Henri Hude

Recension du livre de Rémi Brague sur La religion.

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Écrit par Henri Hude

Ce compte-rendu de lecture est à paraître dans la revue sud-americaine Humanitas numéro 87.

Sur la religion  

 Sur la religion

   

Le dernier livre de Rémi Brague, Sur la religion, se compose de neuf études et d’autant de chapitres. Dans les trois premières, il définit et divise le concept de religion. Dans les six dernières, il traite de questions disputées de nos jours sur ce sujet : religion et raison (ch.4), religion et Droit (ch.5), Eglise et Etat (ch.6), Dieu et l’idée de liberté (ch.7), religion et violence (ch.8), notamment dans les livres sacrés (ch.9).

L’intention de l’auteur est triple : défendre la religion en général, le christianisme en particulier, et critiquer l’islam, en tout cas rappeler à son sujet des éléments souvent passés sous silence. 

En disciple de Husserl, et se recommandant de Socrate, Brague part en chasse de l’essence de la religion (car il tient aux essences, p.9). Allant de l’un au multiple, il divise ensuite l’essence ainsi définie en ses espèces et individualités. Au ch.1, il part du mot « religion » et parvient à distinguer et à clarifier les principaux composants du concept, mais en s’efforçant de rappeler l’essentiel de leurs manifestations historiques. De même, pour reconstruire la pluralité des religions (ch.2-3), il use de logique, mais non sans se confronter aux religions existantes. Son but est de marier la démarche empirique au concept, évitant le récit désorganisé aussi bien que la spéculation hors Histoire.

Brague veut éviter au débat public ou politique d’user d’un concept fourre-tout, appelé « religion », les mettant toutes confusément « dans un même panier » (p.11) à la forme vaguement chrétienne, ce dont résultent déformations, confusions et injustices.

L’A. essaye de faire comprendre aux Occidentaux que toute religion n’est pas une espèce de christianisme, mais que c’est le contraire qui est la vérité. En fait d’autres religions, c’est surtout de l’islam qu’il est question et du judaïsme. Le judaïsme est traité avec beaucoup de sympathie, tandis que le constant parallèle entre le christianisme et l’islam invite sur ce dernier à des conclusions accablantes. Le christianisme fonde l’idée de nature dans sa conception propre de la création, valorise énormément la liberté (dans sa dogmatique) et ne se soucie pas plus que ça de loi et de systèmes juridiques. Ce dernier point est central au contraire dans la religion musulmane, qui par ailleurs n’admet qu’avec réticence l’idée de nature et limite la liberté à ce qu’il faut pour justifier l’imputation des actes humains et leur juste rétribution.  

Brague, armé d'érudition massive et servi par sa connaissance des langues sacrées, force incontestablement à réfléchir. Il pulvérise les simplismes qui réduisent le débat sur « la religion » ou « les religions » à des affrontements caricaturaux, idéologiques et pulsionnels. Faisant taire un instant le bruit de fond médiatique, il veut nous placer en face des choses elles-mêmes, ou plutôt de leurs essences, avec leurs grandes structures souvent méconnues, leurs développements imprévus, leurs faits majeurs têtus et paradoxaux, leurs différences objectives et inattendues, parfois leurs ambigüités. 

Quant aux questions disputées, il est impossible de résumer un livre où pratiquement tout est à la fois savant et intéressant. Brague démontre, par exemple, que la violence a toujours existé dans le genre humain, en même temps que la religion, mais aussi que d’autres éléments, politiques et économiques. On sait la difficulté d’établir en sciences humaines des causalités prouvées entre phénomènes concomitants. Pourtant, les idéologies athées paraissent remporter la palme en termes de massacres pour des idées (p.200-202).

Brague redémontre, avec beaucoup de science, qu’il y a toujours religion. Quand Dieu s’efface, il y a des dieux. Quand des dieux meurent, paraissent de nouveaux dieux (p.53), parfois pervers (p.58). En somme, l’homme ne sort jamais de la religion. Voilà qui est déstabilisant pour une certaine opinion occidentale.

Brague abordant les religions, choisit d’en considérer l’essence, c’est-à-dire la « dogmatique » : l’idée qu’elles se font de l’Absolu ou de Dieu et des rapports de l’Homme à Dieu. Il laisse de côté la façon dont ces religions sont présentement vécues. L’avantage de la méthode est de donner aux mots un sens stable et précis. L’inconvénient est de faire abstraction des différences et changements colossaux pouvant affecter les existences censées être les supports de ces essences. Ce qui est certainement le cas de l’islam et des musulmans.

Brague entend démontrer que l’essence de l’islam est contraire à celle de la liberté et que l’Occident s’égare quand il espère qu’un « islam existentiel », s’écartera de l’essence de l’islam. Son raisonnement (p.225) : « Dans le Coran, Dieu, s’il en est l’auteur, déclare : ‘Vous avez en le prophète un bel exemple (uswa hasana)’ (XXXIII, 21). On identifie ce prophète non nommé à Mahomet. Ses faits et gestes prendront alors la valeur d’un modèle de comportement, et ses déclarations auront force de foi. C’est ce verset qui fonde la recherche et l’utilisation juridique des hadiths. Ce qu’a fait le Prophète ne saurait être mauvais et, s’il n’est pas strictement obligatoire de l’imiter, cela ne saurait en aucun cas être interdit. » Brague se dispense de conclure, tant les conclusions seraient à ses yeux transparentes.

Il y a chez Brague deux inspirations, l’une chrétienne, l’autre libérale – la meilleure version du libéralisme, qu’il partage avec Pierre Manent et Alain Besançon. De là l’origine de son dissentiment avec le Saint-Père, souvent exprimé publiquement, sur la question de l’islam en Europe. François est en effet moins libéral et considère moins la « dogmatique » de l’islam que le vécu de ses adeptes et son contexte économico-migratoire, analogue à celui des Latino-Américains aux Etats-Unis.

Brague a raison de voir un problème majeur dans la place nouvelle de l’islam au sein de la culture occidentale. Sa méthode force à tenir compte d’un ensemble de faits souvent exclus a priori, mais elle risque d’en faire oublier d’autres. La rigueur universitaire parisienne ou munichoise n'est pas en question, mais elle ne fait pas bon ménage avec la finesse politique, ni avec l'esprit apostolique, quand celui-ci prend, de Rome, une vue globale de la planète.

  

 

 

Ecrire dans une nouvelle collection chez Mame. Appel aux auteurs. Pour un nouvel humanisme chrétien

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Écrit par Henri Hude

Ce texte a été publié dans LA NEF n°302, Avril 2018.

 

La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient est le premier volume d’une nouvelle collection d’ouvrages, récemment fondée chez l’éditeur Mame et dont la direction m’a été confiée. Son nom : « Humanisme chrétien ». Il s’agit assurément d’une vaste et ambitieuse entreprise, puisqu’elle doit s’attaquer aux principaux problèmes philosophiques. De quelle façon ?


Cette collection se caractérise par son contexte historique : un humanisme s’en va et un autre vient. Celui qui vient est chrétien, d’une manière aussi authentique qu’inédite. Il s’agit de le formuler et de l’accueillir.

L’humanisme postmoderne s’en va déjà. Il a donné une excellente critique de l’humanisme moderne (celui dont Rousseau, Kant, Hegel furent les sommets). Tels les anges parlant aux églises, au chapitre 2 de l’Apocalypse, les penseurs postmodernes interpellent les écoles de l’humanisme moderne. Habermas et Rawls disent : vous vous croyez justes, Rousseau et Marx, vous n’êtes que totalitaires. Freud : vous vous êtes voulus libres, autonomes et en bonne santé, Stuart Mill et Kant, et vous voilà enfermés dans la névrose et la dépression. Heidegger : vous tous vous vous flattiez d’être enfin dans la vérité, mais vous êtes devenus aveugles à tout ce qu’il y a de profond et d’important dans la vie. Husserl : vous ne savez pas même recevoir sans le fausser ce qui se donne à votre conscience. Bergson : aveugles à la vie, étrangers à la durée, vous perdez (ajouterait-il sans doute) par la crise écologique cette nature que vous pensiez posséder.
Ce temps d’humanisme postmoderne finissant est soumis à une idéologie molle, mélange de technocratie et de nihilisme.

L’enjeu de cette collection est la redécouverte et la réinvention de l’humanisme. Contribuer à ouvrir un nouveau cycle de l’humanisme, ce qui précède toute renaissance de la civilisation. Comment réinventer l’humanisme ? En sortant des oppositions entre humanismes. Le grand humanisme moderne des Lumières s’est construit en opposition à l’humanisme chrétien ; l’humanisme postmoderne rejette à la fois l’humanisme moderne et l’humanisme chrétien. Ne peut-on essayer la paix et la synthèse ? Le pape François dirait : la miséricorde…

La miséricorde et la synthèse ne violent pas le principe de non-contradiction. Elles sont un effort pour accompagner l’autre, le frère humain, moderne ou postmoderne, sur le chemin d’une articulation plus poussée de son désir, qui est aussi le nôtre, afin d’en découvrir, au-delà des projections imaginaires, le très véritable objet.

Le titre du premier volume de la collection, La formation des décideurs, permet de la caractériser davantage. L’éducation des responsables est le lieu le plus propice à une redécouverte du critère humaniste, à la constitution d’une nouvelle synthèse humaniste, à la formation du jugement et des vertus, en un mot à la renaissance d’un humanisme authentique et d’avenir.


Cette collection est pratique. L’Université humaniste se reconstruira dans l’avenir autour de la notion du bien commun universel. C’est une excellente méthode de pensée, que de partir de sérieux problèmes pratiques, ceux d’une société, ou d’une personne, ou d’une communauté (qu’il s’agisse d’éducation, d’orientation professionnelle, de santé, de sécurité, de solidarité, etc.) et de remonter aux premiers principes qui permettent de proposer des solutions suffisamment adéquates, au-delà des réponses insuffisantes, technocratiques.

Je lance ici un appel à ceux qui se sentent intéressés à contribuer à cette entreprise vaste et pourtant bien définie (1).

Nous ne travaillons pas dans la stratosphère d’un autre monde. Nous voulons que la sagesse reprenne sa place dans notre Cité. Ce renouveau de l’humanisme conditionne la destinée de notre communauté politique et aussi la vie de l’Église dans nos pays. Le § 15 de La formation des décideurs se formule ainsi : « Méditer sur la raison pour laquelle l’humanisme postmoderne devient inhumain. » Comment sortir victorieusement de l’humanisme inhumain ? En reprenant l’initiative conceptuelle, en aidant la société à découvrir l’idéal neuf qui équivaut à la révélation de son véritable désir.

Henri Hude

Ceux qui voudraient proposer des manuscrits en vue de publication dans la collection « Humanisme chrétien » peuvent les envoyer imprimés à Henri Hude, c/o Mame, 57 rue Gaston Tessier, CS 50061, 75166, Paris Cedex 19.

 

Je rappelle que cette collection vient d’être lancée avec deux ouvrages :

La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient, Mame, 2018, 230 pages, 19 €. Un nouveau critère humaniste. Une nouvelle synthèse humaniste. Formation du jugement et questionnements sur la guerre et la paix. Une anthropologie organisée autour du concept de l’Homme comme Décideur. 

Habiter notre nature. Écologie et humanisme, Mame, 2018, 246 pages, 20 €. L’autonomie radicale comme racine de la crise écologique. Redécouverte méthodique des concepts de nature, de liberté et d’autonomie. Intégration catholique de la philosophie moderne. Le Christ et l’autonomie intégrale. 

   

Table des matières de mon livre Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme.

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Vendredi, 30 Mars 2018 08:45 Écrit par Henri Hude

Voici la table des matières de mon livre HABITER NOTRE NATURE. ECOLOGIE ET HUMANISME, Mame, 2018. Elle donne une idée très précise des problèmes traités, des méthodes employées et des solutions proposées.

 

 

 

Introduction. De l’autonomie radicale à la crise écologique et de la déradicalisation de l’autonomie à la solution de la crise

 

§ 1 Objectif : identifier les causes premières de la crise écologique ; imaginer les thérapeutiques appropriées 11

§ 2 Objectif du livre : réformer l’autonomie 13

§ 3 De l’autonomie radicale à la crise écologique – et de l’autonomie de philia à la résolution de la crise 15

§ 4 Situation de la culture et besoin écologique d’une réforme culturelle 17

 

Premières méditations : De l’autonomie radicale à l’humanisme de philia

 

§ 5 Deux questions pragmatiques 21

 

I.1. Quelles sont les conditions fondamentales d’une convergence humaniste entre l’écologie et le progrès ?

 

§ 6 Une problématique pragmatique 22

§ 7 Redécouvrir et méditer la parenté entre écologie et économie 24

§ 8 Écologie : la Terre est la maison de l’Homme et du Logos 26

§ 9 Approfondir l’écologie en scrutant la profondeur du Logos 28

§ 10 Que signifie « authentique » et qu’est-ce qu’une écologie authentique ? 29

§ 11 Être certain que l’Homme n’est pas de trop 30

§ 12 Méditer sur l’histoire de nos sciences de la Nature 33

§ 13 La Nature perdue et retrouvée. La perte de la Nature comme critère, facteur décisif de la crise écologique 35

§ 14 L’autonomie passionnée est-elle la cause fondamentale de la crise écologique ? En quel sens ? 37

§ 15 Pour repenser la cause de la crise. De l’autonomie passionnée à l’autonomie rationnelle 40

§ 16 De l’autonomie rationnelle au malaise dans la culture 43

§ 17 Par quel raisonnement aboutissons-nous à la notion d’autonomie radicale ? 44

§ 18 Anciens et Modernes. Synthèse ? Pour une nouvelle sagesse de Progrès 45

§ 19 Comment l’hédonisme standard (postmoderne) fomente aussi la guerre contre la Nature. Pour une écologie cohérente avec elle-même 49

§ 20 Besoin de retrouver un authentique amour de la Nature 52

§ 21 Comment l’autonomie radicale empêche toute conception unitive (et donc écologique) de la connaissance 53

§ 22 Comment la théorie de la connaissance, si elle n’est ni réaliste ni humaniste, érode radicalement l’amour de la Nature 56

§ 23 L’Homme de l’humanisme exclusif et de l’autonomie radicale est-il fatalement aliéné de la Nature ? 58

§ 24 La fin de la crise écologique suppose la fin d’un état de guerre entre la liberté d’autonomie et la Nature, et donc une redéfinition de l’autonomie 60

§ 25 Pourquoi la riche culture philosophique post-moderne ne peut déboucher sur un renouveau de civilisation 61

§ 26 Pensées pour prolonger certaines critiques de la civilisation anti-écologique 64

§ 27 Sur la violence postmoderne et comment elle contribue à la crise écologique 66

§ 28 Sans culture humaniste rénovée, la crise écologique détruirait aussi la démocratie 68

§ 29 Perspectives d’avenir 69

§ 30 Impossible retour à la simple hétéronomie 73

 

I.2. La crise écologique peut-elle être surmontée dans le respect de l’exceptionnelle dignité humaine ? Reprise de la sagesse antique

 

§ 31 Pourquoi poser cette seconde question ? Parce qu’elle conditionne la solution de la crise écologique 74

§ 32 L’autonomie radicalisée, mère de tous les problèmes des temps humanistes. Le principe naturel de solution est l’autonomie de philia 76

§ 33 La « contrariété anthropologique » de l’autonomie. Quel moyen pour la résoudre ? 77

§ 34 Origine politique des concepts de dignité et d’autonomie 79

§ 35 Deux façons d’intérioriser l’autonomie politique et deux formes de relation à la Nature 81

§ 36 Recherche d’une sagesse écologique, combinant le désir humaniste d’autonomie et l’amour puissant de la Nature. Le modèle socratique 82

§ 37 Méditations sur les cyniques, les sceptiques et les épicuriens 85

§ 38 Retour possible à la vie simple ? Sur le réchauffement climatique 88

§ 39 Méditations sur les épicuriens et les sciences 89

§ 40 L’apport des stoïciens. L’autonomie grâce à la Nature et à la loi naturelle 91

§ 41 Quelle idée de « Destin » pour une autonomie écologique ? Réflexion sur les OGM 95

§ 42 Sagesse écologique et liberté dans la prédestination 100

§ 43 Sans concept adéquat de la loi naturelle, il n’y aura pas de révolution écologique 102

§ 44 Sans la loi naturelle, il n’y aura pas de pouvoir écologique 103

§ 45 Autorité, questions métaphysiques et révolution écologique 104

§ 46 Déradicaliser l’autonomie, c’est revisiter à partir de la loi de Nature la question de l’Absolu et de Dieu 107

§ 47 Le questionnement cosmologique conduit à questionner sur la pertinence du combat écologique et sur le sens de l’existence 109

§ 48 Conclusion : la crise écologique peut être surmontée dans le respect de l’exceptionnelle dignité humaine 111

 

I.3. Sans respect de l’exceptionnelle dignité humaine, la crise écologique pourrait-elle être surmontée ? Réforme de la sagesse moderne

 

§ 49 Réorientation de la méditation écologique autour de l’autonomie des Modernes 114

§ 50 Que faut-il garder des Modernes en vue d’un renouveau de la culture humaniste ? 115

§ 51 Comment l’Homme moderne acquiert-il la certitude de sa liberté ? 117

§ 52 Le moralisme moderne cause le malaise dans la civilisation en exagérant le degré de responsabilité de l’Homme 119

§ 53 L’autonomie est quelque chose de plus que la liberté d’autodétermination rationnelle 122

§ 54 Déduction de l’autonomie morale 125

§ 55 Insuffisance de la déduction précédente 127

§ 56 Remplacement de l’autonomie radicale par l’autonomie de philia 128

§ 57 L’autonomie écologique de philia dans l’oikia 130

§ 58 Pour servir à l’analyse de la névrose moderne et postmoderne. Le paradoxe du rapport moderne à la Nature 133

§ 59 L’autonomie rationnelle évite le moralisme et le malaise dans la culture, grâce à son enracinement dans la philia 136

§ 60 À côté du respect des personnes, n’y a-t-il pas place, aussi, pour un respect des choses ? Des plantes, des animaux ? Écologie et philosophie de la philia 138

§ 61 Écologie et humanisme. Méditation sur la hiérarchie des êtres et sur la dignité de l’Homme 140

§ 62 Conclusion des premières méditations 145

 

Secondes méditations : Entre l’autonomie de philia et l’autonomie intégrale

 

§ 63 Point de situation. Trois nouvelles questions pragmatiques 147

 

II.1. Comment résoudre la contrariété de la liberté pratique et de la liberté pathologique ?

 

§ 64 La psychose bipolaire de la conscience morale 148

§ 65 Comment des politiques unilatérales viennent à la rescousse d’éthiques insuffisantes. Cohérences entre éthiques et politiques 150

§ 66 Nécessité de l’amitié pour résoudre la contrariété des deux libertés 153

 

II.2. Faiblesse politique de l’autonomie de philia. L’amour a-t-il un sens comme principe civilisationnel ?

 

§ 67 Insuffisance de l’amitié pour soigner la psychose bipolaire de la conscience morale 154

§ 68 Pourquoi l’écologie requiert une « civilisation d’amour » 155

§ 69 L’écologie requiert une sagesse politique nouvelle, au-delà du machiavélisme 158

§ 70 Pour sauver la Terre, en quels sens nous devons « aimer la Nature » 161

 

II.3. Que peut signifier une autonomie intégrale au-delà même d’une autonomie de philia et d’une sagesse d’amour universel ?

 

§ 71 Pourquoi cette dernière question ? 164

§ 72 Les options de l’Homme et de l’humanisme 165

§ 73 Comment méditer en Décideur sur l’humanisme et l’écologie entre la raison et la foi ? 167

§ 74 Le pape François et l’écologie. Vatican II et l’autonomie intégrale 169

§ 75 Sur la notion d’agapè. L’essence du christianisme ? 170

§ 76 Problématique 174

§ 77 La croyance que l’Homme est à l’image de Dieu. Écologiquement inquiétante, ou rassurante ?175

§ 78 Comment l’idée de Nature est justifiée et fondée en Dieu 178

§ 79 L’idée de Nature unie à celle de personne 179

§ 80 La Trinité divine et l’amour de la Nature. La valeur de la matière 181

§ 81 Religion humaniste, écologie et différence sexuelle 183

§ 82 La critique de l’idée de création est-elle écologique ? 186

§ 83 Réorientation et nouveau pas en avant 189

§ 84 Pensées pour retrouver le sérieux du concept de Nature 190

§ 85 Comment le rapport entre la philia et l’agapè pourrait aider à comprendre le rapport entre la Nature et la grâce 194

§ 86 La Nature comme vocation 195

§ 87 Cette solution peut-elle pourtant satisfaire des exigences humanistes ? 197

§ 88 Méthode appropriée pour concevoir l’autonomie intégrale 199

§ 89 Première étape. Concevoir quelque chose de l’autonomie divine 199

§ 90 Deuxième étape. Voir l’autonomie humaine à l’image de l’autonomie divine 200

§ 91 Troisième étape. L’autonomie humano-divine 202

§ 92 Quatrième étape. Pourquoi recevoir est divin 203

 

Éclaircissements finaux

 

§ 93 L’Homme autonome peut-il obéir à une loi qu’il n’a pas faite ? 205

§ 94 La valeur religieuse de l’autonomie 208

§ 95 Pourquoi l’humanisme est-il souvent en conflit avec la religion ? 210

§ 96 Conclusions 211

 

Notes

 

Habiter notre Nature

Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme  

 https://www.laprocure.com/habiter-nature-ecologie-humanisme-henri-hude/9782728924530.html

 

 

   

La nature perdue et retrouvée

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Mercredi, 28 Mars 2018 12:09 Écrit par Henri Hude

Je viens de publier ma contribution de philosophe aux Etats-Généraux de la Bioéthique. Il s’agit de mon livre Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme, Mame, 2018. J’en publie ci-dessous un premier extrait.

 

 

 

La perte de la nature comme critère, facteur décisif de la crise écologique

 

La crise écologique se produit quand le langage humain ne renvoie plus aux Idées du Logos, aux essences des êtres, et quand nous ne savons plus méditer ; quand donc la vérité nous semble un mot vide, ou scandaleux, ou une façon de dire notre brutalisation des choses ; quand, enfin, nous avons perdu la « nature » ; quand ce dernier mot ne signifie rien d’autre que l’ensemble des objets perçus entre les œillères d’une volonté de puissance fixée sur son accroissement indéfini ; quand il n’a plus aucun rapport avec la sagesse.

 

Quel est l’Homme qui cause sa propre crise écologique ? L’Homme libre sans le Bien ? L’Homme radicalement autonome sans philia ?

 

Sans doute, mais ces Hommes-là se concrétisent pour ainsi dire dans l’Homme savant et technicien quand il est privé de la sagesse de la nature.

Cet Homme croit savoir ce qu’est un objet technique, mais il ne sait plus ce que c’est qu’une chose naturelle. Sur la chose naturelle qu’il perçoit, il plaque le schéma technicien qu’il a construit. Il ne peut plus « voir la nature nue », comme disait Husserl. Il la voit vêtue en bleu de travail. Pourtant, « nature » n’est pas un concept dépassé ou irrationnel, au contraire. Toute nature se définit par une constitution et des lois, et inversement toute loi est la loi d’une nature. Or nous sommes certains désormais, au-delà de tout doute raisonnable, qu’il y a des lois dans le monde. Et, donc, qu’il y a des natures. La crise écologique, ce n’est pas d’abord une question de déchets, ou de réchauffement, ou de destruction d’espèces ; c’est une question d’obturation du logos humain à la nature. L’Homme détruit la Nature parce qu’il ne la voit plus ni comme être, ni comme nature.

 

Il ne sait plus non plus être naturel parce qu’il ne voit plus sa propre nature.

L’Homme trop exclusivement technicien n’a guère plus idée de sa nature humaine. Pourtant, l’Homme a une « nature » : corporelle, vivante, sociale, raisonnable, culturelle, métaphysicienne, spirituelle. [Chacun de ces domaines a en effet ses lois.]

 

Une « nature humaine », comme on dit. La redécouverte de ce « paradigme

Perdu » [Edgar Morin, Le paradigme perdu : la nature humaine, Gallimard, 1979, p.25-30] est la première condition nécessaire à toute solution suffisante de la crise écologique.

 

Devenir capable de voir et de concevoir à nouveau la nature, et surtout cette « nature humaine », enrichit en nous l’idée de « la Nature » [le cosmos, avec la Terre et les vivants]. Celle-ci n’est pas étrangère à l’Homme, puisqu’elle inclut réellement l’Homme. Les sciences de la Nature devront en tenir compte davantage, dans l’avenir, et seront ainsi plus scientifiques. Les sciences de l’Homme sont et seront celles de cette « nature humaine » définie par toutes ces lois, dont la première est la loi morale universelle de philia. Cette loi morale est aussi sa loi naturelle, et aussi sa première loi politique [H.H., Préparer l’avenir, Economica, 2012, p.90-94]. Nous avons encore beaucoup à apprendre et beaucoup à approfondir dans notre science et dans notre action.

 

Extrait de HABITER NOTRE NATURE. ECOLOGIE ET HUMANISME, Mame, 2018 ; §13, pp. 35-37. 

 

Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme  

 

 

 https://www.fnac.com/SearchResult/ResultList.aspx?SCat=0%211&Search=habiter+notre+nature+&sft=1&sa=0

 

   

Quarante pensées sur les valeurs et leur transmission. Pensées 31 à 40.

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Vendredi, 23 Mars 2018 08:49 Écrit par Henri Hude

Voici des pensées sur les valeurs et leur transmission, au moment où je publie deux livres, le premier intitulé La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient, et le second Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme (Mame, 2018). 

 

 Pensée 31 : Le « relativisme des valeurs » n’est que l’expression d’un échec, celui de l’acquisition : soit que l’un ne sache pas bien donner, soit que l’autre ne sache ni recevoir de bon cœur, ni acquérir avec grâce. Quand la transmission échoue (c’est-à-dire quand réussit la transmission nihiliste), chacun est enfermé dans son néant à soi, le bien commun de ceux qui n’ont plus ni communauté, ni bien.

 

 

Pensée 32 : Le prosélytisme nihiliste consiste à vitupérer contre ceux qui transmettent l’être.

 

 

Pensée 33 : Tous sont censés être différents et avoir droit à leur différence, mais en fait tous sont forcés de penser la même chose, c’est-à-dire le néant. La liberté sans valeur et contre-valeur devient unique valeur. L’indifférence mondialisée en assure la transmission universelle, l’imposition universelle. Cette indifférence hypocritement prosélytiste ne tolère plus rien d’autre. C’est là ce que, par abus de langage, on appelle la tolérance. 

 

 

Pensée 34 : Un sens de la vie ne peut pas se transmettre, ou se transmet par l’hypocrisie, s’il ne reconnaît pas la valeur de la valeur, celle de la transmission et celle de la vie.

 

 

Pensée 35 : La valeur sagement questionnée se trouve pour ainsi dire soupesée et évaluée, rapportée à une norme. Il y a ainsi une Valeur de la valeur. Le Bien permet de juger les biens. Cette Valeur n’est pas elle-même normée, elle est absolue et on la dégage par récurrence en poussant à fond le questionnement. Le Bien est la seule cause possible de l’Idée du Bien.

 

 

Pensée 36 : Le plus grand bien, c’est l’Homme en liberté vers le Bien.

 

 

Pensée 37 : On parle de « création des valeurs », comme si elles n’existaient pas avant cette création (par nous). Si c’était vrai, il faudrait au moins que la création soit une valeur ; cette valeur de création précèderait et rendrait possible toute création de valeur ; mais nous ne créons pas notre pouvoir de créer, ni sa valeur ; de plus, ce pouvoir serait la seule vraie valeur. Donc nous ne créons pas les valeurs.

 

 

Pensée 38 : Nous évaluons. L’évaluation manifeste que les valeurs, qui se synthétisent dans l’amitié, se subordonnent à trois grands critères absolus, qui sont des Valeurs avec majuscule. Le Bien et le Vrai sont conditions de possibilité du jugement qui spécifie ce qui est à faire, mais la Justice est la valeur de l’exécution.

 

 

 

Pensée 39 : La valeur de liberté est d’abord celle de la pulsion profonde vers le Bien. La liberté la plus profonde est celle de l’être vers le Bien. La volonté, dit Aristote, c’est « le désir auquel s’ajoute la réflexion ». La liberté ici vient en plus du questionnement et de la certitude rationnelle. Dans la transmission, la valeur de liberté est enracinée dans celle de la raison et de la Vérité.

 

 

Pensée 40 : La vertu, qui permet de tenir son bon choix, est l’effectivité de la liberté.

 

Pensées 1 à 10.

Pensées 11 à 20.

Pensées 21 à 30

La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient. 

La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient.

  https://www.laprocure.com/formation-decideurs/9782728924462.html

 

Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme. 

Habiter notre Nature. Ecologie et Humanisme.

 https://www.laprocure.com/habiter-nature-ecologie-humanisme-henri-hude/9782728924530.html

 

 

 

   

Quarante pensées sur les valeurs et leur transmission. Pensées 21 à 30.

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Jeudi, 22 Mars 2018 13:14 Écrit par Henri Hude

Voici des pensées sur les valeurs et leur transmission, au moment où je publie deux livres, le premier intitulé La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient, et le second Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme (Mame, 2018).

 

 Pensée 21 : Comment transmettre ? D’abord en ayant bien reçu et en recevant bien. On n’a jamais fini de recevoir. Goethe a écrit : « Ce que tu as reçu, acquiers-le afin de le posséder. » On ne donne que ce qu’on possède et ce qu’on reçoit, il reste à l’acquérir. L’acquérir, c’est le réfléchir, le méditer, laisser la conviction s’épanouir en sentiment et le sentiment s’authentifier en action et engagement. Et c’est alors que la valeur est « possédée ». A moins que ce ne soit elle qui nous possède. Nous nous dépensons pour elle. Etant possédée, possédant, elle peut être donnée.

 

 

 

Pensée 22 : Donner ce qu’on a reçu et acquis ainsi, c’est aider la personne à qui on le donne à l’acquérir elle-même ainsi. Car il ne suffit pas que nous le lui donnions, pour qu’aussitôt elle le possède. Veiller à ce qu’en voulant trop transmettre, on n’impose la valeur d’une façon si peu libre qu’un empêchement serait mis à son acquisition.

 

 

Pensée 23 : Acquérir une valeur, c’est comprendre les vrais motifs d’y adhérer avec conviction et persuasion et motivation. C’est juger qu’il convient d’y adhérer et qu’il le faut, parce que c’est vrai, parce que c’est bien, parce que c’est juste. Cette adhésion, pour être complète, doit se faire de façon intelligente, volontaire et vitale, affective aussi et pratique. 

 

 

Pensée 24 : La « crise des valeurs » est, très souvent, l’échec de l’acquisition de la valeur. Le questionnement acquisitif normal à son sujet a dérapé. Un récepteur raisonnable pose la question et trouve en grande partie la réponse dans la question (La formation des Décideurs, p.21-22). Le récepteur déraisonnable « doute » du transmetteur et de ce qu’on lui transmet sans pouvoir accéder à la confiance.

 

 

Pensée 25 : Dans l’insistance exagérée du transmetteur, ou dans l’inauthenticité apparente de son témoignage, beaucoup trouvent motif, ou prétexte, à ne pas recevoir.

 

 

Pensée 26 : Dans un prétendu respect de la liberté, beaucoup trouvent prétexte pour justifier leur peur de transmettre et leur indifférence. « C’est sa liberté » signifie : « Qu’est-ce que j’en ai à faire ? Qu’il se débrouille. »

 

 

Pensée 27 : En vérité, chacun a droit à son héritage. Il n’y a donc pas de liberté, pas d’autodétermination réfléchie, sans principes pratiques reçus. Ceux-ci doivent être reçus, puis acquis. Mais pas d’acquisition, d’adaptation ou de critique sans réception préalable et donc sans don. Comment pourrions-nous tout créer par nous-mêmes ?

 

 

Pensée 28 : Si nous ne bénéficions pas de la transmission, seuls les surhommes pourraient être libres, ou plutôt s’imaginer l’être. Que serions-nous, nous, pauvres humains trop humains ? Leurs esclaves.

 

 

Pensée 29 : Le doute et le soupçon sur les valeurs ne sont que des réductions (vouées à l’échec) du questionnement, qui seul permet de les acquérir après les avoir reçues. Ils sont aussi des révoltes contre une façon de transmettre qui asservit le récepteur et en définitive le prive de son « initiative d’acquisition ». Car dans la tradition il y a une action et impression du donneur sur le récepteur, mais l’acquisition se fait par une expression et réaction du récepteur.

 

 

Pensée 30 : L’hypocrisie ordinaire, l’illusion ordinaire, c’est prétendre que ne pas transmettre serait autre chose que transmettre. Car soi-disant « ne pas transmettre », c’est transmettre le nihilisme et la liberté nihiliste de l’individu arbitraire, l’injustice et la guerre, la psychose et la dépression.

 

Pensées 1 à 10.

Pensées 11 à 20.

Pensées 31 à 40.

 

La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient. 

La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient.

 https://www.laprocure.com/formation-decideurs/9782728924462.html

 

Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme  

Habiter notre Nature. Ecologie  et humanisme.

 https://www.laprocure.com/habiter-nature-ecologie-humanisme-henri-hude/9782728924530.html

 

 

 

   

Quarante pensées sur les valeurs et leur transmission. Pensées 11 à 20.

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Mercredi, 21 Mars 2018 13:44 Écrit par Henri Hude

Voici un second groupe de pensées sur les valeurs et leur transmission, au moment où je publie deux livres, le premier intitulé La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient, et le second Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme (Mame, 2018).

 

 Pensée 11 : Ce qu’on appelle « hiérarchie des valeurs », les Anciens le faisaient dépendre de la hiérarchie des degrés d’être et de l’ordre de la finalité de l’être sous le Bien.  Je pense qu’ils avaient raison, mais que c’est difficile à comprendre aujourd’hui ! Ces vérités ne se donnent qu’à ceux qui veulent bien les méditer longtemps.

 

 

Pensée 12 : La vie ne va pas sans le don de la vie. Le don de la vie ne va pas sans le don de la découverte du sens de la vie, qui est le Bien. La vie, qui a pour essence de se transmettre, est une valeur parce qu’elle conditionne l’existence dans notre vie des autres valeurs (Pensée 6), mais aussi parce qu’elle est en elle-même un symbole ou une parabole du don de la vraie vie, la vie dans le Bien.

 

 

Pensée 13 : Parlons maintenant de la transmission des valeurs. Elle est un don, pas une imposition brutale, pas une pression angoissée. Elle relève donc de la philia. La valeur qui enveloppe les autres, c’est la philia en acte, définie par le double don, le don mutuel. Le don de la valeur ne va pas sans la valeur du don, ni sans celle du don de la valeur du don.

 

 

Pensée 14 : L’imagination naturellement nous fait nous représenter une « valeur » de façon matérielle, comme un témoin qu’un coureur passe au suivant, ou comme un drapeau, qu’un chef de corps remet entre les mains son successeur. Pourtant, même si la valeur a besoin de symboles, elle n’est pas une chose qu’on accroche à un mât, ou qui se laisse ranger sur une étagère sans être vécue (pas plus qu’un livre d’ailleurs, qui n’est là que pour avoir été lu, et un jour relu). Si donc il nous faut une image, mieux vaut prendre celle de la lumière d’une flamme qui s’allume à une autre flamme. La transmission,  c’est une conviction vécue et un désir, un amour, une pratique, qui s’allument au témoignage d’une conviction vécue, d’un désir et d’un amour mis en pratique.

 

 

Pensée 15 : En règle générale, est transmissible ce dont l’Homme est convaincu, qu’il aime vraiment et qu’il vit avec pleine cohérence. Pourtant, parfois les valeurs sont transmises, bien que l’exemple donné soit déficient. Inversement, l’exemple parfois est authentique, noble, émouvant, mais la transmission n’a pas lieu ; elle se heurte à un refus. On ne saurait dire si ce sont là plutôt des exceptions, ou non.

 

 

Pensée 16 : On dirait que les valeurs élevées sont rejetées, ou en tout cas sont plus difficiles à transmettre et moins volontiers transmises, dès que la vie devient plus facile. Les valeurs alors sont vues comme de simples opinions, répétées sans conviction, affirmées sans amour, faisant surtout partie de la cohésion sociale, ou de la discipline sociale, et qu’il faut professer par habitude, par discipline ou par esprit de conservation, mais sans y réfléchir et sans vraiment les mettre en pratique.

 

 

 

Pensée 17 : Nous le savons : la transmission des valeurs est elle-même une valeur. Pas seulement parce que sans transmission les valeurs disparaîtraient, mais parce que recevoir et donner sont des valeurs, et que le don qui a le plus de valeur, c’est le don de ce qui donne sens à la vie.

 

 

Pensée 18 : Transmettre est simplement donner les valeurs qu’on a soi-même reçues. C’est la forme que prend concrètement l’amitié pour une personne sociale qui s’inscrit dans l’histoire et dans la vie. Bien sûr, certains peuvent inventer, mais la musique en acte ne consiste pas en notes sur des portées. Même si la partition reste la même, et n’est pas de nous, chacun doit inventer son interprétation.

 

 

Pensée 19 : La valeur n’est transmissible que si elle est vécue. Mais inversement, elle n’est vécue que si elle est transmise. La transmettre implique de la vivre. La vivre peut impliquer un sacrifice. La transmettre est donc un don qui implique un sacrifice de soi. Ce sacrifice le meilleur moyen de transmettre la valeur. Car l’enfant et l’adolescent ont besoin de savoir qu’au besoin, nous mourrions pour eux (Pensée 7).

 

 

 

Pensée 20 : Tout donner pour la valeur, c’est donner sa vie pour elle. Le don de sa propre vie est la valeur suprême, comme forme suprême du don.

 

Pensées 1 à 10.

Pensées 21 à 30.

Pensées 31 à 40.

 

La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient  

 La formation des décideurs .Méditations sur un humanisme qui vient.

 https://www.laprocure.com/formation-decideurs/9782728924462.html

 Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme  

Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme

 https://www.laprocure.com/habiter-nature-ecologie-humanisme-henri-hude/9782728924530.html

 

 

   

Quarante pensées sur les valeurs et leur transmission. Pensées 1 à 10.

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Mardi, 20 Mars 2018 11:19 Écrit par Henri Hude

Voici des pensées sur les valeurs et leur transmission, au moment où je publie deux livres, le premier intitulé La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient, et le second Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme (Mame, 2018).

 

 Pensée 1 : Quand j’étais étudiant, au sujet des valeurs, on m’apprit à distinguer radicalement valeur et prix. Les personnes sont des sujets, elles sont une valeur, me dit-on ; les choses sont des objets, ils ont un prix. Kant dixit. Je compris plus tard que cette approche moraliste et moralisante n’était pas satisfaisante.

 

 

Pensée 2 : En vérité, chaque bien quel qu’il soit, possède une bonté qui peut faire l’objet d’une appréciation – mot dans lequel il y a prix, et synonyme d’évaluation – mot dans lequel il y a valeur. Nous pouvons comparer la bonté d’un bien à celle des autres, peut-être pas mesurer exactement, mais certainement classer par ordre de préférence, en général ou dans chaque situation. Est donc appelé valeur tout ce que l’Homme, hors de lui-même ou en lui-même, et y compris lui-même tout entier, reconnaît comme un bien et à quoi il attache une valeur, qu’il compare, mesure, évalue, apprécie.

 

 

 

Pensée 3 : Il est vrai que le mot « prix » ne désigne que le prix, et que ce prix en lui-même n’a pas de valeur. En cela, le mot « valeur » est différent : il désigne à la fois le bien et son prix, ou encore le bien portant avec lui sa mesure de bonté, mesurée, appréciée, évaluée. Le concept de valeur embrasse donc à la fois une bonne et belle chose (une valeur), et aussi le  prix qu’on est disposé à donner pour elle, qui est la valeur de ce bien (sa valeur). Nous parlons ainsi de valeur quand nous pensons en même temps à la bonté d’un bien et à la mesure de celui-ci. Lui reconnaître une valeur, c’est être disposé à sacrifier quelque chose, et parfois beaucoup, pour l’obtenir, « à tout prix ».

 

 

Pensée 4 : Est-ce à dire qu’il n’y aurait pas de différence entre une valeur et un prix ? L’étymologie nous suggère qu’il existe une telle différence, car « prix » appartient au registre des choses du commerce, « valeur » à celui de la santé, du courage et des vertus. Ce que l’étymologie suggère, la réflexion nous le confirme.

 

 

 

Pensée 5 : Un prix, par définition, semble être une grandeur finie, limitée. Au contraire, nous parlons de valeur quand le prix peut ou doit monter jusqu’à l’infini. C’est parce qu’il y a des valeurs en jeu que les prix, sur certains marchés, ou en certaines circonstances, peuvent monter indéfiniment : par exemple, certaines œuvres immortelles sur le marché de l’art, ou le pain sur le marché noir des denrées en temps de famine. Car ici sont en jeu, respectivement, la beauté et la vie.

 

 

 

Pensée 6 : La vie est une valeur, sans doute parce qu’elle fournit le cadre où nous pouvons découvrir les autres valeurs et en vivre. Elle participe sans doute aussi à la valeur de l’être même. Mais la vie n’est pas la valeur suprême, puisqu’on peut sacrifier sa vie pour quelque chose d’autre, et qui vaut donc plus qu’elle.

 

 

Pensée 7 : Un grand médecin spécialiste américain de la dépression, Philip Gold, me disait un jour qu’un enfant, pour la solidité de son équilibre psychique, avait besoin de savoir que quelqu’un l’aimait inconditionnellement et au point, s’il le fallait, de mourir pour lui. L’amour va jusque-là, si c’est vraiment l’amour.

 

 

 

Pensée 8 : Les hautes valeurs sont constitutives de l’amitié, de la philia, qui est la valeur matricielle, la définition même du bien. L’essence de la philia est universelle et se laisse exposer, mais elle ne se concrétise que dans sa double relation à l’éros et à l’agapè.

 

 

 

Pensée 9 : Aristote disait : « Il n’y a pas de différence entre un véritable ami et un parfait homme de bien. » Un véritable ami donne de bons conseils, rend généreusement service et de façon désintéressée, ne commet aucune injustice envers son ami, l’estime et le respecte, le défend avec courage. Le système des valeurs morales est inclus dans la logique de l’amitié.  

 

 

Pensée 10 : Les Valeurs, ce sont le Bien lui-même, valeur suprême ; puis l’Homme qui, Décideur, est relié au Bien – l’Homme avec sa nature et sa personne ; ensuite, la philia qui est la loi première de la nature humaine réfléchie ; enfin, tout ce qui existe ou peut exister sous cette loi ou en cohérence avec elle.

 

Pensées 11 à 20.

Pensées 21 à 30.

Pensées 31 à 40.


 La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient.

 La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient.

 https://www.laprocure.com/formation-decideurs/9782728924462.html

 

Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme  

Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme. 

 https://www.laprocure.com/habiter-nature-ecologie-humanisme-henri-hude/9782728924530.html

 

 

 

   

Une présentation de mon livre paru en février 2018.

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Écrit par Henri Hude

 

 

 

La renaissance de l’humanisme

 

Pour avoir envie de lire mon livre, réfléchissez sur son sous-titre : « Méditations sur un humanisme qui vient ». L’humanisme est la plus vivante de nos traditions et l’objectif de tout progrès. Il est déjà, et il sera de plus en plus dans l’avenir, le seul critère possible de décision. Mais l’humanisme est profondément en crise, et depuis longtemps.

L’enjeu du livre est la redécouverte et la réinvention de l’humanisme. Il s’agit de contribuer à ouvrir un nouveau cycle de l’humanisme, ce qui précède toute renaissance de la civilisation.

Comment réinventer l’humanisme ? En sortant des oppositions entre humanismes. Le grand humanisme moderne des Lumières s’est construit en opposition à l’humanisme chrétien ; l’humanisme postmoderne rejette à la fois l’humanisme moderne et l’humanisme chrétien. Ne peut-on essayer la paix et la synthèse ? Le pape François dirait : la miséricorde...

 

 

Platon et l’humanisme antique

 

Toute Renaissance relit Platon. C’est lui le fondateur de l’humanisme. Il commet « une sorte de parricide » sur « notre père Parménide[1] ». Autrement dit, il n’est plus fasciné comme tous ses prédécesseurs par la croyance en l’unité de l’Être. Il reconnaît le Bien mais sous l’unité de celui-ci, la pluralité des Idées et des âmes, et même celle des individus concrets, liés dans l’ordre du cosmos. Comment donc l’Homme pourrait-il ne pas être bon, lui qui est sous le Bien, le vise et le désire ? Et du temps de Platon, au IVe siècle avant Jésus-Christ, il y a, déjà, des sciences. Le pluralisme sérieux s’accorde avec l’unité de la vérité. Les sciences, en particulier la géométrie, montrent qu’il y a en l’Homme quelque chose qui est différent du corps et qui vise les vérités éternelles. Son disciple, Aristote, dit que l’Homme est parmi les animaux « le seul à participer au divin[2] ». Avec la raison, nous tenons aussi la racine de la liberté. Dignité de l’Homme, raison, liberté : humanisme. – Bien sûr on peut souligner les insuffisances de Platon. Mais à quoi bon ?

 

 

Le Christ et l’humanisme chrétien

 

Le Christ paraît. C’est l’Homme-Dieu, comme l’écrit audacieusement saint Augustin. Tout être humain peut avoir accès à sa vie divine, participation à sa liberté humanodivine. Peut-on rêver humanisme plus intégral ? Le meilleur des empereurs romains, le plus philosophe, le plus imprégné de l’humanisme antique, Marc Aurèle, fut parmi ceux des empereurs qui persécutèrent le plus les premiers chrétiens. Reconnaissons que les chrétiens ne lui en ont pas voulu. Des générations de moines ont recopié ses Pensées, comme ils ont recopié aussi le Banquet de Platon, à la stupéfaction répétée de Jacques Lacan[3], qui les aurait crus plus bégueules. C’est que tout cela va dans le même sens et dans le bon sens et s’accorde plus que cela ne se combat. Malgré leurs conflits et tensions sur bien des points, l’humanisme antique et l’humanisme chrétien ont été fondus en un seul, en une première synthèse humaniste, celle de l’humanisme chrétien classique.

Cette synthèse s’est défaite à partir de la fin du Moyen-Âge, et tout au long des XVIe et XVIIe siècles, sous la double pression du premier développement des sciences modernes et de nouvelles aspirations à la liberté civile. Des chrétiens ont pris peur. Ils ont assombri la religion du Christ. La papauté pourtant fut toujours humaniste. On le lui a reproché. On l’a même décrite comme néo-païenne. Optimiste et « miséricordieuse », elle comprenait que ces nouveaux éléments étaient issus du Christ. Le Progrès est une retombée de la Résurrection déployée dans l’Histoire. A quoi cela sert-il d’opposer le Progrès de l’Homme à l’Homme-Dieu Jésus-Christ ? A cause de chrétiens antihumanistes, le Christ a pour un temps perdu l’initiative humaniste.

 

 

L’humanisme moderne

 

Les Modernes ont donc tenté sans le Christ une nouvelle synthèse humaniste. Cependant, ces Grandes Lumières qui écartaient Jésus-Christ entendaient bien conserver les acquis du christianisme, notamment la dignité et la liberté de l’Homme, mais subordonnées à la Raison, raison humaine érigée en divinité.

La tension fut souvent très forte entre christianisme et lumières. Mais Augusto Del Noce a montré que cette bipolarisation n’allait pas de soi[4]. Il y eut un immense courant de lumières chrétiennes, entre Descartes et Rosmini. L’esprit humain, que quelques échecs dégrisent de ses excès rationalistes, reconnaît dans la Raison le Logos et en retrouve la transcendance, en même temps qu’il retrouve le Maître intérieur de saint Augustin[5]. C’est sans doute le fond de la discrète philosophie de Benoît XVI.

Le monde pour les Hébreux s’ordonnait par rapport à l’Unique créateur et à ses lois-volontés. Que font les sciences, sinon mettre des nombres sur ces lois, des proportions sous ces volontés ? Plutôt que de rappeler le mal que les Révolutionnaires, inspirés par les penseurs éclairés, ont fait aux chrétiens, mieux vaut tirer parti du grain qui se mêle à la paille d'extrapolations sans valeur. C’est comme rappeler le mal que les humanistes antiques ont fait aux premiers chrétiens.

Les lumières ont ceci de particulier qu'avec leur méditation sur la loi, en physique et en morale, et si nous mettons de côté un excès de système et l’obsession du "doute", elles unissent à la raison la foi de l'Ancien Testament, ce qui solidifie l'humanisme chrétien. Il y a dans la pensée de grands penseurs éclairés des apports considérables et objectivement vrais, qui enrichissent un humanisme pérenne. Par exemple, la pensée pratique de Kant, si nous le lisons avec liberté, nous rend certains de notre liberté, justement comme pouvoir de décision, d’autodétermination raisonnable, grâce à la norme objective. Elle permet de comprendre avec rigueur comment les Hébreux, recevant la Loi, découvraient aussi la liberté. La liberté du Christ et la grâce de l’Esprit Saint peuvent conférer à l’Homme une liberté plus grande, mais qui a toujours besoin d’être garantie par la précédente, même quand elle la bouscule.

 

 

L’humanisme postmoderne

 

La synthèse moderne s’est défaite à son tour, justement à cause des étroites limites de cette liberté moderne à base exclusivement de devoir et de loi morale. Ce moralisme constitue l’élément antihumaniste de l’humanisme moderne, lequel a perpétué tout ce qu’il y eut de moins heureux dans la chrétienté médiévale finissante, ou même dans la chrétienté des âges classiques. Le père Servais Pinkaers, o.p., a mis tout cela en lumière avec une érudition surprenante et une parfaite clarté[6]. Il a montré que la béatitude et l’amitié étaient les deux bases de la morale chrétienne.

Que dirons-nous donc des postmodernes et de l’éruption de 1968 ? Que c’est le diable ? Mais le diable est partout, si on veut bien le chercher. N’était-il pas aussi dans la sinistrose de l’impératif catégorique et dans toute une morale du devoir tournant à la névrose ? N’était-il pas aussi dans le fanatisme politique des idéologies modernes ? Ou dans ces systèmes qui enferment tout dans une Raison systématique, desséchant la vie et coupant tout ce qui dépasse ? C’est donc avec raison et avec humanisme qu'un tel excès de rationalisme, un tel moralisme, cette violence politique, et cette agression aussi de la Nature ont fait l’objet de critiques féroces et se sont vues rejetées par les postmodernes. Comment ne pas sympathiser ? Et voir dans ces critiques moins de révolte adolescente ou d’immoralisme irresponsable, plus de besoin de salut, d’humanisme et de vie ? Là encore, n’est-ce pas l’attitude du pape François ?  

Cette critique dite postmoderne a voulu garder tous les idéaux humanistes, mais en détruisant cette synthèse humaniste moderne, qui était certes puissante et innovante, mais trop exclusive et combien étouffante. Comment ne pas d’abord voir dans Freud un témoin et un analyste de cette crise névrotique et de ce malaise dans laquelle l’humanisme moderne a plongé la culture et dont elle n’en finit pas de se remettre ?

Cet humanisme postmoderne se veut non totalitaire. Qui ne l’approuverait en cela ? Mais ce XXIe siècle a peur de Dieu comme le XVIe avait peur du diable. Il a peur de la vérité, de la raison, comme si c’était la base du totalitarisme. Comme si Hitler et Staline s’étaient jamais souciés de raison et de vérité ! La vérité, c’est donc qu’il n’y a pas de vérité. La justice se définit sans le bien et contre le bien. Tout fondement est écarté, par peur qu’il y ait quelque part quelque chose qui tienne debout et qui pourrait être un opprimant pouvoir. Pas de Nature, pas de Dieu, pas de Raison. Que reste-t-il ? Le Néant et la liberté assise sur le Néant tombe elle-même dans le néant. Tout s’effondre dans le non-sens et le délire. Crise écologique, folie du populisme, tensions guerrières, exubérance irrationnelle des médias et des marchés, etc. L’injustice de l’individualisme arbitraire, ne pouvant plus être mise en cause en raison du politiquement correct, détruit la liberté de penser au nom de la liberté de penser. L’humanisme postmoderne est ainsi devenu un délire collectif qui pourrait mener sur bien des points au règne de l’inhumain, et préparer la guerre mondiale.

 

 

La renaissance de l’humanisme

 

La question est donc celle de la renaissance de l’humanisme. Après toutes ces confrontations entre différents humanismes, il faut en faire la synthèse. Si nous y parvenons, nous aurons une Renaissance de la civilisation. J’estime que ces renaissances passent par l’éducation et d’abord celle des Décideurs. C’est la bonne méthode, pour retrouver les critères, et pour en inventer une version humaniste plus adéquate, que de se proposer la formation des Décideurs. 

L’humanisme est le cœur de toute notre civilisation, antique, chrétienne, moderne éclairée, et même postmoderne. Il le restera et il sera l’avenir du monde. Le drame, c’est que l’humanisme, la civilisation humaniste, sont devenus antihumanistes, mais paradoxalement par humanisme et de bonne foi ; aussi ne s’en rend-on pas bien compte. Par moralité et par humanisme nous devenons monstrueux. Les exemples sont sous nos yeux.

Mais là encore, faut-il avant tout condamner ? La psychose narcissique collective a remplacé la névrose moraliste. L’Homme postmoderne est désormais un « paumé », qui souffre et se débat dans d’impossibles contradictions. Par exemple, il voudrait retrouver et respecter la nature mais il refuse l’idée de nature humaine et de loi naturelle, pourtant fond non seulement de l’éthique, mais de la raison et de la science.  

Ainsi, un humanisme nouveau saura-t-il pratiquer une psychanalyse de cette culture, guérir la psyché humaniste par un examen de conscience qui ira plus profond que le soupçon nietzschéen. En un mot, sortant du pathologique, il retrouvera (grâce à la génialité de tant de fébriles recherches postmodernes) un équilibre dynamique dont il n’ose encore même pas rêver. 

Le point le plus important, c’est un dialogue à fond entre ce qu’il y a de plus universel dans le christianisme et ce qu’il y a de plus puissant dans les Lumières[7]. La conclusion-clé, c’est que l’humanisme doit redécouvrir en profondeur sa relation à l’universel, c’est à dire son Dieu, par ce dialogue entre le Dieu fait Homme, Jésus-Christ, et « l’Homme-Dieu » des lumières. Ainsi aurons-nous « une nouvelle synthèse humaniste », et la possibilité d’une nouvelle renaissance.

Pour les chrétiens, en procédant à cette synthèse supérieure, comme l’a fait par le passé l’humanisme chrétien classique avec l’humanisme antique, c’est aussi l’opportunité de reprendre l’initiative conceptuelle.


 


 



[1] Platon, Le Sophiste, traduction Chambry, XXIX.   

[2] Aristote, Parties des Animaux, II, 10, 656 a 7-8. Il est vrai qu’il ajoute « ou du moins il y participe davantage que tous les autres ».

[3] Jacques Lacan, Le Séminaire. Livre VIII. Le transfert, Seuil, 1991, 2001, p.£$

[4] Augusto Del Noce, Da Cartesio a Rosmini, Milano, Giuffré, 1991.   

[5] Saint Augustin, Le Maître, Klincksieck, 2002.

[6] Google vous donnera tous les titres des excellents ouvrages de Servais Pinkaers. En anglais, un livre très précieux : The Pinkaers Reader: Renewing Thomistic Moral Theology, edited by Craig Steven Titus et John Berkman, The Catholic University of America Press, 2005.

[7] Paul VI, Discours du 8 décembre 1965, pour la clôture du Concile Vatican II : « La religion du Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion (car c’en est une) de l’homme qui se fait Dieu. Qu’est-il arrivé ? (…) La vieille histoire du Bon Samaritain a été le modèle et la règle de la spiritualité du Concile. Une sympathie sans bornes pour les hommes l’a envahi tout entier. (…)  Vous, humanistes modernes, qui renoncez à la transcendance des choses suprêmes, sachez reconnaître notre nouvel humanisme. » 

   

Page 1 de 40

<< Début < Préc 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Suivant > Fin >>

Nouveauté !

Evénements

Aucun événement