Henri Hude

Lettre d'Amérique n° 10 (a). Pourquoi j'écris ces lettres

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Mise à jour le Vendredi, 08 Octobre 2010 05:54 Écrit par Henri Hude

 

Court examen de conscience  

 

Avant de continuer ces Lettres, je voudrais expliquer pourquoi je les écris. Est-ce un caprice ? Est-ce un devoir ? Ou encore autre chose ? Cela me force à parler un instant de moi – juste un instant.

 

1° Je suis un philosophe ;

 

2° je suis chargé de travailler à la formation morale de futurs officiers – Platon aurait dit : des futurs « gardiens » de la cité.

 

C’est un métier que Platon avait placé au cœur de sa démarche philosophique, dans son chef d’œuvre La République. Il se trouve que le cours de ce métier me conduit à passer quelques mois à l’US Naval Academy ; mes activités y ont pour centre un séminaire sur « Les nouveaux développements dans la théorie de la guerre juste ».

 

Quel rapport y a-t-il donc entre ces Lettres d’Amérique et ce qui fait mon devoir ? 

 

Quel rapport à la philosophie ? Et qu’est-ce que la philosophie ?

 

Il y a plusieurs façons de faire de la philosophie. Pour moi, elle est d’abord pratique. Elle doit nous aider à vivre, à assumer nos responsabilités, à prendre nos décisions. C’est pourquoi elle est une éthique, une économique et une politique. De ce point de vue pratique, le reste se rattache à ces éléments centraux.

 

Cette philosophie doit être réaliste, parce qu’elle est pratique, politique, et que la pratique comme la politique sont dans le réel.

 

La philosophie ne commencera donc ni par le « doute », ni par le « soupçon », ni par la « mise entre parenthèses ». Ou, si l’on préfère, elle commencera par la mise en doute de ce « doute », par le soupçon sur ce « soupçon » et par la mise entre parenthèses de toute « mise entre parenthèses ».

 

Mais comment rester réaliste ? Comment ne pas se dessécher dans la théorie, se complaire dans la technique, se noyer dans l’érudition ? En s’intéressant intensément aux sociétés réelles, à leur vie politique et à leurs histoires, aux individus, aux faits particuliers. Pour philosopher de façon pratique et réaliste, il faut donc parler de politique, et de deux façons à la fois : très concrètement et de très haut, sans séparation.

 

Entre les vérités éternelles et l’actualité  

 

Il faut que la pensée pratique et réaliste parcoure sans arrêt un circuit entre deux pôles : celui de l’histoire universelle des civilisations et des vérités éternelles, et celui des faits quotidiens qui nous environnent : ou si l’on préfère, il faut savoir faire l’aller et retour entre la République de Platon et le New York Times.

 

Voilà pourquoi, pour être un vrai philosophe pratique et politique, je dois m’intéresser intensément au lieu où je me trouve – et donc, ces temps-ci, aux Etats-Unis, et à leur vie politique, économique et culturelle. – Mais vous me demanderez peut-être : « Quel rapport avec la formation morale des officiers ? »

 

 
  

 

Parler du pouvoir en famille (4). Démocratie et religion. Lettre d'Amérique, n°9

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Mise à jour le Mercredi, 06 Octobre 2010 22:25 Écrit par Henri Hude

Un ami m’a écrit pour me demander si je n’exagérais pas l’importance de la question religieuse dans le débat et l’esprit publics américains – et peut-être, aussi, l’importance du mouvement de retour des esprits à la tradition religieuse.  Le mieux est de donner la parole aux Américains eux-mêmes, et pas à n’importe lequel. Je traduis donc le New York Times, page A 17, du mercredi 29 septembre 2010. 

 

« Nous sommes pleins de péchés (…) et n’obtenons le salut que par la grâce de Dieu » (Barack Obama, Albuquerque, 28.9.2010)  

 

Le Président Obama était avant-hier en visite et en campagne électorale de mi-mandat. Il a rencontré les étudiants de l’Université du Wisconsin-Madison, mais auparavant, il s’était adressé à d’autres auditoires, à Albuquerque, Nouveau Mexique. C’est là que, écrit le NYT :  

 

« Une femme lui demanda pourquoi il était chrétien. Il sembla accueillir la question avec plaisir, à un moment où les pontes conservateurs mettent en question la foi de Mr Obama, et à un moment aussi où les sondages montrent que beaucoup, à tort, pensent qu’il est musulman.  

 

NOTE : les « pontes conservateurs » ne sont pas les seuls ; les sondages menés pour le Pew Rearch Centre montrent que 34% des Américains pensent qu’Obama est chrétien et 18% musulman – USA Today, 7A, 29 septembre 2010). 

 

« B. Obama répondit par un long discours (j’en conserve, comme le NYT, le style parlé) : « Je suis chrétien par choix, a dit le Président. Ma famille, franchement, ce n’était pas ce genre de gens qui vont à l’église tous les dimanches. Ma mère… c’était une des personnes les plus spirituelles que j’ai connues, mais elle ne m’a pas élevé dans l’église.  « Ainsi, je suis venu à ma vie chrétienne plus tard dans ma vie, et parce que les préceptes de Jésus me disaient quelque chose (« spoke to me ») au sujet du genre de vie que je voulais mener : en me souciant activement de mes frères et sœurs, en traitant les autres comme je voudrais qu’ils me traitent. Et je pense, aussi, en comprenant que Jésus-Christ mourant pour mes péchés a parlé de l’humilité que nous devons tous avoir en tant qu’êtres humains. Que nous sommes pleins de péchés, que nous faisons des fautes et des erreurs, et que nous n’obtenons le salut que par la grâce de Dieu. »  

 

La religion dans la vie publique  

 

Cela, ce sont les faits. Maintenant, raisonnons. Le Président Obama a tenu ces propos. Le New York Times est un journal qu’on ne peut suspecter ni de falsification, ni d’excès de dévotion.  

 

On avouera que la réponse présidentielle va au-delà de la réponse passe-partout et bien ficelée qu’il aurait aisément pu faire. Elle va aussi sensiblement au-delà de ce qu’il dit sur le même sujet dans son livre The Audacity of Hope, au chapitre « Faith », « foi ». Or donc c’est de deux choses l’une. Ou bien le Président croit ce qu’il dit, ou bien il ne le croit pas. Mais dans les deux cas, il le dit.  

 

S’il croit ce qu’il dit, ce qu’on n’a a priori aucune raison de nier, alors c’est un fait que le chef de l’Etat et du gouvernement américains, au-delà de son seul intérêt politique, trouve normal de faire part à ses concitoyens de ses croyances personnelles en matière de religion. Il trouve injuste qu’on le fasse passer faussement pour musulman ou pour non chrétien. Il tient à rétablir la vérité sur un point important de sa personnalité. Il ne voit pas de raison pour ne pas le faire, y compris au cours d’une campagne électorale.   

 

Il trouve normal de le faire assez longuement, et aussi avec une certaine précision. Il ne nous fait pas part, comme pourrait faire le politicien lambda, de son attachement ému à la spiritualité en général, ou à ses souvenirs d’enfance, à une vague transcendance, ni aux valeurs judéo-chrétiennes qui ont inspiré le développement de la démocratie, etc. Il ne nous fait pas confidence de ses états d’âme, mais il « confesse », au sens de la confession de foi, sa foi en des objets de foi, tels que le péché, le salut, la valeur rédemptrice de la mort du Christ, etc. C’est un fait que cette question est un point important dans la campagne électorale en cours. S’il en est ainsi, c’est bien parce que la religion du leader est un facteur de la confiance que met en lui le public.  

 

Et si le Président Obama ne croyait pas ce qu’il dit, il le dirait au moins parce qu’il penserait que ce serait son intérêt de le dire. C’est donc bien l’intérêt d’un homme d’Etat américain, aujourd’hui, que de confesser publiquement la foi chrétienne, en des termes incluant plus et l’engageant beaucoup plus que des généralités « spirituelles » et moralisantes. C’est un fait que cette confession n’est pas de nature à lui faire du tort, politiquement, ni même à le mettre en porte à faux avec la laïcité américaine. On peut ajouter qu’interrogé sur l’avortement, Obama déclare qu’il le veut « sûr, légal et rare » (USA Today, 29.9.2010, 7A).     

 

Une démocratie religieuse  

 

La tradition américaine est celle d’une démocratie religieuse. Tocqueville l’avait déjà noté avec précision. L'homme étant un animal religieux, c’est certainement là la première raison de son exceptionnel succès historique. En fait, la laïcité américaine consiste surtout, au départ, dans l’organisation d’une coexistence pacifique entre les diverses confessions chrétiennes et les multiples « dénominations » protestantes. Les catholiques, présents aux futurs Etats-Unis depuis 1634, en furent partie prenante dès le début. Le premier évêque de Baltimore, le Jésuite John Carroll, était le cousin de Charles Carroll of Carrolton, un des signataires de la Déclation d'Indépendance américaine.

 

Bien sûr, il y avait des philosophes déistes, comme Thomas Jefferson, l’auteur de la Déclaration d’Indépendance américaine, dont les conceptions étaient plus radicales et laïcistes. (Son texte fut d'ailleurs amendé par ses collègues et quarante ans après, il ne s'en était toujours pas remis.). Mais la plupart des philosophes incroyants américains pensaient que la religion (chrétienne), assortie du non-establishment des Eglises, était politiquement utile et nécessaire à une société libre. Si vous visitez Monticello, la propriété de Jefferson, vous observerez que l’encrier du célèbre homme d’Etat est un morceau d’ivoire taillé en forme de tête de Voltaire. Mais à Mount Vernon, les tombes de George Washington et de sa femme Martha sont surmontées d’une inscription biblique éloquente : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. »   

 

Le Léviathan médiatique  

 

J’ai pu regarder en différé la scène racontée par le New York Times, sur Fox News. La présentation par Fox permet de mesurer avec précision le maximum de férocité possible dans le débat public américain, en ce moment – férocité que déplore l’ancien président Carter (USA Today, 11A, 29.9.2010).  

 

Bill O’Reilly, le présentateur vedette de Fox est assisté d’une psychologue spécialiste en langage corporel, « body language », qui est censée traduire ce que disent le visage et le corps du Président. On passe et repasse une vidéo, on s’arrête sur image, on commente chaque détail. Inutile de préciser que le corps du président, selon la spécialiste, dit le contraire de ce qui sort de sa bouche. Il méprise son auditoire, il s’ennuie pendant la question de la dame, etc.  

 

Qui peut savoir ? Les grands médias étant ce qu’ils sont, aujourd’hui, le doute méthodique est de rigueur avec eux.  

 

Radicalisations et ignorance religieuse  

 

L’ami qui m’écrivait avait tout de même raison en deux sens. D’abord, l’ignorance religieuse est monumentale. Il paraît, (si j’en crois un journal d’hier que je ne sais qui a malencontreusement embarqué, mais vous pouvez me faire confiance), que la moitié des Américains interrogés ignorent que le Dalaï Lama est bouddhiste ; que la moitié des catholiques, paraît-il, ne connaissent pas le dogme de la présence réelle ; et que les trois quarts des Protestants ne connaissent pas la justification par la foi.   

 

Ensuite, parallèlement au « retour à Dieu », se produit une radicalisation athée ou laïciste (« secularist ») dans certains secteurs de la société américaine. Mais justement, ce mouvement, dont on pourra parler, suscite désormais une réaction vigoureuse. Voyez, par exemple, du côté catholique, le livre intitulé Secular Sabotage : How Liberals are Destroying Religion and Culture in America, publié en 2009 par Bill Donohue, président de la Catholic League. Ce livre est bien exposé et il est en vente dans la librairie du principal sanctuaire de Washington, le National Shrine.

 

 

   

Lettre d'Amérique, n° 8. La formule qui marche

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Mise à jour le Mardi, 28 Septembre 2010 23:38 Écrit par Henri Hude

Annapolis, 28 Septembre 2010. Ce qui se passe aux Etats-Unis en ce moment nous concerne tous. Je ne peux pas démontrer cela a priori, mais je crois que cela deviendra progressivement évident, à mesure que les événements se développeront. Pour que leur expérience et leur pensée nous soient utiles, à nous en Europe, il importe de bien comprendre comment pensent les Américains - notamment les Américains traditionnels qui, en ce moment, dominent le débat public, ou, tout au moins, le déterminent. Je parle aussi avec d'autres, centristes ou plus libéraux - mais on ne peut pas tout regarder en même temps. Et il faut savoir laisser les questions ouvertes un temps suffisant.  

 

 

Séances de thérapie ?   

 

 

Des économistes triés sur le volet, issus des plus grandes Universités, avaient déclaré il y a six mois que la récession était terminée aux Etats-Unis. Et le Président Obama s’était félicité d’avoir jugulé la crise. Le problème, c’est que les gens sur le terrain ne voient pas la différence. 

 

C’est sur cette désillusion que les journaux (assez démagogues), ont titré unanimement, le 21 Septembre dernier, après le discours présidentiel et la séance de questions-réponses (au Newseum de Washington). Le New York Times a parlé, dans ses suppléments électroniques, d’une “séance de thérapie à l’intention de supporters désabusés” (« therapy session for disillusioned Obama’s supporters »).

  

Une crise structurelle ?   

  

Les Américains ont un taux de chômage d’environ 10%, ce qui ferait 13% ou 15% chez nous, et les prévisions ne sont pas bonnes. Chez les "Latinos", c'est 12%. Chez les Noirs, 15%. Les Américains, pour la première fois depuis longtemps, ont peur pour leurs emplois.  On leur demande (NYT, 16.9.2010, page A 20) : Mr Obama a-t-il un plan précis pour créer des jobs et résoudre les problèmes de la nation ? Presque 60 % répondent non. “Beaucoup de discours et pas beaucoup d’action. » (« It seems like a lot of talk and not a lot of action. »)  

 

Au moins approuvez-vous la façon dont les Démocrates prennent part à la direction des affaires ? Réponse : non, à 63%. Et celle des Républicains ? Non plus, et cette fois à à 73%. A tort ou à raison, tout leur paraît fragile aujourd'hui dans l’économie et le mal semble devenu chronique.

 

C’est pour cela que les électeur enregistrés comme républicains (et pas eux seulement) ont "sorti" un très grand nombre de sortants et désigné des nouvelles têtes, lors des primaires.  Et c'est pourquoi les sondages donnent malgré tout les Républicains gagnants, dans toutes les catégories d’électeurs. Les électeurs indépendants, qui flottaient, semblent maintenant se diviser à 2 contre 1. On va voir si l'engagement massif d'Obama, à partir d'aujourd'hui, en direction des jeunes, va retourner la situation. Les Républicains qui vont certainement gagner du terrain ne sont pas les mêmes que ceux qui l'ont perdu, il y a deux ans. Beaucoup d'entre eux sont nettement plus conservateurs, soutenus par le Tea Party, et plus populaires: ils critiquent Wall Street, ils défendent les petites et moyennes entreprises et ils veulent revenir (nous le verrons) à « la formule qui marche ».  

 

Bref, de plus en plus se fait jour l’idée que la crise n’est pas une affaire de cycle. Il s’agirait d’un problème structurel grave, à traiter par une profond renouveau des idées et des personnels. De quoi s’agit-il donc ? Et que faire ? Les élections se jouent autour de ces deux questions.   

 

 

Remettre l’Amérique sur les rails »  

  

 

L’explication désormais dominante ici est que l’Amérique a déraillé. Il s’agit de la remettre sur ses rails. (« Let us put America back on tracks. »)

 

Voici ce que cela veut dire : L’Amérique avait une formule traditionnelle qui marchait. Elle avait fait sa fortune et lui avait donné la première place dans le monde. Les bureaucrates de Washington et les intellectuels libéraux ont voulu remplacer cette formule, fruit de l’histoire, du bon sens et des vertus, par des constructions de l'esprit, des idéologies à l'européenne. L’échec est patent. Il n’y a donc pas à chercher midi à quatorze heures. Il faut revenir à la formule qui marche. 

 

Cette explication a le mérite de la clarté. Elle se décline sur tous les tons, des plus subtils aux plus caricaturaux. Sur une radio locale, j’entendais un présentateur résumer ainsi la situation : « Si vous voulez des « food stamps », votez démocrate ; si vous voulez des jobs, votez républicain. » Les food stamps, ce sont des bons permettant aux très pauvres de toucher des rations de nourriture.  

 

Tant que les choses n'allaient pas trop mal, les hommes d'action, les gens qui ont devant les choses l'attitude ordinaire de la vie, les réalistes de sens commun, acceptaient de penser qu'ils étaient moins intelligents que les "intellectuels". Depuis que rien ne va plus, ils n'acceptent plus de courber leur jugement et de se taire devant les idéologues "libéraux" (nous dirions: "progressistes"). L'idéologie disait que le bon sens n'était qu'un tas de préjugés. Le bon sens se taisait, pas convaincu, mais avec un sentiment d'infériorité. Ce complexe a sauté. Le spectre de la faillite discrédite aussi les autorités intellectuelles et les idées au pouvoir. Le "politiquement correct" est mort. C'est un fait d'une immense conséquence.

 

La tradition nationale américaine associe la liberté économique et la démocratie politique à la rigueur éthique et la ferveur religieuse. C'est cette tradition qui s'affirme aujourd'hui avec le plus de force. Et c'est au tour des opposants au mouvement, qui sont pourtant au pouvoir, de garder un silence gêné. Ils sentent que le progressisme classique n'a plus le vent en poupe. Ils se contentent de manoeuvrer contre le vent.

 

Ils essayent donc de faire passer en hâte des mesures économiques allant dans le sens de la tradition, tout en faisant de la provocation sur les questions de société, espérant diviser le mouvement, alerter les "libéraux" et effrayer les modérés. C'est habile. Reste à voir si ça marche. Si l'expérience montre dans un mois que cela a fait long feu, c'est que ces tacticiens auront sous-estimé la cohérence de cette tradition nationale aux yeux des citoyens américains, et sa capacité de les attirer quand elle se présente toute entière, avec sa cohérence, au lieu d'essayer de voiler certains articles présumés honteux ou "inaudibles". Sinon, ce sera le contraire.

 

 

La formule qui marche  

 

 

Quelle est donc, pour ces gens,  la "formule qui marche" ? Commençons par l'économie. Le principe, c'est que, de toute façon, il faut des jobs. Or seuls les petits entrepreneurs créent des jobs dans le pays. Ils ne peuvent le faire que s’ils ont les moyens d’investir. Ils les ont si le fisc leur laisse leur argent. La plate forme du parti républicain prévoit de défiscaliser 20% du revenu des petites et moyennes entreprises. Les Démocrates, flairant le vent, ou d'accord sur le fond, viennent de voter un projet ("Small Business Jobs Act") qui va dans le même sens. Les Républicains ne parlent pas de la dette, mais les Démocrates pas davantage. On suppose que le problème sera résolu par les économies sur les dépenses publiques (100 Milliards de $) et par la croissance, escomptée d'un retour à la formule qui marche. Et personne ne contredit, parce qu'autrement, il faudrait chercher des idées vraiment neuves ("to think out the box").

 

Il ne s’agit pas seulement d’économie, mais de politique. Traditionnellement, ici, la liberté des citoyens ne se définit pas d’abord par un appel à la puissance tutélaire de l’Etat, mais par la prudente limitation du pouvoir d’Etat.  En fait, c’est un équilibre subtil. L’Etat doit être assez fort pour que les citoyens n’aient pas peur les uns des autres, mais pas assez fort pour que les citoyens aient encore plus peur de l’Etat, ou puissent utiliser l’Etat pour se piller les uns les autres en toute légalité.  

 

La liberté des citoyens n’est donc pas assurée parce que des bureaucrates agiront en protecteurs bienveillants, ou parce que des politiciens auront une idéologie sympathique et se montreront généreux, avec l’argent des autres. La liberté, en ce bas monde, n’est assurée que par le pouvoir.   

 

 

Une démocratie réaliste et machiavélienne   

 

 

En ce bas monde, qui est impuissant risque d'être asservi. La liberté d’une société libre est donc assurée parce que les citoyens y sont assez raisonnables pour faire exister une puissance publique stable, mais sont aussi assez puissants pour empêcher solidairement cette puissance (l'Etat) de les tyranniser, que ce soit avec (ou sans) les meilleures intentions du monde. Pour cette culture politique, l’excès de dépense publique et de fiscalité a pour seul effet de remplacer une aristocratie industrielle de petits entrepreneurs, dont tout le monde profite, par une oligarchie de bureaucrates et d’idéologues, qui n’est utile qu’à elle-même.   

 

La société est donc libre, si assez de citoyens sont puissants, et ils sont puissants s’ils sont riches. Ils sont riches, si la fiscalité reste strictement limitée. Pour qui connaît la physique sociale, une démocratie sans une masse de riches serait donc une contradiction dans les termes. Encore faut-il que ces riches aient une certaine éthique, et c'est pourquoi (nous le verrons dans une prochaine Lettre), la tradition de liberté économique est peu séparable en Amérique de la tradition de sérieux éthique et de ses racines culturelles (religieuses, pour une majorité).  

 

 

La question de la pauvreté  

 

 

Le problème de cette tradition américaine, ce sont les pauvres. Il y a un certain pourcentage de la population qui, pour diverses raisons, n'y arrive pas. Les critères sont sans doute trop exigeants, la compétition trop forte. Les réponses qui se présentent comme cohérentes avec cette tradition sont néanmoins valables, mais sans aucun doute incomplètes. Les voici, en résumé:  

 

La première façon d’aider les pauvres, c’est de leur donner du vrai travail rémunérateur : non pas des places qui ne servent à rien, mais des jobs dans de vrais business, montés et dirigés par de vrais entrepreneurs. La seconde, c’est de ne pas paralyser les entrepreneurs par une profusion de règlements, dont la principale raison d’être est de justifier l’existence de ceux qui les font, et le pouvoir de ceux qui en contrôlent l’application. La troisième, faudrait-il ajouter, c'est une bonne formation, qui renvoie aux problèmes de la famille et de l'école, qui sont les deux institutions les plus abîmées par une idéologie étrangère au réalisme de la tradition nationale.  

 

Dans cette logique, la démocratie et le souci bien compris des pauvres supposent donc que l’Etat soit mis au régime et qu’il y reste, contenu non pas par de grands principes, mais par un pouvoir social supérieur – par l’efficace résistance d’une masse de gens assez riches et moraux pour défendre efficacement à la fois leurs intérêts et le bien commun, dans la liberté, sans s’en laisser conter.  

 

Si les entrepreneurs font bien leur métier, et s’ils se conduisent bien, ils ont automatiquement derrière eux la classe laborieuse. Cette dernière, ayant sa juste part de la prospérité, délaisse la satisfaction de l’envie pour le bonheur de la réussite collective ; elle échange l’aigreur du ressentiment contre de sérieux espoirs de succès dans une compétition ouverte. 

 

Elle ne se pense pas comme "pauvre", et d'ailleurs elle ne l'est pas, ou plus. Elle se comprend elle-même comme une partie de la classe moyenne, à laquelle appartiennent aussi les petits entrepreneurs. Et cette classe moyenne est aussi, en un sens, la classe dirigeante – ce qui veut dire que, dans une certaine mesure, nous sommes en face d’une vraie démocratie : non pas d'une fiction inaccessible, mais d'un bon régime mixte, en face d’une Démocratie, où les élites sont acceptables et acceptées par un peuple raisonnable et modéré. Son dynamisme de croissance laisse à chacun une part de rêve, mais ce ne sont pas ceux des marxistes ou des jacobins.  

 

Ce sont là des raisonnements familiers aux Américains et qui n’ont pour eux rien de choquant. Les qualifier d’extrême-droite serait pour eux inintelligible. Pour eux, l’extrême droite, c’est le fascisme, et les Américains sont des démocrates. Et la Démocratie, c'est la tradition américaine. Qui s'en écarte est sanctionné.  

 

 

   

Parler du pouvoir en famille (3). Lettre d'Amérique n° 7. Démocratie et copropriété

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Mise à jour le Mardi, 28 Septembre 2010 06:40 Écrit par Henri Hude

Annapolis, 26 Septembre 2010. Ma dernière lettre évoquait les défaites retentissantes subies aux primaires américaines par les candidats républicains "centristes" ou "modérés" à l’investiture républicaine. Commentant le triomphe des "conservateurs", les deux principaux journaux libéraux des Etats-Unis, le Washington Post et le New York Times, ont marqué leur étonnement. Cet étonnement étonne. 

 

Le pourquoi d’un renvoi aussi massif des sortants

 

Quand le management d’une entreprise a, comme on dit, « planté la boîte », les actionnaires renvoient le management. Ils le font sans état d’âme, si du moins ils ne sont pas encore ruinés. Et s’ils ont un peu de bon sens, ils regrettent de ne pas l’avoir fait plus tôt.  

 

J’ai entendu parler sur C-Span  Michael Steele, le Président noir du National Republican Comitee. Ses propos, qu’il tenait ces jours derniers à Little Rock, Arkansas, se résumaient d’un mot : « Assez. » (« Enough »). Il exprimait une conscience de plus en plus claire, et majoritaire aux Etats-Unis, que, si les choses continuent, leur pays va tout simplement à la faillite. L’immense classe moyenne a pris conscience de la gravité de la situation. Les gens pensent que le management politique a « planté le pays ». Ces citoyens, qui se sentent les propriétaires de leur pays, veulent donc renvoyer le management politique. Et comme la responsabilité de la faillite est équitablement partagée par les deux principaux partis, les gens se disent que le pays a besoin de sang neuf et qu’il faut remercier les sortant. (« Vote incumbents out ! ») Et c'est ce qu'ils font. 

 

Cela semble un raisonnement peu attaquable dans son principe. On ne peut pas raisonnablement le réduire à un préjugé « populiste », ou à un mouvement d’humeur, ou à l’influence d’une clique extrémiste.   

 

Bien commun, copropriété, démocratie 

 

Le rapprochement entre une copropriété et une démocratie est très éclairant pour la notion de pouvoir et la notion de démocratie. La notion du bien commun s’éclaire en effet, et prend une sorte d’évidence, quand on commence par observer comment des copropriétaires ont des biens en commun – des objets, des constructions, des espaces, mais aussi des institutions, des règles, des projets, une ambiance, des valeurs, des souvenirs. Tous ces biens sont communs et leur ensemble constitue le bien commun. Le pouvoir se définit par la gestion d'un bien commun. Et la démocratie est le régime où le pouvoir vient des copropriétaires.

 

Le mérite de ce rapprochement entre copropriété et démocratie, c’est de rappeler qu’une démocratie n’est pas la propriété de ses dirigeants politiques, ni même de leurs électeurs. Les dirigeants ne sont que des administrateurs de biens que tous les citoyens possèdent en commun – LE bien commun.

 

La gestion de ce bien commun définit la fonction du pouvoir légitime. La comparaison entre copropriété et démocratie est donc pertinente (malgré ses limites). Elle pourrait être prolongée par la comparaison entre le dirigeant politique et un syndic de copropriété. Dans cette perspective, le peuple n’est pas une idée, ou un concept, ce sont des gens réels qui forment une communauté politique réelle et qui ont des biens réels en commun – choses, institutions, projets, idées, valeurs, souvenirs – : le bien commun.

 

Au niveau le plus concret, une démocratie est tout simplement un ensemble organisé de propriétaires, en grande majorité moyens et petits. Certains citoyens, c’est vrai, n’ont presque rien, sauf leurs enfants (en latin, proles, d’où l’expression latine de proletarii, prolétaires). Si les prolétaires sont trop nombreux, la démocratie est instable et la propriété semble injuste. La démocratie, pour durer, se soucie donc de faire accéder le maximum de citoyens à la propriété.  

 

Si le démos est comme une assemblée de copropriétaires ; et si le politicien élu est une sorte de syndic de copropriété ; alors le pouvoir vient évidemment d’en bas, de même que le pouvoir du syndic vient incontestablement des copropriétaires. Les esprits sublimes peuvent bien faire la moue devant la comparaison entre une démocratie et une copropriété ; mais une fois qu’on l’a bien intégrée, on sera capable de s’opposer fermement à toute appropriation du bien commun (et des biens des particuliers) par politiciens et bureaucrates.  

 

Le droit de l’assemblée des copropriétaires : tel est l’aspect le plus fondamental (et le seul vraiment clair) de la souveraineté du peuple. Une telle démocratie, par nature, est guidée et limitée par le bon sens des copropriétaires. Le pouvoir en démocratie est limitée, comme dans la copropriété, par la simple propriété privée et par son autonomie : le gérant, ou syndic, est en charge de la propriété commune, il n’a pas à gérer la propriété privée à la place des propriétaires.

 

Détruire ou éroder à l’excès la propriété privée par l'impôt, sous divers prétextes, c'est ce qui aux Etats-Unis est appelé "socialisme". Le socialisme est tenu pour incompatible avec la souveraineté du peuple bien comprise, tout comme avec liberté des personnes, des familles et des associations.  

 

Dans cette logique, la question de la pauvreté, là où elle se pose avec acuité, doit d’abord être comprise comme un devoir de faciliter l’accès du prolétaire à la propriété. Cela ne se peut que par un progrès de la prospérité, dont la première condition est le respect de la propriété. La fiscalité excessive est donc évidemment contraire à la démocratie, sauf si c'est le nom qu'on voudrait donner au pouvoir des idéologues et à l'appropriation du pays par des bureaucrates. Et elle est tout aussi contraire à l'intérêt des pauvres.

 

Démocratie et propriété privée  

 

Quand on se promène à travers les Etats-Unis, on voit qu’il s’agit d’un peuple de citoyens propriétaires. Bien entendu, il y a des pauvres, et l’entrée ouest de Baltimore, par les rues parallèles à la Route 40, fait véritablement peine à voir. Mais le fait dominant des Etats-Unis reste quand même l’immensité de cette classe moyenne possessionnée, qui ne se conçoit pas comme des « petits », mais comme « Nous le Peuple », comme l’Amérique normale, située entre une minorité de riches et une minorité de pauvres.   

 

Si l’on se promène du Nord au Sud du Maryland ou de la Virginie, on trouve partout une infinité de « petites maisons dans les bois », presque toutes spacieuses et légères, modestes et sûres d’elles, fières d’être américaines, avec le drapeau à l’entrée de beaucoup d’entre elles.

 

On voit aussi partout ces petites Eglises pimpantes et toujours peintes à neuf, de toutes dénominations protestantes, et qui ne reçoivent pas plus de fonds publics que les Eglises catholiques romaines, reconnaissables, elles, à la statue de la Vierge, aussi visible à l’entrée qu’une figure de proue. C’est là que sont pour beaucoup les liens invisibles entre ces maisons de familles libres et prospères, dans un pays qui dans son fond croit massivement en Dieu et en l’avenir.   

 

Il faut voir aussi ces communautés de copropriétaires, qui constituent de véritables villages : parfois cossus, richards et inaccessibles, avec leurs barrières et leurs gardiens, comme celle de Gibson Island, sur le bord de la Chesapeake, et parfois aussi humbles et libres, espaces ouverts groupés autour de leur community hall, où les copropriétaires se réunissent deux fois par semaine, par exemple Venice on the Bay, un peu plus haut que Gibson, entre Baltimore et Annapolis.   

 

C'est loin d'être toujours agréable. Souvent, on ne peut pas aller au bord de la mer, car le rivage est approprié, ou en copropriété. On ne peut s’arrêter presque nulle part pour stationner au bord de la route ("No parking. Any time") et aller se promener en forêt, sauf dans des grands parcs explicitement publics, où d’ailleurs il faut souvent payer un modique droit pour entrer. On ne sait trop à qui appartient le bord de la route ; ce qu’on sait, c’est qu’on risque de se faire mettre en fourrière, si on s’arrête où il ne faut pas ("Towing rule will be strictly enforced").

 

On a l’impression que la propriété privée est un domaine inviolable ("No trespassing. Violators will be prosecuted "). Mais ces propriétés, que les mœurs et la loi rendent inviolables, se barricadent rarement, restent en général des espaces non enclos de murs, ou même de barrières. Les fenêtres n'ont pas de volets.  Les maisons ne s’entourent pas de jardins soignés. Peu de fleurs, peu de fruits et pas de légumes. Des arbres ombrageant les maisons, les rendant même un peu trop sombres. Une pelouse bien tondue couvre en général toute la superficie de la propriété, comme si l’Américain aimait à bâtir sa maison dans un lieu qui lui rappelle la nature intacte, l’appropriation par le travail des espaces vierges et les mystérieuses forêts des âges pionniers. 

 

Dans une telle société, il ne faut pas s’étonner que le niveau moyen de confiance en soi soit plus élevé que dans des sociétés assistées, qui retiennent les citoyens en enfance et les mettent en tutelle à vie. Il est vrai aussi que l’existence est plus difficile pour ceux qui n’ont rien, plus dure à ceux qui ne savent pas lutter pour se tailler une place.  

 

« Rendez les comptes de la gestion »  

  

Arrivant d’Europe où l’action du président Obama est universellement célébrée, du moins dans l’infosphère, j’ai été frappé de lire ces propos si lucides de Marco Rubio, 39 ans, père de famille nombreuse, étoile montante de la politique américaine, et qui se présente en Floride au poste de sénateur : « Quand ces élections seront passées, déclare Rubio, il sera clair pour tous qu’une question avait été posée au peuple américain : "Voulez-vous devenir une Europe bis ?" Et que le peuple américain aura simplement répondu "Non, merci." » Marco Rubio, soutenu par le Tea Party, est à plus de 40% dans les sondages, menant de 12 points le républicain modéré qu’il allait écraser aux primaires et qui a préféré se présenter en indépendant. Le démocrate local se traîne en troisième place à 22%.  

 

Quoi que puissent raconter certains médias français, nous sommes à l’évidence aujourd’hui aux Etats-Unis en face d’un mouvement populaire puissant, viscéralement antiautoritaire, mais responsable et non révolutionnaire, conservateur, au sens d’enraciné dans la tradition nationale bi-séculaire, ami de la liberté et de la Constitution qui devrait la garantir. Un mouvement viscéralement antifasciste, et pour qui le "socialisme" n’est jamais qu’une des formes du fascisme, ou, dans le meilleur des cas, dans ses versions plus indolores, une espèce d’asservissement (« enslavement ») et de despotisme administratif, inventée par des intellectuels qui ne comprennent rien à la vie et au travail.  

 

Dans le Washington Times du 22 Septembre 2010, pages B1 et B4, j’ai trouvé un article ayant pour titre : « Le temps du Tea Party est venu ». Son auteur est Ted Nugent, figure typiquement américaine, unissant les trois qualités de chanteur de Rock ‘N’ Roll, de sportif et de militant politique.

 

Dans cet article qui, c’est sûr, n’est pas d'un « intellectuel », Ted Nugent écrit : "Le message du Tea Party est aussi fort que clair et il retentit dans toute l’Amérique : « Nous exigeons qu’on nous rende les comptes de la gestion. Un point, c’est tout. » (« We demand accountability, period. »)"

 

   

Parler du Pouvoir en famille (2). Lettre d'Amérique, n° 6

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Mise à jour le Mercredi, 22 Septembre 2010 20:37 Écrit par Henri Hude

Annapolis, 21 Septembre 2010. Je continue sur ma lancée : pour aider les parents à parler philosophie en famille, je continue mon commentaire philosophique des élections américaines (sans prétendre le moins du monde à la qualité d'analyste politique).  

 

Ce qui se passe en ce moment (septembre 2010) aux Etats-Unis est important. On sent que ce ne sont pas des élections comme les autres. Une seconde révolution conservatrice s’est probablement mise en marche, qui va plus loin que la précédente (1994). Ce vaste mouvement risque de dominer les dix prochaines années. En quoi consiste-t-il, que peut-il nous apprendre, c’est ce qu’il faut comprendre. Et pour cela, il faut sortir de la "Matrice", je veux dire, voir plus loin que l'image médiatique.

 

Importance de l’esprit critique 

 

Tout le monde en France a entendu les médias parler de Sarah Palin et du mouvement « Tea Party ». Ce qu’ils en disent nous informe correctement sur leurs propres préjugés ou sur la direction qu'ils veulent imprimer à l'opinion, mais assez peu sur la réalité qu’ils sont censés décrire. Par exemple, Sarah Palin n'est pas, et de loin, la plus populaire parmi les "chrétiens conservateurs" du Values Voters Summit. Elle n'arrive qu'au 5ème rang avec 7% de préférences, loin derrière Mike Pense (24%), dont vous n'avez sans doute jamais entendu parler (USA Today, 20.9.2010, 5A). Il faut admettre que Mike a un look nettement moins médiatique.  

 

Je regarde souvent C-SPAN (c-span.org), une chaine publique qui projette exclusivement des documents informatifs de qualité : une conférence de presse d’une heure d'un ministre, des auditions au Congrès, des débats non biaisés de bonne qualité, de longues interviews, des discours en version intégrale, des colloques où parlent sans souci d'audimat des orateurs de premier plan (par exemple, le Président de la commission des affaires étrangères de la chambre basse s'expliquant sur le programme nucléaire iranien pendant 30minutes, puis répondant à des questions sérieuses), etc.  

 

Samedi dernier, j’ai pu directement entendre parler sur c-span, pour la première fois de ma vie, et sans coupures, Sarah Palin, durant environ une heure, à Des Moines, Iowa, où elle était l’invitée du « Dîner annuel Ronald Reagan ». N’étant pas citoyen américain, je n’ai pas à me passionner pour elle ou contre elle (et d’ailleurs, si je l’étais, ce serait pareil). Ce dont je peux témoigner, c’est que ce que j’ai vu et entendu n’avait presque rien à voir avec ce que j’avais entendu dire par les médias français. Mais c'est dans une autre lettre que je parlerai à fond du contenu politique du discours conservateur américain, et de ce qui me semble en être les forces et les faiblesses.

 

Le doute cartésien appliqué aux médias  

 

La première chose à bien faire comprendre aux jeunes, selon moi, c’est que  le pouvoir et tout ce qui y touche ne sont pas, sauf rarement, ce qu’ils paraissent être, quand ils sont aperçus à travers le prisme des médias d’aujourd’hui, qu’on imagine naïvement n’être qu’une fenêtre ouverte sur le monde.

 

Le « doute », selon Descartes, consiste à s’habituer à penser, méthodiquement, que ce qu’on voit n’existe pas comme on le voit. Ce que nous voyons ne serait jamais la même chose que ce qui existe. C’est là souvent une exagération sans nuances, car la raison sensée est au contraire réaliste. Il faut savoir douter du "doute cartésien", si l’on veut être un esprit critique. J'ai expliqué cela en détail dans mon livre de 2009, Prolégomènes. Les Choix humains. Ceux qui s’imaginent douter de tout sans douter aussi du « doute », sont en réalité des gens qui ne doutent de rien. Leur « doute » n’est qu’une matrice à préjugés.   

 

Pourtant, il y a un domaine dans lequel il y a vraiment lieu d’appliquer le doute cartésien dans toute sa rigueur : c’est celui de nos relations avec les médias, surtout avec les grands canaux de télévision.

 

"Qui dirige les opinions des hommes, disait Hobbes, dirige leurs actions". Il conditionne leur confiance ainsi que leur obéissance. Cette obéissance et cette confiance maintiennent les pouvoirs en place. Ces pouvoirs détiennent la clé de la bourse commune de la société. Ils contrôlent l'attribution d'une infinité de places et de contrats. C'est par l'intermédiaire des médias (jusqu'à ce jour) qu'ils gardent ou perdent le pouvoir. Et les médias sont aussi un immense pouvoir. Les uns et les autres, rivaux et solidaires, ont donc tant d'intérêt à mentir, et ils sont si souvent vagues et inexacts, qu'on aura toujours du mal à les croire, par suspicion légitime, par simple prudence, tant qu'ils ne donneront pas plus de signes non équivoques de leur sérieux intellectuel et moral, de leur désintéressement et de leur sens du bien commun.   

 

C’est un pouvoir réel, et très réel, que celui de produire de l’illusion, de l’émotion et de la réaction, par la projection d’une image qui active surtout la part infra-rationnelle de l’homme. Au lieu de réagir à l’image médiatique d’un pouvoir (comme un taureau au chiffon rouge), la bonne méthode est de douter presque systématiquement de cette image, de comprendre comment et pourquoi elle a été fabriquée, par quel pouvoir, en vue de quels effets.  

 

La liberté responsable de la presse en démocratie durable

 

La seconde chose importante, c’est de faire comprendre aux jeunes qu’une société libre a besoin de citoyens raisonnables, possédant une image du réel suffisamment vraie. Sans une image vraie, il ne peut y avoir d’action adaptée, donc de réussite, non plus que d’action juste.  

 

Une société libre ne peut donc pas durer sans la liberté responsable d’une presse, y compris télévisée, digne de ce nom et inspirant aux citoyens une confiance justifiée. Digne de ce nom et digne de confiance, c'est-à-dire :

- qui se sente des responsabilités par rapport à la vérité, la justice et la sécurité nationale, -

- qui ne soit pas polluée par la continuelle confusion avec le divertissement ;

- qui ne soit pas structurée par le souci de rentabilité financière, ni dominée par la volonté de puissance, ni aveuglée par des platitudes idéologiques. – Mais revenons à l’Amérique.  

 

Un formidable coup de balai  

 

Commençons par des faits. Les élections primaires (août-sept 2010) ont été marquées par la défaite retentissante d’un grand nombre de politiciens chevronnés. Le phénomène s’est produit (on ne le note pas assez), du côté des Démocrates comme du côté des Républicains, mais avec une intensité différente. Des caciques apparemment indéboulonnables ont été pulvérisés par des inconnus.

 

La victoire la plus étonnante, du côté des Républicains, fut celle de Christine O’ Donnell, dans l’Etat du Delaware. Il s’agissait de désigner le candidat du parti républicain (du « Grand Old Party », GOP) au Sénat. Christine O’ Donnell a éliminé contre toute attente un vieux routier de la politique, Michael N. Castle, à l’implantation incomparable, expérimenté, appuyé sur tout l’appareil national et local du parti républicain (GOP). Marco Rubio, en Floride, avait réussi la même performance, en surclassant si bien Charlie Crist, que ce dernier a jeté l'éponge avant le vote. Il se présente aujourd'hui comme candidat indépendant.

 

Si l’on réfléchit bien, ce n’est pas si nouveau. Déjà, il y a deux ans, Barak Obama s’était imposé contre l’appareil démocrate, qui soutenait Hillary Clinton. Et si le peuple a préféré Barack Obama à John Mac Cain, c’est sans doute aussi pour la même raison.  

 

Un cas d’école de combat politique féroce  

 

Le pouvoir est l’objet d’une lutte, aussi âpre que ses enjeux en sont vastes. Les jeunes doivent le savoir et ne pas s’en scandaliser. S’ils veulent servir un jour dans la vie politique, ils doivent être prêts à recevoir des coups et à en rendre. 

 

Tous les journaux ont souligné la dureté des affrontements entre les Républicains dans le Delaware ("the race turned nasty").  Pour illustrer ce point, je résume l’histoire de cette campagne, d’après le Washington Post, le New York Times, USA Today et le Washington Times. Voici qui est Christine O' Donnell, si je comprends correctement les journaux.   

 

Christine n’est pas sûre de descendre du singe en ligne directe. C’est intolérable. Et même au cas où elle descendrait du Bonobo, elle n’aurait aucune envie d’y remonter.  

 

Quand elle avait entre 10 et 19 ans, elle a fait plusieurs fois campagne en faveur de la chasteté des adolescents. Les médias rapportent les propos scandaleusement moraux qu’elle tenait à 15 ans. Elle en a 41. Mais on ne va pas critiquer les médias, pour une fois qu’ils ne se laissent pas engloutir par l’obsession de l’actualité. Christine est célibataire sans enfant. L’investigation n’arrive pas à en dire plus. La conclusion qui s’impose est qu’elle doit avoir de sérieux problèmes psychologiques. D’ailleurs, la moindre photo d’elle le prouve sans équivoque.  

 

Ses relations avec le fisc sont  épineuses (il aime beaucoup  la contrôler, la redresser, et elle ne l’aime pas ; elle prétend qu’elle a payé mais suppose qu’il y a eu des problèmes d’ordinateur ; le fait est qu’elle a remboursé). Tout a été passé au peigne fin. On en a parlé pendant des semaines. Ses diplômes universitaires ont été contestés. Vérification faite, il s’avère qu’elle n’a pas reçu ses diplômes, durant dix ans, parce qu’elle a laissé impayée, pendant longtemps, une dette envers l’université où elle avait étudié et elle n’a fini par le faire qu’à travers une saisie sur salaire. Elle n’a pas pu faire face, non plus, aux échéances de son emprunt pour payer sa maison.

 

Ce portrait, note le New York Times, ou cette caricature, l’ont curieusement rendue sympathique à l’électeur. Comme elle, beaucoup de gens ont perdu leur maison, faute de pouvoir rembourser leur emprunt. Comme elle, beaucoup ont eu du mal à payer leurs études ou celles de leurs enfants. Et puis, de plus en plus de gens pensent que la plupart des politiciens sont caractériels. Si Christine l’était aussi, elle ne présenterait en cela pas de signe trop distinctif.  

 

Selon les mêmes journaux (Washington Post, New York Times, etc.), l’establishment républicain a tout fait pour faire battre Christine O’ Donnell. Il ne lui a pas donné un sou, sauf le maximum possible, une fois qu’elle a été nominée. Des leaders républicains de premier plan (tel Karl Rove, l’ancien directeur des campagnes de G. Bush II) ou locaux (tel le grand cacique du parti en Delaware) l’ont publiquement déclarée inapte à être élue et traitée de déséquilibrée (« nutty »).  

 

Le Washington Post observe que Karl Rove n’a jamais montré une telle agressivité envers aucun de ses opposants démocrates. Cela ne prouve pas de Karl Rove n’ait pas raison, au sens où ce choix va peut-être coûter la victoire aux Républicains en novembre, dans le Delaware. Et le basculement de la majorité au Sénat peut tenir à une voix. Mais cette acrimonie est sans doute le signe que quelque chose de plus est ici en jeu. 

 

En tout cas, voilà (aussi) ce que sont le pouvoir et la politique. Il faut le dire aux jeunes. Il faut leur dire aussi que cette dureté n’est pas en tout négative. Un leader politique doit être assez fort pour pouvoir résister à de fortes pressions. La compétition n’est pas en elle-même une mauvaise chose. Si elle est très dure, les élections seront sélectives de caractères trempés. 

 

   

Parler du "Pouvoir" en famille (1). Lettre d'Amérique n° 5

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Mise à jour le Mercredi, 22 Septembre 2010 20:50 Écrit par Henri Hude

Annapolis, Maryland, 17 Septembre 2010. Les parents qui ont des jeunes en terminale ont retrouvé depuis peu les plaisirs et soucis des cours de philosophie, qu’ils avaient oubliés depuis vingt ou vingt-cinq ans. Je voudrais les aider, tout simplement, à philosopher en famille, avec leurs jeunes – et, aujourd’hui, sur le thème du pouvoir.  Pour être concret, je vais commenter, d’un point de vue assez philosophique, le processus électoral en cours aux Etats-Unis.   

 

Importance des élections dans la vie des Démocraties  

 

Aux USA, c’est la mi-course pour les élections de mi-mandat, qui auront lieu dans sept semaines. En dépendent le contrôle des deux chambres du Congrès, et l’attribution d’une infinité de mandats locaux. A l’intérieur des deux grands partis, les primaires viennent juste de s’achever. Les partis se regroupent autour de leurs candidats investis, avant le choix décisif entre les élus de chaque parti, dans sept semaines.  

Pour faire comprendre aux jeunes combien les élections sont importantes, je suggère de leur faire observer combien la vie serait différente pour eux, s’ils avaient pour parents les parents de l’appartement d’à côté ; ou si leurs parents se mettaient soudain à penser et à agir selon les mêmes principes que les parents d’à côté.  

 

Bien sûr, les chefs politiques ne sont pas comme des parents. On peut en changer. Cette petite remarque, qu’ils ne manqueront pas de faire, ou que vous ferez, va loin.

 

Aristote commence d’ailleurs par là dans sa Politique. Il est juste d’en dire un mot, c’est la clé de tout.  La Politique – voilà un bon livre à faire lire à vos jeunes. (En plus si vous le lisez vous-mêmes, vous comprendrez et trouverez cela intéressant. Certains passages vous surprendront, aussi bien qu’eux, notamment sur l’esclavage. Ce sera une occasion de plus pour entamer le dialogue.)   

 

Economique et politique  

 

Le « pouvoir » est un mot vague, tant qu’on ne voit pas ce qu’il désigne : l’organe central d’une communauté politique qui s’organise autour de lui, parfois à côté de lui, quelquefois contre lui.  

 

Il y a donc deux types fondamentaux de pouvoir, parce qu’il y a deux communautés humaines fondamentales : la famille et la cité – la société, la communauté politique. Je m’explique.  

 

La famille, en grec, c’est l’oikos ou l'oikia; la cité, c’est la polis. De là la différence fondamentale entre les deux ordres : l’économique (l’oikonomique) et le politique. Mais la famille, oikos, oikia, c’est bien plus que "Papa, Maman et moi". La grande faiblesse de nos "sciences sociales", et de notre philosophie politique, c’est le trop fréquent oubli de la famille. Du coup, les concepts ordinaires d’économique et de social ne correspondent plus aux distinctions du réel et n’en font plus voir l’articulation.  

 

Pourtant, si vous vous posez à Washington, un jour sans nuage, vous voyez de loin toutes ces maisons des gens, des familles, et aussi tout un tas d’immeubles de bureaux, de lieux de production, de centres commerciaux, un trafic routier – tout cela, c’est l’économique : les ménages, leur industrie, leur ressource ; et puis vous apercevez le Capitole et même, beaucoup plus petite, la Maison blanche – et cela, c’est le politique, le régulateur de l’économique, au sens le plus large. Et vous voyez que les deux sont inséparables.  

 

Aristote a raison de noter que toute l’organisation sociale (et le pouvoir au-dedans d’elle) se comprend à partir du buissonnement de la vie : couple, famille, clan, tribu, puis mélange entre les tribus, solidarités nouvelles, locales et de classe : ainsi naît la cité et enfin, dans la cité, pour réguler son grouillement vivant de clans, d’associations et d’entreprises, le pouvoir politique proprement dit. Il administre le bien commun d’une cité. Tout ce qui relève de l’entreprise, ou de l’association, est en réalité une extension de la famille, au sens d'oikos.

 

On parle souvent de « privé » par opposition à « public », mais là encore ces concepts juridiques, qui ne sont pas sans valeur, effacent le réel et le rendent souvent peu intelligible. L’ordre économique, oikonomique, ce sont les familles, leur buissonnement démographique, leurs liens de parenté, leurs liens associatifs et leur dynamisme créatif. Le politique, c’en est la régulation.   

 

Le Pouvoir et l’Etat 

 

 Il y a donc deux pouvoirs : 1° le pouvoir dans les diverses sphères de l’ordre oikonomique et 2° le pouvoir dans l’ordre politique. Ce dernier pouvoir est celui auquel on se réfère le plus souvent quand on parle sans autre précision du « pouvoir ».  

 

Quand ce pouvoir établit un ordre rationnel de lois, et s’y soumet lui-même, constamment, on parle d’Etat. Un pouvoir cruel et capricieux inspire la peur et le repliement.

 

Le raisonnement juridique, utilisé dans l’administration rationnelle de la justice, apprend à aller des faits aux lois et des lois aux faits, à apporter les preuves relatives aux faits, aux lois et à leurs rapports.

 

Il va de pair avec une discussion décente où la liberté se définit par le respect de  la vérité et de la justice.

 

Ainsi, peu à peu, par une intériorisation géniale, la vie sous l’Etat révèle à l’esprit son pouvoir de penser comme logique ; et par une projection non moins géniale, la vie sous l’Etat révèle soudain à ce même esprit humain le monde comme une sorte de cité régie par des lois établies par un Pouvoir qui est Esprit et qui est juste. 

 

Ainsi l’Etat, la logique de notre esprit, la rationalité de l’univers, la spiritualité de Dieu sont choses vont ensemble. L’Esprit organise toute chose, comme le disait Anaxagore, le maître de Périclès, qui fit rayonner d’Athènes sur le monde entier les feux de la raison.   

 

Barbares et civilisés   

 

La différence entre les civilisés et les barbares est donc objective : c’est la présence ou l’absence d’Etat et de la raison méthodique qui tend à aller avec.  

 

La civilisation, c’est la civis-lisation, le processus de devenir civis, citoyen, c'est-à-dire membre d’une cité, c’est le processus par lequel une communauté, au lieu d’être uniquement oikonomique, devient politique, devient logique et raison.  

 

C’est objectivement une supériorité. Le barbare intelligent, c'est celui qui le comprend et donne à la civilisation une sève nouvelle. Exemple: les Francs, qui ont marqué l'histoire. Les Vandales ont détruit et ont disparu.

 

Le civilisé doit éviter le complexe de supériorité. Car  si l’Etat oublie le réel, si les civilisés oublient la famille, si la raison oublie la vie, tout se dessèche et la civilisation retombe, à cet égard, en dessous des barbares.

 

La civilisation disparaît alors, comme une superstructure mortifère, et le genre humain, libéré de coquilles étouffantes, repart du pied, c'est-à-dire de la famille. Et petit à petit, on rebâtit une organisation politique, des Etats, etc. L’histoire de l’Europe au cours de ce qu’on appelle le Moyen-âge, n’est rien d’autre qu’un tel nouveau départ après la fin de l’empire romain, facilité, il est vrai, par la préservation d’espaces de culture classique et chrétienne, grâce aux monastères.     

 

Il est très difficile à la plupart d’entre nous d’avoir une activité intellectuelle ou spirituelle sans que celle-ci prenne appui sur cette sorte d’incorporation des idées et valeurs dans des institutions et des pratiques sociales, où en même temps elles s’expriment. C’est pour cela que la culture est l’âme de l’économique aussi bien que du politique ; et que les institutions et pratiques sociales sont le corps de la culture.  

 

La culture, la vie de l’esprit, est la troisième grande sphère de l’humain. Mais elle n’existe pas, elle non plus, séparée de deux précédentes. Au pouvoir oikonomique et au pouvoir politique, il faut donc ajouter le pouvoir culturel : la faculté personnelle ou organisée d’influencer les esprits et les cœurs, de donner des principes et des règles au libre vouloir. Telles sont les espèces du pouvoir. Il n’y en a pas d’autre. Et aucune des trois n’est semblable aux deux autres.

 

 

 

   

Sur les traces de Tocqueville. Lettre d'Amérique, 4. Que faire face à l'échec scolaire ?

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Mise à jour le Mercredi, 22 Septembre 2010 20:51 Écrit par Henri Hude

Annapolis, Maryland, 17 Septembre 2010. Les parents qui ont des jeunes en terminale ont retrouvé depuis peu les plaisirs et soucis des cours de philosophie, qu’ils avaient oubliés depuis vingt ou vingt-cinq ans. Je voudrais les aider, tout simplement, à philosopher en famille, avec leurs jeunes – et, aujourd’hui, sur le thème du pouvoir.  Pour être concret, je vais commenter, d’un point de vue assez philosophique, le processus électoral en cours aux Etats-Unis.   

 

Importance des élections dans la vie des Démocraties  

 

Aux USA, c’est la mi-course pour les élections de mi-mandat, qui auront lieu dans sept semaines. En dépendent le contrôle des deux chambres du Congrès, et l’attribution d’une infinité de mandats locaux. A l’intérieur des deux grands partis, les primaires viennent juste de s’achever. Les partis se regroupent autour de leurs candidats investis, avant le choix décisif entre les élus de chaque parti, dans sept semaines.  

 

Pour faire comprendre aux jeunes combien les élections sont importantes, je suggère de leur faire observer combien la vie serait différente pour eux, s’ils avaient pour parents les parents de l’appartement d’à côté ; ou si leurs parents se mettaient soudain à penser et à agir selon les mêmes principes que les parents d’à côté.  

 

Bien sûr, les chefs politiques ne sont pas comme des parents. On peut en changer. Cette petite remarque, qu’ils ne manqueront pas de faire, ou que vous ferez, va loin.

 

Aristote commence d’ailleurs par là dans sa Politique. Il est juste d’en dire un mot, c’est la clé de tout.  La Politique – voilà un bon livre à faire lire à vos jeunes. (En plus si vous le lisez vous-mêmes, vous comprendrez et trouverez cela intéressant. Certains passages vous surprendront, aussi bien qu’eux, notamment sur l’esclavage. Ce sera une occasion de plus pour entamer le dialogue.)   

 

Economique et politique  

 

Le « pouvoir » est un mot vague, tant qu’on ne voit pas ce qu’il désigne : l’organe central d’une communauté politique qui s’organise autour de lui, parfois à côté de lui, quelquefois contre lui.  

 

Il y a donc deux types fondamentaux de pouvoir, parce qu’il y a deux communautés humaines fondamentales : la famille et la cité – la société, la communauté politique. Je m’explique.  

 

La famille, en grec, c’est l’oikos ou l'oikia; la cité, c’est la polis. De là la différence fondamentale entre les deux ordres : l’économique (l’oikonomique) et le politique. Mais la famille, oikos, oikia, c’est bien plus que "Papa, Maman et moi". La grande faiblesse de nos "sciences sociales", et de notre philosophie politique, c’est le trop fréquent oubli de la famille. Du coup, les concepts ordinaires d’économique et de social ne correspondent plus aux distinctions du réel et n’en font plus voir l’articulation.  

 

Pourtant, si vous vous posez à Washington, un jour sans nuage, vous voyez de loin toutes ces maisons des gens, des familles, et aussi tout un tas d’immeubles de bureaux, de lieux de production, de centres commerciaux, un trafic routier – tout cela, c’est l’économique : les ménages, leur industrie, leur ressource ; et puis vous apercevez le Capitole et même, beaucoup plus petite, la Maison blanche – et cela, c’est le politique, le régulateur de l’économique, au sens le plus large. Et vous voyez que les deux sont inséparables.  

 

Aristote a raison de noter que toute l’organisation sociale (et le pouvoir au-dedans d’elle) se comprend à partir du buissonnement de la vie : couple, famille, clan, tribu, puis mélange entre les tribus, solidarités nouvelles, locales et de classe : ainsi naît la cité et enfin, dans la cité, pour réguler son grouillement vivant de clans, d’associations et d’entreprises, le pouvoir politique proprement dit. Il administre le bien commun d’une cité. Tout ce qui relève de l’entreprise, ou de l’association, est en réalité une extension de la famille, au sens d'oikos.

 

On parle souvent de « privé » par opposition à « public », mais là encore ces concepts juridiques, qui ne sont pas sans valeur, effacent le réel et le rendent souvent peu intelligible. L’ordre économique, oikonomique, ce sont les familles, leur buissonnement démographique, leurs liens de parenté, leurs liens associatifs et leur dynamisme créatif. Le politique, c’en est la régulation.   

 

Le Pouvoir et l’Etat 

 

 Il y a donc deux pouvoirs : 1° le pouvoir dans les diverses sphères de l’ordre oikonomique et 2° le pouvoir dans l’ordre politique. Ce dernier pouvoir est celui auquel on se réfère le plus souvent quand on parle sans autre précision du « pouvoir ».  

 

Quand ce pouvoir établit un ordre rationnel de lois, et s’y soumet lui-même, constamment, on parle d’Etat. Un pouvoir cruel et capricieux inspire la peur et le repliement.

 

Le raisonnement juridique, utilisé dans l’administration rationnelle de la justice, apprend à aller des faits aux lois et des lois aux faits, à apporter les preuves relatives aux faits, aux lois et à leurs rapports.

 

Il va de pair avec une discussion décente où la liberté se définit par le respect de  la vérité et de la justice.

 

Ainsi, peu à peu, par une intériorisation géniale, la vie sous l’Etat révèle à l’esprit son pouvoir de penser comme logique ; et par une projection non moins géniale, la vie sous l’Etat révèle soudain à ce même esprit humain le monde comme une sorte de cité régie par des lois établies par un Pouvoir qui est Esprit et qui est juste. 

 

Ainsi l’Etat, la logique de notre esprit, la rationalité de l’univers, la spiritualité de Dieu sont choses vont ensemble. L’Esprit organise toute chose, comme le disait Anaxagore, le maître de Périclès, qui fit rayonner d’Athènes sur le monde entier les feux de la raison.   

 

Barbares et civilisés   

 

La différence entre les civilisés et les barbares est donc objective : c’est la présence ou l’absence d’Etat et de la raison méthodique qui tend à aller avec.  

 

La civilisation, c’est la civis-lisation, le processus de devenir civis, citoyen, c'est-à-dire membre d’une cité, c’est le processus par lequel une communauté, au lieu d’être uniquement oikonomique, devient politique, devient logique et raison.  

 

C’est objectivement une supériorité. Le barbare intelligent, c'est celui qui le comprend et donne à la civilisation une sève nouvelle. Exemple: les Francs, qui ont marqué l'histoire. Les Vandales ont détruit et ont disparu.

 

Le civilisé doit éviter le complexe de supériorité. Car  si l’Etat oublie le réel, si les civilisés oublient la famille, si la raison oublie la vie, tout se dessèche et la civilisation retombe, à cet égard, en dessous des barbares.

 

La civilisation disparaît alors, comme une superstructure mortifère, et le genre humain, libéré de coquilles étouffantes, repart du pied, c'est-à-dire de la famille. Et petit à petit, on rebâtit une organisation politique, des Etats, etc. L’histoire de l’Europe au cours de ce qu’on appelle le Moyen-âge, n’est rien d’autre qu’un tel nouveau départ après la fin de l’empire romain, facilité, il est vrai, par la préservation d’espaces de culture classique et chrétienne, grâce aux monastères.     

 

Il est très difficile à la plupart d’entre nous d’avoir une activité intellectuelle ou spirituelle sans que celle-ci prenne appui sur cette sorte d’incorporation des idées et valeurs dans des institutions et des pratiques sociales, où en même temps elles s’expriment. C’est pour cela que la culture est l’âme de l’économique aussi bien que du politique ; et que les institutions et pratiques sociales sont le corps de la culture.  

 

La culture, la vie de l’esprit, est la troisième grande sphère de l’humain. Mais elle n’existe pas, elle non plus, séparée de deux précédentes. Au pouvoir oikonomique et au pouvoir politique, il faut donc ajouter le pouvoir culturel : la faculté personnelle ou organisée d’influencer les esprits et les cœurs, de donner des principes et des règles au libre vouloir. Telles sont les espèces du pouvoir. Il n’y en a pas d’autre. Et aucune des trois n’est semblable aux deux autres.

   

Sur les traces de Tocqueville, 3. Encore sur l'islam et la liberté religieuse

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Mise à jour le Mercredi, 22 Septembre 2010 20:46 Écrit par Henri Hude

 

Obama sur la corde raide 

 

Le Washington Post du 11 Septembre 2010 décrit la date d’aujourd’hui comme « A challenge for Obama ». Et le gros titre de la page 4 insiste : « Obama sur la corde raide pour l’anniversaire du 9/11 ». Scott Wilson y donne une analyse convaincante de la situation, même si l’explication n’est peut-être pas complète. La voici :  

 

En tant que chef d’une nation en guerre en Afghanistan, et de ses Forces armées, le Président américain doit justifier le conflit où s’est engagée (avant lui) l’Amérique, mais surtout il doit justifier le triplement des forces américaines que lui-même a ordonné – ce qui l’oblige a souligner la persistance du danger islamiste.  

 

Par contre, en tant que responsable ultime de la diplomatie US, et de son approvisionnement énergétique, il souhaite faire, comme d’ailleurs son prédécesseur, une claire distinction entre l’islam en général et l’islamisme extrémiste d’Al-Qaïda. Autrement, ce serait avec l’islam en général que l’Amérique serait en guerre.  

 

Tenir le milieu du chemin entre ces deux exigences n’est pas toujours chose facile. La plus grande difficulté, pour ce faire, vient de l’intérieur du pays.   

 

Le message d’Obama concernant l’islam 

 

En effet, cette distinction entre l’islamisme et l’islam n’a de sens que si ce dernier  peut être reconnu comme une religion susceptible d’accepter la coexistence pacifique avec les autres, dans des sociétés où existe une vraie liberté religieuse. G. Bush II pouvait soutenir que tel était le cas, quelle que fût par ailleurs son intime conviction. B. Obama soutient lui aussi que tel est le cas, et c’est sans doute son intime conviction. Et c’est pourquoi, au Caire, ou depuis l’East Room de la Maison blanche, « il a appelé les Américains à célébrer l’islam comme une religion pacifique dont les membres apportent une grande contribution à la société US. » (page A4, c.1).  

 

Le sens de ces déclarations doit être bien compris. Vendredi dernier, rappelle S. Wilson, Obama a encore fait profession de christianisme : « Je m’appuie fortement sur ma foi chrétienne », a-t-il ainsi déclaré (« I rely heavily on my Christian faith »). Son attachement à la liberté religieuse s’inscrit, affirme-t-il, au cœur d’une vision démocratique religieuse : « Aussi longtemps que je serai Président des Etats-Unis, je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour rappeler au peuple américain que nous sommes « une nation sous Dieu » (« One Nation under God ») et nous pouvons bien le nommer différemment, nous restons tout de même une nation. »   

 

Voici donc sa position en résumé : la distinction entre islam et islamisme est essentielle pour la politique extérieure de l’Amérique ; elle doit être tenue pour valable et d’ailleurs elle l’est ; les implications en politique intérieure doivent donc être tolérées et plus encore embrassées avec confiance et ardeur ; l’islam a donc le même droit que toutes les autres religions (c'est-à-dire en fait le même droit que toutes les dénominations chrétiennes) à la liberté religieuse aux Etats-Unis ; et il a le même droit d’y apporter la contribution de sa différence spécifique que, mettons, le Christianisme et les Lumières, à l’intérieur d’un cadre de liberté religieuse, ce qui est possible, puisque ce dernier n’est pas en contradiction avec sa nature essentielle.  

 

On pourrait ajouter que pour le Président américain, l’évolution de l’islam, sa « Réformation », qui est certainement un des grands desseins de la politique US, ne peut être obtenue que si cette politique de tolérance envers l’islam est maintenue avec constance et fermeté.  

 

Telle est la position du Président Obama. Son problème, c’est que ce message passe mal, et de plus en plus mal, auprès du peuple américain.  

 

La crise de confiance 

 

Tous les sondages indiquent que ce peuple a de moins en moins confiance dans l’islam en général, comme s'il ne croyait pas que l’islam puisse être réellement commensurable au Christianisme et aux Lumières, ni qu’il puisse apporter (sauf transformation radicale) une contribution significative comparable, à la culture politique d’une société libre.

 

Pourquoi le croit-il ? Pourquoi a-t-il envie de le croire ? Pourquoi les élites libérales ont-elles envie de croire le contraire ? Et, last but not least, que croire avec raison, en cette matière ? La tentative de réponse à ces questions nous placerait sans doute au centre de la culture vivante de l’Amérique d’aujourd’hui.  

 

Ce qui paraît certain, c’est qu’en se mettant en porte à faux avec son peuple sur une question que ce dernier ressent comme vitale, centrale et explosive, le Président Obama est en train de perdre la confiance du peuple qui l’a élu.   

Le dernier sondage ABC News/Washington Post réalisé ce mois donne presque 50% d’Américains ayant une opinion défavorable de l’islam. C’est le taux le plus élevé depuis septembre 2001.  

 

Un pourcentage croissant estime que la position d’Obama vise à servir ses intérêts politiques personnels, compte tenu de ses origines (« they view Obama’s message as self-serving, reflecting public doubts about his background »).  

 

Les sondages pour les élections de mi-mandat sont presque toujours défavorables au parti en place, mais cette fois ils sont alarmants, à hauteur de 40/52, dans un système électoral bipartisan à un tour. Il n’est pas impossible qu’ils soient un peu gonflés, pour donner l’impression, après les résultats, que le raz de marée prévu ne s’est pas produit et que l’électeur a finalement épargné le parti présidentiel.   

 

La situation est tout de même très spéciale. En page 12A de USA Today, en date du 9 septembre 2010 : « Un récent sondage Newsweek a révélé que 20% des Américains croient que « beaucoup » ou « la plupart » des Musulmans américains sont des supporters d’Al Qaïda ; que 24% croient que le Président Obama est musulman ; et, ce qui est frappant, le sondage nous apprend qu’une majorité de Républicains (52%) croient qu’Obama veut étendre la charia – la loi islamique – à travers le monde. En d’autres termes, ils croient que le Président des Etats-Unis est en train d’aider un ennemi. »

 

Voilà ce qu’écrit un journal modéré dans un article sans prétention essayant de lister les faits.  On admettra qu’il s’agit là d’une situation politique peu courante. B. Obama a d’ailleurs déclaré hier que son pays devait « se garder des peurs, des suspicions et des divisions ».  Le Président Obama semble avoir perdu l’initiative politique. Le charisme est intact, mais le charme n’agit plus. C’est la destinée commune des chefs démocratiques, surtout de nos jours, compte tenu du degré accru d’irrationalité médiatique.

 

Indépendamment de la fortune politique du Président américain, ou de la faiblesse du pouvoir en démocratie non durable, il est clair que la question religieuse est devenue centrale aux Etats-Unis.  La question des jobs est très importante elle aussi, mais tout le monde est prêt à admettre qu’il n’y a pas de solution miracle et qu’aucun parti ne détient le secret de la panacée. Le problème de l’islam devient un révélateur des questions fondamentales des Etats-Unis, au moment où il devient de plus en plus clair qu’il y a lieu d’envisager une refondation du modèle, pour redonner sa crédibilité au rêve américain, ou, plus largement, au rêve démocratique. Cette refondation devrait d’ailleurs se faire aussi en Europe, et en liaison avec l’Europe.  

 

   

Sur les traces de Tocqueville, 2 - Questions sur la liberté religieuse

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Mise à jour le Mercredi, 22 Septembre 2010 20:49 Écrit par Henri Hude

 Dans cette seconde lettre d’Amérique, à la veille du 11 Septembre 2010, plutôt que de vous exposer des idées, je voudrais proposer une sorte de revue de presse, et partager ce qui m’a forcé à la réflexion.  

 

Polarisation sur les questions religieuses et tensions autour de l’islam 

 

La polarisation sur les questions religieuses a marqué ici les jours qui viennent de s’écouler. Mais cette fois, c’est de l’islam qu’il a été question.

 

Je ne rappellerai pas ce que tout le monde sait: sur fond d’une controverse au sujet de la construction d’une mosquée près du site du WTC, voici qu’a surgi l’étonnante affaire du Pasteur Jones, qui voulait brûler des Corans pour l’anniversaire du 11 Septembre 2001.  

 

Ces deux éléments très médiatisés font partie d’un plus vaste  ensemble. Comme le rappelle USA Today, 9 Septembre 2010, il y a « à travers les USA, une tension croissante autour de l’islam » .

 

Il y eut ainsi, déjà, en 2009, l’affaire d’une "jeune fille, Rifqa Bary, agée de 16 ans, convertie au christianisme, et qui avait fui en Floride, abandonnant le domicile familial de sa banlieue de Colombus, Ohio, parce que, argumentait-elle, elle croyait que ses parents en voulaient à sa vie à cause de sa conversion. Quand le juge ordonna son retour en Ohio, la cour était entourée des douzaines de sympathisants de la jeune fille."  

 

Plus récemment, le 24 août 2010, à New York, un jeune homme de 21 ans, Michael Enright, a agressé un chauffeur de taxi. Ce dernier soutient que l’agresseur lui aurait demandé s’il était musulman et l’aurait frappé pour ce motif. Le FBI enquête aussi sur un incendie criminel sur le site d’une mosquée en construction à Murfreesboro, Tennessee.  

 

Ma première lettre d’Annapolis était déjà consacrée aux questions morales et religieuses, parce que je les crois cruciales aujourd’hui, dans toutes les démocraties, et, plus encore qu’ailleurs, aux Etats-Unis. Il y a dix ou quinze ans, à propos du néo-conservatisme américain, on a parlé d’une révolution morale. Je me demande s’il ne faudrait pas aujourd’hui parler d’une révolution religieuse.  

 

De cette révolution, je ne suis pas sûr que les médias français prennent la mesure. Récemment, Glenn Beck, une célébrité télévisuelle très engagée, a parlé dans un immense meeting de « rappeler la nation à Dieu » (« to call nation back to God »). Et il n'a fait rire personne. Les courriers de lecteurs se contentent de rapporter les commentaires pour et contre.   

 

Le curé de Saint Frederick (Maryland) et la construction des mosquées 

 

On trouve en Amérique des idées et des sentiments qu’on ne trouverait pas en France, parce que les expériences historiques sont si différentes. L’histoire du catholicisme français est celle d’une religion d’Etat qui a été désétablie. L’histoire du catholicisme américain est celle d’une minorité humiliée qui a fini par gagner sa place et sa respectabilité, mais sans oublier les avanies qu’elle a dû subir. De là des différences de réactions face à l’islam – encore qu’il n’y ait pas, sur ce point, unanimité chez les catholiques américains non plus.  

 

Qu’on lise, par exemple, un article paru dans le numéro du Catholic Standard du 2 Septembre 2010 (pp.2 & 12). Mis en page sous la photo de l’archevêque Donald Wuert, il est écrit par l’abbé Peter Daly, curé de la paroisse Saint John Vianney, à Prince Frederick, à mi-chemin entre Washington et Annapolis.                                             

 

« Les catholiques opposés à la construction de mosquées à New York devraient se rappeler notre propre arrivée troublée sur les rives des Etats-Unis. 

 

« Au long du 19ème siècle, des foules en colère brûlèrent des églises catholiques dans les principales villes à travers tout le Nord-Est, y compris à New York. (…)  

 

« Dans les années 1830 et 1840, le Know Nothing Party répandit de viles rumeurs à l’encontre des Catholiques, incitant des populaces à brûler des églises catholiques et des couvents.  

 

« En 1834, une foule menée par les Know Nothing brûlèrent le couvent des Ursulines à Charlestown, Massachusetts. La police locale et les pompiers se contentèrent de regarder, donnant leur tacite approbation. Les sœurs et leurs élèves furent obligées de sauver leurs vies en fuyant dans les bois.  

 

« Après l’incendie, l’évêque du lieu, considérant que l’inaction de la police devant les incendiaires équivalait à une approbation par l’Administration, demanda à l’Etat de Massachusetts le remboursement des dommages. Une commission de la législature de l’Etat répondit  que « Les catholiques, reconnaissant comme ils le font, la suprématie d’un pouvoir étranger (= le pape !) ne peuvent pas réclamer de protection en tant que citoyens de la communauté. » (sic) 

 

« Dans les années 1850, les journaux newyorkais multiplièrent les éditoriaux contre la construction de la cathédrale saint Patrick, sur la 5ème Avenue. Elle blessait leur sensibilité. (…) Nous avons été ce qu’ils sont aujourd’hui. (…) La sensibilité n’est pas mentionnée dans la Constitution U.S.. La liberté religieuse l’est. (…) Au vu de notre passé, nous devrions être les plus forts défenseurs de la liberté religieuse. »  

 

Ce texte, à coup sûr, ne manque pas de vigueur.  Il appellerait de nombreux commentaires. Peut-être viendront-ils de vous.

   

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