Henri Hude

Où en sont les Valeurs ? Post n°10. Sur l'impuissance des pouvoirs en démocratie postmoderne

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Mise à jour le Samedi, 10 Décembre 2011 14:50 Écrit par Henri Hude


Comment expliquer la relative impuissance du pouvoir politique en démocratie postmoderne ?


 

L’impuissance relative du vieux Léviathan (l’Etat) n’a rien à voir avec la modicité de son volume. Son obésité est en général inversement proportionnelle à sa puissance effective. Faute de pouvoir diriger l’essentiel, il se complaît dans le secondaire. 

 

Le logiciel PC postmoderne incorporant comme on l’a vu la contradiction (il est vrai que [A et non A]), il devient possible de décider n’importe quoi, ou rien du tout, voire tout et le contraire de tout. L’important est que les décisions absurdes puissent être présentées sous couvert du politiquement correct. La décision politique (au moins dans la sphère du débat public) perd évidemment tout repère rationnel.

 

La rationalité peut subsister hors espace public. Mais à l'intérieur, l'argumentation ne sert plus à rien, la persuasion devient manipulation. Dans ce vide de culture politique, la démocratie « relativiste-absolutiste » hésite entre l’impuissance et le retour de l’arbitraire. Elle cesse d’être un régime durable et sérieux. Car comment gouverner, réformer et défendre, sans faire appel à la raison ? Il importe peu ici qu’un débat soit ouvert et transparent, puisque les interlocuteurs n’ont en réalité rien à prouver et que leurs arguments ne font rien de plus qu’envelopper clairement dans des prétextes PC l’arbitraire de leurs prétentions.

 

La décision impossible et le retour de la violence

 

 

Quand les choses en sont là, la société hésite entre un difficile compromis entre les arbitraires, et un effrayant retour de la violence. Comment en arrive-t-on à un tel dilemme ? Parce que la règle d’autonomie est entendue hors raison et que la contrainte est mise hors la loi. Dès lors tout tricheur et tout abusif ont la liberté de bloquer indéfiniment le système entier. Et la force sans raison (la violence) semble la seule autre option, quand a échoué la discussion sans raison (le débat PC).

 

En Raison, une loi universelle de liberté requiert une force légitime, capable d’imposer l’exécution de la loi à ceux qui voudraient y contrevenir. L’idée de droit n’est aucunement alors en contradiction avec celle de force publique et de contrainte légale, mais seulement avec celle de violence. Ainsi, comme disait Georges Pompidou, « gouverner, c’est contraindre », y compris et d’abord, en démocratie.

 

Par contre, entendu hors Raison, le respect de l’autonomie n’est plus qu’un respect de l’indépendance arbitraire, précepte d’impuissance, criminalisant a priori tout recours à la force, imposant la négociation à l’infini, remplaçant  le gouvernement des lois par l’affirmation des privilèges, et instituant de fait le liberum veto individuel ou collectif. Le Léviathan civil, même constitutionnel, est du coup presque aboli. L’état de nature est virtuellement rétabli, et le serait effectivement, s’il n’y avait le Léviathan médiatique et son pouvoir d’imposer des valeurs absolues en même temps que le relativisme dogmatique.

 

Arbitraire ou impuissance

 

 

Arbitraire ou impuissance. Tel étant le dilemme, la société va hésiter. La compatibilité des libertés arbitraires se réalise forcément dans un premier temps au profit d’un statu quo indéfini, devenu irréformable. L’endettement est en général la solution et la conséquence du statu quo.

Mais l’absence de réforme aboutit à des situations intolérables, que seule fait alors bouger une soudaine poussée de violence, tout aussi arbitraire et irrationnelle, appuyée sur l’affirmation symétrique de la légitimité de la force pure. La violence sociale s’exerce ainsi, alternativement, aléatoire et arbitraire, de haut en bas, ou de bas en haut, toujours sous couvert de démocratie et de tolérance, ou de loi et d’autorité républicaines, et d’autres grands mots qui ne recouvrent jamais que la violence en l’absence de la Raison. Cette violence le plus souvent n’est pas physique, mais elle demande des mises à mort symboliques, des excuses publiques, des démissions immédiates de responsables – le tout au gré de la météo capricieuse des émotions. 

 

 

Où en sont les Valeurs ? Post n°11. Libéralisme et anarchie. Démocratie et "état de nature"

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Mise à jour le Lundi, 12 Décembre 2011 09:52 Écrit par Henri Hude

Pourquoi l’idéologie libérale a-t-elle évolué vers l’anarchisme et la démocratie vers « l’état de nature »?

 

Les idéologies se donnent pour mission d’assurer le règne de la Liberté. L’essence de l’idéologie libérale postmoderne (de l’idéologie privatiste) a été dégagée avec rigueur par le philosophe américain Richard Nozick (dans son livre Anarchy, State and Utopia). Il s’agit de maintenir la société à la limite de l’anarchie et de considérer l’Etat comme une agence privée au service d’une association libre d’individus. Ce libéralisme idéologique n’est pas si éloigné de l’anarchie, terme que reprend Nozick à juste titre. Le communisme méconnaissait ce qu’il y a de personnel dans l’homme et posait la base d’un collectivisme totalitaire. L’idéologie privatiste méconnaît ce qu’il y a de communautaire dans l’être humain, et pose la base d’un individualisme anarchique.

 

Comment s’étonner de voir réapparaître alors des demandes d’identité commune, qualifiées de « populismes » ? Leur forme radicalement particulariste est plus cohérente que les valeurs absolues PC avec une pensée relativiste PC. Le populisme est donc probablement une autre version de l’idéologie privatiste : non plus le privatisme individualiste des privilégiés, mais le privatisme collectif des futurs prolétarisés. Si l’on veut sortir du populisme, il faut sortir du privatisme. Et cela veut dire : retrouver critiquement la raison et un concept fort de la vérité. 

 

Il reste que le totalitarisme s’est discrédité par ses abus, et que, par conséquent, l’idéologie libérale dispose d’un accès privilégié dans tous les esprits modernes. Mais la dégradation de la raison prive le libéralisme de la forte armature morale, dont il a pourtant besoin pour fonctionner et pour ne pas devenir une idéologie.

 

 

La culture d'une démocratie durable

 

 

Qu’est-ce qui pourrait rendre fonctionnelle l’« utopie » de Nozick ? La culture d’une démocratie durable. Celle-ci reconnaît dans la liberté une autonomie rationnelle, ou quelque chose de fonctionnellement analogue. Autrement dit, elle ne voit dans l’indépendance que l’aspect négatif de la liberté, sa substance positive étant l’autodétermination du vouloir par la Raison, ou par la loi divine – Dieu, ou la Raison, étant ici, bien sûr, l’Absolu qui permet la moralité en permettant de relativiser des intérêts empiriques toujours prêts à s’absolutiser.

 

Dans une démocratie durable, la liberté est reliée aux valeurs par le devoir, les valeurs sont fondées dans l’absolu, et l’individualisme se trouve équilibré par des communautés.

 

Mais l’usure ou la censure de toutes les traditions sont extrêmes. La démocratie libérale, en régime PC, se caractérise, de plus en plus, par l’impuissance du Pouvoir et l’arbitraire de tous, c'est-à-dire se distingue de moins en moins de « l’état de nature » hobbésien.

 

La raison pour laquelle nous sortirons très certainement de la démocratie postmoderne est cette peur qui, depuis toujours, fait sortir l’homme de « l’état de nature », pour le faire rentrer dans l’état civil, dans la mesure où la peur du pouvoir ne le fixe plus dans l’état de nature. Et si le libéralisme s’est trop identifié à cet « état de nature », il en ira de lui comme du communisme : il se sera rendu impossible tant que vivront ceux qui l’auront connu.

   

Où en sont les Valeurs ? Post n°12. Le monopole du libéralisme comme idéologie est-il absolu et durable ?

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Mise à jour le Samedi, 10 Décembre 2011 14:22 Écrit par Henri Hude

L'déologie libérale (ou plutôt le libéralisme postmoderne, devenu une nouvelle idéologie) paraît aujourd’hui la seule idéologie qui puisse survivre, mais est-ce bien sûr ? Il y a du pour et du contre.  

 

Le libéralisme idéologique peut durer

 

Du pour : de plus en plus de gens disposent d’un certain accès à la technique, dans tous les pays. Or la technique suggère l’idée d’un individu très savant et puissant, connecté, enraciné uniquement dans le réseau de l’universalité, etc. Cet individu se sent, ou se croit, assez fort pour se passer des autres. Ainsi s’installe une ambiance d’individualisme absolu, où le réflexe antitotalitaire (et, en ce sens, libéral) est bien plus naturel que le réflexe jacobin ou socialiste.

Tant que l’individu ne souffre pas des effets violents d’un retour progressif à « l’état de nature », les pouvoirs solides, ou les communautés politiques fortes, lui paraissent dangereux, superflus et injustes par essence.  

L’individu, tant qu’il reste prospère et sans inquiétude, ne comprend même plus comment des idéologies totalitaires pouvaient être enracinées dans cette même logique de vie dans la Liberté, qui porte tout le monde aujourd’hui au seul libéralisme PC mondialisé, y compris et d’abord ceux qui auraient historiquement vocation à le contester.  

 

Le libéralisme idéologique ne peut pas durer

 

Il y a aussi du contre. Bien sûr, tant que la démocratie reste prospère, les classes moyennes sont importantes, et, dans les nations riches de traditions, un libéralisme peu idéologique domine. Toutefois, cette hégémonie ne peut durer que si le libéralisme sait raison garder.

Si le libéralisme devient une idéologie PC, il instaure un anarchisme oligarchique, qui peut enfanter un anarchisme de masses, et aucune morale ferme ne garantit la modération de l’un ou de l’autre.  En outre, l’idéologie impose à terme un prix unique du travail sur un marché mondial unique du travail. Cela signifie un déclassement des classes moyennes et une prolétarisation des classes populaires dans les vieilles démocraties.

Les prolétaires auraient jadis, dans ces conditions, adopté certaines formes de communisme, et les déclassés auraient tourné au fascisme. Les uns iront aujourd’hui vers des populismes de droite, les autres vers des populismes de gauche.    

   

Où en sont les Valeurs ? Post n°13. Peut-on définir la gauche et la droite, en termes de valeurs ?

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Mise à jour le Samedi, 10 Décembre 2011 14:17 Écrit par Henri Hude

Un mot sur la violence

 

 

La violence n’est pas le vice d’autrui. Elle est en tout un chacun. Elle porte chacun à l’affirmation de son « droit naturel (hobbésien) d’individu-dieu », c'est-à-dire son droit d’employer toute la force dont il dispose pour obtenir ce dont il a envie. L’affirmation de ce « droit naturel » (hobbésien) a pour effet l’« état de nature », c'est-à-dire la guerre privée universelle, qui tend à devenir l’essence du capitalisme PC (politiquement correct). Le salut se trouve alors dans le pouvoir. S’il impose la « loi de nature » (hobbésienne), qui est l’ensemble des règles dont suit la paix, ce pouvoir est l’Etat.  Mais la violence peut venir à son tour investir l’Etat. On tendra donc à constitutionnaliser ce pouvoir d’Etat pour garantir des droits et libertés. Et cet Etat constitutionnel où les élites (aristocraties) sont associées à l’exercice du pouvoir est la République.  Mais à nouveau l’esprit de la violence peut venir investir ces droits et libertés. C’est ainsi que le libéralisme devient violence à son tour. Car si le libéralisme détruit le pouvoir, au lieu de simplement le constitutionnaliser, il restaure l’"état de nature". Et si les élites oppriment le peuple, elles identifient leur République au droit du plus fort. C’est pourquoi il faut trouver moyen de limiter cette limitation du pouvoir, sans quoi la République constitutionnelle se changerait en oligarchie arbitraire. Et c’est la démocratie. Si celle-ci limite trop la limitation du pouvoir d’Etat, elle rétablit un despotisme d’Etat. Si elle égalise et libère trop les individus, elle fait de même, ou alors tend à rétablir l’état de nature.   

 

 

Axe gauche/droite ou cycle des régimes et des révolutions ?

 

 

 

Nous n’avons donc pas ici un simple axe Gauche/Droite avec une seule dimension et deux sens. Nous avons, comme Platon l’avait déjà très bien vu (République, Live VIII), un circuit de régimes, une dynamique de progrès (Etat/République/Démocratie) et une perpétuelle possibilité de régression vers le despotisme ou vers l’« état de nature ». L’axe Gauche/Droite, qui semble une ligne droite, est donc en fait un arc de cercle, et jamais le même arc, de sorte que les termes de « droite » et de « gauche » nomment à chaque instant des positions sur ces arcs, opposées comme des polarités contraires, dans les dynamiques en cours.     Si nous cherchons à employer ces termes de gauche et de droite dans un cadre culturel, ou civilisationnel universel, nous pourrons peut-être dire que la gauche est toute modernité, la droite siégeant à toute époque du côté des Anciens, c'est-à-dire soit du côté du traditionalisme et de la tribu, soit du côté des éléments qui pondèrent la raison et la cité par la famille et la tradition, soit encore du côté d’une plus ancienne modernité. Comme la modernité est aussi ancienne que l’Occident, l’Occident est alors la gauche du monde. De même, le christianisme, à cette échelle historique et mondiale, est la religion de gauche. La gauche, c’est aussi une modernité particulière, qui, à tort ou à raison, se juge plus avancée qu’une autre. Par exemple, la modernité chrétienne dans la modernité classique de l’empire romain. Ou les Lumières dans la chrétienté du 18ème siècle.  

 

Histoire de la gauche et de la droite

 

 

Ainsi se comprend l’histoire subtile de ces mots. La gauche, en France, c’était d’abord la Révolution  (donc les Lumière et la République) et la droite, c’était la Contre-Révolution, catholique et monarchiste. Mais le catholicisme évoluant, et les Lumières bien davantage, le clivage perd sa pertinence. La gauche, c’était aussi, à l’intérieur de la modernité des Lumières, les idéologies collectivistes face aux partisans de la propriété privée. Les libéraux y voyaient une utopie tyrannique et régressive. La chute du communisme a mis un terme à cet autre clivage. Ce qui avait été la gauche collectiviste a alors voulu alors se différencier en s’identifiant à l’individualisme libertarien soixante-huitard en matière sexuelle et familiale. Mais, la plupart des libéraux à droite se sont aussi ralliés à l’individualisme libertarien.  

 

Des termes aujourd'hui vidés de sens

 

 

Il est donc très difficile de distinguer aujourd’hui la gauche et la droite par ce qu’elles sont réellement. Elles se différencient surtout par ce qu’elles ont été. Autrement, ce sont deux entreprises de pouvoir concurrentes, vendant à peu près le même produit idéologique PC.   La principale spécificité de ce qui porte encore le nom de gauche consiste à refuser, par inertie ou électoralisme, les adaptations du capitalisme national à cette concurrence internationale idéologiquement nécessaire. De son côté, la droite libérale, soumise à la même norme PC, ne diffère plus de ce qu’on appelle la gauche, sauf qu’elle voudrait adapter l’économie nationale au marché mondial.   

 

La classe moyenne combat en position centrale

 

 

Ces bipartitions D/G ne sont pas pertinentes pour l’analyse de la situation historique présente. Celle-ci se caractérise, dans les anciennes démocraties, non par la lutte entre deux classes, ou deux idéologies, mais par la lutte des classes moyennes, patrons et salariés réunis, qui manœuvrent en position centrale contre une pluralité d’adversaires : la volonté de puissance de la bureaucratie d’Etat, le capitalisme multinational qui ne crée pas d’emplois dans les pays à croissance faible, le pouvoir idéologique PC, et le prolétariat, en partie formé d’immigrés.  

   

Note sur la démocratie participative. La « démocratie participative » peut-elle suffire au renouveau de la gauche ? Une démocratie participative essaierait de  mettre en place des procédures, qui permettraient au grand nombre de faire valoir ses intérêts, méconnus par l’oligarchisme PC. Ce projet vaut par son aspiration à la justice. Toutefois, on ne traitera pas les problèmes présents par l’élargissement d’un débat dont le « relativisme PC » demeurerait le principe constituant. Le problème n’est pas que la discussion permette à plus de gens de prendre la parole. Il est que le raisonnement, se déroulant à partir de principes différents, permette de ne pas conclure à des décisions conduisant à ruiner les classes moyennes et populaires. Malheureusement, en structurant la délibération et la discussion « ouverte à tous » et « participative » sur la base de l’égalité entre tous les points de vue et toutes les opinions (parce qu’ainsi le voudrait une discussion authentiquement démocratique et "PC"), on conserve nécessairement les principes « relativistes-absolutistes » PC. Et si l’on conserve ces principes, il importe peu que tous discutent, puisque participation ou pas, les décisions qui s’imposent logiquement en vertu de ces principes sont de nature individualiste et oligarchique. Ainsi, faute de révolution culturelle conservatrice (ou classique), la participation du peuple à la discussion dans un système PC ne restaure pas une gauche, mais fait de la palabre populaire, et de sa synthèse par les appareils, le baume sur les escarres d’une démocratie grabataire. Elle n’ouvre au peuple d’autre droit, que celui d’une participation à l’impuissance du pouvoir politique en régime PC.   

 
   

Où en sont les Valeurs ? Post n°14. Famille, morale et religion comme valeurs de solidarité

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Mise à jour le Samedi, 10 Décembre 2011 14:01 Écrit par Henri Hude

Les valeurs traditionnelles redeviennent des valeurs de progrès

 

 Cette recomposition du champ politique s’opère au moment où les valeurs traditionnelles de conservation deviennent des valeurs de solidarité et de progrès.  Si s’affaiblit le lien d’Absolu, qui caractérisait les grandes Lumières et la chrétienté ; si l’Autorité, même républicaine, est refusée, si la Nation n’est plus qu’un hôtel, si l’Etat se dissout, qu’est-ce qui peut encore protéger les individus ? Car ils savent bien (à l’exception des plus riches et des jeunes encore sans responsabilité) qu’ils ont besoin d’une solidarité.

Or celle-ci ne peut plus leur être garantie par l’Etat, qui perd sa légitimité en oubliant la nation, se ruine peu à peu par démagogie, et qui est condamné à une impuissance relative par le fonctionnement irrationnel du politiquement correct et des médias.

L’heure est donc aux communautés infra ou supra politiques, et avant tout à la famille, dont la tribu et ses clans ne sont jamais que les extensions. Aussi la politique sociale renaîtra-t-elle, si elle doit renaître, par et dans la famille. C’est pour cela que le libertarisme soixante-huitard est une formule de luxe, qui ne devrait pas survivre au déclin relatif de la prospérité.   

 

 

Le relativisme, produit de luxe

 

 

La nouvelle solidarité demande aussi le réveil du devoir. Or il n’y a pas de devoir, sauf là où un Absolu relativise les intérêts. Les effets de cette relativisation s’appellent la morale. Mais la morale qui relativise n’est jamais qu’une retombée du rapport à l’Absolu, qui seul désabsolutise : la religion, au sens large, qui, si elle vit, est mystique. C’est pour cela que le « relativisme PC », son polythéisme et son athéisme, auront du mal à survivre aussi, dans le peuple, au déclin de la prospérité.

Car le relativisme PC ne relativise que l’Absolu, et, par suite, il est incapable de relativiser les intérêts empiriques, qui au contraire se trouvent aussitôt absolutisés. Aussi le relativisme PC n’est-il pas fonctionnel, car il reconduit à la guerre des dieux pour des intérêts absolutisés : « l’état de nature ».  Pour que les intérêts empiriques puissent être limités grosso modo de bon gré, il faut un élément de transcendance, permettant seul de faire la différence entre ce qui est transcendant et ce qui n’est que relatif. La conscience du relatif, qui permet la négociation, suppose une conscience d’Absolu transcendant la sphère du relatif.

Aussi le « relativisme-absolutisme », loin de supprimer la guerre, transforme tout conflit en une guerre entre les « dieux ». Il supprime (peut-être) certains conflits entre un certain nombre de dogmatismes publics, ou communs, mais pour les remplacer par une infinité de conflits entre tous les dogmatismes privés.   Comme le désir de mort collective est heureusement une exception, la sortie hors de l’état de nature et la rentrée dans l’état civil sont probables. Il est donc évident que la religion classique, principe de relativisation, aura de nouveau un boulevard ouvert dans toute société qui se voudra solidaire et qui puisse se dire démocratique sans imposture. 

Pour repousser toute religion, la modernité tardive avait deux puissantes raisons :

1° l’antimoralisme ;

2° l’antitotalitarisme.  

Nous avons déjà noté combien ce sont là deux authentiques valeurs, centrales dans le système contemporain des valeurs, où presque tout serait intéressant, si l’on pouvait le revisiter sans avoir aussitôt le PC pour mentor. C’est probablement ce qui survivra de la modernité tardive, dans ce qui prolongera la modernité, la renouvellera, ou la dépassera.

La religion (mystique) renaîtra vigoureusement, si elle sait accueillir ces valeurs.  Mais concrètement, quelle religion ?

Une étude comparative de leurs chances respectives dépasserait le cadre de cette étude. Mais les constantes de la « révolution classique » à venir, seront le renforcement du cadre classique, par la réouverture de la transcendance, la préservation de la liberté, le questionnement dans la tradition, la critique du moralisme combinée à la redécouverte du devoir, le respect de l’individu combiné à une sortie hors de l’individualisme polythéiste, un nouveau sens de la Nature combiné à un approfondissement de l’humanisme. Dans ces conditions, le christianisme fera peut-être un retour inattendu.  

   

Où en sont les Valeurs ? Post n°15. Le besoin d'une offre culturelle et politique nouvelle

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Mise à jour le Samedi, 10 Décembre 2011 13:54 Écrit par Henri Hude

Le libéralisme postmoderne, retour à l'état de nature 

 

 

Tout se passe comme si le développement tardif de la (post)modernité politique aboutissait à la restauration de « l’état de nature » – chaos que la plupart jugent intolérable. A une phase libérale épuisée, qui s’est égarée dans l’idéologie privatiste, succèderait ainsi une phase conservatrice ou classique, de retour aux sources des modernités. La force qui accélère ce mouvement est la même qui, de tout temps, pousse les humains à quitter l’« état de nature » pour entrer dans l’état social.  

 

Les héritiers du néant et de la dette

 

 

Les soixante-huitards sont comme de riches héritiers, qui ont vécu en dilapidant leur héritage. Leurs enfants et petits enfants se rendent compte qu’ils ont hérité du néant et de la dette, et que la démocratie nihiliste n’assure pas leur avenir. Ces générations habitent, incertaines, ce monde finissant et ne s’y rattachent guère plus que par des habitudes de facilité incohérentes avec leurs désirs profonds et leurs intérêts matériels. Ils y restent fixés aussi, par inculture, faute d’avoir accès aux classiques de leur tradition.  

 

 

Une autre offre culturelle et politique

 

 

 

Dans ces conditions, il y a place pour une autre offre culturelle et politique, mais il est plus aisé de formuler une critique du PC, que d’imaginer la forme précise de cette offre nouvelle. Ce pourrait être, comme aux Etats-Unis d’Amérique (mais avec des différences importantes), un conservatisme populaire et démocratique, ayant pour objet précis de conserver la constitution de la démocratie, et donc le pouvoir des classes moyennes, contre des excès démagogiques  et oligarchiques, susceptible de la ruiner. Sur le plan culturel, son noyau serait une autre politique des valeurs, conservatrice au sens d’une conservation de la vie et de la liberté, rompant avec le PC, mêlant une nouvelle modernité à une redécouverte des traditions occidentales dans un contexte mondial. On peut estimer qu’un tel renouveau culturel, permettant de réformer le concept de liberté, fournirait le principe permettant de réformer l’ensemble des institutions des sociétés libres, économiques et politiques, Etat, République, Démocratie, Nation et Union de Nations, dans le cadre d’un nouvel universalisme non mondialiste.   
   

L'OTAN, d'un point de vue philosophico-politique (1)

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Mise à jour le Lundi, 21 Novembre 2011 17:56 Écrit par Henri Hude

 J’ai récemment publié un texte dans Sécurité globale, n° 17, L’OTAN après Lisbonne, Direction Jean-François DAGUZAN et Pascal LOROT, Choiseul Editions, Automne 2011. Cet article a pour objet de considérer l’OTAN d’un point de vue philosophico-politique. Il s’agit de « sortir la tête du guidon » et de situer l’OTAN dans une vue philosophique de l’ordre mondial et de l’histoire, pour méditer sur la fonction et l’avenir de cette organisation. Je n’ai aucune prétention à être un spécialiste de cette institution. La connaissance sérieuse que peut en avoir un citoyen actif et cultivé suffit à notre propos. Je remercie Olivier Kempf de m’avoir beaucoup instruit sur le sujet  

 

Résumé L’OTAN est le bras armé de l’empire libéral. L’affaiblissement de la crédibilité des Etats-Unis et les contradictions de leur politique libérale globale classique requièrent, pour l’exercice de la fonction d’empire libéral, l’émergence d’un nouveau partenaire global, qui ne peut être pour l’heure que l’Europe. L’Europe sera d’abord une communauté de défense, une alliance ou restera un néant politique. L’OTAN peut être la matrice de l’Europe politique. C’est à partir de cette vision politique, que peuvent être traitées les autres questions telles que l’extension de l’OTAN, ses missions, etc.  

 

Le rôle de la philosophie : poser les questions  

 

Le rôle de la philosophie est de poser, sans esprit de provocation, ni esprit de parti, des questions inévitables aisément évitées. Voici les points et les questions sur lesquels je méditerai successivement (dans les 4 post qui suivent) :

– quelques remarques initiales, d’un point de vue pragmatique ;

– l’OTAN est-elle nécessaire à la paix ?

– l’OTAN est-elle un outil ou un décideur ?

– où est l’Europe dans l’OTAN ?

– quel est l’intérêt des États-Unis ?

– l’OTAN doit-elle s’occuper de tout ?

– les États-Unis sont-ils encore assez forts pour que l’OTAN garde son sens ?

– l’OTAN ne peut-elle faire qu’une politique « mondialiste » ?

 

 

Remarques initiales, d’un point de vue pragmatique  

 

 

Si j’en crois de grands praticiens dignes de foi, la « machine OTAN » est aujourd’hui indispensable à la sécurité de ses membres européens et à une certaine stabilisation du monde, dans la mesure où celles-ci peuvent requérir des actions militaires de coalition. Pour ces opérations, il faut en effet un état-major international et une capacité militaire internationale. Or l’OTAN est aujourd’hui la seule machine en mesure de remplir une telle fonction. Cela laisse ouverte la question de savoir ce qu’on peut penser du monopole de cette machine, au-delà d’un point de vue pragmatique.          

 

La nécessité objective de l’OTAN se double d’un sentiment plus subjectif de nécessité qui tient sans doute aux sympathies et antipathies sous-tendant nos préférences politiques. Il tient aussi à l’impression qu’il n’est plus permis à personne, aujourd’hui, d’affirmer une thèse, de prendre une décision ou de lancer une initiative, en dehors du consensus général. Il n’est pas aisé de discerner, dans ce « consensualisme », ce qui relève d’un raisonnable souci de coordination et ce qui relève du collectivisme mental induit par le relativisme.                      

 

Cette remarque touche à l’essentiel. En dépit des extensions plus récentes, l’objectif premier de l’OTAN reste quand même la défense des démocraties occidentales. Or ce collectivisme mental et ce relativisme politiquement correct sont devenus – nous le verrons – des menaces pesant sur la faculté critique et la puissance de résolution des démocraties, sur leur sécurité et leur avenir. Il y aurait donc un sérieux problème si les institutions de sécurité des démocraties étaient structurées, ne fût-ce qu’en partie, par une culture qui menacerait la démocratie, au sens durable et sérieux du mot. 

 

 

L’OTAN est-elle nécessaire à la paix ?  

 

 

Le premier élément du bien commun universel, c’est la paix mondiale. Car si nous avons la paix, les problèmes énormes du genre humain sont peut-être solubles ; sans elle, ils ne le sont sûrement pas, à moins de considérer la guerre comme la grande solution par le vide. La paix requise par le bien commun universel est la paix universelle, puisque la « grande » guerre ne pourrait plus être qu’universelle, globale, planétaire – détermination qui laisse dans l’inconnu la forme précise que pourrait prendre une telle « guerre ».            

 

La solution au problème de la paix universelle ne se réduit pas à instituer une sorte de force de police capable d’interdire la guerre, comprise comme un délit. Une telle solution se contente de reproduire au niveau international le schéma qui s’applique au niveau d’un État. Le pouvoir d’État met fin à la violence en désarmant les groupes particuliers et en leur imposant la loi naturelle d’une culture de paix (Hobbes).            

 

De même, le pouvoir d’Empire met fin à la violence interétatique en désarmant les États ou en les privant de leur liberté d’action, et en leur imposant la loi naturelle d’une culture de paix vraiment universelle. Dans un tel schéma, l’OTAN est bien la police, ou la garde mobile impériale, chargée d’imposer la « loi naturelle » en réprimant les velléités d’indépendance des politiciens gangsters (dictatoriaux, nationalistes, fanatiques, racistes, etc.).            

 

La solution hobbesienne impériale tend à la constitution d’une autorité mondiale dotée d’une force appropriée. Quand on réfléchit aux dangers mortels pour le genre humain que représenterait une grande guerre aujourd’hui, on ne peut refuser toute pertinence à la solution de la paix par l’empire. Mais quand on imagine une humanité pacifiée et unie sous un seul pouvoir impérial, on éprouve aussitôt un autre genre de malaise et d’insatisfaction, qu’on ne peut pas non plus refouler. Nos réactions mêlées face à l’OTAN se rattachent aux réactions précédentes.      

 

On connaît trois espèces possibles d’une autorité impériale :

 

-         l’empire autoritaire d’un État, tel que pourrait être un empire céleste mondialement hégémonique, représente la solution « autoritaire » du problème ;

-         l’ONU représente une tentative de solution « démocratique » du même problème ;

-         l’empire libéral universel, associé ou non à la solution ONU, que représente, ou représentait après la fin de la Guerre froide, le leadership américain, tout incomplet fût-il. Cet empire libéral peut être plus ou moins réaliste et autoritaire. L’OTAN est l’armée de l’empire libéral, associé ou non à l’ONU ; la force sans laquelle cet empire n’existe pas.        

 

La solution de l'ONU est séduisante, mais trop faible ; la solution impériale autoritaire est un cauchemar ; la solution impériale libérale, tolérable faute de mieux, reste assez frustrante.        

 

Une quatrième solution est sans doute nécessaire, mais elle ne peut probablement émerger que par la double apparition de principes neufs et d’une nouvelle puissance majeure, qui ne peut être, pour l’heure, que l’Europe.       

 

Ainsi, d’un point de vue philosophique, l’OTAN, surtout aujourd’hui, se comprend comme un élément de solution du problème de la violence dans le monde, dans le cadre d’une politique de paix par l’empire libéral, et subsidiairement par l’ONU. La question de la réorganisation de l’OTAN est donc au centre de l’innovation politique majeure, que requiert la gravité des problèmes du temps présent. 

   

L'OTAN, d'un point de vue philosophico-politique (2)

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Mise à jour le Lundi, 21 Novembre 2011 17:46 Écrit par Henri Hude

Ce qui suit est publié dans un livre collectif que je conseille: Sécurité globale, n° 17, L’OTAN après Lisbonne, Direction Jean-François DAGUZAN et Pascal LOROT, Choiseul Editions, Automne 2011.    

 

L’OTAN est-elle un outil ou un décideur ?

   

 

Une vue minimaliste voudrait que l’OTAN ne fût qu’une institution militaire, relevant d’une « simple » alliance militaire, s’occupant de préparation et d’emploi de forces armées, et dont les organes politiques internes n’auraient donc aucune vie propre.          

 

Ce minimalisme s’inscrit en opposition avec l’évolution de l’alliance depuis 1990. Derrière cette opposition se trouve l’ensemble des forces et des motifs qui  militent pour une limitation de l’influence américaine en Europe et dans le monde.          

 

Indépendamment de ce dernier point, il convient d’observer qu’une véritable union politique est d’abord une communauté de défense ; et qu’une alliance militaire est par essence une alliance politique. Une chose est l’insatisfaction qu’on peut éprouver en face des inégalités existant au sein de l’Alliance atlantique ; autre chose serait l’illusion de croire qu’une alliance militaire pourrait être autre chose que ce qu’elle est vouée à être – une certaine communauté politique, dès lors qu’elle est plus qu’une coalition.            

 

Dans une alliance militaire qui va au-delà d’une simple coalition, des communautés politiques acceptent d’entrer jusqu’à un certain point dans une relation de confiance et de sacrifice mutuel. Une vraie communauté politique, comme une nation, est de plein droit une alliance de défense mutuelle au prix du sang. On ne saurait concevoir une union politique qui ne serait pas d’abord une communauté de défense.         

 

Ceci est capital pour l’OTAN, car le débat sur son élargissement (géographique et de ses missions) signifie tout simplement que pour certains, l’OTAN n’était qu’une coalition passagère, qui aurait dû s'assoupir après la chute de l’empire soviétique, quitte à rester prête à se réactiver ; tandis que pour d’autres, l’Alliance était une communauté politique atlantique, forcément dotée d’une vie propre.   

 

 

Où est l’Europe dans l’OTAN?   

 

Cette question a des conséquences majeures sur l’idée européenne. Limitons-nous à de brèves remarques.        

 

Comme l’Union européenne n’est pas une communauté de défense, il n’y a aucun paradoxe à dire que l’OTAN est politiquement supérieure à l’Union européenne. Il n’y a aucun paradoxe non plus à dire qu’un Français, par exemple, puisse se sentir plus proche affectivement des États-Unis, s’il les comprend et les apprécie, que de la Finlande ou de l’Estonie. Donc si on veut que l’Europe soit plus que l’OTAN, politiquement parlant, il faut qu’elle soit une alliance militaire, au moins aussi étroite et efficiente que l’OTAN, quelles que soient les relations de cette possible alliance à l’OTAN.          

 

L’Europe politique, si elle veut exister, se doit d’être d’abord une alliance. Sans alliance, elle s’enfermera dans l’économico-monétaire, qui n’a guère aujourd’hui de quoi enthousiasmer les peuples, et qui risque de tourner court dans peu d’années.          

 

En outre, l’idée d’une alliance militaire entre un peuple encore très militarisé et des peuples totalement démilitarisés est vide de sens. Si les pays d’Europe étaient tous totalement démilitarisés, surtout dans leur tête, la question se poserait en réalité de savoir si l’OTAN existe réellement.      

 

Et pourtant, l’OTAN existe, et l’Europe politique existe, minimalement, dans l’OTAN, comme l’enfant non né dans le sein de sa mère. Si un sous-ensemble de l’OTAN devient autonome, nous avons une sous-alliance dans l’alliance. Et l’Europe (le terme pouvant ne référer qu’à certains pays d’Europe), étant alors une vraie alliance militaire et plus qu’une coalition (ou un groupement d’intérêts économiques), elle existe de ce fait politiquement.  

 

En somme, l’OTAN est sans doute la véritable matrice de l’Europe, qui peut et doit exister, parce que les États-Unis d’Amérique ne sont plus assez forts pour assurer à eux seuls l’avenir de la démocratie, y compris aux États-Unis.

 

  

Quel est l’intérêt des États-Unis ?

 

  

Les États-Unis devront comprendre, fût-ce à regret, qu’ils ne peuvent s’appuyer que sur ce qui pourrait leur résister. Si on veut des alliés, il faut les traiter en alliés, et cela signifie, non pas de la politesse, mais accepter que l’autre soit un pouvoir.      

 

Si l’on veut être le seul pouvoir, on veut un empire autoritaire et des sujets, non des alliés. Des sujets suivent par contrainte, tentent d’exploiter l’hégémon, et désertent si les risques sont trop grands.      

 

L’hégémon est ainsi forcé de s’assurer de leur docilité, faute de pouvoir compter sur leur fidélité. Il entre alors dans une autre logique où son pouvoir revêt un caractère plus ou moins tyrannique et les politiciens sujets deviennent des fantoches.       

 

Si l’on veut des alliés utiles dans une logique de liberté pour les jours de grande épreuve, il faut prendre le risque de leur puissance et de leur liberté. Et pour ne pas en vouloir de tels, il faut être bien sûr de soi. Vouloir être absolument sûr de soi, et seul : c’est la folie de Napoléon. C’est un moment de gloire et la catastrophe assurée.       

 

Il ne s’agit pas seulement d’avoir ou non du bon sens, il s’agit de savoir si l’on croit à la liberté, ou si on n’y croit pas. Si on pense qu’y croire, c’est manquer de bon sens, la politique n’est plus que la lutte pour le pouvoir. Il ne faut plus alors parler de démocratie, ni de défense de la démocratie dans le monde – ou, si l’on en parle, savoir que ce ne sont que des mots.    

 

Conclusion ? L’OTAN sans Europe et sans liberté, c’est une machine au rendement moyen, qui ronronnera jusqu’au jour de vérité, où, sans doute, elle calera.  (à suivre)  

   

L'OTAN, d'un point de vue philosophico-politique (3)

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Mise à jour le Lundi, 21 Novembre 2011 17:37 Écrit par Henri Hude

 

Ce qui suit est publié dans un livre collectif que je conseille: Sécurité globale, n° 17, L’OTAN après Lisbonne, Direction Jean-François DAGUZAN et Pascal LOROT, Choiseul Editions, Automne 2011.  

  

 

L’OTAN doit-elle s’occuper de tout ?  

 

Comme on le sait, après la défaite du communisme, l’OTAN n’a pas été mise en pause. Tout au contraire, l’alliance a été élargie géographiquement vers l’Est, et politiquement par l’attribution de missions de plus en plus importantes. À la seule menace soviétique s’est trouvé substitué l’ensemble des menaces pouvant peser sur la sécurité des membres. Par exemple, l’OTAN devrait désormais s’occuper de la sécurité énergétique, y compris de la prospective en ce domaine.       

 

Certains peuvent reprocher à l’OTAN cette invasion  progressive et indéfinie des prérogatives des États, une action redondante par rapport à celle d’autres organisations internationales.      

 

Mais la défense n'est pas seulement constituée des forces armées. Le ministère de la Défense nationale s’appelait en France, sous le général de Gaulle, le ministère des Armées. Les armées n’étaient qu’une pièce, pour importante qu’elle fût, d’une fonction de défense qui constituait une dimension de toute action publique. Aussi avait-il été institué un secrétariat général de la défense nationale, qui existe toujours, placé sous la direction du Premier ministre, en charge de veiller à ce que fût remplie cette importante fonction et de coordonner l’action de tous les ministères en vue de son accomplissement. Il n’est donc pas déraisonnable en soi que l’OTAN touche à tout.       

 

Par ailleurs, le terme de « défense » est un euphémisme « politiquement correct ». Si l’Europe existait, elle aurait, comme les États-Unis ou la Chine, d’autres devoirs que de se « défendre ». Elle aurait à contribuer à faire régner l’ordre dans le monde, elle aurait à y exercer un co-leadership. Une politique de paix, c’est une politique de puissance, de droit et de paix. Et une alliance n’a de sens que grâce à sa politique de puissance – cette puissance même qui fait du politique un monstre quand elle est vraiment trop injuste ; ou cette puissance juste qui est le politique même quand il est situé à son juste niveau.        

 

Il n’est donc pas anormal qu’une alliance militaire s’intéresse pratiquement à tous les aspects de la politique, sous l’angle de la défense.          

 

 

Les États-Unis sont-ils encore assez forts pour que l’OTAN garde son sens ?  

 

 

L’OTAN est un instrument de la fonction d’empire (libéral) assumée par les Etats-Unis d’Amérique. L’OTAN n’a donc de sens que si la puissance et la volonté de leadership des États-Unis se maintiennent à un niveau suffisant pour que l’idée impériale – même libérale – garde un sens. La toute première question concernant l’avenir de l’OTAN est donc : quelle sera la puissance des États-Unis d’Amérique ?       

 

Ces derniers ont longtemps joui d’un consensus moral interne exceptionnellement fort. Ce n’est plus le cas. Une morale commune ne permet plus la tolérance cordiale entre la religion et la philosophie des lumières, elle-même trop souvent dégradée en loupiotes postmodernes. Avec la fin du consensus moral, les divisions et la mentalité idéologique s’étendent au détriment de bon sens et du pragmatisme. Les institutions politiques bâties en fonction de ce consensus, comme la Constitution, célébrée pour son équilibre, deviennent des machines à paralyser l’État.             

 

Le libre-échange mondial, nécessaire à la logique d’une politique d’empire (libéral), provoque l’érosion des classes moyennes, sapant le fondement de toute démocratie stable. Le problème est aigu : renoncer à la règle libérale du commerce international mettrait peut-être au pouvoir des extrémistes en Asie, tout en détruisant la cohérence de la politique d’empire (libéral). Et sans l’empire, qui pourtant détruit leurs classes moyennes, les États-Unis auraient du mal à maintenir leurs positions économiques ou monétaires dans le monde, et donc la prospérité de leurs classes moyennes. Pris dans une telle contradiction, ils s’en tirent par l’endettement, qui atteint aujourd'hui sa limite.       

 

Le centre de gravité de leur population se déplace vers des groupes ethniques éloignés des traditions de leur démocratie et qui supportent moins la formule traditionnelle : niveau élevé de liberté économique, de self-reliance et faible niveau de taxation.

L’évolution oligarchique du régime libéral-impérial est patente, mais un régime oligarchique pur est plus instable qu’une démocratie tempérée, surtout si le peuple souffre. En outre, les hautes élites sociales perdent leur crédit en se concentrant sur les activités de pure finance et en entraînant Washington dans leur discrédit. Le politique classique est délégitimé par sa soumission à la logique médiatique et à l’idéologie du politiquement correct. Sans doute est-il irrationnel de réclamer une rationalité parfaite en politique, mais il y a des limites à respecter.     Ainsi, se trouvent affectés de manière négative le modèle économique, la constitution politique et l’empire libéral, l’équilibre social et l’unité culturelle.           

 

Pour ces raisons, les États-Unis ne présentent plus les caractères requis pour l’exercice solitaire des responsabilités impériales (libérales) dans des conditions rassurantes pour les autres. Il doit en résulter un jour ou l’autre une crise majeure de l’OTAN.           

 

Les Européens n’ont pas lieu de s’en réjouir. Ceux qui se sont plaints du trop d’Amérique, verront ce que c’est que de vivre avec trop peu. En outre, la plupart des facteurs qui minent la puissance américaine sont aussi à l’œuvre chez nous. C’est ensemble que nous pouvons essayer de nous tirer d’affaire, si cela est possible.           

 

Dans un tel contexte, il importe de ne pas casser les institutions qui fonctionnent, même s’il faut prévoir de les adapter. L’OTAN en fait probablement partie.        

 

L’Amérique s’éloigne de l’Europe à mesure que ses préoccupations stratégiques et économiques la tournent davantage vers le Pacifique. Elle est déçue par le faible apport des Européens dans la guerre en Irak, puis en Afghanistan, qui ne justifie plus qu’elle assume à elle seule une telle part du coût de la défense européenne. Mais comment pourrait-il en aller autrement, dès lors que pour les Européens il ne s’agit plus seulement de contenir l’Armée rouge ?         

 

En même temps, les Européens se mettant à douter de la volonté et de la force des États-Unis, et ont moins envie de les suivre. La guerre de Libye pourrait avoir marqué un tournant décisif. Les Etats-Unis voient qu’ils sont forcés de faire des choix, d’encourager les Européens à se réarmer, à s’organiser de manière autonome et de leur laisser la main sur certains théâtres.      

 

Les pays d’Europe voient de leur côté qu'ils ont des intérêts stratégiques communs et spécifiques, requérant des moyens militaires spécifiques.        

 

Pour ces raisons, il ne semble plus raisonnable pour les Européens de s’en remettre aux États-Unis et à l’OTAN pour leur défense, même si l’OTAN reste indispensable et constitue une sorte de matrice politique pour l’Europe, et même si la solidarité transatlantique conserve une grande importance.         

   

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