Y a-t-il des guerres justes (4). Guerre, ère atomique et droit international

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La croissance des armements interdit de plus en plus les affrontements directs entre grandes puissances

 

En conséquence, l’optimisme pourrait soutenir que les armes vont devenir tellement destructrices que personne ne se risquera plus à surenchérir et à faire la guerre. Quand la mise à prix est déraisonnable, on ne trouve plus d’acheteur. Cette idée a trouvé une certaine réalisation avec l’invention de l’arme nucléaire et son utilisation à Hiroshima et Nagasaki. Les bombardements de Tokyo, Dresde ou Hambourg la même année avaient fait plus de morts, mais la bombe atomique a frappé infiniment plus les esprits et de façon indélébile. Avec elle, la notion d’enchères sanglantes est cassée, ou gravement contestée. Aurait-on enfin trouvé le moyen de supprimer la guerre ?
En un sens oui, entre puissances nucléaires, pour autant qu’elles sont « rationnelles » ; mais on n’a pas supprimé les causes profondes de la guerre : il faudrait changer l’Homme et le faire passer de l’état de nature à l’état de grâce. Or cela, un pouvoir politique ne peut le faire. En outre, l’arme nucléaire a été maintenant miniaturisée (bombes de 1 kilotonne), ce qui la rend utilisable sur le terrain. 

 

 

 

La guerre frontale n’étant plus possible, la guerre se transforme et se déploie autrement

 

Aujourd’hui la guerre se déploie autrement : guerre économique, financière, d’information ou de désinformation, guerre psychologique, politique, indirecte, invisible, etc. On en vient à susciter des guerres avec des mercenaires, des sociétés de sécurité. La guerre se privatise, devient occulte, hors limite[i]. Elle use et abuse des forces spéciales, des services de renseignement. Elle devient plus politique, plus machiavélique[ii].
L’évolution conduit à rendre apparemment impossible ou absurde toute guerre directe entre grandes puissances, et même la guerre conventionnelle entre deux puissances technologiquement inégales. Est-ce un bien ? Oui, sans doute ; mais, du coup, le terrorisme devient la forme normale de la guerre entre le faible et le fort. Il peut y avoir des rapports occultes entre certains États et des terroristes. Aussi la question va-t-elle se poser (et pas seulement dans les films ou dans le bluff politique) de terroristes disposant de moyens de destruction massive, de chantages à la bombe miniaturisée, etc.
Le problème de cette métamorphose de la guerre, c’est qu’on ne sait plus qui fait quoi. Il n’y a parfois plus d’acteurs rationnels identifiables. Il faut une surveillance perpétuelle du monde entier (tâche impossible), par exemple pour y suivre à la trace le moindre gramme de plutonium.

 

 

 

La mise en place d’une autorité mondiale autour de l’ONU peut-elle empêcher la guerre ?

 

La création de l’ONU avait pour principal objectif déclaré de bannir le recours à la guerre comme mode de résolution des conflits. Cela ne fonctionne pas très bien, et l’idée d’un gouvernement mondial présente autant d’inconvénients que d’avantages.

Dans une situation si nouvelle, forte est la tentation d’une solution moniste : de même qu’un pays bien contrôlé par un seul gouvernement est sécurisé et pacifié, de même peut-on imaginer faire la paix dans le monde entier par l’établissement d’un seul pouvoir qui aurait le monopole de la force légitime. Ce pouvoir politique unique n’aurait plus en face de lui que des bandits ou des rebelles. C’est un peu la logique de l’ONU et un peu aussi celle de la tentative d’hégémonie mondiale des USA, les deux étant connectées entre eux de manière variable.

 

 

 

Le traité de l’ONU interdit le recours à la guerre au profit d’une solution de droit

 

Il y est stipulé qu’on n’a pas le droit de régler ses conflits par des moyens de guerre[iii]. Si on a un différend avec un autre État, il faut venir plaider sa cause devant l'ONU. Mais chacun conserve son droit de légitime défense[iv]. Comme la meilleure défense est souvent l’attaque, et que le sentiment d’être attaqué est assez subjectif, et enfin que la bonne foi n’est pas si fréquente, la permission de l’autodéfense peut être interprétée même comme une permission de l’attaque préemptive, qu’on essaye de distinguer de celle qui est préventive[v]. La Charte de l’ONU laisse donc subsister une grande part d’arbitraire.
L’agresseur est juridiquement dans une situation d’illégalité, puisqu’il a par traité renoncé à son droit de faire la guerre, sauf légitime défense.
Le Conseil prend alors la décision de ramener le délinquant au respect du droit international et prend contre lui des mesures appropriées[vi].  
Dans la pratique, cette procédure ne fonctionne que si les grandes puissances (qui ont droit de veto) sont d’accord entre elles. Elle est paralysée en cas de désaccord.
Ce système fonctionnerait mieux s’il n’y avait qu’une seule grande puissance ; mais un tel projet se distingue mal de l’impérialisme absolu. La pluralité politique est aussi une forme fondamentale de la séparation des pouvoirs, au niveau global. Elle conditionne ainsi l’existence de la liberté politique. Par ailleurs, le modèle juridique et dépolitisé n’est pas très convaincant. Le fait de traiter tout ennemi politique ou idéologique en délinquant, au nom d’un universalisme et d’une morale réputés évidents est éminemment discutable[vii]. Cela conduit à la radicalisation des oppositions, et on n’aura pas forcément gagné au change.

 

A SUIVRE

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[i] Liang Qiao & Xiangsui Wang, La Guerre hors limites, Payot, 2006.

[ii] Tout ceci n'est pas si nouveau. Voir l'article sur le fameux livre du colonel Roger Trinquier.

[iii] Charte de l’ONU, ch.I, art.2.3. 

http://www.un.org/fr/documents/charter/index.shtml

[iv] Chartede l’ONU, ch.VII, art.51: « Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l'objet d'une agression armée, jusqu'à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales. »

[v] Henry Shue & David Rodin, Preemption:Military Action and Moral Justification, Oxford University Press, 2009.

[vi] Charte de l’ONU, ch.VII.

[vii] Point de vue développé dans toute sa pureté par Jeff McMahan, dans son livre Killing in War, Oxford University Press, 2011, où il tend à détruire l’immunité morale du combattant, c’est-à-dire à transformer virtuellement tous les soldats vaincus en prévenus, au motif que le plus fort est tellement plus juste.

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