Henri Hude

Lettre du Monde des Valeurs n° 7. Confidences involontaires d'un machiavélien (1)

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Mise à jour le Mardi, 17 Mai 2011 12:46 Écrit par Henri Hude

Un témoignage involontaire

 

Au moment où la politique française danse une gigue endiablée sur l’air de la chanson de Brassens « Gare au Gorille », je propose une méditation sur une expérience plus substantielle de la vie politique. Une expérience de haut niveau, un témoignage de première main.  

 

Je vais citer Sieyès, qui fut l’un des penseurs les plus en vue de la révolution française. Il ne publia guère que trois brochures, mais la troisième, Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? (1789) eut, à l’époque, un retentissement inouï.  

 

Sieyès n’est pas n’importe qui. Il fut le maître d’œuvre de l’abolition des privilèges au début de la révolution, le 4 août 1789. C’est lui, également, qui mit fin à la révolution, en préparant le coup d’Etat du 18 Brumaire, en 1799. Sieyès voulait se servir de Bonaparte pour établir une République plus aristocratique et conservatrice, mais ce fut Bonaparte, au contraire, qui le manœuvra, s’empara du pouvoir, institua le consulat, et se saisit de l’empire. Sieyès rentra dans la vie privée. Exilé de 1815 à 1830 pour avoir voté la mort de Louis XVI, il mourut oublié en 1836.  

 

Les lignes de Sieyès que je vais reproduire sont citées par C.-A. SAINTE-BEUVE, qui les a trouvées dans les papiers personnels de l’homme d’Etat, et les commente dans ses Causeries du lundi, tome 5, Paris, Garnier, sans date, p.211-212.     

 

 

Les confidences de l'abbé Sieyès

 

 

 

 

Sieyès écrit (entre parenthèses, mes modernisations des archaïsmes de son style) :  

 

« Ils me recherchent !!! (ils cherchent à me voir pour me faire la cour)

« Je déteste la société, parce qu’on n’y croit pas à la bonté morale. Si l’on parle des mesures qui ont eu du succès, de quelque intrigue habile, de quelque projet momentanément applaudi, ils vous regardent avec un air fin et d’intelligence ; ils vous louent presque et vous caressent comme voulant mériter auprès de vous d’entrer en participation de l’habile dessein qu’ils vous supposent ; ils croient à votre infamie, parce qu’eux s’en revêtiraient comme d’un honneur.

 

« C’est de leur part moitié immoralité et moitié ignorance. Mais ils me choquent et mon premier mouvement, si je m’y livrais, serait de leur dire : ‘Fi ! Parce que vous êtes des misérables, des hommes vils, vous supposez bien aisément qu’on vous ressemble !’

 

« Je finirai par les haïr. Quoi ! J’aurai passé ma vie dans le travail le plus forcé, dans le malheur pour moi, et dans les sentiments les plus généreux, les plus ardents pour le bonheur des autres, et ma récompense sera d’être regardé par eux comme un homme à talents capable d’être adopté par des coteries de vils coquins !

 

« Les hommes, je le répète, ne croient ni à la probité, ni à la bonté morale. Tout esprit public leur est étranger. Ils se partagent en coteries d’intrigants, complices de quelque lâcheté, ou d’une suite de lâchetés, distinctive de chaque société.

 

« (Celles de ces coteries) moins bien placées pour combiner en ce genre, celles qui sont réduites à l’avidité, à l’ambition de voler quelques sous, de tromper son voisin pour le plus petit intérêt, celles-là sont ce que l’on appelle les bonnes gens de la campagne, les classes probes ou vertueuses. »  

 

 

Les amertumes du succès

 

 

  

Ce texte n’est pas un écrit de ressentiment. Il n’émane pas d’un vaincu. Il ne date pas du temps où Sieyès avait perdu le pouvoir, encore moins de celui où il se morfondait dans l’exil, la retraite et l’oubli. Il date au contraire de ses plus belles années, celles où sa puissance atteint son apogée, celle où il est l’arbitre des destinées du pays. Il dit les amertumes du succès.   

 

Ce texte n’est pas écrit non plus par un naïf, ou un maladroit. On ne réussit pas le coup d’Etat de Brumaire, quand on est un enfant de chœur. Voilà quelqu’un qui connaît la politique à fond et y a atteint les sommets, dans une des périodes les plus agitées de l’histoire. Quelqu’un qui, au départ membre du clergé, a su traverser la Terreur sans y laisser sa tête, ni s’y compromettre, et en a émergé plus puissant qu’avant.  

 

Dans ces notes personnelles, qui n’auraient pas dû échapper au feu, quelle sombre vision de la nature humaine ! Il s’en attriste. Il le dit : il n’est pas heureux. Son témoignage est d’autant plus saisissant, qu’il émane d’un esprit qui s’était formé dans l’ambiance du rationalisme le plus optimiste, croyant que le monde était à la veille de sa régénération par la Raison. Il écrivait ainsi, dans un autre fragment, datant de 1772, sur l’économie politique (op.cit., p.193) :  

« Je laisse (de côté) les nations formées au hasard (= tous les Etats existants). Je suppose que la raison tardive va présider à l’établissement d’une société humaine (= que la Raison enfin va fonder un Etat digne d’Elle). »  

 

La politique ne peut pas échapper aux vraies questions de fond. Et l’homme public, pas davantage, quand il se retrouve seul et réfléchit. Qu’est-ce que l’homme ? Est-il bon ? Est-il méchant ?

 

Lettre du Monde des Valeurs, n° 7. Les confidences involontaires d'un machiavélien (2)

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Mise à jour le Mardi, 17 Mai 2011 12:46 Écrit par Henri Hude

Logique d'amitié / logique de violence 

 

 

Je crois que la philosophie politique se déploie selon deux logiques simultanées, opposées, mais non contradictoires l’une avec l’autre, car vraies toutes les deux. Ces deux logiques sont celle de l’amitié et celle de la violence. Ou encore celle de la paix et celle de la guerre.  

 

La prudence politique consiste à savoir jouer sur les deux claviers à la fois. Ceux qui ne veulent connaître que le premier sont les naïfs, et quelquefois des tartuffes jouant les naïfs. Ceux qui ne connaissent que le second sont ceux que Pascal nomme les « demi-habiles », souvent des matérialistes, ou des idéalistes déçus par la vie, qui se blindent et durcissent leur action. Les vrais habiles ne sont pas ainsi. Ceux qui croient pouvoir tout machiner, finissent par tomber dans les pièges qu’ils ont tendus.  

 

Une philosophie politique donnant toute sa place à la philia, à l’amitié, ne doit rien ignorer de la violence, de la transgression pour la transgression, de la perversité, ou de la guerre. La philosophie politique de la violence ne devrait rien ignorer, symétriquement, des profondeurs de la bonté, de la sainteté ou de l’héroïsme.   

 

 

Le machiavélisme est une moitié de la vérité

 

 

Le machiavélisme est juste, s’il est considéré comme une moitié de la vérité. Il est faux, s’il se prend pour toute la vérité. L’aristotélisme est une politique de la philia, de la koinonia (communauté), mais, comme réalisme politique, il peut soutenir la comparaison avec Machiavel. Qu’on lise, par exemple, dans la Politique, son chapitre sur « Les moyens de conserver les tyrannies ».  

 

Le machiavélisme vaut aussi comme une réaction aux politiques naïves, trop perfectionnistes. Celles-ci tournent au fiasco, souvent, faute de mesurer la place de la violence et de la transgression dans l’existence humaine, et de prévoir en conséquence les nécessaires moyens de force. Ces mêmes politiques naïves tournent parfois au cauchemar, instituant des tyrannies cruelles en vue d’instaurer le règne de la vertu. La tyrannie, provisoire au départ, devient permanente ; les vertueux deviennent des profiteurs ; la vertu en sort discréditée par l’hypocrisie.

 

Mais cette même doctrine machiavélienne justifie aussi, trop souvent, des politiques cyniques, qui se croient réalistes. La prudence politique manœuvre en position centrale, contre ces divers adversaires. C’est aussi en ce sens tactique du mot, qu’on peut louer Aristote d’avoir dit que la vertu était un « milieu », peut-être devrait-on dire un « centre ».  

 

 

 

L'homme. Est-il bon ? Est-il méchant ? 

 

 

Comme chacun sait, Machiavel conseille l’hypocrisie à tous les vicieux qui aspirent au pouvoir. Car les gens font confiance, ou voudraient pouvoir faire confiance. Et ce sont les vertueux, s’ils sont forts, qui méritent cette confiance.  

 

La plus décevante des expériences sociales est celle de la médiocrité, ou de la vilenie, de ceux que leur métier ou leur mission vouaient davantage au service du bien commun. On en attendait, sinon la perfection, du moins une exemplarité. Mais l’expérience la plus accablante, si l’on en croit Sieyès, c’est de se rendre compte que les braves gens ne vaudraient pas mieux que les autres.  

 

Dans la même veine, Platon a écrit que les honnêtes gens sont ceux qui se contentent de faire en rêve ce que les bandits font éveillés. Et Freud a fait fortune en brodant un système sur cette idée.  Pourquoi trouvons-nous plaisir à accabler un coupable ? René Girard a bâti toute une philosophie sur notre besoin d’un bouc émissaire. Le Marius de Marcel Pagnol dit de lui-même : « Moi que vous avez fait bien noir, afin de paraître moins gris. » Rousseau notait aussi, à l’inverse, que nous finissons presque tous par avoir pitié du pauvre type qui chute, et dont la honte est consommée.   

 

 

"L'idéal, c'est ce qui reste quand on n'a plus d'illusion" (Général de Castelnau)

 

 

Les sentiments intimes de Sieyès sont ceux d’un homme doté de grande force d'esprit, ayant l’expérience de la vie et la connaissance du monde - et qui, par ailleurs, a plutôt bonne opinion de sa propre moralité. Son horreur pour les fourbes, qui promeuvent leurs intérêts sous le paravent de la vertu, ou qui croient que tout le monde agit de la sorte, est signe de son idéal de sincérité, d’authenticité. Le goût pour cet idéal, cette horreur pour la bassesse, en dépit d’une fréquente expérience de la médiocrité, devraient constituer des motifs d’optimisme : ils justifient une certaine confiance dans l’orientation de l’homme vers le bien.   

 

Le tableau brossé, par Sieyès est poussé au plus sombre, en raison même de la souffrance que lui cause la perte de ses illusions. Certains ne veulent pas aimer, par peur du chagrin d’amour. De même, beaucoup voudraient se prémunir, par une méfiance systématique, contre les trahisons et les déceptions auxquelles ils s’exposent en ayant un sens élevé de l’idéal. Des penseurs aussi différents que Machiavel et Hobbes, Sieyès et Rousseau, se rencontrent probablement dans ces sentiments et dans les idées qui leur sont attachées.  

 

Tout bien pesé, la confidence involontaire de notre grand machiavélien semble témoigner plutôt pour la thèse de saint Augustin, fondamentale en toute pathologie humaine : tout de même, le mal n’est pas substantiel ; il n’est que la privation du bien dû (privatio boni debiti). Les machiavéliens en font une substance. Les naïfs ne mesurent pas assez l’importance de la privation, ni sa gravité. Car le bien était .  

   

Lettre du Monde des Valeurs, n°6. "Être conservateur"

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Mise à jour le Samedi, 30 Avril 2011 10:35 Écrit par Henri Hude

Les valeurs sont-elles irrationnelles  ?

 

 

A la question : « Que signifie ‘être conservateur’ ? », comme à la question subsidiaire : « Est-ce mal (ou est-il bon) d’être ‘conservateur’ ? », je réponds par une autre question : « Conserver quoi ? » Et en développant cette dernière question : « Qui conserve quoi, quand, comment et pourquoi ? » Tant vaut ce qu’il s’agit de conserver, tant vaudra la conservation, et tant vaudra l’action du conservateur. Être un « bon conservateur », c’est conserver ce qu’il faut, quand il le faut, de la manière et dans l’intention qui conviennent. C’est aussi être légitime pour conserver ainsi, c'est-à-dire être au nombre des personnes capables de conserver de cette façon, et investies des responsabilités leur donnant droit et devoir de conserver, comme il faut, ce qu’il faut. 

 

Quand on pense ainsi, on dérange. On énerve pas mal de gens, qui ont horreur de penser. Contrairement à ce que vous pourriez croire, je suis comme tout le monde à cet égard, et j’ai horreur de penser à ce qui m’embête ou me dérange. Mais on peut faire un effort, quand il serait injuste de s'y refuser. Avoir horreur de penser. Ce serait peut-être la meilleure définition des « conservateurs a priori », si malheureusement elle ne s’appliquait pas, aussi bien, à ceux qui détestent a priori les « conservateurs ». A priori ? Disons plutôt épidermiquement. 

 

Je ne fais pas l'éloge de la cérébralité froide. Il est naturel de réagir épidermiquement, mais il est juste de réfléchir et de dépasser, quand il le faut, de telles réactions. Si l’on se prépare à l’exercice de certaines responsabilités, il est indispensable d’intégrer peu à peu ces réactions, passions, ou pulsions, dans une véritable action, plus réfléchie, plus libre et plus rationnelle.  

 

L’« épidermique » n’est pas sans valeur. Il peut exprimer le jeu spontané de vraies valeurs de nature et de culture. Il est aussi, très souvent, moins irrationnel qu’il ne semble. Regardez certains de nos choix, soudains et décisifs. Ils ressemblent à des effets du jeu d'automatismes inconscients, mais qui nous surprennent nous-mêmes, comme des trouvailles de style. Ces choix, disait Bergson, inventent en un instant un comportement adapté qui nous ressemble, et qui exprime adéquatement la totalité de notre fond personnel et culturel.

 

 

L’instinctif apparent peut ainsi être profondément volontaire, et aussi, profondément intuitif. Mais c’est par l’habitude de la méditation, de la lecture et de la réflexion, aussi par la prière, qu’on se prépare à mériter de telles inspirations, qui nous sauveront un jour la vie, ou l’honneur et l’âme.   

 

Je me garderai donc de reprocher à qui que ce soit d’être instinctivement conservateur, ou de ne pas l’être, non moins instinctivement.

 

Bref, il en va de la conservation comme de la liberté. « La liberté est-elle un bien ? » Réponse : « Oui, bien sûr, intuitivement. » Mais la question est très vague. Question plus précise : « Liberté de qui, liberté de quoi, liberté par rapport à qui ? Où et quand ? Comment et pourquoi ? »

 

Nous avons beau avoir confiance dans nos instincts et nos intuitions, un temps de réflexion et d’autocritique ne messied pas.  

 

 

To be or not to be ?

 

 

Shakespeare fait poser à Hamlet la bonne question : « Être ou ne pas être ? »

 

Dans un de mes livres, Ethique et politique (Éditions universitaires, 1992, pp.45), j’écrivais : « Le principe moral de conservation, en sa forme la plus profonde, énonce qu'il vaut mieux être que ne pas être, ou encore que l’être est bon. C’est donc aux rapports de l’être et du bien qu’il faut remonter, si l’on veut disposer des critères d’évaluation sur cette question. » Si l'on ne veut pas y réfléchir, c'est tout vu. Le goût de la conservation est affaire d'amour de ses habitudes, ou d'aversion pour le changement. Il se ramène au principe d'inertie. Il n'est d'ailleurs pas plus mauvais que le goût du changement.Ce sont, dans le meilleur des cas, des goûts complémentaires, qui parviendront à s'équilibrer dans des choix sociaux adaptés.

 

Si l'on veut sortir de l'arbitraire, il faut accepter de réfléchir. Voici un principe : saint Thomas disait qu’en toute réalité créée, il y avait comme deux composants, distincts mais inséparables, qu’il appelait l’être et l’essence, ou, comme on dit aujourd’hui, l’essence et l’existence. C'est à dire, ce qui répond aux deux questions : cela existe-t-il ? Et : qu’est-ce que c’est ?  

 

Si l’on juge que « quelque chose » a de la valeur, on jugera aussi, forcément, que « être » a de la valeur, sans quoi ce « quelque chose » serait rien. La valeur de « être » est présupposée à la valeur de quoi que ce soit. Sans « être », il ne peut rien y avoir de « bon ». Ou encore, rien ne peut être bon, sauf quelque chose ou quelqu'un qui « est ». Donc, si l’on estime que rien n’a de valeur, on estimera aussi que « être » est mauvais, ou que « ne pas être » est meilleur que « être ». Toujours Shakespeare.   

 

 

De l'ennui à la vie

 

 

Epicure, dans un argument saisissant, ad hominem, somme tous ceux qui préfèrent le non-être de se montrer conséquents, et de laisser tomber cette ridicule conversation, en même temps que la vie. Ne peuvent-ils quitter ce monde, s’ils le veulent ? Qu’ils cessent donc d’empoisonner l’existence des autres, avec des absurdités auxquelles ils ne croient pas réellement (autrement ils iraient se pendre, ou se jeter à l’eau). Mais les pessimistes bavards sont rarement courageux. Ils  aiment attrister l’existence de ceux qui agissent, qui luttent pour être et pour faire être, et qui pensent avec un minimum de cohérence entre leur pensée et leur vie.

 

Pour un vivant, être, c’est vivre. Et vivre n’est que commencer à mourir, dès qu’on cesse de lutter pour survivre et croître. Cela s’appelle simplement, pour commencer, travailler. Et vivre n’est qu’assister à la mort de l’espèce, si la vie n’est pas transmise. Le don, c’est d’abord celui de la vie, c'est-à-dire de l’être. La valeur du don est incluse dans la valeur de l’être, et sans doute réciproquement.

 

La vie qui se transmet, c'est aussi celle de l’esprit. Vivre n’est qu’assister à l’extinction de nos connaissances et de nos valeurs, si l’on ne transmet les vérités et les valeurs à des enfants, des élèves, des étudiants. Et cette transmission est en même temps un approfondissement, qui devient croissance et multiplication de la vie de l’esprit. La conservation vivante est en elle-même une croissance et un progrès.

 

 

Le bonheur et la joie

 

 

Nous avons l’intuition que la vie ne vaut rien quand elle est sans joie. Et il n’y a pas de joie, là où il n’y a pas exultation de la vie, création, transmission, tradition de la vie.

 

Il n’y a pas de vie sans lutte pour la vie. Il n’y a pas de lutte sans sacrifice. Il n’y a pas de sacrifice sans un échange de regards entre l’homme et la mort. Sans le sacrifice, la valeur de l’« être », la valeur de la vie, s’effondrent dans la veulerie. Faire des vieux os, ne pas faire de vagues, passer entre les gouttes, surfer sur le courant, profiter et ne pas souffrir.

 

Ce genre de vie n’a pas de valeur, car c’est une existence parasitaire et contradictoire. Les lâches qui ne veulent rien sacrifier, ne vivent que parce qu’il y a des courageux, capables de tout donner. Une démocratie dégage une telle élite, et la suit, ou ne vaut rien.

 

Être ‘conservateur’, cela peut vouloir dire une chose et son contraire : ou bien être courageux, donner, créer, transmettre, avec les risques à la clé, ou bien se planquer toujours pour sauver sa peau, sa propriété, sa place et sa carrière.

 

La valeur de la vie n’est pas dans le plaisir, mais dans la joie. Le plaisir est toujours agréable, par définition, mais s’il n’est pas dans la joie, qui est différente, il est quelque chose d’agréable et triste, quelque chose de tristement agréable, et peut-être pas même quelque chose d’agréablement triste, comme est telle mélancolie.

 

Le pire, c’est que la seule façon de jouir pas trop tristement, quand on est lâche et sans création et sans transmission et sans joie, c’est de cracher sur le courage, pourvu que ce ne soit pas trop dangereux. 

 

« Sans amis, disait Aristote, nul ne choisirait de vivre » – mais précisons : « sans vrais amis », car nous avons tous beaucoup d’amis, quand tout va bien.

 

« Que sont mes amis devenus,

Eux que j’avais si fort tenus ? …

C’étaient amis que vent emporte,

Et il soufflait devant ma porte,

S’en sont allés. » 

 

Il faut du courage et quelques autres vertus pour tenir par gros temps le cap de l’amitié, ou de l’amour. Pas de bonheur sans amitié, et pas de véritable amitié sans ce minimum de vertu. Pas de vertu non plus sans exercice (en grec, sans ascèse), et pas d’exercice sans effort, ni privation. Pas d’effort et de privation sans un certain genre de souffrance. Et donc pas de bonheur sans ce genre de souffrance.

 

L’essence de la démagogie, c’est de dire le contraire : le bonheur, c’est de ne pas souffrir. La pierre de touche de la crédibilité, c’est de dire la vérité courageuse.

 

Alors, à qui se fier ?  

   

Souvenirs d'enfance. Musique

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Mise à jour le Samedi, 23 Avril 2011 22:43 Écrit par Henri Hude

Un après-midi en Bretagne

 

 

Pour la fête de Pâques, j’ai laissé mes sujets ordinaires de réflexion. Étant seul en Bretagne, ce Samedi Saint de l’an 2011, je suis allé me promener en voiture, non loin de Ploërmel, autour du Lac au Duc.

 

A un moment, ouvrant la radio, je tombe sur une émission (de Radio Classique), présentant les lauréats du dernier grand concours international Chopin de Varsovie.

 

Aussitôt, me revint en mémoire le souvenir de mon père, des longs moments qu’il passait assis à son piano, aussitôt qu’il était rentré de son travail. C’était là, et là seulement, que pour lui la vie commençait à prendre un sens.

 

Papa jouait admirablement Chopin. Il avait eu tous les prix de conservatoire et poussé assez loin ses études musicales, jusqu’à l’harmonie, le contrepoint et la composition. Il me reste de lui quelques partitions originales et délicieuses, mais je ne l’ai jamais entendu les jouer lui-même, sauf par un enregistrement que j'ai trouvé, après sa mort.

 

Je me rappelle aussi comment j’allais, enfant, discrètement m’installer sous la grande queue du piano. Là, je passais parfois une heure à l’écouter. Il improvisait, aussi. Je crois que c’est là que je suis devenu philosophe et, même, métaphysicien. Imbibé d'harmonie, je voyais les pieds de mon Père, mais je ne voyais pas son visage. C'est l'image de la condition humaine dans l'univers.

 

Or donc, tout cela m’avait en un instant traversé l’esprit, lorsque le présentateur cesse de parler, laissant place à la musique. Et là, étonnamment, coup sur coup, sortent les trois morceaux favoris de Papa.

 

Un lauréat, d’une sensibilité poignante, jouait une mazurka. Fut-ce une illusion ? Je l’ignore, mais pour ma mémoire, son jeu se rencontrait parfaitement, bien que d’une virtuosité plus grande, avec la façon dont jouait mon père. A ce moment, je me suis arrêté sur le bord de la route, sous les arbres, et, dans cet après-midi ensoleillé, j’ai revécu tous ces moments d’écoute, parmi les plus hauts de mon enfance que je croyais morte et oubliée.

 

Alors, dans les marges (le croirait-on !) d’un livre sur l’OTAN, j’ai jeté sans ordre les vers qui me venaient, comme des expressions pures, calquées sur la forme précise de mes souvenirs de nouveau vivants. Revenu à Coët, j’en ai gardé ce qui m’a semblé passable et j’en ai composé un poème, que je dédie au philosophe Michel Serres, qui vient de publier un livre intitulé Musique, que je n’ai pas lu encore, mais dont je l’ai entendu parler, ce qui m’a donné envie de le lire.  

 

 

Souvenirs d’enfance

 

A Michel Serres

 

Mon père m’a donné l’amour de la musique.

Il m’arma philosophe ainsi, sans le savoir.

Il ouvrit à mes yeux le monde énigmatique,

Eau, surface profonde, où se penche pour voir

 

Et tombe, à l’infini, l’enfant hors de la ronde.

Qui donc ouvre aujourd’hui les vannes au passé ?

La mazurka posthume en la mineur débonde...

Où donc est-il présent, celui qui m’embrassait ?

 

J’étais enfant, assis sous la queue du piano,

Et Chopin dévalait sous les doigts de mon père,

J’imaginais courir l’or pur de son anneau

Fuyant prestissimo des loups qui désespèrent.

 

Je ne pouvais pas voir les airs de son visage,

J’étais dans le secret et dans le clair-obscur.

Varsovie torturée dont il était l’image…

Pleure enfant : c’est ainsi qu’on retrouve un cœur pur.

 

Je ne voyais de lui qu’au travers de la lyre

Ses pieds, avec esprit, jouant au pédalier.

Je venais en cachette, ayant peur de son ire,

Comme un enfant perdu qu’écorche le hallier.

 

Je ne fixais jamais les traits de son visage.

J’aurais aimé des mots, du temps et des caresses.

Je ne lui ai pas dit, étant enfant trop sage.

Il n’a jamais voulu parler de sa détresse.

 

Ironique il était, se jouant du malheur.

Près d’une croix de pierre auprès du Lac au Duc,

Un courant de mémoire en l’océan du cœur :

D’un impossible amour les larmes ont le suc.

 

Sa main gauche posait une question si grave,

Sa droite illuminait une sphère si haute…

L’ange me conduisait sur la rive du Gave,

Où la Vierge sourit au dessus de la grotte.

 

Ces phalanges velues, ces taches de rousseur…

Comment des doigts si courts étaient-ils si agiles ?

Quel ange m’a par lui appris tant de douceur ?

Entre un père et un fils, parfois, c’est difficile.

 

Ses yeux étaient fermés aux ombres du mystère.

Il ne croyait pas même aux clartés de raison.

C’était par accident qu’il était sur la terre,

Et il n’avait d’espoir que pour cette saison.

 

Mais certains jours, pour moi, il levait le couvercle,

Et me donnait à voir la raison des effets ;

Et la gloire de Dieu, qui traverse les siècles,

Éclatait en silence en cet ordre parfait.

 

Ouverture sacrée de son âme agnostique,

Pour lui consolation d’un intime malaise,

Pour moi, doigts sur clavier comme encens sur la braise.

La colombe au vitrail du chevet catholique

 

Et Dieu dans les nuées, aux volutes du jeu.

La cathèdre emportée, comme le char d’Élie,

Colonne de ténèbre et colonne de feu,

La victoire de Dieu en trois jours qui délie.

 


Lac au Duc, Veille de Pâques, 23 Avril 2011

 

 

 

 

 

 

   

Entrevue avec un journaliste italien sur la Libye

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Mise à jour le Dimanche, 17 Avril 2011 11:41 Écrit par Henri Hude

Dans l'hebdomadaire italien Tempi, du 12 avril 2011, est paru un article de fond du journaliste italien Rodolfo Casadei, élaborant un entretien téléphonique que nous avions eu le 24 mars en fin d'après midi. J'ai repris le texte italien paru dans Tempi et je l'ai traduit et approfondi pour en faire l'article qui suit. Merci encore à Rodolfo et à Tempi de m'autoriser à le reprendre.

 

Q. : Des analystes italiens attribuent à Sarkozy un gigantesque dessein : intervenir en Libye pour substituer la France aux États-Unis dans l’alliance avec l’Arabie Saoudite ; à travers cela, restaurer une sorte d’hégémonie française sur une portion du continent africain en fonction d’une pensée antichinoise. Qu’en pensez-vous ?

 

R. : Pour être franc, l’action diplomatique et militaire de la France s’explique sans doute autant par des causes politiques internes que par de grandes raisons d’Etat. Le crédit du président Sarkozy est très bas dans l’opinion populaire, dans celle des élites économiques et des élites d’Etat.

 

Le président ne veut pas l’admettre, car il pense que c’est très injuste, et c’est pourquoi il est heureux de saisir les occasions de poser des actes susceptibles de restaurer sa stature d’homme d’État. Avec tout cela, je ne veux pas dire que le président n’aurait agi que dans l’intérêt de sa propre entreprise politique. Il est capable de décision audacieuse. Il estime sans doute que ce qu’il fait est aussi dans l’intérêt de la France. On ne peut pas non plus exclure un grand dessein.

 

Q. : Si c’est le cas, quel pourrait à ses yeux être cet intérêt de la France ? Et quel serait son dessein ?

 

R. : Si je devine bien, vos analystes italiens jugent que l’axe de tension déterminant sur le long terme, celui qui serait d’ores et déjà la clé d’interprétation objective des conflits, ce serait l’axe de tension sino-occidental. Dans ce contexte, il s’agirait de faire jouer à la France, en raison de ses liens historiques avec le monde arabe et en Afrique, un rôle important dans une vaste manœuvre occidentale, visant à empêcher la Chine de prendre le contrôle des gisements d’hydrocarbures et de prendre à revers l’Europe en s’installant en Afrique. La Libye aurait pu être à terme le Cuba de l’Europe. Mais une telle manœuvre ne serait pas d’abord française. Elle serait européenne, pilotée toutefois par l’alliance franco-britannique, les Allemands restant réticents, jusqu’à ce qu’ils finissent par suivre, peut-être.

 

De fait, les deux tiers des 30.000 Chinois installés en Libye ont été forcés de se retirer en Grèce, où la Chine avait déjà acheté le port du Pirée, comme elle voudrait acquérir la moitié du port de Lorient. La Chine juge profitable de soutenir les PME des politiciens européens en difficulté, comme elle achète les politiciens dans certains continents, en payant plus cher que nous. Il s’agit de détacher le plus possible l’Europe des États-Unis. Inversement, comme ces derniers sont forcés de réduire leurs dépenses militaires, il est de leur intérêt que l’Europe organise sa défense, réarme et assume la défense d’une partie du front antichinois. Le contrôle du pétrole reste dans cette rivalité l’objectif stratégique et politique majeur.

 

Dans cette hypothèse, les États-Unis se concentreraient sur le Pacifique et se contenteraient de surveiller le Pakistan et le Golfe persique, restant basés en Afghanistan. L’État d’Israël devrait davantage compter, à terme, sur l’Europe.

 

L’intérêt de la France ? Dans cette perspective, la France serait d’abord conçue comme une partie de l’Europe, elle-même partie d’un bloc occidental, son intérêt étant solidaire de celui de ce bloc, dont la solidité tiendrait à l’unité de vues entre les deux moitiés de l’empire occidental, les États-Unis restant le facteur unificateur et dominant par l’intermédiaire de l’OTAN.

 

Q. : Cette vision n’est-elle pas trop macro-politique ? Où sont là dedans les problématiques régionales particulières du monde musulman ?

 

R. : Je me réfère à la pensée de vos analystes. La question de l’hégémonie est toujours la question dominante. Les Américains ne pensent qu’à la Chine, comme les Anglais ne pensaient qu’à l’Allemagne en 1900. L’Europe de la défense se fera sans doute, parce que les Américains ont aujourd'hui besoin de l’Europe, comme les Anglais avaient en 1900 besoin de la France. 

 

Les pays arabes, ou musulmans, et les mouvements islamistes, dans ce champ de forces, sont, en même temps, des acteurs ambitieux, voire enthousiastes, et cependant plus des enjeux que des acteurs.

 

Dans ce sous-système, la polarité majeure est celle de l’Iran et de l’Arabie Saoudite. Ces deux États, ennemis jurés par différence de religion et par rivalité de pouvoir, sont solidaires dans leur rejet de la démocratie. Chaque régime a besoin de s’opposer à l’autre pour subsister, bien qu’ils ne puissent subsister l’un sans l’autre. Et nous qui soutenons la démocratie, soutenons l'un contre l'autre...

 

Les autres pays se situent par rapport à ce couple de puissances principales, la Turquie essayant de trouver sa place comme elle peut. Et en chaque pays, la structure clanique et les clivages religieux se combinent avec la tendance profonde à l’occidentalisation pour produire des dynamiques à chaque fois singulières, en interactions imprévisibles.

 

Q. : On a l’impression que vous hésitez dans votre interprétation. Les dirigeants occidentaux agissent-ils en politiciens ou en hommes d'État? 

 

R. : Il y a toujours matière à une telle hésitation. Les vrais hommes d’État prennent même les petites décisions en relation à de grandes raisons d’État. Les politiciens sans valeur, eux, prennent même les grandes décisions d’État en fonction de minuscules intérêts privés ou personnels. Les hommes publics de niveau médian agissent selon les deux logiques à la fois, en proportion variable, selon leur degré de médiocrité.

 

Mais même quand un grand responsable décide pour des raisons médiocres, ses motifs rencontrent presque toujours une grande logique d’État. C’est pourquoi il n’est pas impossible de lui prêter une grande pensée, même s’il n’a agi que par calcul égoïste, ou n'a considéré les raisons d'État qu'en second plan. Hegel appelle cela « la ruse de la Raison ».  

 

Elle n’est pas nouvelle, mais les conditions hypertechniques poussent aujourd’hui la démocratie aux extrêmes. La politique démocratique, en régime postmoderne, se déploie sans conviction forte, sous brouillage vidéo-médiatique et sous contrôle du « politiquement correct ». Nos démocraties sont vouées ou à descendre dans la grande médiocrité, soit à survivre et à durer en reconnaissant les hommes d’État. Il y a de grands enjeux l'an prochain. 

 

   

Le concept de défense

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Mise à jour le Lundi, 11 Avril 2011 12:18 Écrit par Henri Hude

Il importe avant tout de nous réapproprier le langage. Cela suppose de rentrer dans l’épaisseur de son histoire. Comme je préparais une conférence pour des journées d'étude sur la défense européenne, à Rennes, j'ai écrit un court texte que je ne lirai pas vendredi, mais que je livre à votre réflexion.

 

Je propose, notamment aux militaires, de jeter un bref regard sur les intuitions que renferment les mots « défense », « defence », et « Verteidigung ». Le latin et les langues romanes disent clairement le « quoi », l’anglais suggère le « comment » et l’allemand rappelle le « pourquoi » de la défense. Bel exemple de complémentarité des esprits européens. Je n’ai pas pu faire la recherche pour le polonais « obronna », et pour les autres langues slaves, mais je serais heureux qu’on m’instruise.

 

 

La défense

 

 

Le verbe latin « fendere » signifie « heurter, choquer ». Il porte l’idée de choc, accidentel ou intentionnel. Par composition, il a donné trois mots : infendere, defendere, offendere. Infendere signifiait heurter en attaquant (« Attacher » et « attaquer » sont des doublons. L’italien ne les distingue pas. Attaquer, c’est venir au contact, se coller, s’attacher à l’adversaire, s’y imbriquer). Defendere, c’est heurter pour bloquer, écarter, parer, « protéger »,  « couvrir ». Offendere, c’est plus objectif, c’est heurter un objet, ce qui se tient là-contre, devant nous, comme une pierre sur le chemin. Si le heurt est intentionnel, il y a « offense » envers quelqu’un qui serait sans doute à « défendre ». Les langues romanes, étudiées dans leur origine, procurent le concept clair d’une fonction « défense » à trois variables : qui défend qui contre qui ?

Conséquences : il n’y a pas de défense sans 1° acceptation courageuse de l’idée de choc ; 2° sans désignation plus ou moins explicite d’un ennemi ; 3° sans désignation d’un protégé.

Autre conséquence : si X se défend lui-même contre Y, sa défense est une autodéfense. Si X défend Z contre Y, sa « défense » a forcément un caractère offensif.  

 

 

The defence

 

 

Le mot anglais suggère le « comment ». L’anglais « defence », qui s’écrit avec un ‘c’, est à rapprocher de « fence », qui signifie une clôture, une barrière. La défensive est symbolisée par la construction d’une barrière. Mais « defence » est aussi à rapprocher de « to fence », « fencing », l’escrime, le jeu martial avec fleuret, sabre ou épée. Si l’escrimeur se contentait de parer, il finirait toujours par succomber à une dernière attaque. La défense n’est possible que par la contre-attaque, tellement foudroyante parfois qu’elle semble avoir prévenu l’attaque. La guerre comprend défense et attaque, inséparablement.

C’est pourquoi le terme français ou anglais de « défense », dans son usage actuel, est un mélange entre un concept latin parfaitement clair et un terme « politiquement correct », qui évite de prononcer le mot « guerre ».  

 

 

Die Verteidigung

 

 

Le mot allemand indique l’âme et le « pourquoi » de la défense. Verteidigen, défendre, die Verteidigung, la défense, vient du moyen haut allemand tatedingen, qui signifie plaider devant un tribunal, arranger par accord ou arbitrage. Le mot vient lui-même du moyen haut allemand tagedinc, qui signifie un procès fixé pour un jour (der Tag) déterminé. Le préfixe « ver » signifie à la fois l’intensification et la contradiction. (Etymologisches Wörterbuch der deutschen Sprache, Friedrich KLUGE, 1899, Traduction anglaise, Etymological dictionary of German language, p.377) En vieil allemand, défendre, c’est d’abord plaider, ensuite tirer l’épée. En latin, plaider, c’est d’abord tirer l’épée, secondairement plaider. N’y a-t-il pas là un choix moral ?

 

 

La guerre et la politique

 

 

Nous sommes familiers de l’idée que la guerre entre attaquants et défenseurs est une continuation de la politique. Et par politique, nous entendons d’abord inconsciemment le pouvoir exécutif. Et cela explique la brutalité contre-productive de certaines de nos politiques, ou, par contrecoup, notre impuissance à user de la pleine force, quand il le faudrait.

Si nous retournons aux intuitions plus anciennes de nos langues, nous comprenons que gouverner, c’est juger. L’épreuve de forces se situe donc encore à l’intérieur d’un dialogue entre demandeurs et défendeurs dans un procès qui reste soumis à l’idée de justice. La solution de force, qu’elle ait ou non le caractère d’un jugement de Dieu, est encore une façon de dégager une décision qui ne saurait être détachée de toute référence à la justice et au raisonnement au sujet de ce qui est juste.

Plaider dans un conflit la cause d’une unité politique active, de son pays par exemple, c’est faire appel à la loi : loi internationale, droit des gens, loi morale. Défendre, c’est donner au juge des raisons de penser que nous avons raison, si le plaidoyer ne se limite pas à un discours du cynisme, qui est toujours immoral, puisqu’il est menteur. Et la façon de combattre, et plus largement de concevoir la préadaptation d’ensemble de nos sociétés à de possibles combats, est la meilleure façon de plaider d’une façon convaincante.

 

 

Force morale et force de la morale

 

 

La première force qui permet à un être honnête de se défendre, c’est son accord avec sa conscience. Les gangsters se moquent de la morale et n’arrêtent pas d’en abuser pour culpabiliser les honnêtes gens, qu’ils prennent pour des faibles et des imbéciles. Il est vrai que l’honnêteté (l’honneur de la conscience) réduit extérieurement la liberté d’action immédiate et handicape intérieurement les honnêtes gens, sincères, aussi longtemps qu’ils n’ont pas clarifié leurs idées au sujet du rapport entre la justice et la force.

Avoir un regard éthique sur la défense, c’est comprendre que le point de vue éthique est déjà au cœur d’une défense complète, si l’on aspire à vivre sans utopie dans une société régie par un minimum de morale, y compris dans ses relations internationales. C’est placer la conscience au cœur de la défense comme une force qui plaide. Et c’est aussi, par conséquent, imaginer une défense éthique.

 

 

L’intelligence européenne

 

 

Il y a dans ces trois origines, dans ces trois langues, un enseignement riche et profond quant à la complémentarité des peuples de l’Europe. Il est juste de noter que la racine allemande est des trois la plus profondément éthique.

Cette complémentarité est aussi celle des grandes vertus. Il est en effet impossible de défendre sans courage, c'est-à-dire sans accepter le choc, l’épreuve de force avec l’adversaire (fendere). Mais cette épreuve de force sera victorieuse si nous sommes prudents et mettons en œuvre les moyens de la fortification et de l’escrime (la tactique du duel). Enfin, aussi courageux et prudents soyons-nous, nous devrons être justes et éloquents, et ne jamais cesser de plaider notre cause.

 

 

Langage, cultures, nations

 

 

Ces mots plongent dans notre histoire, et nous nous tournent vers les racines de notre être collectif. Ils nous replacent dans la vérité de notre être, qui se dévoile dans la culture et la langage. Ce que nous avons à défendre, c’est ce sens du bien qui s’est dévoilé, et qui est au cœur de notre culture, par laquelle il y a moyen de vivre et d’agir comme communauté politique digne et cohérente. 

 

 
   

Démocratie durable. Une question de survie

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Mise à jour le Dimanche, 03 Avril 2011 14:07 Écrit par Henri Hude

Je donne aujourd’hui le texte d’une interview recueillie par Adélaïde Pouchol, et parue dans le numéro 1489 du  bimensuel catholique L’Homme nouveau, en date du 12 mars 2011, pp. 18-19.   

 

Q. : Vous avez publié Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, en juin 2010. Pourquoi avoir choisi ce titre qui met en avant la notion de guerre alors qu’à la lecture de votre livre, il semble que la culture et l’idéologie du « Politiquement Correct » soit au centre de votre réflexion ?

 

R. : Mon ouvrage est d’abord sur la démocratie, et sur la culture politique nécessaire à une démocratie. La réflexion sur la guerre est ce qui permet l’avancée de la réflexion.

Une démocratie raisonnable, durable (ce qu’Aristote appelle une politeia), ce n’est pas une idéologie jointe à des pratiques électorales. C’est d’abord, l’infrastructure socioéconomique  de classes moyennes prospères : patrons de PME et leurs salariés, les uns et les autres assez éclairés pour comprendre la solidarité de leurs intérêts.  

C’est ensuite une authentique culture politique, non idéologique. Si vous n’avez ni culture sérieuse, ni classes moyennes, la démocratie est une idée en l’air qui ne marche pas. Ce qu’on appelle le « politiquement correct », que je définis scientifiquement, n’est pas au niveau de ce que requiert une démocratie durable. Combiné à l’irrationalité médiatique, il empêche de gérer sérieusement les affaires d’Etat.

 

 

Q. : Votre réponse me fait penser à Tocqueville écrivant sur La Démocratie en Amérique. 

 

R. : Juste. Nous devons redéfinir la démocratie, non nous contenter de réagir à des définitions déficientes. La démocratie est la forme normale que tend à prendre, sauf obstacles, une société qui se développe. Un peu comme dans une famille : la croissance des enfants change peu à peu les rapports initiaux de stricte subordination aux parents en rapports plus égalitaires, le respect restant sauf. Il n’y a là rien que de normal.

 

Q. : Soit, mais la question de l’idéologie du « Politiquement Correct » est quand même au centre de votre réflexion.

 

R. : C’est un livre politique, pas simplement sur les principes. Les analyses culturelles y visent à la fois l’universel valable de tout temps et la singularité du monde contemporain. En effet, j’écris pour des décideurs et des citoyens, pour la future classe politique, le jour où, devant l’ampleur des défis, la classe moyenne décidera de se mobiliser autour de chefs sérieux, ayant une vraie vision et capables de la promouvoir pour assurer notre survie.  

L’idéologie politiquement correcte et l’émotivité médiatique ont pour noyau commun le vague relativisme de toutes les opinions et valeurs, grossière erreur philosophique. Au reste je montre, en développant les analyses de Hobbes, qu’il ne s’agit pas d’abord de thèses philosophiques. Ces positions « PC » se rattachent d’abord à une dynamique de la peur : peur de la vérité, peur du bien, peur du réel, peur de l’autre. L’érosion des principes classiques aboutit à une culture d’impuissance : la démocratie devient ingouvernable, irréformable, autant qu’indéfendable – donc, non durable.

Une démocratie durable doit être une démocratie défendable, dans un monde dangereux, où les dictatures sont majoritaires. Avec le « politiquement correct », vous êtes emporté à faire la guerre de façon irréfléchie à tous les (petits) dictateurs de la planète, et vous êtes psychologiquement incapables de voir revenir les cercueils une fois que vous êtes entré en action. Le monde devient trop dangereux pour continuer ce jeu. Il faut penser la guerre, à froid, autrement elle vous cueille en état d’impréparation.

Le relativisme vague du politiquement correct ne connait pas, ne veut pas connaitre, de contradiction. La guerre est une contradiction en acte.

 

Q. : Penser la guerre, c’est peut-être d’abord penser la paix. Comment la définissez-vous ?

 

R. : Vous êtes-vous demandé pourquoi les hommes se font la guerre ? Hervé Coutau-Bégarie nous rappelle que la guerre est un phénomène humain universel dans le temps et l’espace, toute société connue étant passée de nombreuses fois par cet état. Au-delà des nombreuses raisons invoquées pour faire la guerre (politiques, économiques ou culturelles), il existe une cause plus radicale, sinon on ne comprendrait pas comment la négociation échoue si souvent.

La guerre est pour une partie de nous-mêmes une fin en soi. On peut l’expliquer diversement, mais c’est parce qu’il y a dans l’homme ce désir de faire la guerre pour faire la guerre, qu’il n’y a aucune raison de croire qu’elle cessera jamais, sauf conversion universelle et radicale. Pour ne pas faire la guerre, il faut d’abord se vaincre soi-même. Il faut aussi du courage, pour opposer aux violents une force maîtrisée.

 

Q. : Alors quel doit-être le rapport de l’Etat à l’armée ?

 

R. : L’Etat doit prendre la mesure du problème de la guerre. Au-delà des aspects techniques, politiques et militaires, il y a la libido dominandi. L’orgueil humain n’obtient jamais d’un égal et d’un ami, d’un frère, la forme de reconnaissance qu’il peut obtenir d’un vaincu.

La violence dominatrice ne cède qu’à une puissance supérieure. Il n’y en a qu’une de même rang, c’est le désir de l’Absolu. Sa présence dans la culture est seule à même d’étouffer la volonté de puissance qui voudrait s’absolutiser. De là l’importance de la religion, qui est cependant aussi, parfois, cause et motif de guerre.  

 

Q. : Vous parlez de religion, un terrain miné à l’heure de la laïcité…

 

R. : L’Etat ne peut se désintéresser de la religion au sens large car l’homme est un animal religieux. Cela veut dire : chez lui, la case de l’Absolu n’est jamais vide. C’est pour cela que l’homme est violent, quand l’orgueil dominateur investit le désir d’Absolu. Soit donc l’homme fait violence hors de lui-même par la guerre, soit il se fait violence pour se vaincre lui-même. C’est le sacrifice. Cette victoire intérieure n’est que frustration, si elle n’est pas un accomplissement par lequel l’homme passe au-delà de ce monde.

L’homme est belliqueux dans la mesure où il n’est pas mystique et sacrificiel. René Girard est profond sur ces sujets. L’Etat doit reconnaitre la nécessité de la régulation religieuse de la violence et donc accorder en son sein une place aux religions qui rendent ce service.

Toutes les religions rendent-elles un tel service, ou certaines ne font-elles pas plutôt le contraire ? En tout cas, toutes les religions peuvent être capturées un jour par des passions mauvaises. C’est dans de telles situations que le décideur et son jugement prudentiel ont toute leur importance.

 

Q. : Et justement, quel doit-être ce décideur ? Que pensez-vous du philosophe-roi, un beau programme pour vous qui êtes philosophe !

 

R. : Je crois nécessaire la division du travail et la division des pouvoirs. La tentation du Pape est de se faire Empereur, la tentation de l’Empereur est de se faire Pape. Le roi veut être philosophe et inversement… Tous doivent coopérer, chacun à leur place, au bien commun. Certes, pour construire sa pensée politique, le philosophe doit se demander ce qu’il ferait s’il était roi.  

 

Q. : Vous attribuez aux médias une très large part de responsabilité dans la prégnance du Politiquement Correct et par là, de l’échec du pouvoir en Europe. Faudrait-il envisager une certaine forme de censure ?

 

R. : C’est une question de simple logique. Quel est le sens de cette exubérance irrationnelle dans la sphère de l’information, qui affaiblit  et décervèle la démocratie, seule structure, pourtant, qui puisse intégrer en elle-même une information libre ? Une contradiction. Qu’est-ce qu’une démocratie sans pouvoir politique sérieux ? Une impuissance qui ne peut durer. Qu’est-ce qu’une démocratie où le Léviathan médiatique usurpe le pouvoir ? Une théocratie de l’idéologie, un cléricalisme des gens de médias. A la fin, nous avons une action inadaptée, l’échec.

Le pouvoir des classes moyennes appelle des conditions culturelles sérieuses, du bon sens, de la vision, une morale des vertus qui trouve le juste milieu. Dans une politeia, on raisonne, on prend le temps de considérer les faits et de s’élever à l’essentiel. Aujourd’hui, un raisonnement de plus de vingt secondes n’est pas recevable par les médias télévisuels. Ces médias tuent la raison dans le peuple. Il faut donc changer ces médias, où ils tueront la démocratie, car il n’y a pas de démocratie durable sans la raison.

 

Q. : Vous pensez à une rationalisation de la sphère médiatique ?

 

R. : Certainement, et c’est dans l’intérêt des médias eux-mêmes. Plus que d’une rationalisation, ils ont besoin d’une véritable révolution éthique pour retrouver leur légitimité. Peut-être aussi leur rentabilité. 

 

Q. : Venons-en maintenant à l’Europe, c’est tout de même le sujet de votre livre ! Pourquoi vouloir qu’elle se pare d’un plus grand rôle dans la politique mondiale ?

 

R. : Il n’y aura pas de paix sans équilibre et il n’y aura pas d’équilibre sans une troisième puissance, entre les USA et la Chine. Cette puissance ne  peut être que l’Europe. Les autres grands peuples ne réunissent pas l’ensemble des facteurs pertinents pour un tel niveau de puissance. L’Europe a donc la devoir de devenir un tel pouvoir. Le devoir est une force, il donne la légitimité, en faisant du pouvoir un service du bien commun.

Il y a aujourd’hui un bien commun du genre humain. Mais un unique pouvoir universel comporte des risques insupportables de despotisme. Inversement, l’ONU devient une impuissance politiquement correcte qui laisse subsister l’anarchie. Si l’on arbitre entre ces risques, on arrive à l’idée d’un mixte entre l’assemblée des peuples, le concert des grandes puissances et un G3, tolérable si l’on a par ailleurs une vraie culture morale civilisée, et une culture politique de subsidiarité, plus toute une vision pour l’avenir du monde et de nos pays. L’Europe pourrait stabiliser l’équilibre mondial en empêchant un affrontement bipolaire largement prévisible. Nous avons le pouvoir de faire le bien, donc nous devons le faire.

 

Q. : Comment l’Europe pourrait-elle y parvenir ?

 

R. : Remplacer le « politiquement correct » par une pensée politique sérieuse. Opérer une réforme éthique des médias. Rendre ainsi au politique sa légitimité, la confiance et du pouvoir. Gérer sérieusement nos affaires en nous focalisant sur l’emploi, c'est-à-dire sur les PME et les classes moyennes, au lieu de tout sacrifier à des lubies politiquement correctes. Remettre la politique à son juste niveau. Devenir une puissante alliance militaire européenne, sans laquelle notre diplomatie est impuissante.

La France n’est pas sans la grandeur. C’est vrai pour tous les principaux pays de l’Europe. La grandeur, pour elle, pour eux, se trouve là. Il est temps de rentrer dans l’Histoire.   

 

   

L’Europe de la Défense. Un plan B pour l’Europe

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Mise à jour le Dimanche, 27 Mars 2011 08:20 Écrit par Henri Hude

La France et l’Allemagne

 

 

Si dans deux ans il ne restait rien de l’Europe à laquelle nous avons été habitués, quelle vision politique nous resterait-il pour l’avenir ? Car malgré nos désaccords, l’Europe est pour tous une nécessité de l’avenir. Si l’Europe économique s’éclipse, il nous faut un plan B.

 

Plusieurs grands pays européens peinent à rentrer dans le cadre de Maastricht. Comment pourrait-on les y forcer ? Lourdes incertitudes sur l’avenir de l’Euro. Les uns voudront une forme d’inflation ; les Allemands s’y opposeront. Le couple franco-allemand va faire chambre à part en matière financière. Le populisme antiallemand peut devenir la bouée de sauvetage de politiciens à la dérive.

 

Soyons justes. Personne ne nous a forcés à signer le Traité de Maastricht, puis à ne rien faire pendant 20 ans pour nous préparer à tenir la mer. L’Allemagne l’a fait, pas nous : elle réussit mieux. Bien sûr, le traité de Maastricht, c’était l’adoption par tous du modèle allemand. L’Allemagne en a tiré des avantages (et nous, des facilités). Si nous ne voulions pas de ce modèle, pourquoi donc avons-nous signé ce traité ?

 

Nos systèmes étant solidaires, les problèmes des uns deviennent ceux des autres. La pression anti-libre-échange va sans doute s’accroître. Chacun voudra l’Euro pour soi, avec d’inévitables disputes. 

 

L’Europe, c’était d’abord la réconciliation franco-allemande et la solidarité économique des deux pays. Mais une vision de plus en plus économiste faisait l’impasse sur le politico-militaire. Une image consensuelle et pacifiste de la vie internationale. Ce rêve semblait crédible, parce que les Américains nous permettaient de dormir et qu’il n’y avait personne pour nous réveiller en sursaut. Qu’en reste-t-il, dans notre surendettement et avec la guerre à nos portes ? Et dans deux ans ?

 

 

L’Europe et les Etats-Unis

 

 

A moins de renoncer à l’idée européenne, il nous faut sans délai une vision alternative pour l’Europe. Mais qu’est-ce qu’une Europe qui n’est pas d’abord gestion de l’économie et de la monnaie ? Une Europe politique et militaire.

 

Au service de la paix ? Certes oui. Mais une politique de paix, ce ne sont pas d’abord des leçons de morale, ni une simple action humanitaire. C’est la maîtrise de la violence grâce à l’imposition d’un droit par la force. La politique, c’est la force au service d’un droit. La vision alternative pour l’Europe, c’est d’être un pouvoir mondial au service du droit et de la paix. L’Europe de la défense, c’est le ticket d’entrée pour cette politique.

 

Si les Allemands ne rejoignent pas cette vision alternative, l’Europe est probablement finie pour un temps. Pas d’illusion : il est peu probable qu’ils la rejoignent. Ils tenteront plutôt de préserver une Europe réduite, où subsistera leur vision.  

 

D’ailleurs, en tout cas en France, on ne voit pas qui serait en mesure de porter ce projet.

 

On ne voit pas non plus comment y croire. L’Europe ne peut pas se défendre, parce qu’elle n’est pas une Nation et que ses peuples n’en ressentent pas le besoin, faute de croire aux menaces. Et les USA s’en chargent. Mais tout cela va sans doute changer.

 

 

Les révolutions à nos portes

 

 

Supposons que l’Histoire se répète tant soit peu. Alors, dans les pays arabes, après la période sympathique de révolution libérale, les revendications sociales vont se tendre, la lutte des classes éclater. L’instabilité peut finir par l’établissement de régimes autoritaires : non le retour des dictatures traditionnelles, car l’islam est érodé par la vulgate postmoderne immanente aux technologies de l’information. Mais des dictatures démocratiques, soumises à l’opinion, comme celle de Napoléon III, ou de Mussolini. Prêtes à se lancer dans des aventures extérieures extravagantes, pour calmer l’opinion, qu’elles ne peuvent piloter. Et est-ce que nos démocraties elles-mêmes, affolées par leur vie dans l'imaginaire médiatique, ne sont pas en train de devenir aussi extravagantes ?

 

Ne parlons pas des déséquilibres croissants au-delà du monde arabe. L’OTAN, instrument utile à l’exécution des décisions de l’ONU, suppose que celle-ci fonctionne. Elle ne le peut que si aucun des Grands n’en bloque le fonctionnement.

 

Les Etats-Unis, de plus en plus, ne s’intéresseront à l’Europe que si celle-ci est un véritable pouvoir. Ils ne voudront plus assurer seuls la sécurité de l’Europe. L’Europe de la Défense doit devenir un véritable pilier indépendant lié à l’Amérique à égalité, ou l’OTAN ne fournira plus de garantie crédible.  

 

 

Rentrer dans l’Histoire

 

 

Si l’Europe, ou au moins un groupe de plusieurs pays en Europe, décidait d’être un pouvoir et de se défendre, se mettrait en marche une logique qui ferait de nous une véritable union, ayant forme d’alliance, dépassant la contradiction entre souverainistes et fédéralistes. La défense commune n’est pas un problème plus insoluble, mais le contenu principal de la politique commune et la règle de construction d’une plus profonde union.

 

Si l’Europe veut se défendre, il lui faut des leaders d’une autre classe. Finis la « com » et le politiquement correct. L’avenir requiert de placer la politique à son juste niveau. Celui d’une démocratie durable.

Henri Hude


 

 

   

Le conservatisme à l'heure du Tea-Party

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Mise à jour le Samedi, 19 Mars 2011 13:00 Écrit par Henri Hude


La Fondation pour l’innovation en politique (Fondapol) vient de publier une Note sur le Tea-Party, qu’elle m’avait commandée à la fin de mon séjour aux Etats-Unis.

 

Une courte présentation vidéo de cette note sur le Tea-Party est disponible sur fondapol.org.

 

La Fondation de service politique m’a aussi invité à faire une conférence sur le Tea-Party à Paris, à l’espace Bernanos, le 9 février 2011. La vidéo de cette conférence est disponible sur Internet.

 

L’étude du Tea-Party est extrêmement suggestive pour nous Français, en ce moment. Nous sommes peut-être, au début d’un cycle politique plus conservateur et nous pouvons nous demander où cela pourrait nous mener, dans quelles directions, bonnes ou mauvaises.

 

L’étude du Tea-Party, du conservatisme américain, en nous aidant à réfléchir sans trop de passions, nous aide à dépoussiérer nos esprits de quelques habitudes trop chères, aux deux sens du mot. Regarder hors de nos frontières nous évitera aussi de nous renfermer dans des usages et querelles trop « franco-français ». L’étude du Tea-Party, et de la démocratie en Amérique, est indispensable en tout cas pour nous faire progresser sur la question du « conservatisme ».

   

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