Henri Hude

Idées sur la réforme territoriale. Jugements français

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Mardi, 05 Mai 2015 09:48 Écrit par Henri Hude

 

La suite du rapport en cours de publication a pour objet la réforme territoriale.

Pour revenir au début de l’article, cliquer ici.

Pour revenir à l’article précédent, cliquer ici.  

 

 

La seconde réunion eut lieu au Ministère de l’Intérieur, à l’annexe de Hay Riad. Elle fut conduite dans un premier temps sous la présidence française de G. S., puis, dans un deuxième, sous présidence marocaine, par Mme le Gouverneur N. Z., du Ministère de l’Intérieur marocain.

 

 

 

 

Regards sur les réformes de décentralisation et de déconcentration en France

 

Bien que tous partisans de la régionalisation, les administrateurs français, aussi bien P. S. que G. M. et O. B., dressent un tableau plus que contrasté de la situation à laquelle a abouti la décentralisation française. Certains participants français, notamment nos juristes, ont de leur côté tendance à tempérer la vision négative des praticiens.

 

En résumé, la France a voulu abandonner un système pyramidal d’autorité descendante, réputé archaïque et bloquant. Mais, il semble qu’elle ait surtout réussi à multiplier le nombre des points à partir desquels s’exerce désormais « un polydespotisme descendant », privé de vision d’ensemble et de gouvernance.

 

Entre ces centres de micro-pouvoir absolu, pour lesquels d’ailleurs « Bercy » mesure chichement la réalité financière du pouvoir, c’est l’absence de coopération et de communication. Opacité, méfiance et incohérence : difficile de savoir qui fait quoi, qui doit faire quoi, qui est responsable de quoi. Nous serions donc aux antipodes du programme défini par le Président de la République au début de son quinquennat, au sujet de la réforme sur la décentralisation : « une réforme dans la clarté, la confiance, la cohérence et la démocratie ». Faut-il penser comme Voltaire, qui disait préférer « dépendre d’un seul lion de bonne race que de cent mille rats de son espèce » ?

 

La France présente ainsi l’aspect d’un Etat jadis unitaire partiellement démantelé par l’individualisme juridique et son utopie libertaire. En outre, une gouvernance trop étroitement administrative et la permanence d’un jacobinisme excessif ne peuvent malheureusement qu’accentuer la rigidification des structures.

 

La chose la plus utile eût été la mise en place de politique économiques locales. Tant s’en faut que ce soit le cas, pour des raisons diverses : exclusion partisane des entrepreneurs, archaïsme syndical, principe d’égalité compris par l’Etat de façon inflexible, empêchant toute expérimentation ou spécificité provinciale, et aggravant in fine les inégalités.

 

 

 

                             Trois points ressortent clairement de la discussion :

 

1°) une régionalisation réussie signifie d’abord une synergie économique du territoire, fondée sur une coopération autonome des acteurs en vue de la définition d’un bien commun au-delà des idéologies.

 

2°) Une régionalisation ratée est celle qui ne parvient pas à intéresser les citoyens, sauf une frange pathologique de bavards et d’agités surreprésentés. On implique les gens sérieux quand chacun sait qu’il s’agit en priorité de donner aux gens du travail réel, en oubliant idéologies, marottes et mascottes, en tirant partie des synergies et des solidarités locales, et en organisant pour cela une table-ronde permanente d’où un projet territorial équitable et efficace en termes de développement réel et d’emploi non fictif doit sortir au jour le jour.

 

3°) Une régionalisation réussie dépend aussi d’une forte légitimité du pouvoir politique, légitimité qu’il tire de sa vision et de son exemplarité. 

 Pour avoir la suite du rapport, cliquer ici.

 

Contrôle de constitutionnalité ou extension indéfinie du pouvoir judiciaire ?

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Mardi, 05 Mai 2015 09:46 Écrit par Henri Hude

Suite du rapport intitulé Qu'est-ce que réformer ? Comment réformer ?

Pour revenir au début de ce rapport. (J'y rends compte de tables-rondes franco-marocaines auxquelles j'ai participé fin 2014 à Rabat.)

 

 

Sur l’extension indéfinie d’un pouvoir judiciaire sans contre-pouvoir

 

 

Deux grandes leçons de droit

 

La réforme postmoderne fondamentale est celle qui tend à installer le pouvoir judiciaire comme pouvoir suprême.

Ce pouvoir se présente comme la prérogative de casser la loi au nom de la loi fondamentale, ou des grands principes auxquels elle se réfère. Son utilité ne serait discutable en principe que pour un partisan de l’absolutisme. Sa valeur cesse évidemment si la compréhension des grands principes devient trop sectaire ou trop partisane. En ce cas, le judiciaire n’est plus qu’une autre figure de l’absolutisme, plus dangereuse car moins visible.

Ce pouvoir devient diffus, protéiforme, incontrôlable. Il appartient de plus en plus à une multitude d’instances extra-constitutionnelles, voire à des organisations non-gouvernementales, tout ce monde étant proclamé ou se proclamant protecteur des droits individuels (conférence de P.B.) ; mais il s’incarne bien sûr d’abord dans les corps judiciaires administratifs, civils et constitutionnels ultimes (conférence d’A.L.).

 

Les droits individuels réputés fondamentaux deviennent le bien suprême. Par suite, les instances protectrices (ou réputées telles) desdits droits, avant tout le pouvoir judiciaire, deviennent le pouvoir suprême.

 

 

P.B. nous fait assister à l’évolution historique de la République française.

      1° Le régime d’un Parlement souverain, dont la fondation se veut rousseauiste, référé à la Loi, expression de la Volonté générale (IIIème et IVème Républiques).

     2° Le temps d’un régime technocratique « rationalisant » le parlementarisme et le soumettant étroitement à l’exécutif (Vème République à ses débuts).

      3° Le temps d’un contrôle du législatif et de l’exécutif, ensemble, par le judiciaire.

 

  

A.L. montre comment ce contrôle peut s’exercer à travers le recours à la Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC).

 

L’usage consensuel et modéré de la QPC permet d’éviter la formule moins rationnelle et plus anarchique du contrôle de conventionalité. Le nombre de ces actions tendra à se réduire, le législateur anticipant de plus en plus les actions sur la base de la QPC et désirant ne pas s’exposer à ce genre de censure.  

 

 

Discussion

 

Le débat qui suivit permit de confirmer, notamment à travers les mises au point de M.-N.J-B., le caractère exceptionnel de cette réforme institutionnelle de la QPC, qui sembla rallier tous les suffrages et encourager chaque institution à jouer son rôle avec mesure, en solidarité avec les autres instances. (En somme, si je dis la même chose à ma façon, toutes les institutions sont d’accord pour abolir le règne de la loi, pourvu que chacune préserve son pré carré).

Toutefois, par-delà la construction d’instruments technico-juridiques toujours plus aboutis, de nombreuses questions demeurent.

Car si tout le monde est d’accord pour éliminer la possibilité d’abus de pouvoir manifestes et intolérables, beaucoup expriment les plus sérieuses réserves sur les processus en cours ou déjà mis en place.

    

       1 Les juges et certains acteurs civils ne sont pas moins faillibles ou moins corruptibles que les autres hommes ;

      

       2 Pourrait-on parler de progrès de la démocratie, si cette évolution aboutissait à faire du pouvoir judiciaire un nouveau pouvoir absolu, dont la responsabilité ne pourrait être mise en cause par aucune procédure démocratique ?

 

       3 Jusqu’où l’extension indéfinie des droits de la défense peut-elle ôter tout droit à la société et sans déstabiliser l’ordre public ? 

 

       4 Que penser de l’efficacité d’un contrôle judiciaire qui, dans les plus grands Etats, tolère des abus tels que ceux qui ont été révélés par E. Snowden ?

 

       5 La définition des droits de l’Homme, au lieu de promouvoir le bien commun de tous les individus de l’espèce humaine, peut devenir la propriété privée des partisans extrémistes de l’individualisme radical ou d’une anthropologie culturaliste et libertaire. Les droits de l’Homme ne sont plus alors une garantie contre l’abus des pouvoirs, mais une ruse pour installer un pouvoir contre lequel n’existera plus nulle garantie. Ainsi devenues partisanes et potentiellement despotique, ces définitions peuvent-elles encore être considérées comme le palladium des libertés ? (Pr. B., du Centre Marocain d’études stratégiques, CMES)

 

       6 Un certain extrémisme de la neutralité idéologique n’incorpore-t-il pas une idéologie tout à fait déterminée, qui n’a rien de neutre et qui transforme le juge en verrou interdisant de changer des politiques économique ou culturelles partisanes, profitant scandaleusement à certains au détriment des autres, tant au sein des Etats que dans l’arène internationale ?

 

         7 Enfin, au-delà de la focalisation sur certains sujets sociaux à haute tension, ne peut-on redouter que cette ascension indéfinie du pouvoir judiciaire se révèle surtout utile aux intérêts les plus particuliers et les plus transnationaux, en abaissant le pouvoir constitutionnel démocratique et national, face à des oligarchies d'argent, à des organisations transnationales, rendant difficile la lutte contre le crime organisé, mais facilitant les ingérences et les impérialismes ?

Pour avoir la suite de ce rapport, cliquer ici.

 

   

Qu'est-ce que réformer ? Comment réformer ?

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Mardi, 05 Mai 2015 09:45 Écrit par Henri Hude

 

 

C’est la question que doivent se poser les décideurs qui ont à mettre leur pays sur le chemin de la Renaissance.

 

C’est pourquoi je livre ici à leur réflexion trois éléments concrets :

     le premier, sur les réformes institutionnelles ;

     le second, sur la réforme territoriale ;

     le troisième sur la réforme de l’Administration.

Ces pensées ne sont pas nées du fonds de ma cervelle, mais de l’expérience et du travail en commun. J’ai participé les 2 et 3 décembre 2013, à Rabat, à trois tables rondes sur le thème d’ensemble « de la gouvernance de réformes structurelles ».

On m’avait confié la rédaction d’un rapport réfléchi. C’est celui que je commence à publier sur ce blog, en un certain nombre livraisons.

Mon rapport n’a pas fait consensus. Cela n’étonnera personne. Il me semble utile et licite de le publier, après dix-huit mois, en remplaçant par leurs initiales les noms et prénoms des participants, que je salue cordialement.

 

 

 

Première table-ronde (Hôtel de la Tour Hassan) : « Réforme institutionnelle ». Présentation.

 

Ce premier acte compta quatre scènes :

-                      1°) quelques points de méditation sur l’idée de réforme (H.H.) ;

-                      2°) Une leçon de droit sur la place des instances protectrices des droits fondamentaux (P.B.) ;

-                      3°) Une seconde leçon sur le rôle du conseil constitutionnel (A.L.) ; 

-                      4°) Un débat-discussion.

 

 

 

Scène I : Quelques points de méditation au sujet de la réforme (H.H.)

 

Dans son exposé, H.H. insista sur l’importance d’un temps de réflexion de fond sur les principes, y compris moraux et métaphysiques, avant d’entrer dans la nécessaire technicité d’une discussion pratique.

 

La réforme est le principal moyen d’éviter la révolution. Toutefois, elle dérange tant d’habitudes et froisse tant d’intérêts particuliers, qu’elle requiert chez les responsables de grandes qualités : sagesse, équité, habileté, patience.

Au reste, qu’est-ce qu’une révolution ? Ce mot évoque l’idée d’un changement radical modifiant la culture, le régime, l’économie et l’identité même de la société. Mais, il veut dire aussi, et originellement, un tour complet qui finit par nous ramener au même point. N’y a-t-il pas là matière à méditer ? Mesdames et Messieurs, tout le monde sait que vous faites partie de ceux qui savent et savent faire. Mais il est de mon devoir de rappeler que, pour réformer, il faut aussi savoir méditer.  

 

Concernant la corruption, H.H. affirma que la plus grave et la plus fréquente n’est pas celle qui se présente sous des formes sordides et pénalement punissables, mais sous les formes anodines, quotidiennes et inconscientes de la collaboration aux abus, par le carriérisme, le conformisme, le silence et par l’excès de docilité à l’opinion dominante du moment.

 

La technocratie ne peut pas être l’instrument de la réforme. A ce sujet, H.H. nota que dans « réforme », il y a « forme » (terme qui, dans une tradition philosophique commune à nos deux pays - celle d'Aristote, reconnue au Maroc et en France - signifie aussi bien « forme » - morphè  qu’« idée »).

Il s’agit là d’une notion qui, dans son apparente simplicité, recèle une grande profondeur : la forme, en termes modernes, c’est la structure et la constitution. En termes traditionnels, c’est aussi bien l’essence que la nature, ou, encore plus au fond, l’Archétype, l’Idée éternelle ou divine. S’il n’y a pas d’essence, il y en a encore une : l’esprit constructiviste et ses produits. L’essence de la réalité humaine est alors conçue comme un matériau supposé plastique à l’imposition des formes surgies de l’imaginaire technique, qui devient une instance quasi-divine.  

La sagesse réformiste saura éviter cette intempérance, et trouver le point de suture entre la culture et la nature, entre la constitution pré-juridique et la constitution humainement instituée. Là se trouve la condition principale d’une action sage et aussi d’un compromis équitable et d’un consensus raisonnable.

 

Avoir le sens de la durée. Réforme évoque les termes d’évolution, de fixisme, de progrès, de révolution, d’adaptation, d’altération, de croissance et de crise de croissance. Des dirigeants ayant à réformer pourront prendre avec profit un peu de temps pour peser ces termes et méditer sur la philosophie du changement. Qui ne prend pas le temps du recul s’enferme dans l’instant, oublie la durée. C’est l’erreur majeure, car ce qui en fait abstraction ne vaut rien.

 

Le terme de « ré-forme » renferme de nombreuses ambiguïtés.  En effet, le « re » peut signifier une intention de re-tour à la « forme », une volonté de re-venir – mais à quoi ? 

Revenir aux sources et vers l’esprit de la fondation première ?

Revenir vers l’utopie, c’est-à-dire la pure nature, ou la pure raison, faisant abstraction d’une tradition, de la culture et de l’Histoire ?

Ou encore, tout simplement, revenir en arrière, parce que c’était mieux avant ? 

 

Réformer, c’est d’abord rendre ses droits au processus de la vie qui s’est figé en fonctionnement mécanique. Le « re- » de « réforme » signale ainsi la nouveauté d’un dynamisme méthodique. Au-delà des habitudes mécaniques encroûtées, la réforme permet à une société ou une de ses organisations, de retrouver son lien avec la vie et avec l’inspiration créatrice. La réforme entreprend ainsi de re-constituer un corps qui avait vieilli et était devenu progressivement mal adapté aux circonstances.

 

H.H termine en soulignant le rôle fondamental d’un leadership exemplaire pour le succès des réformes. 

Pour aller à la suite du rapport, cliquer ici.

   

Dialogue avec un ami au sujet du FN et du Front de Gauche

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Samedi, 18 Avril 2015 17:29 Écrit par Henri Hude

Un ami m’écrit :

« Bonsoir cher Henri.

« J’ai lu votre article sur le Front National et le Front de Gauche. Je pensais y trouver la suggestion d'une alliance [du FN] avec le Front de Gauche, condition de l'éventuelle accession du FN au pouvoir. Mais finalement le mathématicien que vous êtes prévoit une montée inexorable du vote FN à mesure que la classe moyenne se prolétarise. Si la démonstration mathématique est imparable, la possibilité de bascule du vote de masses désireuses d'exprimer leur mécontentement vers un extrême ou l'autre ne peut-elle pas l'être tout autant ? »

Cette excellente interrogation mérite une réponse étoffée, sans hâte. D’abord, trois questions pour préparer la réponse.  

 

 

1° Comment se forme une majorité ? Selon une analyse classique, il y a toujours trois grandes forces politiques : les libéraux, les travaillistes-solidaristes et les conservateurs. Il en est ainsi à cause de la structure de la justice, elle aussi ternaire (voir à ce sujet le début d'un autre article). Comment donc se forme une majorité ? Toujours par l’alliance entre des représentants de ces trois grandes forces.

 

 

 

2° Comment se forme la majorité en France ? Depuis 20 ans, les majorités, en France, sont TOUJOURS libérales. C’est ce qu’il convient absolument de comprendre et c’est ce que nos journaux, Le Monde et Le Figaro s’ingénient à nous empêcher de comprendre.

Nos libéraux n’ont guère l’air de l’être, car ils sont menés par une oligarchie trans-parti de hauts-fonctionnaires, de tradition plutôt jacobine et social-démocrate, mais qui par pragmatisme ou servilité applique docilement la politique de Washington relayée par Bruxelles. Ils ne sont peut-être pas libéraux de cœur, mais ils sont libéraux de fait. Ils vivent d’ailleurs dans la même contradiction que les grands seigneurs féodaux de la fin du XVIIIe qui se piquaient de libéralisme. Ils se maintiennent continuellement au pouvoir, à travers toutes les alternances, soit grâce à l’alliance des libéraux de droite avec une partie des conservateurs, soit grâce à l’alliance des libéraux de gauche avec une partie des travaillistes. Dans ces deux alliances, les libéraux sont toujours le partenaire dominant, les conservateurs ou les travaillistes sont toujours un partenaire d’appoint. L’essentiel de la politique est idéologiquement libérale (malgré la gestion d’un Etat centralisateur jacobin). A la marge, ou le plus possible avant les élections, seront faites quelques concessions aux conservateurs (rarement) ou aux travaillistes (assez souvent). C’est ainsi que la France conjugue les problèmes d’une politique idéologiquement libérale avec ceux d’une politique archaïquement jacobine et social-démocratique. C’est cette politique ruineuse qui conduit la France dans une impasse.

 

 

 

3° Comment peut changer la majorité en France ? Il est donc évident que ceux que nous appelons les libéraux ne peuvent perdre la majorité que d’une seule façon : si les conservateurs et les travaillistes trouvent moyen de se regrouper contre les libéraux ; ces derniers tenteront alors une grande coalition libérale « gauche-droite », mais qui ne suffira pas, à mesure que les conditions socio-économiques seront trop dégradées et que les libéraux auront trop tenté d’imposer dogmatiquement l’ordre culturel libertaire.

Le concept de Nation est le point commun entre des conservateurs qui en ont assez de se faire flouer par leurs alliés libéraux de droite, et des travaillistes conséquents qui en ont assez de trahir le peuple en se mettant à la remorque des libéraux de gauche.

L’exemple de la Grèce montre que, dans une situation socioéconomique très dégradée, l’union nationale devient possible et de fait est réalisée.

L’alliance peut se réaliser quand 1° les conservateurs comprennent que leurs chances de réorienter le bloc conservateur-libéral sont strictement nulles ; quand

2° les travaillistes comprennent que leurs chances de réorienter le bloc « socialiste » (en fait libéral de gauche) sont tout aussi nulles ; et quand enfin

3° les deux groupes sont capables de passer un deal en se faisant, dans l’intérêt commun et pour le bien de la Nation, des concessions suffisantes. 

C’est aujourd’hui le cas de la coalition au pouvoir en Grèce, où un parti dit d’extrême gauche représentant les classes populaires s’est allié à un parti conservateur sur la base d’un programme simple : (i) fin d’une politique d’austérité dont l’objet est de sauvegarder les intérêts libéraux (y mettre fin est au cœur des objectifs de Siriza), (ii) aucune hostilité envers l’Eglise orthodoxe et (iii) ministère de la défense confié au parti conservateur. Cette alliance nationale a devant elle des défis considérables et parfois désespérés, l’ordre économique et financier risquant de s’écrouler. Mais elle a conscience que la Grèce a le devoir de survivre avant tout en tant que nation et démocratie.

Nous avons maintenant les moyens de répondre à la question de mon ami, qui en fait est double.

 

 

 

Première question : ce qui précède signifie-t-il, annonce-t-il, suggère-t-il une alliance Front de Gauche/FN ? La réponse est très probablement non. Ces deux formations se détestent entre elles et c’est la grande chance des libéraux. En plus, elles n’ont pas le personnel qui leur permettrait de gérer l’Etat et la société. Mais, si la situation socio-économique continue à se dégrader, comme on peut le prévoir, ou dans la bourrasque d’une grande crise financière, la pression en faveur de l’alliance conservatrice-populaire sera énorme et les partis devront s’adapter ou disparaître.

Et surtout, les partis devront eux-mêmes se transformer pour inclure des nouveaux membres, capables de gérer l’Etat à la place des énarques. C’est là l’enjeu principal des années qui viennent. Comme ces nouveaux doivent être, et sans doute seront, pour une bonne part des entrepreneurs, il n'y a rien de paradoxal à dire que la fin du libéralisme sera le début d'un renouveau de l'économie libre sérieuse, celle où la finance (monnaie, crédit, assurance) est au service du développement humain. Les trois dimensions de la justice seront ainsi réarticulées.

Par ailleurs, étant données les épreuves terribles qui s’approchent, redisons bien qu'il est très possible que ces dimensions de la justice, dont nous venons de parler, soient un jour incarnées par des partis inconnus ou inexistants aujourd’hui, avec un personnel composé de nouveaux entrants dans le monde politique. C’est ce qui se passe dans de nombreux pays d’Europe du Sud touchés par la crise. Il faut donc élargir notre compréhension de l’espace politique à des start-ups politiques, qui ne sont rien aujourd’hui, mais peuvent représenter tout demain.     

 

 

 

2ème question : les masses prolétarisées ne pourraient-elles délaisser le FN et rebasculer un jour vers le  Front de Gauche ? Comme on vient de le suggérer, il se peut très bien que l’extrême gauche de demain soit un parti intégralement nouveau, né sur les graves problèmes que connaîtra probablement notre pays dans les années à venir. Il en va de même pour le futur parti conservateur.

Une fois que l’on prend en compte ce renouvellement potentiel, je pense qu’il est moins pertinent de s’arrêter à l’opposition actuelle entre ces deux partis (FN/FG). Une alliance entre un parti populaire dit d’extrême gauche, c’est-à-dire (demain !) non libéral et non idéologique, avec un parti national et conservateur n’est en aucun cas impossible. Il n’y a rien d’incompatible entre les diverses dimensions de la justice, quand elles sont interprétées hors fanatisme idéologique. La liaison des populaires et des conservateurs est donc l’alliance naturelle pour les citoyens voulant conserver les droits démocratiques, et donc la souveraineté nationale, et étant aussi conscients que la pauvreté et le chômage exigent une politique prenant en compte les intérêts économiques du peuple et non plus les grands projets internationalistes des élites anglo-saxonnes.   

Un point clé à noter, est que la politique libérale est fondamentalement oligarchique, comme le montre son origine dans l’Empire britannique au début, puis dans l’Empire américain, aux traditions bien plus inégalitaires que celles des pays d’Europe continentale. En cela, la politique libérale (les intérêts de l’élite financière) s’oppose à la démocratie (intérêts du peuple, du travail et des entreprises). Le principe de souveraineté populaire (ou nationale, car c’est la même chose, vue de l’extérieur), sans lequel il ne peut exister de démocratie, forme clairement la base d’une alliance entre partis populaires et parti nationaux-conservateurs.

Naturellement, si l’on s’en tient au FN et au Front de gauche actuels, nous sommes très loin d’une telle alliance. En effet, le Front de Gauche semble moins représenter une politique populaire que les passions idéologiques d’une partie spécifique de la population, la classe moyenne et supérieure des fonctionnaires. Quant au Front National, la lecture attentive de son programme semble montrer qu’il cherche plutôt à recruter les cadres du jacobinisme actuel, pour mener une politique centralisatrice, sans renouvellement réel de l’élite – ce qui est pourtant le point clé de toute réforme en France.

Mais pour un pays, les années de souffrance comptent double, et les classes politiques qui ont échoué peuvent perdre très vite leurs « parts de marché » électorales, comme on peut le voir avec l’effacement ultra-rapide des partis socialistes notamment en Espagne et en Grèce. Et inversement avec la montée fulgurante de partis nouveaux, réussissant à exprimer les besoins d’un renouvellement authentique.

   

Considérations sur le Front National et le Front de Gauche

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Lundi, 13 Avril 2015 10:59 Écrit par Henri Hude

Prendre la mesure des faits présents

 

Les dernières élections, où un électeur sur deux s’est abstenu, ont montré que le FN représentait 1 électeur sur 4.

Des études d’opinion se succèdent (par exemple, un récent  sondage réalisé par l’Ifop ). Elles permettent de compléter notre connaissance de l’électorat du Front National. L’essentiel tient en deux points.

Premièrement, le FN représente en chiffres ronds, plus de la moitié des ouvriers et un peu moins de la moitié des employés. Ces classes populaires, jadis cœur  de l’électorat de gauche, tentent de se défendre contre une politique de mondialisation libérale financière qui les précarise et les met en voie de prolétarisation. Ce sont d’abord elles qui votent FN.   

Deuxièmement, le FN représente (toujours en chiffres ronds) un jeune sur deux, voire, contre un candidat socialiste (= « social-traître », comme disaient jadis les communistes), deux jeunes sur trois (ici, jeune = moins de 35 ans). De plus, trois jeunes sur 4 se sont abstenus. Cela ne veut pas dire qu’ils soient sans opinion, ni indifférents. Trois jeunes sur quatre se disent à droite et deux sur trois se disent « très à droite ». Enfin, ces jeunes sont les plus déterminés des citoyens dans leurs options politiques.  

Même si le phénomène touche d’abord les jeunes et les classes populaires, à ce niveau d’importance, tous les milieux sont concernés sans exception. Comme le Front attire encore plus les hommes que les femmes, on peut estimer que dans de très nombreux endroits, surtout les plus déshérités, plus de deux hommes sur trois en dessous de 34 ans votent FN. Que cette jeunesse populaire se fasse insulter en bloc comme un ramassis de sales fascistes par un Premier Ministre étiqueté socialiste laisse rêveur. 

 

 

 

Prévoir l’avenir

 

Ces faits permettent de prévoir en partie l’avenir, sans grand risque d’erreur, compte tenu de la structure stable de l’environnement économique et politique.

La politique de mondialisation libérale financière ne sera ni changée, ni atténuée, tant que Washington dominera la planète et ne sera pas confronté à une révolution sociale aux Etats-Unis eux-mêmes. Cette politique rompt décidément l’équilibre capital/travail au bénéfice du capital, et, ce qui est bien pire, assure au capital financier un avantage exorbitant sur le capital agricole ou industriel. L’investissement dans ces conditions ne peut pas se faire dans un pays mûr et une solidarité sociale suffisante représente un handicap pour tout pays. C’est particulièrement vrai dans notre pays, où cette politique se conjugue à un jacobinisme mal géré, issu d’une autre époque. Ainsi, le chômage réel ne peut-il que croître, l’inégalité s’accroitre et le niveau de vie stagner ou baisser. Le peuple continuera à devoir choisir entre la précarisation et le chômage. Seul l’endettement, désormais assuré en grande partie par la planche à billets de la BCE, permet de masquer pour un temps, par l’augmentation de la dépense sociale (mais de plus en plus difficilement) la chute des conditions de vie du peuple.   

Dans ces conditions, la proportion des prolétaires et celle de ceux qui sont en voie de prolétarisation ne peut que s’accroître, ainsi que (sans doute) leur degré de radicalité, à mesure que se succèderont les tours de vis. La même chose doit être dite pour les jeunes, mais en pire, car ils sont un effectif démographique restreint à devoir faire face, sans investissement suffisant en leur faveur et à une période où le chômage les touche à un niveau historique, à la totalité de dettes financières ou sociales (retraites notamment), dont le montant est insupportable. 

Si donc les mêmes causes continuent à produire les mêmes effets, le vote FN ne peut qu’augmenter dans les années à venir. Chaque année, les cimetières accueillent une classe d’âge qui raisonnait en fonction de son expérience vécue d’une économie relativement prospère, équitable et de la démocratie. Chaque année accède au droit de vote une classe d’âge qui a fait l’expérience d’une économie injuste et en récession, ainsi que de la confiscation de la démocratie par une oligarchie, ses idéologues et sa clientèle.

De plus en plus, la finance, l’oligarchie et l’Europe sont universellement détestées. Et si la classe politique est discréditée, c’est qu’elle est au service d’intérêts qui ne tiennent aucun compte de ceux du peuple.

Pour schématiser, si l’on compte 60 classes d’âge en droit de voter, le FN est grosso modo majoritaire dans les 20 plus jeunes, à l’exception des scolaires qui n’ont pas encore pris contact avec le monde réel, vivant encore grâce à l’Education Nationale dans le monde imaginaire de l’idéologie. Dans les 40 classes d’âges plus âgées, les gens votent pour les partis de gouvernement à plus de 75%. Mais, chaque année, une classe d’âge à 75% UMP-PS est remplacée par une classe d’âge à 50% FN. A rythme constant, la bascule serait faite dans une vingtaine d’années. Le rythme va toutefois s’accélérer, si l’on admet que la prolétarisation va continuer à s’aggraver, et surtout que, progressivement, les retraités, puis les fonctionnaires, vont être à leur tour touchés par l’austérité à venir.

 

 

 

Le Peuple et la Nation

 

La diabolisation du FN est contre-productive et dérisoire. Si les partis de gouvernement voulaient le réduire, il leur faudrait assumer la justice de solidarité. Cela signifierait cesser de raconter toujours la même histoire ridicule sur la croissance qui va revenir dans deux ans. Et cela ne signifierait ni tondre les familles nombreuses de classe moyenne, ni tondre les petits patrons, seuls à donner du travail à leurs compatriotes. Cela signifie réactiver une saine démocratie, et réévaluer son cadre, qui est la Nation. Cela signifie donc déclarer notre indépendance vis-à-vis de Washington et vis-à-vis de Bruxelles, dans la mesure où Bruxelles ne fonctionne que comme une simple courroie de transmission des intérêts et volontés de Wall-Street et de Washington.

Mais rien de cela n’a de sens, ou plutôt tout cela n’est qu’un ensemble d’idées générales, tant que cette nouvelle politique n’est pas portée par une formation politique aux projets opérationnels et précis, rassemblant des compétences assez nombreuses et solides pour les mettre en œuvre. Ces compétences – qui existent – ne peuvent venir que de la société civile et en particulier du milieu des entrepreneurs, s’ils décident d’opter pour l’engagement plutôt que pour l’émigration à laquelle l’énarchie les pousse. Sans ce sang neuf, la réaction nationale et sociale n’aboutira qu’à une économie de pénurie et au déclassement de la France. Cela veut dire que la classe des hauts-fonctionnaires, avec celle des idéologues et des communicants, considérant qu’elles ont ensemble failli, acceptent de laisser la place à des couches dirigeantes nouvelles. 

A défaut d’un tel renouvellement du personnel et d’une telle révision déchirante de nos politiques, le Front National restera le seul parti à représenter objectivement une apparence de justice de solidarité et son moyen nécessaire, qui est la Nation, mais sans offrir de perspective convaincante de succès.

 

 

 

Le Front de Gauche et la Nation

 

Il n’y a pas de justice de solidarité sans la Nation. L’Europe sociale existera le jour où la City aura perdu le pouvoir en Grande-Bretagne, autrement dit aux calendes grecques. Le Front de Gauche et les « frondeurs » du PS montreront donc une volonté convaincante de justice sociale et de démocratie, le jour où ils seront en mesure de retrouver franchement la Nation. Autrement, tout ce qui relève à gauche d’une philosophie « chevènementiste », ou tout simplement de gauche, finira dans le discrédit, l’abstention ou sera siphonné par le FN.

De plus, la gauche sans contenu s’obsèdera de plus en plus avec un individualisme libertaire tapageur, gauchisme de compensation, celui-là même qui fait vivre les Loups de Wall-Street. Dans la tradition rousseauiste, la souveraineté du Peuple et celle de sa Nation sont les deux faces d’une seule et même réalité républicaine. C’est le même Peuple qui est appelé à la fois Etat, Souverain et Puissance, relativement aux autres peuples (Contrat social, Livre I, ch.6, fin). L’internationalisme démocratique est une vue de l’esprit. En outre, la République vit de patriotisme et de morale sérieuse. Elle exige une sévère limitation de l’individualisme et le rejet de ses dérives libertaires. Si la gauche du PS ne marque pas tout cela nettement, elle n’est ni cohérente, ni capable de convaincre de sa sincérité. Qu’est-elle ? « Une vieille chanson qui berçait la misère humaine ».

 

 

 

La justice et la Nation

 

L’Idée de Nation peut avoir partie liée avec les trois dimensions de la justice. En France et en Italie, la Nation fut au XIXème siècle une Idée libérale. En Allemagne, elle fut jusqu’en 1945 une Idée autoritaire. Dans le contexte de la mondialisation financière libérale, la solidarité n’est plus qu’une charge rendant un pays moins compétitif, et les ploutocraties sont toutes puissantes au niveau des organisations internationales. De sorte que la réaffirmation de l’autorité de l’Etat et de la Nation constitue la voie nécessaire et réaliste d’une politique respectant la justice de solidarité. La notion d’économie nationale et de stratégie économique nationale doit donc reprendre toute son importance.

 

 

 

Un débat politique anachronique

 

Les partis de gouvernement ont tort de concentrer leur critique du FN sur ses chefs et leur idéologie. La direction du FN, de tradition très autoritaire, fédérait les héritiers des divers partis qui s’étaient retrouvés, successivement, du côté perdant, au cours des grandes disputes de l’Histoire de France, tous animés d’un puissant complexe réactionnaire : soit d’Ancien-Régime et traditionalistes, soit ayant été ou restant tentés par l’idéologie fasciste (= la politique autoritariste issue des Lumières), parfois tentés aussi par la collaboration durant le Seconde Guerre Mondiale, mais surtout sans projet humaniste positif et innovant, au-delà de ressentiments vigoureux, et insistant donc d’autant plus sur le « principe du Chef », nécessaire pour compenser l’absence de tels principes innovants. 

Mais, le temps passant, les générations se succédant, et surtout la situation générale étant celle que nous avons dite et celle que nous savons, ces reproches sont de plus en plus en décalage avec les soucis des Français. Le pouvoir de la culpabilisation bien-pensante ne mord pas sur des couches sociales ou des classes d’âge prolétarisées, pour lesquelles le libéralisme n’est pas la liberté, mais la galère. La critique de l’anachronisme du FN est donc elle aussi anachronique.  

Un juste reproche, plus actuel, serait que le FN semble viser moins à attirer les entrepreneurs qu’à séduire un nombre croissant d’énarques.

Un second, qu’il ne fait preuve d’aucune inventivité ou audace dans le domaine culturel. Le FN évite de se placer sur ce terrain, moins pour dissimuler des convictions inavouables qui s’érodent, ou parce que son électorat central ne volerait pas si haut, que parce qu’il n’a plus rien à dire sur le sujet. Une fois laissées de côté les traditions antimodernes, totalitaires, etc., il retombe par simple gravitation dans le rang de la banalité culturelle postmoderne. La mise à l’écart d’Aymeric Chauprade, un des rares esprits remarquables au FN, en est le signe. Et pourtant, le chaos économique et l’iniquité sociale sont des aspects avérés de cette même misérable culture libérale-libertaire, avec laquelle il faudrait oser rompre – mais en faveur de quoi ? Si on le savait, si on pouvait le dire de façon claire et audible à tous, c’est qu’une vision rassembleuse et d’avenir aurait émergé – celle qui nous manque.   

En résumé, la situation mûrit, mais elle n’est pas encore mûre. Les instruments culturels et politiques, ou économiques, non plus que le personnel nouveau et son organisation, ne sont pas encore là. La France a encore pas mal de chemin à faire, avant d’espérer sortir du tunnel. Toutefois, il est absolument certain que de très grands changements se préparent. Nous allons essayer de dire plus précisément lesquels et pourquoi.

 


 

   

Après les élections de mars 2015. Premier commentaire

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Lundi, 30 Mars 2015 11:24 Écrit par Henri Hude

 

 

Voici quelques commentaires sur les élections départementales, d’un point de vue que je qualifie de classique – c’est-à-dire éclairé par des concepts universels bien formés.

 

 

 

Le concept de justice, clé de l’analyse politique

 

Je suppose connue la structure ternaire de la justice. Ce point fondamental pour toute action politique est explicité dans un article sur la structure ternaire de la justice. Ces trois dimensions de la justice sont :

la justice de liberté

la justice d’autorité

la justice de solidarité

L’intelligence de cette structure ternaire permet seule de produire des analyses rationnelles et scientifiques, et non pas simplement empiriques. Elle permet de caractériser les acteurs nationaux ou les nations, en donnant à chaque fois la proportion entre ces trois dimensions, qui est propre à tel ou tel acteur. Tout acteur raisonnable admet ces trois dimensions, mais avec des différences dans l’ordre de priorité entre les dimensions.

Par exemple, traditionnellement, nos partis de gouvernement représentent : à droite, l’autorité de l’Etat, la liberté individuelle en économie et un certain conservatisme culturel ; à gauche la solidarité sociale, la liberté individuelle dans les domaines non-économiques, et l’autorité comprise comme celle de la République, fruit d’un pacte social entre libertés individuelles. Néanmoins, les deux partis traditionnels de gouvernement représentaient quand même chacun certaines conditions ou certains aspects de la justice solidaire : la droite en adoptant un modèle de croissance économique nationale conditionnant un développement social ; la gauche en insistant davantage sur ce dernier élément et en soutenant les droits des salariés.

Autre exemple, le Royaume Uni a principalement une culture de justice libérale ; l’Allemagne traditionnellement une culture de justice autoritaire ; et la France avait une culture de justice solidaire.  

La structure de la justice peut-elle nous aider à comprendre la situation politique de la France, après les élections de mars 2015 ? Oui. En nous permettant de poser les bonnes questions, celles qui conduisent aux réponses utiles.

La première question concerne les partis de gouvernement, UMP et PS.  

 

 

 

Quelle dimension de la justice représentent et expriment les deux grands partis de gouvernement ?

 

Le parti socialiste et l’UMP sont avant tout en 2015 deux partis libéraux, bien que tous deux soient tenus en grande partie par la haute fonction publique d’État. C’est la particularité de la situation française. D’une part, nos partis de gouvernement appliquent docilement certaines règles d’une politique économique de libéralisme financier mondial voulue par Washington dans son intérêt. Cette soumission est l’acte fondamental de leur politique. Mais d’autre part, ils ne tirent pas les conséquences de ces règles libérales et continuent à alourdir le système jacobin. Faire entrer le pays dans la compétition mondiale sans en tirer les conséquences sur notre système fiscal, administratif et social, c’est l’incohérence fondamentale de cette politique.

Ainsi ces deux partis n’expriment plus véritablement l’autorité de l’État, ni la justice d’autorité, ayant trop abandonné à des organisations internationales les prérogatives essentielles de la souveraineté sans lesquelles la démocratie n’est qu’un mot. Pourtant, cet État trop faible pour imposer sa souveraineté à l’extérieur, est à l’intérieur trop lourd et écrase par ses coûts et ses contraintes notre économie productive.

Ils n’expriment pas non plus une justice de solidarité. Car leur politique de statu quo et de conservation des privilèges détruit à terme le droit au travail, ce qui ne manquera pas d’aboutir à un niveau extrême d’inégalité, quand l’État ne sera plus capable de compenser par de la dépense publique la chute de l’économie productive. Elle est particulièrement inique envers la jeunesse, surchargée de dettes, privée d’investissements, en grande partie vouée au chômage ou à l’émigration forcée, et sur qui pèse malgré tout le financement des acquis sociaux des générations précédentes. C’est particulièrement choquant dans le cas du parti socialiste, dont cette politique trahit absolument les idéaux historiques.  

Et pourtant, ces partis libéraux n’expriment pas vraiment une justice de liberté. En effet, aucun des deux partis qui exposent la France à une concurrence mondiale très forte, n’a eu le courage d’adapter la France à cette concurrence, comme l’a tenté le chancelier Schröder en Allemagne. Au contraire, le Politiquement  Correct déclare cultiver la fonction publique, les services publics et la solidarité. L’UMP le critique, mais ne fait rien de substantiellement différent, quand elle est au pouvoir. Tous deux, incapables d’imaginer autre chose que des usines à gaz technocratiques, empêchent d’exister les entrepreneurs qui pourraient créer les entreprises et les emplois dont la France a besoin. La France est ainsi exposée à une concurrence mondiale très vive, tout en restant chaussée des souliers de plomb du jacobinisme étatiste et socialisant.

Un égalitarisme de compensation surtaxe les petits patrons dans ce qui s’apparente à une sorte de révocation de l’Édit de Nantes fiscale, poussant à l’exil les entrepreneurs. L’État contracte des dettes sociales au moment même où il détruit l’industrie qui pourrait les financer. Il assure sa liquidité par l’emprunt, lui-même souscrit de plus en plus par les seules banques centrales. L’endettement monte indéfiniment.

Quelle est donc la stratégie de justice dont peuvent se prévaloir les partis de gouvernement ?

 

    

   

Pour comprendre le tripartisme

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Dimanche, 29 Mars 2015 19:55 Écrit par Henri Hude

 

On parle désormais de tripartisme.

Pour la pensée politique classique, la justice comporte trois dimensions principales (sécurité-autorité, liberté, solidarité[i]).

Cette structure ternaire permet d’interpréter les phénomènes de tripartition politique, qui sont fréquents. Pour en savoir plus, cliquer vers cet article.   


[i] En langage technique : justice légale (autorité), justice commutative (liberté), justice distributive (solidarité). Voir Aristote, Ethique à Nicomaque, Livre 5. Il faut y ajouter la justice corrective. 

   

Pour éclairer "islamisme" et "laïcité" (3)

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Jeudi, 26 Mars 2015 12:05 Écrit par Henri Hude

Rappel : Le texte suivant est le 3ème d’une série, inspiré de L’éthique des décideurs, ch.11, intitulé ‘Religions, philosophies et laïcité universelle’.  

 

CLIQUER ICI POUR REVENIR AU TOUT DEBUT DE L’ARTICLE

CLIQUER ICI POUR REVENIR AU DEBUT DU POST PRECEDENT

 

 

Qu’est-ce que le problème de la laïcité, au sens le plus large ?

 

Le problème de la paix civile à préserver, en dépit des désaccords au sujet de l’Essentiel : voilà le problème central et premier, que voudrait résoudre ce qui est appelé laïcité. Secondairement, il s’agit aussi de la place des « pouvoirs spirituels » dans la société et dans l’Etat (voir article précédent).

Ce second problème comporte lui-même plusieurs aspects :

1° les rapports des « pouvoirs spirituels » aux « pouvoirs temporels » ;

2° les rapports des pouvoirs spirituels (et aussi des pouvoirs temporels) aux consciences individuelles ;

Chacune de ces questions impacte les autres. On peut avoir l’impression de s’y perdre. Le point de vue qui permet de s’y retrouver, c’est celui de la paix.

Si tous ces problèmes ne sont pas suffisamment résolus, le trouble s’installe. Les autorités (spirituelles) s’opposent aux pouvoirs (temporels), les individus eux-mêmes rejettent les autorités et/ou les pouvoirs, des conflits de toute sorte surgissent. A la limite, on ne peut plus disposer d’une culture politique commune, ni donc prendre des décisions communes, cependant que les cultures s’opposent entre elles, deviennent peu fonctionnelles. De facteurs de paix, les cultures deviennent facteurs de guerre.

Jusqu’où cela peut-il aller ? Jusqu’à la guerre pour cause de religion, ou d’idéologie, ou de « sagesse », et généralement de culture - guerre entre Etats, guerre civile, guérillas, etc. Jusqu’à la dictature persécutante ou à l’impérialisme, pour les mêmes causes. Tels sont les fléaux les plus graves résultant d’une non-résolution satisfaisante de ce problème de la paix spirituelle. D’où l’importance du problème de la laïcité.

Les conflits spirituels ne sont d’ordinaire qu’une dimension dans des conflits qui comportent aussi des volets politiques et économiques. L’importance relative de ces diverses dimensions varie dans chaque cas et à tout instant.

Quelle est l’importance exacte de telle dimension dans tel conflit particulier qui se produit à tel endroit ? C’est là une question de fait, non de raisonnement a priori. La raison dit seulement : importance très variable. L’observation et l’analyse très fine permettent seules de mesurer les proportions exactes entre les diverses dimensions (pétrole, religion, ambition de pouvoir régional, grand jeu impérial, ambition personnelle, survie d’un régime - et hasard). Il faut résister à l’envie de se raconter l’histoire qui nous plaît, ou qui se vend le mieux. Seule la vérité est utile.  

Les Etats et leur vie civile ne sont pas les victimes les plus atteintes par les guerres entre cultures, ou à dimension culturelle. Les cultures sont les premières touchées. L’abus des moyens de coercition a fait du mal à l’Eglise. La cruelle violence des islamistes est en train de détruire l’islam dans l’opinion mondiale. Le communisme mettra un siècle à se remettre du Goulag. Le politiquement correct finira par totalement déconsidérer les Lumières.

On peut être pour la tolérance par indifférence pour la religion ou la sagesse, ou la philosophie, mais aussi parce qu’on n’y est pas indifférent, et parce qu’on a compris que la guerre des cultures détruit les cultures.

 

 

 

Clercs et laïcs. Cléricalisme, laïcisme. Laïcité universelle ?

 

Le problème de la laïcité est aussi celui de la délimitation du pouvoir des « clercs » par rapport au pouvoir des « laïcs ». C’est un sujet sur lequel règne souvent la confusion, faute de concepts universaux.

Elevons nous donc sur ce sujet à l’essentiel, à l’universel.

Sont des « clercs » toutes les personnes dont l’activité principale consiste à instruire, former, cultiver ou éduquer - réfléchir, contempler, chercher. Les « clercs » forment des « clergés », c’est-à-dire des groupements, associations ou organisation de « clercs ». Les universitaires, en ce sens large, ou les journalistes, forment un « clergé » particulier.

Nous parlons souvent de « quatrième pouvoir » au sujet de la presse. L’expression est impropre. Mieux vaudrait dire que la presse est une des composantes du premier pouvoir : le pouvoir d’opinion, voire du pouvoir d’opinion fondamentale : celui qui influe le plus sur les actes mentaux, les pensées, les volontés, les décisions.

 

 

 

« Le sort m’a donné la meilleure part »

 

Le « clerc » est une personne qui a choisi les choses de l’esprit et de l'âme, et, à travers elles, la recherche de l'absolu. Le terme de clerc, en grec klerikos, suggère que c'est là pour l'Homme le meilleur lot, la meilleure part - en grec, klêros. Le terme de « clergé », entendu universellement, et reconduit à son origine, n’a ainsi rien de partisan, ou de péjoratif, au contraire. Personne ne peut donc se plaindre de ces concepts, ni de ce vocabulaire. Sans de tels concepts universaux, les analyses restent trop partielles et trop partiales. Et le problème de laïcité ne peut être étudié scientifiquement.

C’est pour cela que nous parlons de « laïcité universelle » : il faut un traitement de la question au moyen de concepts vraiment universaux et non à partir de vagues généralisations empiriques.    

D’un point de vue universel, scientifique, le problème de la laïcité concerne tous les « clergés », au sens universel, tous ceux qui sont des « clercs ».  

Quand des « clercs », ou tel ou tel clergé » deviennent politicards, ou sont jugés tels, ils perdent leur dignité. Au lieu de préférer « la meilleure part », ils se passionnent plus qu’il ne leur convient pour des intérêts de pouvoir, ou même économiques, par rapport auxquels ils devraient décemment rester sur la réserve. Quand les « clercs » s'abaissent ainsi, on les juge non sans raison abusifs, et on parle de « cléricalisme ». En Occident, on juge qu’existe un tel abus, toutes les fois que n’est pas raisonnablement respectée la première des séparations des pouvoirs, celle du temporel et du spirituel.

C’est facile à dire, pas facile à faire effectivement. En effet, si les principes d’une religion ou d’une sagesse ne permettent pas de poser une telle distinction, et si ces cultures font pourtant partie du jeu social, que fait-on ? Si on se place à leur point de vue, la distinction requise (temporel/spirituel) n’est pas neutre, mais hostile. Elle fait corps avec une autre religion, ou une autre philosophie, qui admettent la distinction. Et cette distinction leur profite, croit-on, au détriment des sagesses qui ne l’admettent pas.

De plus, la séparation ne peut de toute façon pas être absolue, car ce sont les mêmes individus qui sont soumis aux pouvoirs civils et qui écoutent les pouvoirs spirituels. Un problème de cohérence se pose donc toujours, pour l’individu comme pour la société.

On parlera, inversement, de laïcisme, si des chefs politiques ou économiques prennent la liberté de vexer ou d’entraver l’action spirituelle, ou de la contrôler pour en faire un instrument de leur propre pouvoir.

Il y a là une définition universelle du laïcisme. Faute de définition vraiment universelle, le terme laïcisme est exposé à fonctionner comme un stratagème rhétorique. Par exemple, des « clergés philosophiques » et leurs chapelles peuvent accaparer l’Etat et s’en servir pour avancer leurs positions, en abaissant les « clergés religieux ». Ce laïcisme-là n’est qu’un autre cléricalisme. Tout clergé qui se respecte se méfie du cléricalisme. Ou encore, la corporation journalistique fonctionne comme un « cléricalisme médiatique », si sa pratique réduit exagérément les pouvoirs civils constitutionnels. Ce « clergé » cumule alors un pouvoir spirituel important avec un pouvoir temporel indirect encore plus important – mettant ainsi à mal la séparation des pouvoirs.

 

CLIQUER ICI POUR REVENIR AU TOUT DEBUT DE L’ARTICLE

CLIQUER ICI POUR REVENIR AU DEBUT DU POST PRECEDENT

   

Pour éclairer "islamisme" et "laïcité" (2)

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Vendredi, 20 Mars 2015 11:53 Écrit par Henri Hude

 

Pour revenir au début de l’article, cliquer ici.

Rappel : Le texte suivant est le second d'une demie douzaine de posts, tirés de L’éthique des décideurs, ch.11, intitulé ‘Religions, philosophies et laïcité universelle’. Je l’ai en partie réécrit pour qu’il soit plus lisible, en ligne. Mon but est de servir à la formation politique et d’éclairer les thèmes de l’islamisme et de la laïcité. Cela n’est pas possible sans un détour par l’essentiel.    

 

 

 

 

Il y a toujours au moins une puissance d’opinion au sein d’une société. Pourquoi.

 

Les gens peuvent obéir par peur des châtiments, mais ce motif est insuffisant, si l’on doit traiter les humains en êtres humains. En ce cas, il convient que les citoyens obéissent parce qu’ils croient que la loi est juste et que le pouvoir est légitime. Cela dépend de la culture et de l’opinion.

Si un pouvoir civil est obéi surtout par peur, on qualifie ce pouvoir de despotique. Mais, si ce pouvoir est obéi plutôt par suite d’une opinion (ou d’un préjugé) de justice et de légitimité, on le qualifie de politique. Un pouvoir politique convient à une société libre.

Donc, un pouvoir civil qui veut être obéi dans une cité libre, doit non seulement se faire craindre (ou ruser), mais aussi persuader[i], pour que les citoyens obéissent de bon gré, selon leur opinion et culture. Mais alors, ceux qui ont le pouvoir d’instruire les citoyens, de nourrir leur culture ou d’orienter leur opinion auront aussi le pouvoir de les persuader d’obéir ou de désobéir, à cause de cette opinion et culture, au pouvoir civil et à la loi.

Autant dire que, surtout dans une société libre, le pouvoir civil est impuissant s’il a durablement contre lui l’opinion des citoyens et les pouvoirs d’opinion qui influent sur la culture, l’opinion publique ou la formation des esprits.

Par conséquent, dans une société, et notamment dans une société libre, il existe toujours, au-dessus du pouvoir civil, ou en amont de celui-ci, un autre pouvoir, ou ensemble de pouvoirs, capables de former l’opinion des gens. Nous les appelons « pouvoirs d’opinion ».

Bien entendu, se pose ainsi le problème de la relation entre le pouvoir d’opinion et le pouvoir civil. Chacun peut tenter d’absorber l’autre, de s’en servir et de le dominer. Ou alors, les deux peuvent rester distincts.

Vous demandez : allez-vous enfin en venir à l’islamisme et à la laïcité ? Je réponds : pas encore, car nous voulons savoir et pas seulement affirmer. Qui veut savoir doit démontrer et une démonstration effective requiert des définitions correctes.

 

 

 

Définition d'un « pouvoir d’opinion fondamentale »

 

Les opinions particulières des sociétés dépendent de leurs opinions générales et fondamentales, de ce qu’on appelle leurs « principes ». Il s’agit de leur idée du bien et du juste, de leur vision du monde, du passé et de l’avenir, de l’Homme, de Dieu ou de l’Absolu. L’athéisme, bien sûr, présente une idée particulière de l’Absolu, une théologie, en somme. Cela peut l’agacer de devoir le reconnaître, et pourtant c’est vrai.  

Un pouvoir d’opinion banal a le pouvoir de faire croire (ou d’essayer de faire croire) aux gens telle ou telle version des faits (exemple : Nicolas Sarkozy a financé sa campagne électorale de 2012 avec l’argent de X ou Y, ou de l’Etat, ou sans argent du tout, etc.). Un pouvoir d’opinion fondamentale a le pouvoir de leur faire croire, à tort ou à raison, un principe : (exemples : la justice compte trois dimensions principales ; ou : il faut respecter la liberté humaine ; ou : il y a pour l’Homme une vie après la mort, etc.).

Ce genre de grands principes forme le cadre d’ensemble dans la limite desquels se déterminent la plupart des actions des hommes et de leurs lois.

Ces principes ont toujours un caractère métaphysique, au sens large, c’est-à-dire : premier, fondamental, radical, etc. Or la relation de l’homme à ce qui est premier, radical, métaphysique, au sens large, est appelé religion, sagesse, ou philosophie première. C’est pourquoi, en toute société, vont exister un ou plusieurs pouvoirs d’opinion fondamentale.

C’est le cas, même pour les sociétés où dominent des conceptions sceptiques, ou matérialistes, ou nihilistes de la sagesse. Le Professeur Michel Onfray, par exemple, est en France un pouvoir spirituel plus important que le Cardinal Philippe Barbarin. C’est le vrai patron de la morale dans ce pays. Quelque chose comme le primat de la Gaule.

 

 

 

« Ose penser par toi-même »

 

Il existe des sociétés dans lesquelles un plus grand nombre d’individus pensent davantage par eux-mêmes, ou du moins croient penser ainsi, mais il n’en existe aucune (en il n’en existera jamais aucune), où tout individu penserait uniquement par lui-même.

Tout individu a besoin d’une tradition, d’une éducation, d’un entraînement et de maîtres, aussi d’oppositions et de perplexités, pour développer sa force personnelle de jugement.

Il existe des traditions, des éducations et des maîtres qui prétendent le contraire : mais ce sont des contradictions vivantes.

Il existe donc toujours, dans une société, un ou plusieurs « pouvoirs de sagesse », religieux ou philosophiques. Ces pouvoirs sont capables de persuader aux gens, à tort ou à raison, une conception des premiers principes, de l’Histoire dans son ensemble, et de l’éternité. Ceux qui exercent un tel pouvoir détiennent le pouvoir suprême sur l’opinion des gens et donc, indirectement, sur leurs actes. Ils sont le premier pouvoir de la cité.

Les autorités constituées au sein des communautés spirituelles, religieuses, sapientielles ou philosophiques, les journaux, médias, écoles et universités : voici les principaux « pouvoirs spirituels ».

Certains pouvoirs spirituels essayent souvent de se présenter comme des non-pouvoirs, des miroirs, ou comme de simples contre-pouvoirs. Ils le font en pensant qu’ils auront plus de pouvoir par ce moyen. En effet, les démagogues ont inculqué pour préjugé dominant, qui flatte la vanité de l’individu, qu’il faut penser absolument par soi-même. Comme c’est impossible, croire en ce préjugé revient à suivre les pouvoirs spirituels les plus démagogiques, qui font de la démocratie une machine à faire obéir le peuple et se servent de l’idée de liberté pour tenir en laisse les esprits. Tout le monde est censé avoir sa propre opinion, moyennant quoi tout le monde est dans la pensée unique. Tout individu doit être indépendant de la société, moyennant quoi tout le monde est soumis au politiquement correct.

 

 

 

Une culture de liberté intellectuelle non démagogique

 

La vérité non démagogique est triple :

premièrement, il est impossible de ne pas penser sans les autres, ni sans des groupes organisés, y compris spirituellement ;

deuxièmement, il est impossible de penser autrement qu’en première personne, si vraiment on pense et juge quelque chose ; et donc,

troisièmement, toute pensée effective résulte d’une coopération, et/ou d’une tension, entre l’individu et ses groupes de référence.

Venons-en maintenant au problème de la laïcité.

 
 
 

[i] Pour persuader, il faut nécessairement faire appel à certaines notions communes, idées générales, lieux communs ou principes, notamment principes d’ordre éthique. Le pouvoir civil, en commandant des actes, ne fait pas que tirer sur des fils de marionnettes. Il actionne des volontés qui n’ont pas moralement (ni même juridiquement en certains cas) le droit d’obéir à n’importe quel commandement même donné par une autorité légitime. Il est indispensable que le commandement donné trouve dans les consciences un cadre de principes éthiques susceptibles d’accueillir favorablement ces injonctions extérieures et légales, ou alors il ne lui reste plus qu’à procéder, s’il croit devoir insister, par voie de simple coercition.

   

Page 3 de 31

<< Début < Préc 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Suivant > Fin >>

Nouveauté


La force de la liberté
La force de la liberté
€18.00

Evénements

Aucun événement

Restez au courant !

Nom:
Mail:

Sites partenaires

Bannière