Qu'est-ce que réformer ? Comment réformer ?

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C’est la question que doivent se poser les décideurs qui ont à mettre leur pays sur le chemin de la Renaissance.

 

C’est pourquoi je livre ici à leur réflexion trois éléments concrets :

     le premier, sur les réformes institutionnelles ;

     le second, sur la réforme territoriale ;

     le troisième sur la réforme de l’Administration.

Ces pensées ne sont pas nées du fonds de ma cervelle, mais de l’expérience et du travail en commun. J’ai participé les 2 et 3 décembre 2013, à Rabat, à trois tables rondes sur le thème d’ensemble « de la gouvernance de réformes structurelles ».

On m’avait confié la rédaction d’un rapport réfléchi. C’est celui que je commence à publier sur ce blog, en un certain nombre livraisons.

Mon rapport n’a pas fait consensus. Cela n’étonnera personne. Il me semble utile et licite de le publier, après dix-huit mois, en remplaçant par leurs initiales les noms et prénoms des participants, que je salue cordialement.

 

 

 

Première table-ronde (Hôtel de la Tour Hassan) : « Réforme institutionnelle ». Présentation.

 

Ce premier acte compta quatre scènes :

-                      1°) quelques points de méditation sur l’idée de réforme (H.H.) ;

-                      2°) Une leçon de droit sur la place des instances protectrices des droits fondamentaux (P.B.) ;

-                      3°) Une seconde leçon sur le rôle du conseil constitutionnel (A.L.) ; 

-                      4°) Un débat-discussion.

 

 

 

Scène I : Quelques points de méditation au sujet de la réforme (H.H.)

 

Dans son exposé, H.H. insista sur l’importance d’un temps de réflexion de fond sur les principes, y compris moraux et métaphysiques, avant d’entrer dans la nécessaire technicité d’une discussion pratique.

 

La réforme est le principal moyen d’éviter la révolution. Toutefois, elle dérange tant d’habitudes et froisse tant d’intérêts particuliers, qu’elle requiert chez les responsables de grandes qualités : sagesse, équité, habileté, patience.

Au reste, qu’est-ce qu’une révolution ? Ce mot évoque l’idée d’un changement radical modifiant la culture, le régime, l’économie et l’identité même de la société. Mais, il veut dire aussi, et originellement, un tour complet qui finit par nous ramener au même point. N’y a-t-il pas là matière à méditer ? Mesdames et Messieurs, tout le monde sait que vous faites partie de ceux qui savent et savent faire. Mais il est de mon devoir de rappeler que, pour réformer, il faut aussi savoir méditer.  

 

Concernant la corruption, H.H. affirma que la plus grave et la plus fréquente n’est pas celle qui se présente sous des formes sordides et pénalement punissables, mais sous les formes anodines, quotidiennes et inconscientes de la collaboration aux abus, par le carriérisme, le conformisme, le silence et par l’excès de docilité à l’opinion dominante du moment.

 

La technocratie ne peut pas être l’instrument de la réforme. A ce sujet, H.H. nota que dans « réforme », il y a « forme » (terme qui, dans une tradition philosophique commune à nos deux pays - celle d'Aristote, reconnue au Maroc et en France - signifie aussi bien « forme » - morphè  qu’« idée »).

Il s’agit là d’une notion qui, dans son apparente simplicité, recèle une grande profondeur : la forme, en termes modernes, c’est la structure et la constitution. En termes traditionnels, c’est aussi bien l’essence que la nature, ou, encore plus au fond, l’Archétype, l’Idée éternelle ou divine. S’il n’y a pas d’essence, il y en a encore une : l’esprit constructiviste et ses produits. L’essence de la réalité humaine est alors conçue comme un matériau supposé plastique à l’imposition des formes surgies de l’imaginaire technique, qui devient une instance quasi-divine.  

La sagesse réformiste saura éviter cette intempérance, et trouver le point de suture entre la culture et la nature, entre la constitution pré-juridique et la constitution humainement instituée. Là se trouve la condition principale d’une action sage et aussi d’un compromis équitable et d’un consensus raisonnable.

 

Avoir le sens de la durée. Réforme évoque les termes d’évolution, de fixisme, de progrès, de révolution, d’adaptation, d’altération, de croissance et de crise de croissance. Des dirigeants ayant à réformer pourront prendre avec profit un peu de temps pour peser ces termes et méditer sur la philosophie du changement. Qui ne prend pas le temps du recul s’enferme dans l’instant, oublie la durée. C’est l’erreur majeure, car ce qui en fait abstraction ne vaut rien.

 

Le terme de « ré-forme » renferme de nombreuses ambiguïtés.  En effet, le « re » peut signifier une intention de re-tour à la « forme », une volonté de re-venir – mais à quoi ? 

Revenir aux sources et vers l’esprit de la fondation première ?

Revenir vers l’utopie, c’est-à-dire la pure nature, ou la pure raison, faisant abstraction d’une tradition, de la culture et de l’Histoire ?

Ou encore, tout simplement, revenir en arrière, parce que c’était mieux avant ? 

 

Réformer, c’est d’abord rendre ses droits au processus de la vie qui s’est figé en fonctionnement mécanique. Le « re- » de « réforme » signale ainsi la nouveauté d’un dynamisme méthodique. Au-delà des habitudes mécaniques encroûtées, la réforme permet à une société ou une de ses organisations, de retrouver son lien avec la vie et avec l’inspiration créatrice. La réforme entreprend ainsi de re-constituer un corps qui avait vieilli et était devenu progressivement mal adapté aux circonstances.

 

H.H termine en soulignant le rôle fondamental d’un leadership exemplaire pour le succès des réformes. 

Pour aller à la suite du rapport, cliquer ici.

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