Henri Hude

Lettre d'Amérique n° 12 (d). Le marché politique et les médias. L'éclatement d'une bulle médiatique

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Mise à jour le Jeudi, 14 Octobre 2010 20:55 Écrit par Henri Hude

Ou bien les médias, ou bien la raison ?


 
Les médias (et semble-t-il de toutes tendances) commentent les actes du président de telle manière que, si on les croit, on ne peut se défendre de l’idée que le président a perdu la main, autant qu’il a perdu l’initiative. Mais que vaut cette unanimité ?

 
Exprime-t-elle la volonté de puissance unanime des médias ? Ou reflète-t-elle la maladresse soudaine d’un démagogue qui décroche, d’un aventurier chanceux que la chance abandonne, d’un ambitieux de haut vol qui se casse le cou, incapable de faire correctement le difficile travail d’une très haute fonction à laquelle il n’aurait jamais dû aspirer, et à laquelle on n’aurait jamais dû l’élire ?

 
Une démocratie durable se caractérise par un marché politique efficient, qu’il est impossible de confondre avec un cirque ou un casino, un théâtre, ou un hippodrome. Pour que le marché politique sanctionne et trie, évalue et élimine, contrecarre par sa logique et ses automatismes l’excès d’arrivisme partisan, ou l’emballement de l’opinion, il faut certainement réformer le business médiatique.

 

Quand vous avez perdu la faveur, rien ne vous profite

 

Il y a deux semaines, Barack Obama a fait le procès des médias. Mais pour être crédible dans la critique du système médiatique, il faudrait ne pas en avoir joué le jeu et ne pas en avoir tiré autant de profits. Il ne faudrait pas se mettre à contester la règle en mauvais joueur, au moment où l’on ne gagne plus. Depuis qu’il les a attaqués, les médias sont sur lui avec de plus en plus d’audace.

 
Il y a une semaine, les démocrates ont cessé de défendre leur bilan et leurs idées, pour adopter une stratégie plus agressive, mais sommaire : eux sont le parti des maigres, les républicains le parti des gros, de Wall Street, du big business. Cette rhétorique est tombée à plat, précisément parce que lors des primaires, les conservateurs ont voté contre Wall Street et pour désigner des candidats représentant beaucoup plus les couches moyennes, le petit business et les jobs. Ces gens, inexpérimentés, non médiatiques, et dont les médias se moquent souvent, inspirent confiance au peuple, qui va les élire, contre les médias. Et une classe moyenne sensée fait infiniment plus confiance au petit patron qu’au grand journaliste.

 
Il y a deux ou trois jours, enfin, le président a lancé une nouvelle offensive. Les candidats républicains seraient financés par de l’argent étranger (russe ou chinois…). Il n’y a pour l’instant aucune preuve de ces allégations. Certains soulignent que le président devient « pathetic ». Au lieu de laisser faire (à la rigueur) ce genre de travail par des sbires, il paye de sa personne et y perd sa stature. De toute façon, quand avec 9,6% de chômeurs, une situation de l’emploi qui s’aggrave, et un déficit record, on en est réduit à désigner ses adversaires comme le parti de l’étranger, c’est probablement qu’on est au bout du rouleau. 

 

Comment juger un homme en vérité ?

 

La longue dégringolade du président Obama tient aussi à l’image qu’on se fait de sa personnalité. On lit ainsi sur le grand site RealClearPolitics.com dans un article en ligne, que je résume : « A l’exception du petit nombre des purs loyalistes, la plupart des élites politiquement engagées sont parvenues à la même conclusion : la Maison Blanche est autiste et orgueilleuse, isolée, insulaire, arrogante, dépourvue d’aptitude à persuader, ou même à vivre et coopérer avec les autres, qu’il s’agisse des membres du Congrès, des médias, des chefs d’entreprise et du business, ou des électeurs de la classe laborieuse. » 

 
Que vaut cette vue ? Cette vue est générale, prétend l’article, incluant beaucoup de responsables démocrates, que ceux-ci soient hommes d’affaires, juristes ou politiciens, anciens donateurs en 2008 et même serviteurs de l’exécutif, juste au delà du tout premier cercle – ce premier cercle qui est aujourd’hui démissionnaire. Ce qui signifie, ou que le président est forcé de se séparer de ses fidèles, ou qu’il est abandonné même par eux. Mais jusqu’à quel point est-ce vrai ?

 
Si l’on résume tant et tant de pages, de discours, d’images, on se dit presque que la seule chose qu’Obama sache réellement bien faire, c’est de tenir des meetings de masse et fasciner des foules de jeunes en leur faisant de l’émotif. On dit qu’il joue de sa voix au ton inoubliable, tellement inoubliable, et de son charisme de sympathie, tellement irrésistible, que le sens des mots n’a strictement aucune importance. Mais qu’est-ce que cela, sinon la description du produit qui correspond aux besoins du business model des médias ?

 
Obama dit aux jeunes : « Si vous ne votez pas démocrate en novembre, c’est que vous n’étiez pas sérieux quand vous avez voté pour moi. » Et tel journal conservateur sympathisant avec le Tea Party, conclut que les jeunes, après un moment de folie, sont en train de devenir sérieux. L’inflexion du ton des commentaires depuis six semaines est très sensible. On a l’impression qu’une rupture se consomme, si profondément qu’on voit mal comment il pourrait y avoir retour.

 
Malgré son impopularité croissante et malgré la faible estime pour sa compétence, beaucoup continuent (ce n’est pas contradictoire) à le trouver très sympathique. Mais s’ajoutent maintenant à tout ce qu’on a dit certains comportements de nouveau riche, qui soulèvent murmures et indignation au sein de la classe moyenne. Les gens posent des questions, qu’ils disent sans réponse : qui a payé ses études et celles de sa femme ? Pourquoi ne retrouve-t-on pas son dossier et ses notes ? Etc.

 
Tout cela, dont les gens moyens parlent entre eux, n’est peut-être que ragots, et ne se trouve pas dans la presse, laquelle ne fait allusion qu'à un goût prononcé pour le golf et pour les vacances. Les faiblesses trop humaines de l’ex-demi-dieu, si elles étaient réelles, seraient des munitions trop précieuses, pour ne pas être gardées soigneusement en réserve en vue des campagnes présidentielles à venir.
 

L’éclatement d’une bulle médiatique

 

Ce qui me frappe, en tout cela, c’est que la presse et les médias, après avoir exalté Obama comme un surhomme, le traitent désormais comme un paria. Résultat : sur le site www.RealClearPolitics.com , le titre d’un article : « Obama dans les mâchoires de la mort politique. » Dans les mâchoires des médias, assurément. Quand on explore la rubrique, le titre de l’article est plus neutre : « Pourquoi Obama perd la guerre politique. »

 
Je suis effaré par la façon dont on s’exprime sur son compte sur la radio locale, présélectionnée sur l’autoradio de la Toyota que j’ai louée. Après avoir créé et érigé l’idole, les médias se délectent à la renverser et à la pulvériser. Cela n’empêche d’ailleurs pas qu’il soit possible, aux Etats-Unis, si on le souhaite, d’avoir accès assez aisément à de l’information excellente. 

 
La question qui se pose en définitive est la suivante : « Quel est globalement le droit des médias à critiquer ainsi leur création ? » Sans eux, Barack Obama ne serait jamais sorti de l’ombre, eux dont le fonctionnement est tellement irrationnel qu’ils empêchent le fonctionnement rationnel d’une  démocratie durable.

 
On présume aujourd’hui que le président Obama n’est probablement pas l’homme qu’il faut à l’endroit où il faut, mais à qui la faute, s’il est là où il est ? A qui doit-on l’inhibition totale de l’esprit critique pendant l’année de l’élection et celle qui a suivi ? A qui doit-on la création et la diffusion instantanée d’une religion mondiale d’un dieu mortel à l’existence aussi éphémère ?

 
Bien sûr que le président Obama est une bulle politique en train d’éclater, mais que faut-il penser de la responsabilité des médias qui lui font aujourd’hui la morale, et de la tragique inefficience du marché politique ? Il y a quand même autre chose que le jeu des apparences dans la vie démocratique : des jobs à créer, une guerre qui se traîne, des gens qui y meurent. Les démocraties médiatiques ne sont pas durables. Les démocraties dureront en réformant les médias.

 

Lettre d'Amérique n° 11 (b). Economie et politique : consensus conservateur et optimisme méthodique

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Mise à jour le Vendredi, 08 Octobre 2010 06:13 Écrit par Henri Hude

 Retour au laisser-faire ?

 

L’impression qui prévaut est que l’Amérique choisit de revenir, dans une large mesure, au laisser-faire ; et le succès probable des républicains tient sans doute en partie au fait qu’ils donnent l’impression qu’il suffit de revenir à la formule qui marche pour résoudre les problèmes. On aurait bien des questions à leur poser, mais force est de constater que les démocrates, qui devraient le faire, ne les posent guère. 

 

Selon moi, le principe de jugement ne relève pas ici de la théorie économique, mais c'est le choix de la théorie économique qui est déterminé par une décision d'ordre philosophique, concernant la forme appropriée de la Démocratie. 

 

Tout se passe comme si la politique d'Obama avait franchi une ligne invisible, à partir de laquelle la Démocratie américaine, incorporant trop de social démocratie, perdrait son identité. En outre, cette social-démocratie (partagée dans une certaine mesure  par les politiciens  mainstream et professionnels des deux partis) est à la fois perçue comme semi-faillie et liée à une mentalité jugée détestable : plaintive, pessimiste, revendicative, libertine, idéologique, bureaucratique, et, pour tout dire, à la fois populacière et despotique - disons-le sans fard, une mentalité qui réunit tous les défauts de l'ancien monde, exactement ce à cause de quoi les Américains ont changé de continent et qu'ils ont en horreur. Et tous les défauts dont l'absence a fait la force de l'Amérique.

 

Une question inouïe

 

Malgré tout, une question inouïe commence à être posée : « L’Amérique va-t-elle faire faillite ? » Que la question puisse seulement se poser est un choc et une humiliation pour beaucoup d’Américains.

 

Il n’y a aucun doute que les Etats-Unis feront tout pour écarter la faillite. Or, la faillite peut toujours être évitée, si la banque centrale achète les bons du trésor, c'est-à-dire si le pays fait retour à l’inflation. C’est aussi ce dont a parlé hier Mr Ben S. Bernanke. On voit mal, à terme, ce que les Etats-Unis pourraient faire d’autre, au moins dans une certaine mesure.  

 

La question suivante est alors de savoir si le dollar dans ces conditions peut tenir le coup. L’impression qui se dégage de cette campagne est que les Américains pensent que oui. Leurs créanciers sont forcés de suivre : ils ont beaucoup plus à perdre qu’à gagner à un effondrement du dollar. Et puis, le dollar est une valeur irremplaçable pour le moment, à cause de la supériorité politique des Etats-Unis, de leur caractère démocratique et sûr, de leur puissance militaire. Ce sont le règne de la loi ("rule of law") et  l’acier de l’US Navy qui rendent le dollar "as good as gold", aussi bon que l’or. Si la crise empêchait les Etats-Unis de financer leur outil militaire, leur leadership serait en danger et, par conséquent, le dollar. Tout se tient, fait système, et les effets des causes sont eux-mêmes les causes de leurs causes. 

 

Mais les Américains sont un peuple très optimiste, qui croit que le retour à la "formule qui marche" suffira à la fois à créer des jobs et à réduire le déficit. Un peu d’inflation fera sans doute le reste. Et les créanciers suivront, faute d’avoir d’autre choix.

  

Le silence sur l’avenir de la finance mondiale

 

On ne parle guère, par conséquent, de grande réforme du système financier, et à vrai dire on ne voit pas émerger d’idées neuves. Les démocrates se vantent d’avoir réformé Wall Street et, comme si le travail de réforme était déjà fait, ils se contentent de décrier Wall Street et de montrer du doigt les républicains qui voudraient, disent-ils, détruire les sages régulations mise en place par Obama. Les Républicains parlent beaucoup contre la régulation, mais de façon assez générale.

 

En fait, je n’ai entendu personne poser la question de savoir ce que seraient l’emploi et la croissance mondiale sans l’exubérance financière des dernières décennies, que tout le monde condamne, mais que tout le monde laisse discrètement se reconstituer, faute de mieux.

  

Le silence sur l’avenir du libre échange

 

A supposer que le dollar tienne le coup, la question est de savoir quelle serait la viabilité des jobs que pourrait créer l’Amérique en revenant à sa "formule qui marche". Car sa formule inclut aussi le libre échange mondial.

 

Or la discussion électorale ne porte guère non plus sur la question de la concurrence internationale. Les démocrates « de gauche » stigmatisent le big business, qui envoie les jobs au-delà des océans (« who ships jobs overseas »).

 

Le leadership américain est lié au libre échange, et en même temps la concurrence des pays émergents détruit leur industrie à un point qui devient intolérable et finira par menacer leur prospérité et leur leadership, ensemble – puisque c’est la prospérité qui finance la force militaire, sans laquelle sans doute le dollar, clé de leur prospérité, perdrait son  crédit et les conduirait à la faillite.

 

Les démocrates de gauche penchent vers le protectionnisme. D’autres préfèrent vitupérer mezzo voce contre les Chinois, qui font du libre échange une arme de guerre économique. Et beaucoup ne disent rien du tout. 

 

La contradiction dans la position de l’Amérique est ici très profonde. Les républicains parlent beaucoup du petit et moyen business qui lutte pour créer des emplois et qu’il faut aider – les démocrates disent d’ailleurs la même chose. Mais tout cet investissement est-il viable dans des conditions de concurrence insoutenables ?

 

Or, en sens inverse, la puissance de l’Amérique est liée à celle de son big business, qui tient aussi à sa liberté d’action, laquelle vient de son caractère transnational. Alors que faire?

 

En outre, l’équilibre social repose sur la prospérité de la classe moyenne. Or le consommateur profite du prix bas des produits importés et personne n’ose dise aux gens qu’ils ne peuvent pas à la fois consommer en libre-échangistes et produire en protectionnistes.

 

 Le New Deal à rebours ?

 

En résumé, sauf énorme surprise électorale, les Etats-Unis vont voter clairement contre l’extension de la social-démocratie, voire pour sa réduction significative et pour faire retour autant qu’il se peut à la « formule qui marche ». Ce serait le New Deal à l’envers.

 

La « formule qui marche », dont je parlais dans une Lettre précédente, devra prendre en charge à la fois le retour à l’emploi, la réduction du déficit et de la dette, le financement de ce qui restera du système de protection sociale. Celui-ci sera peut-être moins réduit qu'enlevé à l'Etat fédéral, confié aux Etats et réformé à ce niveau. Car la "formule qui marche", c'est aussi une subsidiarité rigoureuse, excluant l'invasion du domaine des Etats (unis) par l'Etat (fédéral). C'est l'objet du 10ème Amendement à la Constitution des USA.  

 

Le dollar, espère-t-on, survivra, un peu asthénique, et, à la fin se redressera.

 

On ferme les yeux sur le système financier, en tolérant son exubérance irrationnelle et son instabilité, mais en espérant, faute de mieux, qu’un mélange de moralisation, de régulation raisonnable, et d’intérêt bien compris pourra éviter les pires craquements.

 

Par contre, la question des effets négatifs de la globalisation ne peut pas être traitée, car le libre-échange mondial est absolument nécessaire au leadership américain et devient impossible. C’est pourquoi le plus probable est la montée progressive de la tension avec la Chine et en Asie.

 

J’ajoute que l’écologie est absente du débat, sauf sous l’aspect de la possible création de jobs « verts », à condition que ce soient de vrais jobs, faisant partie de vrais business profitables.  

 

 

   

Lettres d'Amérique n° 11 (a). Economie : consensus conservateur et optimisme méthodique

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Mise à jour le Vendredi, 08 Octobre 2010 06:08 Écrit par Henri Hude

 Spectateur philosophe  

 

Il est extrêmement intéressant d’observer une campagne électorale, dans un pays dont vous n’êtes pas citoyen. Vous n’avez pas à vous soucier de voter, vous n’avez pas l’esprit troublé par des passions partisanes, vous n’avez qu’à essayer de comprendre.

 

La difficulté, ce n’est pas de rassembler les faits. Au siècle de l’Internet, ce n’est plus un problème, à qui veut se donner un peu de mal. Si vous aller sur RealclearPolitics.com  , vous pourrez presque assister à tous les débats importants de la campagne.  Non. La difficulté, c’est de « faire sens de tout cela », comme on dit ici, c'est-à-dire raconter l’histoire d'une manière intelligible permettant de régler l’action avec justice et prudence. Bien sûr, cela suppose une culture historique et philosophique, ainsi que des connaissances diverses.

 

C’est ce que j’essaye de faire. Vous verrez que cela jette une lumière indirecte sur nos propres problèmes en France et en Europe –  d’autant que nous sommes déterminés par ce que fera la première puissance. 

 

Les Républicains conservateurs ont l’initiative

 

Ce sont eux qui fournissent la problématique des débats. Les républicains modérés sont à la remorque et les démocrates en défense.

 

Quand ils essayent de maintenir leur propre problématique, comme Jack Conway face à Rand Paul dans la sénatoriale du Kentucky, ils donnent l’impression de perdre le contact avec le public. Quand, au contraire, ils entrent dans la problématique conservatrice et s’alignent sur le programme républicain, en arrondissant ses angles, comme John Carney face au Républicain Tea Party Glen Urquhart dans l’élection à la chambre des Représentants pour l’Etat de Delaware, ils donnent l’impression de résister beaucoup mieux.

   

Pour un Observatoire des prévisions médiatiques  

 

Mais l’important, c’est de revenir, après l’événement, sur les impressions, jugements et prévisions. Tirer des leçons, pour apprendre à mieux juger, à mieux anticiper. Les médias  le font rarement. Les sondeurs non plus.

 

Je rêve depuis longtemps d’un observatoire de la prévision médiatique. Il donnerait la comparaison systématique et attribuerait une note. Il qualifierait les facteurs des grandes erreurs manifestes. Exemple : imprévisibilité objective, aveuglement idéologique, tentative probable d’influencer l’opinion, etc. Il attribuerait ainsi une note de rationalité, non à partir d’une idée a priori de la raison, mais à partir d’une comparaison méthodique entre les prévisions et les événements. – Mais revenons aux Etats-Unis.

 

L’attention prioritaire va aux problèmes économiques

 

Ces derniers sont posés à partir du problème de l’emploi. Il faut des jobs. Comment ? En évitant toute hausse des impôts. Nombre de candidats Démocrates assurent qu’ils ne voteront pas les augmentations que demande le Président Obama. Cela rend leur élection moins improbable, mais garantit presque assurément que ces augmentations ne seront pas votées.

 

En effet, les projets votés par la Chambre des Représentants américains doivent encore être votés par 60 sénateurs (sur 100), et ne pas faire l’objet du véto présidentiel, et pour finir ne pas être déclarés inconstitutionnels par la Cour suprême à la suite de la plainte d’un citoyen accusant la loi de le priver de ses droits constitutionnels. Un tel système demande une culture du compromis, ou est voué à la paralysie par le blocage sénatorial (« filibuster »), sauf à posséder une énorme majorité.

 

Une telle culture du compromis requiert un accord de fond sur les principes de la culture politique et sur la morale. Cela aussi fait partie de la « formule qui marche ».  Nous y reviendrons.

 

1er principe : “Government does not create jobs. Business creates jobs.”

 

Les réductions d’impôt doivent servir à la fois d’incitation à la création de jobs, et de moyen pour accroître les investissements, surtout dans les petites et moyennes entreprises. Ceci fait consensus.

 

Mais, demanderez-vous, si l’on n’augmente pas les impôts, comment réduire le déficit et arrêter la croissance de la dette ?  Là encore, la réponse dominante est qu’il faut réduire les dépenses. Mais comment ?

 

Un certain accord se fait sur la lutte contre la fraude et le gaspillage. Aux Etats-Unis, ce peut aller très loin et ne pas en rester au stade des vœux pieux. Toutefois, mis à part certains réformateurs énergiques, peu de candidats vont plus loin, ou parlent de recalibrer les grandes variables dont dépendent les équilibres de la sécurité sociale, comme, par exemple, l’âge de la retraite – celle-ci d’ailleurs n’est pas obligatoire aux Etats-Unis.

 

Aucun des deux partis ne souhaite ou n’espère réduire très significativement les trois grands postes de dépense relevant de l’Etat fédéral : sécurité sociale, assurance maladie, forces armées. En Floride, le démocrate « de gauche » Kendrick Meek veut augmenter les impôts sur les riches pour réduire le monumental déficit fédéral. Mais à quatre semaines du scrutin, il n’obtient que 18% des intentions de vote.

 

Optimisme ou démagogie ?

  

Il est généralement admis que les économies ne s’élèveront pas à 10% du montant du déficit courant. En même temps, le parti Républicain crie sur tous les toits que l’augmentation de la dette est insupportable et injuste pour les générations futures.

 

Le président de la banque centrale américaine, Ben S. Bernanke, a lui aussi déclaré hier (Washington Post, 5.10.2010, page A 10), que cela ne pouvait pas durer sans mettre en danger la crédibilité de tout le système à échéance de peu d’années.

 

La fin du keynésianisme ?

  

Comment ces économies ne vont-elles pas replonger leur pays à court terme dans la dépression ? La réponse est qu’on croit dur comme fer à une relance par l’investissement et par l’offre. La prospérité et la baisse du chômage réduiront aussi le déficit et l’accroissement de la dette.

 

Les démocrates « de gauche » soutiennent les plans de relance obamiens. Les républicains déclarent que le premier plan de relance a été un échec complet (« a massive failure »), qui a produit un nombre d’emplois relativement faible : un emploi pour plus de 400.000$, disent certains. Les chiffres varient beaucoup. La majorité des démocrates ne disent pas grand-chose pour défendre le plan et ne s’engagent guère à voter le prochain plan de relance, que voudrait proposer le président Obama.

 

Telle étant la situation, le déficit ne devrait pas être sensiblement réduit, la dette devrait continuer à augmenter.

 

   

Lettre d'Amérique n° 10 (b). Pourquoi j'écris ces lettres

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Mise à jour le Vendredi, 08 Octobre 2010 05:56 Écrit par Henri Hude

 

Je termine ici ma réflexion sur le but de ces Lettres d’Amérique, en me demandant :

 

Quel est leur rapport avec mon métier, la formation morale des officiers ?

 

Le voici. Je lisais récemment, dans le Washington Post (27.9.2010, A1 et A6) une présentation du dernier livre de Bob Woodward sur les guerres d’Obama, Obama’s Wars. J’avais l’impression d’entendre, comme si j’y étais, ces pénibles délibérations du conseil de sécurité nationale, où les principaux responsables des Etats-Unis ne parvenaient pas même à se mettre d’accord, dit-il, pour articuler une réponse claire et commune aux questions les plus élémentaires : « Que faisons-nous en Afghanistan ? Que voulons-nous réaliser ? Avec quels moyens ? » Et on sent presque physiquement, dans ce récit, la tension croissante entre les civils et les militaires américains. 

 

Le métier militaire est un métier politique. Le militaire est le bras armé d’un Etat. Les conflits armés sont des désaccords politiques qui se sont aigris et sont devenus insolubles sans recours à la force. Mais le succès d’une entreprise militaire consiste en ceci qu’elle ouvre la voie à une solution politique équitable et stable. C’est un tel succès politique, qui peut seul donner son sens à une opération militaire. 

 

C’est pourquoi le plus beau génie tactique ou stratégique, le plus puissant caractère de guerrier, ne serviront pas à grand chose, en définitive, si la tête politique de l’Etat n’est pas à la hauteur.

 

L’homme d’Etat, le chef militaire et la poursuite de la paix

 

Le but de la guerre est de parvenir à la solution politique. Encore faut-il pouvoir la proposer, c'est-à-dire être capable raconter la meilleure histoire, une histoire à la fois crédible et plus juste et dans une large mesure vraie. Or, une histoire crédible de la paix future, qui conditionne le sens de la guerre présente, forme un court chapitre dans une histoire crédible des relations entre des pays et, plus largement, dans une histoire du genre humain.

 

C’est pourquoi les futurs chefs des forces d’un Etat doivent s’intéresser aux relations internationales, à l’histoire universelle et à la politique mondiale. Cela requiert de philosopher, car un affrontement politique poussé jusqu’à la guerre exprime un désaccord sur l’idée de l’homme et de la justice. Si l’on ne descend pas dans cette profondeur du conflit armé, il est impossible de raconter une histoire qui ait du sens, ou d’imaginer une suite qui en ait aussi.

 

Les formateurs des futurs chefs militaires doivent donc être des philosophes pratiques et politiques. Et donc ils doivent leur parler en même temps de la République de Platon et du New York Times.

 

C’est à cette condition que, tout en restant loyaux aux pouvoirs civils, les chefs militaires oseront rappeler aux chefs politique, qu’il serait immoral et politiquement sans objet, de faire mourir des citoyens dans des conflits impossibles à raconter et à conclure, dans des guerres sans queue ni tête. 

 

Et pourquoi les Etats-Unis ? 

 

Parce que les Etats-Unis sont encore, peut-être pour longtemps, le peuple le plus puissant. Le système du monde ne peut pas être appréhendé, si l’on ne part pas de ce centre. L’histoire du monde n’a pas de sens aujourd’hui, si l’on ne donne pas tout son relief à ce personnage central.

 

Pourquoi parler des Etats-Unis aux Européens ? Parce que l’Europe est un nain politique, qui doit devenir aussi un grand personnage. Elle est nécessaire aux US et réciproquement, s’ils veulent pouvoir raconter ensemble et bâtir ensemble un monde futur.

 

Les Etats-Unis et l’Europe, ensemble, sont nécessaires au monde. Chacun de ces deux ensembles a besoin d’une réforme profonde, politique, économique et culturelle, pour pouvoir constituer ou redevenir des démocraties durables. Aucun de ces deux grands ensembles ne peut se réformer sans l’appui de l’autre, ni sans réfléchir sur l’autre. Sans réfléchir philosophiquement. Il n’a jamais été plus nécessaire de réfléchir, philosophiquement, sur La Démocratie en Amérique.

 

C’est ainsi que les leaders Européens pourront raconter aux peuples leur histoire et pouvoir leur proposer aussi le roman sérieux du futur. C’est ainsi que prendra sens l’action des serviteurs de l’Etat, militaires ou civils.

  

Les leaders et le récit de la vie du peuple

 

Le roman du futur ne sort pas d’une seule tête. Les têtes qui semblent l’inventer se contentent en général de mettre au clair ce que le peuple et son élite sont déjà en train de penser intuitivement, sans pouvoir encore mettre des mots sur leurs intuitions.

 

Aussi, rien n’aide autant à inventer l’avenir, que d’observer – philosophiquement – combien les peuples tâtonnent, en attendant de trouver leur voie. Et c’est tout l’objet de ces Lettres d’Amérique. 

 

En résumé, un philosophe est aussi quelqu’un qui lit le journal et qui le lit en philosophe. Et c’est en lisant à la fois le journal et les classiques de la Pensée, qu’il est possible de former les futurs responsables militaires et politiques de nos Etats. C’est aussi un chemin pour réformer la cité, car si nos crises ont pour matière les problèmes de l’économie et de la politique, elles s’enracinent dans les mystères les plus profonds de la culture.

 

   

Lettre d'Amérique n° 10 (a). Pourquoi j'écris ces lettres

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Mise à jour le Vendredi, 08 Octobre 2010 05:54 Écrit par Henri Hude

 

Court examen de conscience  

 

Avant de continuer ces Lettres, je voudrais expliquer pourquoi je les écris. Est-ce un caprice ? Est-ce un devoir ? Ou encore autre chose ? Cela me force à parler un instant de moi – juste un instant.

 

1° Je suis un philosophe ;

 

2° je suis chargé de travailler à la formation morale de futurs officiers – Platon aurait dit : des futurs « gardiens » de la cité.

 

C’est un métier que Platon avait placé au cœur de sa démarche philosophique, dans son chef d’œuvre La République. Il se trouve que le cours de ce métier me conduit à passer quelques mois à l’US Naval Academy ; mes activités y ont pour centre un séminaire sur « Les nouveaux développements dans la théorie de la guerre juste ».

 

Quel rapport y a-t-il donc entre ces Lettres d’Amérique et ce qui fait mon devoir ? 

 

Quel rapport à la philosophie ? Et qu’est-ce que la philosophie ?

 

Il y a plusieurs façons de faire de la philosophie. Pour moi, elle est d’abord pratique. Elle doit nous aider à vivre, à assumer nos responsabilités, à prendre nos décisions. C’est pourquoi elle est une éthique, une économique et une politique. De ce point de vue pratique, le reste se rattache à ces éléments centraux.

 

Cette philosophie doit être réaliste, parce qu’elle est pratique, politique, et que la pratique comme la politique sont dans le réel.

 

La philosophie ne commencera donc ni par le « doute », ni par le « soupçon », ni par la « mise entre parenthèses ». Ou, si l’on préfère, elle commencera par la mise en doute de ce « doute », par le soupçon sur ce « soupçon » et par la mise entre parenthèses de toute « mise entre parenthèses ».

 

Mais comment rester réaliste ? Comment ne pas se dessécher dans la théorie, se complaire dans la technique, se noyer dans l’érudition ? En s’intéressant intensément aux sociétés réelles, à leur vie politique et à leurs histoires, aux individus, aux faits particuliers. Pour philosopher de façon pratique et réaliste, il faut donc parler de politique, et de deux façons à la fois : très concrètement et de très haut, sans séparation.

 

Entre les vérités éternelles et l’actualité  

 

Il faut que la pensée pratique et réaliste parcoure sans arrêt un circuit entre deux pôles : celui de l’histoire universelle des civilisations et des vérités éternelles, et celui des faits quotidiens qui nous environnent : ou si l’on préfère, il faut savoir faire l’aller et retour entre la République de Platon et le New York Times.

 

Voilà pourquoi, pour être un vrai philosophe pratique et politique, je dois m’intéresser intensément au lieu où je me trouve – et donc, ces temps-ci, aux Etats-Unis, et à leur vie politique, économique et culturelle. – Mais vous me demanderez peut-être : « Quel rapport avec la formation morale des officiers ? »

 

 
  

   

Parler du pouvoir en famille (4). Démocratie et religion. Lettre d'Amérique, n°9

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Mise à jour le Mercredi, 06 Octobre 2010 22:25 Écrit par Henri Hude

Un ami m’a écrit pour me demander si je n’exagérais pas l’importance de la question religieuse dans le débat et l’esprit publics américains – et peut-être, aussi, l’importance du mouvement de retour des esprits à la tradition religieuse.  Le mieux est de donner la parole aux Américains eux-mêmes, et pas à n’importe lequel. Je traduis donc le New York Times, page A 17, du mercredi 29 septembre 2010. 

 

« Nous sommes pleins de péchés (…) et n’obtenons le salut que par la grâce de Dieu » (Barack Obama, Albuquerque, 28.9.2010)  

 

Le Président Obama était avant-hier en visite et en campagne électorale de mi-mandat. Il a rencontré les étudiants de l’Université du Wisconsin-Madison, mais auparavant, il s’était adressé à d’autres auditoires, à Albuquerque, Nouveau Mexique. C’est là que, écrit le NYT :  

 

« Une femme lui demanda pourquoi il était chrétien. Il sembla accueillir la question avec plaisir, à un moment où les pontes conservateurs mettent en question la foi de Mr Obama, et à un moment aussi où les sondages montrent que beaucoup, à tort, pensent qu’il est musulman.  

 

NOTE : les « pontes conservateurs » ne sont pas les seuls ; les sondages menés pour le Pew Rearch Centre montrent que 34% des Américains pensent qu’Obama est chrétien et 18% musulman – USA Today, 7A, 29 septembre 2010). 

 

« B. Obama répondit par un long discours (j’en conserve, comme le NYT, le style parlé) : « Je suis chrétien par choix, a dit le Président. Ma famille, franchement, ce n’était pas ce genre de gens qui vont à l’église tous les dimanches. Ma mère… c’était une des personnes les plus spirituelles que j’ai connues, mais elle ne m’a pas élevé dans l’église.  « Ainsi, je suis venu à ma vie chrétienne plus tard dans ma vie, et parce que les préceptes de Jésus me disaient quelque chose (« spoke to me ») au sujet du genre de vie que je voulais mener : en me souciant activement de mes frères et sœurs, en traitant les autres comme je voudrais qu’ils me traitent. Et je pense, aussi, en comprenant que Jésus-Christ mourant pour mes péchés a parlé de l’humilité que nous devons tous avoir en tant qu’êtres humains. Que nous sommes pleins de péchés, que nous faisons des fautes et des erreurs, et que nous n’obtenons le salut que par la grâce de Dieu. »  

 

La religion dans la vie publique  

 

Cela, ce sont les faits. Maintenant, raisonnons. Le Président Obama a tenu ces propos. Le New York Times est un journal qu’on ne peut suspecter ni de falsification, ni d’excès de dévotion.  

 

On avouera que la réponse présidentielle va au-delà de la réponse passe-partout et bien ficelée qu’il aurait aisément pu faire. Elle va aussi sensiblement au-delà de ce qu’il dit sur le même sujet dans son livre The Audacity of Hope, au chapitre « Faith », « foi ». Or donc c’est de deux choses l’une. Ou bien le Président croit ce qu’il dit, ou bien il ne le croit pas. Mais dans les deux cas, il le dit.  

 

S’il croit ce qu’il dit, ce qu’on n’a a priori aucune raison de nier, alors c’est un fait que le chef de l’Etat et du gouvernement américains, au-delà de son seul intérêt politique, trouve normal de faire part à ses concitoyens de ses croyances personnelles en matière de religion. Il trouve injuste qu’on le fasse passer faussement pour musulman ou pour non chrétien. Il tient à rétablir la vérité sur un point important de sa personnalité. Il ne voit pas de raison pour ne pas le faire, y compris au cours d’une campagne électorale.   

 

Il trouve normal de le faire assez longuement, et aussi avec une certaine précision. Il ne nous fait pas part, comme pourrait faire le politicien lambda, de son attachement ému à la spiritualité en général, ou à ses souvenirs d’enfance, à une vague transcendance, ni aux valeurs judéo-chrétiennes qui ont inspiré le développement de la démocratie, etc. Il ne nous fait pas confidence de ses états d’âme, mais il « confesse », au sens de la confession de foi, sa foi en des objets de foi, tels que le péché, le salut, la valeur rédemptrice de la mort du Christ, etc. C’est un fait que cette question est un point important dans la campagne électorale en cours. S’il en est ainsi, c’est bien parce que la religion du leader est un facteur de la confiance que met en lui le public.  

 

Et si le Président Obama ne croyait pas ce qu’il dit, il le dirait au moins parce qu’il penserait que ce serait son intérêt de le dire. C’est donc bien l’intérêt d’un homme d’Etat américain, aujourd’hui, que de confesser publiquement la foi chrétienne, en des termes incluant plus et l’engageant beaucoup plus que des généralités « spirituelles » et moralisantes. C’est un fait que cette confession n’est pas de nature à lui faire du tort, politiquement, ni même à le mettre en porte à faux avec la laïcité américaine. On peut ajouter qu’interrogé sur l’avortement, Obama déclare qu’il le veut « sûr, légal et rare » (USA Today, 29.9.2010, 7A).     

 

Une démocratie religieuse  

 

La tradition américaine est celle d’une démocratie religieuse. Tocqueville l’avait déjà noté avec précision. L'homme étant un animal religieux, c’est certainement là la première raison de son exceptionnel succès historique. En fait, la laïcité américaine consiste surtout, au départ, dans l’organisation d’une coexistence pacifique entre les diverses confessions chrétiennes et les multiples « dénominations » protestantes. Les catholiques, présents aux futurs Etats-Unis depuis 1634, en furent partie prenante dès le début. Le premier évêque de Baltimore, le Jésuite John Carroll, était le cousin de Charles Carroll of Carrolton, un des signataires de la Déclation d'Indépendance américaine.

 

Bien sûr, il y avait des philosophes déistes, comme Thomas Jefferson, l’auteur de la Déclaration d’Indépendance américaine, dont les conceptions étaient plus radicales et laïcistes. (Son texte fut d'ailleurs amendé par ses collègues et quarante ans après, il ne s'en était toujours pas remis.). Mais la plupart des philosophes incroyants américains pensaient que la religion (chrétienne), assortie du non-establishment des Eglises, était politiquement utile et nécessaire à une société libre. Si vous visitez Monticello, la propriété de Jefferson, vous observerez que l’encrier du célèbre homme d’Etat est un morceau d’ivoire taillé en forme de tête de Voltaire. Mais à Mount Vernon, les tombes de George Washington et de sa femme Martha sont surmontées d’une inscription biblique éloquente : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. »   

 

Le Léviathan médiatique  

 

J’ai pu regarder en différé la scène racontée par le New York Times, sur Fox News. La présentation par Fox permet de mesurer avec précision le maximum de férocité possible dans le débat public américain, en ce moment – férocité que déplore l’ancien président Carter (USA Today, 11A, 29.9.2010).  

 

Bill O’Reilly, le présentateur vedette de Fox est assisté d’une psychologue spécialiste en langage corporel, « body language », qui est censée traduire ce que disent le visage et le corps du Président. On passe et repasse une vidéo, on s’arrête sur image, on commente chaque détail. Inutile de préciser que le corps du président, selon la spécialiste, dit le contraire de ce qui sort de sa bouche. Il méprise son auditoire, il s’ennuie pendant la question de la dame, etc.  

 

Qui peut savoir ? Les grands médias étant ce qu’ils sont, aujourd’hui, le doute méthodique est de rigueur avec eux.  

 

Radicalisations et ignorance religieuse  

 

L’ami qui m’écrivait avait tout de même raison en deux sens. D’abord, l’ignorance religieuse est monumentale. Il paraît, (si j’en crois un journal d’hier que je ne sais qui a malencontreusement embarqué, mais vous pouvez me faire confiance), que la moitié des Américains interrogés ignorent que le Dalaï Lama est bouddhiste ; que la moitié des catholiques, paraît-il, ne connaissent pas le dogme de la présence réelle ; et que les trois quarts des Protestants ne connaissent pas la justification par la foi.   

 

Ensuite, parallèlement au « retour à Dieu », se produit une radicalisation athée ou laïciste (« secularist ») dans certains secteurs de la société américaine. Mais justement, ce mouvement, dont on pourra parler, suscite désormais une réaction vigoureuse. Voyez, par exemple, du côté catholique, le livre intitulé Secular Sabotage : How Liberals are Destroying Religion and Culture in America, publié en 2009 par Bill Donohue, président de la Catholic League. Ce livre est bien exposé et il est en vente dans la librairie du principal sanctuaire de Washington, le National Shrine.

 

 

   

Lettre d'Amérique, n° 8. La formule qui marche

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Mise à jour le Mardi, 28 Septembre 2010 23:38 Écrit par Henri Hude

Annapolis, 28 Septembre 2010. Ce qui se passe aux Etats-Unis en ce moment nous concerne tous. Je ne peux pas démontrer cela a priori, mais je crois que cela deviendra progressivement évident, à mesure que les événements se développeront. Pour que leur expérience et leur pensée nous soient utiles, à nous en Europe, il importe de bien comprendre comment pensent les Américains - notamment les Américains traditionnels qui, en ce moment, dominent le débat public, ou, tout au moins, le déterminent. Je parle aussi avec d'autres, centristes ou plus libéraux - mais on ne peut pas tout regarder en même temps. Et il faut savoir laisser les questions ouvertes un temps suffisant.  

 

 

Séances de thérapie ?   

 

 

Des économistes triés sur le volet, issus des plus grandes Universités, avaient déclaré il y a six mois que la récession était terminée aux Etats-Unis. Et le Président Obama s’était félicité d’avoir jugulé la crise. Le problème, c’est que les gens sur le terrain ne voient pas la différence. 

 

C’est sur cette désillusion que les journaux (assez démagogues), ont titré unanimement, le 21 Septembre dernier, après le discours présidentiel et la séance de questions-réponses (au Newseum de Washington). Le New York Times a parlé, dans ses suppléments électroniques, d’une “séance de thérapie à l’intention de supporters désabusés” (« therapy session for disillusioned Obama’s supporters »).

  

Une crise structurelle ?   

  

Les Américains ont un taux de chômage d’environ 10%, ce qui ferait 13% ou 15% chez nous, et les prévisions ne sont pas bonnes. Chez les "Latinos", c'est 12%. Chez les Noirs, 15%. Les Américains, pour la première fois depuis longtemps, ont peur pour leurs emplois.  On leur demande (NYT, 16.9.2010, page A 20) : Mr Obama a-t-il un plan précis pour créer des jobs et résoudre les problèmes de la nation ? Presque 60 % répondent non. “Beaucoup de discours et pas beaucoup d’action. » (« It seems like a lot of talk and not a lot of action. »)  

 

Au moins approuvez-vous la façon dont les Démocrates prennent part à la direction des affaires ? Réponse : non, à 63%. Et celle des Républicains ? Non plus, et cette fois à à 73%. A tort ou à raison, tout leur paraît fragile aujourd'hui dans l’économie et le mal semble devenu chronique.

 

C’est pour cela que les électeur enregistrés comme républicains (et pas eux seulement) ont "sorti" un très grand nombre de sortants et désigné des nouvelles têtes, lors des primaires.  Et c'est pourquoi les sondages donnent malgré tout les Républicains gagnants, dans toutes les catégories d’électeurs. Les électeurs indépendants, qui flottaient, semblent maintenant se diviser à 2 contre 1. On va voir si l'engagement massif d'Obama, à partir d'aujourd'hui, en direction des jeunes, va retourner la situation. Les Républicains qui vont certainement gagner du terrain ne sont pas les mêmes que ceux qui l'ont perdu, il y a deux ans. Beaucoup d'entre eux sont nettement plus conservateurs, soutenus par le Tea Party, et plus populaires: ils critiquent Wall Street, ils défendent les petites et moyennes entreprises et ils veulent revenir (nous le verrons) à « la formule qui marche ».  

 

Bref, de plus en plus se fait jour l’idée que la crise n’est pas une affaire de cycle. Il s’agirait d’un problème structurel grave, à traiter par une profond renouveau des idées et des personnels. De quoi s’agit-il donc ? Et que faire ? Les élections se jouent autour de ces deux questions.   

 

 

Remettre l’Amérique sur les rails »  

  

 

L’explication désormais dominante ici est que l’Amérique a déraillé. Il s’agit de la remettre sur ses rails. (« Let us put America back on tracks. »)

 

Voici ce que cela veut dire : L’Amérique avait une formule traditionnelle qui marchait. Elle avait fait sa fortune et lui avait donné la première place dans le monde. Les bureaucrates de Washington et les intellectuels libéraux ont voulu remplacer cette formule, fruit de l’histoire, du bon sens et des vertus, par des constructions de l'esprit, des idéologies à l'européenne. L’échec est patent. Il n’y a donc pas à chercher midi à quatorze heures. Il faut revenir à la formule qui marche. 

 

Cette explication a le mérite de la clarté. Elle se décline sur tous les tons, des plus subtils aux plus caricaturaux. Sur une radio locale, j’entendais un présentateur résumer ainsi la situation : « Si vous voulez des « food stamps », votez démocrate ; si vous voulez des jobs, votez républicain. » Les food stamps, ce sont des bons permettant aux très pauvres de toucher des rations de nourriture.  

 

Tant que les choses n'allaient pas trop mal, les hommes d'action, les gens qui ont devant les choses l'attitude ordinaire de la vie, les réalistes de sens commun, acceptaient de penser qu'ils étaient moins intelligents que les "intellectuels". Depuis que rien ne va plus, ils n'acceptent plus de courber leur jugement et de se taire devant les idéologues "libéraux" (nous dirions: "progressistes"). L'idéologie disait que le bon sens n'était qu'un tas de préjugés. Le bon sens se taisait, pas convaincu, mais avec un sentiment d'infériorité. Ce complexe a sauté. Le spectre de la faillite discrédite aussi les autorités intellectuelles et les idées au pouvoir. Le "politiquement correct" est mort. C'est un fait d'une immense conséquence.

 

La tradition nationale américaine associe la liberté économique et la démocratie politique à la rigueur éthique et la ferveur religieuse. C'est cette tradition qui s'affirme aujourd'hui avec le plus de force. Et c'est au tour des opposants au mouvement, qui sont pourtant au pouvoir, de garder un silence gêné. Ils sentent que le progressisme classique n'a plus le vent en poupe. Ils se contentent de manoeuvrer contre le vent.

 

Ils essayent donc de faire passer en hâte des mesures économiques allant dans le sens de la tradition, tout en faisant de la provocation sur les questions de société, espérant diviser le mouvement, alerter les "libéraux" et effrayer les modérés. C'est habile. Reste à voir si ça marche. Si l'expérience montre dans un mois que cela a fait long feu, c'est que ces tacticiens auront sous-estimé la cohérence de cette tradition nationale aux yeux des citoyens américains, et sa capacité de les attirer quand elle se présente toute entière, avec sa cohérence, au lieu d'essayer de voiler certains articles présumés honteux ou "inaudibles". Sinon, ce sera le contraire.

 

 

La formule qui marche  

 

 

Quelle est donc, pour ces gens,  la "formule qui marche" ? Commençons par l'économie. Le principe, c'est que, de toute façon, il faut des jobs. Or seuls les petits entrepreneurs créent des jobs dans le pays. Ils ne peuvent le faire que s’ils ont les moyens d’investir. Ils les ont si le fisc leur laisse leur argent. La plate forme du parti républicain prévoit de défiscaliser 20% du revenu des petites et moyennes entreprises. Les Démocrates, flairant le vent, ou d'accord sur le fond, viennent de voter un projet ("Small Business Jobs Act") qui va dans le même sens. Les Républicains ne parlent pas de la dette, mais les Démocrates pas davantage. On suppose que le problème sera résolu par les économies sur les dépenses publiques (100 Milliards de $) et par la croissance, escomptée d'un retour à la formule qui marche. Et personne ne contredit, parce qu'autrement, il faudrait chercher des idées vraiment neuves ("to think out the box").

 

Il ne s’agit pas seulement d’économie, mais de politique. Traditionnellement, ici, la liberté des citoyens ne se définit pas d’abord par un appel à la puissance tutélaire de l’Etat, mais par la prudente limitation du pouvoir d’Etat.  En fait, c’est un équilibre subtil. L’Etat doit être assez fort pour que les citoyens n’aient pas peur les uns des autres, mais pas assez fort pour que les citoyens aient encore plus peur de l’Etat, ou puissent utiliser l’Etat pour se piller les uns les autres en toute légalité.  

 

La liberté des citoyens n’est donc pas assurée parce que des bureaucrates agiront en protecteurs bienveillants, ou parce que des politiciens auront une idéologie sympathique et se montreront généreux, avec l’argent des autres. La liberté, en ce bas monde, n’est assurée que par le pouvoir.   

 

 

Une démocratie réaliste et machiavélienne   

 

 

En ce bas monde, qui est impuissant risque d'être asservi. La liberté d’une société libre est donc assurée parce que les citoyens y sont assez raisonnables pour faire exister une puissance publique stable, mais sont aussi assez puissants pour empêcher solidairement cette puissance (l'Etat) de les tyranniser, que ce soit avec (ou sans) les meilleures intentions du monde. Pour cette culture politique, l’excès de dépense publique et de fiscalité a pour seul effet de remplacer une aristocratie industrielle de petits entrepreneurs, dont tout le monde profite, par une oligarchie de bureaucrates et d’idéologues, qui n’est utile qu’à elle-même.   

 

La société est donc libre, si assez de citoyens sont puissants, et ils sont puissants s’ils sont riches. Ils sont riches, si la fiscalité reste strictement limitée. Pour qui connaît la physique sociale, une démocratie sans une masse de riches serait donc une contradiction dans les termes. Encore faut-il que ces riches aient une certaine éthique, et c'est pourquoi (nous le verrons dans une prochaine Lettre), la tradition de liberté économique est peu séparable en Amérique de la tradition de sérieux éthique et de ses racines culturelles (religieuses, pour une majorité).  

 

 

La question de la pauvreté  

 

 

Le problème de cette tradition américaine, ce sont les pauvres. Il y a un certain pourcentage de la population qui, pour diverses raisons, n'y arrive pas. Les critères sont sans doute trop exigeants, la compétition trop forte. Les réponses qui se présentent comme cohérentes avec cette tradition sont néanmoins valables, mais sans aucun doute incomplètes. Les voici, en résumé:  

 

La première façon d’aider les pauvres, c’est de leur donner du vrai travail rémunérateur : non pas des places qui ne servent à rien, mais des jobs dans de vrais business, montés et dirigés par de vrais entrepreneurs. La seconde, c’est de ne pas paralyser les entrepreneurs par une profusion de règlements, dont la principale raison d’être est de justifier l’existence de ceux qui les font, et le pouvoir de ceux qui en contrôlent l’application. La troisième, faudrait-il ajouter, c'est une bonne formation, qui renvoie aux problèmes de la famille et de l'école, qui sont les deux institutions les plus abîmées par une idéologie étrangère au réalisme de la tradition nationale.  

 

Dans cette logique, la démocratie et le souci bien compris des pauvres supposent donc que l’Etat soit mis au régime et qu’il y reste, contenu non pas par de grands principes, mais par un pouvoir social supérieur – par l’efficace résistance d’une masse de gens assez riches et moraux pour défendre efficacement à la fois leurs intérêts et le bien commun, dans la liberté, sans s’en laisser conter.  

 

Si les entrepreneurs font bien leur métier, et s’ils se conduisent bien, ils ont automatiquement derrière eux la classe laborieuse. Cette dernière, ayant sa juste part de la prospérité, délaisse la satisfaction de l’envie pour le bonheur de la réussite collective ; elle échange l’aigreur du ressentiment contre de sérieux espoirs de succès dans une compétition ouverte. 

 

Elle ne se pense pas comme "pauvre", et d'ailleurs elle ne l'est pas, ou plus. Elle se comprend elle-même comme une partie de la classe moyenne, à laquelle appartiennent aussi les petits entrepreneurs. Et cette classe moyenne est aussi, en un sens, la classe dirigeante – ce qui veut dire que, dans une certaine mesure, nous sommes en face d’une vraie démocratie : non pas d'une fiction inaccessible, mais d'un bon régime mixte, en face d’une Démocratie, où les élites sont acceptables et acceptées par un peuple raisonnable et modéré. Son dynamisme de croissance laisse à chacun une part de rêve, mais ce ne sont pas ceux des marxistes ou des jacobins.  

 

Ce sont là des raisonnements familiers aux Américains et qui n’ont pour eux rien de choquant. Les qualifier d’extrême-droite serait pour eux inintelligible. Pour eux, l’extrême droite, c’est le fascisme, et les Américains sont des démocrates. Et la Démocratie, c'est la tradition américaine. Qui s'en écarte est sanctionné.  

 

 

   

Parler du pouvoir en famille (3). Lettre d'Amérique n° 7. Démocratie et copropriété

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Mise à jour le Mardi, 28 Septembre 2010 06:40 Écrit par Henri Hude

Annapolis, 26 Septembre 2010. Ma dernière lettre évoquait les défaites retentissantes subies aux primaires américaines par les candidats républicains "centristes" ou "modérés" à l’investiture républicaine. Commentant le triomphe des "conservateurs", les deux principaux journaux libéraux des Etats-Unis, le Washington Post et le New York Times, ont marqué leur étonnement. Cet étonnement étonne. 

 

Le pourquoi d’un renvoi aussi massif des sortants

 

Quand le management d’une entreprise a, comme on dit, « planté la boîte », les actionnaires renvoient le management. Ils le font sans état d’âme, si du moins ils ne sont pas encore ruinés. Et s’ils ont un peu de bon sens, ils regrettent de ne pas l’avoir fait plus tôt.  

 

J’ai entendu parler sur C-Span  Michael Steele, le Président noir du National Republican Comitee. Ses propos, qu’il tenait ces jours derniers à Little Rock, Arkansas, se résumaient d’un mot : « Assez. » (« Enough »). Il exprimait une conscience de plus en plus claire, et majoritaire aux Etats-Unis, que, si les choses continuent, leur pays va tout simplement à la faillite. L’immense classe moyenne a pris conscience de la gravité de la situation. Les gens pensent que le management politique a « planté le pays ». Ces citoyens, qui se sentent les propriétaires de leur pays, veulent donc renvoyer le management politique. Et comme la responsabilité de la faillite est équitablement partagée par les deux principaux partis, les gens se disent que le pays a besoin de sang neuf et qu’il faut remercier les sortant. (« Vote incumbents out ! ») Et c'est ce qu'ils font. 

 

Cela semble un raisonnement peu attaquable dans son principe. On ne peut pas raisonnablement le réduire à un préjugé « populiste », ou à un mouvement d’humeur, ou à l’influence d’une clique extrémiste.   

 

Bien commun, copropriété, démocratie 

 

Le rapprochement entre une copropriété et une démocratie est très éclairant pour la notion de pouvoir et la notion de démocratie. La notion du bien commun s’éclaire en effet, et prend une sorte d’évidence, quand on commence par observer comment des copropriétaires ont des biens en commun – des objets, des constructions, des espaces, mais aussi des institutions, des règles, des projets, une ambiance, des valeurs, des souvenirs. Tous ces biens sont communs et leur ensemble constitue le bien commun. Le pouvoir se définit par la gestion d'un bien commun. Et la démocratie est le régime où le pouvoir vient des copropriétaires.

 

Le mérite de ce rapprochement entre copropriété et démocratie, c’est de rappeler qu’une démocratie n’est pas la propriété de ses dirigeants politiques, ni même de leurs électeurs. Les dirigeants ne sont que des administrateurs de biens que tous les citoyens possèdent en commun – LE bien commun.

 

La gestion de ce bien commun définit la fonction du pouvoir légitime. La comparaison entre copropriété et démocratie est donc pertinente (malgré ses limites). Elle pourrait être prolongée par la comparaison entre le dirigeant politique et un syndic de copropriété. Dans cette perspective, le peuple n’est pas une idée, ou un concept, ce sont des gens réels qui forment une communauté politique réelle et qui ont des biens réels en commun – choses, institutions, projets, idées, valeurs, souvenirs – : le bien commun.

 

Au niveau le plus concret, une démocratie est tout simplement un ensemble organisé de propriétaires, en grande majorité moyens et petits. Certains citoyens, c’est vrai, n’ont presque rien, sauf leurs enfants (en latin, proles, d’où l’expression latine de proletarii, prolétaires). Si les prolétaires sont trop nombreux, la démocratie est instable et la propriété semble injuste. La démocratie, pour durer, se soucie donc de faire accéder le maximum de citoyens à la propriété.  

 

Si le démos est comme une assemblée de copropriétaires ; et si le politicien élu est une sorte de syndic de copropriété ; alors le pouvoir vient évidemment d’en bas, de même que le pouvoir du syndic vient incontestablement des copropriétaires. Les esprits sublimes peuvent bien faire la moue devant la comparaison entre une démocratie et une copropriété ; mais une fois qu’on l’a bien intégrée, on sera capable de s’opposer fermement à toute appropriation du bien commun (et des biens des particuliers) par politiciens et bureaucrates.  

 

Le droit de l’assemblée des copropriétaires : tel est l’aspect le plus fondamental (et le seul vraiment clair) de la souveraineté du peuple. Une telle démocratie, par nature, est guidée et limitée par le bon sens des copropriétaires. Le pouvoir en démocratie est limitée, comme dans la copropriété, par la simple propriété privée et par son autonomie : le gérant, ou syndic, est en charge de la propriété commune, il n’a pas à gérer la propriété privée à la place des propriétaires.

 

Détruire ou éroder à l’excès la propriété privée par l'impôt, sous divers prétextes, c'est ce qui aux Etats-Unis est appelé "socialisme". Le socialisme est tenu pour incompatible avec la souveraineté du peuple bien comprise, tout comme avec liberté des personnes, des familles et des associations.  

 

Dans cette logique, la question de la pauvreté, là où elle se pose avec acuité, doit d’abord être comprise comme un devoir de faciliter l’accès du prolétaire à la propriété. Cela ne se peut que par un progrès de la prospérité, dont la première condition est le respect de la propriété. La fiscalité excessive est donc évidemment contraire à la démocratie, sauf si c'est le nom qu'on voudrait donner au pouvoir des idéologues et à l'appropriation du pays par des bureaucrates. Et elle est tout aussi contraire à l'intérêt des pauvres.

 

Démocratie et propriété privée  

 

Quand on se promène à travers les Etats-Unis, on voit qu’il s’agit d’un peuple de citoyens propriétaires. Bien entendu, il y a des pauvres, et l’entrée ouest de Baltimore, par les rues parallèles à la Route 40, fait véritablement peine à voir. Mais le fait dominant des Etats-Unis reste quand même l’immensité de cette classe moyenne possessionnée, qui ne se conçoit pas comme des « petits », mais comme « Nous le Peuple », comme l’Amérique normale, située entre une minorité de riches et une minorité de pauvres.   

 

Si l’on se promène du Nord au Sud du Maryland ou de la Virginie, on trouve partout une infinité de « petites maisons dans les bois », presque toutes spacieuses et légères, modestes et sûres d’elles, fières d’être américaines, avec le drapeau à l’entrée de beaucoup d’entre elles.

 

On voit aussi partout ces petites Eglises pimpantes et toujours peintes à neuf, de toutes dénominations protestantes, et qui ne reçoivent pas plus de fonds publics que les Eglises catholiques romaines, reconnaissables, elles, à la statue de la Vierge, aussi visible à l’entrée qu’une figure de proue. C’est là que sont pour beaucoup les liens invisibles entre ces maisons de familles libres et prospères, dans un pays qui dans son fond croit massivement en Dieu et en l’avenir.   

 

Il faut voir aussi ces communautés de copropriétaires, qui constituent de véritables villages : parfois cossus, richards et inaccessibles, avec leurs barrières et leurs gardiens, comme celle de Gibson Island, sur le bord de la Chesapeake, et parfois aussi humbles et libres, espaces ouverts groupés autour de leur community hall, où les copropriétaires se réunissent deux fois par semaine, par exemple Venice on the Bay, un peu plus haut que Gibson, entre Baltimore et Annapolis.   

 

C'est loin d'être toujours agréable. Souvent, on ne peut pas aller au bord de la mer, car le rivage est approprié, ou en copropriété. On ne peut s’arrêter presque nulle part pour stationner au bord de la route ("No parking. Any time") et aller se promener en forêt, sauf dans des grands parcs explicitement publics, où d’ailleurs il faut souvent payer un modique droit pour entrer. On ne sait trop à qui appartient le bord de la route ; ce qu’on sait, c’est qu’on risque de se faire mettre en fourrière, si on s’arrête où il ne faut pas ("Towing rule will be strictly enforced").

 

On a l’impression que la propriété privée est un domaine inviolable ("No trespassing. Violators will be prosecuted "). Mais ces propriétés, que les mœurs et la loi rendent inviolables, se barricadent rarement, restent en général des espaces non enclos de murs, ou même de barrières. Les fenêtres n'ont pas de volets.  Les maisons ne s’entourent pas de jardins soignés. Peu de fleurs, peu de fruits et pas de légumes. Des arbres ombrageant les maisons, les rendant même un peu trop sombres. Une pelouse bien tondue couvre en général toute la superficie de la propriété, comme si l’Américain aimait à bâtir sa maison dans un lieu qui lui rappelle la nature intacte, l’appropriation par le travail des espaces vierges et les mystérieuses forêts des âges pionniers. 

 

Dans une telle société, il ne faut pas s’étonner que le niveau moyen de confiance en soi soit plus élevé que dans des sociétés assistées, qui retiennent les citoyens en enfance et les mettent en tutelle à vie. Il est vrai aussi que l’existence est plus difficile pour ceux qui n’ont rien, plus dure à ceux qui ne savent pas lutter pour se tailler une place.  

 

« Rendez les comptes de la gestion »  

  

Arrivant d’Europe où l’action du président Obama est universellement célébrée, du moins dans l’infosphère, j’ai été frappé de lire ces propos si lucides de Marco Rubio, 39 ans, père de famille nombreuse, étoile montante de la politique américaine, et qui se présente en Floride au poste de sénateur : « Quand ces élections seront passées, déclare Rubio, il sera clair pour tous qu’une question avait été posée au peuple américain : "Voulez-vous devenir une Europe bis ?" Et que le peuple américain aura simplement répondu "Non, merci." » Marco Rubio, soutenu par le Tea Party, est à plus de 40% dans les sondages, menant de 12 points le républicain modéré qu’il allait écraser aux primaires et qui a préféré se présenter en indépendant. Le démocrate local se traîne en troisième place à 22%.  

 

Quoi que puissent raconter certains médias français, nous sommes à l’évidence aujourd’hui aux Etats-Unis en face d’un mouvement populaire puissant, viscéralement antiautoritaire, mais responsable et non révolutionnaire, conservateur, au sens d’enraciné dans la tradition nationale bi-séculaire, ami de la liberté et de la Constitution qui devrait la garantir. Un mouvement viscéralement antifasciste, et pour qui le "socialisme" n’est jamais qu’une des formes du fascisme, ou, dans le meilleur des cas, dans ses versions plus indolores, une espèce d’asservissement (« enslavement ») et de despotisme administratif, inventée par des intellectuels qui ne comprennent rien à la vie et au travail.  

 

Dans le Washington Times du 22 Septembre 2010, pages B1 et B4, j’ai trouvé un article ayant pour titre : « Le temps du Tea Party est venu ». Son auteur est Ted Nugent, figure typiquement américaine, unissant les trois qualités de chanteur de Rock ‘N’ Roll, de sportif et de militant politique.

 

Dans cet article qui, c’est sûr, n’est pas d'un « intellectuel », Ted Nugent écrit : "Le message du Tea Party est aussi fort que clair et il retentit dans toute l’Amérique : « Nous exigeons qu’on nous rende les comptes de la gestion. Un point, c’est tout. » (« We demand accountability, period. »)"

 

   

Parler du Pouvoir en famille (2). Lettre d'Amérique, n° 6

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Mise à jour le Mercredi, 22 Septembre 2010 20:37 Écrit par Henri Hude

Annapolis, 21 Septembre 2010. Je continue sur ma lancée : pour aider les parents à parler philosophie en famille, je continue mon commentaire philosophique des élections américaines (sans prétendre le moins du monde à la qualité d'analyste politique).  

 

Ce qui se passe en ce moment (septembre 2010) aux Etats-Unis est important. On sent que ce ne sont pas des élections comme les autres. Une seconde révolution conservatrice s’est probablement mise en marche, qui va plus loin que la précédente (1994). Ce vaste mouvement risque de dominer les dix prochaines années. En quoi consiste-t-il, que peut-il nous apprendre, c’est ce qu’il faut comprendre. Et pour cela, il faut sortir de la "Matrice", je veux dire, voir plus loin que l'image médiatique.

 

Importance de l’esprit critique 

 

Tout le monde en France a entendu les médias parler de Sarah Palin et du mouvement « Tea Party ». Ce qu’ils en disent nous informe correctement sur leurs propres préjugés ou sur la direction qu'ils veulent imprimer à l'opinion, mais assez peu sur la réalité qu’ils sont censés décrire. Par exemple, Sarah Palin n'est pas, et de loin, la plus populaire parmi les "chrétiens conservateurs" du Values Voters Summit. Elle n'arrive qu'au 5ème rang avec 7% de préférences, loin derrière Mike Pense (24%), dont vous n'avez sans doute jamais entendu parler (USA Today, 20.9.2010, 5A). Il faut admettre que Mike a un look nettement moins médiatique.  

 

Je regarde souvent C-SPAN (c-span.org), une chaine publique qui projette exclusivement des documents informatifs de qualité : une conférence de presse d’une heure d'un ministre, des auditions au Congrès, des débats non biaisés de bonne qualité, de longues interviews, des discours en version intégrale, des colloques où parlent sans souci d'audimat des orateurs de premier plan (par exemple, le Président de la commission des affaires étrangères de la chambre basse s'expliquant sur le programme nucléaire iranien pendant 30minutes, puis répondant à des questions sérieuses), etc.  

 

Samedi dernier, j’ai pu directement entendre parler sur c-span, pour la première fois de ma vie, et sans coupures, Sarah Palin, durant environ une heure, à Des Moines, Iowa, où elle était l’invitée du « Dîner annuel Ronald Reagan ». N’étant pas citoyen américain, je n’ai pas à me passionner pour elle ou contre elle (et d’ailleurs, si je l’étais, ce serait pareil). Ce dont je peux témoigner, c’est que ce que j’ai vu et entendu n’avait presque rien à voir avec ce que j’avais entendu dire par les médias français. Mais c'est dans une autre lettre que je parlerai à fond du contenu politique du discours conservateur américain, et de ce qui me semble en être les forces et les faiblesses.

 

Le doute cartésien appliqué aux médias  

 

La première chose à bien faire comprendre aux jeunes, selon moi, c’est que  le pouvoir et tout ce qui y touche ne sont pas, sauf rarement, ce qu’ils paraissent être, quand ils sont aperçus à travers le prisme des médias d’aujourd’hui, qu’on imagine naïvement n’être qu’une fenêtre ouverte sur le monde.

 

Le « doute », selon Descartes, consiste à s’habituer à penser, méthodiquement, que ce qu’on voit n’existe pas comme on le voit. Ce que nous voyons ne serait jamais la même chose que ce qui existe. C’est là souvent une exagération sans nuances, car la raison sensée est au contraire réaliste. Il faut savoir douter du "doute cartésien", si l’on veut être un esprit critique. J'ai expliqué cela en détail dans mon livre de 2009, Prolégomènes. Les Choix humains. Ceux qui s’imaginent douter de tout sans douter aussi du « doute », sont en réalité des gens qui ne doutent de rien. Leur « doute » n’est qu’une matrice à préjugés.   

 

Pourtant, il y a un domaine dans lequel il y a vraiment lieu d’appliquer le doute cartésien dans toute sa rigueur : c’est celui de nos relations avec les médias, surtout avec les grands canaux de télévision.

 

"Qui dirige les opinions des hommes, disait Hobbes, dirige leurs actions". Il conditionne leur confiance ainsi que leur obéissance. Cette obéissance et cette confiance maintiennent les pouvoirs en place. Ces pouvoirs détiennent la clé de la bourse commune de la société. Ils contrôlent l'attribution d'une infinité de places et de contrats. C'est par l'intermédiaire des médias (jusqu'à ce jour) qu'ils gardent ou perdent le pouvoir. Et les médias sont aussi un immense pouvoir. Les uns et les autres, rivaux et solidaires, ont donc tant d'intérêt à mentir, et ils sont si souvent vagues et inexacts, qu'on aura toujours du mal à les croire, par suspicion légitime, par simple prudence, tant qu'ils ne donneront pas plus de signes non équivoques de leur sérieux intellectuel et moral, de leur désintéressement et de leur sens du bien commun.   

 

C’est un pouvoir réel, et très réel, que celui de produire de l’illusion, de l’émotion et de la réaction, par la projection d’une image qui active surtout la part infra-rationnelle de l’homme. Au lieu de réagir à l’image médiatique d’un pouvoir (comme un taureau au chiffon rouge), la bonne méthode est de douter presque systématiquement de cette image, de comprendre comment et pourquoi elle a été fabriquée, par quel pouvoir, en vue de quels effets.  

 

La liberté responsable de la presse en démocratie durable

 

La seconde chose importante, c’est de faire comprendre aux jeunes qu’une société libre a besoin de citoyens raisonnables, possédant une image du réel suffisamment vraie. Sans une image vraie, il ne peut y avoir d’action adaptée, donc de réussite, non plus que d’action juste.  

 

Une société libre ne peut donc pas durer sans la liberté responsable d’une presse, y compris télévisée, digne de ce nom et inspirant aux citoyens une confiance justifiée. Digne de ce nom et digne de confiance, c'est-à-dire :

- qui se sente des responsabilités par rapport à la vérité, la justice et la sécurité nationale, -

- qui ne soit pas polluée par la continuelle confusion avec le divertissement ;

- qui ne soit pas structurée par le souci de rentabilité financière, ni dominée par la volonté de puissance, ni aveuglée par des platitudes idéologiques. – Mais revenons à l’Amérique.  

 

Un formidable coup de balai  

 

Commençons par des faits. Les élections primaires (août-sept 2010) ont été marquées par la défaite retentissante d’un grand nombre de politiciens chevronnés. Le phénomène s’est produit (on ne le note pas assez), du côté des Démocrates comme du côté des Républicains, mais avec une intensité différente. Des caciques apparemment indéboulonnables ont été pulvérisés par des inconnus.

 

La victoire la plus étonnante, du côté des Républicains, fut celle de Christine O’ Donnell, dans l’Etat du Delaware. Il s’agissait de désigner le candidat du parti républicain (du « Grand Old Party », GOP) au Sénat. Christine O’ Donnell a éliminé contre toute attente un vieux routier de la politique, Michael N. Castle, à l’implantation incomparable, expérimenté, appuyé sur tout l’appareil national et local du parti républicain (GOP). Marco Rubio, en Floride, avait réussi la même performance, en surclassant si bien Charlie Crist, que ce dernier a jeté l'éponge avant le vote. Il se présente aujourd'hui comme candidat indépendant.

 

Si l’on réfléchit bien, ce n’est pas si nouveau. Déjà, il y a deux ans, Barak Obama s’était imposé contre l’appareil démocrate, qui soutenait Hillary Clinton. Et si le peuple a préféré Barack Obama à John Mac Cain, c’est sans doute aussi pour la même raison.  

 

Un cas d’école de combat politique féroce  

 

Le pouvoir est l’objet d’une lutte, aussi âpre que ses enjeux en sont vastes. Les jeunes doivent le savoir et ne pas s’en scandaliser. S’ils veulent servir un jour dans la vie politique, ils doivent être prêts à recevoir des coups et à en rendre. 

 

Tous les journaux ont souligné la dureté des affrontements entre les Républicains dans le Delaware ("the race turned nasty").  Pour illustrer ce point, je résume l’histoire de cette campagne, d’après le Washington Post, le New York Times, USA Today et le Washington Times. Voici qui est Christine O' Donnell, si je comprends correctement les journaux.   

 

Christine n’est pas sûre de descendre du singe en ligne directe. C’est intolérable. Et même au cas où elle descendrait du Bonobo, elle n’aurait aucune envie d’y remonter.  

 

Quand elle avait entre 10 et 19 ans, elle a fait plusieurs fois campagne en faveur de la chasteté des adolescents. Les médias rapportent les propos scandaleusement moraux qu’elle tenait à 15 ans. Elle en a 41. Mais on ne va pas critiquer les médias, pour une fois qu’ils ne se laissent pas engloutir par l’obsession de l’actualité. Christine est célibataire sans enfant. L’investigation n’arrive pas à en dire plus. La conclusion qui s’impose est qu’elle doit avoir de sérieux problèmes psychologiques. D’ailleurs, la moindre photo d’elle le prouve sans équivoque.  

 

Ses relations avec le fisc sont  épineuses (il aime beaucoup  la contrôler, la redresser, et elle ne l’aime pas ; elle prétend qu’elle a payé mais suppose qu’il y a eu des problèmes d’ordinateur ; le fait est qu’elle a remboursé). Tout a été passé au peigne fin. On en a parlé pendant des semaines. Ses diplômes universitaires ont été contestés. Vérification faite, il s’avère qu’elle n’a pas reçu ses diplômes, durant dix ans, parce qu’elle a laissé impayée, pendant longtemps, une dette envers l’université où elle avait étudié et elle n’a fini par le faire qu’à travers une saisie sur salaire. Elle n’a pas pu faire face, non plus, aux échéances de son emprunt pour payer sa maison.

 

Ce portrait, note le New York Times, ou cette caricature, l’ont curieusement rendue sympathique à l’électeur. Comme elle, beaucoup de gens ont perdu leur maison, faute de pouvoir rembourser leur emprunt. Comme elle, beaucoup ont eu du mal à payer leurs études ou celles de leurs enfants. Et puis, de plus en plus de gens pensent que la plupart des politiciens sont caractériels. Si Christine l’était aussi, elle ne présenterait en cela pas de signe trop distinctif.  

 

Selon les mêmes journaux (Washington Post, New York Times, etc.), l’establishment républicain a tout fait pour faire battre Christine O’ Donnell. Il ne lui a pas donné un sou, sauf le maximum possible, une fois qu’elle a été nominée. Des leaders républicains de premier plan (tel Karl Rove, l’ancien directeur des campagnes de G. Bush II) ou locaux (tel le grand cacique du parti en Delaware) l’ont publiquement déclarée inapte à être élue et traitée de déséquilibrée (« nutty »).  

 

Le Washington Post observe que Karl Rove n’a jamais montré une telle agressivité envers aucun de ses opposants démocrates. Cela ne prouve pas de Karl Rove n’ait pas raison, au sens où ce choix va peut-être coûter la victoire aux Républicains en novembre, dans le Delaware. Et le basculement de la majorité au Sénat peut tenir à une voix. Mais cette acrimonie est sans doute le signe que quelque chose de plus est ici en jeu. 

 

En tout cas, voilà (aussi) ce que sont le pouvoir et la politique. Il faut le dire aux jeunes. Il faut leur dire aussi que cette dureté n’est pas en tout négative. Un leader politique doit être assez fort pour pouvoir résister à de fortes pressions. La compétition n’est pas en elle-même une mauvaise chose. Si elle est très dure, les élections seront sélectives de caractères trempés. 

 

   

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