Du rationalisme au néo-tribalisme

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On parle beaucoup d'identité en ce moment.

Voici une section d’un de mes livres, intitulé Éthique et politique ; il s’agit du chapitre IX (§6, pages 188-189) consacré à la culture et à l’éducation. Le chapitre compte 11 sections, que je suis en train de publier ici. 

 

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Le rationalisme[1] s’efforce de promouvoir une unité artificielle et totalitaire du genre humain[2]. C’est qu’il imagine ce dernier sans vraie et substantielle pluralité, fondu dans l’Un. Mais, dans le même temps, ce rationalisme, parce qu’il institue les traditionalismes[3], prépare son propre échec.

Il enferme chaque peuple (c’est ce qu’on appelle parfois ‘préserver son identité’) dans ses traditions vécues de manière traditionaliste et sans référence à une vérité universelle commune à tous les hommes en tant qu’hommes et même en tant qu’esprits.

Alors ces peuples, tenant même à leurs vérités par des raisons qui ne sont pas vraies, attachés même à leurs valeurs bonnes pour des motifs qui ne sont pas justes, [ces peuples] que le rationalisme rend fanatiquement traditionalistes, se révèlent incapables de remonter au rationalisme comme à la source commune de leurs divers traditionalismes. [Et pourtant,] quand le rationalisme pensait jouer les traditionalismes les uns contre les autres et tirer toutes les ficelles, voici qu’il les rassemble contre lui.

Toutes les différences de la chair et du sang sont érigées alors en absolus qui se choquent et qui sanctifient les antagonismes les plus matériels. Les peuples, tous possédés d’une passion traditionaliste, qu’ils théorisent tous sous le nom d’identité culturelle, revendiquent frénétiquement la conservation de leurs opinions collectives comme opinions et comme collectives, sans plus jamais les juger selon le vrai et le bien [et leur authentique contenu de valeur universelle].

Mais alors, par un juste retour des choses, le rationalisme lui-même ne sera plus considéré [même au fond par ses propres adeptes] que comme la particularité d’une ethnie, et qui a eu le tort de trop dominer les autres. La vengeance des peuples est sur lui.

Tel fut le destin de la France après l’Empire [de Napoléon]. Et tel sera le destin des peuples occidentaux, tous ensemble, s’ils ne se réforment pas.

On ne regretterait pas le rationalisme, si nombre de traditionalismes ne poursuivaient pas même la droite raison avec une haine inexpiable, depuis que le rationalisme a prétendu représenter toute raison possible.

Ainsi donc, sous prétexte de compréhension universelle, on ruine l’universalité du vrai qui est la condition de tout dialogue, et on annule avec la raison la différence de l’Homme et de l’animal. On fonde ainsi le règne d’une violence bestiale et de l’incompréhension universelle.

Sous prétexte de relativisme culturel s’instaure un racisme généralisé, de même que sous prétexte d’antiracisme, on promeut un racisme intégral [Ethique et politique, ch.VIII, pp.154-157]. Et au lieu d’unir les nations pacifiquement autour de leurs intérêts communs, on en fait un chaos de tribus vouées à se déchirer avec fureur.

On justifie d’avance les impérialismes les plus forts. Car dans un système de traditions toutes divines, portées par des peuples tous divins, dont les langues sont toutes des manifestations de l’Esprit, comment ce que pense le peuple le plus divin, ne serait-il pas aussi ce qu’il y a de plus noble et de plus divin, à défaut d’être le plus vrai ? Et qui dira qui est le plus divin, sinon le tribunal de la guerre ?

Ainsi l’‘œcuménisme’ rationaliste travaille-t-il concrètement à faire de tout conflit international une guerre de religions. Le rêve de république rationaliste universelle où les plusieurs se fondent dans l’Un sombre en réalité dans le chaos des luttes tribales.

 

 

 

Editions universitaires, 1992, ‘Du rationalisme au tribalisme’, §6 du ch.IX, pp.188-189.

 

 

 

 

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[1] Par ce terme « rationalisme », j’entends (comme expliqué à fond dans Prolégomènes. Les choix humains, Parole et silence, 2009), une structure de pensée dominante en Occident, qui commence par un « doute » vague, un « pseudo-scepticisme », et qui se termine par ce à quoi ce pseudo-scepticisme équivaut logiquement (en réalité, mais occultement) – c’est à dire par un enfermement de l’esprit humain en lui-même et par son autodivinisation. On comprend bien que si tout est divin, toutes les traditions humaines le sont aussi. De là l’équivalence et la solidarité entre les traditionalismes et le rationalisme, en même temps que leur opposition. De là aussi le caractère assez contradictoire de la laïcité rationaliste [2016].

[2] Cette critique du rapport entre l’Un pur et simple de la Raison en laquelle tout devient le Même, et le totalitarisme du 20ème siècle, est aussi une autocratique courante dans le rationalisme postmoderne qui essaye de se réformer (Ecole de Francfort, Emmanuel Lévinas, parmi bien d’autres). Mais il n’y parvient pas, car il continue à commencer par le « doute » et à définir la liberté par une raison à base de « doute ». [2016]  

[3] Voir note n°1.

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