Henri Hude

Vie de famille... Lettre à Nicomaque, 1

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Mise à jour le Dimanche, 16 Novembre 2014 08:53 Écrit par Henri Hude Dimanche, 16 Novembre 2014 08:20

Voici le texte d'une chronique parue il y a quinze jours dans le mensuel La Nef. La famille est un lieu d'éducation irremplaçable et une condition très importante du bonheur. Mais elle ne fonctionne pas en toute hypothèse, quoi que fassent les individus. Ils peuvent la détraquer, se rendre insupportables et rendre les autres malheureux. On fait du tort au principe familial quand on idéalise la famille trop naïvement, sans avoir conscience des vices qui peuvent la gâter, et que chacun doit travailler à réformer dans sa conduite. 

 

 

On a beaucoup parlé ces temps-ci de politique familiale. Je voudrais en dire ici un mot, mais à ma façon. Voyez-vous, quand il manque l’amour, c’est en famille qu’on apprend le mieux la politique et ses misères.

Je crois que la mission de la famille est de faire faire à l’être humain, avant qu’il ne soit jeté dans la société,  l’expérience d’un monde qui ne fonctionne pas comme fonctionne d’ordinaire la politique. Et le véritable idéal politique, c’est, peut-être, d’injecter dans la cité un peu du véritable esprit familial. 

 

 

 

Diviser pour régner. Avoir peur de manquer. Avoir pour avoir. Exercer son petit pouvoir pour ne pas penser à la mort

 

Vous serez sans doute surpris si je vous avoue que c’est en observant les vies de famille, que j’ai compris le mieux certains classiques de la pensée politique. Par exemple, l’extraordinaire étude par Aristote de la tyrannie, de la façon dont elle assoie et maintient son pouvoir, je crois ne jamais l’avoir comprise à fond, avant d’avoir observé de mes yeux les façons d’une mère ou belle-mère qui règne en divisant ses filles, gendres ou belles-filles.

Je crois ne pas avoir été sensible aux injustices dont souffre le peuple pauvre, avant d’avoir observé dans des familles comment certains anciens, par amour du confort et par peur de manquer, n’aident pas leurs enfants, gardant tout pour eux, s’étalant parfois dans des pompeuses solitudes, tandis que leurs descendants s’entassent dans des espaces exigus. D’autres font un peu, et pensent faire beaucoup. D’autres encore ne font qu’en introduisant des différences choquantes entre leurs façons de traiter les uns et les autres. 

J’avais pu lire plusieurs livres d’histoire sur le personnage d’Hitler, en ayant à la fin le sentiment de n’avoir rien pu comprendre à fond. Et ce, jusqu’au jour où, au cours de mes pérégrinations, j’ai rencontré dans une famille un petit Hitler. Oh ! Une personne qui ne tuera jamais personne, et qui ne manquera pas la messe du dimanche, mais qui empêchera tout le monde de vivre autour d’elle aussi longtemps qu’elle vivra – à moins qu’elle ne se convertisse. C’est à cette occasion que j’ai formé le concept d’« acteur hitlérien ». Et ce concept a illuminé ensuite ma lecture de l’histoire et de la pensée politique. 

Peut-être cette expression est-elle exagérée ? C’est possible, mais l’hyperbole fait comprendre.

 

 

 

Qu'est-ce qu'un "acteur hitlérien" ?

 

Si je vous explique ce qu’est un personnage hitlérien, vous allez pousser des hauts cris. Vous direz que je ne suis pas charitable, et que l’hyperbole est passablement scandaleuse. Vous ajouterez que Dieu nous demande de patienter avec les autres comme il patiente avec nous ; de leur pardonner comme il nous pardonne ; et de savoir reconnaître aussi nos fautes. Mais, il ne nous a jamais interdit d’ouvrir les yeux et de comprendre à qui nous avons affaire. Un homme qui ne « juge pas » n’est pas un homme sans jugement. 

Ce que je présente ici, c’est un concept pur, un type idéal, un caractère essentiel, pas une description réelle. Mais les concepts purs bien formés sont très précieux pour comprendre les situations réelles.

Un « acteur hitlérien » est un être malheureux. La vie est pour lui une guerre. Les autres sont ses ennemis. Il faut les dominer, ou ils vous domineront. Il ne peut vivre que dans le conflit et la domination. Sa relation à autrui commence par un dressage, il faut prendre l’ascendant, le garder, et l’accentuer, jusqu’à installer l’habitude de soumission à son despotisme. Il ne sait pas donner. La morale est au service de son confort. Si on la viole, il s’indigne. Ce qui le dérange n’est « pas raisonnable », et il vous le refuse. Mais son caprice est toujours raisonnable et vous êtes coupable si vous le lui refusez. Il vous aime, si vous êtes utile et agréable, et surtout docile, mais il ne fera jamais rien pour vous, sauf si cela lui profite d’abord, à lui. Il ne sait pas s’engager, sauf avec des gens qu’il maîtrise. S’il ne maîtrise pas absolument, il a peur. Car c’est la peur qui le domine. Toute contradiction est un péché mortel, et si on a fauté contre son égoïsme sacré, il n’y a ni pardon, ni retour. Vous êtes blacklisté à vie, et vous serez puni jusqu’à votre mort, si vous lui avez résisté une seule fois. Voulant garder à tout prix sa liberté d’action, il ne dit rien sur ses intentions, garde le plus longtemps possible les autres en suspens, impose ses projets, sans jamais se plier à ceux des autres. Sa règle est : tout pour lui, rien pour les autres. En face de la bonté, il croit voir de la faiblesse, et il écrase. Qui voudrait l’aimer et être aimé de lui, il essaye de le manipuler par cet amour et de le placer en sa dépendance.

Bien sûr, ce n’est là qu’un concept pur. Mais parfois, nous n’en sommes pas si loin dans la réalité. Un acteur hitlérien suffit à mettre en l’air toute une famille. On le croirait créé et mis au monde pour empoisonner trois, voire quatre générations.

Il est installé dans une famille comme une araignée vorace au milieu de sa toile. Ce peut être une femme aussi bien qu’un homme. Il fait prendre en horreur à ses enfants d’abord, et à tout le monde ensuite, la famille, la morale et la religion. Ses enfants et petits-enfants explosent. S’ils n’explosent pas, ils sont trop soumis, et il leur faut du temps pour se redéployer. Longtemps, ils n’osent pas « juger » la personne qu’ils veulent aimer et respecter, bien qu’elle ne sache faire ni l’un, ni l’autre. Et quant à l’agressivité que leur inspire inconsciemment l’acteur hitlérien, ils la transfèrent sur d’autres, qui leur servent de tête de Turc, et qui souvent sont des êtres bons.  

 

 

 

Ne jamais perdre l'espérance

 

La gravité de ces problèmes ne doit être ni sous-estimée, ni surestimée, en famille. Les individus sont aux prises avec les complications presque inextricables de leurs peurs et de leurs orgueils, dans un contexte culturel qui obscurcit tout. Mais l'amour peut défaire bien des nœuds. Plus fait ici douceur que violence. 

 

Réflexions d’éthique sur le "soldat augmenté"

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Mise à jour le Samedi, 13 Janvier 2018 14:21 Écrit par Henri Hude Samedi, 13 Janvier 2018 14:09

Chers amis, voici mes ‘Réflexions d’éthique sur le « soldat augmenté »’, parues dans Cahiers de la Revue de la Défense Nationale, décembre 2017.

 

 

Rappel de définition. On appelle aujourd’hui « soldat augmenté » un militaire du futur, dont on aura accru les capacités sensorielles et motrices, communicatives et analytiques, voire émotives, par divers moyens mécaniques, chimiques ou électroniques, voire de génie génétique ; ces moyens  étant injectés, incorporés, incrustés ou attachés à son propre corps. Deux exemples simples : absorption d’une drogue permettant de rester plusieurs jours et plusieurs nuits de suite sans dormir et sans perdre en grande partie l’usage de ses facultés ; ou encore, un harnachement métallique permettant de courir sans fatigue sur trente kilomètres ou de porter sans effort cent cinquante kilos ; et bien d’autres choses encore. Un tel futur est déjà en partie présent.  

 

 

Introduction. Des questions éthiques sont posées au sujet d’armes nouvelles, chaque fois qu’elles ont quelque chose d’extraordinaire ou de perturbant. Ce fut notamment le cas pour les drones armés, les robots autonomes. C’est aujourd’hui le cas pour les nouveaux équipements, traitements, voire adaptations, qui constituent le « soldat augmenté ». Ces éléments d’augmentation qui viennent l’armer au plus proche de son corps doivent être conçus comme des armements d’un nouveau type, intermédiaires entre les artefacts physiques (fusil, avion de combat) et des renforcements psychiques ou psychophysiques tels que l’instruction ou la formation, l’organisation, la discipline, l’entraînement, etc.

 

 

 

Considérer l’éthique en contexte politique

 

Le soldat augmenté pose un problème de société et un problème politique de première grandeur. Ce que l’éthicien a d’abord à dire ici, c’est que le politique doit prendre et assumer ses responsabilités. Ce n’est ni aux ingénieurs, ni aux militaires de se substituer à lui.

Si le problème pouvait être réduit à une succession de questions isolées, la réponse ne serait pas trop difficile. Exemples : est-il permis d’administrer tel produit qui va donner au soldat vigilance et lucidité pendant 96 heures ? Tel autre qui permettra de piloter un hélicoptère en sécurité 24 heures d’affilée ? Si on entre dans le jeu de ces questions, on répond en demandant : dans quel état ce traitement va-t-il mettre (durablement ? de façon irréversible) le cerveau du soldat et peut-on au combat demander à ce dernier ce genre de sacrifice ? Nous répondrions sans doute alors qu’il ne s’agit pas ici de raisonner seulement à partir de droits individuels, car en guerre par définition le bien commun, surtout avec le consentement a priori des combattants, autorise ou oblige à faire des sacrifices, qui peuvent être considérables si le bien commun est gravement en péril. La perte de l’équilibre nerveux ou de la santé mentale est un des risques courus en guerre. L’enjeu peut être tel que nous jugerons permis ou obligatoire de prendre ou de faire prendre un tel risque. Mais nous jugerons aussi qu’il serait injuste de demander des sacrifices disproportionnés. Nous discuterons alors sur la proportionnalité. Nous arriverons peut-être à des consensus. Et ainsi pour les autres éléments de l’augmentation. Et nous penserons avoir fait notre travail.

 

Ce raisonnement n’est pas sans valeur, mais considéré hors politique, il flotte en apesanteur. Posez l’atteinte majeure au bien commun (supreme emergency), il va tout justifier. Voulez-vous au contraire interdire n’importe quelle action ? Il suffit de prétendre que le bien commun de fait ne serait pas en danger, ou d’identifier le bien commun au seul respect de droits individuels, après avoir rendu ceux-ci aussi inconditionnels que possible. Le raisonnement logique ne mène à rien dans l’abstrait. Il ne permet de conclure que sous condition d’un jugement de fait porté sur le niveau de la menace au bien commun, et de jugements de droit ou de valeur sur les relations entre les droits de la personne et le bien commun, sur ce qui justifie en général les moyens, etc. C’est alors que peuvent être déterminés les moyens militaires, nécessaires et suffisants, d’une telle politique, supposée décente.

Les problèmes d’éthique militaire sont donc d’abord des problèmes posés au politique et qui, dans leur forme générale, doivent être résolus à son niveau. C’est encore une question politique de savoir si le Parlement ou l’Exécutif, ou les juges, ou des sages en comité ont à prendre ces décisions. Mais parce que le politique, ou le juge, va prendre le conseil du militaire, ou de l’ingénieur, ces derniers ont le devoir d’étudier aussi ces questions.

 

 

 

Le nécessaire, le proportionné, l’inadmissible

 

C’est sous ces conditions que le raisonnement éthique militaire mobilise les principes de nécessité et de proportionnalité. Il suppose 1°) que le politique a déjà pris de fait la décision (ou en principe la prendrait si besoin était) de recourir à la force, et 2°) que cette décision était justifiable, ou excusable, inévitable ou nécessaire, compte tenu d’une menace au bien commun dont la mesure était connue entre certaines limites. Et donc 3°), s’il en est ainsi, les moyens nécessaires d’une fin elle-même nécessaire sont forcément excusables, voire justifiés, autrement il y aurait une contradiction fatale dans la raison pratique. Le moyen proportionné est tout simplement le moyen strictement nécessaire, mais strictement suffisant, d’une fin nécessaire. Dire qu’un moyen vraiment nécessaire et suffisant ne serait pas proportionné, ce serait comme parler d’un cercle carré. Il en irait de même pour un moyen insuffisant.

Ce qui vient d’être dit pose bien des questions[i], mais permet déjà de répondre à une qui nous concerne directement, celle du dopage de nos soldats (car c’est en partie de cela qu’il s’agit en fait). Il y a une haute probabilité pour ces drogues aient des effets très négatifs sur leurs consommateurs.

Or donc, un conflit est symétrique ou asymétrique (selon que les adversaires disposent de moyens comparables ou non). Dans un conflit asymétrique, il n’y a aucune nécessité à faire courir à nos soldats, jouissant déjà d’une très grande supériorité de moyens, un risque supplémentaire, celui de grave dommage mental. Dans un conflit symétrique, ces moyens sont contreproductifs à égalité pour chaque partie, comme l’usage des gaz asphyxiants. Donc dans aucun des deux cas, ils ne sont nécessaires. Le devoir est donc ici d’entrer à fond dans la logique contractuelle des conventions et de mener les négociations permettant aux principaux acteurs internationaux d’éliminer ces moyens. Et comme personne n’a intérêt à faire échouer la négociation, il n’y a pas de raison pour qu’elle échoue forcément.

Dire qu’un moyen nécessaire est inadmissible, c’est de deux choses l’une : ou bien dire que ce moyen n’est qu’apparemment nécessaire, car on peut trouver autre chose avec plus d’ingéniosité ; ou bien c’est remettre en question la politique à laquelle ce moyen inadmissible est réellement nécessaire.

Ce n’est pas la dureté intrinsèque d’un moyen qui le rend inadmissible, car tout moyen de guerre a, par définition, quelque chose d’atroce et de terrifiant. Ce qui est inadmissible, c’est d’exiger le sacrifice de droits immenses à une fausse conception du bien commun. Par exemple, rien n’oblige et rien n’autorise un pays à vouloir dominer tous les autres. Si telle était sa politique, tous les moyens de force qui lui seraient nécessaires à cette fin seraient des abus inadmissibles, et non pas seulement tel ou tel tout à fait atroce.

Si des moyens, sous certaines conditions, semblent à la fois nécessaires et inexcusables, c’est que la fin est inexcusable et qu’elle n’est pas nécessaire. Il faut alors trouver une meilleure politique. Et si une politique bonne et très nécessaire semble requérir des moyens inadmissibles, soit il faut critiquer notre conception de l’inadmissible, plus sensible que rationnelle, soit il faut considérer ces moyens comme temporairement excusables bien que jamais justifiés en principe. Il convient alors d’en faire un usage très strictement suffisant et de travailler à en trouver d’autres.

 

 

 

Le « soldat augmenté » nous force à questionner avec plus d’insistance sur la course aux armements

 

Considérons l’ensemble et la dynamique dans lesquels s’inscrit l’augmentation du soldat. Il s’agit de mettre en œuvre des moyens nouveaux de combat pour assurer à l’un des belligérants une supériorité sur l’autre : course aux armements, au sens large.

Cette course est aussi ancienne que le genre humain, mais les progrès des sciences et des techniques ont accru sa vitesse et son accélération continuelle. La fonction « guerre » tend désormais clairement vers l’infini – l’infini pouvant se formuler : arme absolue, supériorité absolue, pouvoir de destruction totale.

Or, parler d’éthique ou de morale ou de droit au sujet des choses de la guerre signifie au minimum qu’on ne peut pas y faire n’importe quoi et qu’il faut respecter certaines limites, rester dans la mesure, éviter d’escalader aux extrêmes, bref se maintenir dans le fini. C’est pourquoi le processus de course aux armements pose désormais un problème fondamental pour toute éthique militaire. Car chacun voit la contradiction ou l’hypocrisie enveloppée dans le projet de poser des limites à un processus qui tend essentiellement vers l’infini.

Un homme d’État sera excusé de maintenir son pays dans la course, s’il le fait par souci du bien commun et pas plus que ce qui est suffisant. Toutefois, cette excuse ne vaudra que si, en même temps, il prépare le passage à un autre ordre plus pacifique et aussi plus sûr. C’est un tel principe qui doit valoir pour le soldat augmenté. Comme je vais le dire, il fait partie d’une inexcusable démarche de démesure.

Plutôt que de rajouter un élément de démesure supplémentaire à une logique de guerre infinie, il faut s’attaquer à cette logique, qui est notre véritable ennemie, car elle finira par tous nous détruire. Il faudrait donc travailler à la suppression de la logique et des conditions qui rendent pratiquement nécessaires des moyens de plus en plus inexcusables. Mais comment ?

 

 

 

La démesure du soldat augmenté : amélioration versus augmentation

 

Dans le cas du soldat augmenté, nous ne nous contentons pas de faire tendre vers l’infini des moyens extérieurs à nous-mêmes. C’est l’Homme lui-même qui devient le premier de tous ces moyens et tend, en tant que moyen, vers cet infini de puissance. On objectera que ce n’est pas nouveau, que le soldat a toujours voulu s’entraîner pour être le plus fort, et que même l’impression de démesure et de folle accélération a toujours existé. J’aimerais en être certain. Il faut en effet distinguer amélioration et augmentation.

L’homme peut tendre vers son amélioration, vers la croissance et le déploiement de toutes ses qualités, vers cette excellence qui le rend parfaitement propre à remplir sa fonction ou ses missions et qu’on nomme la vertu – morale, intellectuelle, sociale, physique. Y compris vers la vertu militaire. Il faut bien sûr apporter aussi des améliorations aux moyens dont l’Homme se sert. Or il y a une grande différence entre l’amélioration, qui est aussi et d’abord qualitative et morale, et l’augmentation, qui semble exclusivement quantitative. Dans amélioration, il y a melior, qui veut dire « meilleur », et donc il y a une visée du bien. Dans augmentation, c’est différent. Il s’agit de maximisation d’une quantité mesurable. La seule chose qu’on mesure directement, c’est l’espace, première propriété de la matière. C’est pourquoi la notion d’augmentation du soldat, si elle est découplée de son amélioration, est essentiellement matérialiste. Plus encore, elle tend à transformer le soldat, l’Homme, en pur objet et en super-objet, en robot et en super-robot.

La norme éthique est de subordonner toute augmentation à l’amélioration. Un moyen matériel peut être dit amélioré quand il est mis dans sa structure et son contexte en cohérence avec l’amélioration humaniste de la personne et de la société.

 

 

 

Le soldat augmenté ne doit pas devenir le cheval de Troie de la politique du surhomme

 

L’homme super-objet est l’une des versions (la version objectiviste) du surhomme. Le soldat augmenté contribue à nous faire entrer dans une logique inhumaine. Une logique paradoxale d’humanisme inhumain. Certains tomberont dans un délire de toute-puissance, d’autres sentiront leur humanité écrasée dans une matérialité mécanique démesurément alourdie. Bien sûr, il faudrait un « supplément d’âme ».

Parce que les Armées inspirent confiance et respect, le soldat augmenté, avec son sérieux et sa dignité, jouera dans notre société le rôle de cheval de Troie pour une politique du surhomme. À la fin, les Armées y perdront leur aura. De petites augmentations sans amélioration, apparemment sans grandes conséquences, ne seront que des premiers pas accoutumant les esprits à un grand dessein, aussi criminel que farfelu, qui ne date pas d’hier. Le surhomme est un fantasme. Une technique faustienne pense pouvoir tenir les promesses de la religion, à partir de conceptions confondant la science réelle et le scientisme. Le penseur russe Fédérov ne rêvait-il pas de rendre la vie par des moyens techniques à tous les êtres humains ayant existé, de les ressusciter ?

La logique du vivant présente une subtilité et une complexité qui nous dépasseront longtemps. C’est pourquoi, toute tentative de traiter l’Homme comme un Robot apparu par hasard dans la Nature et capable de s’augmenter indéfiniment n’aboutira qu’à de douloureux drames humains, et à une catastrophe écologique bien pire que celle que nous vivons, puisqu’elle affectera à la fois le cerveau de l’Homme et son génome.

 

 

 

L’Homme augmenté ou l’Homme supprimé ?

 

L’éthique conseille d’évaluer avec soin, scientifiquement, les risques considérables de psychopathologies durables, peut-être définitives, ainsi que les risques criminologiques, résultant de l’usage des diverses composantes, même non chimiques, de l’augmentation. Tous les moyens nourrissant une illusion de toute puissance individuelle effacent la sociabilité, la conscience de l’interdit, la limite entre le réel et l’imaginaire. Quand on connaît les chiffres et les faits relatifs à l’épidémiologie de la dépression ou du suicide dans nos pays, on est effaré qu’il puisse être envisagé d’exposer une masse humaine devenue aussi vulnérable, faute de culture suffisamment structurante, à des expériences supplémentaires susceptibles de faire perdre la conscience du réel. Qui voudrait doter un fantassin de moyens dont l’usage rendrait une proportion d’entre eux psychotiques et délirants ou dépressifs à vie ? Quel serait le coût effectif d’une telle arme ? Et sa valeur ?

Contrairement aux croyances trop courantes, qui font partie de la démesure et de la superficialité technocratiques, il existe une logique du vivant qui dépasse une logique mécaniciste. Il existe aussi une nature humaine. N’importe quelle variation de la pratique n’est pas possible, en raison des contraintes internes propres à la logique de cette nature, dans laquelle le maintien de la fonctionnalité physique reste toujours conditionné par la visée d’idéalités conférant à l’action humaine sa signification. De sorte que si la pratique est intrinsèquement nihiliste et transgressive, elle cause nécessairement une déstructuration axiologique laissant place à l’angoisse et à la névrose, à des conduites suicidaires ou transgressives à base de violence et de perversion.

Au reste, quel soldat dans un pays libre voudra s’engager dès lors qu’il aurait une probabilité significative de devenir une épave ? Quel État de droit pourrait permettre des pratiques aussi radicalement contraires aux droits fondamentaux des individus ? Et même quelle dictature y aurait simplement intérêt ? Que devient dans ces conditions le recrutement ? La sélection ? La promotion ? Quelle valeur pour les concours et les examens ? Pour n’importe quel entretien ?

Il ne faut pas dire : ce sont là des problèmes sérieux à traiter. Ce sont en réalité des objections insurmontables qui rendent la pratique inexcusable.

Si on fait un surhomme, on fait automatiquement des sous-hommes. Que devient l’égalité entre les hommes ? Qui décide qui seront les surhommes et qui resteront sous-hommes (à supposer que les soi-disant surhommes ne finissent pas zombies) ? Et si on décide de faire de nos soldats des surhommes, pourquoi ne déciderait-on pas de faire aussi des ennemis des sous-hommes ?

À l’horizon, scandales sanitaires, dérive totalitaire, intolérable niveau de corruption. Qui sera motivé pour servir dans un monde à ce point privé de dignité ?

Si les Armées montrent l’exemple, la société pourra-t-elle ne pas les suivre ? Que deviendra la solidarité ? À quelle extrémité ne se portera pas la compétition ?

Sans doute est-il nécessaire de maintenir l’équilibre des forces avec l’adversaire, mais nous avons vu que dans le cas du soldat augmenté, on ne peut invoquer le principe de nécessité. Je déclare que je ne vois pas d’avenir pour une société ouverte, ni pour une société libre, dans ces conditions. La France doit négocier l’interdiction conventionnelle du soldat augmenté.

 

 

 

Combat pour l’humanisme et stratégie d’armements

 

Si l’autre le fait, demandera-t-on, comment ne pas suivre ? Mais est-ce gagner que d’incarner dans notre société une culture régie par le concept du surhomme ?

Chacun connaît le dilemme : ou bien lutter avec des moyens qui tendent essentiellement à la destruction de notre culture et de nos idéaux, ou bien ne pas lutter en prenant tous ces moyens et peut-être succomber sous l’assaut de nos adversaires.

N’exagérons pas le tragique du dilemme. Le terrorisme peut nous pousser à détruire par degrés toutes nos libertés publiques. Mais tant que l’adversaire est asymétrique, le dilemme est artificiel. Contre un chauffard assassin, il n’y a pas besoin de soldat dopé en exosquelette et génétiquement modifié. Quand il s’agit de pacifier dans ces conditions, nous avons plutôt besoin de bonne politique humaniste que de technique faustienne.

Replaçons plutôt le soldat augmenté dans son contexte démesuré. La dissuasion d’abord. Elle marche, c’est vrai ; mais seulement jusqu’au jour où elle ne marchera pas. Car si la culture nihiliste du surhomme se répand, elle supprimera peu à peu les conditions minimales de rationalité requises pour que la dissuasion fonctionne. Il n’est pas possible de se passer immédiatement de la dissuasion, mais il ne serait pas excusable de s’en accommoder sans autre perspective.

Le progrès des armements et de leur miniaturisation finira par imposer un totalitarisme sécuritaire nécessaire et seul suffisant pour la protection contre une telle menace. Qui a envie de vivre dans de telles conditions ? Que signifiera encore la rhétorique de défense de la démocratie ou de l’humanisme ?

Or qui ne voit que le soldat augmenté n’est autre chose que l’hyper-fantassin correspondant à l’hyper-dissuasion et à l’État hyper-policier dans une société dont les valeurs fondamentales seraient la technocratie, la sécurité, la puissance ?

Ces moyens font système avec un naufrage complet de l’humanisme dans un fascisme technocratique, quand bien même subsisteraient les formes extérieures de la démocratie et de l’Etat de droit. Ces moyens compromettent la survie de l’humanité. Inutile de chercher les folles techniques nécessaires à des politiques non nécessaires et sans avenir humain.

 

 

 

Une R&D humaniste dans l’industrie d’armements ?

 

Si donc nous voulons sortir de cette impasse civilisationnelle et stratégique, il faut sortir d’une course aux armements, dans laquelle nous nous infligeons à nous-mêmes, en tant que culture, une défaite certaine. C’est même l’intérêt à long terme (peut-être à moyen terme) de nos industriels en armements.

Chacun se dit pourtant qu’on n’arrêtera probablement jamais cette course. N’y aurait-il donc aucune solution ? Peut-être alors faudrait-il opposer une autre forme de course à celle qui nous tuerait ? Définir une course aux armements humanistes, mettant en échec les armements nihilistes. Mais un concept aussi neuf signifierait repenser tous nos systèmes d’armes et imaginer des stratégies et tactiques complètement nouvelles, à la fois défensives, paradoxales et terriblement efficaces – et faisant corps avec un new deal à l’échelle du monde.

Les armements doivent soutenir la diplomatie. Pour ce qui concerne l’augmentation du soldat, un premier principe de défense contre les augmentations nihilistes adverses (n’impliquant pas de nous en doter nous-mêmes) consisterait à étudier d’abord scientifiquement tous les effets positifs et négatifs des augmentations, ainsi que leurs causes ; et à découvrir ainsi :

1° les arguments scientifiques que feraient valoir nos diplomates ;

2° les moyens de créer chez l’adversaire la crainte d’une maximisation des effets négatifs à long terme de l’augmentation, puisque nous serions dotés des moyens de menacer l’adversaire d’une telle maximisation, au cas où il mettrait en œuvre des armes nihilistes ;

3° étudier le potentiel négatif de ces moyens et découvrir comment l’activer, de manière à pouvoir transformer instantanément les augmentations en diminutions, annulant subitement (ou inversant) leurs effets positifs sur le champ de bataille.

Quel peut être le nouveau système de défense, humaniste et paradoxal, dont nous avons absolument besoin pour sortir de la logique de guerre infinie et de guerre nihiliste ? Telle est à mon avis la question qui domine les choix éthiques et politiques de long terme en matière de défense. On voit qu’elle n’est pas passéiste, qu’elle mobilise au contraire les sciences et convoque les techniques.

Pour ce qui est du soldat augmenté comme du reste, on est bien forcé de gérer vaille que vaille les dynamiques en cours. Il en va comme de l’esclavage, quand il est une institution massive, on ne peut le supprimer d’un jour à l’autre en claquant des doigts. Certains éléments de l’inadmissible peuvent être excusés par la nécessité, mais seulement sous condition de travailler à en sortir au plus vite.


[i] Cela ne veut pas dire que tous les moyens sont admissibles, car toutes les politiques ne le sont pas. Et cela ne veut pas dire non plus que tous les moyens sont bons pour une bonne politique, car il ne saurait y avoir de bonne politique sur la base d’une morale où tout est permis.

 

Voyage en Amérique latine, 2. Une clé pour comprendre le pontificat du pape François

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Mise à jour le Lundi, 05 Février 2018 09:09 Écrit par Henri Hude Lundi, 05 Février 2018 09:03

Seconde partie de ma traduction de l’article de Rocco Buttiglione, ‘Pour interpréter le pape latino-américain’, paru dans la Revue Humanitas, Santiago de Chile, Décembre 2017. 

Voici le lien à la première partie de cette traduction.

http://www.henrihude.fr/theme4/472-prendre-lair-ou-voyage-en-amerique-latine1

 

 

 

 

 

Solidarnosc : histoire et destinée du mouvement des travailleurs.

 

Solidarnosc était un des thèmes qui fascinaient Alberto Methol Ferré[i] dans les années 80. Francesco Ricci et moi connaissions déjà bien par expérience les questions polonaises, et dans le cercle de la revue Nexo on nous demandait toujours des nouvelles et des explications au sujet de ce qui se passait en Pologne en ces temps-là [ii].

 

 

Methol distinguait deux choses, dans la lutte de Solidarnosc. La première était évidemment la lutte entre le catholicisme et le marxisme. Mais la seconde, à ses yeux essentielle, se situait surtout dans un combat pour le leadership à l’intérieur de la lutte pour la libération de la personne humaine, historiquement concrétisée sous la forme du mouvement des travailleurs. (Je crois bien qu’une des références importantes pour expliquer sa vision du mouvement des travailleurs fut le livre de Duroselle sur l’histoire des origines du mouvement catholique social en France[iii]).

Ce mouvement à sa naissance est chrétien et il oppose la norme morale de l’Evangile et les droits de la personne humaine à l’égoïsme et au matérialisme de la société capitaliste. En cette première étape chrétienne du mouvement des travailleurs, le thème prédominant est celui de la violation de la dignité transcendante de la personne humaine. Dans une seconde étape, les chrétiens perdent la maîtrise du mouvement, conquise par les anarchistes. Le thème des anarchistes est celui de la société des Egaux, sans Dieu ni maître. Les anarchistes voudraient être athées mais n’y parviennent pas. Marx explique pourquoi dans un beau petit livre contre Proudhon, intitulé Misère de la philosophie. Les anarchistes mettent à la place de Dieu l’idée de la justice absolue, qui est un attribut divin. Dans le cas des anarchistes, plutôt que de parler d’athéisme, il vaudrait mieux parler d’anticléricalisme poussé à l’extrême, cependant que leur sentiment fondamental reste inspiré au fond par le droit naturel. Dans ce contexte, Methol insistait sur la signification à moitié eucharistique du terme « compagnon » : celui qui avec nous partage le pain.

Même lorsque les marxistes, dans une nouvelle étape, prennent la direction intellectuelle et politique du mouvement, celui-ci reste fondamentalement, dans le sentiment spontané des masses et dans l’idéologie spontanée de la classe ouvrière, anarchiste et aussi inspiré par une idée chrétienne du droit naturel. En Amérique latine, l’hégémonie marxiste sur le mouvement des travailleurs a toujours été précaire et les éléments anarchistes ont toujours conservé une grande vitalité. Au sein de la CLAT[iv], il y avait aussi une vigoureuse composante chrétienne. En Argentine notamment, à l’époque péroniste[v], le mouvement des travailleurs, qui au départ avait été anarchiste, se reconnut dans la doctrine sociale chrétienne.

 

 

Avec Solidarnosc commença une nouvelle étape dans l’histoire du mouvement des travailleurs. Le marxisme avait échoué et avec lui la conviction que l’Histoire, avec le développement des forces productives, produisent inévitablement le communisme et la libération par rapport aux aliénations. Ace qu’il semble, les forces productives se développent d’assez meilleur manière dans une économie de marché que dans un système communiste et de plus le communisme ne libère pas des aliénations, il produit au contraire sa propre forme d’aliénation, l’aliénation communiste.

La protestation contre l’aliénation communiste ne peut avoir qu’un caractère éthique ; c’est ce même caractère éthique que doit également avoir la protestation contre le capitalisme qui triomphe sur le plan de l’efficience économique. Avec Solidarnosc, l’Eglise Catholique reprenait la direction de la lutte pour la libération. Alors que la théologie de la libération comportait le risque de subordonner au marxisme le christianisme social, le sens philosophique de l’avènement de Solidarnosc était précisément le contraire. La lutte pour la libération peut uniquement se conduire sur la base d’une pensée chrétienne. Le marxisme se décompose : sur le terrain du matérialisme, il est perdant, face au matérialisme vulgaire du capitalisme ; sur le terrain de la lutte pour la libération de l’Homme, il est perdant face à la doctrine sociale chrétienne. Cette vision de Methol est complètement différente de celle des défenseurs du capitalisme, qui crurent qu’avec la fin du marxisme avait purement et simplement disparu la raison d’être d’un mouvement des travailleurs. Pour la doctrine sociale chrétienne, quels furent le défaut et la faute du marxisme ? Avoir représenté et exploité de façon indue la souffrance des travailleurs et leur protestation contre l’injustice qu’ils subissaient. Mais cette souffrance et cette injustice existaient avant le marxisme et continuent à exister après qu’il ait échoué et disparu.

 

 

C’est aujourd’hui le rôle du mouvement social chrétien que d’assumer la représentation de l’instance de libération des travailleurs dans cette nouvelle étape de l’Histoire de l’humanité.  Cette vision de Methol implique aussi une vision différente du pontificat de Jean-Paul II. La lutte de Jean-Paul II contre le communisme se déroule parallèlement à la lutte entre capitalisme et communisme, mais ne s’y identifie pas. C’est ce qui met en lumière et fait comprendre pourquoi, aussitôt après la chute du communisme, la prédication de Jean-Paul II accentue sa dénonciation des déviations de la société occidentale.

 

 

La conclusion de Methol était que ce qui avait commencé en Pologne devait se continuer en Amérique latine. La nouveauté de Solidarnosc, partie essentielle du pontificat de Jean-Paul II, ne pouvait porter tous ses fruits en Pologne. L’urgence de la reconstruction économique attirait inévitablement les Polonais dans l’orbite du consumérisme de l’Europe occidentale. La rupture qui s’était produite en Pologne devait donc se continuer en Amérique latin, tout comme en son temps la rupture inaugurée par la Commune de Paris s’acheva avec la révolution d’Octobre.

La révolution requise en Amérique latine n’était pas la révolution marxiste, mais la chrétienne.

Nous pouvons donc peut-être dire qu’une clé importante pour comprendre le pontificat du pape François est cette idée d’une préparation d’une révolution chrétienne de la justice et de la solidarité en Amérique latine,

Néanmoins, la révolution de la justice et de la solidarité est profondément différente de la révolution marxiste et plus généralement d’une certaine idée de la Révolution qui s’est affirmée après la Révolution française.  Il s’agit d’une révolution non-violente, qui parle à la conscience de l’adversaire et qui est aussi pour cela une révolution démocratique. Ce n’est pas non plus une révolution qui serait ennemie du marché, mais qui veut placer les esprits animaux du marché sous la conduite de la conscience éthique. C’est aussi une révolution qui n’est possible que sur la base d’une rénovation spirituelle et morale qui la précède et l’accompagne. C’est une révolution qui n’est pas centrée sur l’Etat mais veut restituer sa voix et sa force à la société civile.

Le marxisme, sur la base de sa doctrine matérialiste, soutenait  que le développement des forces productives et le jeu des rapports de production faisaient surgir la classe ouvrière comme sujet de la libération. En réalité, la classe ouvrière comme sujet s’est avérée un mythe. C’était le Parti qui lui donnait une apparente existence en forçant les individus isolés à agir comme s’ils formaient une communauté. L’expérience polonaise démontre la capacité de la foi à construire la conscience d’un peuple qui se situe dans l’Histoire comme sujet de sa propre action. Nous entendons l’écho de la lutte de Solidarnosc, non violente et faisant constamment appel à la conscience de l’adversaire, dans un thème si présent dans le magistère du pape François, celui des mouvements populaires et de leur rôle dans la lutte pour la justice.

On peut sans doute ici parler de révolution personnaliste et communautaire, comme l’a fait Mounier ; mais en réalité, cette expression de « révolution » est peut-être assez inadéquate. Une fois reconnue la primauté du facteur et de l’élan culturel, le groupe formé autour de la revue Nexo fut conduit au penseur italien Augusto Del Noce[vi] et c’est grâce à lui qu’il redécouvrit la catégorie de Renaissance-Résurrection (c’est ainsi qu’on peut essayer de traduire le terme italien de « Risorgimento »).

A SUIVRE

 



[i] Alberto Methol Ferré (1929-2009), penseur uruguayen, joua un rôle important dans la formation de la pensée de son ami le pape François.

[ii] Solidarnosc, comme on sait, fut au départ un mouvement syndical polonais, fondé en 1980 sous le régime communiste, dirigé par Lech Walesa, et qui joua un rôle clé dans la chute du communisme au cours des années 80’. 

[iii] Jean-Baptiste Duroselle (1917-1994), historien, professeur à la Sorbonne, est l’auteur de Les débuts du catholicisme social en France 1822-1870, Paris, PUF, 1951. Ce livre était sa thèse de doctorat.

[iv] CLAT : Central Latinoamericana de Trabajadores (Centrale latino-américaine des travailleurs).Il s’agit de l'organisation régionale, en Amérique latine, de la Confédération mondiale du travail.   

[v] Juan Perón (1895-1974) fut élu trois fois démocratiquement président de l’Argentine. Après sa mort, sa femme lui succéda avant d’être renversée par un coup d’Etat militaire. Le péronisme est en Argentine une sorte d’analogue du gaullisme.

[vi] Augusto  Del Noce  (1910-1989), malheureusement peu connu en France, est un remarquable philosophe et politologue italien. Parmi ses ouvrages, citons Giovanni Gentile. Per una interpretazione filosofica della storia contemporanea, Il Mulino, Bologna, 1990. Rivoluzione, Risorgimento, Tradizione. Scritti su l’Europa, a cura di F. Mercadante, A. Tarantini  e B. Casadei, Giuffrè, Milano, 1993. 

 

   

La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient.

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Mise à jour le Mardi, 20 Février 2018 19:32 Écrit par Henri Hude Mardi, 20 Février 2018 18:37

la formation des décideurs

 

 Voici deux courts extraits de mon dernier livre : La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient (Mame, 2018).

 

« Le terme « Décideurs » s’applique premièrement à tout être humain ; c’est sa définition et tout Homme est donc Décideur. Les décisions les plus importantes (transmettre la vie, éduquer, transmettre la culture, innover, fonde) se prennent le plus souvent en dehors des sphères de la puissance ; deuxièmement, le terme s’applique à toute personne qui dirige, à partir d’un certain niveau de responsabilité et doit donc être dotée d’une capacité à prendre des décisions difficiles et d’exécution ardue. Il lui faut une formation appropriée. Ce problème pratique fait l’objet de notre présente méditation. » (p.15)

 

« J’ai eu l’ambition de rassembler pour vous en un tout, de manière à faciliter votre autoformation méditative, tout ce qu’une bonne fois j’avais à vous dire : l’absolument essentiel de ce que je crois utile pour vous et dont vous pouvez chercher à vous assurer avec certitude. C’est la somme ou le résumé de de ce qu’un Décideur doit savoir avec certitude. » (p.12)

 

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La formation des Décideurs : sa table des matières, explicitée par des teasers.

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Mise à jour le Jeudi, 22 Février 2018 13:26 Écrit par Henri Hude Jeudi, 22 Février 2018 13:22

TABLE DES MATIERES

 

Prologue

Pourquoi ce livre est dédicacé à mes fils devenus adultes.

 

Avertissement

 

MEDITATIONS INTRODUCTIVES : EDUQUER LES DECIDEURS.

 

§ 1 Eduquer les Décideurs en vue du Bien ?

§ 2 Les décideurs ont-ils besoin d’être des Hommes de pensée ? Et d’abord que signifie le mot « philosopher » ? Les questions philosophiques.

§ 3 Répondre en Décideur à des questions philosophiques ?

§ 4 Un dilemme : être amateur de questions sans réponses ou amateur de réponses sans questions ?

§ 5 Comment définir simplement l’adjectif « pratique » ? Qu’est-ce qu’une pensée pratique ?

§ 6 Un décideur doit-il être aussi un « gardien » ?

 

« Platon écrit que la justice n’est possible que si les philosophes deviennent rois, ou les rois philosophes[i]. Et il a raison, car…  

« Ce que dit Platon se traduit ainsi en langage moderne : les décideurs doivent devenir philosophes, ou les philosophes devenir décideurs. C’est évident, parce que… » (p.17)

 

 

PREMIERES MEDITATIONS : SE DOTER D’UN NOUVEAU CRITERE DE DECISION HUMANISTE

 

§ 7 Est-il vrai que le circuit de pensée pratique va de la cité au Bien, du Bien à la cité – et ainsi de suite ?  

§ 8 Est-il vrai que rien ne peut remplacer le critère du bien ?

« L’idée de la justice ne peut jamais remplacer l’idée du bien, car elle est une partie de l’idée du bien et ne peut se définir sans elle : en effet… » (p.35)

 

§ 9 Comment le critère du bien enveloppe-t-il le bien de la liberté ?

§ 10 Le bien humaniste comme critère.

§11 Comment poser la question de l’humanisme et y répondre ? 

§ 12 Les deux pôles du critère humaniste de décision : la liberté et le bien. Comment les équilibrer ?      

 

« Répondre pour l’avenir à la question de l’humanisme, c’est coordonner dans le critère humaniste la liberté et le bien. C’est remédier à un déséquilibre entre eux, qui peut sembler insurmontable. » (p.43)

 

§ 13 Se réapproprier le critère humaniste de l’humanisme moderne.

§14 Comment le critère humaniste moderne est source de malaise dans la civilisation. Comment il pousse l’Homme vers l’humanisme postmoderne. En quoi celui-ci consiste.

§ 15 Méditer sur la raison pour laquelle l’humanisme postmoderne devient inhumain.

 

« Les Décideurs comprendront à fond ce qui cloche dans le critère humaniste, tel qu’il fut interprété dans l’âge moderne, puis postmoderne. » (p.55)

 

§ 16 Le critère humaniste peut-il devenir un critère inhumain ?

§ 17 Quelle est alors la politique de l’inhumain ?

§ 18 Le critère inhumain peut-il receler le principe d’un despotisme postmoderne ?

 

« Les personnes ont à toute époque l’idée du bien et le pouvoir de juger à partir de cette idée – bref une conscience morale. Mais en régime culturel postmoderne, elles se voient équipées de principes tels que leur raisonnement moral les force à admettre comme innocentes et légitimes les injustices les plus énormes – et ce de bonne foi et comme logiquement, à tel point qu’il leur semblerait injuste et tyrannique de dénoncer les injustices réelles, car… » (p.63)

 

§ 19 Peut-on aller jusqu’à parler de totalitarisme postmoderne ?

§ 20 Quel est le principal stratagème du totalitarisme inhumain ? 

§ 21 Comprendre les raisons du nihilisme postmoderne.

§ 22 Contre quoi les gardiens auront-ils à lutter ?

§ 23 Quels sont la dynamique et le drame de l’humanisme inhumain ?

§ 24 L’avenir de l’humanisme peut-il devenir infernal ?

§ 25 Peut-il y avoir une démocratie inhumaine ?

 

« Quand la liberté n’est plus dans le Bien, ou reliée au Bien, l’antihumanisme devient l’aboutissement de l’humanisme. » (p.75)

 

DEUXIEMES MEDITATIONS : SE FORMER UNE COMPREHENSION ADEQUATE DE LA SITUATION. UNE PREMIERE SYNTHESE HUMANISTE.

 

§ 26 De quoi s’agit-il dans ce second point de méditation ? Devenir des pragmatiques méditatifs.

§ 27 Première notion de synthèse humaniste.

 

« La véritable école du commandement est la culture générale[ii]. » Pour que cette culture ne reste pas dispersée, il faut une synthèse humaniste. Celle-ci se forme par la méditation de trois grands objets, entre lesquels tout vient s’intégrer : l’Homme, le Bien et leur relation.

« Le cosmos est la maison de l’Homme[iii]. Et l’Homme se définit comme… » (p.85)

 

§ 28 Vertu de courage. Acquérir une « synthèse en liberté » autour du Bien.

§ 29 Les décideurs sont les mieux placés pour redécouvrir l’Homme.

§ 30 Une logique de décideur adopte une structure de pensée « en marguerite ».

§ 31 Vertu de rigueur. Penser en décideur, ce n’est pas renoncer à la rigueur scientifique.

§ 32 Vertu de réflexion. Méditer et réfléchir. Qu’est-ce que réfléchir en Décideur ? 

§ 33 Vertu de contemplation. En quels sens les Décideurs peuvent être aussi des contemplatifs. Ce que c’est qu’une contemplation humaniste.

§ 34 Vertu de tolérance.

 

« Que signifie la majuscule du Bien ? Comment les décideurs seront-ils tolérants, si pour eux le Bien s’écrit avec majuscule ? « Si vous introduisez de nouveau cette majuscule dans l’éthique et le droit, demande-t-on, comment sera encore possible une société pluraliste libre ? » Cette excellente question gouverne toute la problématique de l’éthique et de la politique dans les temps postmodernes. » (p.98)

 

§ 35 Que signifie la majuscule du Bien ? Un nouvel humanisme peut-il concilier vérité morale, vérité métaphysique et liberté ? Comment ?

§ 36 Vertu de liberté. 

§ 37 De quels renouvellements la sagesse a-t-elle besoin ? 

 

$c TROISIEMES MEDITATIONS : FORMER LE JUGEMENT ET ACQUERIR LA PRUDENCE. SUR LA GUERRE. SUR LA RELIGION HUMANISTE

 

§ 38 Ce dont il s’agit dans ces troisièmes méditations.   

 

« Former et cultiver le jugement qui pose la décision, ce sont les objectifs de ces troisièmes méditations. C’est ce qu’il y a plus important dans la formation des décideurs. (…)

« A la culture du jugement sera consacré l’essentiel de ces troisièmes méditations. Cette culture est affaire d’exercice. Pour entraîner les futurs Décideurs, nous méditons sur… » (p.109)

 

CONSEILS POUR BIEN JUGER

 

§ 39 Quelques conseils et notions pour tirer profit des exercices qui suivent.

 

EXERCICES DE JUGEMENT : SUR LE PACIFISME RATIONNEL

 

Les §§40-53 sont sur la guerre et la paix dans le monde globalisé et nucléarisé. Les §§54-61 sur la paix interculturelle.

  

§ 40 Les Décideurs ont une mission de paix. Exercices de jugement. Définir avec précision un pacifisme authentique, c’est-à-dire non utopique.

§ 41 Généralités, questions et obligations relatives à la guerre et à la paix.

§ 42 Les décideurs méditeront sur les évolutions dans les affaires militaires.

§ 43 Les gardiens méditeront sur une des « contrariétés de la guerre ».

§ 44 L’Homme peut-il vivre sans faire la guerre ?

§ 45 Quelle culture, dans ces conditions, peut remplir la fonction de pacification universelle ?

§ 46  Dans quelle mesure la culture postmoderne est-elle pourtant un facteur de paix ?

§ 47 De la transformation de la guerre à celles du politique. Méditation sur le politique dans l’âge hypertechnique et globalisé.

§ 48 Ce pouvoir postmoderne humilié connaît paradoxalement une évolution despotique.

§ 49 Quelles conclusions pratiques les Décideurs pourraient-ils tirer des méditations précédentes ? En quoi consiste une politique de paix ?

§ 50 Le régime mixte est celui qui préserve le mieux la paix. Aussi est-ce l’idéal des gardiens.  

§ 51 Les Décideurs-gardiens sont au service de la démocratie mixte.

§ 52 Notion d’idéalisme pragmatique. Les gardiens laisseront se former en eux, dans la méditation, un idéal politique pragmatique.

§ 53 Première notion du régime mixte international. Nationalisme et globalisme. Particulier/universel.

§ 54 Les conditions culturelles de la paix. Politique et mystique.

§ 55 Entre le culte de l’Un et le respect de la pluralité.

 

« Une mystique autoritaire et ascétique se fonde certainement dans l’affirmation d’un Un qui n’est que Un et transcende sans ressembler.

« … le culte de l’Un qui n’est que Un (qu’il soit religieux ou philosophique) tendra toujours, si rien ne le tempère, à exclure fortement la pluralité et donc la paix par tolérance, et à poser le Bien sans la liberté – pour autant que la liberté ne va pas sans pluralité.

« Et pourtant la liberté s’enracine dans la raison. Celle-ci ne se comprend pas elle-même, tant qu’elle ne procède à l’affirmation de l’unité et de l’Un. (p.154)

« Si nous nous en tenons à l’Un qui n’est que Un, nous finirons par assister à la restauration du polythéisme. C’est ce qui se produit, de façon largement inconsciente, dans l’époque postmoderne. On n’accorde pas assez d’importance au polythéisme, ancien et nouveau. » (p.156)

 

§ 56 Respecter les libertés publiques, la famille et la propriété.

§ 57 La « contrariété » de la paix culturelle, ou l’Absolu dans la Cité.

§ 58 « Société ouverte inhumaine » et « société ouverte humaine ».

§ 59 Pourquoi, fondamentalement, surgit la contrariété de la paix culturelle. Comment nous ne nous en sortirons pas sans la philia.

§ 60 La postmodernité : entre humanisme et polythéisme.

§ 61 Conclusion ? Ne jamais trop simplifier un problème pour accélérer sa résolution.

 

OUVERTURE. HUMANISME ET RELIGION HUMANISTE

 

§ 62 Vers une solution de « la contrariété de l’Absolu dans la Cité ».

 

« En l’absence d’une formule harmonisant l’humanisme et l’Un, l’Un et le multiple, la liberté et le bien, la tension entre les cultures ne peut que s’accroître dans le monde globalisé.

« Les civilisations se battront pour avoir l’autorité de donner sa constitution à ce monde un, ou refuseront son unité.

« La civilisation relativiste n’est qu’une d’entre elles. Et si toutes les autres ne sont unies que sous le joug de son humanisme inhumain, l’Homme sera probablement détruit, soit par la haine suicidaire des civilisations vaincues, soit par le totalitarisme sécuritaire de l’Etat mondial nihiliste. » (p.163)

 

§ 63 La religion humaniste et la solution de la « contrariété » de l’Absolu dans la cité.

§ 64 Quel rapport entre la religion humaniste et la liberté politique ?

§ 65 Inspiration trinitaire et société ouverte humaine

 

« D’un point de vue rationnel, il est évident que la foi dans la Trinité apporte quelque chose de très spécial à la civilisation humaniste. En effet, si nous excluons l’inspiration du Christ et la présence de la Trinité, nous tendrons toujours à… » (p.169)

« D’un point de vue empirique, on ne voit pas pourquoi le christianisme apporterait une solution spéciale aux grands problèmes politiques de la paix entre les cultures. La foi en la Trinité révélée dans l’Homme-Dieu Jésus est une croyance d’une communauté spirituelle particulière, qui s’ajoute à… » (p.170)

« Comment concilier le point de vue empirique, où la Trinité n’est qu’une croyance parmi d’autres dans le monde, et le point de vue rationnel, où elle a clairement une place à part ? Comment concilier une politique concrète de paix avec le souci de la liberté religieuse ? Comment reconnaître et mettre en valeur le potentiel pacificateur unique du christianisme sans… »  (p.172)

 

§ 66 Peut-il y avoir une société ouverte humaine sans la religion humaniste ?

§ 67 La religion humaniste pourrait-elle ne pas se corrompre par son succès ?

§ 68 La philosophie des décideurs, les mathématiques et la singularité du Christ.

§ 69 L’intérêt pour le Christ et la révolution non-euclidienne en philosophie.

 

« Le Christ est la pierre de Rosette de ces hiéroglyphes contradictoires composant la nature humaine.

« Il en résulte que ne pas s’intéresser au Christ et ne pas reconsidérer sa place dans la civilisation serait irrationnel, tout comme ce le serait de s’acharner à penser que… » (…)

« En tout cas, une civilisation fonctionnelle, surtout dans des temps humanistes, doit respecter cette structure et cette foi, d’une manière ou d’une autre, sous peine de se voir déchirée par… » (p.185)

 

Index des noms et des matières

 

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[i] Platon, République, 473c-473d. Il ne s’agit d’ailleurs pas de n’importe quelle prétendue philosophie, mais seulement d’une philosophie « sincère et adéquate ».

[ii] Charles de Gaulle, Vers l’armée de métier (1934), Plon, 1971.

[iii] Le Cosmos n’est pas ce dont l’Homme serait un accident ou une excroissance, c’est… 

   

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