Henri Hude

L'OTAN, d'un point de vue philosophico-politique (4)

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Mise à jour le Lundi, 21 Novembre 2011 17:28 Écrit par Henri Hude

Ceci est publié dans un livre collectif que je conseille: Sécurité globale, n° 17, L’OTAN après Lisbonne, Direction Jean-François DAGUZAN et Pascal LOROT, Choiseul Editions, Automne 2011.  

 

 

L’OTAN ne peut-elle faire qu’une politique « mondialiste » ? Universalisme ou mondialisme ?  

 

L’ensemble des grandes questions militaires sont en leur sommet des questions politiques. Elles doivent être aujourd’hui considérées d’un point de vue universel, celui du bien commun du genre humain, parce qu’il existe bel et bien aujourd’hui un bien commun du genre humain. Appelons « universalisme » cette position. 

 

Cet « universalisme » ne doit pas être confondu, d’abord, avec un idéalisme naïf. Il est clair que les esprits capables de penser au bien commun universel sont rares. Presque partout, à commencer chez l’hégémon, la pensée de l’intérêt national est prioritaire. Et si les questions militaires continuent à se poser avec acuité, c’est que la violence est enracinée profondément dans chaque être humain. 

 

L’universalisme ne doit pas non plus être confondu avec ce qu’on appelle « mondialisme » et qui peut être défini avec précision, au-delà des dénonciations populistes.  « Mondialisme » est le nom donné à une politique pour laquelle le bien commun universel du genre humain doit être défini à partir d’une culture relativiste : il n’y a pas de vérité absolue ; penser autrement, ce serait la racine du totalitarisme. Mais comme il n’y a pas de vérité, tout est privé, et tout doit l’être, sauf le contrat de mise en commun, toujours révisable.  Cette valorisation exclusive du privé dévalorise le commun et impose une privatisation universelle dans un contexte de moralité commune minimale.

 

Il en résulte l’imposition mondiale d’une économie libertaire, cohérente avec cette idéologie « privatiste ». La démocratie paraît alors requérir un capitalisme financier de libre-échange et de libre circulation universels très dérégulé. Toute solidarité sociale devient facultative dans cette même logique qui affaiblit aussi la cohésion familiale. Le souvenir du communisme ou les réactions populistes peuvent servir alors de repoussoirs utiles au maintien du système privatiste. 

 

La politique « mondialiste » se réclame de la démocratie en théorie mais aboutit à la disparition de la démocratie réelle, en détruisant les classes moyennes et la démographie des peuples les plus anciennement démocratiques. Comme dans le communisme, la « démocratie » se réduit peu à peu au pouvoir d’une élite idéologique, incontrôlable de fait et inamovible, réputée seule légitime, puisque seule éclairée, progressiste et libératrice. 

 

Il n’est pas faux que l’OTAN sert de bras armé à une élite mondiale « politiquement correcte » menant une politique « mondialiste », au sens défini plus haut. Mais l’OTAN servirait aussi bien de bras armé à une autre politique.  Un ensemble de démocraties prétendant exercer la fonction d’empire (libéral), et dont l’Europe ferait forcément partie, n'est pas condamné à suivre une telle politique.

 

Cet ensemble n'est pas condamné non plus à suivre des politiques « populistes » et nationalistes de chacun pour soi. Elles peuvent tenter de définir une autre économie libre plus sociale, en croissance durable, et assigner à la fonction d’empire (libéral) la mission de constituer patiemment un espace mondial de démocratie durable.  L’inspiration d’une telle économie libre revisitée se trouverait sans doute dans une culture conservatrice de progrès.

 

Ainsi serait défini, au-delà du « mondialisme » dépassé, un autre universalisme, durablement démocratique, libre des contradictions  précédemment signalées. Par rapport à une telle politique et à un tel empire libéral au moins bipolaire, il n’est pas douteux que l’OTAN trouverait à jouer un rôle. 

 

 

Sur l'antiaméricanisme. Nos contradictions politiques

 

 

 

L’antiaméricanisme postule que les États-Unis sont nécessairement mondialistes et impériaux. Mais la plupart des Américains sensés savent au contraire que leur leadership devrait se replier en bon ordre pour durer longtemps. Et, même chez eux, ils ont besoin de définir une autre politique universaliste pour rester puissants. 

 

Une politique universaliste, au-delà du mondialisme, est aussi la condition du renouveau de la vie politique dans les démocraties occidentales, en mettant fin aux contradictions suivantes. 

Être à la fois socialiste et mondialiste n’a pas de sens, dès lors qu’on peut être universaliste sans être mondialiste, et qu’il y a une contradiction entre mondialisme et démocratie.  

Être à la fois conservateur et mondialiste (en économie) n’a pas de sens, dès lors que ce conservatisme consiste à se lamenter de l’application, dans le domaine de la vie et de la famille, de principes libertaires qu’on célèbre par ailleurs dans le domaine de l’économie, voire de la politique extérieure.  

Il n’y a même pas de sens à être à la fois libéral et mondialiste. Pour fonctionner, le libéralisme suppose toujours une sorte d’aristocratie républicaine adhérant à une morale exigeante. La liberté, définie dans un cadre relativiste, ne peut guère fabriquer que de la tyrannie et de l’anarchie. Et si l’absence de relativisme ne pouvait rien fabriquer d’autre, la sagesse serait d’attendre l’esclavage et la mort en toute hypothèse. 

 

Si les puissances démocratiques exerçant la "fonction d’empire" menaient une politique universaliste différente, il y aurait encore une place pour l’OTAN, ou pour une "fonction OTAN". Et donc, dans un tel cadre se poserait encore la question de savoir quelle devrait être la mission de cette institution. Ainsi, l’OTAN n’est pas une institution qui servirait nécessairement, par définition, à l’imposition d’une politique "mondialiste", même si, opérant sous contrôle d’une telle politique, elle ne peut éviter, aujourd’hui, de servir à sa mise en œuvre.

 

1ère Lettre aux Allemands

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Mise à jour le Mardi, 08 Novembre 2011 13:59 Écrit par Henri Hude

 Il existe en français une belle expression, celle de « faire société ». Nous, pays d’Europe, nous sommes une communauté, et nous devons continuer à l’être, malgré les difficiles questions sans réponses. C’est dans le cadre de cette volonté de faire société en Europe que je pose des questions à nos amis allemands.    

 

Une application excessive du traité de Maastricht peut devenir un danger pour la stabilité politique de nombreux pays d’Europe  

 

Chers Amis, chers Compatriotes,

 

Regardez la situation de la Grèce. Ne rappelle-t-elle pas celle de la République de Weimar sur la fin ? L’humiliation d’un peuple par un Traité international dont l’application se révèle excessive et intenable ; une économie arrêtée, des finances en ruine, un endettement insupportable et irrattrapable, une classe politique faisant l’objet d’un rejet profond. Le désordre public à son comble. Ce sont tous les signes les plus alarmants de la crise de régime.  

La question à poser à l’Allemagne aujourd’hui est la suivante : « Vous rendez-vous compte que le Traité de Maastricht est en train de se transformer en une sorte de nouveau Traité de Versailles imposé à une partie de l’Europe ?  

Ne nous voilons pas la face. Poursuivre la logique de Maastricht, c’est à terme traiter comme la Grèce de très nombreux pays européens : Portugal, Irlande, Espagne, Italie, et la France aussi – car malgré l’arrogance avec laquelle la France traite la Grèce, elle est elle aussi confrontée au mur de la dette, à des finances publiques en perdition et à une économie désindustrialisée.

Vous voulez défendre vos intérêts, c’est légitime, d’autant plus que ce sont vos partenaires qui sont en faute. Mais avez-vous envie de jouer ce terrible rôle d’imposer la défense de vos intérêts en Europe ? Car nous en sommes arrivés à un point où les effets socio politiques du Traité de Maastricht sont, en Grèce aujourd’hui, et bientôt ailleurs, ceux-là même qu’ont jadis produit chez vous l’application brutale du traité de Versailles. C’est une bien triste évolution de la logique de construction européenne.  

Vous êtes soucieux de ne jamais revoir le chaos politique. Pourtant, ne vous rendez-vous pas compte que vous êtes en train de préparer le terrain pour que se dressent, dans plusieurs pays Européens, des leaders nationalistes qui diront : « Nous sommes des peuples souverains, issus d’une longue histoire. Ce Traité est un boulet et une honte pour notre pays car il nous contraint à mener des politiques que nous ne voulons ou ne pouvons pas mener. N’allons pas supporter cela plus longtemps. Votez pour moi et je vous promets que je réviserai, ou détruirai, le Traité de Maastricht. » ? 

Il va se mettre en branle contre vous une dynamique de rejet qui va briser l’amitié européenne. Vous allez réveiller les démons. Vous êtes vigilants à l’intérieur, mais n’êtes-vous pas myopes à l’extérieur ?    

 

C’est l’incurie de nombreuses classes politiques nationales, à commencer par la nôtre, qui est la cause des déséquilibres actuels  

 

Les pays les plus en difficulté aujourd’hui sont des pays qui ont commis de lourdes erreurs de gouvernement. Il est parfaitement juste de dire que c’est la passivité de notre classe politique qui est la cause de la désindustrialisation du pays, de l’augmentation des coûts du travail et de la baisse de la compétitivité de nos économies par rapport à nos voisins. Nos dirigeants ont signé pour une monnaie commune, puis ils ont, par démagogie et faiblesse, laissé les coûts du travail diverger.  

Les questions de solvabilité ne sont que les conséquences de la faiblesse de nos économies. Pendant vingt ans, nos Etats ont maintenu artificiellement, par la dépense publique financée par la dette, un niveau de vie sans rapport avec la prospérité réelle du pays. Ces facilités financières étaient possibles grâce à la crédibilité financière que l’Allemagne apportait à l’Euro. 

Personne n’a forcé nos dirigeants à signer le traité de Maastricht. Mais ensuite, ils n’ont pas pris les mesures d’adaptation nécessaires qui en découlaient. La France est entrée dans le grand bain de la mondialisation avec aux pieds les deux boulets d’une protection sociale très généreuse pesant sur le travail, et d’un Etat monstrueux.  Pendant vingt ans, nous avons conjugué capitalisme financier et ouverture des frontières. Le capitalisme financier a fait les arbitrages mécaniques entre les pays à bas coûts et les pays à coûts du travail élevés. Nous payons aujourd’hui vingt ans de désinvestissement ou de non investissement. Nous y avons perdu nos industries et donc la base des progrès techniques, des investissements en recherche et de nos exportations.  

Nous avons abandonné notre souveraineté monétaire, et nous avons continué à vivre comme si nous pouvions, par des dévaluations, récupérer les pertes de compétitivité que provoquent des mesures de générosité sociale inconsidérées. Nous avons ouvert les frontières et nous avons continué à vivre comme si l’économie était fermée, en ne prêtant aucune attention à l’impact des mesures gouvernementales sur le coût du travail et la rentabilité du capital. 

Pour nous adapter avec succès au modèle européen du traité de Maastricht, nous aurions dû faire de grands sacrifices, notamment en matière de générosité sociale, en matière de salaires, et nous aurions dû diminuer considérablement le poids de l’Etat. Mais si l’on avait expliqué de cette façon le projet européen, peut-être le peuple français n’aurait-il pas voulu participer à l’Euro.  

Ainsi se sont créés de grands déséquilibres au sein de l’Euro – car l’Allemagne, face aux pays émergents, n’est pas beaucoup plus compétitive que nous, et elle bâtit en ce moment le succès de son industrie et de ses exportations en grande partie sur ses partenaires européens moins compétitifs. Ceci est vrai aussi pour quelques autres Etats.  

Ainsi le modèle européen est-il devenu, par notre faute, une machine à faire profiter l’industrie allemande de notre faible compétitivité. Etait-ce là le sens du grand projet de l’Euro, comme certains ont pu le dénoncer ? Je ne le pense pas du tout. Je pense qu’au contraire les Allemands n’ont pas anticipé la faiblesse et la démagogie des gouvernements français.   

 

Les déséquilibres que connaissent de nombreux pays d’Europe sont probablement irrattrapables en raison du refus probable des peuples (et demain surtout de la jeunesse) à sacrifier leur niveau de vie présent et à venir pour assumer la dette et le passé  

 

De nombreux pays d’Europe sont proches d’une situation historique terrible, où ils devront choisir entre la révolution sociale, ou la crise de solvabilité. Alors se produira une pression énorme pour l’inflation et la monétisation de la dette par la BCE. Cela ne résoudra aucun problème, mais apparaîtra comme la dernière façon de gagner du temps face à l’inévitable. 

Pour rétablir l’équilibre des finances publiques, il faudrait dans les pays d’Europe du Sud avoir à la fois de la croissance, et une très forte rigueur budgétaire.  Il est clair que sans croissance, les situations budgétaires ne feront que s’aggraver. Mais d’où pourrait venir cette croissance ? De relances massives par les Etats ? De baisses d’impôts pour restaurer la compétitivité des entreprises ? Des banques qui se mettraient à prêter bien plus aux économies ? D’une dévaluation compétitive ? Il est probable qu’il n’y aura pas de croissance avant longtemps… 

Reste la rigueur budgétaire. A ce sujet, on exprime en France le déficit public en pourcentage du PIB, ce qui donne un pourcentage de 7% en 2010. Mais si l’on exprime, par exemple, le déficit de l’Etat français en pourcentage de ses recettes, on obtient 37%. En pourcentage des dépenses, le déficit de l’Etat français représente 26%. C’est cela, l’ordre de grandeur de la rigueur : nous devons – ou devrions théoriquement – faire baisser toutes les dépenses de l’Etat de 26%. 

Nous devons prendre en compte les facteurs politiques. Pour imposer des sacrifices, il faut un projet politique, un idéal, et comme il s’agit de corriger les dramatiques erreurs du passé, il faudrait normalement une classe politique renouvelée, ou que l'actuelle soit capable d'un examen de conscience très radical et d'un vrai changement de conduite.  Il est peu probable, en tout cas, que ceux qui sont au pouvoir depuis des décennies arriverons à infliger, en période de récession, un traitement aussi violent aux habitudes sociales des Français.

Suite à la désindustrialisation du pays, les activités créatrices de valeur ne sont plus localisées dans le pays. Combien de Français dépendent directement ou indirectement des dépenses publiques pour vivre ? Retraités, chômeurs, fonctionnaires en tous genres, malades, familles ? Franchement, l'espérer, c’est à peu près aussi réaliste que ce l’était de vouloir en 1919 faire payer des Réparations aux Allemands pendant cinquante et quelques années.  

Pensez-vous vraiment qu’il est possible de « mettre dans le rouge » tant de Français sans provoquer une sorte de révolution sociale et l’arrêt du pays ? Nous avons tous vu les réactions « sociales » de ces dernières années, quand les dirigeants osaient remettre en cause de minuscules privilèges, mêmes les plus injustifiés.  Augmentation d’impôts, baisse des retraites et de toutes les prestations sociales, baisse des dépenses publiques dans un contexte de récession, licenciement de fonctionnaires, c’est un mélange politiquement impossible. Aucun politicien français ne fera ce travail.  

Rajoutons surtout que l’opinion française n’est pratiquement pas informée des ordres de grandeur en jeu, et donc elle n’est pas du tout prête à accepter les réformes qu’on pourrait théoriquement appliquer. La prise de conscience par l’opinion française de la réalité de la situation du pays provoquera certainement une baisse supplémentaire de la crédibilité de la classe politique et des médias, au moment même où elle aurait besoin de la confiance du pays. Ou bien nos journalistes politiques ont manqué à leur devoir, ou bien ils n’ont pas été écoutés.  

Qui peut croire que la France fera les « réformes structurelles » dont parlent depuis des années les experts de la BCE ? Face à un défi de la même ampleur, la monarchie des Bourbons a échoué dans les années 1780 en France. Etudions les conseils de MM. Turgot, Necker et Calonne, Surintendants généraux des Finances de Louis XVI. « Sire, il faut élargir la base fiscale en  revenant sur les privilèges, il faut moderniser le royaume en lui donnant une administration moderne, il faut couper les dépenses de la Cour… » Face aux révoltes des privilégiés, Louis XVI n’a eu le courage de prendre aucune réforme structurelle. C’est le Consulat qui a modernisé le pays, après le défaut de l’Etat en 1788 et douze années de chaos.  

Si nous ne faisons rien, le pays va connaître des problèmes de solvabilité. Le mécanisme est bien connu. Nous sommes tristes de constater que la situation actuelle de la Grèce est un laboratoire politique : déficits publics élevés et irrattrapables, augmentation progressive des taux d’intérêts et donc des charges d’intérêts, mesures de rigueur qui ne font que saper la croissance et provoquer du désordre public, craintes des investisseurs, fragilisation du système financier, jusqu’à ce que la situation en arrive à un point de crise. Ce qui peut se passer quand on en arrive à ce point de crise, on peut en avoir des illustrations dans les livres d’histoire.  

 

Les pays européens en difficulté ont besoin d’une stratégie de réindustrialisation et de reconstruction de leur compétitivité. Et de tels objectifs ne peuvent se faire sans un retour partiel sur certains termes des traités européens   

 

Sans perspective d’un futur meilleur, on ne peut pas imposer des sacrifices à un pays. D’abord parce que c’est injuste, et l’on ne peut reprocher aux peuples de résister avec tous les moyens qui leurs restent, s’ils sont convaincus que le futur sera pire. Et puis car c’est impossible, au moins dans un pays libre. Les réformes structurelles à faire, nous les connaissons. Le but est de restaurer la compétitivité et la « rentabilité » de nos économies, et cela passe par la réindustrialisation et le rétablissement de la rentabilité de nos PME créatrices d’emploi.

Cette stratégie implique une longue période d’investissements et de sacrifices. Le but est de découvrir les leaders capables de porter un tel projet, et de le faire accepter aux peuples. Il est probable que cela demandera un renouvellement substantiel de nos classes politiques. Mais nous ne pouvons déployer la moindre stratégie sans nous poser certaines questions que malheureusement, nous avons perdu l’habitude de poser.    

 

1)  Instaurer un débat sur certaines mesures de protection sur des industries sélectionnées 

La politique de réindustrialisation commence par faire cesser la désindustrialisation. Face aux pays émergents, nous, Européens, sommes tous égaux : nous sommes des pays riches, ou plutôt, des pays chers. Peut-on envisager la moindre politique de réindustrialisation quand nous faisons du libre échange avec des pays où le coût du travail est incomparablement plus bas ? Cela a pour conséquence imparable de ruiner à terme toutes les industries où la main d’œuvre représente une partie notable des coûts, ainsi que celles où le prix de vente est un facteur important pour les acheteurs.  

Dans certaines industries, en Europe, les travailleurs sont lancés dans une compétition qu’ils ne pourront jamais gagner. La montée en gamme a été une réaction possible pour éviter la compétition sur les coûts. Que faire quand nos partenaires monteront eux aussi en gamme avec des coûts bien inférieurs aux nôtres ? Si l’on ne veut pas que les travailleurs aient l’impression qu’on leur demande des efforts excessifs et inutiles, comme aux combattants des tranchées de la première guerre mondiale, alors ne faut-il pas modifier certaines règles du jeu ?

 Quand un pays adopte une politique de développement industriel à tout prix et d’exportations massives avec pour conséquence la constitution d’immenses réserves et la déstabilisation des finances des partenaires commerciaux, alors c’est que ce pays mène une politique de puissance et de domination. C’est le cas de certains des partenaires commerciaux de l’Europe. N’aurait-t-on pas le droit de réagir ? Nos partenaires commerciaux pensent la puissance, et protègent par des droits de douane élevés les secteurs qu’ils jugent stratégiques. Comment pourraient-ils nous reprocher de faire de même ? 

L’Europe fait partie des zones politiquement démocratiques, avec des systèmes sociaux et des organisations libres de protection des intérêts des salariés. Ce sont là quelques uns des bienfaits de la démocratie. Ces systèmes sociaux, même quand ils sont bien équilibrés et efficaces, ont un coût, et ce coût pèse sur la compétitivité du travail en zone démocratique. Les démocraties devraient-elles indéfiniment souffrir du différentiel de coût qu’apporte un système social ? 

De plus, en période de réformes structurelles, si l’on veut assurer la stabilité politique du pays, il faudra trouver un moyen d’employer les chômeurs, alors que par définition, l’emploi public va diminuer. Permettre à certaines industries de main d’œuvre de redevenir rentables, voilà probablement un moyen de recréer des emplois.  

Enfin, vis-à-vis des peuples qui voient que les vingt dernières années d’ouverture des frontières sont aussi celles qui ont vu notre désindustrialisation et la déstabilisation de nos finances, le lien de cause à effet est instinctif. Ce sentiment n’est peut-être pas partagé par l’opinion allemande dont l’économie a gagné de grandes parts de marché chez ses partenaires européens. Préempter le débat sur le protectionnisme serait un moyen de soustraire cet argument puissant au populisme, ainsi que de montrer aux pays que l’Europe défend des intérêts concrets, et non pas une idéologie abstraite.   

 

2)  Avoir une politique de change face à nos partenaires 

Malgré tous ses déboires, le niveau de l’euro reste très fort, relativement aux autres grandes monnaies. Où se trouve le juste niveau de l’euro ? C’est une question de spécialiste, mais c’est une question fondamentale pour une zone qui cherche à reconstruire son industrie. Peut-être devrons nous aussi évoluer sur cette question, qui aujourd’hui ne fait pas partie de celles dont s’occupent nos autorités monétaires.  

Nous jouons l’économie libérale face à des blocs économiques dont certains manipulent leur monnaie pour gagner, grâce à sa sous-évaluation, un avantage injuste sur leurs partenaires commerciaux. D’autres, via des politiques de monétisation de leurs dettes, mènent des politiques qui pèsent sur leur monnaie. Les banques centrales du Japon et de la Suisse ont décidé de mesures de contrôle de la valeur de leur monnaie qui, faisant office de valeur refuge, atteignaient un niveau mortel pour les exportateurs.  

Il n’y a pas de raison pour que l’Europe ne se dote pas d’une politique de change. Laisser les marchés décider du niveau des monnaies, c’est une règle qui ne vaut plus quand tant de paramètres politiques viennent polluer le fonctionnement des marchés. Là encore, rien n’est envisagé par les traités actuels.  

 

3)  Le soutien de la BCE aux Etats 

Avant que toute stratégie puisse porter ses fruits il faudra de nombreuses années. Comment déployer une stratégie si tout le système financier risque de s’écrouler à court terme ? Comment déployer une stratégie d’investissement par les entreprises et d’attraction de capitaux si la signature souveraine est à risque, alors que c’est l’actif le moins risqué d’un pays ? 

Pour restaurer la confiance, première étape de toute stratégie économique, il faut qu’il y ait un risque zéro sur les dettes souveraines des pays européens. Sans quoi, les investisseurs continueront à fuir, les banques à restreindre leur bilan, les entreprises à conserver leur argent en trésorerie, les particuliers à investir dans l’immobilier et l’or. 

Cela ne peut se faire que si la dette des Etats européens est soutenue d’une manière illimitée par la BCE, à partir du moment où il est clair qu’ils se sont engagés à fond et sans retour dans les réformes structurelles et dans la reconstruction de leur industrie.

Pour cela, il faut auparavant établir une confiance durable entre les gouvernements des Etats européens 

Ce qui inquiète à raison l’Allemagne, c’est que dans quelques années (ou même avant !), elle soit la victime d’un chantage des grands pays en difficultés. Ceux-ci demanderaient la monétisation de leur dette sous la menace de la faillite mutuelle assurée. Avec les conséquences injustes qui seraient que les pays sérieux et (comme on dit) vertueux paieraient pour les pays irresponsables. Cette inquiétude est parfaitement légitime.

Cette inquiétude se réalisera si les gouvernements français, italiens et autres n’ont pas le courage ou l’autorité de réformer leur pays. Il est possible que ce soit là le scénario central de nombreux décideurs allemands. Comment pourrait-on leur reprocher de vouloir mettre leur pays à l’abri d’un tel chantage ? 

Et pourtant, n’oublions pas qu’il y a à potentiellement à Francfort l’une des plus grandes sources de liquidité du monde. Faut-il dépenser cet argent en renflouant les pays en difficultés  à regret et dans la douleur, à chaque fois pour empêcher l’effondrement total de l’Europe ? Ou bien faut-il l’investir dans une politique de développement des actifs industriels européens, après avoir émis une garantie sur les souverains qui, combinée à des réformes structurelles significatives, a vocation à rétablir la confiance, et donc à ne pas être utilisée ?  

L’Allemagne a ici l’opportunité historique de construire un leadership européen d’une manière élégante et constructrice. A condition qu’une vraie confiance s’établisse entre le pays prêteur et garant, et le pays qui se reconstruit et se réforme.

Et c’est là le point essentiel. C’est le degré de confiance entre les gouvernements allemands et français qui déterminera si l’Europe peut continuer à exister en se transformant, en devenant une zone stratégique, maîtresse de son avenir, de ses intérêts commerciaux, de sa monnaie et de sa défense. L’alternative, c’est que l’histoire de l’Europe dans les années à venir soit celle d’un divorce qui se passerait mal.   (A suivre)   

 

   

Sagesse ou machiavélisme des hommes d'Etat ?

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Mise à jour le Lundi, 31 Octobre 2011 00:23 Écrit par Henri Hude

Ne parlons pas aujourd’hui des sujets fâcheux, de ce que tout esprit sensé pouvait prévoir : la déliquescence de l’Europe monétaro-relativiste, l’évolution autoritaire et islamiste des révolutions arabes, l’explosion sociale qui couve partout. Parlons de la sagesse des hommes d’Etat qui finiront par émerger et qui nous sortirons de ce chaos.

 

Rationalité de l’optimisme

 

D’abord, qu’ils n’hésitent pas à être candides et optimistes, car il n’y a jamais lieu d’être trop pessimiste, en ce monde. La Nature, ou plutôt la Providence, est experte en mécanismes correcteurs. Sinon, nous aurions disparu depuis longtemps. Saint Augustin disait que Dieu tire le bien du mal. En d’autres termes, plus « laïques », les maux que nous nous causons à nous-mêmes par nos erreurs et nos fautes, fonctionnent, en même temps, et assez souvent, comme des remèdes à ces maux, comme des contrepoids, ou des forces de rappel. Par exemple, la facilité de la vie nous fait perdre le sens des nécessités de l’ordre et de la mesure ; nous glissons ainsi à l’injustice ; mais l’injustice provoque le conflit et la guerre ; la guerre produit la peur de mourir et de tout perdre ; cette peur nourrit le désir du retour à l’ordre et l’acceptation, après tout, de la bienfaisante règle de justice. Ainsi, les conséquences secondes de premiers effets calamiteux modèrent en retour les causes des premiers effets.

 

Progrès, révolution

 

Rares sont les vrais progrès. Beaucoup de phénomènes sont cycliques. C’est pourquoi révolution signifie souvent la même chose que le sens premier du mot : un tour, un parcours cyclique. Mais comme les gens sont myopes, ils ne voient qu’un petit arc de cercle et le prennent pour un segment. Quand le même revient, on l’a oublié. C’est comme ça qu’on a longtemps cru que la terre était plate. Les révolutions sont assez souvent des folies, qui font un tour de piste et ramènent, comme leur nom l’indique, un certain équilibre stable, caractéristique de la nature et de chaque culture, conditionnant la conservation (comme contraire à la destruction). Comme il y a tout de même du neuf entre temps, disons que l’histoire est spiraloïde.

Pour accepter la part de circularité dans l’histoire, il faut de la sagesse, de la résignation dans le temps, ou de l’espérance métaphysique, sans doute un mélange des deux. L’au-delà est hors du cercle, ou de la spirale, et cesser d’y croire, ou d’y penser, pour s’établir tout entier ici-bas, c’est prendre un gros risque d’attendre l’au-delà en ce monde, faute de pouvoir y renoncer. Mais l’au-delà ici-bas est au mieux un rêve puéril, au pire un cauchemar totalitaire.

 

La faiblesse du mal

 

Autre sujet d’optimisme : deux conséquences mauvaises, issues d’une même cause, se contredisent et s’annulent mutuellement. La vertu est un sommet, les vices sont deux versants, ils marchent par paires. Les vices se contredisent presque tous entre eux. La vertu peut se servir de l’un pour contrer l’autre.

Regardez ceux qui se laissent dominer par l’esprit de contradiction : ils nient tout – même le meilleur – et courent avec passion vers la sottise de l’antithèse, mais donc aussi à l’antithèse de l’antithèse, laquelle souvent ne diffère pas trop d’une solution presque raisonnable.

 

Le scandale de la prospérité des méchants

 

On me dit que les injustes l’emporteront toujours, parce que leur liberté d’action est moins limitée. Franchement, ce n’est pas sûr. Encore faudrait-il que leur liberté d’action se double d’une parfaite capacité de prévision leur permettant d’ajuster parfaitement cette libre action. Or la vie est comme un billard où les boules ne s’arrêteraient pas, et où le nombre de bandes serait très grand : qui pourrait se flatter de tout anticiper ? Chercher à tout manipuler, c’est ridicule. Si nous en avions le pouvoir (et nous ne l’avons jamais), nous n’en aurions pas la sagesse.

Et si, (songez-y bien !) et si en observant la loi morale, j’avais, sans trop pouvoir en être sûr sur le moment, beaucoup plus de chance de viser dans une « fenêtre de tir » assurant un meilleur succès à mon action ? Naturellement, je suis plus libre de faire des tas de choses, si je méprise la loi morale ; d’accord, mais est-ce que ça va vraiment me profiter ? Oui, peut-être, mais à quel terme ? Et après ?

Si je tire hors de la fenêtre, ma fusée va peut-être me retomber sur la tête. Et si les lois de la nature de l’esprit étaient faites de telle sorte, que la visée du mal suffise à désactiver des capacités de calcul et à empêcher de déterminer ces fenêtres de succès ? Ca, ce serait un vrai mécanisme correcteur. Nous avons des indices de son existence.

 

Un véritable grand homme d’Etat

 

Un véritable grand homme d’Etat sait que le mieux est d’être honnête, bien sûr intelligent, connaissant à fond la nature humaine, et toujours appliqué à s’instruire de toutes les façons et surtout à l’expérience ; mais, encore plus que cela, ce qui compte, c’est d’être juste, équitable, loyal, de parole, mesuré, courageux et constant. Honesty is the best policy. Si l’adversaire sait que nous ne mentons pas et tenons parole, il ne franchira pas la ligne rouge que nous avons tracée, sauf à ses risques et périls, et sans espoir d’échapper à la sanction dont nous avons prévenu le transgresseur.

Soyons justes et attendons les événements avec confiance et sérénité. Si les choses tournent mal pour nous, et si nous sommes accablés, nous succomberons au moins sans remords. Nous n’aurons pas même de regrets, si nous sommes raisonnables, car peut-être que de mauvais procédés ne nous auraient pas tirés d’affaire, voire auraient eu un résultat pire.

Et puis, après tout, succomberons-nous ? D’abord, nous sommes vaincus quand nous nous avouons vaincus et cessons de lutter. « Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer », c’était la stoïque devise (pour le coup, excessive) de Guillaume d’Orange. La chance peut toujours tourner. Un grain de sable peut bloquer les plus grosses machines. Et puis, les méchants, très souvent, tombent dans les pièges qu’ils ont tendus, ou se détruisent eux-mêmes, car quelque chose en eux aime la mort.

 

L’honnêteté, meilleur machiavélisme

 

Après y avoir beaucoup réfléchi, j’ai conclu, pour ma part, que l’honnêteté était, non seulement la meilleure politique, mais de plus, le plus sûr de tous les machiavélismes, pour plusieurs raisons :

1° Nous aurons le pouvoir, si nous prenons pour rège une solide et constante justice (bien sûr sans naïveté, sans faiblesse, sans ignorance de la méchanceté et de la guerre). A partir du moment où les gens nous saurons justes et forts, nous aurons leur confiance et en toute situation, nous occuperons la position centrale et arbitrale, qui est la plus dangereuse pour les maladroits, mais la plus puissante pour les habiles.

2° Si nous voulons être injustes, il nous faudra faire violence aux autres, ou les tromper sur leurs intérêts, donc mentir. L’expérience montre, c’est rassurant, que les gens ne sont pas aussi crédules qu’on pourrait le craindre. Celui qui dit la vérité n’est pas un mouton au milieu des loups, condamné à se faire dévorer. En tout cas, ce n’est pas joué. Pour que ce ne le soit pas, je conseille à tous la lecture du jésuite espagnol Gracian, en particulier de son livre Arte de prudencia, traduit en français.

 

Richelieu et Guitton sur le mensonge

 

Richelieu disait, en substance : « Ce sont ceux qui mentent le plus qui trompent le moins. D’abord, dès que vous mentez, vous vous condamnez à bâtir un échafaudage de mensonges, un monde imaginaire dont éclatera tôt ou tard l’incohérence avec le réel, vous serez démasqués, et ce jour là vous vous effondrez. Et même avant, les esprits pénétrants reconstruiront la vérité, en se servant comme indices de cela même que vous direz pour les tromper, et où leur subtilité leur permettra de démêler le vrai et le faux. Si vous ne pouvez pas dire la vérité, taisez vous, ou parlez d’autre chose, parlez pour ne rien dire – des banalités, des choses bien connues. »

Guitton me disait : « Les gens me prennent pour un naïf, et c’est ma force ; pendant que je dis candidement des choses vraies, je ne cesse de les observer ; au moment où ils en viennent au mépris, ils se découvrent et je vois ce qui était caché. »

 

Les paradoxes du menteur

 

A cause des paradoxes bien connus du mensonge, vous n’avez pas même besoin de vous taire pour rester opaque. Les menteurs n’arrivent pas à s’imaginer qu’on puisse vraiment dire la vérité. Ils pensent que ceux qui adoptent cette règle sont seulement des super-menteurs et des super-ambitieux, qui veulent endormir tout le monde et se mettre en situation de mentir efficacement, une seule fois, celle où ils pourront tout rafler, en mentant. Donc, si vous dites la vérité, ils ne vous croient pas. Pourquoi alors mentir ? Comme ce ne vous est pas naturel, les menteurs le sentiraient, et trouveraient la vérité. Mais si vous ne mentez pas, ils vous trouvent naturels, et comme ils pensent que vous êtes toujours prêt à mentir si c’est votre intérêt, ils ne savent plus où est la vérité. Et comme ils savent que vous êtes capables de faire ces raisonnements, ils savent que vous êtes intelligents. Or ils pensent que les gens honnêtes sont tous des imbéciles. Donc ils pensent que vous n’êtes pas honnête.

 

Le menteur va-t-il ou non à Lemberg ?

 

Dites donc la vérité, vous qui êtes honnête, à condition de passer en plus pour intelligents. « Regarde comme tu es menteur ; tu vas à Lemberg et tu me dis que tu vas à Lemberg pour que je pense que tu ne vas pas à Lemberg. » Ou encore : « Regarde comme tu es menteur : tu vas à Lemberg, et tu me dis que tu n’y vas pas, pour ne pas me dire que tu y vas, parce que tu as peur que je me dise que tu me dis que tu y vas pour que je pense que tu n’y vas pas. » Et comme ça va à l’infini, face à des gens qui ne peuvent croire rien ni personne, on n’a absolument pas besoin de mentir. En plus, vous êtes un pauvre pécheur, n’est-ce pas ? Donc, il peut bien vous arriver de mentir, à vous qui êtes résolu de ne pas mentir. Ce n’est pas bien, mais pour entretenir l’incertitude du méchant, ce n’est pas mauvais.

Cela marche aussi dans l’autre sens. Quand les menteurs disent la vérité, les autres menteurs ne les croient pas, et les honnêtes gens hésitent à les croire, ce qui est normal. Les pires menteurs sont donc les menteurs qui disent la vérité. C’est pour eux une bonne façon de mentir, car comme ils sont menteurs, ils ne sont pas très naturels quand ils disent la vérité, et on en conclut qu’ils mentent, alors qu’ils ne mentent pas. César disait à vingt-cinq ans qu’il voulait être dictateur, tout le monde riait, personne ne l’a cru, il a fait ce qu’il avait dit et à la fin il a renversé la république romaine.

 

Dieu en sait plus

 

3° Nous ne pouvons tout prévoir. Dieu, lui, en sait plus. Il est le seul qui puisse se flatter de ne pas se contredire, et de ne pas se laisser prendre au piège de ses inventions. En faisant ce qui est juste, en respectant la loi de paix, c'est-à-dire la loi naturelle, nous sommes en accord (on peut raisonnablement le penser), avec la Nature et son Auteur, avec « Celui qui tient du haut du ciel les rênes de tous les empires », comme l’écrit Bossuet dans son Discours sur l’Histoire universelle. Nous serons donc plus probablement en accord avec la Nature, donc avec un maximum de faits et d’événements, et avec le besoin profond d’ordre, de paix et de pouvoir qui habite les humains. Comme notre puissance se heurtera à moins d’obstacles, toutes choses égales par ailleurs, nous avons plus de chances de réussir.

Cela ne veut pas dire que si nous échouons, nous sommes des réprouvés, et que si nous réussissons, nous sommes les élus de Dieu. Cela veut dire que si nous agissons comme des élus, nous n’échouerons pas forcément ; et que si nous réussissons comme des élus, nous ne serons pas réprouvés. Bref, si l’on fait le bien, le succès n’est pas garanti, autrement on ferait le bien par matérialisme, autrement dit, on ne ferait plus le bien. Mais l’échec n’est pas garanti non plus, loin de là.

En outre, d’un point de vue plus profond, il y a des échecs extérieurs réels qui peuvent faire grandir l’homme intérieur. Pour juger du succès, il faut connaître la fin de l’histoire. Qui peut être dit heureux avant sa mort ? Mais qui peut l’être, avant son jugement ? Avant la fin de l’Histoire, on ne voit jamais la fin d’aucune histoire particulière, car ce qui se passe après la mort d’un individu échappe à nos regards. Même les Stoïciens disaient de vivre chaque jour comme s’il était le dernier.

   

Réflexions sur le libre échange. Des lois du marché à la logique de guerre

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Mise à jour le Mardi, 18 Octobre 2011 07:38 Écrit par Henri Hude

Frappé par ce qui semble se préparer partout, à savoir une énorme explosion populaire antilibérale, j’ai feuilleté un de mes livres, intitulé Ethique et politique, Editions universitaires, 1992, et j’y ai trouvé, pp.92-93, le texte suivant, qui me paraît d’actualité. Les causes étaient déjà à l’œuvre, mais les effets moins visibles et retarder les échéances était aussi, alors, plus facile.

 

 

  Libre-échange des biens versus protection des travailleurs (des personnes au travail – ou pas)   

 

« Considéré du point de vue technocratique, le monde en sa communauté de nations ne forme rien de plus qu’un immense marché parfois encombré de futiles barrières appelées frontières. Les institutions politiques n’ont d’autre fonction que de veiller à­ ce qu’on puisse tenir marché dans de bonnes conditions. Sur ce marché qui est le monde se croisent et se bousculent des vendeurs et des acheteurs qui n’ont d’autre caractère fondamental que ces qualifications économiques. L’agent économique abstrait n’a donc pas de patrie. Le travailleur abstrait n’en a pas non plus. Il ­vend du travail, ou il se vend comme main-d’œuvre, sur le marché mondial du travail, et il va là où il pense pouvoir se vendre plus cher.  

 

« Si ce point de vue abstrait reste conscient de ce qu’il a d’abstrait, et ouvert à ce qui sort de sa perspective, il n’y aura pas grand mal. Mais si cette abstraction est prise pour la ­réalité, j’appelle ce système : économisme. (…)  

 

« Et d’abord, il est tout à fait normal, de ce point de vue, que la main d’œuvre afflue continûment dans les pays où elle est mieux rémunérée, et d’après la théorie cela devrait continuer jusqu’à ce que l’équilibre soit rétabli entre le prix du travail ici et là. La logique de ce beau système aboutirait, premièrement, à un abaissement considérable du niveau des salaires et des protections sociales en Europe ; deuxièmement à­ une modification radicale des populations, au terme de laquelle ­l’Europe perdrait toute espèce d’homogénéité ethnique, ­linguistique, et toute forte référence historique et culturelle commune.  

 

« On devine aisément que cette splendide prévision économique signifie dans les faits une énorme explosion populaire de chauvinisme xénophobe et antilibéral. Et la prétention oligarchique atteint ici un tel degré de mépris de la souveraineté populaire qu’elle porte la première responsabilité des excès dont elle se scandalise hypocritement. Sur cette voie, nous allons vers une montée des tensions internationales débouchant sur un conflit de plus en plus étendu entre pays riches et pays pauvres, les points d’ignition se situant au Moyen-Orient, en Europe du Sud, dans le Caucase, etc. Si l’on ajoute l’affolement de peuples déboussolés par le scepticisme et l’absence de toute conviction ferme, comme de toute norme solide, ­les conditions sont réunies pour que l’Europe sombre bientôt dans la violence pour un temps indéterminé.   

 

 

L’agent économique sur les marchés versus le citoyen dans la nation  

 

 

« Contre la fausse science économique, il faut rappeler que la prospérité ne résulte pas du jeu automatique des lois de l’offre et de la demande. Elle résulte de la conservation de l’ensemble des facteurs moraux de la prospérité (voir chapitre 2). Au nombre de ces facteurs figure évidemment la possibilité pour les hommes d’adhérer à un ordre social qui soit autre chose qu’un marché bien organisé, et qui soit une communauté exprimant de vraies valeurs, des idéaux élevés, etc., bref, une vraie nation. 

 

« Il ne peut y avoir de prospérité bâtie contre la nation. Donc il est requis d’inventer une prospérité qui respecte la nation. Réconcilier le marché avec la justice, c’est aussi le réconcilier avec la nation. Voilà la seule prospérité équilibrée, ­ équitable, durable. Notre économie de marché oligarchique ne parvient pas à respecter le droit de la personne à sa nation.­ Elle est non seulement injuste, mais, à terme prévisible, ­économiquement ruineuse et inefficace. 

 

« La loi de l’offre et de la demande n’a de valeur qu’en tant qu’elle est un aspect de cette valeur qu’est la liberté personnelle, elle-même considérée en ces circonstances spéciales où les hommes se comportent comme acheteurs ou vendeurs, et souhaitent comme tels être libres de leurs mouvements. Elle ne peut fonctionner comme une règle suprême absolue, ni comme norme ­indépassable de toute décision (voir chapitre 11, section 2).  

 

« Quand son application mécanique aboutit à détruire les valeurs et les nations, elle devient immorale et en ce cas même un machiavélisme cynique ne pourrait en tolérer l’application, ­puisqu’en détruisant les valeurs, elle détruit les facteurs moraux et profonds de la prospérité. Du seul point de vue économique global, concret, à moyen et long terme, il faut trouver autre chose, et s’engager dans l’édification d’une économie de marché démocratique. »  

Il y a des jours où il est permis de se demander si la politique peut être plus qu’une immense tromperie... (cf. couverture d'Ethique et politique).

 

   

Réflexions sur la corruption et la défense nationale (1)

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Mise à jour le Vendredi, 14 Octobre 2011 13:41 Écrit par Henri Hude

Cet article et le suivant, que je poste ce jour, sont les deux moitiés d'un texte qui vient d'être publié dans le dernier numéro  (743, Octobre 2011) de la Revue de la Défense Nationale. Je remercie l'Amiral Jean Dufourcq, Rédacteur en chef, qui m'autorise à le reproduire sur ce blog. Si certains étaient amenés à le reprendre, je les remercie de bien vouloir toujours en citer la source. 

 

Résumé : le philosophe s’interroge sur l’impact de la corruption sur la sécurité nationale et par des détours juridiques, moraux et économiques, met en évidence les menaces majeures que présentent pour la démocratie la combinaison des phénomènes de corruption politique et médiatique [1].

 

 

« En quoi la corruption représente-t-elle une menace pour la sécurité nationale ? ». Je ne répondrai pas à cette question de la manière attendue. En général, la réponse classique souligne combien la lutte contre la corruption contribue à stabiliser la communauté internationale en y évitant la faillite d’Etats et l’anarchie de peuples entiers, sources de désordres, d’instabilités et de menaces. L’Otan consacre des efforts importants à ce genre de programmes (Building integrity, etc.). J’estime que ceci relève du bon sens, est d’une efficacité relative, mais réelle, et que la philosophie n’a pas de valeur à ajouter ici, s’il s’agit de le prouver.

 

Je traverserai successivement l’origine du mot, son sens juridique, et son sens éthique jusqu’à rejoindre le problème fondamental pour la sécurité nationale, qui est celui de la grande crise et de sa cause fondamentale, la corruption politico-médiatique. Le terme de corruption, dans cet usage, ne désigne pas des délits pénaux. Pourtant, elle peut être éthiquement et politiquement plus grave.

 

 

Origine du mot. La société et les mœurs

 

 

Ce terme de corruption, d’origine latine, était d’abord un terme très général. La corruption, c’est le processus inverse de la génération[2]. C’est en particulier le processus qui achemine le vivant à la mort et le cadavre à la décomposition. Appliqué d’abord aux corps organiques, le terme se voit ensuite appliqué aux organismes sociaux. On parle ainsi de « corruption des mœurs ».

 

Le sens de cette expression est profond. Une société humaine n’existe pas par simple nécessité naturelle, comme une ruche. Ainsi que le dit Kant, l’homme n’agit pas seulement « selon des lois », comme les étoiles ou les planètes, qui suivent les lois de la gravitation, de la relativité, etc. L’homme agit « selon la représentation de ces lois » – cela veut dire que la société n’existe que si les individus intériorisent la loi de fonctionnement du système social, c'est-à-dire la connaissent et la reconnaissent, l’appliquent et lui obéissent.

 

Thomas Hobbes a expliqué la chose avec toute la précision désirable. Si chacun fait juste ce qui lui chante, c’est la collision universelle, l’envahissement des uns par les autres, ce que Hobbes appelle dans son Léviathan l’« état de nature », la guerre de tous contre tous. Cet état de choses va cesser de deux manières possibles :

-          sous une forme animale, esclavagiste et despotique, si s’établissent le droit du plus fort et la loi de la jungle, stabilisés en hiérarchie bestiale ;

-          sous une forme humaine, digne et sûre, si s’établissent un droit de justice et « la loi naturelle [3] », stabilisés en société libre.

 

 

Le sens juridique du mot

 

 

Les alinéas 11-14 de l’article 432 du code pénal définissent la corruption passive, le trafic d’influence, la prise illégale d’intérêt, le favoritisme. Ils prévoient les peines dues à ces actes illégaux. Pour l’essentiel, ils interdisent à toute personne qui détient un pouvoir au service d’un bien commun, de s’en servir dans son intérêt particulier au détriment de ce bien commun. Ce genre de trafic illégal se divise en plusieurs espèces :

-          selon la qualité et les rapports mutuels des personnes bénéficiaires ou victimes du trafic ;

-          selon la nature de la chose dont on trafique : avantage obtenu, contrepartie accordée ;

-          selon les procédés et moyens mis en œuvre pour trafiquer.

 

Pratiquée dans le domaine de la défense nationale, la corruption, en ce sens étroit, a toujours pour effet de nuire à l’accomplissement de la fonction de défense. Elle est d’une particulière gravité, car elle revient à frustrer la société entière d’un élément de sa sécurité. Outre le vol, elle enveloppe donc en puissance, tous les effets ou concomitants de l’insécurité publique, y compris l’homicide et la trahison.

 

 

Ethique et Droit

 

 

La perspective de la philosophie morale n’est pas celle du droit pénal. Le droit pénal, dans une société libre, a autant souci, voire plus, de protéger l’accusé potentiel que la société. Aussi le crime ou le délit s’y voient-ils définis avec une précision méticuleuse et nul ne peut être puni sans qu’ait été positivement prouvé qu’il a commis un acte prohibé précisément défini par la loi. Mais la perspective de la philosophie morale est fort différente, parce que c’est celle de la conscience personnelle. Notre conscience est capable de témoigner contre elle-même, et de se juger coupable, alors même que selon le droit un juge serait tenu de nous acquitter. 

 

La seule légalité est si peu une garantie de moralité, qu’un législateur peut éprouver (croyons-le) des remords de conscience, après avoir passé, par intérêt personnel ou partisan, une législation entachée de favoritisme, ou contraire à sa conscience publique et privée. 

 

Paradoxalement, la corruption des mœurs politiques peut se traduire par une focalisation sur certaines formes de corruption politique (pots de vins, trafic d’influence, etc.). Leur dénonciation est bien entendu, en elle-même, raisonnable et juste. Mais l’arbre peut cacher la forêt. Comme le disait Richelieu : « Il ne faut jamais mentir, car les esprits fins découvriront toujours la vérité en suivant le fil de vos mensonges. Quand vous ne pouvez pas répondre, parlez pour ne rien dire. » S’occuper des « corrompus », quand on parle de corruption politique, c’est (paradoxalement) parler pour ne presque rien dire.

 

La corruption politique est la forme la plus grave de la corruption, même si elle ne constitue pas un délit pénal, car la véritable forme de la corruption politique, et la plus grave moralement et politiquement, ce n’est pas le pot de vin, c’est la démagogie. – C’est ici qu’un détour par la philosophie de l’économie s’impose.

 


 

[1] Ce texte ne reflète que la pensée de son auteur en tant qu’universitaire, et n’engage en rien les institutions dont il est membre.

[2] C’est le sens commun aussi en grec, comme dans le titre du traité d’ARISTOTE, Peri geneseos kai phtoras, De la génération et de la corruption. La genèse, la génération, c’est la venue à l’existence ; la corruption, c’est le retour au néant.

[3] Cette loi inclut notamment le respect de la vie d’autrui, celui des promesses et des contrats, le renoncement à l’emploi de la violence et de la ruse, le règlement judiciaire des différents, le respect de la propriété, l’impartialité et l’honnêteté de la justice, etc. Le droit de toute société pacifiée incorpore et détaille ces principes généraux de la loi naturelle. L’éthique doit donc entrer dans la composition de toute société de confiance et de toute activité sociale pacifique.

   

Réflexions sur la corruption et la défense nationale (2)

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Mise à jour le Vendredi, 14 Octobre 2011 13:36 Écrit par Henri Hude


Corruption politique et défense nationale 

 

 

Quand un système financier menace ruine, la première menace pour la sécurité nationale, c’est la difficulté prévisible de son financement. Et la première façon de défendre la nation, c’est alors de préparer son redressement financier. L’argent est le nerf de la guerre. La désunion que provoquent les crises économiques est de nature à miner la défense de n’importe quel pays. Et le spectacle d’un État en déconfiture n’inspire plus aucun respect et attise les appétits.

 

Mais pour faire face au problème central, il faut de l’honnêteté intellectuelle, qui oblige à des remises en cause nombreuses et fondamentales. Faute de telles réorganisations mentales en temps utile, la principale menace prévisible contre la sécurité nationale, ce sont la faillite et la révolution sociale.

 

Il est d’usage de dénoncer les spéculateurs. C’est entendu, ils sont sordides. Dire qu’ils sont la cause de tout, c’est participer à un mensonge collectif.   

 

Les investisseurs économiques à long terme peuvent battre les spéculateurs, à partir du moment où les fondamentaux sont sains. Dans le cas contraire, les spéculateurs peuvent mettre par terre un État.

 

 

Qualité du leadership et principe de réalité 

 

 

Les spéculateurs, au sens précis, sont une catégorie particulière d’investisseurs, qui n’a pas de logique économique derrière elle et qui fait juste des manœuvres, souvent à court terme, sans utilité économique générale. Si un marché s’effondre, c’est peut-être que les spéculateurs jouent à la baisse ; mais c’est aussi que les autres investisseurs ne rachètent pas ; ils n’ont pas confiance.

 

Pourquoi ? Ce qu’ils veulent, c’est investir à long terme. Quand ils n’investissent pas du tout, c’est qu’ils n’ont pas confiance à court terme. Leur confiance ou leur méfiance n’a rien d’un état d’âme passionnel, passager, irrationnel, encore moins d’un complot. Ils n’y croient pas, tout simplement parce que seuls peuvent « y croire » ceux qui n’ont pas mis le nez dans les comptes consolidés des nations et les fondamentaux économiques. Ou ceux qui ont intérêt à faire semblant d’y croire. Quant à la méthode Coué, elle a, comme chacun sait, ses limites. 

 

Des facteurs productifs qui s’en vont, pas de croissance, une économie portée par la consommation et une consommation portée par la dépense publique, elle-même financée par des impôts sur le travail et par la dette : un tel système n’est pas durable et se rapproche donc constamment du moment où ça casse.

 

Il y a des fois où les spéculateurs sont tout simplement ceux qui posent au bon moment la question qui fait mal, en ayant pris les positions pour en profiter. Et on les déteste alors comme on déteste un principe de réalité.  

 

Un jour vient où on ne peut plus fuir en avant. Alors, pour pouvoir continuer à s’endetter, ou pour payer simplement les intérêts de la dette, il faut diminuer les dépenses publiques. Mais cela casse toute croissance, diminue l’activité et les ressources fiscales, et requiert un endettement encore plus grand, dans des conditions encore moins crédibles. Cela met aussi « dans le rouge » une bonne partie de la population, qui va faire des révolutions sociales, sur le modèle des révolutions arabes. Le modèle a atteint alors sa limite absolue. Cliniquement, il est mort. C’est juste une question de savoir quand on va le débrancher.  

 

Ne pas reconnaître une telle situation, et tirer ses dernières cartouches en traitant en urgence des crises de liquidités à répétition, c’est aussi absurde que de faire une seconde offensive des Ardennes en 1944. Cette absurdité a pour unique avantage de hâter le dénouement. Si des dirigeants d’entreprise mentaient aux marchés comme les classes politiques mentent aux corps électoraux, ils se retrouveraient tous en prison. On peut mentir au peuple, on ne peut pas mentir aux marchés.

 

 

Liquidité, solvabilité, compétitivité

 

 

La corruption politique fondamentale est de ne pas poser les bonnes questions. Elle est de traiter comme des crises de liquidités des problèmes de solvabilité à terme, et de ne pas vouloir voir derrière ces problèmes de solvabilité le problème de rentabilité, ou de compétitivité du travail, des Français – et les autres problèmes fondamentaux du système.

 

Accepter de parler des problèmes, avec leurs ordres de grandeur réels, c’est reconnaître qu’on vit dans un nouvel ancien régime qui est mort dans ses fondamentaux, qu’il va falloir tout reconstruire, et que c’est beaucoup de travail. Pensons à Necker faisant l’exposé des finances de la France en 1789 devant les États-Généraux. Il fait tout simplement l’exposé de la corruption morale et financière d’un régime. 

 

La corruption fondamentale consiste dans une conduite de déni, ayant pour objet de faire passer des échéances électorales difficiles à des entreprises politiques virtuellement ruinées, au détriment des citoyens, dont elles ne sont pourtant que les syndics. De la part de n’importe quel management, on parlerait de faute de gestion grave et d’abus de bien social.

 

Ce dont nous avons besoin, c’est de gouvernements qui publient leurs comptes régulièrement et qui soient capables de les expliquer de façon convaincante, non pas à des gens qui n’y connaissent rien, et qui, étant forcés de faire confiance, ne savent plus à qui se fier ; mais à des gens qui connaissent les sujets, et qu’on ne peut espérer pipeauter. Ce dont la défense nationale a besoin, c’est aussi de médias qui donnent la parole aux gens qui savent, afin que tout le monde puisse savoir, au moins dans les élites. 

 

 

Omerta et corruption

 

« On ne peut pas le dire. Il faut faire comme si on y croyait. » Pourquoi ? Parce qu’on se dit que, si on n’y croyait pas, on aurait le dos au mur de la faillite et de la révolution sociale. Mais quand le mur est là, tout près, la forme fondamentale de la corruption politique (et médiatique), c’est de ne pas le dire. Et les deux seules façons d’éviter la révolution sociale, si c’est encore possible, c’est qu’une fraction significative de la classe politique échange un comportement de politicien quelconque pour une conduite d’homme d’État, ou alors, que le peuple renouvelle la classe politique.

 

Ce dont a besoin une société libre, pour son existence et sa conservation, donc pour sa sécurité, c’est d’un pouvoir qui ait effectivement le pouvoir de faire, parce qu’il mérite la confiance. Mériter la confiance n’est pas seulement donner l’impression qu’on la mérite.

 

La corruption fondamentale, pour de nombreux médias, c’est d’être des business dont la rentabilité repose sur la démagogie intellectuelle de la facilité instantanée, qui empêche de distinguer la réalité et impression. La corruption médiatique, unie à la corruption politique, est la principale forme de corruption menaçant la sécurité nationale.

 

Là se trouve le talon d’Achille des démocraties.

   

Où allons-nous ? (1)

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Mise à jour le Vendredi, 14 Octobre 2011 13:43 Écrit par Henri Hude

Vingt ans après. Quel avenir pour l’Europe ? 

 

Ces dernières années, les événements ont marché très vite. Voyons les choses en face. Fin 2011, c’est toute la vision que nous avions de notre avenir qui s’effondre. Ce que nous proposait la classe politique : construction européenne, société de consommation et solidarité sociale, tout cela est remis en cause par les réalités économiques.

 

Intellectuellement, nous vivons aussi une époque de remise en cause radicale. Peut-être nous faudra-t-il revenir sur les habitudes de pensée qui sont le plus enracinées dans nos raisonnements politico médiatiques, et poser des questions simples. Car les grandes erreurs stratégiques sont toujours des erreurs de bon sens.

 

Pouvons-nous encore soutenir le libre-échange ?

 

Une certaine forme de libre-échange est aujourd’hui difficile à soutenir, car c’est un jeu où nous sommes maintenant perdants.

 

Depuis les années 90, nous avons conjugué capitalisme financier (mobilité des capitaux et exigence de rendements élevés) avec ouverture des frontières à la concurrence de pays où la main d’œuvre est peu chère. 20 ans après, le pays est désindustrialisé. Les activités productrices de valeur ont déménagé ou ont été créées ailleurs. Ainsi les gains de productivité et les investissements dans la recherche et le développement, qui par nature se font dans l’industrie, ont lieu ailleurs et ne créent pas de croissance dans notre pays.

 

Il faut être juste et ajouter qu’une telle situation est en partie la conséquence de notre manque de sérieux politique. Nous payons de longues années et d’aveuglement idéologique et de lâcheté dans la gestion. Nous sommes entrés dans le grand bain de la mondialisation sans adapter les structures sociales et administratives du pays. C’est une des raisons de notre non-compétitivité. Cependant, ce n’est pas parce que la tactique a été mal gérée que la stratégie était bonne (capitalisme financier et ouverture des frontières).

 

D’où une question simple : Est-il souhaitable ou possible de maintenir dans son intégralité une doctrine économique qui, appliquée à un pays qui n’a pas fait le travail d’adaptation nécessaire, provoque chômage et pauvreté sans aucune perspective d’amélioration ? D’où pourrait provenir un sursaut de croissance ? D’un nouvel afflux de crédit ? Les endettements public et privé sont excessifs et l’on parle de besoin de capital pour les banques. D’une démographie qui au mieux stagne ? D’un sursaut de compétitivité ? Alors que les coûts du travail augmentent plus vite chez nous qu’ailleurs.

 

Si nous continuons dans ce cadre, la situation ne va pas s’améliorer. Mais c’est le cadre des traités actuels, et il ne peut en être autrement en Europe pour l’instant.

 

C’est l’un des fondements de la construction européenne qui se retourne contre les européens dans certains pays. Et si d’autres pays d’Europe réussissent mieux que nous, c’est en partie en profitant de nos faiblesses qu’ils maintiennent leur croissance, car face aux grands pays émergents, leur compétitivité est comparable. Il faut ajouter que nous n’avons pas le droit de reprocher à nos voisins de bien gérer leurs affaires, même si c’est à nos dépends.

 

Solidité de nos finances ?

 

Les doutes sur la solvabilité de nombreux Etats occidentaux ne sont qu’une conséquence de la désindustrialisation de ces pays sur les 20 dernières années. Dans des économies qui perdaient progressivement leurs activités créatrices de valeur, les gouvernements ont stimulé artificiellement la croissance et le niveau de vie des populations par des politiques d’argent facile d’un côté de l’Atlantique, par des dépenses publiques de plus en plus importantes de l’autre.

 

Cela a contribué à créer des bulles immobilières et un surendettement public. L’éclatement des bulles immobilières a provoqué la première crise financière et aggravé l’endettement public. Aujourd’hui, les investisseurs se demandent si les dettes publiques pourront un jour être remboursées.

 

C’est la seconde crise financière, qui porte en premier lieu sur la dette de certains pays d’Europe du sud. Si ces pays connaissaient des difficultés de refinancement, il est probable que le système financier européen traverserait des difficultés sans précédent, aggravant encore en Europe, la stagnation économique.

 

Ajoutons que cette question du financement de la dette souveraine se poserait tout aussi douloureusement aux Etats-Unis et en Angleterre, si les banques centrales de ces deux pays ne monétisaient pas massivement leur dette.

 

Et pourtant, rien de surprenant : vingt années d’arbitrages capitalistiques entre les pays matures et les pays en croissance, arbitrages rendus possibles par la dérégulation financière et l’ouverture des frontières ; vingt années de stimulation artificielle de la consommation par l’endettement public ou privé. C’est ce mécanisme malsain qui arrive à son terme.

 

La crise de l’Europe n’est pas simplement une crise de la dette, c’est une crise de business model.

 

Craquements dans la construction européenne 

 

C’est aussi une crise politique.

 

Certains dénoncent les mauvaises manières du pouvoir, ses tendances autoritaristes. Mais que cela ne cache pas aux vrais observateurs une grande impuissance des pouvoirs européen et français à appréhender la crise.

 

Impuissance conceptuelle d’abord. Car les grandes constructions politiques reposent sur une base philosophique, et quand la réalité vient brutalement ébranler l’édifice politique, c’est toute la philosophie qui vacille.

 

La construction européenne telle que nous l’avons faite est une semi union économique et monétaire qui décide de n’être ni un pouvoir, ni une culture. Cette union incomplète prétendait incarner l’universalisme philosophique et devait dissoudre les nations. Cette union est en train de trembler. Nous avons créé une monnaie sans pouvoir, sans armée, sans peuple et sans légitimité. Une monnaie de spécialistes. Ces spécialistes ont créé une zone monétaire instable, sans mécanismes redistributifs, sans politique d’ensemble et sans solidarité. Où les déséquilibres entre pays ne peuvent que croître et s’exacerber jusqu’à ce qu’ils deviennent atroces et intenables.

 

Les spécialistes objecteront que si l’on avait suivi leurs recommandations, nous n’en serions pas là. « Dans une zone à monnaie unique, il faut prêter une grande attention aux coûts du travail afin que ceux-ci ne divergent pas selon les pays. Il faut respecter les clauses financières du pacte de stabilité afin de conserver la même qualité de signature souveraine dans toute la zone. » Paroles de raison soutenues avec une vraie continuité et une vraie cohérence intellectuelle. Mais aussi parole prêchée dans le désert.

 

Pensait-on que des gouvernements démocratiques faibles et asservis à l’irrationnel médiatique allaient s’astreindre à cette rigueur ? À cette hauteur de vue ? Nous savons aujourd’hui que la construction de la zone Euro reposait sur cette hypothèse fausse. Tout simplement.

 

De Gaulle disait qu’ « il n’est pas de politique en dehors des réalités. La réalité, c’est qu’un cadre monétaire plus souple, comme celui qui existait avant l’Euro, convenait. Les pays dont le dialogue socio politique était le moins sérieux compensaient par un peu d’inflation ou un peu de dévaluation le différentiel de compétitivité que créait une gestion trop généreuse envers des revendications irresponsables.

 

   

Où allons-nous ? (2)

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Mise à jour le Vendredi, 14 Octobre 2011 13:43 Écrit par Henri Hude

L’impossible break-up de la zone Euro

 

L’Euro ? Peut-on dire que l’Europe se porterait mieux s’il n’avait jamais existé ?

 

Peut-être serions-nous plus riches si l’Euro n’avait pas existé. Mais il existe et nous y participons.

 

« Sortons de la zone Euro ! Retournons à notre monnaie ! Dévaluons et recommençons comme avant ! » Idées séduisantes. Convenons d’ailleurs qu’il est bien légitime d’en vouloir à ces théoriciens qui ont fait tout faux et à ces politiques qui nous ont menés dans cette impasse. Ce sont des idées qu’il faut s’attendre à trouver, de plus en plus violents, parmi les classes moyennes prolétarisées, les jeunes chômeurs et tous les actifs qui, par un jeu de concurrence économique absurde, n’ont plus de place dans l’économie créatrice de valeur.

 

De plus, il est injuste d’excommunier du dialogue politique ceux qui instinctivement se plaignent de ce qu’ils pensent être l’instrument de leurs malheurs. C’est différent si cela constitue une rhétorique politicienne, un business médiatique qui marche, sans vision d’ensemble, sans précision des idées et sans volonté de servir le pays.

 

Que peut-il se passer si un pays sort de la zone Euro ? Si un pays sort de l’Euro, c’est en violant tous les traités actuels qui ne prévoient pas de clause de sécession de la zone Euro. Et cela provoquerait des instabilités terribles. Fuite des dépôts bancaires hors de la partie la plus faible de la nouvelle zone, et probable faillite du système financier des pays faibles. Il faudrait alors instaurer un contrôle des changes, l’interdiction de retirer son argent des banques. Que dire de l’impact sur le commerce extérieur ? Les pays européens accepteraient-ils une dévaluation violente de la monnaie d’un de leurs partenaires commerciaux, qui pourrait alors phagocyter leur propre industrie ? Ne seraient-ils pas tentés de compenser la dévaluation par des barrières douanières ? Un pays désindustrialisé aurait besoin de nombreuses années pour rebâtir un outil productif décent. Années pendant lesquelles le coût des importations serait beaucoup plus important. Que dire de la dette des entreprises qui se trouveraient à cheval sur deux zones ? Que dire de l’épargne des gens investie en dette d’Etat, de banques et d’entreprises ? Enfin que dire des troubles sociaux que provoquerait une période de transition si incertaine et si terrible ?

 

Sortir de la zone Euro, cela consiste probablement à détruire tout le tissu financier et économique, pour le recréer dans des conditions incertaines.

 

Il est probable qu’une scission de la zone Euro correspondrait à une période de véritable chaos en Europe, surtout si elle se passe dans une ambiance de tension entre les peuples.

 

Notons que sortir de la zone Euro serait surement moins dramatique pour un pays fort. Notamment parce que, suite à la réévaluation de sa monnaie, son système financier ne serait pas la victime d’une fuite des dépôts, et surtout se cela se passe sans prévenir.

 

Pour un pays, sortir de la zone Euro est rationnel seulement si le coût d’en sortir est inférieur au coût d’y rester. Comme sortir de l’Euro risque de provoquer le chaos, il n’est pas rationnel de sorti de la zone Euro. Sauf naturellement si la zone Euro est déjà en situation de chaos. Auquel cas…

 

L’impossible réforme de la France

 

Les dirigeants de la zone Euro rappellent à de nombreux pays « l’impérieuse, l’urgente nécessité d’effectuer des réformes structurelles » afin de garantir la stabilité de leurs finances publiques.

 

Voyons la France. Regarder ses finances est un travail bien triste. Ce que l’on voit, c’est un Etat tentaculaire, qui dépense plus de la moitié de la richesse créée par le pays. C’est une dépense sociale d’à peu près le quart du pib, et qui est financée par des taxes sur le travail. La France est un pays qui, en plus d’être un pays développé et donc moins compétitif, fait peser sur les activités productrices les deux boulets que sont le financement d’un Etat monstrueux et de la protection sociale, aggravant encore le déficit de compétitivité. Rendus non compétitifs par le coût du travail, indépendamment de leur valeur personnelle, les producteurs français n’ont pas d’avenir en tant que producteurs. Plutôt que de les laisser dans la pauvreté, l’Etat décide les transformer en purs consommateurs, en maintenant artificiellement leur pouvoir d’achat par la dépense publique, dont les taxes viennent encore peser sur la compétitivité. C’est un parfait cercle vicieux.

 

Certains économistes résument le business model de la France par : « une croissance tirée par la consommation, la consommation financée par la dépense publique, la dépense publique financée par la dette ». Il est fatal que le mécanisme s’enraye un jour. Et nous y sommes.

 

De plus, les tendances de ces grands ensembles sont terrifiantes : les dépenses sociales augmentent fortement, le fonctionnement de l’Etat coute de plus en plus cher. Il n’y a pas de croissance, et donc stagnation des recettes. Le travail productif diminue.

 

Vouloir réduire le déficit en augmentant les impôts est une folie. Cela revient à dégrader encore la compétitivité du travail et la rentabilité du capital. Rappelons que nous sommes encore en système de libre circulation du capital et de concurrence mondiale pour le travail.

 

Les seules voix raisonnables demandent la réduction des dépenses. Et cela devrait se faire dans un ordre de grandeur considérable, jamais envisagé, de près de 100 milliards d’euros.

 

Est-ce possible ? La vraie rigueur financière (baisse significative des dépenses nette de toutes les redistributions et négociations) ferait basculer dans la pauvreté une partie considérable de la population. Combien en effet sont ceux dont le niveau de vie dépend directement de la dépense publique : fonctionnaires de tous niveaux, chômeurs, retraités, familles aidées, malades… ?

 

Comment imaginer qu’un gouvernement en France, avec le peu de légitimité que lui laisse l’exubérance irrationnelle du monde médiatique, pourrait imposer de tels sacrifices ? Et s’il y parvenait, comment pourrait-il résister aux pressions voire aux révoltes qui suivraient ? Et à la démagogie de son opposition ?

 

Si nous n’agissons pas pour sauver nos finances, c’est la solvabilité de l’Etat qui est remise en cause.

 

Mais qui pense qu’il y a dans la classe politique française un seul personnage de niveau 1 capable d’imposer une vraie rigueur au pays ?

 

Il semble que nous ayons le choix entre l’insolvabilité et la révolution sociale. Ou alors l’inflation. Mais l’inflation, qui pourrait être un mal nécessaire pour nous, est inacceptable pour les pays « vertueux ».

 

Il faut donc, sans doute, nous préparer à des temps extrêmement difficiles. L’urgence, c’est de faire émerger des hommes d’Etat, de rompre avec les idéologies en faillite, de douter méthodiquement des philosophies et de la science économique dominantes. Tout est à réviser : économie, finance, culture et politique. Nous ne pouvons éviter un chaos qu’au prix de l’invention de  solutions terriblement audacieuses, qui seules pourront nous tirer hors du cercle vicieux.   

 

 

   

Extraits d’Ethique et politique (Editions Universitaires, 1992)

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Mise à jour le Lundi, 12 Septembre 2011 08:42 Écrit par Administrator

Où allons-nous ? Quel avenir ?

 

 

Voilà quelques extraits d’Ethique et politique1 (Editions Universitaires, 1992). On pouvait écrire à l’époque bien des choses sur l’avenir de l’Europe. Je ne sais pas si je dirais aujourd’hui exactement les mêmes choses.

 

 

Démocratiser l’économie de marchés. Oligarques et idéocrates

 

 

« On dit que les nations européennes ont besoin d’adapter leurs institutions politiques aux exigences de l’économie de  marchés. En réalité, elles ont besoin de démocratiser l’économie de marché aujourd’hui oligarchique, qui se traduit par la croissance continuelle du chômage, l’exagération des flux migratoires et la destruction de l’environnement. Car ces trois problèmes sont solidaires. Elles n’ont absolument pas à aligner leurs institutions politiques sur le fonctionnement de l’économie de marché oligarchique, ou alors autant dire qu’il faut supprimer les démocraties. Et on les supprime si on asservit les nations.

 

« Ce que veulent les nations européennes, c’est vivre ensemble comme des nations vraiment libres, mais unies par toute une histoire et rapprochées par une communauté d’intérêts qui n’ont rien à voir avec les appétits et les marottes des bureaucrates, oligarques et idéocrates. »

 

« Tout le monde est d’accord, ou presque, pour admettre la nécessité d’une construction européenne. Si l’on doit critiquer âprement ce qui se fait à ce jour, c’est que ces échafaudages institutionnels seront sans lendemain, parce qu’ils sont dépourvus de fondements solides dans l’histoire et dans la conscience des peuples. L’union bruxelloise n’aura pas plus de vie et de fécondité que la défunte union moscovite. » (Ethique et politique, pp.80-81.)

 

 

De nouvelles institutions européennes

 

 

« Je songe à un sénat des nations d’Europe. (…) Ce sénat élirait son président, qui porterait le nom de président du sénat des nations d’Europe. Ce président serait la clé de voûte de tout l’édifice. Ce sénat [d’une centaine de membres] siègerait en permanence. Le principe constitutionnel essentiel doit être qu’il n’existe d’autre loi en Europe que des lois nationales. Le sénat des nations doit pouvoir élaborer et proposer des textes juridiques, mais qui ne prendraient force de loi qu’après avoir été repris, et au besoin amendés et adaptés, par les seules représentations nationales, à titre de lois nationales. (…)

 

« Les chefs d’Etat [de l’Union] seraient en relation avec le Président du Sénat (…) [ayant] une fonction arbitrale permanente, un rôle de promotion des intérêts communs et de garantie effective des indépendances nationales face aux intérêts économiques transnationaux, une mission de représentation de l’unité morale des nations et, enfin, un pouvoir d’exception en période de crise. » 

 

« Le président du sénat disposerait d’une force armée d’élite (…) [cf. Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, Editions Monceau, 2010]. Il possèderait le pouvoir de mettre sous contrôle et sous direction temporaire de ses commissaires économiques toutes les puissances économiques et financières qui profiteraient de leur extension transnationale pour essayer de jouer chaque nation contre toutes les autres et pour se refuser à remplir leurs obligations envers chaque nation. C’est donc lui qui serait chargé de donner effectivité aux lois nationales sur les puissances économiques et financières transnationales. » Ethique et politique, pp.84-85.     

 

 

L’effondrement prévisible de la construction bruxelloise

 

 

« Toute prétendue aliénation de l’inaliénable serait nulle de plein droit. (…)

 

« Un peuple a le devoir de demeurer une individualité libre, pour que soit conservée la pluralité des nations libres, sans laquelle est perdue la liberté commune du genre humain.

 

« Si un citoyen renonce à la souveraineté de sa nation, il pose un principe au nom duquel on pourra par la suite lui enlever tous ses droits politiques. De telles décisions ne peuvent être prises par un peuple, sauf s’il a perdu la tête ou a été abusé. La folie est juridiquement incapable et l’imposture ne fait pas droit. (…) Ceux qui prétendraient aliéner la souveraineté nationale devraient être regardés comme des usurpateurs. Avant même qu’ils aient souscrit de tels engagements, les peuples sont censés leur avoir retiré tout pouvoir de les engager. » Ethique et politique, p.87.

 

« Que devient aujourd’hui la construction européenne ? La seule chose bien claire, c’est qu’on est en train de réduire l’Europe à un immense marché, et de réduire les Européens à des homines oeconomici, purs acheteurs et vendeurs sans patrie opérant sur un marché purement abstrait.

 

« Cette unification ne se fait que par l’argent et pour l’argent. Pareille entreprise peut enrichir certains, elle ne contribue aucunement à moyen ou long terme à la prospérité de notre continent. Parce qu’elle valorise à l’excès la richesse matérielle en sa forme la plus superficiellement monétaire et la plus immoralement myope, elle détruit toutes les valeurs de prospérité. (…)

 

« On abat des frontières, on érige des pouvoirs publics, on instaure un droit, et tout cela se fait dans l’indifférence, l’apathie et la résignation. C’est que l’Europe préfabriquée dont on assemble les morceaux, n’est ni celle des peuples, ni celle des personnes et qu’elle n’a aucune racine, ni dans la nature, ni dans l’histoire, ni dans la liberté. Et c’est pourquoi elle tombera.

 

« Cette Europe sans patrie et sans patriotisme(…) sera la chose de ceux qui en tireront profit parce qu’ils en tireront les ficelles. Cette Europe sans peuples ni patries, sans âme ni valeur, cette Europe sans communauté et sans personne, cette Europe sans démocratie et sans justice nous n’en voulons pas, nous n’en voulons pas, pire, nous ne la voulons même pas.

 

« Les peuples de l’Ouest, aujourd’hui courbés, paraissent consentir à leur abaissement. Il se fait un calme étrange et trompeur. Les puissants croient régner sans partage, mais ils ne font que présider au néant et tout l’essentiel leur échappe. (…)

 

« Un soulèvement imprévisible, un seul séisme bref (…) et nul ne saura plus dire où se dressait, hier encore, la plate géométrie des systèmes morts. » (Ethique et politique, 1992, p.88).    



[1] Henri HUDE, Ethique et politique, Paris, Editions universitaires, 1992, chapitre 5, pp.69-88.  

 

   

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