La nature perdue et retrouvée

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Je viens de publier ma contribution de philosophe aux Etats-Généraux de la Bioéthique. Il s’agit de mon livre Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme, Mame, 2018. J’en publie ci-dessous un premier extrait.

 

 

 

La perte de la nature comme critère, facteur décisif de la crise écologique

 

La crise écologique se produit quand le langage humain ne renvoie plus aux Idées du Logos, aux essences des êtres, et quand nous ne savons plus méditer ; quand donc la vérité nous semble un mot vide, ou scandaleux, ou une façon de dire notre brutalisation des choses ; quand, enfin, nous avons perdu la « nature » ; quand ce dernier mot ne signifie rien d’autre que l’ensemble des objets perçus entre les œillères d’une volonté de puissance fixée sur son accroissement indéfini ; quand il n’a plus aucun rapport avec la sagesse.

 

Quel est l’Homme qui cause sa propre crise écologique ? L’Homme libre sans le Bien ? L’Homme radicalement autonome sans philia ?

 

Sans doute, mais ces Hommes-là se concrétisent pour ainsi dire dans l’Homme savant et technicien quand il est privé de la sagesse de la nature.

Cet Homme croit savoir ce qu’est un objet technique, mais il ne sait plus ce que c’est qu’une chose naturelle. Sur la chose naturelle qu’il perçoit, il plaque le schéma technicien qu’il a construit. Il ne peut plus « voir la nature nue », comme disait Husserl. Il la voit vêtue en bleu de travail. Pourtant, « nature » n’est pas un concept dépassé ou irrationnel, au contraire. Toute nature se définit par une constitution et des lois, et inversement toute loi est la loi d’une nature. Or nous sommes certains désormais, au-delà de tout doute raisonnable, qu’il y a des lois dans le monde. Et, donc, qu’il y a des natures. La crise écologique, ce n’est pas d’abord une question de déchets, ou de réchauffement, ou de destruction d’espèces ; c’est une question d’obturation du logos humain à la nature. L’Homme détruit la Nature parce qu’il ne la voit plus ni comme être, ni comme nature.

 

Il ne sait plus non plus être naturel parce qu’il ne voit plus sa propre nature.

L’Homme trop exclusivement technicien n’a guère plus idée de sa nature humaine. Pourtant, l’Homme a une « nature » : corporelle, vivante, sociale, raisonnable, culturelle, métaphysicienne, spirituelle. [Chacun de ces domaines a en effet ses lois.]

 

Une « nature humaine », comme on dit. La redécouverte de ce « paradigme

Perdu » [Edgar Morin, Le paradigme perdu : la nature humaine, Gallimard, 1979, p.25-30] est la première condition nécessaire à toute solution suffisante de la crise écologique.

 

Devenir capable de voir et de concevoir à nouveau la nature, et surtout cette « nature humaine », enrichit en nous l’idée de « la Nature » [le cosmos, avec la Terre et les vivants]. Celle-ci n’est pas étrangère à l’Homme, puisqu’elle inclut réellement l’Homme. Les sciences de la Nature devront en tenir compte davantage, dans l’avenir, et seront ainsi plus scientifiques. Les sciences de l’Homme sont et seront celles de cette « nature humaine » définie par toutes ces lois, dont la première est la loi morale universelle de philia. Cette loi morale est aussi sa loi naturelle, et aussi sa première loi politique [H.H., Préparer l’avenir, Economica, 2012, p.90-94]. Nous avons encore beaucoup à apprendre et beaucoup à approfondir dans notre science et dans notre action.

 

Extrait de HABITER NOTRE NATURE. ECOLOGIE ET HUMANISME, Mame, 2018 ; §13, pp. 35-37. 

 

Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme  

 

 

 https://www.fnac.com/SearchResult/ResultList.aspx?SCat=0%211&Search=habiter+notre+nature+&sft=1&sa=0

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Nouveauté !

Evénements

Aucun événement