Henri Hude

Ce que c'est que l'impérialisme économique. Après les révélations de Greepeace sur le TTIP

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Mise à jour le Vendredi, 06 Mai 2016 17:59 Écrit par Henri Hude

Voici la traduction française de l’essentiel d’un article en américain dont l’intégralité se trouve ICI.

Cet article a pour objet les traités de commerce en projet, appelés TTIP (partenariat transatlantique de commerce et d'investissement), qui se négociaient sous le manteau, jusqu’à ce que Greenpeace ait publié le texte du projet.

Il s’agit d’un plaidoyer passionné mais rationnel, au style brutal comme souvent aux Etats-Unis. Si ce qui est dit ici était entièrement exact, ce serait extrêmement grave, plus grave que la montée des extrémismes.

 

L’auteur de l’article : Dr. Paul Craig Roberts fut Assistant-Secrétaire pour la politique économique au Trésor américain et rédacteur associé au Wall Street Journal, ainsi qu’un contributeur régulier à Business Week, Scripps Howard News Service, et Creators Syndicate. Il a enseigné dans de nombreuses universités. Ses articles sur Internet lui ont attiré une audience mondiale. Parmi ses livres, on peut signaler The Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution of the West, et The Neoconservative Threat to World Order.

 

 

Greenpeace a rendu un grand service à cette partie du monde [notamment les pays d’Europe] dont les représentants sont assez stupides ou assez corrompus pour signer les accords de « Partenariat Trans-Pacifique et Trans-Atlantique ». Greenpeace s’est procuré et a laissé fuiter  les documents secrets de ces traités TTIP, que Washington et les « grandes compagnies » globales sont en train de pousser en Europe. (…)

 

 

 

[Le document comprend les deux premiers tiers du projet de traité. Il est probable qu’ils ont tout, et que le plus beau est encore à venir. Mais ce qu’on a déjà inclut des sujets hautement controversés, tels que les normes européennes  en matière d’alimentation et l’interdiction des OGM.] Pour accéder au site de Greenpeace-Hollande où télécharger le document, CLIQUER  ICI]

 

 

 

Ces soi-disant « accords de libre-échange »ne sont pas des accords commerciaux. Le but de ces « partenariats », qui sont rédigés par les « grandes compagnies » globales, est de soustraire ces sociétés aux lois des pays souverains dans lesquels elles opèrent. [En vertu de ces accords], pourra être déclarée « restriction [abusive] du commerce » toute loi ou régulation d’un pays souverain, qui aurait un impact sur les profits de ces grandes compagnies, qu’il s’agisse de loi sociale, de loi environnementale, de sécurité alimentaire, ou de protection du travail. Le « partenariat » autorise les « grandes compagnies à faire un procès en vue de faire annuler une loi ou une régulation et de dédommager les « grandes compagnies » par des indemnités payées par le contribuable des pays qui auraient cherché à protéger leur environnement, la qualité de leur nourriture ou leurs travailleurs.

La plainte n’est pas reçue et jugée par les tribunaux du pays, ni même dans aucun tribunal.L’audition a lieu dans un tribunal des compagnies dans lesquelles les compagnies servent comme juge, jury et accusateur.

En d’autres termes, les « partenariats » donnent aux « grandes compagnies » globales le pouvoir d’annuler les décisions démocratiques. A ce qu’on dit, l’Europe est composée de démocraties. Les démocraties édictent des lois qui protègent l’environnement, la qualité sanitaire de la nourriture et le travail. Mais il est évident que de telles lois réduisent les profits. En conséquence, en vertu des termes mêmes du « partenariat », tout [élément de législation] peut être annulé par les « grandes compagnies », à partir du moment où elle empêche de faire suer le burnous, avec des salaires de misère, et sans protection environnementale, sans législation sanitaire pour la nourriture et sans droit du travail.

Seul un traître, et un traître bien payé, peut signer un tel pacte.

A mon avis, il n’y a pas de raison pour que les grandes compagnies ne refusent pas aussi les lois fiscales, car elles réduisent évidemment les profits. [Ce n’est pas vraiment utile, il y a dans le monde assez de paradis fiscaux pour arriver à ce résultat].

Les « partenariats » trans-atlantique et trans-pacifique ont été concontés en secret. La raison en est évidente. Si les gens avaient seulement été informés de la façon dont ils étaient vendus, c’aurait été une tempête de protestations. (…)

[Paul Craig Roberts explique ensuite en quoi la procédure viole la Constitution américaine. A cette occasion, il explique cette procédure :]

Voici comment ça marche. Le représentant américain qui a été nommé négocie avec les représentants nommés représentant les autres pays. Toute résistance à l’accord est surmontée par des pots de vin ou des manœuvres d’intimidation. Et la totalité de la négociation est menée dans un complet secret. Une fois les accords signés par les représentants [nommés – par qui exactement ? pourquoi ? comment ?], ils sont présentés aux parlements des pays. On dit aux députés ou sénateurs qu’ils doivent approuver le pacte, pour ne pas mettre en péril le gros et dur travail qui a duré si longtemps et qui est dans l’intérêt général, comme peuvent en témoigner tous ces représentants corrompus, ou intimidés.

Ces « pactes commerciaux » ont leur origine aux Etats-Unis, parce que les « grandes compagnies » globales américaines les méga-banques américaines sont les plus gros acteurs dans l’économie mondiale. Les accords qu’elles promeuvent leur assurent l’hégémonie économique sur les pays qui les signent. Les partenariats transatlantiques et trans-pacifiques sont des outils de l’impérialisme financier américain.

(…)

Aujourd’hui, un article dans The Independent rapporte [Vous pouvez lire cet article de The Independent ici : http://www.independent.co.uk/voices/ttip-leaks-shocking-what-are-they-eu-us-deal-a7010121.html ] que « les documents montrent que les grandes compagnies américaines se voient attribuer [par le projet] des pouvoirs sans précédent sur toute régulation concernant la santé ou la sécurité alimentaire et qui pourrait être introduite dans le futur. Si un gouvernement européen ose faire des lois pour élever le niveau des normes sociales ou environnementales, leTTIP accordera aux investisseurs américains le droit de le poursuivre devant son propre système de tribunaux de commerce, qui ne sera pas disponible par contre aux firmes nationales, aux gouvernements ou à quiconque d’autre. Et quant à vous qui disiez [le rédacteur de The Independent s’adresse ici directement à ses contradicteurs] que nous étions des alarmistes et que l’Union Européenne ne permettrait jamais une telle chose, nous avons maintenant la preuve formelle que vous aviez tort. »

[Paul Roberts ajoute ici:] Si je comprends bien [ce qui est écrit dans le projet], la réalité est pire encore que ne le dit l’article. LES CLAUSES DU TTIP S’APPLIQUENT AUSSI AUX LOIS DEJA VOTEES, TELLES QUE, EN FRANCE, LES LOIS ANTI-OGM ET ANTI-ALIMENTS CONFECTIONNES AVEC DES OGM.

L’article de The Independent continue ainsi :

« [après avoir parlé de l’impact sur le débat du Brexit.] Les négociateurs non élus n’ont pu continuer à opérer ainsi jusqu’à ce jour qu’en employant un niveau de secret poussé jusqu’au fanatisme et en menaçant de poursuites pénales ceux qui divulgueraient les contenus du traité. 

« Et maintenant, le peuple de l’Europe peut voir par lui-même ce qu’a fait pendant longtemps la Commission sous un voile ténébreux – et qu’elle a fait n’est pas beau du tout. 

« Les textes fuités révèlent COMMENT LA COMMISSION EUROPEENNE SE PREPARE A OUVRIR LARGEMENT L’ECONOMIE EUROPEEENNE A UNE CONCURRENCE DELOYALE DE LA PART DES SOCIETES GEANTES AMERICAINES, BIEN QUE CETTE COMMISSION RECONNAISSE PARFAITEMENT LES CONSEQUENCES DESASTREUSES QUE CELA VA PRODUIRE EN EUROPE, QUI EST SOUMISE A DES NORMES BIEN PLUS ELEVEES QUE CELLES DES ETATS-UNIS.

« Selon les statistiques officielles, au moins un million d’emplois seront perdus directement par suite du TTIP et deux fois plus si on autorise l’accord à entrer pleinement en application. Nous observons que les négociateurs européens sont disposés à brader des pans entiers de nos économies dans le TTIP, sans souci des conséquences humaines. (…) En réponse [à la stratégie bruxelloise du secret], les militants ont opté pour une ‘stratégie Dracula’ contre l’accord projeté : exposez le vampire à la lumière du jour et il mourra. »

(…)

Ces révélations sont déconcertantes pour les Anglais et les autres peuples européens. Par exemple, The Independent rapporte que LE TTIP POURRAIT CAUSER LA PRIVATISATION DE L’ASSURANCE SOCIALE SANTE ET QUE LE PARLEMENT N’AURAIT AUCUNEMENT LE POUVOIR DE S’Y OPPOSER.

Voyez (en anglais) :

http://www.independent.co.uk/news/business/news/ttip-could-cause-an-nhs-sell-off-and-parliament-would-be-powerless-to-stop-it-says-leading-union-a7006471.html
Et voyez aussi :
http://www.independent.co.uk/voices/comment/what-is-ttip-and-six-reasons-why-the-answer-should-scare-you-9779688.html

(…)

Le négociateur européen en chef, Ignacio Garcia Bercero, probable (…), s’est rué à la défense du traité en déclarant que Greepeace avait tout simplement tort. La déclaration de Bercero n’a aucun sens. PERSONNE NE CONTESTE L’AUTHENTICITE DES DOCUMENTS DE GREEPEACE. Donc, apparemment, la position de Bercero est que les documents officiels ont tort ? On dirait un gars qui qui travaille dur pour son argent

Bercero a continué ainsi, sur la BBC : « Il n’est pas correct de dire que les Etats-Unis poussent à abaisser le niveau de protection dans l’Union Européenne."

C’est un mensonge époustouflant. (…)

La commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmstroem, une autre probable (…), toujours selon la BBC, a dit la même chose : « Ce n’est pas mon affaire que d’abaisser les standards. »

http://www.bbc.com/news/world-europe-36185746

(...) En effet, son affaire n’est pas d’abaisser les standards, mais de rendre possible pour le capitalisme global de renverser tous les standards, qu’ils soient élevés, ou bas.

Tout le bablabla sur les bienfaits du libre-échange et de la réduction des droits de douane n’est qu’une couverture pour le seul but du TTIP, qui est d’établir l’impérialisme économique américain sur les peuples qui ont été vendus par leurs gouvernement pour de l’argent.

 

 

Vers une révolution américaine ?

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Mise à jour le Lundi, 02 Mai 2016 06:51 Écrit par Administrator

   

Article hébergé. HH n'en est pas l'auteur, mais le recommande chaudement, car il jette une vive lumière, directement ou indirectement, sur la plupart des problèmes de notre démocratie. 

 

 

 

L’aristocratie américaine dans le même déni que la Cour de Versailles

 

 

La Cour de Louis XVI à Versailles peut aider à comprendre l’élite américaine. Satisfaction de soi, sentiment de toute puissance, arrogance de classe, nonchalance face aux souffrances du peuple, frivolité et goût pour les plaisirs. Et pourtant, la tension monte.

Ce qui s’est passé pendant ces derniers mois de campagne électorale montre une évolution majeure de la situation politique américaine. Quel que soit le résultat des élections présidentielles, des signes forts montrent que la légitimité de la classe dirigeante s’affaiblit et que le peuple rejette de plus en plus son pouvoir.

Que s’est-il passé ?

Chez les Républicains, un milliardaire menace d’emporter les primaires alors qu’il n’a jamais été élu, et qu’il n’a jamais véritablement fait de politique. Et cela malgré l’opposition résolue de l’establishment républicain.

Chez les Démocrates, un homme déjà âgé se décrivant lui-même comme socialiste, a fait trembler Hillary Clinton pourtant favorite du parti et largement financée par Wall-Street. Rappelons qu’aux États-Unis, "socialist" veut dire extrême gauche. Moins de trente ans après la fin de la guerre froide, cela donne la mesure du choc subi par les Américains. De plus, Sanders dispose d’un avantage écrasant chez les jeunes, ce qui montre la tendance à moyen terme.

La performance de ces deux hommes démontre qu’un esprit de rébellion anime les citoyens américains, et que l’élite au pouvoir inspire le rejet. D’une manière remarquable, ce rejet s’exprime clairement, malgré la puissance des grands média possédés et affiliés à l’élite dirigeante, malgré l’action des puissances d’argent, et malgré l’esprit de soumission qu’impose le politiquement correct.

Comme la montée des partis extrémistes et séparatistes en Europe, il est probable que nous avons là plus qu’un échauffement passager, mais plutôt une tendance de fond.

 

 

 

Sur quoi se fonde cet esprit de rébellion ?

 

Sur le rejet de l’inégalité, sous deux formes : l’inégalité économique, et l’inégalité politique. D’abord, il y a le désespoir économique et la prolétarisation des citoyens, dans un environnement économique qui semble être structuré pour profiter aux plus riches. Ensuite, il y a l’amour blessé de la démocratie, parmi des citoyens qui pensent que la démocratie et le peuple ont moins d’influence sur l’avenir du pays que l’argent et les lobbies.

Certes, les États-Unis ont une constitution républicaine et sont une démocratie. De plus, quel que soit le régime politique, c’est par définition toujours une élite qui gouverne, et c’est toujours au peuple d’obéir. Pourtant, si la forme des institutions est importante pour fonder la légitimité du pouvoir, elle est sur le long terme moins importante que l’esprit des institutions. Car tout pouvoir qui sert courageusement les intérêts de son peuple finit par se faire estimer et accepter. Inversement, tout pouvoir qui trahit les intérêts du peuple se fait mépriser puis rejeter, quand bien même il serait la première démocratie du monde, ou bien comme la France du XVIIIème, la monarchie d’Europe la plus ancienne et la plus respectée.

Aujourd’hui, malgré l’attachement des Américains à leurs institutions, un grand nombre considère que la classe dirigeante au pouvoir a trahi l’intérêt général, et qu’elle s’enrichit en dévorant la richesse du peuple américain, dans un ignoble darwinisme social : délocalisation, désinvestissement des infrastructures nationales, baisse d’impôts pour les riches, endettement massif de l’État pour sauver les institutions financières, achat par les lobbies des pouvoirs réglementaires en matière financière et environnementale, financement de guerres impériales sans fin…

Pour résumer, beaucoup d’Américains considèrent qu’une classe de milliardaires a vidé la démocratie de son sens et utilise son pouvoir pour s’enrichir en pillant le pays. Et ils manifestent leur mécontentement en rejetant les partis politiques traditionnels.

Essayons de voir si ces reproches se fondent sur une réalité ou bien sur des idées fausses.

 

 

 

Les progrès de l’inégalité aux Etats-Unis


Chômage :

Certes, le nombre de chômeurs depuis l’an 2000 n’a augmenté que d’environ 3 millions, en baisse de plus de 7 millions depuis le plus haut de la crise. Et les économistes vantent un taux de chômage autour de 5%, contre 10% en France.

 

 

Cela dit, le chiffre officiel du chômage ne reflète que partiellement ce que vivent les Américains.

Certes la crise a détruit un grand nombre d’emplois et les destructions ont été compensées par de nombreuses créations par la suite. Mais les emplois créés sont-ils de même nature que ceux qui ont été détruits par la crise ? En réalité, les emplois industriels stables et bien rémunérés détruits pendant la crise ont été remplacés par des emplois de deuxième catégorie : depuis 2007, 1.4 millions d’emplois industriels ont été détruits, et 1.6 millions d’emplois de serveur et d’hôtesses ont été créés. Certes, cela donne des chiffres de chômage en baisse, mais ces chiffres ne reflètent pas la prolétarisation des citoyens américains. De plus, ce bilan à fin 2015 ne prend pas en compte l’hécatombe industrielle dans le secteur des gaz de schiste.

 


 

Aux Etats-Unis, comme dans tous les pays, les chiffres du chômage ne sont qu’un indicateur partiel de l’emploi. En effet, ne sont comptabilisés comme chômeurs que ceux qui cherchent un emploi activement et ont plus de 16 ans. Les sans-emplois qui ne rentrent pas dans les critères stricts de définition du chômage sont sortis des chiffres du chômage et transférés dans cet ensemble statistique peu étudié constitué de ceux qui ne sont ni chômeurs, ni employés : ceux qui sont « hors de la main d’œuvre ». Cet ensemble contient bien entendu les étudiants, les retraités et les femmes au foyer, mais aussi tous les chômeurs découragés, les criminels et généralement tous ceux qui survivent de petits boulots au noir.

Or depuis les années 2000, le nombre d’Américains hors de la main d’œuvre n’a pas cessé d’augmenter. Ce nombre a augmenté de près de 24 millions depuis 2000, soit près de 10 millions de plus que l’augmentation des plus de 65 ans (+14 millions sur la période, grâce au papy-boom).

 


 

Ainsi depuis 2000, 10 millions d’Américains en âge de travailler ont disparu du radar : ils ne sont ni chômeurs, ni employés. Où sont-ils ? Parmi eux, combien parmi les 6 millions d’Américains qui n’arrivent pas à rembourser leurs études  et qui vivent probablement encore chez leurs parents dans le meilleur des cas ? Combien de ces Américains vivent dans la rue, ou bien survivent de trafics ? Combien passent leur vie dans la drogue et dans le crime ?

10 millions, c’est aussi le nombre officiel des chômeurs américains. Le taux de chômage réel est probablement au moins deux fois plus élevé que les 5% affichés. Et les Américains le savent.

Par ailleurs, le nombre d’Américains de plus de 65 ans et qui travaillent encore a plus que doublé depuis 2000. Certes, l’espérance de vie a augmenté. Mais cela ne montre-t-il pas que de nombreux retraités sont aussi déclassés, forcés de travailler pour compléter leur retraite ?

 

 

 

Salaire :

Ajusté de l’inflation, le salaire médian des américains est plus faible qu’il y a 16 ans. Ces dernières seize années de dérégulation financière n’ont profité en rien au citoyen américain.

 


 

Alors qu’en parallèle, les dépenses pour l’enseignement supérieur ont doublé (+90% hors inflation), dans un pays où l’éducation est privée, chère, et l’un des postes de dépense les plus importants pour les familles, car il détermine largement l’avenir économique des enfants.

 


Les dépenses de santé ont aussi presque doublé hors inflation (+90% hors inflation).

 

La stagnation des salaires combinée à l’augmentation des coûts de l’éducation et de la santé est une tenaille mortelle pour les classes moyennes américaines, qui les plonge dans la dette. Cela devrait d’ailleurs être un sujet de réflexion clé pour les classes moyennes européennes, elles dont le niveau de vie dépend de systèmes sociaux et éducatifs publics qui ne sont pas éternels.


Inégalité :

Alors qu’ils s’appauvrissent, les Américains pensent que leur élite n’a jamais été aussi riche, et qu’elle profite de tous les leviers que lui accorde le pouvoir politique pour s’enrichir toujours plus, en termes absolus mais aussi relativement au niveau médian.

Depuis 2000, les salaires sont stables, mais les profits des entreprises ont très fortement augmenté. Les Américains voient que cette immense création de richesse n’a pas bénéficié aux salariés qui maintiennent à peine  leurs salaires, mais certainement aux actionnaires de ces grandes sociétés, c’est-à-dire ceux qui détiennent le capital, les plus riches.

 

Ce sentiment reflète une réalité, car le niveau d’inégalité dans les revenus a de nouveau atteint son pic historique d’avant la crise de 1929, comme le montre la concentration des revenus des 1% les plus riches.

En résumé, ce phénomène de décrochage du niveau médian combiné à la prospérité insolente des plus riches, les citoyens américains ne l’acceptent pas. Malgré le discours des économistes, le niveau de vie des Américains se dégrade terriblement, sans perspective d’amélioration.

Les conditions de vie des Américains empirent, comme le montrent l’augmentation terrible des MST, le taux de suicide plus élevé, la très forte augmentation des morts par overdose ainsi que l’énorme consommation de médicaments antidouleur.

Pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis, les jeunes générations savent qu’elles vivront moins bien que leurs parents, ce qui explique l’incroyable succès de Sanders auprès des jeunes. Et comme il n’y a (pour le moment) aucune raison que ces tendances s’inversent, le rejet de l’élite n’a aucune raison de s’arrêter.

 

 

 

La lutte entre la démocratie et l’aristocratie

 

« J’ai eu  l’autre jour (écrit F.D. Roosevelt) une intéressante conversation avec Jack Morgan [il s’agit du grand banquier J.P. Morgan, Jr]. A ce qu’il m’a semblé, il était préoccupé avant toute autre chose par le discours de Tugwell [le sous-secrétaire à l’agriculture Rexford], en particulier quand Tugwell a déclaré : ‘A partir de maintenant les droits de propriété et les droits financiers seront subordonnés aux droits de l’homme.’ (…). La pure vérité, comme vous le savez aussi bien que moi, c’est que depuis le temps d’Andrew Jackson [U.S. président de 1829 à 1837] le gouvernement a été la propriété de la finance. (…) Le pays vit donc aujourd’hui une répétition du combat de Jackson contre la Banque des Etats-Unis – juste à une échelle beaucoup plus grande et large[1]. »

 

Depuis la guerre d’indépendance, la République américaine est le théâtre d’une lutte de fond entre les puissances démocratiques et l’aristocratie d’argent. Ce pays est en effet construit sur des équilibres et des ambiguïtés, dont certains n’ont jamais été résolus. Parmi les questions restées sans réponse : la République américaine est-elle cette Land of the free, patrie des hommes libres qui veulent réussir par leur travail et leurs vertus hors d’atteinte des tyrans ? Ou bien est-elle une aristocratie de possédants à vocation impériale, sur le modèle de l’Angleterre ?

Cette question est la plus grave à diviser le pays, depuis que l’esclavage a été aboli. Et quel est le cœur de cette lutte ? Le pouvoir sur l’argent, car le pouvoir monétaire est le pouvoir par excellence : est-ce le Congrès qui émet la monnaie, ainsi la constitution américaine le mentionne ? Ou bien, sur le modèle de la Bank of England, est-ce une banque centrale à capitaux privés et contrôlée par les chefs de l’aristocratie financière ?

« Laissez-moi seulement émettre et contrôler la monnaie, et je n’ai plus à me soucier de savoir qui écrit les lois[2]. »

Au cœur du débat politique américain depuis la Déclaration d’indépendance, le pouvoir sur l’argent est l’indicateur qui permet de déterminer si les États-Unis sont dans une période démocratique, ou bien dans une période aristocratique. Ainsi, les États-Unis sont en démocratie quand la finance est régulée, contrôlée et décentralisée. Au contraire, les périodes d’aristocratie sont celles de la dérégulation financière, des banques too big to fail et du pouvoir absolu de la banque centrale. 

 

 

 

Leurs multiples alternances au pouvoir

 

En 1791, à la mort de Benjamin Franklin qui s’y était opposé, Alexander Hamilton alors Secrétaire du Trésor crée la première banque centrale américaine dotée du pouvoir d’émettre la monnaie. A l’image de la Banque d’Angleterre, la première Bank of the United States est possédée à 80% par des capitaux privés, dont le premier actionnaire est Nathan Rothschild, à l’époque le plus puissant financier au monde. Hamilton a fait face à l’opposition farouche de Thomas Jefferson, selon lequel la banque favorise les intérêts financiers et commerciaux de la côte Est au détriment du reste du pays, tout en ne respectant ni l’esprit ni la lettre de la Constitution.

Supprimée en 1811 par le Congrès, cette banque est réinstituée en 1816 par le Président Madison, à l’issue de la guerre anglo-américaine. Puis elle est à nouveau supprimée par le Président Jackson en 1832, suite à une lutte sans merci contre le banquier Nicholas Biddle. Trente ans plus tard, le Président Lincoln finance la guerre civile au moyen d’une émission de dette par le Trésor américain, utilisant ce pouvoir monétaire alloué au Congrès par la Constitution. Il refuse les capitaux avancés par une Bank of England jugée trop proche du commerce des matières premières d’un Sud aristocratique et esclavagiste. Mais, après son assassinat, le système monétaire de Lincoln est graduellement aboli.

En 1908, encore sous le choc d’une « panique financière » où JP Morgan a joué un rôle de premier plan, le Congrès donne au Sénateur Aldrich, beau-père de John D. Rockefeller Jr., le mandat de réformer le système monétaire américain. Il en sort la création de la Federal Reserve, qui voit le jour en 1913 sous le contrôle de Benjamin Strong, homme de la Banque JP Morgan. Et c’est cette fois le Président Wislon, démocrate, qui promulgue le Federal Reserve Act.

Sous le contrôle de la Fed, les Etats-Unis connaissent une période de dérégulation financière et de spéculation, mais aussi de croissante inégalité des richesses, jusqu’à la crise de 1929 qui voit s’effondrer l’économie du pays (le PIB baisse de 43%). Cette crise mène à un nouveau renversement des pouvoirs, quand le Président Roosevelt recadre fortement la finance, notamment avec le Glass-Steagall Act.

Après 1945, la grande finance américaine manœuvre pour contourner puis s’affranchir progressivement des contraintes du Glass Steagall Act, en prônant la dérégulation du marché. Cette période est celle de l’Empire américain, dont la structure fondamentale est la projection à l’échelle du monde des grands monopôles de l’aristocratie US, à commencer par ceux sur le capital et le pétrole. Le seul président à avoir eu une politique relativement démocratique fut J.F. Kennedy.

Fin 1999, c’est un autre démocrate, Bill Clinton, qui abolit formellement le texte du Glass Steagall Act, marquant la grande revanche de l’aristocratie et le point culminant d’une nouvelle période de dérégulation financière. Comme dans les années 20, cette exubérance financière mène à une crise en 2007 qui provoque une profonde récession dont nous ne sommes pas encore sortis.

Depuis 2008, afin de masquer pour un temps les conséquences de la crise, la Federal Reserve s’est lancée dans une politique d’assouplissement monétaire, véritable expérimentation monétaire sans précédent par son ampleur et sa dimension mondiale. Elle lance les marchés financiers mais aussi l’Etat américain dans une course à la liquidité potentiellement mortelle pour la crédibilité et la suprématie du Dollar.

 

 

 

L’appropriation de la démocratie par l’élite

 

La loi du plus fort est la seule loi quand le pouvoir politique ne défend pas l’intérêt général. Aux Etats-Unis, le plus fort, c’est le plus riche.

En janvier 2010, la décision de la Cour suprême de janvier 2010 (« Citizens United v. Federal Election Commission ») d’autoriser les entreprises à financer les campagnes électorales démontre que l’argent, plus que le peuple, contrôle maintenant le pouvoir politique américain. La démocratie devient de plus en plus un simple formalisme sans substance. Et cela, les Américains en ont bien conscience. Bernie Sanders le résume en une phrase mille fois répétée : « Vous ne pouvez pas à la fois recevoir l’argent des milliardaires et vous opposer à Wall-Street[3]. »

De nombreux politiques mentionnent clairement le contrôle que l’argent exerce sur la politique, contrôle qui va bien au-delà de la simple influence. L’ancien Président Jimmy Carter a ainsi déclaré : « Aujourd’hui, les Etats-Unis ne sont plus qu’une oligarchie, avec une corruption politique illimitée qui constitue le fond même du processus de nomination du président, ou même de l’élection d’un gouverneur ou d’un membre du congrès. (…) Ainsi avons-nous assisté à une entière subversion de notre système politique, qui est devenu un moyen pour ses financeurs d’obtenir un retour sur investissement[4]. »

De telles déclarations ne sont pas une exception. Beaucoup de personnalités de premier plan ont reconnu sans ambages l’abolition de fait de la démocratie au profit d’une ploutocratie qui achète le pouvoir politique[5].

Pourtant, loin d’accepter cet état de fait, les citoyens américains commencent à se révolter, comme l’illustre la montée de politiciens qui étaient considérés comme marginaux jusqu’à il y a peu (Sanders), ou bien des populistes qui profitent du sentiment de rejet de la classe politique (Trump).

 

 

 

Vers une révolution américaine ?

 

Ce qui se passe aujourd’hui aux Etats-Unis n’est en réalité que la répétition du combat du Président Jackson contre la Bank of the United States, ou bien comme celui du Président Roosevelt contre JP Morgan. Cette fois-ci dans des proportions bien plus formidables, mais aussi avec un peuple américain beaucoup moins légitimiste et bien plus révolté que ne l’étaient les chômeurs de 1930.

Comme nous l’avons vu, ce pays a déjà connu de nombreuses alternances au pouvoir. Chaque alternance fut une révolution à sa manière, la continuité des institutions ne faisant que démontrer l’ambiguïté et la flexibilité de la constitution.

Une alternance est-elle possible à court ou moyen terme (10 ans) ? Le pouvoir peut-il repasser aux forces démocratiques aux Etats-Unis ? Un nouveau Roosevelt pourrait-il apparaître ? Un nouveau Kennedy pourrait-il vivre assez longtemps pour réaliser son œuvre démocratique ?

Une telle alternance aurait des conséquences géopolitiques majeures. L’Empire est en effet la chose de l’aristocratie, alors que la démocratie américaine est traditionnellement plus isolationniste. Les commentaires de Sanders sur la politique étrangère sont riches d’enseignement à ce sujet.

Ce qui est certain, c’est l’augmentation de l’instabilité politique dans le pays. En effet, de plus en plus de citoyens américains se sentent violés dans leurs intérêts économiques ainsi que dans leurs droits démocratiques, et il n’y a pas de raison pour que la classe dirigeante actuelle inverse d’elle-même cette logique. La tendance est à l’augmentation des tensions sociales et politiques, et donc à l’accélération de l’histoire.

Les scénarios possibles à moyen terme sont les suivants :

(i)          Le scénario le plus probable à court terme : rien ne change. Les tendances actuelles se maintiennent et s’accentuent. L’aristocratie financière continue de consolider son pouvoir sur les institutions démocratiques. Elle ruine la substance économique du pays pour maintenir à flot son système financier. Elle divise le peuple par la manipulation médiatique et le financement des extrémistes, notamment pour attiser les tensions raciales. Elle détruit toute forme d’opposition sous prétexte de lutte antiterroriste dans la lignée du Patriot Act. Elle use enfin de séduction pour raconter une histoire de liberté et de changement qui masque la réalité de l’asservissement (au sens propre) des Américains. Ce scénario correspond à la victoire d’Hillary Clinton ou de Ted Cruz et de leurs équivalents dans les années qui viennent.

(ii)         Un scénario alternatif : un nouveau Roosevelt vient dompter l’aristocratie. Soutenu par un mandat démocratique clair, le nouveau chef d’Etat lance un grand remplacement de la classe dirigeante. Il régule la finance, et restructure l’économie sur la base d’une plus grande justice sociale, à l’image du New Deal. Pour retrouver la démocratie, il sacrifie l’Empire, et notamment le pouvoir mondial de Wall Street et du Dollar. Comme après la chute de Napoléon, le monde connait une période de concert des nations. Les Etats-Unis deviennent la première des nations, et non plus l’Empire. C’est une période de renaissance pour la démocratie américaine, ainsi que pour toutes les démocraties du monde. Ce scénario correspond à la victoire de Sanders ou d’un équivalent.

(iii)        Le scénario le moins probable : un autoritaire à tendance fasciste arrive au pouvoir, bénéficiant du rejet de la classe politique et exploitant le désespoir des classes moyennes prolétarisées. Alors tout peut arriver, sauf le renouveau démocratique du scénario 2. La classe dirigeante aristocratique perdrait une partie de son pouvoir, sans pour autant que la démocratie ne progresse. L’économie serait au mieux partiellement restructurée. L’inconnue sur la politique étrangère est forte. Ce pouvoir autoritaire peut n’être qu’un intermédiaire vers un pouvoir plus démocratique, ou bien un intermédiaire vers le pire. C’est à court terme un coup majeur au principe de démocratie dans le monde. Ce scénario correspond à la victoire de Trump ou d’un équivalent.

 



[1] Texte anglais original : “I had a nice talk with Jack Morgan [i.e., banker J.P. Morgan, Jr.] the other day and he seemed more worried about [Assistant Secretary of Agriculture Rexford] Tugwell’s speech than about anything else, especially when Tugwell said, ‘From now on property rights and financial rights will be subordinated to human rights.’ […] The real truth of the matter is, as you and I know, that a financial element in the larger centers has owned the Government ever since the days of Andrew Jackson. […] The country is going through a repetition of Jackson’s fight with the Bank of the United States — only on a far bigger and broader basis.” — Franklin D. Roosevelt, Correspondence, Letter to Edward M. House (un conseiller de Roosevelt), 1933.

[2] "Permit me to issue and control the money of a nation, and I care not who makes the laws." Citation attribuée au fondateur d’une dynastie financière.

[3] “You can’t take on Wall Street banks and billionaires by taking their money.”

[4] Now [the United States is] just an oligarchy, with unlimited political bribery being the essence of getting the nominations for president or to elect the president. And the same thing applies to governors and U.S. senators and congress members. […] So now we’ve just seen a complete subversion of our political system as a payoff to major contributors” — Jimmy Carter, 2015.

[5] “American democracy has been hacked. […] The United States Congress […] is now incapable of passing laws without permission from the corporate lobbies and other special interests that control their campaign finances” — Al Gore, ancien Vice-President dans son livre, The Future, 2013. – “You have to go where the money is. Now where the money is, there’s almost always implicitly some string attached. […] It’s awful hard to take a whole lot of money from a group you know has a particular position then you conclude they’re wrong [and] vote no” — Vice-President Joe Biden, 2015.  – “I gave to many people, before this, before two months ago, I was a businessman. I give to everybody. When they call, I give. And do you know what? When I need something from them two years later, three years later, I call them, they are there for me. And that’s a broken system” — Donald Trump,  2015.

   

La joie de l'amour (4). L'art de parler aux autres

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Mise à jour le Jeudi, 05 Mai 2016 17:40 Écrit par Henri Hude

 

 

Je propose une lecture  du chapitre le plus discuté de l’Exhortation du pape François, Amoris laetitia (19 mars 2016). Ce huitième chapitre s’étend sur 22 courts paragraphes, numérotés de 291 à 312.

 

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TEXTE DU PAPE. Début du n°291. « Les Père synodaux ont affirmé ceci : même si l’Église comprend que toute rupture du lien matrimonial « est contre la volonté de Dieu, elle est consciente en outre de la fragilité de beaucoup de ses fils[1]. »  Illuminée par le regard de Jésus Christ, elle « se tourne avec amour vers ceux qui participent à sa vie de manière incomplète, tout en reconnaissant que la grâce de Dieu agit aussi dans leurs vies, leur donnant le courage d’accomplir le bien, pour prendre soin l’un de l’autre avec amour et être au service de la communauté dans laquelle ils vivent et travaillent ». »

 

 

 

Comment faut-il parler aux autres, aujourd'hui ?

 

 

Voici quelques pensées et références pour réfléchir sur ce texte.

Une expression y est très importante : « Ceux qui participent à sa vie de façon incomplète[2]. » Sa nouveauté se trouve non dans  pas dans le fond, mais dans la forme. Cette expression, cette forme de langage, exprime ici la forme de toute action chrétienne, la charité (l’amour surnaturel), qui se saisit du langage, pour l’adapter à elle, et à ses fins, dans les circonstances du temps présent.

Comparons cette expression à deux autres qui disent la même chose, mais autrement.

Considérez la première expression suivante : « Vous vivez contrairement à la volonté de Dieu ». C’est, par exemple, le style carré de saint Jean-Baptiste avec le roi Hérode (Matthieu, 14, 4). Elle signifie : « Il y a dans votre vie quelque chose de contraire à la volonté de Dieu[3]. » C’est aussi ce que dit la première moitié de la première phrase du n°291.

Mais, voyons une seconde expression. Cette chose qui ne va pas (par hypothèse) n’est quand même pas le tout de cette vie, ni même de tel domaine de cette vie. Il y a sans doute aussi des bonnes choses. Donc, au lieu de dire : « Vous vivez contrairement à la volonté de Dieu », on peut dire aussi, avec plus de douceur, et pas forcément toujours moins de force : « Vous vivez partiellement de façon contraire à la volonté de Dieu ».

Troisième expression. Usant alors d’une expression plus positive, on peut encore dire : « Vous ne vivez qu’incomplètement de manière conforme à la volonté de Dieu ».

Du point de vue de l’objectivité froide, ces trois formulations sont équivalentes. L’état du monde, et des esprits, et de la société étant ce qu’il est, c’est aujourd’hui la troisième qui, sans exclure les deux autres, se situe le plus souvent dans la meilleure perspective d’amitié, d’espérance et de miséricorde, dont les personnes ont besoin pour progresser et s’améliorer.

On va donc commencer par reconnaître loyalement tout ce qu’il y a de beau et de noble en soi dans une vie, même dans un amour humain par ailleurs critiquable. C’est sur le fond de cette vision positive et compréhensive, qu’on proposera un chemin de conversion et de croissance. Mais, cette troisième expression doit être formulée « de manière qu’on ne pense jamais qu’on veut diminuer les exigences » de l’Évangile (n°300) ou la nécessité de l’« examen de conscience » et d'un « repentir » (n°300).

 

 

 

 

Pastorale des difficultés matrimoniales et dialogue inter-religieux : une comparaison

 

 

Je voudrais ici suggérer une comparaison. N’y a pas dans cette pastorale une application, à la vie morale, des principes déjà mis en œuvre par le concile Vatican II pour le dialogue avec les religions non-chrétiennes ?

Ce concile, dans une religion non chrétienne, ne commence pas par dénoncer une fausse religion. Il se plaît au contraire à y admirer d’abord, surtout dans l’existence des personnes droites, un magnifique élan de l’Homme vers la Divinité. Puis, il se plaît à y considérer toutes les vérités incomplètes mais belles et authentiques, qui se découvrent et se déploient dans cet élan. Il se plaît même à y discerner des vérités et des valeurs originales, d’ordre naturel, qui n’ont peut-être pas jusqu’ici reçu tout le développement dont elles étaient susceptibles, dans la doctrine de l’Église et la vie des chrétiens[4]. » Ces apports permettent donc de connaître plus adéquatement cette nature humaine que le Fils de Dieu est venu assumer, et donc d’enrichir la vie, la théologie et la tradition de l’Église, tout en l’inculturant dans d’autres civilisations. Cette vision positive des religions non chrétiennes n’implique aucun syncrétisme ou relativisme, puisque le Concile confesse, avec d’autant plus de force, que Dieu s’est fait Homme[5]. » Si ce fait est vrai, sa négation est une erreur et son ignorance une imperfection, qui empêche forcément de voir comme en plein jour et dans tout leur relief beaucoup de vérités découvertes en divers lieux par le génie religieux de l’Homme, non sans le concours du Saint-Esprit. Et le Concile ajoute que le mystère de l’Homme ne s’éclaire vraiment que dans le fait et le mystère du Verbe incarné (Gaudium et spes, n°22).

Il y a toujours eu dans l’Eglise deux tendances, à vrai dire complémentaires, l’une plus optimiste, l’autre plus pessimiste. Elles doivent être mélangées à chaque époque en proportions différentes, pour obtenir le meilleur tableau de la réalité et le meilleur dialogue avec les autres. Par exemple, Saint Augustin, dans les dix premiers livres de la Cité de Dieu, n’y va pas par quatre chemins : les dieux du paganisme sont des démons qui ont réussi à se faire adorer par les hommes. Et il le prouve en ne nous passant aucune des turpitudes de cette religion. Mais un autre Père de l’Eglise, Lactance, d’une autorité, il est vrai, moindre que celle d’Augustin, pensait que bien des mythes païens étaient susceptibles d’une interprétation chrétienne, comme s’il y avait eu là une « préparation évangélique » en dehors de la religion d’Israël. C’est ainsi que l’Allemande Gertrude von Le Fort écrivait dans un poème : « J’étais secrètement dans les temples de leurs dieux, j’étais obscurément dans les maximes de leurs sages. (…) Je suis le carrefour de toutes leurs rues, c’est en moi que les millénaires sont en marche vers Dieu[6]. » On comprend que la conversation entre le chrétien et le non chrétien, ou même entre deux amis échangeant sur leurs existences, va être assez différente, selon qu’elle va s’engager sur telles ou telles bases, ou telle combinaison des deux. 

 

 

 

Vatican II, l'islam et la guerre

 

Puisqu’en ces temps-ci on parle beaucoup de l’islam et des musulmans, voici pour finir ce qu’écrit à ce sujet le concile Vatican II : « L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre[7], qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes après les avoir ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne. Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le saint Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté[8]. »

 

Mais l’Eglise sait bien que la guerre fait partie de l’existence des hommes. Ce n’est pas sans raison sérieuse, que l’on croit que l’Homme a besoin d’être sauvé. Et les Etats ont le droit de se défendre.

Concernant la guerre, le Concile Vatican II encourage grandement les peuples à en éviter la barbarie. Mais il ajoute aussitôt après : « La guerre, assurément, n’a pas disparu de l’horizon humain. Et aussi longtemps que le risque de guerre subsistera, qu’il n’y aura pas d’autorité internationale compétente et disposant de forces suffisantes, on ne saurait dénier aux gouvernements, une fois épuisées toutes les possibilités de règlement pacifique, le droit de légitime défense. Les chefs d’État et ceux qui partagent les responsabilités des affaires publiques ont donc le devoir d’assurer la sauvegarde des peuples dont ils ont la charge, en ne traitant pas à la légère des questions aussi sérieuses. Mais faire la guerre pour la juste défense des peuples est une chose, vouloir imposer son empire à d’autres nations en est une autre. La puissance des armes ne légitime pas tout usage de cette force à des fins politiques ou militaires. Et ce n’est pas parce que la guerre est malheureusement engagée que tout devient, par le fait même, licite entre parties adverses. Quant à ceux qui se vouent au service de la patrie dans la vie militaire, qu’ils se considèrent eux aussi comme les serviteurs de la sécurité et de la liberté des peuples ; s’ils s’acquittent correctement de cette tâche, ils concourent vraiment au maintien de la paix[9]. »

 



[1] Texte italien : “I Padri sinodali hanno affermato che, nonostante la Chiesa ritenga che ogni rottura del vincolo matrimoniale «è contro la volontà di Dio, è anche consapevole della fragilità di molti suoi figli”.

[2] Texte italien : “a coloro che partecipano alla sua vita in modo incompiuto”.

[3] 1° Nous supposons admis que la personne qui parle ainsi a le droit, ou le devoir, de faire de telles observations. Une personne qui jugerait qu’elle ne doit rien à personne et surtout que personne n’a à lui faire la moindre observation ne s’intéresserait probablement pas à un tel enseignement, ni à aucun autre d’ailleurs. 2° Quant à savoir quelle est la chose qui ne va pas, et si c’est vrai qu’elle existe, et ne va pas, ce n’est pas le sujet pour le moment. Il s’agit simplement de forme de langage.

[4] Paul-VI, Vatican II, Nostra aetate, 28 octobre 1965. « Depuis les temps les plus reculés jusqu’à aujourd’hui, on trouve dans les différents peuples une certaine perception de cette force cachée qui est présente au cours des choses et aux événements de la vie humaine, parfois même une reconnaissance de la Divinité suprême, ou même d’un Père. Cette perception et cette reconnaissance pénètrent leur vie d’un profond sens religieux. (…) L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse, le Christ qui est « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14, 6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses. Elle exhorte donc ses fils pour que, avec prudence et charité, par le dialogue et par la collaboration avec les adeptes d’autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles qui se trouvent en eux. »

[5] Comme on vient de le lire dans la note précédente : “(L’Eglise) annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse, le Christ qui est « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14, 6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses.”

[6] Gertud von Le Fort, Hymnes à l’Eglise, cité par Paul Sih (diplomate chinois), De Confucius au Christ, Casterman 1959.

[7] Ce ne sont pas là des propos de circonstances. C’est un extrait de la Lettre de Saint Grégoire VII (Ildebrando Aldobrandeschi de Soana, pape de 1073 à 1085), Épître III, 21 ad Anzir (El-Nâsir), regem Mauritaniae, éd. E. Caspar in mgh, Ep. sel. II, 1920, I, p. 288, 11-15 ; PL 148, 451 A.

[8] Paul VI, Vatican II, Nostra aetate, n°3.

[9] Paul-VI, Vatican II, Gaudium et spes, 7 décembre 1965, n°79, §§4-5.

   

Pourquoi François a eu raison de ramener avec lui des migrants musulmans

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Mise à jour le Mercredi, 20 Avril 2016 10:25 Écrit par Henri Hude

 

Voici un bref commentaire politique du geste du pape François ramenant de Grèce au Vatican une douzaine de migrants musulmans.

 

 

 

 

Pour comprendre les questions internationales, adopter le point de vue de l’Empire

 

Je me place ici à un point de vue simplement politique.

On peut comprendre que le geste du pape à Lesbos en scandalise certains, s’il est mal interprété. Mais, est-il sage de s’imaginer que le pape sacrifierait tout bien commun, y compris la sécurité publique, à des droits individuels, et toute prudence à une charité sans ordre ni raison ? Son action a un sens sérieux et solide. Que fait donc le pape François ? Il ne tombe pas dans le piège de l’Empire.

En effet, pour comprendre un problème de politique internationale, il faut l’aborder du point de vue de l’Empire. Cela veut dire : commencer par regarder la chose à partir de Washington et du point de vue de Washington. Je dis « Washington », et non pas « les Etats-Unis », parce que le peuple américain n’a guère plus de pouvoir sur la politique étrangère des Etats-Unis désormais, que le peuple français n’en a lui-même sur celle de la France.

Car Washington a une politique. Une politique impériale, dont le principe, parfaitement classique, est « diviser pour régner ». Son but, c’est le pouvoir. Sur le plan spirituel, l’Empire est censé croire aux Lumières, ou à ce qu’il en reste, mais fondamentalement il croit à son pouvoir et favorise ce qui le sert. Et comme ce qui le sert est la faiblesse des autres, il pousse toute idée ou sentiment qui déstructure et désoriente ses rivaux potentiels. 

 

 

 

La lutte contre l’Islam, une nouvelle guerre au service de l’Empire

 

En ce qui concerne l’Europe et en particulier la France, l’Empire cherche à reconstruire un rideau de fer entre l’Europe et la Russie, d’une part, et à rendre possible si besoin était une guerre de religions ou de civilisations entre l’Europe et le monde arabo-musulman, d’autre part. Une guerre de religions pourrait prendre dans bien des pays européens la forme d’une guerre civile, comme c’est déjà le cas au Moyen Orient. Cela permettrait à l’Empire de prolonger indéfiniment son ingérence protectrice tout en bénéficiant de l’impuissance de ses rivaux. Sous prétexte d’état de siège et de lutte anti-terroriste, cela permettrait de juguler les oppositions démocratiques qui dans bien des pays s’opposent aux grands cartels qui sont l’empire américain (à commencer par la finance). Cela fournirait le prétexte pour remplacer, si besoin était, des partis libéraux trop mous, par des dictatures diverses, à la fois plus autoritaires avec le peuple et plus dociles à la puissance impériale. L’histoire de l’Amérique latine est instructive à cet égard (histoire que connaît bien le pape François). En toute hypothèse, une guerre de religions avec l’Islam aurait pour conséquence de couper les ponts entre les catholiques et les musulmans, tout en prolongeant  l’idéologie athée, au prétexte que les religions – c’est bien connu – se font la guerre. 

L’Empire seul sait réellement pourquoi il fait la guerre. Les autres ne sont que des fous se battant pour le bénéfice d’un autre. Divisés, ils se massacrent et se haïssent, croyant chacun défendre leurs intérêts, et ne servant que l’Empire, qui vit de leurs divisions.

Tout empire qui se respecte est notamment maître dans l’exploitation des sentiments nationaux de toutes sortes. Le patriotisme primaire, les divisions religieuses ou ethniques, les régionalismes, mais aussi toute forme d’extrémisme sont pour lui des instruments de choix dans son jeu. Il sait agiter cette cape rouge dans laquelle viendront donner à plein les esprits primaires, qui ignorent tout du savoir-faire impérialiste.

Le pape, de la manière la plus éclatante, vient de dire à l’Empire : ne comptez pas sur l’Eglise catholique pour faire le jeu de vos guerres impériales. La logique de l’Empire est le pouvoir universel. Mais la logique de l’Eglise est l’annonce de l’Evangile à toutes les nations, et elle lui est transcendante.

 

 

 

C’est l’Empire qui a créé la crise des migrants. Il peut aussi y mettre un terme

 

Le djihadisme islamiste n’aurait jamais pris l’importance qu’il a prise, si (i) l’Empire n’avait pas jusqu’à aujourd’hui fait alliance avec les wahhabites, si (ii) il n’avait pas mis en selle les djihadistes lors de la guerre soviétique en Afghanistan, pour en faire un instrument de choix pour déstabiliser ses ennemis et si (iii) il n’avait pas joué un rôle déterminant dans la guerre en Syrie dont découlent directement le drame humanitaire et l’immigration que nous connaissons.

Nous devons certes nous méfier de la subversion islamiste provenant de pays comme la Syrie, subversion que nos dirigeants parfois tolèrent avec lâcheté, et qui parfois les effraie. Pourtant, il est immoral de traiter en criminels ou en envahisseurs les victimes de ce drame (même si la prudence et la raison peuvent nous contraindre parfois à des mesures strictes - de plus, relativement à ses prédécesseurs, le pape François est revenu à une position moins pacifiste et à une interprétation plus vigoureuse de la doctrine catholique de la guerre juste).

Si nous voulons mettre fin à cette crise des réfugiés, c’est à Washington qu’il faut parler, afin qu’il maîtrise  ses alliés dans le Golfe pour qu’ils cessent d’exciter l’islamisme. Le geste du pape est donc tout à fait utile à cet égard, tout comme le sont sa réception informelle de Bernie Sanders au Vatican[i], ou ses rencontres assez régulières avec Vladimir Poutine. Les opinions de ces derniers sur la politique étrangère US sont très critiques.

 

 

 

 

Les bouleversements spirituels à l’intérieur de l’islam

 

Alors ? Serait-ce à dire que le pape ne verrait pas que les Djihadistes sont dangereux ? Que les migrations sont l’occasion d’infiltrations terroristes ? Croit-on qu’il soit favorable à l’islamisation de l’Europe ? Croit-on qu’il veuille voir le drapeau noir flotter sur Saint-Pierre de Rome ? Comment peut-on sérieusement croire tout cela ? Le pape pense au bien commun des peuples et à l’évangélisation.

Le système libéral en place, qui exclut tant de jeunes de la vie économique, fait de plus en plus l’objet d’un rejet généralisé. Même aux USA, les jeunes démocrates votent à 80% contre l’ordre établi. Est-ce cela, l’économie de liberté ? Le système politique actuel rend incapable d’élire en France autre chose qu’un clone insignifiant, qui passera cinq ans moins trois mois d’« état de grâce » à se faire haïr par le peuple comme un intrus. Est-ce donc cela, la démocratie ? L’ordre culturel libertaire ne produit rien d’autre qu’une effrayante misère affective et morale, parfaitement décrite dans les romans de Michel Houellebecq. Est-ce cela, les Lumières ?

Que pensent les jeunes islamistes ? Que notre économie est injuste, notre démocratie du pipeau et notre culture officielle une pourriture. Ont-ils absolument tort ? Oui, dans la mesure où, par la violence criminelle de leur réaction, ils jouent le rôle d’idiots utiles au service de l’Empire. Le pape, qu’on le veuille ou non première autorité morale au monde, dit aux Musulmans, comme aux Chrétiens : ne tombez pas dans ce piège de l’affrontement religieux, soyez à la hauteur de l’immense renouveau de la spiritualité qui s’annonce avec la chute de l’idéologie libérale, soyez des apôtres capables d’accueillir les nations blessées détruites et avilies par l’idéologie, mais des nations dans la joie devant la miséricorde du Christ.

Tout le monde suppose que les Musulmans seront éternellement musulmans, qu’ils seront de plus en plus islamistes et qu’ils ne se convertiront jamais au christianisme, ou ne tomberont jamais en masse dans l’athéisme banal. Rien de tout cela n’est acquis, et c’est méconnaître l’authenticité spirituelle de nombreux musulmans. L’Islam tout entier est en effervescence, il est remis en question comme jamais. Il est traversé par des mouvements de radicalisation islamiste, de sécularisation athée mais aussi par une profonde recherche spirituelle. Personne ou presque ne dit rien chez eux, mais qui sait combien pensent en eux-mêmes que tout cela devient absurde, que leur religion doit être changée, ou bien qu’ils doivent changer de religion ? Plus encore, la forme individualiste, nihiliste et transgressive prise par le combat des djihadistes, montre qu’ils sont eux-mêmes profondément occidentalisés. Ils souffrent jusqu’au désespoir de sentir cette occidentalisation irréversible. Leur réaction désespérée, leur caractère sanguinaire, cette ambiance apocalyptique, l’exaltation délirante, tout cela ressemble surtout à un crépuscule des dieux.

Comment cela ne troublerait-il pas un très grand nombre d’esprits ? Quelle portion des musulmans est en pleine recherche spirituelle, en pleine remise en question de l’Islam islamiste ? Chez ces musulmans en recherche, quel est l’effet produit dans le fond de leur âme par le Saint-Esprit grâce au geste de François ? Rien de moins que ceci : une fois dans leur vie, ils ont été en contact direct avec le Christ.

 

 

 

L’invitation du pape aux catholiques

 

Le pape invite les catholiques à être universels et à accompagner fraternellement les musulmans dans cette recherche spirituelle. Il les invite aussi à ne pas rentrer dans le jeu des affrontements tribaux, ethniques et religieux qui sont les outils de l’Empire pour diviser et imposer son pouvoir. Car l’Eglise catholique porte une vision universelle donnée par le Christ : « Allez, de toutes les nations faites des disciples. Baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ». L’Eglise et l’Empire portent deux visions universelles et le pape invite les catholiques à choisir celle du Christ. Et les nations refusant l’Empire doivent découvrir aussi à leur tour une autre forme d’universalité politique.

Quant aux catholiques français, dont beaucoup sont politiquement conservateurs pour des raisons évidentes, François, avec son geste en Grèce, les force à se convertir en profondeur, à retrouver l’esprit des apôtres. Après tant d’années de défensive et de repli, après tant de batailles perdues, les catholiques français doivent comprendre l’immense opportunité spirituelle pour notre pays, à la mesure de son génie : porter au monde une nouvelle vision de justice, et incarner dans des institutions politiques nobles ce nouvel humanisme universel (= catholique).

En vérité, François a posé un acte analogue à celui que posa Jésus dans son pays le jour où il guérit un malade le jour du sabbat. Le geste provoque question, incompréhension, indignation, colère, puis réflexion. A la fin, certain rompent avec le Christ, et les autres se convertissent. Nous voyons se produire cette ligne de partage parmi les disciples : « Ce discours est trop rude. Qui peut accepter de l’entendre ? » ou bien : « A qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. »

 

Concluons. Tout ce que le pape fait est très spirituel, mais politiquement, c’est aussi très intelligent et, à mon avis, extraordinairement habile. Sa politique suppose que les catholiques sont assez intelligents, et assez confiants, pour comprendre son intention et pour opérer ensemble selon son conseil – sans aplatir le sens de son action, comme s’il flagornait le politiquement correct. Ayons confiance, avec le Saint-Père dans l’intelligence et l’authentique spiritualité des catholiques.



[i] Indépendamment de toute guerre, ces migrations n’existeraient pas, ou du moins pas à cette échelle, ni de cette manière, sans l’ordre économique international existant, qui n’est en rien une fatalité. Le libre mouvement dérégulé des capitaux sur la planète, le libre-échange dérégulé des biens et services, ont pour contrepartie logique le libre mouvement de la main d’œuvre à la surface du globe, l’inégalité sociale croissante et, sauf pour les cadres dirigeants, ou supérieurs, l’égalisation mondiale du prix du travail au niveau de subsistance, conformément à cette soi-disant main invisible qui est surtout une main de fer.

 
   

La joie d'aimer (3). Un ton nouveau

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Mise à jour le Jeudi, 05 Mai 2016 17:38 Écrit par Henri Hude

 Voici quelques commentaires en marge de l’Exhortation apostolique La joie de l’amour, Amoris laetitia

(noté A.L.).

 

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Ce qu’il y a de nouveau dans cette Exhortation La joie de l’amour (notée A.L.), c’est une remarquable nouveauté de ton. C’est le ton du bon pasteur, mais adapté à des temps nouveaux où l’évangélisation des masses va redevenir possible, et le redevenir précisément grâce à ce ton. Voilà pourquoi ce ton n’était pas pensable auparavant.

 

Premier exemple: « À toute femme enceinte, je voudrais demander affectueusement : protège ta joie, que rien ne t’enlève la joie intérieure de la maternité. Cet enfant mérite ta joie. Ne permets pas que les peurs, les préoccupations, les commentaires d’autrui ou les problèmes éteignent cette joie d’être un instrument de Dieu pour apporter une nouvelle vie au monde. Occupe-toi de ce qu’il y a à faire ou à préparer, mais sans obsession, et loue comme Marie : ‘‘Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu'il a jeté les yeux sur l'abaissement de sa servante’’ (Luc, 1, 46-48). Vis cet enthousiasme serein au milieu de tes soucis, et demande au Seigneur de protéger ta joie pour que tu puisses la transmettre à ton enfant. »  (A.L., n°171)  C’est le ton de François pour parler de l’avortement[1], qui a déjà touché au moins une femme sur trois. 

 

Deuxième exemple : «  ‘‘Ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer’’ (Matthieu, 19, 6), ne doit pas avant tout être compris comme un “ joug” imposé aux hommes, mais bien plutôt comme un “don” fait aux personnes unies par le mariage. […]. » (A.L., n°62) C’est comme si Dieu disait « je vous unis », puis promettait : restez unis a moi et votre amour ne finira jamais. Qui pourrait s’en plaindre, sinon ceux qui ne décident de prendre que pour consommer avant de jeter[2] ?

 

Troisième exemple : « Après l’amour qui nous unit à Dieu, l’amour conjugal est ‘‘la plus grande des amitiés[3]. » (A.L., n°123)  Mais aussi, « (…) un amour sans plaisir ni passion n’est pas suffisant pour symboliser l’union du cœur humain avec Dieu. Tous les mystiques ont affirmé que dans l’amour matrimonial plus que dans l’amitié, plus que dans le sentiment filial ou que dans le dévouement serviteur, l’amour surnaturel et l’amour céleste trouvent les symboles qu’ils cherchent. La raison en est précisément dans sa totalité ». (A.L., n°142) « Soyons sincères et reconnaissons les signes de la réalité : celui qui aime n’envisage pas que cette relation puisse durer seulement un temps ; celui qui vit intensément la joie de se marier ne pense pas à quelque chose de passager ; ceux qui assistent à la célébration d’une union pleine d’amour, bien que fragile, espèrent qu’elle pourra durer dans le temps ; les enfants, non seulement veulent que leurs parents s’aiment, mais aussi qu’ils soient fidèles et restent toujours ensemble. Ces signes, et d’autres, montrent que dans la nature même de l’amour conjugal il y a l’ouverture au définitif. L’union qui se cristallise dans la promesse matrimoniale pour toujours est plus qu’une formalité sociale ou une tradition, parce qu’elle s’enracine dans les inclinations spontanées de la personne humaine. Et pour les croyants, c’est une alliance devant Dieu qui réclame fidélité : [Et la Sainte-Ecriture dit :]« Le Seigneur est témoin entre toi et la femme de ta jeunesse que tu as trahie, bien qu'elle fût ta compagne et la femme de ton alliance […]. La femme de ta jeunesse, ne la trahis point ! car je hais la répudiation » (Ml 2, 14.15-16). (A.L., n°123) Tel est le ton de François pour parler de l’indissolubilité du mariage.

 

Il y a aussi un ton pour dire des choses  qui brûlent, mais qui ne doivent pas agresser ou mordre. Dans l’examen par les personnes des situations complexes où elles se trouvent, « (…) il sera utile de faire un examen de conscience, grâce à des moments de réflexion et de repentir. Les divorcés remariés devraient se demander comment ils se sont comportés envers leurs enfants quand l’union conjugale est entrée en crise ; s’il y a eu des tentatives de réconciliation ; quelle est la situation du partenaire abandonné ; quelles conséquences a la nouvelle relation sur le reste de la famille et sur la communauté des fidèles ; quel exemple elle offre aux jeunes qui doivent se préparer au mariage. Une réflexion sincère peut renforcer la confiance en la miséricorde de Dieu, qui n’est refusée à personne ».  (A.L., n°300)

 

Autre exemple : « L’Église, même si elle comprend les situations conflictuelles que doivent traverser les couples, ne peut cesser d’être la voix des plus fragiles, qui sont les enfants qui souffrent, bien des fois en silence. Aujourd’hui, ‘‘malgré notre sensibilité en apparence évoluée, et toutes nos analyses psychologiques raffinées, je me demande si nous ne nous sommes pas aussi anesthésiés par rapport aux blessures de l’âme des enfants […]. Sentons-nous le poids de la montagne qui écrase l’âme d’un enfant, dans les familles où l’on se traite mal et où l’on se fait du mal, jusqu’à briser le lien de la fidélité conjugale ?’’ Ces mauvaises expériences n’aident pas à ce que ces enfants mûrissent pour être capables d’engagements définitifs. » Quelle est sa conclusion ? La voici : « Par conséquent, les communautés chrétiennes ne doivent pas laisser seuls, dans leur nouvelle union, les parents divorcés. Au contraire, elles doivent les inclure et les accompagner dans leur responsabilité éducative. » (A.L., n°246) Le souci n’est pas d’abord ici celui de la loi, mais des personnes ; et pas même d’abord des adultes, mais celui des enfants. Et finalement, le souci est celui de l’annonce de la Bonne nouvelle à tous. Quand les masses vont vouloir revenir à l’Église, la moitié des gens sera née hors du mariage, ou au sein d’une union irrégulière. Comment pourront-ils entrer dans l’Église, s’ils ont le sentiment que leurs parents en sont exclus a priori ? Ceci est traditionnel. L’Église ne comprend pas que des chrétiens à trente carats. Elle se compose d'une majorité de pécheurs. Et puis, « comment pourrions-nous recommander à ces parents de faire tout leur possible pour éduquer leurs enfants à la vie chrétienne, en leur donnant l’exemple d’une foi convaincue et pratiquée, si nous les tenions à distance de la vie de la communauté, comme s’ils étaient excommuniés ? Il faut faire en sorte de ne pas ajouter d’autres poids à ceux que les enfants, dans ces situations, doivent déjà porter ! » (n°246) Tel est le ton de François pour parler du divorce aux masses qui ont massivement divorcé, mais qui vont revenir et ne sauraient pas revenir, si l’Église ne savait faire ce qu'il faut avec elles, et se comportait comme si elle n'avait qu'à peaufiner une petite élite ayant miraculeusement survécu à la grande peste libérale.

 

Dernier exemple. Voici ce que le pape dit sur « ne pas communier » (A.L., n°185-186) : il commente saint Paul, 1 Corinthiens, 11, 17-34, texte où l’apôtre rappelle détermine la discipline de réception du sacrement de l’eucharistie. Il s'agit de recevoir dignement la communion. François écrit: « Lorsque ceux qui communient refusent de s’engager pour les pauvres et les souffrants ou approuvent différentes formes de division, de mépris et d’injustice, l’Eucharistie est reçue de façon indigne. » « Ce texte biblique [1, Co 11] est un sérieux avertissement aux familles qui s’enferment dans leur confort et s’isolent, mais plus particulièrement aux familles qui demeurent indifférentes à la souffrance des familles pauvres et se trouvant le plus dans le besoin. La célébration eucharistique devient ainsi un appel constant à chacun à « s’examiner lui-même » (v. 28), en vue d’ouvrir le cercle de sa famille à une plus grande communion avec les marginalisés de la société et donc de recevoir vraiment le Sacrement de l’amour eucharistique qui fait de nous un seul corps. ». « En revanche, les familles qui se nourrissent de l’Eucharistie dans une disposition appropriée, renforcent leur désir de fraternité, leur sens social et leur engagement en faveur des personnes dans le besoin. » C’est ce que nous avons rappelé dans un précédent article : comment évangéliser les masses qui ont été prolétarisées par l’application des idéologies athées, sans se soucier sincèrement de leurs conditions d’existence, de leur emploi, du logement, de la scolarisation, etc. ?

 

 

 

Et qu’est-ce que lutter pour la justice ? Relancer la lutte des classes ? Non, mais mettre dans la société un authentique esprit de famille. « Un mariage qui expérimente la force de l’amour sait que cet amour est appelé à guérir les blessures des personnes abandonnées, à instaurer la culture de la rencontre, à lutter pour la justice. Dieu a confié à la famille le projet de rendre le monde ‘‘domestique’’ [de domus, maison, famille], pour que tous puissent sentir chaque homme comme frère : ‘‘Un regard attentif à la vie quotidienne des hommes et des femmes d’aujourd’hui montre immédiatement le besoin qui existe partout d’une bonne dose d’esprit familial […]. (…) l’organisation de la vie commune se heurte toujours plus à une bureaucratie totalement étrangère aux liens humains fondamentaux (…)’’ (A.L., n°183) Un évêque n’est pas un « préfet violet », comme disait Napoléon. C’est un père. Et si l’État n’était pas une machine, même un préfet en vert et or garderait quelque chose de familial et d’humain. Tel est le ton qui convient à ceux qui dirigeront cette immense renaissance, qui fera suite à la fin du libéralisme.

 
 

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[1] Noter aussi deux brèves mentions, au n°42, pour s’élever contre le chantage exercé sur les pays pauvres par les organisations internationales (financements contre avortement) et au n°179, pour encourager les Etats à faciliter l’adoption en vue de prévenir l’avortement.

[2] « Ce qui arrive avec les objets et l’environnement se transfère sur les relations affectives : tout est jetable, chacun utilise et jette, paie et détruit, exploite et presse, tant que cela sert. Ensuite adieu ! » (A.L., n°39) « A notre époque, on sent le risque que la sexualité aussi soit affectée par l’esprit vénéneux du ‘‘utilise et jette’’ ». » (A.L., n°153)

[3] Thomas d’Aquin, Somme contre les Gentils, III, 123 ; cf. Aristote, Éthique à Nicomaque, 8, 12 (éd. Bywater, Oxford 1984, p. 174).

 
   

Quelques pensées sur "La joie de l'amour" (2)

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Mise à jour le Mercredi, 13 Avril 2016 12:38 Écrit par Henri Hude


 
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Pour continuer dans de bonnes conditions notre lecture de La joie de l’amour, il faut un article pour replacer ce texte et sa réception dans le contexte du monde présent. Le voici.

 

 

 

Les catholiques de gauche et Wojtyla ; les catholiques de droite et Bergoglio

 

 Voici presque quarante ans, l’élection de Karol Wojtyla fut pour les « catholiques de gauche » un choc déstabilisant. Polonais, Jean-Paul II avait l’expérience du « socialisme réel ». Il ne se laissait pas impressionner par le prestige de l’idéologie marxisante alors hyper-dominante à l’Ouest. Et le communisme a disparu. Ce fut l’occasion d’une grande clarification : certains catholiques marxistes ont cessé de se dire catholiques, mais les catholiques sincères de culture marxiste sont restés catholiques, et ce pape les a amenés à approfondir leur foi et leur pensée politique.

Un phénomène analogue se produit aujourd’hui, suite à l’élection de Jorge Bergoglio. Argentin, François a l’expérience du « libéralisme réel ». Il ne se laisse pas impressionner par le politiquement correct et par l’idéologie à la mode (individualiste, relativiste, libertaire, etc.). Au contraire, car il en voit toutes les applications, aussi dans les domaines de l’argent et du pouvoir, et pas seulement la destruction de la famille.

Devant ce Pape populaire, beaucoup de « catholiques conservateurs » sont déstabilisés. Et comme autrefois avec les catholiques de gauche, une clarification doit avoir lieu. C’est un combat spirituel dans l’âme de chacun. Nous n’en connaissons pas encore l’issue. Certains perdront peut-être la foi en Rome. Mais, beaucoup d’autres, espérons-le, se poseront mieux les questions de justice économique et politique. Ils approfondiront et purifieront leur amour de l’ordre et leur respect de la vérité, qui sont des valeurs fondamentales. 

De même que Jean-Paul II a lancé son évangélisation sans aucune soumission à l’idéologie marxiste dont il pressentait la fin, de même François conçoit son évangélisation dans un monde où l’idéologie libérale va probablement disparaître. Pas la liberté d’entreprendre ou la propriété privée, ni la liberté de réfléchir, bien entendu, mais cette idéologie qui détache l'individu du bien commun et la liberté du bien qui doit en être la norme ; et qui, en conséquence, subordonne l’Homme à l’argent, soumet le travail et l’économie à la finance accaparée. C’est en cela que le pape est prophétique. Prophétie, nous le verrons, très raisonnable.

François a en horreur la subordination inique de l'Homme à l'argent, du travail et de l’économie à la finance centralisée par une aristocratie d’argent. Là encore, un tri et un approfondissement vont se produire. Car beaucoup de catholiques conservateurs, qui luttent contre le libéralisme idéologique, s’engageant par exemple contre le mariage homosexuel, ne se rendent pas compte qu’ils sont solidaires de cette même idéologie par toute une part d’eux-mêmes. C’est cette incohérence qui démonte leur crédibilité et condamne à l’échec l’évangélisation. Donc, ceux des conservateurs qui sont sincèrement catholiques et qui parviendront à écouter le pape, vont approfondir leur pensée. Ils vont se rendre compte qu’ils ne voyaient qu’une partie (sur deux, ou [1]trois) du problème libertaire, et que s’ils parviennent à les prendre toutes en compte, leur témoignage gagnera beaucoup en crédibilité.

 

 

 

L’évangélisation des peuples par François

 

François a réussi en peu de temps à conquérir le cœur de l’immense majorité du peuple dans toutes les nations. C’est un fait. Pour quelle raison ? Parce que les peuples, d'instinct, aiment le Christ ; et aussi, parce que François a parfaitement analysé ce qui séparait de l’Église tout ce peuple ; et enfin, parce que les circonstances sont redevenues très favorables : 1° la disparition du communisme, 2° le discrédit du libéralisme, 3° la dérive fanatique dans l’islam, créent les conditions d’une ré-évangélisation massive des peuples déchristianisés, mais aussi d’une expansion sans précédent du christianisme dans les espaces musulmans.

Encore faut-il que François soit compris et suivi par ce qu’on peut appeler l’élite catholique NOTE[2], notamment dans les pays européens. C’est pourquoi l’effort des grands médias vise à créer dans cette élite catholique une méfiance envers le pape. Il s’agit d’empêcher cette élite de se mettre au service des peuples, en même temps que sur un autre plan, les médias font le forcing pour essayer de discréditer l’Église auprès des masses. Car, les élites catholiques se mettant au service des peuples dans les démocraties et dans les économies, telle est la première condition pour la crédibilité morale de l'évangélisation et aussi pour la réforme indispensable de nos pays.

Cela ne veut pas dire remettre en selle le communisme ! Cela signifie qu’il faut pouvoir gagner sa vie avant de pouvoir fonder une famille. L’hymne à la famille dans le Psaume 128, 1-6, commenté par François, parle de travail avant de parler de conjoint et d’enfants. « Du labeur de tes mains tu te nourriras. » (Amoris laetitia, n°8). Application pratique : « (…) le chômage et la précarité du travail deviennent une souffrance (…) ; la société vit cela tragiquement dans beaucoup de pays. » Le chômage affecte de bien des façons la « sérénité des familles. » (A.L.,n°25)

« Tragiquement. » C’est vrai. Il faut accepter de le reconnaître, de se laisser toucher et d’agir en conséquence. La présentation du message du Christ sur le mariage acquiert sa crédibilité quand elle s’accompagne d’une action généreuse et convaincante en faveur de cette « existence sereine » du couple et de la famille du point de vue économique. De plus, cette présentation doit se faire dans une ambiance de miséricorde, de fraternité et d’humilité joyeuse, avec compréhension pour les difficultés de la vie écrasée par ces conditionnements, avec un regard positif et admiratif pour tout ce qui, malgré tout, demeure de beau, dans tant d’existences mutilées par la barbarie libertaire. Bien sûr qu’il y a le péché et la responsabilité personnelle, mais aux yeux du Christ, nous sommes tous des « femmes adultères » (Jn. 8, 1-11) et nous ne sommes pas sauvés par nos mérites.

Pour ces raisons, quel serait l’obstacle majeur à l’évangélisation, aujourd’hui ? Des élites catholiques aveuglées par des préjugés de classe, méprisant l’enseignement de François et  dont l’engagement politique se réduirait à « jeter des pierres » moralisatrices aux peuples, sur ce qui fait sa souffrance et son asservissement[3].  

 

 

 

L’usure de l’idéologie libérale et l’opportunité pour l’évangélisation

 

Pour ne parler que de la France, l’élite catholique en France ne se rend pas encore bien compte de la situation exacte du libéralisme dans le monde. Pour comprendre l’usure du libéralisme, voyez les États-Unis, son cœur, le lieu où il devrait être le plus puissant, le centre de son empire. Jetons un œil sur les élections primaires dans ce pays.

Chez les démocrates, Hillary Clinton est la candidate de la ploutocratie. Soutenue par les Noirs américains à cause du crédit de Barack Obama, elle sera peut-être sauvée in extremis par le gong et le papy-boom. Bernie Sanders, qui fait maintenant jeu égal avec elle dans le pays, reçoit désormais les votes de 80% des démocrates de moins de 30 ans et de 66% des moins de 40 ans, alors qu’il se dit socialiste, ce qui signifie extrême gauche aux États-Unis. Moins de trente années après la fin de la guerre froide, on mesure le chemin parcouru. Sanders ou l’un de ses successeurs pourrait bien être pour l’Empire américain ce que Gorbatchev a été pour l’Union soviétique.

Chez les Républicains, Jeb Bush, fils et frère de président, candidat idéal de la ploutocratie, a été balayé, d’emblée ; puis Marco Rubio, sénateur de Floride, auquel elle s’était ralliée faute de mieux, a dû jeter l’éponge ; enfin, face à Trump, candidat antisystème, elle en est réduite à soutenir le sénateur Cruz, un opportuniste, et à placer tous ses espoirs dans une manipulation de la convention républicaine par les apparatchiks.

Ces bouleversements au cœur de l’Empire sont beaucoup plus importants que le 21 avril 2002 en France.

 

 

 

 

 

Les nouveaux pharisiens ?

 

Des changements politiques et spirituels majeurs sont en cours. Il en résulte que le catholicisme en France sera inaudible au peuple pour encore une voire deux générations, si les élites catholiques ont jusqu’au bout, par timidité, complicité, ou paresse, toléré sans rien dire les abus de l’argent comme structure de péché ainsi que l’immobilisme de la social-démocratie qui condamne le peuple à la pauvreté. Le tout en se donnant l’illusion d’être morales en jetant la pierre aux « femmes adultères » d’aujourd’hui (expression expliquée dans A.L., n°27). Comment ne pas voir que la majorité sont des victimes malheureuses et paumées des théories libertaires ?

Relisons tous, y compris l’auteur de ces lignes, l’Evangile de Saint Matthieu (chapitre 23). « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous ressemblez à des tombeaux blanchis, qui paraissent beaux au dehors, et qui, au dedans, sont pleins d'ossements de morts et de toute espèce d'impuretés. Vous de même, au dehors, vous paraissez justes aux hommes, mais, au dedans, vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité. » Mesurons l’incroyable dureté avec laquelle Jésus condamne les scribes et les pharisiens : « Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez à clé le royaume des Cieux devant les hommes ; vous-mêmes, en effet, n’y entrez pas, et vous ne laissez pas entrer ceux qui veulent entrer ! »

Demandons-nous si, par des jugements trop rapides sur la moralité d'actes humains dans le domaine familial, et par une totale acceptation des cadres économiques, financiers, politiques et administratifs dans lesquels nous vivons tous, nous ne pouvons pas parfois apparaître et surtout être comme de nouveaux pharisiens. 

Bien entendu, la charité ou la miséricorde ne consistent jamais à nier la vérité, ni le péché. La miséricorde ne consiste pas non plus à dire à l’élite qu’elle fait très bien, qu’elle s’engage et qu’elle est courageuse, alors qu’elle est aveugle à l’injustice et qu’elle ne fait pas le travail de réforme politique qu’elle seule est en mesure de faire. Cela, c’est se raconter des histoires.

Il n’y a donc pas lieu de répondre à l’exhortation du pape par une crainte de voir changées ou la doctrine ou la morale. Car ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Il s’agit simplement et d’abord d’être crédible et intelligible. 

Ne nous comportons pas envers François comme les pharisiens se sont comportés envers le Christ.

Cette hypocrisie est par ailleurs l’exact inverse de celle de la gauche bobo. Elle se donne l’illusion de la moralité (idéologique) en promouvant la destruction libertaire de la famille, pensant faire oublier qu’elle a trahi les intérêts économiques et démocratiques des classes populaires. Et heureusement, il y a maintenant de ce côté-là des gens qui se réveillent et qui voient bien que c’est une dérision, que de donner le mariage homosexuel à un peuple auquel on refuse de donner du travail, et que l’on abandonne à la loi d’airain des oligarchies en tous genres.

 

  

L’élite catholique est là pour servir

 

En ligne avec l’option préférentielle pour les pauvres, l’élite catholique doit donc s’investir dans la défense des intérêts démocratiques et économiques des classes populaires, en rompant avec les vieux réflexes du temps du communisme, et issus de la guerre froide. Cela s’inscrit d’ailleurs dans un effort de renouveau national et démocratique sans précédent, qui concerne tous les citoyens, quelle que soit leur religion. Cela demande aussi un travail économique, législatif et fiscal immense, que seule une élite est capable d’entreprendre. Un tel engagement et un tel travail doivent nécessairement accompagner l’évangélisation.

Dans cette situation, je suis déçu de voir nombre de jeunes catholiques, justement soucieux d’engagement politique, militer pour la famille et la vie de manière trop abstraite, sans préoccupation suffisante pour les conditions de vies de plus en plus précaires d’un peuple qui n’a plus d’avenir économique.

La défense de la vie (A.L., n°83) est probablement de tous les sujets chers (et à raison) aux catholiques français, celui où ils s’y prennent le plus mal. Qu’on me comprenne bien. Beaucoup d’efforts individuels sont admirables. Malheureusement, ils ne pourront jamais déboucher sur un changement structurel, tant qu'ils ne prendront pas place dans une action politique transpartisane plus audacieuse et plus large. Faute de cet appui, l’approche reste trop partiale, trop étroite et pas assez en lien avec l’expérience des Françaises et des Français.

Parmi les questions que l’on oublie de poser, quand on parle d'éthique familiale, n’ayons pas peur de répéter celles-ci : comment peut-on fonder une famille quand on ne peut pas payer un loyer et qu’on est forcé de rester chez papa maman[4] ? Comment peut-on nourrir des enfants, quand on n’a pas de travail[5] ? Comment être largement ouvert à la vie quand on sait qu’on ne pourra jamais acheter plus de 50 mètres carrés ? Et peut-être même pas.

Un système économique où le travail ne permet pas d’élever une famille est profondément immoral. Et prêcher la famille aux pauvres dans ces conditions sans faire en même temps quelque chose pour remédier à des injustices qui crient vers le Ciel, c’est une hypocrisie. Ceux qui installent ce système d’injustice économique portent une grande partie du péché de l’avortement. Quant à ceux qui y vivent bien, qui s’en contentent, et qui font la morale aux gens, ils ne convaincront personne, s’exposant aux reproches de pharisaïsme, de pensée trop superficielle, et bien souvent aussi, d’arrivisme.

Il ne s’agit pas de chercher l’utopie, ni de demander aux gens l’impossible, ni de culpabiliser les chefs d’entreprise, ni de pousser chacun à se mêler de tout, mais que chacun fasse quelque chose, si peu que ce soit, et une prière, pour soutenir un vrai changement. 

La loi Taubira est une aberration qui passera à la trappe avec tout un bloc d’iniquité, le jour où le libéralisme s’effondrera comme le communisme. L’humanité blessée reviendra-t-elle alors à l’Eglise ? Oui, sans aucun doute, mais seulement si l’Eglise sait l’accueillir avec miséricorde. Car ces futurs néophytes, ils et elles auront divorcé plusieurs fois, seront homosexuels, auront été élevés par des parents seuls ou des couples recomposés, auront été blessés par toute sorte de vices. Mais l’Eglise est là pour accueillir, intégrer et guérir les enfants de Dieu, aussi mal en point soient-ils. Comment se préparer à ce grand retour, qui se vit déjà ? Comment gérer dans la durée cette situation inédite ? Comment faire que ce retour à la vie soit autre chose qu’une remise en ordre autoritaire ? Voilà les questions qui me semblent être à l’horizon de l’exhortation du pape.

Comment, dans ces conditions, ne pas comprendre l’effet majeur recherché par le Saint-Père à travers l’inflexion de la pastorale de l’Église ? Il ne nous dit pas : on va changer la doctrine ou je ne sais quoi. Il nous dit : ne vous comportez plus du tout en pharisiens. Ce n’est pas une question d’opinion politique contingente, et ça déborde infiniment une série de questions de théologie morale (qui bien sûr méritent d’être abordées). Cela devient une question de vie ou de mort. 

 

A SUIVRE



[1] Le libertarisme de l’argent, c’est l’économie financière folle que nous avons sous les yeux et qui méprise absolument la valeur du travail humain. Le libertarisme du pouvoir, ce sont la manipulation, la propagande et la violence.

[2] NOTE BRÈVE SUR L’ÉLITE. Dans toute société humaine il y a toujours une élite, c’est-à-dire des groupes dirigeants ou influents, qui orientent la politique, l’économie ou la culture. Il y a aussi, dans ces groupes ou en dehors d’eux, des individus dotés d’une excellence ou puissance particulière, d’ordre spirituel ou autre. Même dans une société à idéal égalitaire, il y a une élite égalitaire. L’égalitarisme abaisse le niveau général et favorise l’inégalité. L’égalité réelle consiste en ceci, que l’élite est à la fois ouverte et au service. Les discours anti-élitistes sont donc à la fois justifiés (si l’élite est une caste close sur elle-même et au service d’abord d’elle-même) et sans pertinence (si l’on culpabilise le fait même qu’il y ait une ou des élites). Ce qui précède reste vrai si l’on parvient à élever très haut, ce qui est souhaitable, le niveau général d’un peuple. L’humilité étant une vertu, l’élite doit en être dotée. En faire partie ne justifie donc pas de regarder de haut son prochain. Si l’élite manque d’humilité, elle n’est pas juste et se fait détester. L’humilité ne consiste pas à ne pas voir ses qualités, ou à se sentir coupable de les posséder, c’est-à-dire de les avoir reçues. Tout ceci vaut a fortiori pour la société qu’est l’Église. La véritable élite est celle de la sainteté et elle relativise sans les détruire les hiérarchies institutionnelles légitimes, ou à base de valeurs simplement humaines.  

[3] Cette même racine de l’amour, dans tous les cas, est ce qui me porte à m’opposer à l’injustice qui consiste en ce que certains ont trop et que d’autres n’ont rien ; ou bien ce qui me pousse à contribuer à ce que les marginalisés de la société puissent aussi connaître un peu de joie. Cependant cela n’est pas de l’envie, mais un désir d’équité (A.L., n°96).

[4] « Le manque d’un logement digne ou adéquat » (A.L., n°44).

[5] « La société vit tragiquement dans beaucoup de pays… ce manque de sources de travail affecte de diverses manières la sérénité des familles (A.L.,n°25). » Il s’agit de « créer les conditions législatives et d’emploi pour garantir l’avenir des jeunes et les aider à réaliser leur projet de fonder une famille (A.L., n°43). »

 
   

Quelques pensées sur "La joie de l'amour" (1)

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Mise à jour le Dimanche, 10 Avril 2016 16:26 Écrit par Henri Hude

Je vais écrire quelques articles sur le dernier texte du pape François, Laetitia amoris, La joie de l’amour, ou La joie d’aimer. Voici le premier.

 

 

Prendre de la hauteur et ne pas focaliser trop vite sur tel ou tel problème particulier.

 

Ce n’est pas une bonne méthode que de se précipiter d’emblée sur le chapitre huit, le plus controversé, qui a trait aux situations de crise du couple. C’est regarder le paysage par le mauvais bout de la lorgnette. 

Comme il est inévitable que ce rétrécissement se produise, et plus d’une fois, le pape réaliste prévoit une réception assez difficile pour son texte. Il ne se braque pas a priori contre ceux qui auraient des difficultés à saisir son intuition et à apprécier la direction de son élan. « Je comprends, écrit-il même, ceux qui préfèrent une pastorale plus rigide qui ne prête à aucune confusion (n°308). » Néanmoins, il demande à l’Église de lui faire confiance et de le suivre.

 

 

 

Être catholique, c’est un peu comme être dans un avion.

 

Il faut faire confiance au pilote, en l’espèce, le Saint-Père. On n’est pas forcé de le croire infaillible à jet continu. On est même tenu de croire le contraire. Mais, si l’on pense que le Christ ne cesse pas de diriger son Église, de lui envoyer son Esprit-Saint, et qu’il ne l’abandonnera jamais, on a toujours un a priori de confiance et de respect, et même de gratitude, pour un enseignement ou des orientations, y compris si on peut les trouver dures à avaler. Ces difficultés sont l’indice d’une bonne crise de croissance pour nous et il convient plutôt de s’en réjouir.  

On risquerait de s’égarer dans la polémique, si l’on ne prenait pas pour commencer du recul sur ce texte qui est un grand texte et qui mérite attention large et hauteur de vue. 

 

 

 

Un texte thomiste

 

D’un point de vue de philosophie pratique (ce sont là ma formation, ma compétence et ma perspective), je note d’abord l’orientation aristotélicienne ou thomiste de ce texte, comme de toute la pensée du Saint-Père. Le nom de Thomas d’Aquin revient 5 fois dans le texte, qui ne renvoie pas à moins de 10 textes de l’Aquinate, et cite aussi le livre du Père Sertillanges, o.p., théologien thomiste, sur l’amour (note 139).

En même temps que le thomisme (symbole de ce que les médias appelleraient "conservation") fait ainsi un retour en force, le magistère de François est dénoncé par certains, d’ailleurs souvent plus papistes que le pape, comme le triomphe après coup des progressistes de Vatican II. Cela suffit à faire deviner que la situation est complexe et paradoxale et que les notions toute faites ne suffisent pas pour comprendre ce que veut dire François. Il faut tout simplement entrer dans le concret d’une intuition qui ne se réduit pas aux catégories en vigueur.   

Le concept de bonheur (par exemple, n°149), centré sur la joie, et la vertu de prudence (notamment au ch.8), dominent le champ de la pensée morale. Ce sont là, avec la notion d’amitié, qui sert de base pour la définition de l’amour (n°120) et de l’amour conjugal (n°123), les éléments fondamentaux de la sagesse pratique, repris ici, bien entendu, dans une vision de foi.

La référence à Thomas n’est ni ironique, ni tactique, mais authentique et substantielle, puisqu’elle fournit aussi la définition de la joie, qui est « dilatation du cœur » (n°126).

Très logiquement, la notion de loi est présente, mais subordonnée. La conscience n’est pas d’abord vue dans sa relation à la loi comme principe universel, mais dans la prudence (ou l’imprudence) de son agir. La loi naturelle, à laquelle il est fait référence (n°305), est rattachée au « cœur » grâce à l’épître aux Romains, 2, 15 (n°222). Cette loi n’est pas une législation de raison pure imposant des devoirs a priori (exclusion de la conception rationaliste et kantienne, mais aussi janséniste, de la loi), mais c’est « une source d’inspiration objective pour l’homme » compris comme décideur.

 

 

 

Une morale du bonheur et une spiritualité de la joie. Surnaturelles et naturelles.

 

La pensée de François en théologie morale est ce que j’aimerais nommer un eudémonisme surnaturel très naturel (eudaimonia en grec signifiant bonheur). Le bonheur est vu comme joie. Le terme de « joie » ne revient pas moins de 57 fois et la meilleure façon de comprendre ce texte serait d’exposer la diversité et la cohérence de tous ces emplois du mot « joie ». Fondamentalement, la joie est la joie d’aimer. Cette joie d’aimer, pour l’immense majorité des humains, prend tout simplement d’abord forme de famille. Inversement, le malheur prend forme de déceptions affectives et de difficultés familiales, dans le couple, ou entre parents et enfants.

Cet eudémonisme est surnaturel, parce que chacun sait d’expérience la difficulté d’aimer, en particulier en famille, et donc d’être heureux. Les racines de cette difficulté sont profondes. C’est une sorte de maladie plus que physique ou psychique. Cette maladie ontologique s’appelle le péché originel (cf. Le nom de Dieu est miséricorde). L’accès au bonheur n’est pas un chemin facile. Il se confond avec celui de la thérapeutique (du salut) et de la libération (rédemption) qui soigne cette maladie. Le Christ est le médecin. L’Eglise est son hôpital de campagne (n°291). Le remède s’appelle croix. La guérison s’appelle résurrection.

Cet eudémonisme est très naturel, parce qu’il s’agit d’apporter la joie dans la vie de tous les jours et de tous les gens. L’évangélisation n’est pas autre chose que cet effort pour ressusciter la joie dans le temps et l'éterniser. Parce qu’elle apporte la joie, même dans les peines et les difficultés de la vie, et qu’à cette condition seulement elle est pleinement authentique et vivante, la religion du Christ est une bonne nouvelle, en grec « évangile ». La joie d’aimer en forme de famille prolonge ainsi La joie de l’Évangile. L’essence de la  vie chrétienne est identique à son but : c’est la joie d’aimer. La joie est le signe de la vie dans l’Esprit. Évangéliser, c’est donner envie à quelqu’un d’être comblé de la joie du Christ.

L’insistance du pape sur la miséricorde se comprend alors sans difficulté : sans miséricorde, on se condamne à être sec, dur et triste. En outre, cette insistance seule permet d'intégrer pleinement la croix, sans laquelle il n'y a pas de christianisme, sans pour autant traumatiser ou faire fuir. 

 

 

 

Exemple : une citation particulièrement éclairante 

 

Le n°317 est peut-être le sommet du texte : « Si la famille parvient à se concentrer dans le Christ, il unifie et illumine toute la vie familiale. Les douleurs et les angoisses sont vécues en communion avec la Croix du Seigneur, et l’embrasser permet d’affronter les pires moments. Dans les jours difficiles pour la famille, il y a une union avec Jésus abandonné qui peut aider à éviter une rupture. Les familles atteignent peu à peu, ‘avec la grâce de l’Esprit Saint, leur sainteté à travers la vie conjugale, en participant aussi au mystère de la croix du Christ, qui transforme les difficultés et les souffrances en offrande d’amour’. D’autre part, les moments de joie, le repos ou la fête, et aussi la sexualité, sont vécus comme une participation à la vie pleine de sa Résurrection. Les conjoints constituent par divers gestes quotidiens ce ‘lieu théologal où l'on peut faire l’expérience de la présence mystique du Seigneur ressuscité'. »

   

Sur "l'affaire Barbarin"

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Mise à jour le Mercredi, 06 Avril 2016 20:06 Écrit par Henri Hude

Tout a été dit, ou presque, sur « l’affaire Barbarin », qui est sans doute loin d’être terminée. Ce papier se contente de rassembler les meilleures idées glanées de divers côtés et de les proposer ensemble à la méditation. 

 

Ce dont nous pouvons être certains :

 

1° Axiomes :

-            Le mal est mal.

-           Certains actes sont particulièrement répugnants et traumatisants.

-            Tout malheur appelle la solidarité sincère.

-            Quand il y a eu injustice, il faut punition et réparation.

 

2° Pour l’Exécutif, c’est violer la Constitution que de faire pression, même indirectement, sur les juges. Sans leur indépendance et leur intégrité, la société régresse au lynchage et il n’y plus ni droits de l’Homme, ni sécurité pour les citoyens.

 

3° Manipuler ou instrumentaliser la justice, la conscience et les victimes elles-mêmes est immoral.  

 

 

 

Questions à examiner.

 

1° Pourquoi, dans notre monde relativiste et postmoderne, subsiste-t-il un tel tabou sur la pédophilie, alors que la tendance est à la libération sexuelle universelle ?

 

2° Dans les années 70, Le Monde et Libération publiaient de nombreux textes ouvertement favorables à la libéralisation de la pédophilie. Certains signataires sont encore des icônes intouchables de la culture ou du monde politico-médiatique. Leurs anciens propos ne choquent personne dans les médias. Ils ne font l’objet d’aucun harassement médiatique. Pourquoi ces faits ne sont-ils pas apportés au débat ?  

 

3° Pourquoi n’a-t-on pas un panorama complet des crimes pédophiles : nombre de condamnés, leur métier, leur région, combien de cas dans l’éducation nationale ? Dans les colonies de vacances laïques ?  Répartition en pourcentage selon les institutions, taux de corruption comparés des institutions, etc. Sans ordre de grandeur, sans comparaison, que valent nos appréciations ? Sans quantification, y a-t-il phénomène scientifique ? La police n’aurait-elle pas bien des choses à dire dans ce domaine ? Si on s’en tient à la présentation par les médias, la pédophilie semble être un quasi-monopole de l’Eglise, ce qui est probablement tout à fait faux, mais en l’absence de diffusion suffisante d’études sérieuses, que peut-on dire ? Propager des informations partielles (qui soulignent les fautes d’une partie sans informer sur les fautes des autres parties) est-ce une pratique journalistique morale et professionnellement sérieuse ? Quelle différence y a-t-il entre une mauvais journaliste et un bon propagandiste ?

 

3° Quand on a la curiosité de lire ce qui se publie en Angleterre sur le sujet de la pédophilie, on se demande parfois si dans ce pays, la haute société ne risquerait de sauter, si la raison d’Etat ne venait pas couvrir une montagne de turpitudes. Heureusement, il n’y a rien de tel en France. Qu’est-ce que cela nous dit sur les médias ?

 

 

 

Réflexions diverses

 

1° Nous savons tous et je le redis après bien d’autres, que le cardinal Barbarin et la Ministre Vallaud-Belkacem ont eu à gérer des dossiers analogues. Monsieur Valls n’aurait-il pas dû lui demander, à elle aussi, de « prendre ses responsabilités », s’il avait eu dans sa conscience un poids et une mesure, et non pas deux ? Ma réponse est : non ! Car il y a l’indépendance de la justice. Si elle était mieux respectée, beaucoup à l’Education Nationale ne seraient-ils pas depuis longtemps en examen, voire en prison ? Valls le sait probablement. En tout cas, il devrait le savoir. Quand on sait ce que c’est que le monde, et quand on laisse faire tant de choses, et quand en même temps on vient harceler un parfait honnête homme, bon et fraternel, on se montre absolument veule et vil.

 

2° Tous ces scandales n’auraient pas eu lieu si l’Eglise n’avait pas connu une aussi grave crise d’autorité. Être un bon chef, ce n’est pas seulement faire confiance et laisser faire. C’est aussi inspecter, surveiller et punir. A cet égard, on a été souvent et on reste beaucoup trop bon dans l’Eglise, c’est-à-dire pas du tout assez. Et puis il règne dans la culture et la société une complète anarchie intellectuelle et morale et tout le monde, y compris les meilleurs, sont affectés par ces absurdités. Dans ces conditions, c’est un métier impossible que d’être évêque, dans une Eglise où on n’obéit si peu et où l’évêque porte pourtant la responsabilité civile, voire pénale, d’un clergé qui n’en fait souvent qu’à sa tête. 

 

3° Quand je n’ai pas devoir de juger, et quand je n’en ai pas les moyens (quand je ne connais pas les faits de la cause), je ne juge pas. Ne pas juger ne signifie pas se situer dans le « doute ».  Ne pas juger signifie au contraire avoir un préjugé favorable, autrement tout calomniateur a gagné.

 

Avoir conservé son pouvoir de juger, de nos jours, c’est compter pour rien beaucoup de ce qui se dit ou s’écrit dans les médias.

 

 

  

Ce dont je suis sûr, « scientifiquement »

 

1° Se payer une peau de curé, c’est un classique de la gauche « social-traître ». Les Français, sous gouvernement centre-gauche et gauche durant toute la IIIème République, de 1876 à 1936, ont dû attendre 1946, pour bénéficier des lois sociales dont avaient joui les Allemands dès 1880 sous un gouvernement autoritaire et conservateur. 

 

2° Nous avons là un parfait exemple de diversion de l’opinion : plutôt que de subir la colère des citoyens sur son incapacité à réformer le pays et redonner un avenir économique aux Français, le Gouvernement va créer des campagnes pour occuper les esprits et donner aux journalistes des sujets de débats vains et interminables

 

3° Dans nos démocraties, désormais, on achète la loi. Aux Etats-Unis, c’est le Droit, c’est la décision de la cour suprême. Quel lobby le Gouvernement récompense-t-il ici ? Un lobby gourmand, à qui l’on a déjà offert, voici trois ans, la peau d’un grand rabbin ?

 

   

Parler de saint Thomas à Madame Taubira. Parler d'étalon-or à Mario Draghi

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Mise à jour le Vendredi, 19 Février 2016 13:07 Écrit par Henri Hude

 

Le corps et l’esprit d’un même système

 

Un ami m’a entrepris avec passion, hier encore : il faut absolument, me dit-il, abolir la loi Taubira. Il faut lutter avant tout contre la théorie du genre.

Silence de ma part.

Scandalisé par ma tiédeur, il me demande des explications. Je lui répondis : « Pourquoi se focaliser sur une absurdité particulière, alors que le système libéral-libertaire est un ensemble et fait un tout ? Car une seule et même logique régit la finance libertaire et l’arbitraire moral dont vous vous plaignez tant. Ce sont le corps et l’esprit d’un seul et même système. »

Comment ne pas voir la solidarité entre d’une part la formidable fuite en avant du système financier qui a entrepris la plus massive et la plus risquée des expériences monétaires de l’histoire, et cela à l’échelle du monde, et d’autre part l’incroyable expérimentation sociale et idéologique dont la loi Taubira n’est qu’une des manifestations. Dans les deux cas, c’est la parole politique qui perd son sens et sa crédibilité. Dans les deux cas, c’est la même logique du toujours plus, pour masquer une pauvreté croissante. Dans les deux cas, c’est la même dévaluation des réalités sociales. Dans les deux c’est une course au néant, à l’hyperinflation dont nous sortirons ruinés et en partie détruits, mais néanmoins vivants.

Quantitative easing, taux d’intérêts négatifs, augmentation des impôts et des charges, dévaluation de sa monnaie : l’épargnant et l’entrepreneur ne sont pas mieux traités aujourd’hui que la famille traditionnelle. Ils sont confrontés à cette collusion malsaine entre le jacobinisme libertaire et la finance libertaire. Car il est dans la nature des idéologies de vivre en parasites d’un système qui crée de la valeur. Ainsi le jacobinisme socialiste français vit aux frais des entrepreneurs de notre pays. Ainsi, la finance libertaire vit elle, via le contrôle qu’elle exerce de fait sur les banques centrales, aux frais des contribuables en imposant un assouplissement monétaire qui mène à la destruction de la monnaie, de l’épargne et de la solvabilité des Etats. Ainsi les théories en tous genres vivent-elles en parasites de la famille éducative et structurante, elles laisseront derrière elles une population dés-éduquée, traumatisée et souffrant d'un syndrome d'indignité.

 

 

La logique de pouvoir derrière l’idéologie

 

J’aime faire référence au livre de John Searle, l’un des plus célèbres philosophes, ou réputés tels, aux Etats-Unis, La construction de la réalité sociale. L’intéressant n’est pas le mélange incohérent de relativisme et de matérialisme, aussi vieux que la solidarité curieuse de Gorgias et de Démocrite. L’intéressant, ce sont la preuve qu’il prétend donner de cet agrégat d’idées et le modèle dont il se sert. En résumé, il en va des objets sociaux, notamment du mariage, comme de la finance et de la monnaie.

De mémoire : la finance est entrée dans l’ère de la modernité et de la scientificité et de l’efficience absolue, le jour où l’Humanité, sortant des ténèbres du réalisme et de la « nature », a complètement détaché l’objet social « monnaie » de toute référence au réel « or » et « argent ». Le modèle de la finance postmoderne de marché court et revient tout au long de ce livre aussi suffisant qu’insuffisant.

J’aime beaucoup l’idée de « biocratie » chez Michel Foucault. La théorie du genre, l’absurdité taubirienne et autres fantaisies des objets sociaux construits en conversation de salon, ont une fonction précise, dont il n'est jamais question : la domination mentale, donc sociale, des parasites sur les producteurs. Ce sont des instruments de pouvoir, des outils de domination. On ne réfute pas des « idéologies » de ce genre. Idéologies, au sens marxiste du mot. On montre à quoi ça sert, c’est tout. Car il n'y a rien de plus en elles que des effets de sens par un jeu de langage et une volonté de pouvoir arbitraire.

Je m’arrête, mais non sans vous laisser méditer, ci-dessous, l’article du jeune Alan Greenspan (le futur président pendant vingt ans de la banque fédérale américaine, jusqu'en 2006). Ce texte a été écrit en 1966. Ce bref et génial article (dont je n’approuve pas la totalité), pose des questions fondamentales sur l’histoire financière et économique du monde depuis 1913  date de la fondation de la FED, banque centrale des USA. Car s’il est important de réfléchir sur la famille, d’un point de vue politique, il est peut-être plus décisif encore de réfléchir sur les fondamentaux de la monnaie, en ces temps troublés. 

 

GOLD AND ECONOMIC FREEDOM

by Alan Greenspan

 Readers maybe surprised when they see who wrote this essay. It’s about promoting gold as the key element of monetary organization, written in 1966. This essay is taken from “The Liberty Dollar Solution,” edited by Bernard von NotHaus.

 

Since the beginning of World War I, gold has been virtually the sole international standard of exchange.

Gold, having both artistic and functional uses and being relatively scarce, has always been considered a luxury good. It is durable, portable, homogeneous, divisible and, therefore, has significant advantages over all other media of exchange.

But if all goods and services were to be paid for in gold, large payments would be difficult to execute, and this would tend to limit the extent of a society's division of labor and specialization.

Thus, a logical extension of the creation of a medium of exchange is the development of a banking system and credit instruments (bank notes and deposits) that act as a substitute for, but are convertible into, gold.

A free banking system based on gold is able to extend and thus to create bank notes (currency) and deposits, according to the production of the economy. Individual owners of gold are induced, by payments of interest, to deposit their gold in a bank (against which they can draw checks).

But since it is rarely the case that all depositors want to withdraw all their gold at the same time, the banker need keep only a fraction of his total deposits in gold as reserves. This enables the banker to loan out more than the amount of his gold deposits (which means that he holds claims to gold rather than gold as security for his deposits). But the amount of loans which he can afford to make is not arbitrary: He has to gauge it in relation to his reserves and to the status of his investments.

When banks loan money to finance productive and profitable endeavors, the loans are paid off rapidly and bank credit continues to be generally available. But when the business ventures financed by bank credit are less profitable and slow to pay off, bankers soon find that their loans outstanding are excessive relative to their gold reserves, and they begin to curtail new lending, usually by charging higher interest rates. This tends to restrict the financing of new ventures and requires the existing borrowers to improve their profitability before they can obtain credit for further expansion.

Thus, under the gold standard, a free banking system stands as the protector of an economy’s stability and balanced growth. When gold is accepted as the medium of exchange by most or all nations, an unhampered free international gold standard serves to foster a worldwide division of labor and the broadest international trade. Even though the units of exchange (the dollar, the pound, the franc, etc.) differ from country to country, when all are defined in terms of gold, the economies of the different countries act as one - so long as there are no restraints on trade or on the movement of capital.

Credit, interest rates and prices tend to follow similar patterns in all countries. For example, if banks in one country extend credit too liberally, interest rates in that country will tend to fall, inducing depositors to shift their gold to higher-interest-paying banks in other countries. This will immediately cause a shortage of bank reserves in the "easy money" country, inducing tighter credit standards and a return to competitively higher interest rates again.

A fully free banking system and fully consistent gold standard have not as yet been achieved. But prior to World War I, the banking system in the United States (and in most of the world) was based on gold, and even though governments intervened occasionally, banking was more free than controlled.

Periodically, as a result of overly rapid credit expansion, banks became loaned up to the limit of their gold reserves, interest rates rose sharply, new credit was cut off and the economy went into a sharp, but short-lived, recession. (Compared with the depressions of 1920 and 1932, the pre-World War I business declines were mild indeed.)

It was limited gold reserves that stopped the unbalanced expansions of business activity, before they could develop into the post-World War I type of disaster. The readjustment periods were short and the economies quickly re-established a sound basis to resume expansion.

But the process of cure was misdiagnosed as the disease: if shortage of bank reserves was causing a business decline - argued economic interventionists - why not find a way of supplying increased reserves to the banks so they never need be short! If banks can continue to loan money indefinitely -

it was claimed - there need never be any slumps in business. And so the Federal Reserve System was organized in 1913. It consisted of 12 regional Federal Reserve banks nominally owned by private bankers, but, in fact, government sponsored, controlled and supported. Credit extended by these banks is in practice (though not legally) backed by the taxing power of the federal government.

Technically, we remained on the gold standard; individuals were still free to own gold, and gold continued to be used as bank reserves. But now, in addition to gold, credit extended by the Federal Reserve banks ("paper" reserves) could serve as legal tender to pay depositors. When business in the United States underwent a mild contraction in 1927, the Federal Reserve created more paper reserves in the hope of forestalling any possible bank reserve shortage.

More disastrous, however, was the Federal Reserve's attempt to assist Great Britain, who had been losing gold to us because the Bank of England refused to allow interest rates to rise when market forces dictated (it was politically unpalatable). The reasoning of the authorities involved was as follows: If the Federal Reserve pumped excessive paper reserves into American banks, interest rates in the United States would fall to a level comparable with those Great Britain; this would act to stop Britain's gold loss and avoid the political embarrassment of having to raise interest rates.

The "Fed" succeeded: it stopped the gold loss, but it nearly destroyed the economies of the world in the process. The excess credit which the Fed pumped into the economy spilled over into the stock market - triggering a fantastic speculative boom. Belatedly, Federal Reserve officials attempted to sop up the excess reserves and finally succeeded in braking the boom. But it was too late: By 1929 the speculative imbalances had become so overwhelming that the attempt precipitated a sharp retrenching and a consequent demoralizing of business confidence.

As a result, the American economy collapsed. Great Britain fared even worse, and rather than absorb the full consequences of her previous folly, she abandoned the gold standard completely in 1931, tearing asunder what remained of the fabric of confidence and inducing a worldwide series of bank failures. The world economies plunged into the Great Depression of the 1930’s.

In the absence of the gold standard, there is no way to protect savings from confiscation through inflation. There is no safe store of value. If there were, the government would have to make its holding illegal, as was done in the case of gold.

If everyone decided, for example, to convert all his bank deposits to silver or copper or any other good, and thereafter declined to accept checks as payment for goods, bank deposits would lose their purchasing power and government-created bank credit would be worthless as a claim on goods. The financial policy of the welfare state requires that there be no way for the owners of wealth to protect themselves.

This is the shabby secret of the welfare statists’ tirades against gold. Deficit spending is simply a scheme for the "hidden" confiscation of wealth. Gold stands in the way of this insidious process. It stands as a protector of property rights. If one grasps this, one has no difficulty in understanding the statists’ antagonism toward the gold standard.

 

Regards,

Alan Greenspan for The Daily Reckoning

 

Editor’s Note: Alan Greenspan was chairman of the Federal Reserve and conductor of the world’s greatest experiment in paper money.

 

C'est un sujet que j'ai traité dans mon livre de philosophie de l'économie, Philosophie de la prospérité. Marché et solidarité, Economica, 1994, ch.4.

                                             

   

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