieur ne peut se mobiliser que si les gens réfléchissent un minimum, et c'est pourquoi la mauvaise cause a des chances de l'emporter, si elle sème la confusion, parvient à diviser, éduque à agir par automatismes.

Conclusion : la bonne cause, étant toujours celle d'une droite raison, peut toujours l'emporter si et seulement si les hommes et femmes de bonne-volonté font un effort pour aller au-delà de leurs réactions immédiates. Inversement, la mauvaise cause aura toujours d'autant plus de chances, si nous nous contentons de laisser jouer des passions, pulsions et réflexes.

En résumé, si les bons font un effort pour réfléchir, le bien commun peut presque toujours l'emporter.

C'est dans cet espoir que j'écris l'article suivant, à l'intention de ceux qui veulent bien réfléchir.  

 

 

 

 

Voici quelques mois, un esprit lucide et gouailleur souhaitait bien du plaisir à Vincent Peillon, quand il faudrait enseigner aux petits musulmans qu’ils pourraient devenir des petites musulmanes, et inversement. 

 

 

La gauche perd le support des Français issus de l’immigration

 

Les immigrés musulmans ont peu manifesté contre le mariage homo. Cette communauté n’a pas une vie facile en France. Elle fait souvent partie des classes populaires durement touchées par la crise, elle est souvent offensée par la police, stigmatisée par les médias et amalgamée à des courants extrémistes de l’Islam ou à des délinquants, et consciente enfin d’être manipulée à son corps défendant. Peu liée aux catholiques en pointe dans le mouvement, elle regardait le débat avec indifférence.

Aujourd’hui, le Pouvoir veut leur prendre le seul bien qui leur reste, le plus précieux, et le corrompre : leurs enfants. Rien ne va plus. L’amertume accumulée déborde.

Les Musulmans ne sont pas des « Catholiques trop bien élevés ». Si le Pouvoir veut les contraindre, ça se passera mal et il devra reculer. Du coup, les catholiques pourront adopter à leur tour le seul moyen adapté face à une entreprise totalitaire : la résistance civile. Les immigrés, notamment grâce à leurs valeurs familiales, sont donc une chance pour la France ?!

De plus, par sa gestion de l’affaire Dieudonné, le Pouvoir vient de perdre de nombreux jeunes, dont beaucoup sont issus de l’immigration.

Les raisons de fond de ce nouvel antisémitisme populaire lui échappent. Il repose notamment sur le rejet de certaines personnalités phares de l’élite dirigeante, BHL par exemple, qui symbolisent des politiques aventurières ou injustes. Par leur omniprésence médiatique, ces gens causent un abominable amalgame entre la communauté juive et des images détestées.

L’intérêt de tout groupe civilisé est aujourd’hui de se déclarer étranger à l’extrémisme idéologique de la gauche postmoderne. C’est ce qu’avait fait avec sagesse le Rabbin Bernheim, en publiant un texte de référence au moment de la discussion autour de la loi Taubira.

 

 

 

 

La gauche ne pourra plus diviser les Français au moyen de l’immigration

 

La gauche postmoderne avait depuis des décennies favorisé l’immigration. Elle n’avait certes pas créé les différences de potentiel entre Sud et Nord, ni le mécanisme des vases communicants entre ces espaces. Mais elle a encouragé ce mouvement spontané, partie par idéalisme, partie par calcul.

Elle espérait que les conservateurs seraient toujours fixés dans certains réflexes, et que les immigrés se comporteraient toujours en « idiots utiles ». Les « petits Blancs » se montreraient inquiets, jaloux, hostiles, donc tout immigré, se sentant rejeté, ferait un électeur de gauche en plus. Une masse d’électeurs humanistes voterait automatiquement pour la gauche caviar, par répugnance envers le racisme. On rendrait du lustre à la laïcité en opposant Chrétiens et Musulmans, en réactivant, grâce à l’islamisme, la peur de la religion. Etc. Cela s’appelle jouer sur du velours.

Mais le stratagème ne fonctionne plus. La bobocratie réussit au contraire la prouesse d’enclencher contre elle un grand mouvement d’unité nationale entre immigrés et « petits Blancs », entre catholiques, musulmans et humanistes civilisés, que le totalitarisme inquiète ensemble. Elle ne peut plus diviser, faire diversion, isoler ses victimes, les battre séparément.

 

 

 

 

Vers un bouleversement de l’espace politique 

 

L’extrême droite classique sert encore à protester, mais elle est en train de prendre un coup de vieux. Elle est peu capable de saisir cette aspiration à la dignité civique que donne l’adhésion à un bien commun républicain. Cette montée du principe démocratique au sein d’une nation moderne et humaniste. Cette réinvention de la fraternité politique qui ne bute plus sur les différences religieuses et raciales, alors qu'elles étaient jusqu'alors des moyens de division et des leviers de pouvoir pour une élite devenue illégitime.

Le Pouvoir a radicalisé les conservateurs et les a rendus intelligents. Toutes les victimes de la politique libérale-libertaire se découvrent et se trouvent mutuellement sympathiques, face à un Pouvoir technocratique et idéologique unanimement détesté.

La question des réformes structurelles du pays peut enfin être posée, ne pouvant plus être amalgamée à un nationalisme réputé raciste. Ainsi se crée l’unité d’un peuple black-blanc-beur, uni sous les trois couleurs de notre drapeau et contre la noblesse d’Etat énarchique et le clergé médiatique postmoderne.  

Il faut changer la politique culturelle et économique de nos Etats.

En particulier, il est urgent de réformer un système fiscal inique, d’abolir les privilèges dont jouissent les dirigeants de la sphère publique, afin de relancer la logique de développement économique et de progrès social grâce à nos entrepreneurs. C’est là que se déroule le combat pour la justice et la démocratie. La jeunesse n’a que faire du mariage entre homosexuels. La vieillesse n’a que faire de l’euthanasie.

Sans doute toutes ces idées et tous ces sentiments restent encore confus et mal exprimés. Il faudra aussi les débarrasser de bien des scories, notamment de tout antisémitisme. Néanmoins, la bobocratie n’a pas face à elle un panel de réactionnaires sans amour, de brutes semi-fascistes, ou de modérés terrifiés à l’idée d’être confondus avec les uns ou les autres. La bobocratie fait face à un front populaire massif exigeant le rétablissement du bien commun et de la République, aujourd’hui confisquée par une oligarchie issue de la haute fonction publique.  

Tous les catholiques qui vont à la messe ont pris l’habitude depuis une génération, de prier dans des assemblées en Noir et Blanc. La culture à laquelle le nouveau prolétariat va se référer sera un mixte de postmoderne routinier et de retour aux traditions solides. Les religions solidaires entre elles et respectueuses de l’Histoire peuvent réinventer la laïcité avec les humanistes civilisés. La multiethnicité, une chance pour la France ! ?

 

Telle est la transformation qui s’opère sous nos yeux.  

« Jupiter ôte la raison à ceux qu’il veut perdre. » Il vient de l’ôter aux socialistes.

 


   

La gauche, les libertaires et la liberté

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Mise à jour le Lundi, 27 Janvier 2014 15:38 Écrit par Henri Hude

Voici le texte d'un article paru dans Le Figaro du 23 janvier 2014, page 14. Je n'ai pas modifié le texte paru dans ce quotidien, mais j'ai parfois mis d'autres sous-titres.

 

 

 

Libertaires ET liberticides. Pourquoi ?

 

On voudrait comprendre comment le même gouvernement peut, à la fois, faire voter des lois libertaires et réduire à ce point les libertés publiques : arbitraire policier, mépris des formes juridiques, arrestations, gardes à vue arbitraires, censure, procédures expéditives, définition maximaliste du délit d’entrave, etc.

 

 

 

Les Bobos barbares

 

Cela s’explique d’abord par des références troubles et dangereuses. Christiane Taubira termine son grand discours sur le mariage en citant Nietzsche. La référence était très juste. Rappelons que Nietzsche a été l’inspirateur de deux extrêmes : l’extrême-droite politique barbare et l’extrême-gauche sociétale.

 

De même, l’hégélianisme de gauche a fourni la matrice de deux extrêmes : le communisme marxiste et le fascisme. Quand donc le pouvoir s’engage dans la mise en œuvre d’une philosophie postmoderne, relativiste et nihiliste, de matrice nietzschéenne, mesure-t-il bien toutes les conséquences ? Et quand il glisse dans l’autoritarisme, se rend-il compte des contaminations dont il est déjà la consentante victime ?

 

 La liberté civilisée et la démocratie ne naissent pas comme un champignon sur un fumier culturel. Prenez la civilisation occidentale, retirez la culture classique, les Grandes Lumières (avec la Raison et la Loi morale universelle) et le judéo-christianisme, il reste une semi-barbarie régressive et transgressive, impropre à former autre chose qu’un chaos régi par le droit du plus fort. De là la dérive autoritariste.

 

 

 

Quand les totalitaires sont de retour, déguisés en "républicains"

 

Et il ne suffit pas de se gargariser avec les grands mots d’une République dont on renie la culture de liberté, et de Lumières philosophiques qu’on trahit, pour justifier la dérive déjà sensible dans la pratique policière et le politiquement correct.

 

Le projet de République rousseauiste privé de morale kantienne, sans stoïcisme, est tout à fait inconsistant. Dans ces mêmes conditions, l’adhésion durable des masses à un système individualiste est une vue de l’esprit.

 

 

 

Les Bobos barbares font le lit des super-barbares de demain

 

Le pouvoir pense-t-il que les masses populaires imprégnées d’une culture qui détruit tout fondement, et privées de tout avenir économique par les effets d’une même idéologie, vont se soumettre à la logique individualiste du bobo derridien ? Où conduit cette idéologie d’Etat, qui détruit volontairement tout repère, à l’heure où le pouvoir a perdu les masses populaires ? Qui va prendre le contrôle des masses ? Elles tendront en majorité vers le collectif autoritaire et le nationalisme barbare. Est-ce là ce que le pouvoir souhaite ? S’imagine-t-il qu’il fera le poids face aux grands démagogues postmodernes encore à venir ?

 

 

 

Le totalitarisme de la différence 

 

 

En attendant, nous allons vers un totalitarisme de la différence. Les penseurs postmodernes ont justement critiqué après 1945 les totalitarismes de l’identité – de matrice hégélienne de gauche. Mettant l’accent sur la différence, la pluralité, la diversité, et non plus sur l’unique identité rationaliste, ils voulaient permettre la coexistence harmonieuse des identités différentes.

 

Malheureusement, le souci de neutralité entre les identités, libéral mais respectueux de l’histoire, a sombré dans l’imposition partisane d’une identité neutre devenue dominatrice. L’identité amnésique est intolérante à toutes les identités mémorielles. Le problème n’a donc pas été résolu, mais aggravé. La laïcité dans ces conditions risque de n’être plus bientôt qu’une dérision sinistre.

 

Si donc le pouvoir se durcit, c’est une réaction d’échec. Il est désemparé face à l’échec d’un des concepts majeurs de son système.

 

 

 

La République accaparée

 

 

La République se trouve accaparée. Qu’est-ce qu’une République ? Une société résultant d’un pacte social. Une République accaparée est ligotée dans une interprétation restrictive et partisane de ce pacte. La République devient alors la propriété privée d’un groupe – et donc cesse d’être la chose publique. C’est ce qui se produit aujourd’hui et c’est pourquoi tant de gens éprouvent le sentiment d’être exclus de la République au nom d’une idéologie de l’inclusion universelle.

 

En fait, l’identité de chacun est soi-disant admise a priori, mais à condition d’avoir été neutralisée par un processus qui la réduit à n’être qu’une variété de l’unique identité neutre.

 

La raison fondamentale pour laquelle le pouvoir devient autoritariste, c’est que la violence est dans son idéologie même. Elle a subverti les concepts fondamentaux d’une société libre et transformé le refus de la discrimination en moyen de discriminer tout ce qui résiste à la normalisation idéologique.

 

 

 

Relativiser le relativisme. La Renaissance est en marche

 

 

La première victime du relativisme, c’est le juste sens de la relativité. Un relativisme incapable de se relativiser oublie qu’il y a eu avant lui, dans l’histoire, de nombreuses crises sophistiques, sceptiques et relativistes. Elles ont permis à l’esprit de rentrer en lui-même et ont toujours été suivies de grandes renaissances de la pensée. Il est vain de vouloir fixer à ce stade la vie de la culture. Bien entendu la vie l’emportera. La renaissance est déjà en marche. Le pouvoir le sent et le sait. C’est pour ça qu’il devient mauvais.

   

Carnet de notes. Pensées sur la volonté de puissance

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Mise à jour le Samedi, 04 Janvier 2014 14:13 Écrit par Henri Hude

En ce début d’année 2014, voici avec mes meilleurs vœux quelques pensées, autour de la « volonté de puissance ». Elles sont tirées d’un cahier de notes préparatoires à diverses conférences futures. De là leur aspect encore décousu. Pourquoi les publier en cet état ? Pour deux raisons.

 

 

Pourquoi parler de la « volonté de puissance » ?

 

1° J’ai l’intuition que ce thème de la « volonté de puissance » sera le thème philosophique majeur au fond des débats publics de cette année. C’est donc elle, cette « volonté de puissance », qu’il faut éclairer, pour ne pas s’égarer au cours des débats. Je voulais donc, sans plus attendre, attirer l’attention sur ce point.

2° Sur ce thème, et sur les pensées qui suivent à son sujet, il serait utile de connaître le jugement d’un panel de citoyens réfléchis, tel que celui des lecteurs qui fréquentent ce site de temps en temps. Je les remercie par avance pour leurs réflexions.

 

 

 

Ecartons tout d’abord les contresens possibles 

 

1) « Volonté de puissance » signifie, nous le verrons, quelque chose de plus profond que « volonté d’acquérir de la puissance », ou que « soif de pouvoir ».  

2) Une analyse critique de la « volonté de puissance » n’a pas non plus pour objet de culpabiliser les nobles ambitions.

3) Cette réflexion ne débouche pas davantage sur un éloge de l’impuissance. Qui veut bien faire, veut faire et, donc, pouvoir faire. Ainsi « pouvoir » est quelque chose de bon. Et la conscience exacte de nos faiblesses est un des indispensables moyens permettant d’y remédier.  

 

 

 

Un mot sur Nietzsche

 

C’est avec les œuvres de Nietzsche (1844-1900) que l’expression « volonté de puissance » a fait fortune et s’est imposée dans le langage (philosophique, politique et de tous les jours). Elle est le concept qui permet à Nietzsche de systématiser sa pensée. Les autres concepts (tragédie, surhomme, éternel retour, etc.) s’y rattachent.

La philosophie de Nietzsche fut d’abord la référence principale, en tous cas la plus prestigieuse, de l’extrême-droite politique européenne, notamment germanique, avant 1914 et dans l’entre-deux guerres. Elle devint ensuite, peu à peu, après 1945, plus durablement que Marx ou que Freud, la référence principale d’une ultragauche sociétale mondiale.

Les aléas de la destinée de l’œuvre de Nietzche ne relèvent pas du hasard. C’est un fait que l’extrême droite politique et l’extrême gauche sociétale partagent une même philosophie de fond, nihiliste active, et transgressive, aussi éloignée du judéo-christianisme que de la culture classique gréco-romaine et de la grande philosophie des Lumières.  

Quand Christiane Taubira cite Nietzsche à la fin d’un grand discours parlementaire sur le mariage, elle le fait avec pertinence. Cette loi est parfaitement nietzschéenne. Mais la finance de Wall-Street est aussi nietzschéenne. Et l’oligarchie impériale est devenue nietzschéenne. Qui a gagné la Seconde Guerre Mondiale ? Nietzsche.

Pour que tout soit permis, il faut renverser à la fois Dieu, la Nature et la Raison. C’est ce que fait Nietzsche. Ceci fait, restent la « volonté de puissance » et le néant. Jusqu’à quand ?

 

 

 

Pensées sur la volonté de puissance

 

Pour s’orienter dans le monde, il faut comprendre l’homme.   

La volonté de puissance. Voilà un facteur stable. Il durera jusqu’à la fin du monde. Peut-être en causera-t-il la fin.

Comprendre la volonté de puissance.

 

Elle n’est pas seulement une volonté d’avoir de la puissance, une volonté qui veut du pouvoir. Elle est aussi cela, mais elle est d’abord quelque chose de beaucoup plus profond.

 

La volonté de puissance, c’est une volonté possédée par la puissance – par une puissance qui est en elle.

 

Cette puissance se déploie sans règle réfléchie. Elle se déploie comme les plantes poussent, ou comme on se gratte la tête : parce que c’est comme ça. Et que veut-elle, cette puissance ? Rien d’autre qu’elle-même et son déploiement. Se conserver, s’étendre, jouir de son déploiement, tuer, manger, mourir.

 

La puissance veut la puissance, toujours plus de puissance, mais comme une vie sans raison, comme un arbre qui croît toujours, jusqu’à ce que la vieillesse l’accable, ou que les capricornes le vident, ou que la foudre l’abatte.

 

La volonté de puissance aime la vie d’une façon qui inclut l’amour de la mort. Elle aime bâtir, puis détruire ce qu’elle a bâti, pour le plaisir de le détruire.

Autrement, elle aurait bâti pour l’éternité. Et l’éternité, elle n’en veut pas. Juste le retour éternel de la vie et de la mort.

Autrement, il y aurait une règle au-delà d’elle, et cette règle, elle n’en veut pas, juste une puissance qui s’affirme et se pose comme sa propre règle –  ou alors, elle se sentirait impuissante.

Autrement il y aurait une vérité pour la raison au-delà des projections, des mythes et des illusions, et cette vérité, elle n’en veut pas. Car alors il y aurait quelque chose qui jugerait la vie et elle ne peut jouir de la vie que si rien ne la juge. « Qui osera me juger dans ce monde sans juge ? », demandait Caligula.

 

C’est la puissance qui possède la volonté, pas la volonté qui maîtrise la puissance. Tel est le rapport des deux dans la « volonté de puissance ». La barbarie, ce n’est que cela. 

 

La barbarie aime la barbarie.

Autrement il y aurait un devoir pour la conscience au-delà de ce vouloir-être. Et ce devoir on n’en veut pas.

Autrement il y aurait un Dieu au-delà de sa nature, et cette puissance veut être seule à créer sans être créée, seule à modeler sa nature et à la nier, à tout transgresser y compris ce qu’elle a elle-même créé, et à la fin détruire, pour confirmer son refus de toute autre puissance. 

 

C'est ce qui permet toujours de croire en la victoire sur le Mal, car le Mal est animé d'un syndrome d'autodestruction.

 

Pour la volonté de puissance, la jouissance de la vie requiert la fermeture de tout autre horizon que celui de la volupté et de la mort.

 

Il faut la cruauté, si la bonté suggère une idée de morale.

 

Il faut surtout à la fin la noyade de l’individu dans la grande vague du tout. La mort d’Yseult. La mort venue du fond sans fond de la puissance aveugle. La mort, héroïque, pathétique et grotesque, à la clarté d’une lumière noire émanée d’un feu de puissance dont le vouloir ne s’éteint pas.

 

La volonté de puissance, c’est une volonté dont le fond est un élan obscur, qui n’est ni la vie, ni l’animalité, ni la nature, ni la raison, mais quelque chose d’inhumain, spécifiquement humain, absolument inhumain.

 

La volonté de puissance :

c’est la nature sans loi naturelle ;

c’est la vie sans fécondité ;

c’est l’animal sans instinct et donc sans mesure ;

c’est la raison sans réflexion et sans vérité.

 

Dans la volonté de puissance, la raison comme pouvoir de connaître se trouve réduite à n’être que la tête chercheuse de cette volonté soumise elle-même à cette puissance obscure.

 

Cette « puissance », c’est la nature humaine, son élan spontané, puissant et orienté, comme toute nature – mais c’est cet élan aveuglé et décapitée, tronqué, sans loi naturelle et sans raison, et qui s’égare, et qui possède la personne et elle va au diable en riant.

 

La raison à la remorque de la puissance maximise l’utilité avec exactitude, sans rien savoir avec certitude au sujet de ce qui lui est utile. Car au fond rien ne sert à rien. L’homme ? « Une grande passion inutile ».

 

La raison c’est aussi la grande fabricatrice de mythes au service de la volonté de puissance. Celle-ci a besoin de projeter des illusions, inspirées par la puissance, flattant la puissance, accroissant le sentiment de la puissance – non parce que c’est vrai, mais parce que c’est comme ça. Et l’illusion est la seule vérité.  

 

Je vois ce que c’est que la volonté de puissance. Comment imaginer qu’elle n’infecte que les autres, les méchants ? Suivant Pascal, nous dirons : "Ce n’est pas en Nietzsche, c’est en moi que je trouve tout ce que j’y vois."

 

La civilisation, ce n’est ni la volonté de puissance, ni la culture d’impuissance. C’est la maîtrise de la puissance par la volonté, la conduite de la volonté par la raison, et la définition de la raison par la recherche de la vérité. 

 

 

 

Pensées sur le monde actuel

 

Un monde se comprend par sa culture dominante.

La culture mondiale dominante, c’était ce qu’on appelle les Lumières. Elles comportaient Raison et Loi morale. Ce n’est plus le cas.

Les Grandes Lumières ont fait place aux Petites et les Petites ont cédé la place aux Dernières.

Celles-ci sont en train de sombrer dans la volonté de puissance.

Nouvelle civilisation ? Soulevez le voile des mots et nommez la réalité par des expressions propres : volonté de puissance, barbarie.

 

L’humanisme postmoderne, de plus en plus, devient logiquement équivalent à un antihumanisme radical. La vérité sur le sujet se fait jour peu à peu, par étapes.

Cet antihumanisme ne pourrait se maintenir que sous forme de dictature, d’alliance mondiale d’oligarchies arc-boutées contre leurs peuples, divisant pour régner, et d’Etat mondial cyber-policier. Le pourra-t-il ? Peut-être. Mais pas sûr. Je pense que le Mal va perdre.

 

L’essence du racisme, c’est l’antihumanisme radical. On y tombe facilement. Il suffit de rejeter l’idée de la vérité. Le racisme est alors au bout du chemin. Car alors les idées, qui ne sont plus vraies, sont comme des sécrétions du cerveau ; le cerveau n'est lui-même qu'un fragment d'un rêve éveillé, d'une illusion qui flirte avec le néant, et la diversité des opinions, sans rapport critique au vrai ou au faux, n’exprime plus que les diversités génétiques. Chacun vit dans son mythe et son mythe exprime sa chair. Chacun défend son mythe et lutte pour sa chair. Un moment vient où l’individu s’ennuie tout seul, avec quelques autres individus. Il se sentira plus chair en faisant corps avec de nombreuses autres chairs qui lui ressemblent, qu’en se tenant tout seul indépendant dans son coin. Ces amas de chairs ont en commun des mythes et des usages. Ainsi l’individu postmoderne se met-il à faire tribu, il se sent race à nouveau et il jouit d’une régression merveilleuse : car il n’est pas tribu avec innocence comme au bon vieux temps dans la forêt vierge ; il l’est dans la grande ville, par vice et par transgression.

 

Et il édifie des théories, pour prouver qu’il a raison de dire que la raison ne prouve jamais rien. Et comme ça lui fait plaisir d'imposer ces inepties à tous les esprits en se servant de son pouvoir, il entend faire croire aux gens que la vérité n'est jamais qu'une ruse du pouvoir - alors que cette croyance est précisément la ruse de son propre pouvoir, et que la vérité est objectivement le seul contre-pouvoir sérieux à tous les pouvoirs, et la seule garantie d'une justice équitable.

 

Le postmoderne libertaire (surtout à l'ancienne mode) se dit qu’il y a des races d’hommes comme il y a des races de chiens, et que sans doute chacune chez les hommes a son identité, sa religion, son irréligion, ses mœurs, les vices et le régime de sa race, de sa terre et de son climat. Chacun jouit de la vie, profite du pouvoir, se plaît à la violence, incline à la cruauté. Tel est le vieux racisme. Telle est la vieille barbarie. Mais elle date. La postmoderne va plus loin. 

 

 

 

Visions du monde futur ?

 

Dans un racisme tribal, ou dans un nationalisme raciste, on s’attaque à une ou plusieurs autres « races ». Dans le racisme postmoderne (il faut le dire : dans les Dernières Lumières), on s’attaque à toutes les races, qui sont toutes hors la loi, et surtout à toute la race humaine.

 

L’Homme : une seule race nuisible, un problème auquel il faut inventer une solution une bonne fois.

En réduire le nombre à quelques centaines de millions – dont nous ferons partie, bien sûr.

Les remplacer en grande partie par les robots, et vive les animaux, les plantes et les machines.

Cet animal dénaturé, le retransformer en animal, ou le transformer en robot, et ne laisser en son cerveau que ce qu’il faut de raison pour se procurer l’illusion de ne plus être Homme et de rendre un culte à la Terre, au Grand Fétiche, au Grand Milieu ; et pour lui inculquer d'obéir au pouvoir de la volonté de puissance des transgressifs nihilistes.

Vivre mille ans, volant le corps de clones décérébrés, vivre riche sans travailler, les robots faisant tout, mais sans se faire voir, et nous, vivre à poil, mais super-connectés, sur une terre à nouveau sauvage, mais sans épines, climatisée, avec des fauves reprogrammés. Himmler en a rêvé, nous l’avons fait.

 

Ecologie ou racisme mondial antihumain ? Humanisme antihumaniste, humanisme tombé sous la coupe de la volonté de puissance.

 

Les Lumières en sont à l’extrême-fin de leur crépuscule.

 

L’inflation dans l’emploi du terme « racisme » est justifiée, mais pas comme le disent les propagandes, qui visent à diviser le peuple pauvre, pour mieux le dominer.

La vérité, c’est que le racisme fait corps avec la volonté de puissance et cette volonté de puissance est bien là. Toute volonté de puissance (au sens précis) est raciste en sa profondeur, mais il y a plusieurs racismes, rivaux. On peut donc toujours dire que c’est l’autre qui est raciste. Jusqu’au moment où l’on réalise que, décidément, la question politique est insoluble quand on ne va pas jusqu’à poser le problème du salut.

 

Mènerons-nous la politique antihumaniste à l’échelle du monde impérial ? Ou dans chaque nation ? L’organisation politique est secondaire, si l’unité culturelle existe et si elle est partout ennemie de l’Homme.

 

Ceci est-il un roman ? Oui, un roman où tout est vrai, comme dans les bonnes fictions, que la réalité finit par dépasser.

Mais un roman tout de même, car (à mon avis) cela n’arrivera pas. Car un tel monde n’aurait pas en lui de quoi se soutenir.

Il faudra dire en détail pourquoi. Plus tard.

Et puis nous nous battrons.

 

Il y a un magnifique avenir pour l’humanisme, justement à cause de ce cauchemar. Décidément le Mal en fait trop. Veillons.

 

Le point culminant de son offensive est atteint. A condition pour nous de retrouver le vrai sens de l’Homme-Dieu, et même le nom propre de l’Homme-Dieu.  

 

Où va la politique, laissée à elle-même, abandonnée à des partis rivaux, si tous ces partis, craignant de retrouver le sens de l’Homme-Dieu, copinent en profondeur avec la volonté de puissance  nihiliste ? Et si ceux qui devraient être le ressort pour nous tirer de là se dessèchent dans un moralisme liberticide ?

Sous le signe de la volonté de puissance, l'avenir est comme écrit dans les astres :

l’unité impériale universaliste du monde structuré par les Dernières Lumières, est en train de craquer.

Tout ce monde va disparaître. Mais, après lui ?

Après l’empire, chaque nation va jouer le chacun pour soi. La volonté de puissance restant dominante (par hypothèse), la nation ne sera pas une entité civilisée, une formule humaniste appelée à remplacer l’empire antihumaniste des Dernières Lumières, mais une autre façon de trahir l’Homme.

La nation postmoderne, comme volonté de puissance, présentera l’autre face, ou une autre face, de l’antihumanisme.

Entre les deux faces, il y aura la guerre.

Le vieux système sera probablement vaincu, comme le vieux succombe presque toujours.

Puis, les nations postmodernes se battront pour l’hégémonie. Ce sera le chaos et une autre barbarie, un autre empire, peut-être, et encore plus régressif… A moins que…

 

 

 

Quelle est notre mission ?

 

Notre rôle n’est pas de choisir le moindre mal entre deux ou trois abîmes (ou quatre, ou cinq...). Notre rôle est de tenir le chemin de crête.

Rejeter tout humanisme antihumaniste.

Lier un universalisme rénové à des nations civilisées, et ces nations civilisées à cet universalisme, le tout en retrouvant la continuité de la grande tradition humaniste.

Organiser le concert des nations civilisées.

Comme le Congrès de Vienne, après le stress de la Terreur et les guerres de l’Empire.

Mais pour cela, rendre un avenir à l’humanisme. Comment ?  

 

 

 

La culture est plus fondamentale que la politique

 

Si nous caractérisons la « volonté de puissance » avec précision, nous découvrons, au-delà de tout doute raisonnable, qu’aucun problème politique ne peut jamais recevoir de solution purement politique.

Si une politique est vraiment catastrophique, c’est qu’elle s’inspire d’une culture profondément dévoyée.

Si donc l’opposition modérée à ladite politique se sent, au fond, solidaire de la même culture en ce même état, elle ne fera jamais que continuer avec des bémols la même politique catastrophique.

Et si l’opposition radicale à cette politique catastrophique vient au pouvoir, tout en ayant au fond elle aussi la même culture, le pays ne fera que changer de politique catastrophique.

Un nationalisme libéral-libertaire ne vaudrait pas plus cher qu’un mondialisme libéral-libertaire, ou qu’un alter-mondialisme libéral-libertaire. A un certain moment, il faut dire à un pays libre démoli par la corruption de la liberté, que s’il veut changer de politique, il faut d’abord sortir de la corruption et renaître en profondeur à la liberté.

 

Cela veut dire revenir en-deçà, ou aller au-delà, du libertarisme, et même au-delà du libéralisme.

Cela veut dire aller au-delà du moralisme stérile, qui ne fait que renforcer le libertarisme.

Cela veut dire rentrer en soi-même, par une vraie conversion de l’âme, et retrouver dans la raison et/ou dans la foi, les fondements métaphysiques et religieux. Car la morale n’est jamais qu’une retombée de la vie de l’esprit ou de la vie de la raison.

 

L’homme libre est comme un dieu. Mais qu’est-ce que cela veut dire ?

Il faut accepter de poser à fond la question de l’homme-Dieu. Il faut écouter les questions de l’homme-Dieu. Depuis la profondeur et la hauteur des fondements métaphysiques et religieux d’une civilisation de liberté, grâce à l’extraordinaire présence de la figure du Christ, Dieu-Homme, se forment et s’affirment les concepts de personne humaine, et de liberté, les valeurs de respect et de fraternité.

Ces "valeurs" sont du blablabla, en contexte nihiliste. Nietzsche s’en moquait ouvertement. Certains disciples au petit pied font semblant d’y croire. Et ils clignent de l’œil en faisant un sourire.

 

La culture libertaire n’est pas chez les autres, chez les méchants, elle est dans l’air que nous respirons, elle est en nous, elle surgit en réalité du fond du cœur de chacun de nous. Elle s’impose en notre société à chaque instant où nous lui offrons le concours de notre complicité. Sans conversion personnelle, sans réappropriation profonde de notre culture humaniste, nous ne produirons aucun changement politique décent. Nous pourrons au mieux espérer prendre part à un tourniquet d’ambitieux sur les strapontins du pouvoir, au pire nous compromettre dans d'autres aberrations.

 

L’action sincère en vue d’un vrai changement politique ne commence pas par l’agitation d’une lutte extérieure contre un adversaire diabolisé. Elle commence par une étude sérieuse, une préparation, une lutte intime de chaque individu, surtout pour ceux qui ambitionnent les responsabilités, en vue de d’opérer chacun sa révolution culturelle intérieure, sa metanoia, sa conversio. 

   

République Centrafricaine. Pourquoi la guerre ?

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Mise à jour le Lundi, 30 Décembre 2013 12:20 Écrit par Henri Hude

 


Pour ceux qui s'intéressent à l'Afrique, en particulier à la crise et à l'intervention militaire française en République Centrafricaine, je peux conseiller un livre bref et substantiel, à paraître incessamment chez Lavauzelle, et dont j'ai rédigé la préface. Voici, après l'image de la couverture du livre, le texte de cette préface.

 

 

                                                      

 

 

Un incendie éclate, on envoie les pompiers. Ils éteignent le feu. On pense à autre chose. C’est un peu ainsi que les grands médias présentent aux citoyens les crises africaines et les opérations militaires, souvent françaises. Censées mettre fin à des situations intolérables, elles y parviennent plus d’une fois. De retour d’opérations, les militaires auraient tant à dire… Mais l’attention volage est ailleurs.

Ce livre bref, mais substantiel, avec une grande réactivité, prend sur le fait l’action en cours, tout en prenant le temps d’analyser, mesurer, comprendre la situation en République Centrafricaine.

Il permet de cerner les enjeux politiques, économiques et culturels, de voir comment la Centrafrique est bâtie, comment elle se situe dans l’espace mondial et le temps long, dans le circuit des échanges, la continuité de la vie, le dialogue et les frictions entre cultures et entre civilisations.

Il est écrit par des gens qui savent ce dont ils parlent et il a la saveur d’un « livre de bonne foi ».

 

 

Parmi les préfaciers, il y a ceux qui en savent plus long et ceux qui en savent beaucoup moins que les auteurs. Appartenant à la seconde catégorie, je pourrais estimer en avoir assez dit, mais il y a plusieurs ensembles de questions dont j’aimerais faire part au lecteur, en me plaçant à un point de vue philosophico-politique, non sans avoir salué le courage et la compétence des militaires français, et le sacrifice de plusieurs d’entre eux. Et non sans avoir exprimé ma plus vive sympathie à tous les Africains qui luttent pour assurer leur développement dans la justice, l’indépendance, l'honnêteté, et pour bâtir des États solides.

 

 

 

I. Démocratie. 

 

La mission militaire en Centrafrique est conforme à la légalité internationale et elle est sans doute plus que justifiable sur le plan moral. Toutefois, concernant la politique d’ensemble dans laquelle s’inscrit cette mission ponctuelle, il y aurait beaucoup à questionner.

Que penser de notre zèle à démocratiser l’Afrique ?

Plus précisément, la forme de démocratisation promue en Afrique par les puissances occidentales produit-elle, dans un certain nombre de pays, autre chose que l’anarchie et la guerre civile ?

Peut-il exister une forme de démocratie qui ne soit pas solidaire d’un individualisme radical et libertaire ? Une forme qui soit plus juste, en tout cas mieux adaptée à des peuples de culture plus communautaire ? La question, après tout, se pose peut-être aussi chez nous.  

Comment une politique trop idéaliste de démocratisation aboutissant au chaos se distingue-t-elle d’une politique cynique de domination pour la prédation par l’anarchie ?

Que signifient les droits de l’Homme dans l’anarchie ?

Pour qui hésiterait, comme nous, à croire que l’anarchie puisse constituer l’état final recherché par une politique aussi imprudente, cette dernière ne semblera-t-elle pas le résultat de marottes idéologiques, rendant les cerveaux hermétiques aux leçons de l’expérience ? L'esprit scientifique, n'est-ce pas l'acceptation d'un aller et retour continuel entre le concept et l'expérience ?

 

 

 

II. Nation, Etat. 

 

Une démocratie ne suppose pas seulement des individus, des règles et des juges ; elle suppose une nation et un Etat. Or, un Etat n’est pas l’incarnation de la raison, c’est d’abord un Pouvoir, c’est à dire une force capable de mettre fin à l’état de nature – un Pouvoir régularisé, un « Prince (de Machiavel) apprivoisé [1] ».

Par ailleurs, sans lien organique à une nation, le Pouvoir ne peut pas devenir un Etat régulier, et l’Etat risque lui-même de n’être qu’une bureaucratie aux mains d’une oligarchie, à moins que la bureaucratie ne devienne elle-même l’oligarchie.

Une nation, s’il ne s’agit pas d’une nation tribale, d’une confédération de tribus cousines, se constitue en cité politique par le dépassement des relations tribales. Il y a là un phénomène normal, graduel et assez universel.

Cela se fait le plus souvent autour d’un Pouvoir stable et suffisamment équitable, qui tend donc à prendre un ferme caractère d’Etat, mais tout en restant fortement personnel. Un tel pouvoir reste longtemps le seul lien solide de ce qui a vocation à devenir une nation [2].

Tant que la cohésion d’une nation n’est pas solidement constituée par l’amalgame de ses divers composants, elle  se décompose aussitôt qu’on ôte le pouvoir, et l’Etat lui-même survit mal à la disparition du pouvoir. C’est aux connaisseurs des situations particulières de décider dans quelle mesure ces principes s’appliquent à tel ou tel des pays d’Afrique, en particulier à la Centrafrique.

 

 

 

III. Quel capitalisme ? 

 

Une économie civilisée subsiste à l’intérieur d’un cadre politique et culturel permettant la stabilité d’une confiance sociale et le fonctionnement d’une solidarité. Une économie libérale qui démolit ces cadres n’est qu’une régression barbare vers l’état de nature, une prédation, de la culture sur brûlis.

La conjugaison des marottes politiques et de la prédation économique libérale-libertaire dans des pays encore en mutation vers l’état politique produit des effets dévastateurs, requérant (et permettant) des interventions militaires à répétition.

 

 

 

IV. Constitution. 

 

Tout qui précède n’est pas en contradiction avec les idées de droits de l’Homme, de pacte social et de constitution.

Une constitution existe par un pouvoir constituant, qui ne disparaît jamais tout à fait derrière son œuvre. Ce pouvoir, par définition, précède les pouvoirs divisés et constitués, et il précède aussi les lois positives. Il est donc en soi une force nue, réunissant en lui les divers pouvoirs, et qui ne diffère d’une force brute et n’a de légitimité, que par sa visée de la norme éthique préjuridique – la loi de paix, la loi naturelle [3]. Il est absurde de prétendre imposer une constitution sans qu’il y ait d’abord un solide pouvoir constituant.  

En ce sens, la paix repose toujours au départ sur une imposition de la paix par la force juste. Mais c’est là la volonté générale, et le pacte social se passe tacitement au moment où le pouvoir imposant la paix se fait constituant par le fait même. Car la société, dès qu’elle va au-delà d’une communauté de sang, ne se constitue dans la confiance qu’autour d’un pouvoir assez juste et fort pour imposer la paix et permettre la confiance. Le pouvoir devient ainsi le premier représentant de la volonté générale, qui est d’abord d’avoir un avenir et de ne plus vivre dans l’anarchie.

Une société civilisée repose sur la victoire d’un plus fort qui est aussi (toutes choses égales par ailleurs) le plus juste [4]. Ce plus fort et plus juste (relativement) doit s’imposer aux seigneurs de guerre, oligarques, marchands d’esclaves, etc. C’est ainsi qu’une démocratisation prématurée, privant une société de son droit effectif au pouvoir et à l’évolution vers la nation et la démocratie, a pour principal effet réel d’exposer à la guerre civile ou à l’anarchie, et de soumettre à des puissances extérieures, des pays qui ne sont encore ni tout à fait des Etats, ni tout à fait des nations. En effet, elle les prive du pouvoir fort, ou, à défaut, des institutions complexes à la romaine (voir plus bas), qui seraient seules capables d’assurer le développement dans l’indépendance et l’unité intérieure.

Dans le cadre d’une démocratisation prématurée, il est aisé à des puissances étrangères cyniques de tirer dans leur intérêt certaines ficelles afin d’écarter tout dirigeant susceptible de mener une politique d’évolution graduelle, habile, dans un développement indépendant respectueux du bien commun de la nation en devenir.

Soutenir de tels dirigeants, forts et relativement justes, coopérer avec eux, stabiliser résolument leurs régimes, tout en leur laissant mener leur politique de bien commun, telle devrait être la politique africaine de la France. En plus, elle y trouverait sûrement mieux son compte que par d’autres procédés, qui pourraient lui être reprochées un jour.

 

 

 

V. Le modèle romain antique. 

 

Les Occidentaux, et de nombreux Africains, pensent avec raison que le développement de l’humain conduit tôt ou tard à faire le saut définitif du tribal au politique. C’est même par sa différence d’avec la famille, au sens large, qu’Aristote définit la cité (la polis), le politique.

Mais une idée trop utopique, simpliste ou hâtive d’un tel saut a pour seul résultat l’anarchie dans les sociétés auxquelles est imposée une telle idée.

Pour bâtir une communauté politique stable, il faut créer la confiance entre les parties réellement prenantes à la communauté en devenir. S’il y a plusieurs groupes ethniques à forte identité collective, surtout avec des traditions d’inégalité ou de violence entre eux ; s’il y a plusieurs classes sociales très différenciées, voire plusieurs nationalités, ou plusieurs religions ; et si la conscience d’unité politique et la confiance mutuelle restent faibles – alors, les institutions et la pratique doivent impérativement en tenir compte d’une manière ou d’une autre, évolutive et adaptée à chaque situation. Autrement dit, les constitutions individualistes à l’européenne, sans compléments ou compromis, ne peuvent pas fonctionner de manière satisfaisante.

Faute de confiance, chaque groupe veillera d’abord à sa propre sécurité et la constitution ne sera jamais qu’un chiffon de papier collé sur les morceaux disjoints de la société, le droit une fiction manipulatoire couvrant des rapports de forces et des ingérences extérieures.

L’Occident devrait se rappeler sa propre histoire. Les anciens Romains, aux temps où fleurissaient leur République, avaient choisi d’éviter le recours à des pouvoirs forts en mettant en place des institutions complexes, comportant des éléments de suffrage censitaire, de suffrage individuel et de suffrage sur base tribale au sens large. Ils avaient aussi des magistratures républicaines spécialement dédiées à la défense de tel ou tel groupe, ou de telle ou telle classe. Toutes ces institutions étaient propres à assurer la confiance au sein d’une société pourtant très clivée entre riches et pauvres, et entre divers groupes d’origine, en cours de fusion au sein de la cité. C’est ainsi que se constituait peu à peu un patriotisme, un bien commun.

De tels précédents mériteraient d’être médités, plutôt que d’imiter mécaniquement les constitutions actuelles des Etats occidentaux.  



[1] Harvey C. Manfield, The Taming of the Prince, traduction française Le Prince apprivoisé, Fayard, 1994.

[2] Ce lien peut être intérieur, comme une personnalité fondatrice, une dynastie, ou extérieur, comme un protectorat, ou les deux à la fois, comme dans le cas d’une dynastie d’origine étrangère, ou dans le cas d’un protectorat coachant une monarchie locale qui peinait à bâtir la nation et à lui donner un Etat.

[3] Thomas Hobbes, Léviathan, 1, 14.

[4] Pascal, Pensées, fragments « justice et force ».

 

   

La famille, fondement de la société (3)

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Mise à jour le Mardi, 19 Novembre 2013 14:49 Écrit par Henri Hude

En 1996, j'ai publié à Rome un article intitulé : "La famille, fondement de la société[1]". J’avais commencé à le mettre en ligne avant un voyage aux USA. En voici la suite. Mais je commence par rappeler le plan, que j’ai simplifié :

Introduction (post n°1)

La Politique  d’Aristote (post n°2)

1) Famille et organicité. 2) Famille et propriété. 3) Famille, entreprise, clientèle. 4) Famille et communauté de travail. 5) Famille et communauté de vie. 6) Famille, histoire et fédération.

Famille et histoire (post n°3)

1) Famille et tribalité. 2) Famille et cité. 3) La ville contre la tribu. 4) L’Etat  contre la famille. – Résumé.

Politique, nature et art

Famille et féodalité

Famille et institutions de modernité politique

Famille et union de nations

Pour revenir au tout début de l’article cliquer ici.

 

 

Famille et histoire

 

Comment parler de la  famille dans  la société, comme si l’on pouvait négliger la grande diversité historique recouverte par ces termes ? Mais aussi comment ne pas choir dans le relativisme, si nous considérons cette immense variété ?

 

L’ambition philosophique est de surmonter un tel relativisme et  donc :

1) de présenter la variété historique de la société politique, mais réduite à l’essentiel, et comprise à partir de sa loi de constitution ;

2) d’exposer comment, dans la logique de cette histoire, la famille prend place, comme le premier principe d’intelligibilité de cette histoire.    

 

La méthode suivie par Aristote dans Politique, I, est féconde, pour une bonne compréhension de la diversité des communautés politiques[2]. Or cette méthode génétique part de la famille.

Dans la mesure où nous parvenons le mieux à faire comprendre l’esprit d’une formation sociale ou communautaire en découvrant son rapport à la réalité familiale, nous démontrons la place fondamentale que tient la réalité familiale dans la communauté sociale. Nous estimons que tel est le cas. Mais contentons-nous d’une série de remarques.

 

 

 

 

Famille et tribalité

 

 

Si la société mérite d’être décrite en termes d’ordre naturel, cela ne s’applique certainement pas au monde individualiste et libéral, qui est en réalité un monde rationnel et volontaire[3], mais beaucoup plus probablement au monde tribal.

 

La tribu sort de la famille par simple croissance, essaimage et foisonnement. L’état tribal paraît avoir été assez général dans l’humanité, y compris dans l’Europe antique, par exemple dans la Gaule pré-césarienne. Il semble caractériser un certain ordre naturel à la fois non ou très peu urbanisé, économiquement peu différencié et insuffisamment sensible à la noblesse de la personne comme telle.  Dans le régime tribal, la société entière n’est qu’une famille, au sens le plus large du mot.

 

La simple expansion démographique de la tribu et son essaimage régulier, accompagné du maintien des relations de parenté, même très éloignée, ainsi que le développement de l’agriculture, expliquent le passage de la tribu nomade aux tribus vivant en villages assez stables, puis à des groupements de villages de même tribu, avec des arbitrages souples et peu formels, conduisant peu à peu à l’établissement de vastes royaumes tribaux, par exemple, le Rwanda, ou la Gaule décrite par César dans le De bello gallico, ou peut-être encore, dans un registre très particulier, l’Israël du Livre des Juges, d’après l’exode jusqu’à l’établissement de la monarchie davidique.

 

Quand une puissante tribu, ou un grand ensemble de tribus parentes et alliées, a reçu des institutions monarchiques, on commence à parler de nation, mais au sens de nation tribale. L’empire (empire tribal) s’établit quand une tribu, ou une nation tribale, établit son pouvoir hégémonique sur un ensemble de tribus, par exemple l’empire inca, ou l’empire perse. Mais la possibilité d’aller vers une si importante fédération suppose déjà entrepris le processus de politisation/urbanisation/civilisation[4], qui va faire interférer la logique de la ville avec celle de la tribu et donner à la famille un nouveau statut et une nouvelle existence.

 

 

 

Famille et cité

 

 

L’analyse de la famille, telle que celle présentée dans la Politique d’Aristote, dont nous étions partis, était déjà celle d’une réalité complexe issue d’une histoire très riche, dont le trait majeur avait sans doute été la tribalité. Or, dans la tribu, nous trouvons une identité certaine entre  la société, au sens large de communauté indépendante, et la famille au sens le plus naturel et le plus large de communauté fondée sur la relation d’origine[5]. Il faut donc comprendre, non pas seulement comment la ville sort d’une fédération de familles et de villages, mais comment la vie civique s’insère dans la vie familiale et tribale.

 

Aristote conteste vivement que la cité puisse être considérée comme une grande famille[6]. Il sent bien qu’il y a là autre chose, mais en même temps, il semble admettre un processus naturel continu qui fait passer de la famille à la cité. Cela pose la question de savoir ce qui est naturel, a natura.

 

Le bien vers lequel se porte l’homme dans la cité et qui l’attache à la cité, est de l’ordre du bien vivre, non d’une simple pensée utilitaire. L’homme a l’intuition d’une certaine personnalisation de son être, quand il existe dans des rapports fonctionnels, incluant l’usage plus réfléchi de sa raison, et non pas dans de simples rapports de parenté, vécus sous l’empire de la coutume et de la tradition.

 

Ce qui précède la vie en cités et qu’Aristote appelle l’existence en villages ne serait-il pas plutôt  la vie tribale ? Il s’agirait toutefois d’une existence tribale pré-civique, dans laquelle les chefs de tribus seraient les premiers à éprouver avec impatience le poids des liens tribaux et tenteraient d’imposer peu à peu leur pouvoir à travers leurs réseaux de clients et de fidèles[7].

 

Aristote fait de l’amitié civique le sentiment unitif majeur de la cité, notamment dans les cités démocratiques[8]. Et toutefois, il situe la cité dans la continuité des villages. En somme, il admet l’ordre naturel (au sens de pré-réfléchi et spontanément désiré le plus souvent) en tant que s’exprimant dans la famille ; mais, d’une part, il durcit la structure de la famille en y admettant le rapport servile comme tel, d’autre part, il préfère à l’ordre tribal l’ordre rationnel, technique et volontaire en tant que s’exprimant dans la cité. Dans cette mesure, Aristote a déjà un pied dans la modernité politique. Il n’est pas exempt non plus de contaminations totalitaires[9]. Il intègre enfin la société familiale ainsi conçue (mais sans l’y dissoudre) dans le tout très fortement uni de la cité grecque[10]. Si ces distinctions ne sont pas faites, on ne perçoit pas assez le caractère complexe de la position d’Aristote.

 

 

 

 

La ville contre la tribu

 

 

C’est l’état tribal qui se trouve détruit, dans le monde classique antique, par le premier processus de politisation, ou d’édification des cités, surtout si les cités sont libres. La cité passe d’ailleurs par une phase transitoire. Par exemple, les institutions de l’antique république romaine reposaient sur une organisation double, à la fois par tribus et par classes de richesse. La répartition en tribus a fini par signifier surtout le lieu de domicile, mais le mot trahit l’origine de la chose. Pour les élections, on distinguait les comices tributes des comices centuriates.

 

Dans la cité apparaissent des sentiments nouveaux. La division du travail y est plus poussée et fait prendre conscience d’une solidarité avec d’autres hommes en fonction, non de leur origine vitale, mais en fonction de leur compétence technique ou intellectuelle et de la complémentarité fonctionnelle. D’autre part, l’inégalité se développant dans la cité, peu à peu, les solidarités entre membres des mêmes tribus passent au second plan par rapport aux solidarités entre riches d’un côté, pauvres de l’autre, quelle que soit leur origine tribale. La famille n’est plus le tout de la société. La société n’est plus une macro-famille.

 

La guerre de conquête renforce l’union des citoyens. Chaque ville tend à l’hégémonie. L’empire est à celle qui parvient à s’unir davantage et à subjuguer les autres villes, ainsi qu’à dominer des nations tribales environnantes. L’exemple typique en Occident est l’empire romain. Un autre scénario possible est celui de la nation tribale qui se civilise au contact des villes, et qui fédère des cités trop indépendantes, avant de les entraîner lui aussi dans une marche à l’empire. Le plus fameux exemple fut la monarchie macédonienne accomplissant l’hellénisation de l’Orient[11] et préparant les esprits, par un rapprochement entre l’Orient et l’Occident, à la diffusion future de la religion chrétienne. A mesure que les villes ou les nations grandissent et étendent leur domination à l’extérieur, se développe aussi dans leur sein leur propre organe interne de pouvoir et de gouvernement, première forme de l’Etat. L’idée d’empire universel est à l’horizon de la lutte des Etats pour l’hégémonie et c’est elle qui préside à cette succession des empires tombant les uns sur les autres, qui fait toute l’histoire visible et le grand bruit de ce monde[12]. Tels sont les empires politiques, qui ont peu à voir avec la famille et qui sortent plus de la violence, que de la nature.

 

 

 

L’Etat  contre la famille

 

 

Les familles à l’antique perdurent dans le sein de la société politique, de plus en plus soumise à l’Etat  et à ses lois. Mais la marche à l’égalité et à la liberté travaillent contre elles, parce qu’elles profitent surtout à l’Etat, dans la stricte mesure où elles expriment moins le sens de l’honneur humain et de la dignité humaine que des passions vulgaires d’envie et d’insubordination. Bertrand de Jouvenel a décrit de manière très suggestive[13] la stratégie d’ingérence croissante de l’Etat, usant des passions égalitaires et émancipatrices, combinée à la dynamique de l’opposition des classes et des groupes d’origine. Ces facteurs concourent à faire éclater la famille antique intégrée dans la cité, laissant seuls face à face, au bout du compte, l’individu et l’Etat.

 

La famille alors n’existe plus que comme association nucléaire. La logique de l’atomisation et de la globalisation voudraient d’ailleurs que cette association devienne aussi peu stable et formelle que possible. C’est ainsi que la famille, après avoir été toute la société, finit par se dissoudre dans son sein et par n’être plus rien.

 

Mais l’Etat  ainsi constitué n’a plus de ressort, la vie n’y a plus de sens et l’individu n’a plus ni morale, ni destinée. Cette entité politique dévitalisée s’ossifie et se dessèche. Elle finit par succomber à une agression extérieure, ou par se renouveler de l’intérieur, précisément à partir des familles associées, qui reconstituent spontanément l’ordre naturel.

 

 

 

Résumons-nous

 

 

La famille est donc au principe de la tribu aussi bien que du village. La tribu se développe en nation ethnique dans la ligne de la famille. La cité est une construction politique artificielle par rapport au simple mouvement de la vie, mais non par rapport à de plus grandes exigences économiques de la nature humaine. Ces exigences économiques se révèlent après coup être le vecteur d’un possible enrichissement des relations humaines et de leur élargissement. La tribu peut tendre à l’empire, mais n’y parvient qu’en acceptant de passer par le processus de politisation, qui entraînera la détribalisation. La cité aussi paraît tendre à l’empire[14]. L’empire est une construction artificielle, qui résulte de l’ambition et de la force, et qui est donc naturel au sens où la théologie parle de nature déchue, mais qui paraît aussi ne pas être tout-à-fait artificiel, par rapport à une certaine exigence de réunion universelle du genre humain par rapport à son bien commun temporel. L’Etat  est, dans ce cadre, un pouvoir qui impose un système de lois dans la cité, le royaume tribal, ou l’empire.

 

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[1] Anthropotès, 12/1, Istituto Giovanni Paolo II di Studi su matrimonio e famiglia, Roma, juin 1996, p.21-50.

[2] Aristote s'est surtout attaché à la classification des régimes politiques des cités grecques 
(Politique, L.III, ch.7-18 et L.IV, ch.1-13). Mais la méthode génétique, qu'il met en œuvre surtout 
dans le Livre I de sa Politique, permet aussi une classification plus générale des divers types 
de communauté autres que les cités.  L'application de la théorie des régimes à ces autres types
 de communautés requiert à chaque fois des adaptations. La démocratie nationale n'est pas la 
démocratie municipale ; la démocratie de sociétés esclavagistes n'est pas celle de sociétés non 
esclavagistes, etc. 
[3] La raison et la volonté font partie de la nature humaine, entendue au sens large, mais pas 
de la nature humaine en ce qu'elle a, pour ainsi dire, d'instinctif, ou d'analogue à la nature chez 
les êtres sans raison. C'est pourquoi les institutions rationnelles et de liberté peuvent être dites 
aussi naturelles, en un sens dérivé, ou supérieur, selon le point du vue où l'on se place. La poli-
tique raisonnable suppose toujours une certaine confiance dans la nature. Les libéraux anti-diri-
gistes, par exemple, réagissent contre une volonté d'organisation rationnelle de la société et de 
l'économie par l'Etat prétendant représenter la Raison. Mais une telle réaction se justifie au fond 
par l'intuition d'une auto-organisation bienfaisante de la société en vertu de sa spontanéité na-
turelle finalisée à l'ordre et au bien de la communauté. Il est certain que les libéraux sont en gé-
néral assez  étrangers à un tel finalisme toujours plus ou moins religieux (Voir par exemple 
Ludwig Von Mises, Human Action. A Treatise on Economics, (1949), 3ème éd. Chicago, 1966, 
Ch.IV, s.2, Ch.XXVII, s.4, etc.). Il ont toutefois la conviction que, quand chaque volonté individuelle 
tente rationnellement d'organiser librement sa vie, il en résulte naturellement un ordre spontané 
qui est le meilleur possible : ce qui, si on y réfléchit bien, revient moins à faire l'éloge de la raison 
et la liberté, qu'à reprendre le thème finaliste et optimiste, mais en restreignant à la nature hu-
maine la bonté et la puissance finalisatrice de la nature. En somme, tout le monde est finaliste, 
consciemment ou inconsciemment. Mais avec cela, il y a du mal.  Le problème général de la sa-
gesse humaine est d'insérer l'action libre et intelligente de l'homme dans un univers déjà finalisé 
par la sagesse divine, mais où il est parfois difficile de discerner ce qui est intention de Dieu et 
ce qui est vice des hommes. Le problème de la sagesse politique est un cas particulier du pro-
blème général de la sagesse. Les libéraux sont forcés de se le poser, eux aussi. 
[4] Le latin urbs désigne plutôt la ville en sa matérialité ; le grec polis désigne aussi cette maté-
rialité, mais prise avec sa forme politique de gouvernement ; le terme de civis, en grec polites, 
qui signifie citoyen, désigne l'élément de base de la polis (Aristote, Politique, L.III, Ch.1-2). Tous 
ces termes sont corrélatifs et signalent l'importance de la ville, en tant que lieu de débat, pour 
le développement de la culture humaine.
[5] C'est pourquoi la critique de la famille sera toujours aussi en un sens celle de la tribu, et 
inversement. Mais aussi, l'éloge de la famille pourra bien ne pas aller sans quelque éloge im-
plicite de la tribu. La critique de la tribu sera plus largement celle de la nature, de la vie, de la 
coutume, de la tradition, de la communauté vitale, de la chair et du sang, etc. soit en eux-mê-
mes, soit en tant que conçus comme hostiles à la vie de l'esprit, à la raison, à l'esprit critique, 
à l'individu, à la liberté, etc. En tant qu'elle aura été unilatérale, mutilante, et en définitive sou-
vent très totalitaire (voir plus bas, note) un peu comme le naturalisme auquel elle prétendait 
s'opposer, une critique rationaliste suscitera une contre-critique de la vie civique abstraite de 
son enracinement familial, au sens de vital, et  historique. Quand un peuple urbanisé, ratio-
nalisé, etc. conserve quelque chose des valeurs de la tribu, ou les redécouvre volontairement, 
il se conçoit, s'imagine, ou se rêve, comme peuple tribal. Quand on lit attentivement la Cons-
titution Conciliaire Gaudium et Spes, on observe avec intérêt que le terme "famille" est très 
rarement employé seul, et quasiment toujours employé en composition, dans l'expression 
"la famille et le mariage" ou "la famille fondée par le mariage". Le mariage étant une alliance 
interpersonnelle, il est permis de voir dans ce choix lexical l'expression d'une philosophie so-
ciale équilibrant le point de vue communautaire et le point de vue personnel, en faisant dériver 
la communauté non de l'individu isolé, mais de l'alliance première entre l'individu masculin et 
l'individu féminin, qui s'aiment de manière unique.
[6] Aristote, Politique, I, 1, 1252 a 5-10.
[7] Voir, par exemple, la figure d'Orgetorix, roi des Helvètes, dans César, De bello gallico, I, 2-3.
[8] Aristote, Éthique à Nicomaque, VIII, Ch.13, 1161 b 5-10.
[9] Par totalitarisme, j'entends ici une philosophie politique privilégiant le point de vue du 
tout par rapport au point de vue des personnes et de leur liberté. Le terme peut être pris en 
un sens neutre et raisonnable, comme dans G. Gursdorf, Traité de l'existence morale, Paris, 
Colin, 1951, ou dans un sens pathologique et effrayant, H.Arendt, The origins of totalitarianism, 
New York, 1951. Tout en reconnaissant à la famille la structure et le statut important que nous 
avons dit, Aristote réserve à l'Etat la responsabilité de l'éducation   et même de l'âge des ma-
riages (Politique, L.VII, Ch.16). Il ne s'émeut pas de l'avortement et paraît souhaiter une sorte 
d'état démographique et social stationnaire. Comme les autres philosophes politiques grecs, 
Aristote manifeste une tendance au totalitarisme. Preuve qu'il ne suffit pas de passer à la cité
 pour entrer dans le monde de la liberté et qu'il y faut en réalité une révision globale de la culture. 
[10] A la différence de Platon, pour lequel l'exigence d'unité maximale dans la cité exclut, 
comme chacun sait, l'existence de la famille comme unité sociale primaire et fondamentale de 
la société politique – au moins au sein de l’élite dirigeante (République, V, 457 a - 466 d). 
[11] Pierre Jouguet, L'impérialisme macédonien et l'hellénisation de l'Orient, Coll. L'évolution de l'humanité, (1926), Albin Michel, 1972. 
[12] Livre de Daniel, Ch.II. Bossuet, Discours sur l'histoire universelle, passim. 
[13] Bertrand de Jouvenel, Du Pouvoir. Histoire naturelle de sa croissance, (1945). 2ème éd., Hachette, 1972. 
[14] Henri Piganiol, Histoire de Rome,  Paris, Presses Universitaires de France, 6ème éd., 1977, p.91-92. 
   

Rebâtir le bien commun. Discours à Washington

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Mise à jour le Mardi, 05 Novembre 2013 21:26 Écrit par Henri Hude

Une rencontre civique franco-américaine a eu lieu jeudi 31 octobre 2013, à Washington, DC,  à l’hôtel Marriott, Pennsylvania Avenue. Il y fut question de la reconstruction nécessaire du bien commun sur les deux rives de l’Atlantique. J’y ai prononcé un discours dont voici des extraits traduits en français.

 

 

 

(…) Ce que j’ai à vous dire tient en trois points.

 

1° La situation en France est tout à fait exceptionnelle. Ce qui s’y passe n’est pas de l’« actualité brûlante » (breaking news), c’est tout simplement l’Histoire, avec un grand H.

 

2° Nous sommes à l’extrême fin d’un cycle politique. Le pouvoir a perdu l’initiative. Il ne la retrouvera pas. La marée a tourné.

 

3° La question est de savoir comment ce qui est né peut grandir et vaincre. Car, sans le moindre doute, la victoire de ce qui émerge est possible, elle est même probable. (…)

 

 

1

Quand la France rentre dans l’Histoire

 

 

Je voudrais partager avec vous un morceau de philosophie de l’Histoire,

 

Je voudrais partager avec vous une vue de l’Histoire européenne, qui assurément est une part de la vôtre. Je crois en effet que la philosophie de l’Histoire permet seule de prendre la mesure de ce qui est en train de se produire en France, et d’être aussi rationnellement sûr de la victoire, que la raison le permet dans ce genre de matières.  

Rappelons qu’un corps politique n’est pas un simple corps physique ; ce n’est ni un organisme biologique, ni une machine. C’est un regroupement spontané, rationnel et spirituel, d’individus, familles et sous-groupes, résultant d’un nombre presque infini de décisions individuelles et communes. Ce qui produit la cohérence et la cohésion de ce corps, c’est une culture commune, ce sont des principes partagés, une compréhension sociale commune. Disons que ce qui fait vivre un corps politique, c’est une commune idée du bien – une commune théorie de la justice, par exemple, peut être un élément d’une telle idée du bien. Et c’est pourquoi un changement important au niveau de l’idée du bien a vocation à modifier la totalité des aspects de l’existence collective. Or un tel changement s’est produit.

Quel est-il ? Pour le comprendre, il faut brièvement rappeler pourquoi l’Histoire culturelle et politique est passée successivement en Europe par deux grands âges. On comprend alors sans difficulté pourquoi nous sommes à l’extrême fin du second, et pourquoi un nouveau moment de la dialectique historique est en train de se faire jour. 

 

 

 

Les deux aspects de l’idée du bien

 

Pourquoi y a-t-il eu deux grands âges dans l’Histoire de la civilisation européenne ? Parce que dans l’idée du bien, nous pouvons distinguer deux aspects.

1° Ce qui est objectivement bien et qui est à faire ;

2° ce qui est bien, c’est aussi de faire son devoir librement, avec une bonne volonté, volontairement et dans toute la mesure du possible sans contrainte.

En d’autres termes, il est bon de faire ce qui est objectivement bien ; et il est bon de le faire en agent volontaire, en « raisonneur pratique[1] », en être responsable et indépendant. Mais cette liberté ne va pas sans vertus[2] – ce qui montre bien que les deux aspects sont inséparables. Et pourtant, ils sont souvent restés séparés.    

 

 

Premier moment dialectique : primauté de l’objectivité du bien

 

Durant un premier âge de la culture, dominait la première dimension du bien, celle de l’objectivité de ce qui est bien ; la seconde, celle de la liberté de l’agent moral, était reconnue aussi, mais à titre de conséquence. Il en était ainsi, notamment, dans la chrétienté médiévale.

Malheureusement, avec le temps, il devint de plus en plus clair qu’il existait un risque de minimiser la seconde dimension, de donner trop  d’importance à l’autorité, à la tradition et à la coercition dans le fonctionnement de la société bonne, et ainsi un risque d’établir, avec les meilleures intentions du monde, une sorte de totalitarisme bien-pensant.

C’est ce dont nous nous sommes rendu compte peu à peu, au travers de grandes difficultés. De là un nouveau départ dans la réflexion politique.

 

 

 

Deuxième moment dialectique : primauté de la liberté de l’agent moral ou politique

 

Durant le second âge de la civilisation, la dimension de la liberté, de l’autonomie, de l’indépendance, etc. fut au contraire dominante. Au début, la dimension de ce qui est objectivement bien restait reconnue, bien qu’à titre de conséquence. C’est ainsi que dans l’éthique kantienne, une analyse de la seule liberté tenue pour authentique (la liberté pratique, et non la liberté pathologique), aboutit à un système de préceptes objectifs et à une doctrine de la vertu qui rejoint dans ses contenus la morale traditionnelle.

Malheureusement, les libéraux ont peu à peu laissé tomber sous divers prétextes cette seconde dimension et sont peu à peu devenus libertaires. Et cette évolution fâcheuse produit aujourd’hui la plus flagrante contradiction. L’anti-dogmatisme est devenu un super-dogmatisme, la tolérance est devenue intolérante, le relativisme est devenu un absolutisme, le socialisme un individualisme, et le droit du plus fort dans la lutte pour la vie devient la forme canonique de l’existence libérale-libertaire. En définitive, la démocratie n’est plus que le nom donné à la dictature de groupes immoraux et/ou prédateurs prétendant monopoliser la démocratie.  

 

 

Troisième moment dialectique : le mariage de la liberté et du bien

 

Cette évolution nihiliste et dictatoriale de la liberté sans le bien a produit une expérience collective très négative, d’où a émergé une nouvelle conception, que de plus en plus de gens s’approprient, et autour de laquelle est en train de s’organiser un troisième moment dialectique de notre civilisation.

Il s’agit d’un nouveau mariage entre la liberté et le bien, ou entre le bien et la liberté.

C’est le nouveau sens de l’Histoire, et ce l’est pour longtemps. Les progressistes d’hier muteront, ou ne seront plus que des conservateurs égoïstes et réactionnaires. Les conservateurs d’hier muteront, ou assisteront en grognant à une victoire de la vie qui ne prendra pas la forme des restaurations qu’ils auraient préférées.

Progressivement, tous les aspects de la vie et des institutions seront mis en cohérence avec cette nouvelle idée du bien, qui est objectivement plus complète, plus rationnelle et plus parfaite.

Ce nouveau mariage entre le bien et la liberté, c’est désormais durablement l’esprit du temps.

Là réside la raison profonde de ce qui est en train de se produire dans tous les domaines.

Cela est la Raison dans l’Histoire (car la raison se définit par son rapport à l’idée du bien). Mais ce n’est pas un nouveau fatalisme historique[3].  

Cela est la Providence usant des lois de la Raison dans l’Histoire.

Cela est enfin, radicalement, le ferment du christianisme, enfoui profond dans l'âme de notre peuple, un grand peuple libre, et révélant de nouveau son potentiel antiesclavagiste. Ce ferment vivant restaure et sauvera le meilleur des valeurs des Lumières – elles qui pourtant s’étaient montrées hostiles à son égard, tout comme il a dans le passé restauré et sauvé la sagesse antique et sa philosophie, bien que les empereurs stoïciens et plotiniens aient livré tant de chrétiens en pâture aux bêtes du cirque. Ce ne sera pas un nouveau Moyen-âge. Ce sera autre chose, qui nous surprendra.

 

 

2

La fin d’un cycle politique et le début d’un nouveau

 

Culturellement, les Grandes Lumières sont finies. Leur motto était : « Ose penser. » Le précepte des Dernières Lumières est au contraire : « Ne t’avise plus de penser. » Sois politiquement correct. Tais-toi ou tu seras lynché médiatiquement. Rentre dans le rang, ou ce sera la correctionnelle.

C’est un complet retournement dialectique.

Il nous faut en France une nouvelle naissance dans la liberté.

 

Economiquement, je ne m’étendrai pas sur les sujets que va traiter notre ami Alain dans son exposé dans quelques instants. Il vous dira pourquoi, à son avis, et à notre avis à tous, elle est au bout du rouleau cette oligarchie cynique, dont la France est devenue la propriété. Oligarchie à la fois bureaucratique et monopoliste, au bord de la banqueroute, avide (« greedy »), sectaire et intolérante, de plus en plus autoritaire, incompétente, acculée à vendre la France et les Français à des Etats esclavagistes, de plus en plus privée de toute légitimité.

 

Politiquement, le système est bloqué. L’oligarchie, qui contrôle 75% des décisions concernant l’économie (voir sur ce point l’exposé décisif d’Alain), s’est assurée une telle influence sur les médias, une telle emprise sur les institutions et la vie politiques que, quel que soit le résultat des élections, et quelle que soit la volonté du peuple, c’est toujours la même politique inique et obsolète, détruisant la famille, les emplois et les entreprises, qui va sortir de la machinerie étatique et parlementaire, dans l’intérêt exclusif de l’oligarchie et de ceux dont elle se fait de plus en plus la fantoche.

Alors même que l’oligarchie dérive vers la dictature et consomme la trahison de la France, celle de tous ses idéaux historiques, le Peuple a compris qu’on voulait le faire mourir. Il a refusé la mort. Le dos au précipice, il n’a plus peur de rien et désormais il se dresse dans ce qui est pour lui la lutte pour la vie et pour la dignité. C’est une nouvelle naissance dans la liberté.   

De cette renaissance, nous avons eu deux grands signes cette année.

Le premier, ce furent les plus grandes manifestations de l’Histoire de France pour la défense de la famille, de l’homme et de la femme, et de l’enfant. Notre amie Ludovine vous en parlera à son tour dans quelques instants.

Le second signe, c’est en ce moment même la révolution qui a éclaté en Bretagne, et qui n’est pas prête de s’arrêter. Vous avez ici à ma gauche un des principaux cerveaux de ce mouvement historique - celui des Bonnets Rouges. D’ores et déjà, la Bretagne a réussi, sur un point précis, celui d’une nouvelle taxe exceptionnellement inique et absurde, à faire craquer Bercy, c’est-à-dire le noyau dur de l’oligarchie. En effet, le pouvoir repose avant tout sur la férocité de la machine fiscale française, garantie principale d’un pouvoir qui détruit la substance économique de la France et ne survit plus que d’emprunts à l’infini.  

 

 

3

Comment nous allons gagner

 

Je ne suis ni prophète, ni fataliste, mais sans prétendre pénétrer les secrets de la Providence, il y a certaines lois régissant le développement des choses humaines et que la raison peut savoir dans une suffisante mesure. La culture morale et politique classique, ou la pensée stratégique, sont des exemples d’une telle sagesse permettant de s’orienter non sans sécurité vers l’avenir[4].

 

 

L’oligarchie divise pour régner.

 

Elle détruit :

1° les familles et la vie, ainsi que les cultures substantielles,

2° les emplois,

3° les entreprises de taille modeste ou intermédiaire.

Tous les membres du corps social qu’elle opprime, elle les frappe et les opprime séparément.

Elle opprime tout particulièrement la jeunesse, privée de tout avenir économique sérieux.

Elle utilise pour diviser les vieilles idéologies, les vieilles rhétoriques, les vieux clichés, les structures éculées de la politique présente.

Elle utilise une organisation des partis qui ne représente plus rien et empêche la représentation.

Elle utilise des syndicats soi-disant marxistes, dont beaucoup ne sont plus que des états-majors sans troupes, qui sont tout à fait impuissants, souvent corrompus, et qui ne servent qu’à empêcher d’exister une défense sérieuse des intérêts du travail et notamment de la jeunesse. Nous aurions dû avoir ici, à cette table, un représentant courageux du monde du travail, un vrai défenseur des salariés. Il a été malencontreusement empêché. Il sera là lors de notre prochaine rencontre.

Servent aussi l’oligarchie ces médias trompeurs qui mystifient en entretenant inlassablement l’illusion que le théâtre d'ombres signifie encore quelque chose.

 

 

 

L’oligarchie est condamnée par l’union des membres du corps social

 

Parce que l’oligarchie ne règne qu’en divisant et mystifiant, son pouvoir est condamné, parce qu’elle ne peut plus ni mystifier, ni diviser. Son pouvoir est condamné par la réunion des membres du corps social, devenus solidaires, dans les territoires, au moment même où ils se libèrent des illusions.

Ainsi allons-nous nous réapproprier le crédit et la monnaie, rebâtir notre industrie, instaurer une laïcité effective en mettant à bas la dictature d’une culture nihiliste érigée en religion d’Etat, restaurer la démocratie.

Telle est la détermination qui est destinée à se renforcer dans une prise de conscience continue au cours des mois et années qui viennent.

Face à cette marée montante, l’oligarchie est privée de toute vision nationale, européenne ou globale, sauf de s’accrocher au pouvoir et de continuer sa prédation en radicalisant ses dogmes, en supprimant les libertés des Français, en leur volant leur travail et leur propriété, et en essayant de les affaiblir mentalement par la corruption des mœurs et la confusion des idées.

Ce travail de destruction peut obtenir des succès, mais comme nous sommes en fin de cycle, la défaite de l’oligarchie est de loin le scénario plus probable. Comme me disait il y a quelques jours un jeune professionnel, les oligarques sont encore en position de négocier honorablement leur départ. S’ils choisissent de s’accrocher et de tyranniser, ils finiront très mal. 

 

 

 

Reconstruire le bien commun

 

Nous avons donc besoin pour le moment de rebâtir le bien commun, à travers des tables-rondes régionales, et une table-ronde nationale, toutes issues non pas des syndicats, partis et organisations patronales, la plupart dominés par l’oligarchie, mais menées par des chefs légitimes et incontestables, issus de la lutte du peuple pour la vie.

 

Les gens sont outrés de voir l’oligarchie condamner le pays à mort, et s’imaginer qu’elle va continuer son petit jeu jusqu’à ce que mort s’ensuive.

 

Nous avons assez de gens capables et outrés pour envahir partis et syndicats dépeuplés et nous y emparer du pouvoir par la simple force du nombre.

 

Nous avons assez de gens capables en France et, au dehors, assez d’exilés patriotes, pour remplacer sans problème chaque oligarque par un patriote, et nous avons assez de jeunes qui veulent entreprendre, pour que le front de l’économie ne se trouve pas dégarni.

 

La conviction de base de la table-ronde doit être qu’on ne sauvera pas la famille sans sauver l’emploi, ni l’emploi sans sauver les entreprises de taille petite ou moyenne (sans exclusive, car il y a aussi des patrons patriotes et justes dans des grosses boîtes). Les réciproques sont vraies, dans quelque ordre que nous prenions ces trois facteurs.

 

Et nous n’atteindrons aucun de ces objectifs sans mettre par terre le pouvoir de l’oligarchie.

 

La solidarité du peuple contre l’oligarchie doit être aussi totale que la convergence de ses intérêts est pour le moment complète. Mais cette solidarité suppose que le nouvel esprit du temps fasse craquer certaines habitudes mentales inadaptées, qui nous divisent, et dont le maintien à tout prix constitue la seule planche de salut pour l’oligarchie. Pour nous libérer de ces habitudes, acceptons de nous poser les questions suivantes.

 

 

 

Accepter de nous poser les questions qui nous mettent en cause

 

Chacun doit accepter de se poser des questions qui, peut-être, risquent de le ou de la remettre en cause. Car, on ne parviendra pas à changer les choses sans mettre par terre la culture de l’individualisme nihiliste.  

Voici quelques-unes de ces questions. J’en ai listé une douzaine. On pourrait sans doute en ajouter d’autres.

 

1. Est-il cohérent d’être à la fois ce qu’on appelle aux USA un « social-conservateur » (pro life, etc.) et un « conservateur en économie » (un ultra-libéral) ? En d’autres termes, cela a-t-il du sens, que de refuser dans l’organisation de la famille un libéralisme libertaire qu’on trouve normal dans l’organisation  de l’économie ? Alors qu’il y est exactement aussi immoral, voire plus ?

Ne faut-il pas, pour le moins, distinguer le droit de propriété qui se reconnaît des devoirs sociaux, et celui qui ne s’en reconnaît pas ? Distinguer les libres entreprises qui donnent aux salariés du travail sérieux tout en rendant des services réels aux clients ; et les entreprises esclavagistes qui ne servent à rien qu’à faire de l’argent avec de la magie pour le malheur des hommes ?

 

2. Inversement, est-il cohérent de se dire à la fois politiquement ou économiquement progressiste et libertaire « dans le domaine des mœurs » ? Un libertaire, n’est-ce pas d’abord, par définition, un antipopulaire ? Voulez-vous être populaire ? Cessez donc d’être libertin, autrement vous êtes aussi hypocrite en votre genre, qu’un conservateur qui fait la morale assis sur son coffre-fort à des gens qui crèvent de faim.

 

Développons ce qui précède : est-il cohérent d’être à la fois pro life, par exemple, et ultra-libéral en économie ? Ou inversement partisan d’une économie sociale, mais sans respect effectif pour la famille et pour la vie ? Le droit à la vie n’implique-t-il pas le droit au travail ? Et celui-ci le droit au respect des entrepreneurs, qui seuls donnent du travail ? Mais aussi, le droit aux structures nationales et internationales raisonnablement protectrices du droit au travail et à la solidarité dans des corps politiques délimités ?

 

Comment donc unir marché et solidarité ?

 

Comment faire pour que le libre commerce (« free trade ») ne signifie pas le travail esclave (« slave work ») ?

 

3. Est-il honnête de parler de justice sociale, tout en admettant une philosophie libertine et individualiste, dont les applications les plus évidentes sont les pires pratiques financières, avec leurs effets de prédation et de destruction des emplois ?

 

4. Qu’est-ce que la dérégulation sexuelle individualiste, sinon le cheval de Troie de la dérégulation économique ultra-libérale ?

Comment le peuple peut-il protester contre un système qui le tue économiquement, s’il en accepte déjà les principes dans son intimité ?

Qu’est-ce aujourd’hui qu’un socialiste individualiste libertaire, sinon un laquais de l’oligarchie ?

Et si on ne fait pas semblant, que devient le combat pour la justice, chez un individualiste dérégulé, sinon la lutte des classes, la guerre sociale, la révolution violente, le collectivisme ? En un mot, toutes les folies qui permettent aux oligarques d’empêcher la réforme en inspirant aux gens la peur de la révolution ?   

 

5. Que sont les aberrations législatives antifamiliales, sinon le moyen de faire prédominer l’Etat et les individus les plus forts en détruisant la famille sérieuse, corps intermédiaire par excellence et premier de tous les contre-pouvoirs ? Notre ami Antoine vous en parlera dans son exposé.

 

6. Est-il honnête de parler de liberté du peuple et de se rendre solidaire de l’idéologie d’un planning familial qui n’est que l’héritier des sociétés eugénistes des années trente du 20ème siècle ? Qui vit des subventions versées par la fondation émanant de la plus grande société de Wall Street ? Et qui vise objectivement, sous divers prétextes, à éliminer physiquement le plus grand nombre possible de pauvres, afin d’empêcher la déstabilisation politique et sociale d’un système économique qui ne peut qu’en produire en masse ? Un système abominablement inégalitaire, car usuraire, et donc stagnant et malthusien ?

 

7. Et qu’est-ce que la dérégulation des mœurs sexuelles, sinon le moyen d’obtenir gratuitement par la corruption les effets malthusiens et de soumission, qu’il serait trop coûteux ou impossible d’obtenir par la contrainte ?

Être populaire, c’est être solidaire ; et être solidaire, c’est être famille ; et être famille, c’est être sérieux.

Être sérieusement sérieux, c’est se montrer humain et compréhensif, car l’existence est souvent difficile, mais sans fléchir sur les principes essentiels. Fléchir sur eux, c’est accepter l’esclavage à terme.  

 

8. Est-il honnête de parler de démocratie (= pouvoir du peuple), et de promouvoir en même temps un individualisme radical qui dissout tout être collectif, tout peuple avec sa culture, ainsi que tout ciment, toute unité, toute force morale du peuple – et donc en définitive tout pouvoir du peuple (démocratie) ? 

 

9. Est-il honnête de lutter contre l’avortement et de ne pas réellement se soucier de donner du travail aux mères et pères de ces enfants – du vrai travail, avec des perspectives d’existence et d’éducation stables et décentes ?

 

10. Comment faire pour que ce qu’on appelle encore « socialisme démocratique », ne soit pas simplement un individualisme encore plus radical ? Comment faire pour qu’il soit autre chose qu’un outil servant à diviser deux intérêts solidaires :

1° l’intérêt de ceux qui ont un besoin vital de travail sérieux dans leur pays,

2° l’intérêt des seuls patrons qui soient capables d’en créer, c’est-à-dire les patrons de PME ?

Surtout quand cette division se fait pour le seul profit du pouvoir de l’oligarchie intérieure, bureaucratique, et des oligarchies extérieures – solidaires entre elles ?  

 

11. Comment peut-on  rapprocher le principe national et le principe social, sans que cela implique un pur égoïsme national et un autoritarisme ? Comment peut-on repousser le principe libertaire autrement qu’au profit d’une simple réaction autoritaire ? Par la famille évidemment.

 

Qu’est-ce qu’une nation civilisée, consciente d’un bien commun qui la dépasse ? Peut-on inscrire notre table-ronde nationale dans une ou plusieurs tables-rondes élargies, par exemple, franco-allemande, ou transatlantique ?

Et peut-on les élargir sans les rendre ineffectives, et manipulables par l’oligarchie, faute de donner assez d’importance à un échelon national redevenu maîtrisable par ses familles et ses territoires ?

 

12. Et ne se pose-t-il pas un problème analogue entre les tables-rondes régionales, dans les territoires, et la table-ronde nationale ?

(…)



[1] Alasdair McIntyre, Rational Dependent Animals. Why Human Beings Need Virtues, Open Court, La Salle, Illinois, 1999.  

[2] Op.cit., p.120. « Nous avons à comprendre les vertus comme nous permettant de devenir des raisonneurs pratiques indépendants (..). »

[3] Car ces lois de la raison dans l’Histoire ont un genre de nécessité qui demande à être pris en compte par des libertés ; et sans la vertu des agents historiques, leur application ne garantit pas que nous allions forcément au meilleur, bien que nous puissions y aller, si nous nous y efforçons. Ignorer qu’il y a des lois, c’est tomber dans la superstition, ou désespérer, manquer de confiance, ou au contraire « prophétiser des visions fausses et extravagantes ». Ignorer que ce sont des lois pour la liberté humaine, c’est tomber dans le fatalisme.

[4] Voir note précédente.

   

La famille, fondement de la société (2)

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Mise à jour le Mardi, 19 Novembre 2013 14:36 Écrit par Henri Hude

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En 1996, j'ai publié à Rome un article intitulé : "La famille, fondement de la société" (Anthropotès, 12/1, Istituto Giovanni Paolo di Studi su matrimonio e famiglia, Roma, juin 1996, p.21-50.). Je le mets en ligne aujourd'hui. Comme il est assez volumineux, je le découpe en plusieurs livraisons.

Voici le premier quart venant après l'Introduction où est donné le plan.

 

I

VUES CLASSIQUES SUR LA FAMILLE

 

         Dans un premier moment, nous considérons donc  la famille et la société d’une manière plutôt classique, les considérant plutôt comme un effet de la nature. Et nous commençons par nous placer à un point de vue plus diachronique, historique et génétique. 

 

I.I

Point de vue diachronique :

Famille et philosophie de l’histoire

 

I.I.I.

La Politique  d’Aristote

 

         Nous partons de l’exposé d’Aristote dans la Politique, L.I. Nous élargirons par après la portée de la méthode génétique à la compréhension d’une histoire plus globale.

 

         Le point de vue diachronique et génétique apparaît dès le début de la Politique[1]. Aristote nous y expose une dynamique fédérative, qui part de la famille, continue avec les villages et s’achève avec la cité. La famille est ici fondamentale, en tant que point de départ du processus naturel, essentiel et historique, de fédération aboutissant à la cité. Si la famille y est un point de départ, c’est qu’elle est plus que ce que l’on entend sous ce nom en Occident à la fin du XXème siècle[2]. La famille est définie, chez Aristote, par la réunion des éléments naturellement complémentaires, que sont l’homme et la femme, les parents et les enfants, les maîtres et les esclaves, à quoi se trouve implicitement ajoutée ultérieurement la dualité formée par la famille, ainsi définie, et sa propriété.

 

         L’analyse d’Aristote appelle six grandes observations.

 

         1) Famille et organicité. La famille n’est pas entendue comme un ensemble d’individualités homogènes, mais comme un ordre où s’organisent des éléments différenciés et complémentaires. La conception moderne de l’égalité pourra donc être destructive de la famille, si elle est comprise comme impliquant un type d’homogénéisation sociale incompatible avec l’organicité différenciée de la réalité naturelle. Plus généralement, la difficulté du problème de la justice dans les sociétés démocratiques est de trouver la manière d’assurer l’égalité des droits et devoirs fondamentaux entre les personnes sans détruire l’organicité sociale[3].

 

         2) Famille et propriété. La famille n’est pas comprise par Aristote comme simple groupement de personnes, mais comme un système plus concret regroupant des personnes et leurs biens,  La famille ne va pas sans patrimoine, donc sans domaine, ni capital. La famille fait système avec la propriété, qui est immédiatement propriété familiale, régime intermédiaire entre la propriété privée purement individuelle et la propriété commune au sens de publique[4].

 

         3) Famille, entreprise, clientèle. La famille dont parle Aristote n’est pas le simple rassemblement du couple et des enfants, même augmentés des aïeuls et collatéraux, dont il n’est pas ici question.    Sa famille  n’est donc pas un simple groupement social, mais aussi une entité économique. Ce n’est pas seulement un lieu de consommation, mais aussi une unité de production. C’est pourquoi Aristote écrit qu’une famille regroupe les maîtres et les esclaves. Ces esclaves ne sont pas seulement des gens de maison (cuisiniers, valets de chambre, cochers, etc.). Ils sont aussi les ancêtres de ce que nous nommons aujourd’hui les salariés de l’entreprise[5]. La famille est donc pour Aristote à la fois ce qu’on nommerait aujourd’hui de ce nom et une entreprise familiale, une entreprise de famille, c’est-à-dire une entreprise où une famille possède le capital, exerce la gestion et utilise du personnel, qui, en ces temps anciens, était principalement servile.

 

         4) Famille et communauté de travail. L’analyse peut évidemment être critiquée à cause de son aspect esclavagiste[6]. Mais elle reste intéressante, si on remplace le terme d’esclave par un autre, qui ne connoterait rien de plus qu’une subordination fonctionnelle à une autorité économique et sociale d’ordre privé et personnalisée, doublée d’une relation plus profonde, durable, globale et organique entre les deux parties. En termes plus modernes, nous dirions que l’entreprise fait partie de la famille ou que les travailleurs de l’entreprise font partie de la famille (la "famille" dirigeante (au sens étroit du mot famille) faisant alors, elle aussi, partie de la famille, dont le bien commun la dépasse tout en reposant sur elle. La thèse d’Aristote sur l’esclavage naturel,  une fois dépouillée de ses côtés moralement inadmissibles, pourrait être comprise comme une thèse plus formelle et plus générale, qui serait celle d’une certaine intégration entre la famille et ce que nous appellerions l’entreprise[7].  Bien qu’elle puisse faire l’objet de critiques justifiées, et aussi de très vives réactions de rejet de la part de mentalités progressistes, l’idée d’une telle intégration mérite certainement qu’on s’y intéresse, dans la mesure où l’idée d’une séparation totale entre les deux choses ne va pas de soi et ne saurait aller non plus sans inconvénient.

 

         5) Famille et communauté de vie. Mais avec cela, les esclaves des maîtres ont eux aussi une existence familiale, au sens étroit du mot. Ce qu’Aristote nomme famille regroupe donc manifestement plusieurs de ces unités élémentaires comprenant homme, femme et enfants. Et tous ces gens vivent dans la même maison, au sens large, sur le même domaine, dans le même espace privé de la famille. La famille d’Aristote est à la fois une entreprise familiale et une communauté de vie de tous ceux qui y sont associés, dans un certain espace qu’on peut appeler le domaine familial.

 

         Bien entendu, ce mode de vie ne se conçoit pas sans une certaine culture beaucoup plus communautaire et beaucoup moins individualiste que celui auquel les derniers siècles ont habitué les Occidentaux. Les serviteurs ne font pas "partie de la famille" au sens où ils feraient partie de la famille nucléaire des maîtres, mais ils font partie de la famille, au sens où les maîtres en font eux aussi partie. La famille d’Aristote est donc bien ce que nous appellerions une société, puisqu’elle a une dimension économique de production aussi bien que de consommation, une dimension sociale, avec sa communauté de vie, éducation, stratification inégalitaire, une culture appropriée permettant notamment l’acceptation volontaire de l’ordre existant et de ses principales pratiques, enfin une dimension "politique", avec sa hiérarchisation et ses institutions (hérédité de la "dynastie" dominante dans la famille au sens large, gouvernement monarchique du père de famille, etc.). La famille est donc, dans la société politique, une véritable société, partielle et non autarcique, imparfaite, mais toutefois riche de toutes les dimensions qui caractérisent la société politique. Elle est donc une institution, formant le premier degré de la subsidiarité sociale, et dont le droit peut reconnaître la pleine liberté, dans le cadre du bien commun.

 

         6) Famille, histoire et fédération. La philosophie de l’histoire d’Aristote expose une dynamique fédérative finalisée par la Cité, qui forme le degré final et parfait où s’accomplit la sociabilité. Aristote n’envisage pas de relativiser la cité à des ensembles plus vastes. Il est donc possible et nécessaire d’élargir et de compléter cette philosophie de l’histoire.

 

Pour revenir au début de l’article cliquer ici.

Pour aller à la suite de l'article (post n°3) cliquer ici

 


[1] Aristote, Politique, I, 2, 1252 b 15-30.

[2] C’est-à-dire en général la réunion d’un homme, d’une femme et de leurs enfants à charge, la famille nucléaire".

[3] Dans les sociétés antérieures et traditionnelles, le problème de la justice se posait de manière à la fois assez semblable, et exactement  inverse. Les conditions de précarité matérielle exigeant de faire prévaloir, face aux périls et aux nécessités,  le point de vue conservatif de la sécurité collective sur le point de vue progressif de la liberté personnelle. Si les conditions de vie redevenaient précaires, nous verrions sans doute cet ancien point de vue reprendre sa prééminence sur celui de la liberté individuelle. Ceci est important pour une appréciation juste du passé, dépourvue d'anachronisme et de présomption.

[4] Il ne faut pas oublier ce point, quand on lit la célèbre critique du communisme platonicien par Aristote (Politique, II, 2-5). Plus généralement, la famille permet une certaine synthèse ou médiation entre une philosophie plus libérale et une philosophie plus communautariste de la cité.

[5] Si l’essence de l’esclavage était la simple inégalité, MARX n’aurait pas tort de voir dans le salariat une simple transformation de l’esclavage, car il y a en effet conservation du rapport de subordination aux personnalités maîtresses à l’intérieur de l’unité de production. Mais à donner de l’esclavage une définition aussi large, on risque de se voir reconduit à la thèse d’Aristote.

[6] Le rejet philosophique de l’esclavage doit être rationnellement motivé. Il ne saurait l’être à notre avis, pas du moins rationnellement,  au nom d’une conception absolutiste de la liberté individuelle et au nom d’une conception égalitariste de la justice. De telles conceptions ne sauraient aboutir qu’à confondre la justice avec des formules de type anarchiste ou communiste ou jacobin. L’esclavage est donc à critiquer en tant que perversion vicieuse d’un rapport de subordination et d’inégalité qui ne serait pas en soi immoral ou contre nature, s’il était rendu compatible avec la justice. L’inégalité est faite pour la redistribution ; c’est une autre manière, plus moderne, de dire que le riche doit partager son superflu avec ses frères (Saint Thomas d’Aquin, Summa theologiae, IIaIIae, Q.32, art.5, ad 2um, Q.66, art. 1, 2 & 7). On pourrait même dire que l’inégalité sociale ne se justifie que comme privatisation de la redistribution, dont l’égalitarisme organise la nationalisation, avec de bonnes intentions et des résultats discutables.

[7] Les institutions socio-économiques du Japon pourraient nous donner une idée de cette conception, qui se trouve peu réalisée dans le monde occidental. E.0.Reischauer, Japan and present, 3ème éd. 1964 ; trad.fr. par R. Dubreuil, Histoire du Japon et des Japonais, 2 vol., Seuil, 1973, ch.13-14.

   

La Famille, fondement de la société. Une méditation philosophique (1)

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Mise à jour le Vendredi, 25 Octobre 2013 20:15 Écrit par Henri Hude

En 1996, j'ai publié à Rome un article intitulé : "La famille, fondement de la société" (Anthropotès, 12/1, Istituto Giovanni Paolo di Studi su matrimonio e famiglia, Roma, juin 1996, p.21-50.). Je le mets en ligne aujourd'hui. Comme il est assez volumineux, je le découpe en plusieurs livraisons.

Voici donc l'Introduction.

 

 

         Les pages qui suivent veulent  être une méditation philosophique sur la proposition que voici : "La famille est le fondement de la société". Il s’agit d’en expliquer le sens et d’en déterminer le degré de vérité.

 

 

Principes

 

         J’assume deux propositions comme vérités certaines et comme principes de toute cette étude :

 

                   1) L’union des humains en sociétés est d’abord un effet de la nature, en ce sens que les uns sans les autres ils ne peuvent ni vivre, ni bien vivre, et qu’ils en sont convaincus. Ils le sentent intuitivement, ils le comprennent réflexivement et ils agissent assez spontanément d’une manière qui exprime une telle conviction. En conséquence, l’union des hommes en société n’est d’abord ni le résultat d’un calcul, ni l’effet d’un contrat, mais d’une croyance, intuitive, universelle et bien fondée, et d’une tendance communautaire, qui ressemble à un instinct par son effet, mais qui en diffère en ce qu’elle ne fonctionne que si elle est branchée sur cette croyance intuitive en la valeur de la vie avec le prochain.  (Dans la proposition précédente, le terme d’abord doit être pris à la fois au sens chronologique et au sens d’une priorité dans l’ordre des causes essentielles).

 

                   2)  Toutefois, une société humaine, en tant que société libre, c’est-à-dire en tant que société ne résultant pas d’abord  de la contrainte et de la coercition, peut et doit aussi être considérée comme reposant sur un pacte. Ce pacte qui répond à l’intérêt bien compris est aussi un pacte social d’équité. Nul n’accepterait en effet de demeurer librement membre d’une société, s’il n’y trouvait pas son avantage, aussi bien en termes d’utilité qu’en termes de respect, d’amitié et d’équité. La loi morale en tant que résumée par la règle d’or, "ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît, surtout si tu étais à la place d’autrui", constitue donc la clause principale du pacte social d’une société libre[1].

 

         Nous tenons les deux axiomes énoncés pour connus de soi par les personnes raisonnables, morales et expérimentées.

 

 

Problème

 

         On n’entend pas seulement par société la société politique, la société parfaite, ou la société souveraine, mais aussi toute communauté membre de la société parfaite. En ce sens large, la famille est elle-même une petite société. Elle aussi peut être considérée comme une société fondée en nature et fondée en volonté sur l’adhésion libre de ses membres. Le problème général à étudier ici est donc celui de savoir dans quelle mesure cette société partielle qu’est la famille est fondamentale pour la société parfaite ou politique, qui l’inclut[2].

 

 

Plan de l’article

 

         Dans la formule sur laquelle nous méditons, le terme société doit donc faire l’objet d’une distinction, selon que la société est plutôt considérée en tant qu’effet de la nature, ou plutôt en tant qu’effet de la volonté humaine. Nous pourrons donc considérer la famille par rapport à la société comme effet de nature, puis la famille par rapport à la société comme effet de volonté. La première considération est plus classique, plus conservative aussi ; la seconde est plus moderne et plus progressive[3]. Tels seront le plan et les deux moments de cet exposé. La sagesse politique consiste à comprendre la suture de ces deux considérations, en saisissant la structure anthropologique qui les rend indissociables, sauf à tomber dans l’erreur et dans l’injustice.

 

         D’autre part, le terme de fondement peut être entendu plutôt au sens d’origine ou au sens de puissance génératrice. Cette distinction ouvre deux points de vue qui caractérisent respectivement les deux sections du premier moment.

 

Pour lire la suite cliquer ici.

 



[1] Une société durablement libre est donc nécessairement une société morale, tout comme une société durablement morale tend à être une société libre. Le pacte social d’une telle société n’a pas d’autre contenu que la promesse mutuelle de conformer sa conduite à la loi morale. Il s’ensuit notamment que, faute d’une loi morale universelle et objective, la notion même de pacte social n’aurait pas de sens logiquement cohérent.

[2] Définissons ces termes. 1) La société parfaite est la société qui a en elle tout ce dont elle a besoin pour vivre et pour bien vivre (ARISTOTE, Politique, I, 2, 1252 b 25-30). Elle serait donc en un sens capable d’une certaine autarcie (autarkeia,  suffisance, inconditionnalité, ici indépendance économique pour vivre), même si en un autre sens aucune société parfaite n’est autarcique, puisque que toute société a besoin d’un extérieur à elle pour vraiment bien vivre. En ce sens, seul le genre humain dans son ensemble est une société temporelle parfaite. 2) La société souveraine est celle qui a le pouvoir de faire une loi humaine au-dessus de laquelle il n’y a pas d’autre loi humaine, sauf les traités passés entre de telles sociétés souveraines. 3) La société politique est une manière habituelle, mais devenue impropre, de nommer la société souveraine, à cause du temps où  l’Etat  cité (polis) était la forme principale de société souveraine.  Ce temps fut aussi celui de la constitution de la philosophie politique. La question de la relation entre la société souveraine et la société parfaite est l’une des plus hautes qui se puisse débattre en philosophie politique. 

[3] Les termes de conservatif et progressif nous semblent plus raisonnables et objectifs que les termes de conservateur et de progressiste, plus chargés d’emphase ou de passions.

   

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