Henri Hude

Lettre d'Amérique n°14 (C). Les catholiques et les élections américaines

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Mise à jour le Dimanche, 31 Octobre 2010 09:43 Écrit par Henri Hude

Catholiques et protestants  

 

Certains protestants verraient volontiers l’évangélisation de type « évangéliste », comme le préalable au capitalisme libertaire et à la diffusion mondiale de la démocratie à la Républicaine. Les catholiques n’y croient pas, ou pas autant.  Ils seront aussi plus sceptiques, sur la possibilité de ressusciter l’Amérique par un simple retour à « la formule qui marche ». Ils sont plus interventionnistes, ils élargissent plus volontiers la sphère de l’Etat et du bien commun. Ils reconnaissent le bien-fondé partiel de « la formule qui marche », mais ils sont secrètement en attente de ce qu’on pourrait appeler un capitalisme plus communautaire. 

 

Ainsi ont-ils le sentiment que, s’ils votent pour les démocrates, ils commettent une grave injustice envers les enfants à naître, mais qu’en votant républicains, ils ne seront pas justes envers les pauvres – en outre, la moitié des catholiques sont des Latinos, rarement riches – et perpétueront une formule en partie injuste, qui marche de moins en moins bien, et qui sent fortement l’individualisme protestant, et son moralisme. 

 

Les Catholiques et le Tea-Party   

 

Le padre m’a dit que certains de ses amis catholiques avaient posé deux principes : 1° « sortir » les sortants pour renouveler le personnel ; 2° éviter les candidats Tea Party.

 

Le Tea Party, c’est le capitalisme libertarien de « la formule qui marche », passionnément antisocialiste, attaché à la tradition de la démocratie américaine et à la Constitution, le plus souvent pro life, appuyé sur la force des valeurs familiales et se référant volontiers à la religion chrétienne, avec tonalité fortement protestante. Et tout cela fait un bloc de tradition, qui n’a rien de nouveau. Ce qui est nouveau, c’est que le bloc s’impose à nouveau, en balayant une classe politique qui, dans l’ensemble, avait estimé pouvoir faire comme si le bloc n’existait pas.  

 

Le président Obama, malgré une campagne électorale étourdissante, n’a pas réussi à renverser la tendance. Sa loi sur l’assurance maladie et l’augmentation énorme de la dette et de la dépense publique ont polarisé non pas l’opposition parlementaire, mais l’opposition de la société, qui ne veut tout simplement pas d’une social-démocratie à l’européenne. En outre, Washington est à peu près aussi aimé, aux Etats-Unis, que l’est Bruxelles en France ou en Angleterre. Il faut imaginer un doublement de la « Sécu » et son transfert à Bruxelles pour avoir une idée des hurlements de fureur aux Etats-Unis. Les articles du Figaro que j’ai lus sur le sujet récemment ne m’ont pas paru éclairants.   

 

En fait, les Américains voudraient sortir de la crise, renouer avec leur tradition tout en la rénovant, retrouver un consensus et une amitié, un régime de compromis qui fonctionne. Mais veulent-ils payer le prix pour y parvenir ? Quand c’est le fond moral et religieux qui est atteint, suffit-il pour ramener le pays à sa tradition de renvoyer dans leurs foyers quelques milliers de politiciens ?   

 

La réticence de ces catholiques au Tea-Party n'est pas une simple réaction d'intellectuels libéraux, qui se bouchent le nez chaque fois que le peuple a une place en démocratie. Elle est plus profonde et plus sérieuse. Le padre voit là des personnes respectables, attachées à la tradition américaine, c’est certain, mais il sent aussi que cette tradition se dessèche un peu dans l’éloge et l’invocation qu’on en fait.

 

On n’a pas l’impression que la sérénité du bon sens, l’optimisme renversant, le réalisme robuste habite ce retour à la tradition. On a plutôt l’impression que la dénonciation d’une dérive vers la banalité socialisante européenne se fait avec une aigreur assez européenne. On a l’impression que l’éloge du « bon sens » comme opposé à l’idéologie, est devenu souvent, paradoxalement, un thème idéologique.  

 

Une tradition vivante est comme la présence d’une continuité de vie, une libération qui perdure, un renouveau qui se perpétue. La réaffirmation volontariste d’une tradition moins sûre d’elle, dans un contexte culturel rationaliste, prend aisément la forme paradoxale d’une idéologie anti-idéologique.  

 

Le Tea-Party est culturellement et politiquement complexe. Il serait parfaitement simpliste de l’enfermer sous un seul concept, ou sous un seul slogan. Ses éléments principaux me semblent être :

-      un centrisme d’intention,

-      un esprit « conservateur », entendu comme traditionalisme de la liberté américaine classique,

-      un renouveau de la démocratie effective, avec une prise du pouvoir par des bases locales fortes et un renouvellement important du personnel politique,

-      un rejet de la social-démocratie périmée ou paralysante,

-      certains accents désespérés.  

 

La « formule qui marche » ne tient pas compte, en effet, de facteurs internationaux et nationaux importants, nouveaux et durables, qui forcent probablement à imaginer une mise à jour radicale.  Elle ne tient pas compte d’une concurrence extérieure insoutenable dans bien des domaines, d’une Chine en pleine affirmation de sa puissance, d’une immigration plus fragile et moins rentable, d’une pauvreté nouvelle, non soluble par le seul travail, d’une dégradation des bases morales et religieuses de la grande République, du vieillissement et de l’infécondité relative des groupes qui incarnaient le plus ces traditions américaines protestantes. Si tout cela n’est pas traité et pris en compte, la « formule qui marche », en sa version protestante classique, ne donnera sans doute que des résultats décevants.  

 

De là, encore une fois, l’importance du rôle des catholiques en cette période si décisive de l’histoire des Etats-Unis.

 

 

 

Lettre d'Amérique n° 13. Regarder au-delà de l'actualité décevante

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Mise à jour le Dimanche, 07 Novembre 2010 23:54 Écrit par Henri Hude

Au-delà des actualités décevantes : une fenêtre historique de liberté
 
 
Ne nous laissons pas tromper par les apparences. Nous sommes entrés, pour peut-être une décennie, dans une fenêtre historique de liberté.


 
J’appelle ainsi un temps où les grandes adaptations structurelles, en matière politique, économique et culturelle, deviennent possibles. Chacun sait les difficultés de la situation présente. Mais justement, la raison paradoxale qui rend les grandes réformes possibles, c’est cette impression intolérable qu’elles sont impossibles et que le Pouvoir est impuissant.


 
Louis XVI a essayé trois fois de réformer la fiscalité et de résoudre le problème de la dette de l’Etat. Trois fois, il a échoué. L'Ancien Régime s'est retrouvé un jour face au mur des privilèges et des droits qu'il avait accordés. Et il n'a pas su y faire face. Bien sûr l’économie n’explique pas tout, mais le fait est que le Roi n’a jamais eu la puissance ou le courage de réformer. L’Etat s’est trouvé en faillite. De là la convocation des Etats Généraux, et la suite.


 
C’est parce que les choses vont mal que la situation historique est très ouverte et que le pessimisme est mauvais conseiller : rien n’est joué. On n’imagine pas la puissance de l’effet de souffle que porte en elle une banqueroute menaçante. Le pire n'est pas forcément sûr. Mais pour comprendre combien l’histoire est aujourd’hui ouverte, et pour imaginer un avenir qui soit autre chose que le retour au passé, qui une fois passé ne revient jamais, il faut élargir nos horizons historiques et géographiques. Et pour gagner, il faut manœuvrer.


 
La manœuvre, c’est ce qui permet de l’emporter, même quand les rapports de forces paraissent très défavorables. Car pour l’emporter, avec des énergies potentielles très inférieures, il suffit que sur tous les points où l’on accepte le contact, les énergies mobilisées par le plus faible soient ponctuellement supérieures à celles mobilisées par le plus fort. Et il faut se dérober sur les autres points, sans trahir. A l’évidence, pour manœuvrer, il faut de la souplesse. Je ne dis pas : de la fourberie, ni de la dissimulation, et encore moins de la trahison, car seul peut l’emporter ce qui est solide et cohérent. Mais je dis : de la fluidité, de la mobilité, donc choix du terrain, liberté d’action, présence d’esprit, coup d’œil et décision.


 
Faisons donc un exercice d’assouplissement intellectuel. Aujourd’hui : politique et religion aux Etats-Unis.


 
 
Politique et religion aux Etats-Unis


 
 
Aux USA, nous avons, au départ, une société d'individus très religieux, en grande majorité dissidents de la religion d’Etat anglicane. Presbytériens, puritains, quakers, et catholiques, ils avaient tous subi tracasseries ou persécutions de la part de l’Etat anglais. Le motif principal de l’émigration anglaise en Amérique du Nord était la liberté religieuse – et aussi l’authenticité religieuse. En effet, dans cette monarchie anglaise à religion d’Etat, les leaders politiques s’intéressaient surtout à la religion pour la contrôler et s’en servir comme d’un instrument de leur puissance. 

 
 
Ainsi, dans la tradition américaine, l'Etat que nous dirions laïque, et qu’ils appellent "secular", ne fut pas un Etat irréligieux, antichrétien et sectaire, mais il fut d’abord un moyen d'organiser la coexistence pacifique entre les diverses confessions chrétiennes réfugiées outre-Atlantique, auxquelles s’ajoutèrent des franges de libres-penseurs et de Juifs. Cette organisation n’implique absolument pas que chacun renonce à son droit de chercher la vérité absolue, et d’en parler, au contraire ! Autrement, si tout se valait, pourquoi traverser l’Atlantique, et non pas plutôt se plier avec indifférence aux décrets du Parlement en matière religieuse ? Cette organisation fut aussi une réaction de gens authentiquement religieux, mais écœurés par l’hypocrisie de politiciens, souvent immoraux et irréligieux, qui instrumentalisaient la religion.


 
 
Liberté religieuse et small government 


 
 
"Laissez tranquille la religion !", c’est à mon avis la forme germinale du rejet du Big Government en Amérique. Le pouvoir corrompt. "La vigilance est la seule garantie de la liberté" (Jefferson).  Si le Pouvoir devenait trop puissant, il recommencerait à opprimer les consciences. Il ne doit donc avoir ni trop de prérogatives, ni trop de personnel, ni trop d’argent à dépenser et à distribuer.


   
Certains fondamentaux n’ont pas tant changé. 95% des Américains croient en Dieu et, avec des inflexions diverses, une énorme majorité de 85% croit en Dieu personnel, transcendant et au jugement post-mortem.


 
Ainsi, traditionnellement, nous avons dans ce pays un Etat laïque et une société religieuse. Et c’est précisément parce que la société est très religieuse, que l’Etat est laïque. Il faut en général un effort important à un Français, qu’il soit religieux ou laïque, pour comprendre que ses distinctions et associations d’idées habituelles ne s’appliquent pas aux Etats-Unis, et qu’il doit s’assouplir l’esprit s’il veut espérer y comprendre quelque chose.


 
 
Le cube et la cathédrale


 
 
La philosophie des Lumières a joué un rôle important dans la naissance des Etats-Unis et depuis. Une alliance stratégique s’est nouée entre les philosophes et les dissidents de l’Eglise anglicane (catholiques compris) contre l’Eglise établie (anglicane), le pouvoir de la métropole et la monarchie anglaise – de même qu’en France les Protestants se sont souvent alliés contre l’Eglise catholique monarchiste aux libres penseurs républicains opportunistes ou radicaux. Mais les mêmes Protestants étaient monarchistes en Europe, là où les monarques étaient Protestants. Bref, aux Etats-Unis, les philosophes ont la satisfaction de se dire qu’ils ont permis la coexistence pacifique des sectes religieuses toujours prêtes à en découdre, tandis que les confessions et dénominations considèrent réciproquement les philosophes comme une secte métaphysique non dépourvue d’utilité pour une société massivement religieuse.


 
Bien sûr, les USA ont toujours eu aussi leurs laïcistes « à l’européenne », voire à la française, agissants et puissants, mais en petit nombre et assez en dehors du mainstream social. On a quelquefois pu dire que les Etats-Unis étaient un pays de gens qui vont à l’église, dirigés par des gens qui n’y vont pas. Se le rappeler est important, pour se garder d’erreurs ou d’hostilités mal venues, à l’égard des Etats-Unis. Qu’on s’informe, par exemple, sur la chaîne de télévision EWTN, et qu’on cherche l’équivalent en Europe.


 
En outre, pendant longtemps, les philosophes n’avaient pas une morale très différente de celle des croyants. Dans les classes éduquées, tout le monde avait lu les mêmes classiques et la même Bible. Cela rendait évidemment le consensus plus facile. Ce n’est plus le cas, d’où les problèmes et, jusqu’à un certain point, la banalisation, des Etats-Unis.


 
Je conseillerais volontiers les livres de George Weigel, en particulier, sur les rapports entre l’Europe et l’Amérique, son livre intitulé (je traduis littéralement) Le cube et la cathédrale. Europe, Amérique et politiques sans Dieu (traduit et publié en français sous un titre politiquement moins incorrect).

 

 

 

   

Lettre d’Amérique n° 12 (a). Le marché politique et les médias

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Mise à jour le Dimanche, 17 Octobre 2010 23:54 Écrit par Henri Hude


Un grand nombre de démissions –un exercice de décryptage
 
Au cours des dernières semaines, le président Obama a enregistré les démissions, ou le futur départ, de plusieurs grands collaborateurs, notamment : Rahm Emanuel, son chef d’état-major ; Jim Messina, chef d’état-major adjoint ; David Axelrod, senior adviser, membre du tout premier cercle ; Lawrence Summers, son principal conseiller économique. Et plus récemment, James Jones, le chef du Conseil de sécurité nationale.


On m’a demandé ce que je pensais de ces démissions. Mais que répondre ? Car il faut dire la vérité, et pour parler vrai, il faut à la fois dire des choses vraies et parler selon ce qu’on est. Or je ne suis pas un politologue, juste un philosophe, un homme de culture et un citoyen.


Pour moi, la philosophie est philosophie politique, et cette affirmation a un sens profond, que j’aimerais expliquer, dans une autre Lettre. La mission du philosophe politique, c’est d’aider à cultiver la vertu de prudence, c'est-à-dire : non pas l’esprit de précaution, mais l’excellence de la raison pratique. Bien juger une situation, c’est en particulier ne pas faire d’erreur au sujet des personnages principaux de la pièce, par exemple, le président Obama. Le problème (politique et philosophique) est ici : comment connaître un être humain ? C’est en cela que réside tout l’art de bien voter.

 

Mais comment savoir si on connaît vraiment une personne ? 


Sait-on même parfois si elle se connaît seulement elle-même ? Ce n’est pas un simple problème de discernement politique. Je me demande si certains individus ne passent toute leur vie sans se demander une seule fois : « Que suis-je ? Qui suis-je ? ». Peut-être que des couples passent toute une vie ensemble, sans parvenir à se connaître.


Rien n’est plus utile que la vérité vraie. Autrement, l’action échoue, inadaptée au réel. La vérité n’est pas seulement utile, mais belle et bonne. Aimer quelqu’un, c’est pour commencer chercher à connaître la vérité de cet être, y être attentif, la respecter, respecter la réalité de son être, ne pas la fausser, la falsifier. C’est chercher aussi ce que cet être a de bien, la vérité de son bien, la façon dont il ou elle y adhère et, quand il n’y a pas là de mensonge intime, y croire.
 

Quand la connaissance d’autrui est difficile, obscure, douteuse, on peut toujours partir de ce qui au moins est certain, au moment où on le sent : à savoir, qu’elle est obscure et incertaine. Socrate disait : « je sais que je ne sais pas ». C’est la bonne voie pour savoir. En réfléchissant sur la difficulté de savoir, on apprend avec une certitude croissante une infinité de choses qu’on n’aurait pas cru être connaissables et, d’abord, en nous-mêmes, un certain rapport essentiel entre la sagesse, le regard attentif et l’humilité.

 

Le théâtre du monde et le baroque de la vie
 

J’ai à ma disposition par Internet cinquante discours et apparitions variées du président Obama. En un sens, j’ai plus de moyens de juger qu’aucune génération dans le passé. Mais qui est celui que je vois ? Une personne, un personnage, un acteur ? Et qui me le montre ? Quel metteur en scène ?

  
Si j’ai vu tous les films de Gérard Depardieu, est-ce que je sais qui est Gérard Depardieu ? Le problème est subtil, car fait aussi partie de la vérité de l’homme, le fait d’être et de vivre en partie comme sur un théâtre – c’est ce qu’on pourrait appeler son caractère baroque.


Il y a une part de littérature dans la vraie vie, dans la liberté. Vivre, c’est comme écrire sa vie au jour le jour, inventer un personnage qui est vraiment le déploiement de notre personne, et d’autant plus authentique qu’il est souvent imprévisible à nous-mêmes, qui sommes à la fois l’auteur et la trouvaille et l’étonné lecteur. C’est là la pensée, si je comprends bien, de Mc Intyre dans son beau livre Après la vertu. Elle me semble vraie. Qui donc est Obama ? 

 

   

Lettre d’Amérique n° 12 (b). Le marché politique et les médias. Obamaphobie

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Mise à jour le Vendredi, 15 Octobre 2010 09:23 Écrit par Henri Hude


Les faits en résumé ?

Revenons à ces démissions. Tributaire de mes sources, je rassemblerai d’abord ce que j’ai lu dans la presse des dernières semaines. Je ferai part de mes perplexités.


De tels départs après un demi-mandat se produisent sous toutes les présidences et en toute configuration politique. Mais la presse affirme implicitement qu’ils sont plus importants que d’habitude et y voit un signe de l’érosion du pouvoir et du crédit du président Obama. Les démissionnaires sont au nombre des collaborateurs les plus importants. C’est le premier cercle autour du président qui se disloque et disparaît presque tout entier.


Obama travaillait, nous dit le Washington Post cité plus haut, avec un tout petit nombre de personnes, un « premier cercle », et ne faisait vraiment confiance à personne d'autre. « Il n’aimait pas les têtes nouvelles. » Ces gens étaient ceux qu'il avait connus « avant », ceux dont il était sûr. Ce régime a été vivement critiqué. Et ce sont ces gens qui s'en vont. Si les faits sont ainsi correctement présentés, l’image d’Obama qui s’en dégage est très claire : il serait désormais un homme seul.

Déjà l’image d’un lame duck 


Il doit changer tout son mode de fonctionnement. Il va devoir trouver des têtes nouvelles, sur lesquelles il n'aura ni le même ascendant, ni le même contrôle. Pourra-t-il continuer à se passer des politiciens professionnels, et du monde des affaires, qu’il avait tenus à l’écart ?


Obama est un homme nouveau, imposé par l'électeur des primaires à l’establishment démocrate en 2008, comme les candidats Tea Party sont des novices en politique, imposés à l’establishment républicain en 2010. La moitié de ses anciens électeurs, notamment de ceux qui étaient enthousiastes, a désormais mauvaise opinion de lui. Parmi les démocrates, Hillary Clinton serait aujourd’hui mieux placée que le président pour lui succéder.


Les médias ne lui font plus aucun cadeau. Est-ce parce qu’ils font, eux, partie de l’establishment ? Ils se rendent compte que, sans Obama, homme nouveau et anti-establishment au départ, quels qu’aient été les ralliements progressifs dont il a bénéficié ensuite, il n’y aurait jamais eu le Tea Party.


Ce dernier mouvement, qu’on dit très à droite, et qui sans doute est très à droite, très conservateur, est pourtant, substantiellement, plus démocratique, quand il revendique le pouvoir dans un pays comptant désormais 56% de conservateurs, que les 18% de liberals qui voudraient monopoliser à perpétuité la démocratie et diaboliser les conservateurs.


En tout cas, les médias libéraux subissent à la fois Obama et le Tea Party, luttent contre eux, et préparent la place à Hillary Clinton, ou à quelque autre candidat dont l’élection marquerait un retour à la normalité consensuelle et « libérale ». Quand ils donnent l’impression qu’Obama n’aura bientôt plus que l’ombre de son pouvoir, on se demande ce qu’il faut précisément entendre par là.


Mais encore une fois, je pratique le doute méthodique, relativement à toutes ces impressions. Avec le réel, ce serait une erreur grave, mais avec les images médiatiques, c’est une méthode indispensable.


Cela ne veut pas dire qu’elles n’ont rien de vrai, mais que j’ai du mal à savoir ce qu’elles ont de vrai. Je ne veux pas me faire une idée fausse, je ne veux pas être injuste envers un homme, ni naïf par peur d’être injuste ou par excès de bonté. La Rochefoucauld disait : « Je n’appellerai jamais bon celui qui n’a pas même assez de force d’âme pour être méchant. » 

L’image d’un radical isolé, obstiné, indécis


Je reviens aux démissionnaires. La presse prétend que, sur le fond, ils étaient plutôt modérés, par rapport au président. Ainsi L. Summers, le principal conseiller économique repart-il à Harvard, déçu de n’avoir pas été entendu, et les "liberals" ultra-keynésiens et socialisants, amis de la relance et de la dépense publique, applaudissent. Rahm Emanuel, le chef d'état major, ne voulait pas, paraît-il, d'une réforme si audacieuse de l'assurance maladie.


Comment savoir ? Ce qui est sûr, c’est que l'Américain moyen est complètement révulsé par l’idée de cette énorme tutelle fédérale sur tous les individus, et qu’il n’y a pas beaucoup de volontaires aujourd’hui pour assumer devant l’opinion une responsabilité dans la décision. La victoire, dit-on, a beaucoup de pères, et la défaite est toujours née toute seule. Il y a bien des gens qui savent. Mais les témoignages sont contradictoires. Comment savoir qui est celui qui sait ? « A Qui se fier ? » Voilà la bonne question.


Ce qu’il y a de sûr, c’est que la presse donne d’Obama l’image d’un radical seul et déraisonnable, abandonné même par les plus fidèles de ses amis et des gens raisonnables qui l’avaient suivi. Mais est-ce vrai ?


L’image d’un leader faible 


Sur l'Afghanistan, c’est encore une autre histoire. Emanuel, avec lequel il vivait, paraît-il, comme en symbiose, était plus pour une solution minimale. Le président Obama est présenté, à la suite du livre de Bob Woodward, largement médiatisé (Washington Post, 27.10.2010), non seulement comme inexpérimenté en ce domaine, mais comme dénué d’imagination (« Give me options ! You give me no options ! »). On le montre indécis, faible puis tranchant, avec la maladroite dureté des faibles.


Apparemment sûr de lui, mais hésitant, et décevant pour ses meilleurs amis, il aurait fini par écouter les militaires et le secrétaire à la défense, Robert Gates, surtout par peur de se tromper, tout en les mécontentant au moins autant que son chef d’état-major. Il naviguerait entre la peur des responsabilités, s’il décidait contre l’avis des experts, et la peur du qu’en dira-t-on médiatique, s’il ne pouvait gaver les médias d’annonces intéressantes et de belles histoires. En face d’une opposition de trois grands militaires, il choisit de limoger le plus petit des trois, tout en gardant les deux plus grands, et en pliant devant leur volonté. Ce portrait chargé dessine un caractère plausible. Mais est-ce le vrai ?


Bob Woodward est bien renseigné, en ce sens qu’il connaît tout le monde à Washington, et que tout le monde tient à lui parler. Mais que sait-il vraiment ? Quand la presse fait et défait les réputations, tout le monde, par prudence, donne sa version, celle qui lui est utile, peut-être celle à laquelle il croit.
 
 
L’image d’un politicien machiavélique

A cette modération qu’on lui prête sur le fond, le chef d’état-major de la Maison Blanche, Emanuel, joignait un style incisif et partisan. Cette double facette de son adjoint aurait permis au Président de jouer un double jeu politique. Bien qu’il fût en réalité plus social-démocrate qu’Emanuel, il se serait servi du style agressif de ce dernier, pour donner à l’opposition l’impression du contraire. En même temps, il se servait aussi de lui pour se donner parmi les démocrates radicaux l'image du réformateur audacieux paralysé par des conseillers trop timides. Quant à la presse, qui nous montre un président prince de l’ambiguïté, manipulant ses plus fidèles serviteurs, elle se montre elle-même, sans bruit, comme celle qui démasque le fourbe et le prive de ses stratagèmes. Mais est-ce vrai ?   

 

 

   

Lettre d'Amérique n° 12 (c). Obamaphobie. Le marché politique et les médias

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Mise à jour le Vendredi, 15 Octobre 2010 09:25 Écrit par Henri Hude

En définitive, pourquoi ces départs ?


Revenons encore une fois à ces démissions. On a l’impression qu’il s’agit moins de renvois déguisés que de départs politiquement inévitables, pour tenter d’apaiser divers mécontentements. En même temps, certaines de ces démissions semblent bien motivées par un mélange de fatigue et d’ambition, de lassitude et de déception.


Dans l’hypothèse de plus en plus probable d’une lourde défaite électorale dans une vingtaine de jours, le président aura beaucoup moins de pouvoir, d’autant que les élections sont devenues un référendum pour ou contre lui. Dans ces conditions, les Etats-Unis risquent la paralysie et les caractères réalisateurs ne sont pas intéressés à rester. Le Wall Street Journal, 1.10.2010, page A4, à propos de Rahm Emanuel, résume ainsi ce point : « Une grande personnalité s’en va ; un petit agenda arrive » (« Big personality out, smaller agenda in »). Emanuel cherche à se faire élire maire de Chicago. Quelles qu’aient pu être les frictions entre les deux hommes, ils sont forcés de rester solidaires (cf. Jacques Chirac et Dominique de Villepin). 


En ce qui concerne Axelrod, le second plus puissant après Emanuel, et aussi Jim Messina, tous deux sont retirés de la Maison Blanche pour préparer la délicate réélection d'Obama. L’histoire, rassurante, montre que la plupart des présidents qui ont perdu le Congrès à mi-mandat ont été ensuite réélus, par exemple, Bill Clinton. Mais elle montre aussi, inversement, qu’aucun de ceux dont la popularité à mi-mandat était aussi basse que celle d’Obama n’a pu obtenir un second mandat, par exemple, Jimmy Carter.


Pour le Washington Post du 23.09.2010 (pp. A1 et A 17), les conseillers partants ont été sanctionnés pour avoir « mal calculé la position des gens dans le pays sur les questions de l’emploi, du déficit et de la dette. » Mais la suite de l’article donne d’autres hypothèses et ne tranche pas.


En somme, on lit les articles du WP, c'est-à-dire, de ce qu’il y a de mieux renseigné sur ce genre de sujets, et tout ce qu’on sait de sûr à la fin, si c’est à eux qu’on demande une réponse claire et nette, c’est qu’on a le choix entre plusieurs possibilités, qu’on aurait pu énumérer soi-même en y réfléchissant bien. Conclusion : pour savoir, écouter, mais après avoir écouté, chercher en soi-même.
 

L’image du pestiféré


Il n’y a pas que du douteux. Ce qui est certain, c’est que tous ceux qui espèrent être élus à divers sièges en 2010, ou 2012, tentent de se démarquer, tantôt plus, tantôt moins, du président Obama, à l’impopularité grandissante. « Je suis un démocrate indépendant. » Telle est l’antienne. Pour espérer être élu, le démocrate, surtout s’il est sortant,  doit souvent promettre qu’il ne votera pas les projets du président. Le taux d’approbation du travail d’Obama reste très en dessous de ce que la plupart des présidents ont enregistré au bout de deux ans, depuis qu’il y a des Gallup sur cette question. « Le lien des sénateurs avec Obama pourrait être fatal, même en 2012 », écrit le Washington Times, 4.10.2010, page A3.


Obama n’est plus du tout le joker des démocrates ; il est en train de devenir leur boulet. Populaire en Europe, idole en Afrique, il est en train d’être catégorisé négativement aux Etats-Unis, d’une manière peut-être définitive. 57% déclarent qu’ils ont été déçus par Obama, même si 47% approuvent encore son travail. Et deux tiers des Américains pensent que, sous sa présidence, le pays ne va pas dans la bonne direction. 


Omniprésence et déclin des médias


Les médias ont un rôle, mais pas seulement eux. On ne peut être que choqué, si l’on est équitable, par l’espèce de haine des médias, même libéraux, envers Obama, dès lors qu’elle succède à une adulation servile et une déification absurde. Ces allers et retours spéculatifs à la bourse de l’opinion contribuent à la perte de confiance à l’égard des médias, comme à l’égard de la politique ordinaire, c'est-à-dire de celle qui joue leur jeu. Ce dont la démocratie a besoin, c’est d’élire des gens qui ne jouent plus ce jeu-là.


C’est devenu possible. On vit à une époque, disait en s’en désolant Hillary Clinton, où il suffit d’un Twitter de Sarah Palin pour déraciner le politicien qu’on eût été jadis le mieux enraciné. A l’heure d’Internet, les médias ont virtuellement perdu une bonne part de leur pouvoir de contrôle de l’opinion. Mais ils ont encore le pouvoir de créer une ambiance détestable d’agitation, de superficialité, d’instantanéité amnésique, d’émotivité et de conformisme.


En outre, à la manipulation pesante et presque totalitaire de médias incontestés, risque de succéder, dans une infosphère éclatée, mais toujours obsédante, la manipulation anarchique de tous par tous selon la règle unique de l’arbitraire individuel. La démocratie a besoin de raison et de vérité : de culture classique.


Obama et Roosevelt


La chute graduelle d’Obama, qui tend à s’accélérer, ne tient pas à une manipulation médiatique. Elle tient à la crise, et à la médiocrité des résultats de sa politique économique, mais pas uniquement. Roosevelt, note la presse, avait aussi de mauvais résultats au bout de deux ans, mais il a gagné les élections de demi-mandat, parce que les gens croyaient qu’il avait les solutions et que sa formule allait marcher.


Le rejet d’Obama tient à ce que la masse des gens estime que le président n’a tout simplement pas les solutions adaptées. La keynésianisme est éculé, la social-démocratie est une formule qui ne marche plus. Je le répète : le pourcentage de ceux qui se qualifient de conservateurs est de 56% (je dis bien : cinquante six pour cent). Le pourcentage de ceux qui se qualifient de « liberals » (progressistes ») est de 18% (dix-huit pour cent). Pour la masse, il faut d’urgence revenir à la « formule qui marche ». Marchera-t-elle ? C’est toute la question. Et si, appliquée de nouveau, elle ne marchait pas, le pouvoir serait à prendre et appartiendrait alors à qui aurait les bonnes idées nouvelles.


Au lieu de plier devant l’opinion, Obama lui résiste. Il s’entête. Il vante son bilan et ses mesures face à une opinion qui les juge mauvais. Il dit que le pays va dans la bonne direction, face à un pays qui pense le contraire. Il paraît ainsi idéologique et socialisant, décalé par rapport à la masse de la classe moyenne et à la tradition américaine. Il veut surtout avoir raison contre son employeur et surtout contre l’évidence. On devine trop bien comment cela peut finir.

 

   

Lettre d'Amérique n° 12 (d). Le marché politique et les médias. L'éclatement d'une bulle médiatique

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Mise à jour le Jeudi, 14 Octobre 2010 20:55 Écrit par Henri Hude

Ou bien les médias, ou bien la raison ?


 
Les médias (et semble-t-il de toutes tendances) commentent les actes du président de telle manière que, si on les croit, on ne peut se défendre de l’idée que le président a perdu la main, autant qu’il a perdu l’initiative. Mais que vaut cette unanimité ?

 
Exprime-t-elle la volonté de puissance unanime des médias ? Ou reflète-t-elle la maladresse soudaine d’un démagogue qui décroche, d’un aventurier chanceux que la chance abandonne, d’un ambitieux de haut vol qui se casse le cou, incapable de faire correctement le difficile travail d’une très haute fonction à laquelle il n’aurait jamais dû aspirer, et à laquelle on n’aurait jamais dû l’élire ?

 
Une démocratie durable se caractérise par un marché politique efficient, qu’il est impossible de confondre avec un cirque ou un casino, un théâtre, ou un hippodrome. Pour que le marché politique sanctionne et trie, évalue et élimine, contrecarre par sa logique et ses automatismes l’excès d’arrivisme partisan, ou l’emballement de l’opinion, il faut certainement réformer le business médiatique.

 

Quand vous avez perdu la faveur, rien ne vous profite

 

Il y a deux semaines, Barack Obama a fait le procès des médias. Mais pour être crédible dans la critique du système médiatique, il faudrait ne pas en avoir joué le jeu et ne pas en avoir tiré autant de profits. Il ne faudrait pas se mettre à contester la règle en mauvais joueur, au moment où l’on ne gagne plus. Depuis qu’il les a attaqués, les médias sont sur lui avec de plus en plus d’audace.

 
Il y a une semaine, les démocrates ont cessé de défendre leur bilan et leurs idées, pour adopter une stratégie plus agressive, mais sommaire : eux sont le parti des maigres, les républicains le parti des gros, de Wall Street, du big business. Cette rhétorique est tombée à plat, précisément parce que lors des primaires, les conservateurs ont voté contre Wall Street et pour désigner des candidats représentant beaucoup plus les couches moyennes, le petit business et les jobs. Ces gens, inexpérimentés, non médiatiques, et dont les médias se moquent souvent, inspirent confiance au peuple, qui va les élire, contre les médias. Et une classe moyenne sensée fait infiniment plus confiance au petit patron qu’au grand journaliste.

 
Il y a deux ou trois jours, enfin, le président a lancé une nouvelle offensive. Les candidats républicains seraient financés par de l’argent étranger (russe ou chinois…). Il n’y a pour l’instant aucune preuve de ces allégations. Certains soulignent que le président devient « pathetic ». Au lieu de laisser faire (à la rigueur) ce genre de travail par des sbires, il paye de sa personne et y perd sa stature. De toute façon, quand avec 9,6% de chômeurs, une situation de l’emploi qui s’aggrave, et un déficit record, on en est réduit à désigner ses adversaires comme le parti de l’étranger, c’est probablement qu’on est au bout du rouleau. 

 

Comment juger un homme en vérité ?

 

La longue dégringolade du président Obama tient aussi à l’image qu’on se fait de sa personnalité. On lit ainsi sur le grand site RealClearPolitics.com dans un article en ligne, que je résume : « A l’exception du petit nombre des purs loyalistes, la plupart des élites politiquement engagées sont parvenues à la même conclusion : la Maison Blanche est autiste et orgueilleuse, isolée, insulaire, arrogante, dépourvue d’aptitude à persuader, ou même à vivre et coopérer avec les autres, qu’il s’agisse des membres du Congrès, des médias, des chefs d’entreprise et du business, ou des électeurs de la classe laborieuse. » 

 
Que vaut cette vue ? Cette vue est générale, prétend l’article, incluant beaucoup de responsables démocrates, que ceux-ci soient hommes d’affaires, juristes ou politiciens, anciens donateurs en 2008 et même serviteurs de l’exécutif, juste au delà du tout premier cercle – ce premier cercle qui est aujourd’hui démissionnaire. Ce qui signifie, ou que le président est forcé de se séparer de ses fidèles, ou qu’il est abandonné même par eux. Mais jusqu’à quel point est-ce vrai ?

 
Si l’on résume tant et tant de pages, de discours, d’images, on se dit presque que la seule chose qu’Obama sache réellement bien faire, c’est de tenir des meetings de masse et fasciner des foules de jeunes en leur faisant de l’émotif. On dit qu’il joue de sa voix au ton inoubliable, tellement inoubliable, et de son charisme de sympathie, tellement irrésistible, que le sens des mots n’a strictement aucune importance. Mais qu’est-ce que cela, sinon la description du produit qui correspond aux besoins du business model des médias ?

 
Obama dit aux jeunes : « Si vous ne votez pas démocrate en novembre, c’est que vous n’étiez pas sérieux quand vous avez voté pour moi. » Et tel journal conservateur sympathisant avec le Tea Party, conclut que les jeunes, après un moment de folie, sont en train de devenir sérieux. L’inflexion du ton des commentaires depuis six semaines est très sensible. On a l’impression qu’une rupture se consomme, si profondément qu’on voit mal comment il pourrait y avoir retour.

 
Malgré son impopularité croissante et malgré la faible estime pour sa compétence, beaucoup continuent (ce n’est pas contradictoire) à le trouver très sympathique. Mais s’ajoutent maintenant à tout ce qu’on a dit certains comportements de nouveau riche, qui soulèvent murmures et indignation au sein de la classe moyenne. Les gens posent des questions, qu’ils disent sans réponse : qui a payé ses études et celles de sa femme ? Pourquoi ne retrouve-t-on pas son dossier et ses notes ? Etc.

 
Tout cela, dont les gens moyens parlent entre eux, n’est peut-être que ragots, et ne se trouve pas dans la presse, laquelle ne fait allusion qu'à un goût prononcé pour le golf et pour les vacances. Les faiblesses trop humaines de l’ex-demi-dieu, si elles étaient réelles, seraient des munitions trop précieuses, pour ne pas être gardées soigneusement en réserve en vue des campagnes présidentielles à venir.
 

L’éclatement d’une bulle médiatique

 

Ce qui me frappe, en tout cela, c’est que la presse et les médias, après avoir exalté Obama comme un surhomme, le traitent désormais comme un paria. Résultat : sur le site www.RealClearPolitics.com , le titre d’un article : « Obama dans les mâchoires de la mort politique. » Dans les mâchoires des médias, assurément. Quand on explore la rubrique, le titre de l’article est plus neutre : « Pourquoi Obama perd la guerre politique. »

 
Je suis effaré par la façon dont on s’exprime sur son compte sur la radio locale, présélectionnée sur l’autoradio de la Toyota que j’ai louée. Après avoir créé et érigé l’idole, les médias se délectent à la renverser et à la pulvériser. Cela n’empêche d’ailleurs pas qu’il soit possible, aux Etats-Unis, si on le souhaite, d’avoir accès assez aisément à de l’information excellente. 

 
La question qui se pose en définitive est la suivante : « Quel est globalement le droit des médias à critiquer ainsi leur création ? » Sans eux, Barack Obama ne serait jamais sorti de l’ombre, eux dont le fonctionnement est tellement irrationnel qu’ils empêchent le fonctionnement rationnel d’une  démocratie durable.

 
On présume aujourd’hui que le président Obama n’est probablement pas l’homme qu’il faut à l’endroit où il faut, mais à qui la faute, s’il est là où il est ? A qui doit-on l’inhibition totale de l’esprit critique pendant l’année de l’élection et celle qui a suivi ? A qui doit-on la création et la diffusion instantanée d’une religion mondiale d’un dieu mortel à l’existence aussi éphémère ?

 
Bien sûr que le président Obama est une bulle politique en train d’éclater, mais que faut-il penser de la responsabilité des médias qui lui font aujourd’hui la morale, et de la tragique inefficience du marché politique ? Il y a quand même autre chose que le jeu des apparences dans la vie démocratique : des jobs à créer, une guerre qui se traîne, des gens qui y meurent. Les démocraties médiatiques ne sont pas durables. Les démocraties dureront en réformant les médias.

   

Lettre d'Amérique n° 11 (b). Economie et politique : consensus conservateur et optimisme méthodique

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Mise à jour le Vendredi, 08 Octobre 2010 06:13 Écrit par Henri Hude

 Retour au laisser-faire ?

 

L’impression qui prévaut est que l’Amérique choisit de revenir, dans une large mesure, au laisser-faire ; et le succès probable des républicains tient sans doute en partie au fait qu’ils donnent l’impression qu’il suffit de revenir à la formule qui marche pour résoudre les problèmes. On aurait bien des questions à leur poser, mais force est de constater que les démocrates, qui devraient le faire, ne les posent guère. 

 

Selon moi, le principe de jugement ne relève pas ici de la théorie économique, mais c'est le choix de la théorie économique qui est déterminé par une décision d'ordre philosophique, concernant la forme appropriée de la Démocratie. 

 

Tout se passe comme si la politique d'Obama avait franchi une ligne invisible, à partir de laquelle la Démocratie américaine, incorporant trop de social démocratie, perdrait son identité. En outre, cette social-démocratie (partagée dans une certaine mesure  par les politiciens  mainstream et professionnels des deux partis) est à la fois perçue comme semi-faillie et liée à une mentalité jugée détestable : plaintive, pessimiste, revendicative, libertine, idéologique, bureaucratique, et, pour tout dire, à la fois populacière et despotique - disons-le sans fard, une mentalité qui réunit tous les défauts de l'ancien monde, exactement ce à cause de quoi les Américains ont changé de continent et qu'ils ont en horreur. Et tous les défauts dont l'absence a fait la force de l'Amérique.

 

Une question inouïe

 

Malgré tout, une question inouïe commence à être posée : « L’Amérique va-t-elle faire faillite ? » Que la question puisse seulement se poser est un choc et une humiliation pour beaucoup d’Américains.

 

Il n’y a aucun doute que les Etats-Unis feront tout pour écarter la faillite. Or, la faillite peut toujours être évitée, si la banque centrale achète les bons du trésor, c'est-à-dire si le pays fait retour à l’inflation. C’est aussi ce dont a parlé hier Mr Ben S. Bernanke. On voit mal, à terme, ce que les Etats-Unis pourraient faire d’autre, au moins dans une certaine mesure.  

 

La question suivante est alors de savoir si le dollar dans ces conditions peut tenir le coup. L’impression qui se dégage de cette campagne est que les Américains pensent que oui. Leurs créanciers sont forcés de suivre : ils ont beaucoup plus à perdre qu’à gagner à un effondrement du dollar. Et puis, le dollar est une valeur irremplaçable pour le moment, à cause de la supériorité politique des Etats-Unis, de leur caractère démocratique et sûr, de leur puissance militaire. Ce sont le règne de la loi ("rule of law") et  l’acier de l’US Navy qui rendent le dollar "as good as gold", aussi bon que l’or. Si la crise empêchait les Etats-Unis de financer leur outil militaire, leur leadership serait en danger et, par conséquent, le dollar. Tout se tient, fait système, et les effets des causes sont eux-mêmes les causes de leurs causes. 

 

Mais les Américains sont un peuple très optimiste, qui croit que le retour à la "formule qui marche" suffira à la fois à créer des jobs et à réduire le déficit. Un peu d’inflation fera sans doute le reste. Et les créanciers suivront, faute d’avoir d’autre choix.

  

Le silence sur l’avenir de la finance mondiale

 

On ne parle guère, par conséquent, de grande réforme du système financier, et à vrai dire on ne voit pas émerger d’idées neuves. Les démocrates se vantent d’avoir réformé Wall Street et, comme si le travail de réforme était déjà fait, ils se contentent de décrier Wall Street et de montrer du doigt les républicains qui voudraient, disent-ils, détruire les sages régulations mise en place par Obama. Les Républicains parlent beaucoup contre la régulation, mais de façon assez générale.

 

En fait, je n’ai entendu personne poser la question de savoir ce que seraient l’emploi et la croissance mondiale sans l’exubérance financière des dernières décennies, que tout le monde condamne, mais que tout le monde laisse discrètement se reconstituer, faute de mieux.

  

Le silence sur l’avenir du libre échange

 

A supposer que le dollar tienne le coup, la question est de savoir quelle serait la viabilité des jobs que pourrait créer l’Amérique en revenant à sa "formule qui marche". Car sa formule inclut aussi le libre échange mondial.

 

Or la discussion électorale ne porte guère non plus sur la question de la concurrence internationale. Les démocrates « de gauche » stigmatisent le big business, qui envoie les jobs au-delà des océans (« who ships jobs overseas »).

 

Le leadership américain est lié au libre échange, et en même temps la concurrence des pays émergents détruit leur industrie à un point qui devient intolérable et finira par menacer leur prospérité et leur leadership, ensemble – puisque c’est la prospérité qui finance la force militaire, sans laquelle sans doute le dollar, clé de leur prospérité, perdrait son  crédit et les conduirait à la faillite.

 

Les démocrates de gauche penchent vers le protectionnisme. D’autres préfèrent vitupérer mezzo voce contre les Chinois, qui font du libre échange une arme de guerre économique. Et beaucoup ne disent rien du tout. 

 

La contradiction dans la position de l’Amérique est ici très profonde. Les républicains parlent beaucoup du petit et moyen business qui lutte pour créer des emplois et qu’il faut aider – les démocrates disent d’ailleurs la même chose. Mais tout cet investissement est-il viable dans des conditions de concurrence insoutenables ?

 

Or, en sens inverse, la puissance de l’Amérique est liée à celle de son big business, qui tient aussi à sa liberté d’action, laquelle vient de son caractère transnational. Alors que faire?

 

En outre, l’équilibre social repose sur la prospérité de la classe moyenne. Or le consommateur profite du prix bas des produits importés et personne n’ose dise aux gens qu’ils ne peuvent pas à la fois consommer en libre-échangistes et produire en protectionnistes.

 

 Le New Deal à rebours ?

 

En résumé, sauf énorme surprise électorale, les Etats-Unis vont voter clairement contre l’extension de la social-démocratie, voire pour sa réduction significative et pour faire retour autant qu’il se peut à la « formule qui marche ». Ce serait le New Deal à l’envers.

 

La « formule qui marche », dont je parlais dans une Lettre précédente, devra prendre en charge à la fois le retour à l’emploi, la réduction du déficit et de la dette, le financement de ce qui restera du système de protection sociale. Celui-ci sera peut-être moins réduit qu'enlevé à l'Etat fédéral, confié aux Etats et réformé à ce niveau. Car la "formule qui marche", c'est aussi une subsidiarité rigoureuse, excluant l'invasion du domaine des Etats (unis) par l'Etat (fédéral). C'est l'objet du 10ème Amendement à la Constitution des USA.  

 

Le dollar, espère-t-on, survivra, un peu asthénique, et, à la fin se redressera.

 

On ferme les yeux sur le système financier, en tolérant son exubérance irrationnelle et son instabilité, mais en espérant, faute de mieux, qu’un mélange de moralisation, de régulation raisonnable, et d’intérêt bien compris pourra éviter les pires craquements.

 

Par contre, la question des effets négatifs de la globalisation ne peut pas être traitée, car le libre-échange mondial est absolument nécessaire au leadership américain et devient impossible. C’est pourquoi le plus probable est la montée progressive de la tension avec la Chine et en Asie.

 

J’ajoute que l’écologie est absente du débat, sauf sous l’aspect de la possible création de jobs « verts », à condition que ce soient de vrais jobs, faisant partie de vrais business profitables.  

 

 

   

Lettres d'Amérique n° 11 (a). Economie : consensus conservateur et optimisme méthodique

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Mise à jour le Vendredi, 08 Octobre 2010 06:08 Écrit par Henri Hude

 Spectateur philosophe  

 

Il est extrêmement intéressant d’observer une campagne électorale, dans un pays dont vous n’êtes pas citoyen. Vous n’avez pas à vous soucier de voter, vous n’avez pas l’esprit troublé par des passions partisanes, vous n’avez qu’à essayer de comprendre.

 

La difficulté, ce n’est pas de rassembler les faits. Au siècle de l’Internet, ce n’est plus un problème, à qui veut se donner un peu de mal. Si vous aller sur RealclearPolitics.com  , vous pourrez presque assister à tous les débats importants de la campagne.  Non. La difficulté, c’est de « faire sens de tout cela », comme on dit ici, c'est-à-dire raconter l’histoire d'une manière intelligible permettant de régler l’action avec justice et prudence. Bien sûr, cela suppose une culture historique et philosophique, ainsi que des connaissances diverses.

 

C’est ce que j’essaye de faire. Vous verrez que cela jette une lumière indirecte sur nos propres problèmes en France et en Europe –  d’autant que nous sommes déterminés par ce que fera la première puissance. 

 

Les Républicains conservateurs ont l’initiative

 

Ce sont eux qui fournissent la problématique des débats. Les républicains modérés sont à la remorque et les démocrates en défense.

 

Quand ils essayent de maintenir leur propre problématique, comme Jack Conway face à Rand Paul dans la sénatoriale du Kentucky, ils donnent l’impression de perdre le contact avec le public. Quand, au contraire, ils entrent dans la problématique conservatrice et s’alignent sur le programme républicain, en arrondissant ses angles, comme John Carney face au Républicain Tea Party Glen Urquhart dans l’élection à la chambre des Représentants pour l’Etat de Delaware, ils donnent l’impression de résister beaucoup mieux.

   

Pour un Observatoire des prévisions médiatiques  

 

Mais l’important, c’est de revenir, après l’événement, sur les impressions, jugements et prévisions. Tirer des leçons, pour apprendre à mieux juger, à mieux anticiper. Les médias  le font rarement. Les sondeurs non plus.

 

Je rêve depuis longtemps d’un observatoire de la prévision médiatique. Il donnerait la comparaison systématique et attribuerait une note. Il qualifierait les facteurs des grandes erreurs manifestes. Exemple : imprévisibilité objective, aveuglement idéologique, tentative probable d’influencer l’opinion, etc. Il attribuerait ainsi une note de rationalité, non à partir d’une idée a priori de la raison, mais à partir d’une comparaison méthodique entre les prévisions et les événements. – Mais revenons aux Etats-Unis.

 

L’attention prioritaire va aux problèmes économiques

 

Ces derniers sont posés à partir du problème de l’emploi. Il faut des jobs. Comment ? En évitant toute hausse des impôts. Nombre de candidats Démocrates assurent qu’ils ne voteront pas les augmentations que demande le Président Obama. Cela rend leur élection moins improbable, mais garantit presque assurément que ces augmentations ne seront pas votées.

 

En effet, les projets votés par la Chambre des Représentants américains doivent encore être votés par 60 sénateurs (sur 100), et ne pas faire l’objet du véto présidentiel, et pour finir ne pas être déclarés inconstitutionnels par la Cour suprême à la suite de la plainte d’un citoyen accusant la loi de le priver de ses droits constitutionnels. Un tel système demande une culture du compromis, ou est voué à la paralysie par le blocage sénatorial (« filibuster »), sauf à posséder une énorme majorité.

 

Une telle culture du compromis requiert un accord de fond sur les principes de la culture politique et sur la morale. Cela aussi fait partie de la « formule qui marche ».  Nous y reviendrons.

 

1er principe : “Government does not create jobs. Business creates jobs.”

 

Les réductions d’impôt doivent servir à la fois d’incitation à la création de jobs, et de moyen pour accroître les investissements, surtout dans les petites et moyennes entreprises. Ceci fait consensus.

 

Mais, demanderez-vous, si l’on n’augmente pas les impôts, comment réduire le déficit et arrêter la croissance de la dette ?  Là encore, la réponse dominante est qu’il faut réduire les dépenses. Mais comment ?

 

Un certain accord se fait sur la lutte contre la fraude et le gaspillage. Aux Etats-Unis, ce peut aller très loin et ne pas en rester au stade des vœux pieux. Toutefois, mis à part certains réformateurs énergiques, peu de candidats vont plus loin, ou parlent de recalibrer les grandes variables dont dépendent les équilibres de la sécurité sociale, comme, par exemple, l’âge de la retraite – celle-ci d’ailleurs n’est pas obligatoire aux Etats-Unis.

 

Aucun des deux partis ne souhaite ou n’espère réduire très significativement les trois grands postes de dépense relevant de l’Etat fédéral : sécurité sociale, assurance maladie, forces armées. En Floride, le démocrate « de gauche » Kendrick Meek veut augmenter les impôts sur les riches pour réduire le monumental déficit fédéral. Mais à quatre semaines du scrutin, il n’obtient que 18% des intentions de vote.

 

Optimisme ou démagogie ?

  

Il est généralement admis que les économies ne s’élèveront pas à 10% du montant du déficit courant. En même temps, le parti Républicain crie sur tous les toits que l’augmentation de la dette est insupportable et injuste pour les générations futures.

 

Le président de la banque centrale américaine, Ben S. Bernanke, a lui aussi déclaré hier (Washington Post, 5.10.2010, page A 10), que cela ne pouvait pas durer sans mettre en danger la crédibilité de tout le système à échéance de peu d’années.

 

La fin du keynésianisme ?

  

Comment ces économies ne vont-elles pas replonger leur pays à court terme dans la dépression ? La réponse est qu’on croit dur comme fer à une relance par l’investissement et par l’offre. La prospérité et la baisse du chômage réduiront aussi le déficit et l’accroissement de la dette.

 

Les démocrates « de gauche » soutiennent les plans de relance obamiens. Les républicains déclarent que le premier plan de relance a été un échec complet (« a massive failure »), qui a produit un nombre d’emplois relativement faible : un emploi pour plus de 400.000$, disent certains. Les chiffres varient beaucoup. La majorité des démocrates ne disent pas grand-chose pour défendre le plan et ne s’engagent guère à voter le prochain plan de relance, que voudrait proposer le président Obama.

 

Telle étant la situation, le déficit ne devrait pas être sensiblement réduit, la dette devrait continuer à augmenter.

 

   

Lettre d'Amérique n° 10 (b). Pourquoi j'écris ces lettres

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Mise à jour le Vendredi, 08 Octobre 2010 05:56 Écrit par Henri Hude

 

Je termine ici ma réflexion sur le but de ces Lettres d’Amérique, en me demandant :

 

Quel est leur rapport avec mon métier, la formation morale des officiers ?

 

Le voici. Je lisais récemment, dans le Washington Post (27.9.2010, A1 et A6) une présentation du dernier livre de Bob Woodward sur les guerres d’Obama, Obama’s Wars. J’avais l’impression d’entendre, comme si j’y étais, ces pénibles délibérations du conseil de sécurité nationale, où les principaux responsables des Etats-Unis ne parvenaient pas même à se mettre d’accord, dit-il, pour articuler une réponse claire et commune aux questions les plus élémentaires : « Que faisons-nous en Afghanistan ? Que voulons-nous réaliser ? Avec quels moyens ? » Et on sent presque physiquement, dans ce récit, la tension croissante entre les civils et les militaires américains. 

 

Le métier militaire est un métier politique. Le militaire est le bras armé d’un Etat. Les conflits armés sont des désaccords politiques qui se sont aigris et sont devenus insolubles sans recours à la force. Mais le succès d’une entreprise militaire consiste en ceci qu’elle ouvre la voie à une solution politique équitable et stable. C’est un tel succès politique, qui peut seul donner son sens à une opération militaire. 

 

C’est pourquoi le plus beau génie tactique ou stratégique, le plus puissant caractère de guerrier, ne serviront pas à grand chose, en définitive, si la tête politique de l’Etat n’est pas à la hauteur.

 

L’homme d’Etat, le chef militaire et la poursuite de la paix

 

Le but de la guerre est de parvenir à la solution politique. Encore faut-il pouvoir la proposer, c'est-à-dire être capable raconter la meilleure histoire, une histoire à la fois crédible et plus juste et dans une large mesure vraie. Or, une histoire crédible de la paix future, qui conditionne le sens de la guerre présente, forme un court chapitre dans une histoire crédible des relations entre des pays et, plus largement, dans une histoire du genre humain.

 

C’est pourquoi les futurs chefs des forces d’un Etat doivent s’intéresser aux relations internationales, à l’histoire universelle et à la politique mondiale. Cela requiert de philosopher, car un affrontement politique poussé jusqu’à la guerre exprime un désaccord sur l’idée de l’homme et de la justice. Si l’on ne descend pas dans cette profondeur du conflit armé, il est impossible de raconter une histoire qui ait du sens, ou d’imaginer une suite qui en ait aussi.

 

Les formateurs des futurs chefs militaires doivent donc être des philosophes pratiques et politiques. Et donc ils doivent leur parler en même temps de la République de Platon et du New York Times.

 

C’est à cette condition que, tout en restant loyaux aux pouvoirs civils, les chefs militaires oseront rappeler aux chefs politique, qu’il serait immoral et politiquement sans objet, de faire mourir des citoyens dans des conflits impossibles à raconter et à conclure, dans des guerres sans queue ni tête. 

 

Et pourquoi les Etats-Unis ? 

 

Parce que les Etats-Unis sont encore, peut-être pour longtemps, le peuple le plus puissant. Le système du monde ne peut pas être appréhendé, si l’on ne part pas de ce centre. L’histoire du monde n’a pas de sens aujourd’hui, si l’on ne donne pas tout son relief à ce personnage central.

 

Pourquoi parler des Etats-Unis aux Européens ? Parce que l’Europe est un nain politique, qui doit devenir aussi un grand personnage. Elle est nécessaire aux US et réciproquement, s’ils veulent pouvoir raconter ensemble et bâtir ensemble un monde futur.

 

Les Etats-Unis et l’Europe, ensemble, sont nécessaires au monde. Chacun de ces deux ensembles a besoin d’une réforme profonde, politique, économique et culturelle, pour pouvoir constituer ou redevenir des démocraties durables. Aucun de ces deux grands ensembles ne peut se réformer sans l’appui de l’autre, ni sans réfléchir sur l’autre. Sans réfléchir philosophiquement. Il n’a jamais été plus nécessaire de réfléchir, philosophiquement, sur La Démocratie en Amérique.

 

C’est ainsi que les leaders Européens pourront raconter aux peuples leur histoire et pouvoir leur proposer aussi le roman sérieux du futur. C’est ainsi que prendra sens l’action des serviteurs de l’Etat, militaires ou civils.

  

Les leaders et le récit de la vie du peuple

 

Le roman du futur ne sort pas d’une seule tête. Les têtes qui semblent l’inventer se contentent en général de mettre au clair ce que le peuple et son élite sont déjà en train de penser intuitivement, sans pouvoir encore mettre des mots sur leurs intuitions.

 

Aussi, rien n’aide autant à inventer l’avenir, que d’observer – philosophiquement – combien les peuples tâtonnent, en attendant de trouver leur voie. Et c’est tout l’objet de ces Lettres d’Amérique. 

 

En résumé, un philosophe est aussi quelqu’un qui lit le journal et qui le lit en philosophe. Et c’est en lisant à la fois le journal et les classiques de la Pensée, qu’il est possible de former les futurs responsables militaires et politiques de nos Etats. C’est aussi un chemin pour réformer la cité, car si nos crises ont pour matière les problèmes de l’économie et de la politique, elles s’enracinent dans les mystères les plus profonds de la culture.

 

   

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