Le respect du passé

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Toujours sur la question de l'identité, et aussi avant la rentrée scolaire et académique, voici une autre section (n°8, pages 191-193) d’un de mes livres, intitulé Éthique et politique ; c’est la suite du chapitre IX sur la culture et l’éducation, que je suis en train de publier ici. Le chapitre compte 11 sections. 

 

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Parmi les valeurs humaines dont le pseudo-progressisme pratique l’ablation, il y a le temps, ou plutôt la durée.

La destinée de l’homme est d’atteindre le but de son existence. La fin de la vie humaine, c’est l’union à son Principe. Pourquoi ? Il suffit de penser au Premier Principe de toutes choses, et de désirer savoir, pour désirer connaître le Principe de toutes choses. Vouloir le connaître, c’est aussi vouloir lui être uni autant qu’il se peut : c’est en quelque sorte vouloir l’aimer. Il s’agit là d’une vérité universelle, très formelle. Le matérialiste, à mes yeux, est un métaphysicien comme les autres. Lui aussi aspire à s’unir au Premier Principe, qui est, selon lui, la matière inanimée, inconsciente.

C’est pourquoi le matérialisme mis en pratique dans une société y établit un régime de mort. Le retour à l’inconscience et à la poussière y est tenu obscurément pour l’idéal véritable. Le désir de mort est encore un mysticisme.

Comme nos actions et nos vouloirs ont pour loi de se coordonner entre eux, il est difficile à l’homme, animal raisonnable, de désirer ou de faire quoi que ce soit sans désirer, au moins implicitement et subconsciemment, que ses autres désirs et intentions puissent se coordonner à son intention métaphysique fondamentale.

C’est ainsi que la véritable forme de notre conduite est fournie, non par le système de nos besoins, qui n’en est que le matériau général, mais par nos idées métaphysiques et religieuses. Et je comprends déjà que nous qualifierons de bonne une intention dont le contenu matériel et la signification peuvent s’accorder au cadre métaphysique que nous tenons pour vrai. Cela est vrai pour un métaphysicien matérialiste comme pour tout autre. Le bon est ce qui peut s’intégrer dans la démarche d’accomplissement de notre destinée.

Or notre passé figure évidemment au nombre des médiations concrètes qui nous reconduisent à notre Principe, puisque le mot passé désigne l’avènement successif des causes dont nous sommes les effets. Et la morale est la connaissance de tout ce qui nous permet de rejoindre notre première Cause et d’accomplir ainsi notre destinée. C’est pourquoi il y a évidemment quelque chose d’immoral dans la haine du passé.

En parlant de haine du passé, je ne contredis pas ce que j’ai affirmé plus haut, concernant l’unanimité autour du respect du passé. Pas plus que la tradition n’est norme par elle-même, mais tout au plus par une vérité qui dit que la tradition est norme, pas davantage le respect du passé ne peut-il être inconditionnel.

Mais il faut préciser en quel sens le respect du passé est une valeur. Il y a un respect du passé qui est fonction de sa conformité à certains principes que nous tenons pour vrai. Il y a un autre respect du passé qui est fonction de sa causalité ou de sa paternité à notre égard.

On n’est pas d’abord attaché à son père parce qu’il aurait telle ou telle qualité. On lui est attaché parce qu’il est notre père, et qu’à ce titre, quels que puissent être ses défauts, il est et il reste, avec notre mère, la plus vivante médiation par laquelle passe la réflexion de la personne à la recherche de son Principe. Il en va de même pour la patrie et pour l’histoire de la patrie.

Un certain sens du grand et de l’héroïsme peut vibrer en nous au récit des guerres de Napoléon, cependant que nous pouvons, sans contradiction, juger désastreux l’impérialisme de Bonaparte.

Il convient donc de juger. De même que la simple tradition n’est pas par elle-même un critère de vérité, la seule histoire n’est pas davantage une garantie de justice. Et pourtant, être critique à l’égard du passé de la patrie ne nous désolidarise pas d’elle. Une distance critique à l’égard de nos parents ne nous ôte pas l’amour fondamental que nous leur portons. Il en va de même pour l’amour de notre propre passé national. Sans cet intérêt et cet amour pour le passé, il ne peut pas y avoir de patriotisme, ni de sens de ce que c’est que la vie.

C’est pour cela que le pseudo-progressisme est ruineux pour la culture. La culture vient du passé, et ne pousse de nouveaux rameaux qu’en puisant dans les sucs de la tradition. Rien de durable et de vivant ne se fait par une rupture absolue. Et même quand il faut tailler, après il faut recoudre. Mais si un homme estime qu’il est lui-même son propre Principe, comme c’est le cas dans les formes du panthéisme anthropologique moderne [et du polythéisme postmoderne où Mr X et Mme Y se prennent pour des dieux], alors il éprouvera la plus instinctive animosité à l’égard de toute étude qui le conduirait à se voir d’abord comme un descendant, un hériter, un effet – à comprendre qu’il n’est évidemment pas son propre Principe. Or tel est évidemment le premier résultat de l’étude sincère de l’histoire. [Certains grands esprits progressistes, il est vrai, essayent de totaliser l’histoire dans une philosophie de l’histoire, où l’Absolu se révèle à lui-même dans les œuvres de l’Homme. Mais, il y a longtemps que les pseudo-progressistes postmodernes ont abandonné ce genre d’enseignement.] C’est pourquoi un homme qui ne rend de culte qu’à lui-même [en tant qu’individu] aspire toujours à oublier la vérité de son passé, ou à le salir. Et la conduite opposée des traditionalismes chauvins fournit un semblant de respectabilité à son imposture.

Aussi, même si le pseudo-progressiste célèbre divers événements passés qu’il juge politiquement corrects, il ne laisse pas de se méfier du passé qui est toujours, à ses yeux, métaphysiquement incorrect, comme si le rappel de la causalité de nos pères à notre égard devait nous reconduire à une idée de Dieu dont il ne veut pas.

C’est alors que la tentation lui est forte de travestir le passé de la Nation en mythologie partisane [et en légende sinistre]. C’est ainsi que l’ensemble des hauts faits d’un grand peuple ne parvient plus aux oreilles de ceux qui sont actuellement ce peuple, et qui ne peuvent plus comprendre ce qu’ils sont, faute de savoir ce que furent leurs aïeux, devenus méconnaissables sous la bave et l’oubli.

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