Henri Hude

Le respect du passé

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Mise à jour le Vendredi, 26 Août 2016 09:18 Écrit par Henri Hude

 

Toujours sur la question de l'identité, et aussi avant la rentrée scolaire et académique, voici une autre section (n°8, pages 191-193) d’un de mes livres, intitulé Éthique et politique ; c’est la suite du chapitre IX sur la culture et l’éducation, que je suis en train de publier ici. Le chapitre compte 11 sections. 

 

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Parmi les valeurs humaines dont le pseudo-progressisme pratique l’ablation, il y a le temps, ou plutôt la durée.

La destinée de l’homme est d’atteindre le but de son existence. La fin de la vie humaine, c’est l’union à son Principe. Pourquoi ? Il suffit de penser au Premier Principe de toutes choses, et de désirer savoir, pour désirer connaître le Principe de toutes choses. Vouloir le connaître, c’est aussi vouloir lui être uni autant qu’il se peut : c’est en quelque sorte vouloir l’aimer. Il s’agit là d’une vérité universelle, très formelle. Le matérialiste, à mes yeux, est un métaphysicien comme les autres. Lui aussi aspire à s’unir au Premier Principe, qui est, selon lui, la matière inanimée, inconsciente.

C’est pourquoi le matérialisme mis en pratique dans une société y établit un régime de mort. Le retour à l’inconscience et à la poussière y est tenu obscurément pour l’idéal véritable. Le désir de mort est encore un mysticisme.

Comme nos actions et nos vouloirs ont pour loi de se coordonner entre eux, il est difficile à l’homme, animal raisonnable, de désirer ou de faire quoi que ce soit sans désirer, au moins implicitement et subconsciemment, que ses autres désirs et intentions puissent se coordonner à son intention métaphysique fondamentale.

C’est ainsi que la véritable forme de notre conduite est fournie, non par le système de nos besoins, qui n’en est que le matériau général, mais par nos idées métaphysiques et religieuses. Et je comprends déjà que nous qualifierons de bonne une intention dont le contenu matériel et la signification peuvent s’accorder au cadre métaphysique que nous tenons pour vrai. Cela est vrai pour un métaphysicien matérialiste comme pour tout autre. Le bon est ce qui peut s’intégrer dans la démarche d’accomplissement de notre destinée.

Or notre passé figure évidemment au nombre des médiations concrètes qui nous reconduisent à notre Principe, puisque le mot passé désigne l’avènement successif des causes dont nous sommes les effets. Et la morale est la connaissance de tout ce qui nous permet de rejoindre notre première Cause et d’accomplir ainsi notre destinée. C’est pourquoi il y a évidemment quelque chose d’immoral dans la haine du passé.

En parlant de haine du passé, je ne contredis pas ce que j’ai affirmé plus haut, concernant l’unanimité autour du respect du passé. Pas plus que la tradition n’est norme par elle-même, mais tout au plus par une vérité qui dit que la tradition est norme, pas davantage le respect du passé ne peut-il être inconditionnel.

Mais il faut préciser en quel sens le respect du passé est une valeur. Il y a un respect du passé qui est fonction de sa conformité à certains principes que nous tenons pour vrai. Il y a un autre respect du passé qui est fonction de sa causalité ou de sa paternité à notre égard.

On n’est pas d’abord attaché à son père parce qu’il aurait telle ou telle qualité. On lui est attaché parce qu’il est notre père, et qu’à ce titre, quels que puissent être ses défauts, il est et il reste, avec notre mère, la plus vivante médiation par laquelle passe la réflexion de la personne à la recherche de son Principe. Il en va de même pour la patrie et pour l’histoire de la patrie.

Un certain sens du grand et de l’héroïsme peut vibrer en nous au récit des guerres de Napoléon, cependant que nous pouvons, sans contradiction, juger désastreux l’impérialisme de Bonaparte.

Il convient donc de juger. De même que la simple tradition n’est pas par elle-même un critère de vérité, la seule histoire n’est pas davantage une garantie de justice. Et pourtant, être critique à l’égard du passé de la patrie ne nous désolidarise pas d’elle. Une distance critique à l’égard de nos parents ne nous ôte pas l’amour fondamental que nous leur portons. Il en va de même pour l’amour de notre propre passé national. Sans cet intérêt et cet amour pour le passé, il ne peut pas y avoir de patriotisme, ni de sens de ce que c’est que la vie.

C’est pour cela que le pseudo-progressisme est ruineux pour la culture. La culture vient du passé, et ne pousse de nouveaux rameaux qu’en puisant dans les sucs de la tradition. Rien de durable et de vivant ne se fait par une rupture absolue. Et même quand il faut tailler, après il faut recoudre. Mais si un homme estime qu’il est lui-même son propre Principe, comme c’est le cas dans les formes du panthéisme anthropologique moderne [et du polythéisme postmoderne où Mr X et Mme Y se prennent pour des dieux], alors il éprouvera la plus instinctive animosité à l’égard de toute étude qui le conduirait à se voir d’abord comme un descendant, un hériter, un effet – à comprendre qu’il n’est évidemment pas son propre Principe. Or tel est évidemment le premier résultat de l’étude sincère de l’histoire. [Certains grands esprits progressistes, il est vrai, essayent de totaliser l’histoire dans une philosophie de l’histoire, où l’Absolu se révèle à lui-même dans les œuvres de l’Homme. Mais, il y a longtemps que les pseudo-progressistes postmodernes ont abandonné ce genre d’enseignement.] C’est pourquoi un homme qui ne rend de culte qu’à lui-même [en tant qu’individu] aspire toujours à oublier la vérité de son passé, ou à le salir. Et la conduite opposée des traditionalismes chauvins fournit un semblant de respectabilité à son imposture.

Aussi, même si le pseudo-progressiste célèbre divers événements passés qu’il juge politiquement corrects, il ne laisse pas de se méfier du passé qui est toujours, à ses yeux, métaphysiquement incorrect, comme si le rappel de la causalité de nos pères à notre égard devait nous reconduire à une idée de Dieu dont il ne veut pas.

C’est alors que la tentation lui est forte de travestir le passé de la Nation en mythologie partisane [et en légende sinistre]. C’est ainsi que l’ensemble des hauts faits d’un grand peuple ne parvient plus aux oreilles de ceux qui sont actuellement ce peuple, et qui ne peuvent plus comprendre ce qu’ils sont, faute de savoir ce que furent leurs aïeux, devenus méconnaissables sous la bave et l’oubli.

 

Tradition, vérité, transmission

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Mise à jour le Vendredi, 26 Août 2016 09:20 Écrit par Henri Hude

Parce qu’on parle beaucoup d'identité en ce moment, et dans la perspective de la rentrée des élèves et des étudiants, voici une section (n°7, pages 190-191) d’un de mes livres, intitulé Éthique et politique ; c’est la suite du chapitre IX consacré à la culture et à l’éducation, que je suis en train de publier. Le chapitre compte 11 sections. 

 

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La culture pourra l’emporter sur l’anti-culture du n’importe quoi, si nous savons nous débarrasser de nos préjugés pseudoprogressistes.

Parmi les marottes du pseudoprogressisme dominant, figure le mépris des coutumes et des traditions, [surtout quand ce sont celles du crû]. Encore une fois, je n’ai pas ici à plaider pour le respect des coutumes et des traditions. Il me suffit de montrer que le progressiste est le tout premier à les défendre bec et ongles – ou plutôt, je vois bien qu’il y est contre, mais seulement en apparence et non sans contradiction. Voici pourquoi.

Je suppose une société dans laquelle on a le mépris des coutumes et des traditions, comme c’est, dit-on, le cas des Français [de Progrès], qui en cela diffèreraient fort de leurs voisins les Anglais. Eh bien ! Tout voyageur venant en France notera sans difficulté que la méfiance pour la coutume est une coutume très particulière aux Français [de Progrès], et que le mépris des traditions est [chez eux] absolument traditionnel. Le rite y est de célébrer ponctuellement l’abolition des anciens [rites]. Et ce peuple [de Progrès] qui passe son temps à se plaindre et à protester a du moins la consolation de commémorer chaque 14 Juillet la fin de tous ses malheurs.

Dans ce pays à l’admirable et inflexible logique, on voit l’enseignement officiel inculquer dogmatiquement l’esprit (pseudo)-critique. La liberté de penser laïque y est aussi obligatoire que gratuite. Et un strict traditionalisme [de Progrès] impose la transmission d’un contenu traditionnel de pensée anti-traditionnelle [et l’interruption de toute transmission autre que la transmission de cette interruption].  

Je ne sais s’il y a là une invincible contradiction, car il est clair qu’aux yeux des meilleurs esprits [de Progrès, cela va sans dire], la tradition de la raison ne saurait être confondue avec celle des préjugés. Je crois que, sur ce point, tout le monde est d’accord [y compris la saine raison, qui rigole, et la Réaction, qui ricane]…

Cela montre bien [qu’il est aisé de se dire anti-traditionnel et tout aussi malaisé de l’être. Il n’y a aucune pensée, y compris de Progrès, qui vive hors tradition, et toute culture, y compris de Progrès, doit procéder à tel ou tel moment à] un rappel de la nécessité de la discipline et de la tradition [en général] – tel ou tel contenu de tradition étant préalablement admis (au moins le dit-on) en raison de sa valeur de vérité, et non en raison de son caractère simplement traditionnel (sauf dans le cas, bien sûr, où ce dernier caractère se trouverait avoir été rationnellement admis, dans certains domaines, comme un critère de discernement du vrai).

Cela montre bien que les valeurs de conservation, comme le respect de la tradition, sont essentiellement soumises à d’autres valeurs supérieures, dont la première est le respect de la vérité.

Quant à soutenir que le principe de tradition serait suffisant, cela pourrait signifier une conception selon laquelle la vérité serait (au moins dans certains domaines) donnée une fois pour toutes à l’origine, et connue seulement par transmission de ce donné primitif. Une telle théorie pourrait être vraie ou fausse, mais il n’y aurait pas là de traditionalisme intégral. Le respect de la tradition y resterait subordonné au respect de la vérité. Il serait le respect de la vérité dans et par la tradition.

Le principe de tradition, séparé de toute référence au vrai, est donc le propre du seul scepticisme, et encore de celui qui se voudrait modéré, qui par là est incohérent [(il est vrai qu’il n’y a pas de vrai…)], et qui ne peut survivre que par une répression du désir de toute réflexion approfondie.

Une telle répression peut être l’œuvre de l’opinion publique et des mœurs. Elle est facilitée par une disposition de la personnalité à [rester toujours à la surface des choses et à] se réaliser surtout dans les choses matérielles. Les règles de politesse peuvent prescrire de ne jamais parler de l’essentiel. La sagesse politique peut prescrire de sacrifier le principe de contradiction sur l’autel des compromis nécessaires.

Mais même dans ce dernier cas, le scepticisme fonctionne comme n’importe quel dogmatisme. S’il n’y a pas de vrai, il est vrai qu’il n’y a pas de vrai, et il est absolument faux de dire qu’il y a du vrai et du faux. Le vrai et le faux ne sont [donc] aucunement supprimés, il y a seulement une modification des valeurs de vérité de certaines propositions ; et l’acceptation de ces modifications par l’opinion publique est rendue plus facile, parce qu’elle ne voit pas le contenu qui entre dans son esprit en contrebande sous l’apparence du vide. [C’est évidemment là la règle fondamentale du lavage de cerveau médiatique et scolaire, au moyen duquel sont formatés les Individus de Progrès.]

Il y a donc bien deux formes de traditionalisme déraisonnable, et non pas une seule : ou accepter une coutume seulement parce que c’est une coutume, ou la rejeter seulement pour la même raison. Et ce qui est dit là de la coutume pourrait se dire des diverses traditions.

Il est naïf et barbare de tout rejeter. L’esprit est une puissance de discernement. Au reste, le traditionalisme pur n’existe peut-être jamais. Il n’y a pas de culture sans tradition, mais la tradition ne vaut que dans et par le respect de la vérité.

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"Violence musulmane". Un contresens dans la presse et beaucoup de bruit pour rien

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Mise à jour le Jeudi, 25 Août 2016 17:07 Écrit par Henri Hude

 

   

La presse française a publié le 1er août 2016 un article titré : ‘Pape François: « Si je parle de violence islamique, je dois parler de violence catholique»’.  Cet article et d'autres de même farine ont déclenché une tempête.

Ce titre est la traduction mot à mot d’une phrase du pape prononcée dans l’avion du retour en italien familier. Le titre est accrocheur. Malheureusement, cette traduction comporte ce que j'appellerais un contresens et que des esprits très bienveillants appelleraient une traduction fautive.

Voici les documents.

D’abord, le texte intégral officiel[1] en italien de la conférence de presse[2]. La salle de presse a remis en italien châtié, sans en changer le sens, la phrase du pape François, énoncée en style familier devant les journalistes. Voici ensuite la vidéo de cette conférence de presse[3].  


 

Je laisse maintenant la parole à mon vieil ami Jean-Marie Salamito, Professeur d’histoire du christianisme à la Sorbonne, par ailleurs marié à une Italienne fort remarquable. Jean-Marie m’a envoyé le texte suivant, qu’il m’a aussi autorisé à reproduire. Je cite :

 

« Avant de traduire en français des propos tenus par le pape François en italien, il faudrait s’assurer que l’on connaît les différences, souvent subtiles, entre ces deux langues !

« Quand le pape François dit : « Se parlo di violenza islamica... », la presse française s’imagine pouvoir traduire aussitôt : « Si je parle de violence islamique... » Cela fait penser inévitablement à « violence islamiste », et cela produit un effet désastreux. D’où les polémiques qui, en ce moment même, vont bon train.

« Or, pour être tout simplement rigoureux, il faut absolument traduire de cette façon, la seule correcte : « Si je parle de violence musulmane... » En effet, les Italiens, pour désigner les musulmans, disent spontanément « gli islamici » et non « i musulmani ». Et les francophones, à condition qu’ils sachent un peu d'italien, ne traduiront évidemment pas « gli islamici » par « les islamiques », encore moins par « les islamistes ».

« Bien plus, le contexte montre que, dans les propos de François, « violenza islamica » signifie « violence commise par des musulmans ». Le pape ne compare pas deux religions considérées dans leurs idées respectives, mais des faits concrets du quotidien, des actes individuels. Il invite les catholiques, non à une réflexion sur une « essence » de l'islam et sur une « essence » du catholicisme, mais tout simplement à un examen de conscience personnel, à une réflexion sur la tentation de violence qui guette chaque être humain, quelles que soient ses convictions religieuses. Il ne fait pas de l’histoire des religions, ni de l’anthropologie des religions, ni de la théologie des religions. Enfin, il ne renvoie absolument pas « dos à dos » la religion musulmane et la religion catholique ! Il invite à réfléchir sur des actes concrets, sur des enjeux éthiques et spirituels, non sur des généralités de sciences des religions. Le pape est un berger, pas un théoricien. Un guide spirituel, pas un professeur. »

 

Tout est dit.

La tempête médiatique qui a suivi l’article défectueux n’est pas même une tempête dans un verre d’eau, mais much ado about nothing, comme disait Shakespeare.

 

On peut juste ajouter un renvoi à l’interview de Mgr Sako, patriarche des Chaldéens, qui comprend très bien les propos du pape, et avec une bonne traduction.

 

Finissons par un dernier point. La même presse juge opportun de republier à cette occasion une interview de Rémi Brague, datant de mai 2016, « Ne pas renvoyer dos à dos islam et christianisme ». Je me garderai bien de répondre à la place de Rémi Brague, mais je crois le connaître un peu. Ce grand universitaire est rompu aux finesses d’une bonne dizaine de langues, tant mortes que vivantes, dont l’italien. Je doute fort qu’il puisse goûter des propos dont l’origine est une erreur de traduction.

 

 



[2] Pour y trouver la phrase du pape, faire  Ctrl F parlassi: “Se io parlassi di violenza islamica, dovrei parlare anche di violenza cattolica.”

[3] Voici le lien de cette vidéo de la conférence de presse au retour des JMJ de Cracovie. La réponse commence à la 17ème minute, 33ème seconde. La phrase incriminée (18’ 11’’) : “Se parlo di violenza islamica devo parlare anche di violenza cattolica.”

   

Du rationalisme au néo-tribalisme

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Mise à jour le Mardi, 23 Août 2016 14:33 Écrit par Henri Hude

On parle beaucoup d'identité en ce moment.

Voici une section d’un de mes livres, intitulé Éthique et politique ; il s’agit du chapitre IX (§6, pages 188-189) consacré à la culture et à l’éducation. Le chapitre compte 11 sections, que je suis en train de publier ici. 

 

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Le rationalisme[1] s’efforce de promouvoir une unité artificielle et totalitaire du genre humain[2]. C’est qu’il imagine ce dernier sans vraie et substantielle pluralité, fondu dans l’Un. Mais, dans le même temps, ce rationalisme, parce qu’il institue les traditionalismes[3], prépare son propre échec.

Il enferme chaque peuple (c’est ce qu’on appelle parfois ‘préserver son identité’) dans ses traditions vécues de manière traditionaliste et sans référence à une vérité universelle commune à tous les hommes en tant qu’hommes et même en tant qu’esprits.

Alors ces peuples, tenant même à leurs vérités par des raisons qui ne sont pas vraies, attachés même à leurs valeurs bonnes pour des motifs qui ne sont pas justes, [ces peuples] que le rationalisme rend fanatiquement traditionalistes, se révèlent incapables de remonter au rationalisme comme à la source commune de leurs divers traditionalismes. [Et pourtant,] quand le rationalisme pensait jouer les traditionalismes les uns contre les autres et tirer toutes les ficelles, voici qu’il les rassemble contre lui.

Toutes les différences de la chair et du sang sont érigées alors en absolus qui se choquent et qui sanctifient les antagonismes les plus matériels. Les peuples, tous possédés d’une passion traditionaliste, qu’ils théorisent tous sous le nom d’identité culturelle, revendiquent frénétiquement la conservation de leurs opinions collectives comme opinions et comme collectives, sans plus jamais les juger selon le vrai et le bien [et leur authentique contenu de valeur universelle].

Mais alors, par un juste retour des choses, le rationalisme lui-même ne sera plus considéré [même au fond par ses propres adeptes] que comme la particularité d’une ethnie, et qui a eu le tort de trop dominer les autres. La vengeance des peuples est sur lui.

Tel fut le destin de la France après l’Empire [de Napoléon]. Et tel sera le destin des peuples occidentaux, tous ensemble, s’ils ne se réforment pas.

On ne regretterait pas le rationalisme, si nombre de traditionalismes ne poursuivaient pas même la droite raison avec une haine inexpiable, depuis que le rationalisme a prétendu représenter toute raison possible.

Ainsi donc, sous prétexte de compréhension universelle, on ruine l’universalité du vrai qui est la condition de tout dialogue, et on annule avec la raison la différence de l’Homme et de l’animal. On fonde ainsi le règne d’une violence bestiale et de l’incompréhension universelle.

Sous prétexte de relativisme culturel s’instaure un racisme généralisé, de même que sous prétexte d’antiracisme, on promeut un racisme intégral [Ethique et politique, ch.VIII, pp.154-157]. Et au lieu d’unir les nations pacifiquement autour de leurs intérêts communs, on en fait un chaos de tribus vouées à se déchirer avec fureur.

On justifie d’avance les impérialismes les plus forts. Car dans un système de traditions toutes divines, portées par des peuples tous divins, dont les langues sont toutes des manifestations de l’Esprit, comment ce que pense le peuple le plus divin, ne serait-il pas aussi ce qu’il y a de plus noble et de plus divin, à défaut d’être le plus vrai ? Et qui dira qui est le plus divin, sinon le tribunal de la guerre ?

Ainsi l’‘œcuménisme’ rationaliste travaille-t-il concrètement à faire de tout conflit international une guerre de religions. Le rêve de république rationaliste universelle où les plusieurs se fondent dans l’Un sombre en réalité dans le chaos des luttes tribales.

 

 

 

Editions universitaires, 1992, ‘Du rationalisme au tribalisme’, §6 du ch.IX, pp.188-189.

 

 

 

 

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[1] Par ce terme « rationalisme », j’entends (comme expliqué à fond dans Prolégomènes. Les choix humains, Parole et silence, 2009), une structure de pensée dominante en Occident, qui commence par un « doute » vague, un « pseudo-scepticisme », et qui se termine par ce à quoi ce pseudo-scepticisme équivaut logiquement (en réalité, mais occultement) – c’est à dire par un enfermement de l’esprit humain en lui-même et par son autodivinisation. On comprend bien que si tout est divin, toutes les traditions humaines le sont aussi. De là l’équivalence et la solidarité entre les traditionalismes et le rationalisme, en même temps que leur opposition. De là aussi le caractère assez contradictoire de la laïcité rationaliste [2016].

[2] Cette critique du rapport entre l’Un pur et simple de la Raison en laquelle tout devient le Même, et le totalitarisme du 20ème siècle, est aussi une autocratique courante dans le rationalisme postmoderne qui essaye de se réformer (Ecole de Francfort, Emmanuel Lévinas, parmi bien d’autres). Mais il n’y parvient pas, car il continue à commencer par le « doute » et à définir la liberté par une raison à base de « doute ». [2016]  

[3] Voir note n°1.

   

Entre traditionalisme et rationalisme

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Mise à jour le Vendredi, 29 Juillet 2016 11:27 Écrit par Henri Hude

 

On parle beaucoup d'identité en ce moment.

Voici la cinquième section d’un de mes livres, intitulé Éthique et politique ; il s’agit du chapitre consacré à la culture et à l’éducation. Le chapitre compte 11 sections, que je suis en train de publier ici. 

 

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Remarque introductive rajoutée en 2016.  Dans une célèbre conférence[1], Edmund Husserl a écrit que « la crise européenne prend ses racines dans un rationalisme qui s’égare. Mais cela ne permet pas de soutenir l’idée que la rationalité comme telle serait en soi mauvaise[2]. » Le même Husserl préconise « une attitude critique universelle adoptée contre tout élément traditionnel donné préalablement[3] ». L’intérêt de la section qui suit est de faire réfléchir sur la cohérence ou l’incohérence de ces deux énoncés

 

 

LE VÉRITABLE CHOIX 

 

Résumons [la section précédente]. Le refus de recevoir le principe de la tradition rationaliste, en refusant de mimer un meurtre du père ou du maître – ce refus du principe rationaliste et de sa tradition – est identiquement le refus du traditionalisme, puisqu’il va de pair avec le refus de l’idée que toute tradition serait divine et vraie dès lors que l’esprit serait un et tout. [traditionalisme et rationalisme sont le recto et le verso d’une même figure spirituelle]

Ainsi donc, il n’y a pas d’un côté les tenants de la tradition, de l’autre ceux de la raison, mais il y a :

d’un côté, les tenants d’une position traditionaliste-rationaliste ;

de l’autre, les tenants d’une position rationnelle et modérément traditionnelle.

Dans le cadre de l’option qu’on pourrait appeler rationnelle-traditionnelle (celle qui rejette le doute universel et a priori, et qui par là dispose des moyens d’exercer un tri critique des opinions), les traditions humaines n’ont à être reçues qu’en tant que traditions humaines, donc faillibles, même si un homme se trompe rarement en tout. Il est d’ailleurs instructif de découvrir les erreurs possibles, afin de n’y pas tomber.

Il faut ajouter, pour concrétiser davantage, qu’en Occident, ce qu’on appelle commencer par rejeter la tradition se ramène pour l’essentiel à dire non au christianisme, et [pratiquement] à lui seul, ainsi qu’à la rationalité réaliste et théiste, qui est à la fois celle qu’il reconnaît, celle qui le reconnaît, et celle qui s’instaure à partir de lui. Un pareil rejet a priori équivaut à une adhésion sans examen à l’autre position, celle du traditionalisme-rationalisme.   

L’option qu’on peut appeler traditionaliste-rationaliste prétend bien rejeter au départ toute tradition. Mais, outre que c’est probablement là une chose impraticable, ce prétendu vide du « doute » universel est plein à ras-bord d’illuminisme panthéistique. [Voir Prolégomènes] On acceptera ce dernier de manière d’autant plus irréfléchie et traditionaliste, qu’on aura prétendu davantage identifier toute réflexion en général à celle qui s’inaugure par le « doute » universel.

Ce « doute » est bien sûr une attitude intéressante comme geste théâtral, mais c’est une pratique ineffective. On poignarde un fantôme en effigie, mais dans le moment même, on accepte sans s’en rendre compte un système tout fait. On mime un « doute » impossible et extravagant, mais par là-même on renonce à pratiquer à l’avenir un doute vraiment raisonnable. Et quand on présente une telle crédulité comme le triomphe de l’esprit critique, ou la révolution libératrice de l’esprit, on est bien près de tomber dans le ridicule. Ainsi donc, je ne puis me situer que de deux manières par rapport à la tradition, et ce choix premier décide de tout.

Quant à moi, je n’adhère ni au rationalisme, ni au traditionalisme, qui en découle et en dépend plus qu’il ne s’y oppose.

Je n’y adhère pas, d’abord, parce que je le tiens pour fondamentalement erroné. Je veux dire que c’est l’erreur la plus fondamentale. Ce n’est pas une simple erreur sur un point – tout homme en commet, hélas, et en grand nombre –. Le rationalisme est la transformation de la raison en machine à se tromper.

Je n’y adhère pas non plus parce que je le tiens pour totalitaire, et que je tiens le rationalisme pour une philosophie politique fausse et, par suite, pour une politique détestable.

 

A SUIVRE 

 

Ceux qui voudraient aller plus loin pourraient se reporter à Prolégomènes. Les choix humains.

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[1] ‘La crise de l’humanité européenne et la philosophie’, conférence prononcée le 7 mai 1935 au Kulturbund de Vienne. Traduite en français par Nathalie Depraz, dans La crise de l’humanité européenne et la philosophie. Husserl, Hatier, 1992, pp.50-78.

[2] Op.cit ., p.66.

[3] Ibidem, p.64.

   

La alegria del amor nos interpela

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Mise à jour le Mercredi, 06 Juillet 2016 18:20 Écrit par Henri Hude

Voici la traduction espagnole d'un autre texte que j'ai écrit sur Amoris Laetitia, publié dans Humanitas, qui compte une édition anglaise et une édition espagnole, basée à Santiago de Chile. Encore une fois, je recommande chaleureusement cette excellente revue, dont j'ai l'honneur d'être membre. Vous pouvez la recommander à vos amis anglophones et hispanophones. 

 

Reflexiones sobre la Exhortación Apostólica del Papa Francisco

 

“La alegría del amor” nos interpela

 

 

         Hace casi cuarenta años, la elección de Karol Wojtyla fue, para los así llamados “católicos de izquierda”, un impacto desestabilizador. Siendo polaco, Juan Pablo II tenía la experiencia del “socialismo real”. No se dejaba impresionar por el prestigio de las corrientes ideológicas de inclinación marxista, tendencia en aquel entonces hiperdominante en Occidente. Y el comunismo desapareció. Aquello fue ocasión para una gran clarificación: ciertos católicos marxistas dejaron de decirse católicos, pero los católicos sinceros de cultura marxista siguieron siendo católicos, y ese Papa los llevó a profundizar en su fe y en su pensamiento político.

 

Hoy, con posterioridad a la elección de Jorge Mario Bergoglio, ocurre un fenómeno análogo. Siendo argentino, Francisco tiene la experiencia del “liberalismo real”. No se deja impresionar por lo políticamente correcto ni por la ideología hoy de moda (individualista, relativista, libertaria, etc.); al contrario, pues visualiza todas sus aplicaciones, incluso en los ámbitos del dinero y el poder, y no sólo de la destrucción de la familia.

 

Ante este Papa popular, son ahora muchos “católicos conservadores” quienes se desestabilizan. Y como antes con los católicos de izquierda, se requiere de una clarificación. Se vive un combate espiritual en el alma de cada uno. Todavía no conocemos su desenlace. Hay quienes tal vez perderán la fe en Roma; pero muchos –esperemos- se plantearán de mejor manera las interrogantes sobre justicia económica y política. Profundizarán y purificarán su amor al orden y su respeto por la verdad, que constituyen valores fundamentales. 

 

Así como Juan Pablo II lanzó su evangelización sin sumisión alguna a la ideología marxista, cuyo fin presentía, del mismo modo Francisco concibe su evangelización en un mundo en el cual la ideología liberal probablemente va a desaparecer; no la libertad de emprender ni la propiedad privada ni la libertad de reflexionar, ciertamente, […] sino esa ideología que aparta al individuo del bien común y a la libertad del bien que debe ser su norma, y que por consiguiente subordina al Hombre al dinero, sometiendo el trabajo y la economía a los fondos acumulados. Precisamente en eso es profético el Papa. Profecía, como veremos, muy razonable.

 

Francisco se horroriza ante la subordinación inicua del Hombre al dinero, y del trabajo y la economía a los fondos centralizados por una aristocracia del dinero.  Ahí también van a producirse una selección y una profundización, porque muchos católicos conservadores, que luchan contra el liberalismo ideológico, tomando posición, por ejemplo, contra el matrimonio homosexual, no se dan cuenta de que toda una parte de ellos mismos es solidaria con esta misma ideología. Precisamente esta incoherencia debilita su credibilidad y condena al fracaso la evangelización. Así, aquellos conservadores sinceramente católicos que logren escuchar al Papa profundizarán en su pensamiento y se darán cuenta de que sólo veían una parte (de dos o tres) del problema libertario [[1]] y si logran tomarlas todas en cuenta, su testimonio ganará mucho en credibilidad.

 

  

La evangelización de los pueblos por Francisco

 

Francisco ha logrado conquistar en poco tiempo el corazón de la inmensa mayoría del pueblo en todas las naciones. Es un hecho. ¿Por qué motivo? Porque los pueblos, por instinto, aman a Cristo; también porque Francisco ha analizado perfectamente aquello que separaba a todo ese pueblo de la Iglesia, y por último porque las circunstancias han vuelto a ser muy favorables: 1°, la desaparición del comunismo; 2°, el descrédito del liberalismo; y 3° la deriva fanática en el Islam, crean las condiciones para una reevangelización masiva de los pueblos descristianizados, pero también para una expansión sin precedentes del cristianismo en los espacios musulmanes.

 

Pero es preciso, además, que a Francisco lo comprenda y lo siga lo que puede llamarse la élite católica [[2]], especialmente en los países occidentales. Por este motivo, llama la atención el esfuerzo de los grandes medios de comunicación masiva que apunta a crear en esta élite católica desconfianza en relación al Papa. Se trata, por una parte, de obstaculizar el camino para que esta élite se ponga al servicio de los pueblos, mientras, en otro plano, esos mismos medios realizan un permanente acoso, procurando desacreditar a la Iglesia entre las masas. Tengamos claro que el hecho de que las élites católicas se pongan al servicio de los pueblos en las democracias y en las economías, es la primera condición para la credibilidad moral de la evangelización y, también, para la reforma indispensable en dichos países occidentales, europeos y americanos.

 

¡Eso no significa resucitar el comunismo! Eso significa que es preciso poder ganarse la vida antes de poder formar una familia. El himno a la familia, en el Salmo 128, 1-6, comentado por Francisco, habla de trabajo antes de hablar de cónyuge e hijos. “Del trabajo de tus manos comerás” (Amoris laetitia, n. 8). Aplicación práctica: “(…) la desocupación y la precariedad laboral se transforman en sufrimiento (…). Es lo que la sociedad está viviendo trágicamente en muchos países”. El desempleo afecta de diferentes maneras a la ”serenidad de las familias” (A.L., n. 25).

 

“Trágicamente”. Es verdad. Es preciso abrirse a reconocerlo, dejarse conmover y proceder en consecuencia. La presentación del mensaje de Cristo sobre el matrimonio adquiere su credibilidad cuando va acompañada de una acción generosa y convincente en favor de esa “existencia serena” de la pareja y de la familia desde el punto de vista de la economía. Además, esta presentación debe hacerse en un ambiente de misericordia, fraternidad y alegre humildad, con comprensión de las dificultades de vidas aplastadas por esos condicionamientos, con una mirada positiva y de admiración por aquello que, a pesar de todo, sigue siendo bello en tantas existencias mutiladas por la barbarie libertaria. Ciertamente hay pecado y responsabilidad personal, pero ante los ojos de Cristo, todos somos “mujeres adúlteras” (Jn 8, 1-11) y no nos salvamos por nuestros méritos.

 

Por estos motivos, ¿cuál sería hoy el mayor obstáculo para la evangelización? Élites católicas cegadas por prejuicios de clase, que desprecian la enseñanza de Francisco y cuyo compromiso político se reduciría a “arrojar piedras” moralizadoras a los pueblos sobre aquello que constituye su sufrimiento y su esclavitud [[3]].

 

 

La élite católica está para servir

 

En línea con la opción preferencial por los pobres, la élite católica debe ponerse, en consecuencia, en defensa de los intereses democráticos y económicos de las clases populares, rompiendo con los viejos reflejos de la época del comunismo, provenientes de la guerra fría. Eso se inscribe por lo demás en un esfuerzo de renovación cultural y democrática sin precedentes, que compete a todos los ciudadanos, independientemente de cuál sea su religión. Y eso requiere además un trabajo económico, legislativo y fiscal inmenso, que únicamente una élite es capaz de emprender. Semejante compromiso y semejante trabajo deben necesariamente acompañar a la evangelización.

 

En esta situación, decepciona ver a tantos jóvenes católicos, justamente preocupados por el compromiso político, militando por la familia y la vida de manera demasiado abstracta, sin preocupación suficiente por las condiciones de vida cada vez más precarias de un pueblo que ya no tiene porvenir económico.

 

La defensa de la vida (A.L., n. 83) es probablemente, de todos los temas de gran interés (y con razón) para los católicos, aquel en el cual peor se las arreglan.  Hay que entender esto bien. Muchos esfuerzos individuales son admirables. Desgraciadamente, nunca podrán llegar a un cambio estructural mientras no se sitúen en una acción política interpartidista más audaz y más amplia. Sin este apoyo, el enfoque resulta ser demasiado parcial, demasiado estrecho.

 

Entre las preguntas que se olvida hacer cuando se habla de ética familiar, no temamos repetir éstas: ¿cómo se puede formar una familia cuando no es posible pagar un arriendo y el joven está obligado a permanecer con sus padres (“La falta de una vivienda digna o adecuada” (A.L., n. 44)? ¿Cómo se puede alimentar hijos cuando no se tiene trabajo [[4]]? ¿Cómo estar ampliamente abierto a la vida cuando se sabe que nunca uno podrá comprar más de 50 metros cuadrados? Y tal vez ni siquiera eso.

 

Un sistema económico en que el trabajo no permite educar a una familia es profundamente inmoral. Y predicar sobre la familia a los pobres en esas condiciones, sin hacer al mismo tiempo algo para remediar injusticias que claman al Cielo, es una hipocresía. Quienes instalan ese sistema de injusticia económica cargan con gran parte del pecado de aborto. No se trata de buscar la utopía ni de pedir a la gente lo imposible, ni de culpabilizar a los jefes de empresa, ni de impulsar a cada uno a mezclarse en todo, sino de que cada uno haga algo, por poco que sea, y una oración para sostener un verdadero cambio.

 

El día en que el liberalismo se hunda como el comunismo, ¿volverá entonces la humanidad herida a la Iglesia? Sí, sin duda, pero únicamente si la Iglesia sabe acoger con misericordia, ya que esos futuros neófitos, ellos y ellas, se habrán divorciado varias veces, serán homosexuales, habrán sido criados por padres solos o parejas reconstituidas, habrán sido heridos por todo tipo de vicios. Pero la Iglesia está para acoger, integrar y sanar a los hijos de Dios, por muy en mal estado que se encuentren. ¿Cómo prepararse para este gran retorno que ya se vive? ¿Cómo manejar en toda su duración esta situación inédita? ¿Cómo hacer que este retorno a la vida no sea una nueva puesta en orden autoritaria? Éstas son las preguntas que parecen encontrarse en el horizonte de la exhortación del Papa.

 

¿Cómo no comprender, en esas condiciones, el efecto principal buscado por el Santo Padre mediante la inflexión de la pastoral de la Iglesia? Él no nos dice: vamos a cambiar la doctrina, ni nada semejante. Nos dice: no sigan ustedes en absoluto comportándose como fariseos. No se trata de un asunto vinculado con la opinión política contingente. Rebasa incluso, infinitamente, una serie de interrogantes de teología moral (que ciertamente merecen ser abordadas). Por todo lo cual resulta ser una cuestión de vida o muerte.

 

                                                           HENRI HUDE    

 

                                               Miembro del Consejo de Humanitas

 

 

 

 



[1]El libertarismo del dinero es la enloquecida economía financiera que tenemos a la vista, la cual desprecia el valor del trabajo humano. El libertarismo del poder es la manipulación, la propaganda y la violencia.

[2] BREVE NOTA SOBRE LA ÉLITE. En toda sociedad humana hay siempre una élite, es decir, grupos dirigentes o influyentes, que orientan la política, la economía o la cultura. También hay, en estos grupos o fuera de ellos, individuos dotados de una excelencia o poder especial, de orden espiritual o de otro carácter. Incluso en una sociedad con un ideal igualitario hay una élite igualitaria. El igualitarismo hace bajar el nivel general y favorece la desigualdad. La igualdad real consiste en esto: que la elite sea al mismo tiempo abierta y esté en actitud de servicio. Por lo tanto, los discursos antielitistas son al mismo tiempo justificados (si la élite es una casta cerrada en sí misma y en primer lugar al servicio de sí misma) e improcedentes (si se culpabiliza el hecho mismo de que haya una o varias élites). Lo anterior sigue siendo verdad si se logra elevar en gran medida, el nivel general de un pueblo, lo cual es deseable. Por ser la humildad una virtud, la élite debe estar dotada de la misma. Ser parte de la élite no justifica entonces mirar al prójimo con aire de superioridad. Si la élite carece de humildad, no es justa y se hace detestar. La humildad no consiste en no ver las propias cualidades ni en sentirse culpable de poseerlas, es decir, de haberlas recibido. Todo esto es válido a fortiori para la sociedad que es la Iglesia. La verdadera élite es la de la santidad y ella relativiza las jerarquías institucionales legítimas sin destruirlas, lo que también puede tener lugar sobre la base de valores simplemente humanos.

 

[3] “Esta misma raíz del amor, en todo caso, es lo que me lleva a rechazar la injusticia de que algunos tengan demasiado y otros no tengan nada; o lo que me mueve a buscar que también los descartables de la sociedad puedan vivir un poco de alegría. Pero eso no es envidia, sino deseos de equidad” (A.L., n. 96).

 

[4] “Es lo que la sociedad está viviendo trágicamente en muchos países, y esta ausencia de fuentes de trabajo afecta de diferentes maneras a la serenidad de las familias (A.L., n. 25)”. Se trata de “crear las condiciones legislativas y laborales para garantizar el futuro de los jóvenes y ayudarlos a realizar su proyecto de formar una familia (A.L., n. 43)”.

 

   

On Love and Joy: a Reflection

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Mise à jour le Mercredi, 06 Juillet 2016 18:01 Écrit par Henri Hude

Voici la traduction anglaise d'un texte que j'ai écrit sur Amoris Laetitia, publié dans Humanitas, qui compte une version anglaise et une version hispanique, celle-ci publiée à Santiago de Chile. Je recommande chaudement cette revue, dont j'ai l'honneur d'être membre. Vous pouvez la recommander à vos amis anglophones et hispanophones. 

 

 

ON LOVE AND JOY: A REFLECTION

 

Taking a distance without rushing into its application to particular cases

 

Starting by chapter 8, the most controversial one of the apostolic exhortation, dealing with the situations of the crisis in couples, is not the best way to approach it. This would be as if looking at a landscape by the wrong end of the binoculars.

 

The Pope is realistically aware -once again- of the likely narrow interpretations the text may be given and foresees the difficult reception it may have. However, he is not prejudiced against those who might not welcome his views in the matter. Probably some will fail to grasp his insights or appreciate the direction this new impulse he is giving to the Church. Thus he remarks, “I understand those who prefer a more rigorous pastoral care which leaves no room for confusion” (n. 308). Yet, he requests Catholics to trust him follow him in his views.

 

Being a Catholic is somehow like flying on a plane

 

You have to trust the pilot, in this case the Pope. We are not bound to believe him infallible at all times, in fact most of the time we must believe otherwise. However, if you believe that Christ does not cease to lead His Church, never stops pouring forth His Holy Spirit and that He will never leave Her to its own fate, then you must trust, respect and thank Her for her teachings and guidance, even when you may find them difficult to take in. We should rejoice in such difficulties, which are but signals of a favorable personal crisis which will serve for our own growth.

 

Unless we do so, we run the risk of getting tangled in the controversy. We need to take a step back so as to look at this remarkable text with some perspective, which deserves a heartfelt attention and a sincere high-mindedness.

 

 

A Thomistic text

 

From the point of view of the practical philosophy (where my training, competence and perspective lie), I clearly note an Aristotelian or Thomistic orientation in this text, as in the overall thought of the Holy Father. The name of Thomas Aquinas is repeated five times throughout the document and no less than 10 texts by him are referred to, along with a book about love by Father Sertillanges, O.P., a Thomist theologian, which is also quoted (note 139).

 

In times when Thomism (what the mass media would call ‘conservative’) is making a significant return, Francisco’s magisterium has been denounced -by some more papist than the Pope himself- and equated to the progressives’ attainments after Vatican II. Undoubtedly the situation is complex and paradoxical since the preconceived notions are not enough to understand what Francis wants to say. We just need to follow a concrete intuition which does not stick to the current categories.

 

The concept of happiness (e.g. n. 149), focused on joy, and the virtue of prudence (especially in ch.8) pervade his moral thought. These two virtues stand along with the notion of friendship that underlies the definition of love (n. 120) and of conjugal love (n. 123). These fundamental notions of practical wisdom are reexamined here with a renewed perspective of the faith.

 

The reference to St. Thomas then, is neither casual nor tactical, but genuine and substantial since his definition of happiness ‘the enlargement of the heart’ (n. 126) is adopted in the exhortation. Naturally, the notion of law is also present -though subordinated. The conscience is not regarded here in its relationship with the law as a universal principle, but in connection with prudence (or lack of it) in one’s actions. The natural law, as referred to here (n. 305), hinges on the “heart” as conveyed in the Epistle to the Romans, 2, 15 (n. 222). This law is not a purely rational legislation which sets obligations a priori (as opposed to the rationalistic and Kantian or Jansenist conception of the law), but “a source of objective inspiration” for Man as a decision maker.

 

 

A moral of joy and a spirituality of cheerfulness - Both natural and supernatural

 

Francisco’s thought on matters of moral theology pertain to what I would call a very natural supernatural eudaemonism (from Greek eudaimonia = happiness). Joy is viewed as happiness. The term “joy” is repeated over 55 times along the text, so a good way to understand this exhortation would be by identifying the diverse senses and coherence in the use of this word. Basically, it refers to the joy of loving, which for the largest majority of humans is first experienced in the family. Disgrace, conversely, results from emotional disappointments and difficulties within the family, either in the couple or between parents and children.

 

This eudaemonism is supernatural as we all know from our personal experience how difficult it is to love, especially in the family, and therefore to be happy. Such difficulty has got deep roots and entails a sort of illness, worse than physical or mental ailment; this disease is called original sin (cf. The name of God is mercy). The path to happiness is not an easy one; it often gets mixed up with the therapeutic (salvation) or liberation  (redemption) ones in search for the cure of this disease. Christ is the doctor. The Church is the field hospital (n. 291). The remedy is called cross. The cure is called resurrection.

 

This eudemonism is also quite natural, it is about bringing joy to everyday life and to those around us. Evangelization is nothing but this effort to make joy alive so as to live accordingly in this time and later on in eternity. Christ’s religion brings joy, even in the midst of sorrow and hardships, what makes it a religion authentic and alive, hence we call it the good news; “evangelium” in Greek.  

 

The joy of loving within the family is the prolongation of the joy of the Gospel. The essence of Christian life and its goal are identical: the joy of loving. This is the sign of the life in the Spirit hence the evangelization is nothing but to make others aspiring to the fullness of Christ’s joy.

 

The Pope's insistence on mercy is then easily understood: without mercy, we turn dry, hard and sad. It is only by his mercy that we may take up the cross fully -without which Christianity is not such- without traumatizing or making us flee from pain.

 

 

All this exemplified in a especially enlightening quote

 

Number 317 may be seen as the culmination of the text: “If a family is centred on Christ, he will unify and illumine its entire life. Moments of pain and difficulty will be experienced in union with the Lord’s cross, and his closeness will make it possible to surmount them. In the darkest hours of a family’s life, union with Jesus in his abandonment can help avoid a breakup. Gradually, «with the grace of the Holy Spirit, [the spouses] grow in holiness through married life, also by sharing in the mystery of Christ’s cross, which transforms difficulties and sufferings into an offering of love”. Moreover, moments of joy, relaxation, celebration, and even sexuality can be experienced as a sharing in the full life of the resurrection. Married couples shape with different daily gestures a “God-enlightened space in which to experience the hidden presence of the risen Lord.”

 

 

     HENRI HUDE 

                                                                 Member of the HUMANITAS Board

 


DESTAQUES.

 

1.      If you believe that Christ does not cease to lead His Church, never stops pouring forth His Holy Spirit and that He will never leave Her to its own fate.

 

2.      I clearly note an Aristotelian or Thomistic orientation in this text… The name of Thomas Aquinas is repeated five times throughout the document and no less than 10 texts by him are referred to.

 

3.      The Pope's insistence on mercy is easily understood: without mercy, we turn dry, hard and sad. It is only by his mercy that we may take up the cross fully without traumatizing or making us flee from pain.

   

Après le Brexit. Le présent et l'avenir de l'Europe en dix points.

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Mise à jour le Mardi, 05 Juillet 2016 06:13 Écrit par Henri Hude



Le vote sur le Brexit est l’un des évènements historiques les plus importants depuis l’effondrement du mur de Berlin. Il convient d’en mesurer d’ores et déjà la portée et toute la signification. Il détruit le statu quo européen, il nous fait nous poser les questions qu’on évite depuis longtemps sur la construction européenne, et fait entrer notre continent dans une nouvelle période risquée et inconnue. Essayons de penser sur ce sujet avec une parfaite honnêteté intellectuelle.

Article écrit par Henri Hude & Co. 

 

 

 

Premièrement, il convient de se demander si le mandat donné par le peuple britannique sera appliqué ou non. Certes, l’avantage du camp Brexit dans le vote n’est pas énorme, mais il est supérieur par exemple au résultat du oui au traité de Maastricht en France (51%). Ce mandat sera-t-il dilué dans une manœuvre parlementaire comme l’a été le non au traité constitutionnel en France en 2005 ? La classe dirigeante britannique trouvera-t-elle toutes les bonnes raisons de ne pas faire jouer l’article 50 ? Les pouvoirs européens oseront ils s’affranchir une nouvelle fois de la volonté populaire et traiter le peuple anglais comme ils ont traité les Grecs l’année dernière ?

Cette question nous montre le véritable enjeu de la construction européenne, enjeu que la campagne du Brexit / Remain n’a pas guère abordé : les nations européennes veulent elles, oui ou non, conserver la démocratie ? Car on admet que la démocratie directe soit filtrée par la démocratie représentative. Pourtant, si ce qu’on appelle une démocratie représentative est telle qu’elle soit en tout en contradiction avec ce que seraient les décisions d’une démocratie directe, il n’y a plus aucune raison pour parler de démocratie représentative, ni donc de démocratie tout court. La démocratie existe en Europe dans le cadre des nations, et aujourd’hui uniquement dans le cadre des nations. Le Parlement européen a très peu de réel pouvoir ; et en aurait-il davantage, il s’agit d’une institution de démocratie extrêmement indirecte et qui a souvent participé au court-circuitage des volontés populaires non conformes à celle de certaines élites. Certes, on peut envisager qu’à long terme se construise une nation européenne, avec un seul peuple (démos), une culture plus homogène, un même sentiment national et des institutions démocratiques. Mais aujourd’hui, il n’y a pas de démocratie possible en Europe, car il n’existe pas de peuple européen, et c’est encore vrai pour plusieurs générations. Entre temps, l’Union européenne sera pendant soixante dix ou cent ans la chose de ses dirigeants, qui par ailleurs peuvent très bien avoir de bonnes intentions. Est-il raisonnable, aujourd’hui, au nom de la raison, d’abolir la démocratie ? Telle est la question. Elle n’est pas sortir ou non de l’Union européenne ; il s’agit de sortir ou non de la démocratie. Faut-il considérer que l’Homme européen a besoin d’un nouveau régime, celui d’un despotisme éclairé et doux ?

L’Europe, comme on le dit à raison, est diverse et compte des dizaines de peuples qui ont tous des intérêts et des cultures diverses. La démocratie requiert la souveraineté. Pour dire les choses simplement, un peuple qui n’est pas souverain n’est pas une démocratie. Les gens peuvent y avoir des droits et vivre heureux, sans craindre pour la sécurité de leurs personnes ou de leurs biens, mais ils ne sont plus citoyens. Ils sont sujets. Ils obéissent à des lois faites par une autorité à laquelle ils ne participent pas, et obéissent à des dirigeants qui ne sont pas responsables devant eux. Les Français ont été sujets de leurs rois pendant huit siècles. N’oublions pas que tant que tout va bien en Europe, il est facile de parler d’harmonie et d’intérêts communs. Mais en temps de crise financière et économique violente, les intérêts des peuples européens seront aussi contradictoires que ceux de créanciers et de débiteurs, il n’y aura plus d’intérêt commun, mais l’intérêt des plus forts.

Ainsi, mutualiser les souverainetés nationales, c’est déconstruire les démocraties nationales, au profit d’un pouvoir étatique européen dont il est illusoire et / ou mensonger de penser qu’il pourra être démocratique avant plusieurs générations. En comparaison, toute considération économique ou financière est secondaire.

La construction européenne arrive donc à ce moment que la République romaine a connu à l’époque de César. Elle comprend que pour agréger des peuples et des cultures si différents, un régime de libertés civiques n’est pas suffisant, et qu’il faut un pouvoir beaucoup plus fort et centralisateur. César fut l’homme qui sacrifia la République (aristocratique) romaine pour assurer l’Empire. Car par sa taille, l’Union européenne a une dimension impériale. Or, un Empire ne tient que s’il est capable (i) de répondre à la demande économique, sécuritaire et culturelle des peuples auxquels il prend leur liberté politique, (ii) de combattre ces forces centrifuges que sont les souverainetés et traditions nationales. Ainsi, aujourd’hui, si Bruxelles veut démontrer sa capacité à construire une union politique, elle doit démontrer sa capacité à (i) générer une grande prospérité et des emplois riches pour tous les Européens qu’elle privera de leurs droits démocratiques, tout en étant capable (ii) de briser les volontés d’indépendance nationale.

Quant à l’idée selon laquelle on va demain démocratiser l’Union, tout en étant résolu à continuer à compter pour nulles et non avenues les expressions démocratiques des peuples, c’est une vaine idée. L’exemple du referendum grec de l’année dernière montre comment à la première tension grave, il est difficile de concilier démocratie et unité européenne, et montre aussi quel est le choix des autorités européennes quand la question se pose.

Et si l’Union, tout en privant les peuples de leurs droits démocratiques effectifs, se montre incapable de démontrer son utilité économique et de remplir son rôle de sécurité, alors l’union politique n’a aucun avenir autre que la dictature.

Quel est l’avenir de l’Union européenne dans sa forme politique ? La réponse à cette question dépend de la réponse aux questions précédentes. Bien entendu, l’Europe peut s’en tenir au marché commun envisagé au début, et se limiter à une alliance entre démocraties souveraines qui mettent en commun leur poids en négociant ensemble face aux grandes puissances. Mais cette version économique de l’Europe n’est clairement pas le chemin que suivent les pouvoirs européens.

 

 

 

Deuxièmement, le Brexit est une déclaration d’indépendance de la Grande-Bretagne par rapport à Washington. Londres était le plus ancien, naturel, solide et fidèle allié de Washington en Europe. Washington se l’est aliéné. Conséquences ? Washington, on le sait, a les moyens militaires de tout faire tout seul, mais n’a pas une liberté d’action politique complète. Il ne peut rien entreprendre sans l’appui diplomatique et militaire de Londres, et secondairement de Paris. Même si les accords militaires ne changeront probablement pas, le Brexit signifie l’affaiblissement de l’OTAN en Europe, en tout cas, sa moindre capacité à organiser à engager des actions au Moyen-Orient et contre la Russie.

Tout cela s’est produit à cause de la démesure napoléonienne de la politique de Washington, qui a maltraité son meilleur allié en Europe et se l’est durablement aliéné. Le Brexit n’est pas seulement le commencement de la fin du libéralisme, c’est aussi le commencement de la fin d’un monde dominé par l’Empire américain. Paradoxalement, c’est peut-être le salut de l’influence anglo-saxonne dans le monde. 

 

 

 

Troisièmement, sous les vagues d’une campagne électorale assez pitoyable, et au-delà des débats faibles sur l’immigration, qui ont occupé le devant de la scène, le Brexit pourrait marquer la sortie de la place financière londonienne hors de la sphère d’influence américaine. Cela signifierait le retour de l’Angleterre au premier rang des puissances mondiales.

Il s’agit là d’une conjecture, et en aucun cas d’une certitude. Pour bien comprendre, il faudrait savoir quel fut le degré de collusion entre Wall-Street et Francfort dans les récentes tentatives de prise d’autorité de la BCE sur la City. Ni le sentiment du riche londonien ni les prises de position des grandes banques américaines, françaises ou allemandes ne nous disent quelle fut sur le Brexit l’appréciation profonde et discrète des Britanniques les plus influents de la City. Londres acceptait la relation privilégiée avec Washington, tant qu’elle favorisait son industrie majeure. Il est possible que le trop fort rapprochement entre Washington et Berlin ait poussé Londres à un acte d’auto-défense au moins aussi prévisible que ne l’était par ailleurs la réaction populaire au libéralisme sauvage. Ainsi, dans un monde où les régimes non démocratiques inquiètent leurs citoyens fortunés, mais aussi où Washington se permet d’infliger des sanctions financières (Russie) ou d’immenses amendes aux entreprises (Volkswagen) et banques (BNPP) des pays qui hésitent à suivre ses consignes, Londres est en train de devenir l’endroit du monde le plus sûr pour y déposer son argent. Le Brexit pourrait ainsi marquer un choix de la City voulant devenir la place de marché pour les monnaies des pays en froid avec les Etats-Unis, à commencer par la Chine, dont le Yuan aspire à devenir la future monnaie mondiale. Un tel positionnement hostile au Dollar, est impossible pour un satellite des Etats-Unis. D’où le Brexit, vu du point de vue de l’élite britannique – les débats sur l’immigration servant à mettre la rupture sur le compte des « populistes ».

 

 

 

Quatrièmement, les relations intra-européennes font en un sens retour à la situation d’avant le Traité de Rome. Le Brexit est en effet aussi un acte anglais d’indépendance hostile par rapport à Berlin. La Grande-Bretagne reprend à son compte dans un puissant acte symbolique les fortes paroles prononcées jadis à l’intention de l’Empire allemand par Clemenceau à l’Assemblée Nationale : « Nous ne consentons pas à l’acte d’abdication souscrit pour nous par nos voisins. Nous sommes une grande nation et nous entendons le rester. » Washington avait peu à peu substitué à Londres Berlin via Bruxelles, dans le rôle d’allié privilégié, chargé de contrôler l’Europe en son nom et à son service. Les Anglais ne l’ont pas admis. Le Brexit laisse donc l’Allemagne seule au contrôle de l’Europe, avec une France totalement passive sous un président impuissant. Il est probable que dans les mois qui viennent, l’avenir de l’UE va s’identifier avec l’intérêt de l’Allemagne, notamment en raison de l’effacement de la France. C’est un grave facteur de trouble pour l’Europe qui verrait alors se reconstituer l’impérialisme allemand, sous une forme paradoxale il est vrai.

Il est vrai que, dans la perspective d’un Brexit effectif, les destinées de l’Allemagne sont plutôt sombres. Le retour envisageable des Etats-Unis à l’isolationnisme la laisserait isolée en Europe et dans le monde. L’indépendance européenne par rapport à Washington et la décomposition de Bruxelles ne lui laisseront plus en propre que son identité nationale difficile à gérer et des créances envers des pays insolvables. 

 

 

 

 

Cinquièmement, l’application loyale et fair-play de la décision de Brexit par la Grande-Bretagne ferait prendre conscience en France, rétrospectivement, de l’illégalité du Traité de Lisbonne. Celui-ci consacra en 2009 la violation claire de la volonté du peuple français, pourtant exprimée lors du référendum de 2005. Indépendamment de l’attachement que l’on peut avoir pour le projet européen, cette violation est une faute, et elle est potentiellement mortelle pour la construction européenne en France. La prise de conscience progressive par les Français de cette violation pourrait mener à des débats très durs sur la nullité de l’acte parlementaire usurpant la souveraineté du peuple français. Il est difficile de voir comment l’on pourrait se sortir démocratiquement de cette impasse sans une nouvelle consultation référendaire en France. Son résultat probable sera le Frexit ou du moins le gel du projet européen en France. En effet, tout referendum sera pour la classe dirigeante un vote de confiance, vote qu’elle perdra. Et si la classe dirigeante ne propose aucun referendum, toute prochaine élection présidentielle risquera de devenir de fait un referendum sur le maintien ou non de la démocratie avec des conséquences incalculables. Notre pays vit dans l’état d’urgence en raison du terrorisme islamiste. Pourtant, les futurs débats sur le traité de Lisbonne sont porteurs de troubles beaucoup plus graves pour l’unité de notre pays que des attentats.

 

 

 

 

Sixièmement, le Frexit, sans résoudre aucun des problèmes intrinsèques à notre pays, aurait une conséquence diplomatique intéressante. L’Europe, comme le pensait à juste titre le Général de Gaulle, est une alliance entre égaux de la France et de l’Allemagne. Mais aujourd’hui, tant que la France ne fait pas le poids face à l’Allemagne de plus en plus impériale, et que le projet européen devient si impopulaire, l’alternative est une nouvelle Entente cordiale, alliance avec une Angleterre sortie de l’Union européenne. Les deux nations, riches de leurs traditions et relations hors d’Europe, reprendront des politiques concertées de rayonnement. Logiquement, elles complèteront leur Entente en donnant la main à la Russie et pourraient constituer le terminal européen de la route de la soie chinoise. L’Union européenne, c’est l’Europe qui sort de l’Histoire pour devenir sous contrôle américain une immense Suisse, mais sans identité, dans laquelle l’Allemagne joue le rôle traditionnel du canton de Berne. Mais ce n’est probablement là qu’une étape de la vie des nations.

 

 

 

 

Septièmement, les affres de l’Union européenne ne sont qu’un aspect de la fin du libéralisme qui meurt de son injustice. Injustice sociale, dont les peuples ne veulent plus ; injustice politique, les peuples voulant un partage du pouvoir et un minimum de démocratie ; injustice spirituelle, l’argent imposant aux peuples de devenir des amnésiques sans identité, et aux individus de devenir des zombies nihilistes soumis à des puissances d’argent et de transgression. Le libéralisme est en train de devenir une aristocratie nihiliste, comme l’était le national-socialisme sous une forme bien plus criminelle et ouvertement violente. La grande question morale et spirituelle est de savoir ce qui peut succéder aux Lumières éteintes et aux vieilles idéologies. C’est dans cette perspective qu’il faut interpréter, notamment, la politique du pape François. L’Europe a pour mission historique de rompre avec ce chaos nihiliste, d’inventer la culture qui vient après, en cohérence avec son histoire, et de la traduire dans une politique d’ensemble exprimant un renouveau global de civilisation.

 

 

 

 

Huitièmement, et dans ce contexte, quel avenir pour l’Union européenne ? Il est sombre. Ce qui a été fait sans mandat clair des peuples ne tiendra pas devant la révolte des peuples qui s’annonce pour les prochaines années. Car c’est une utopie que de prétendre construire l’Europe contre sa tradition de liberté. Et la liberté des peuples n’est pas simplement la liberté d’élites qui déclarent froidement incarner par définition la démocratie, au besoin contre le peuple. Or c’est là clairement ce qui est en train d’advenir. L’Europe politique, c’est la construction d’un super-Etat européen, qui annule progressivement les souverainetés nationales, avec une bureaucratie, un parlement, des cours de justice, un pouvoir réglementaire allant bien au-delà de la nécessaire réglementation de la monnaie commune. La révolte des peuples contre cette Europe politique doit devenir un des scénarii majeurs de tout parti politique.

On doit envisager maintenant un possible désastre de la construction européenne. « Extrémisme » n’est pas pour nous un slogan, mais un concept. Nous concevons en effet sans difficulté des réactions à l’universalisme abstrait de l’Europe amnésique et sans identité, sous forme de particularismes arbitraires et fermés, chacun n’agissant que pour soi, et procédant à une réactivation, d’une manière nouvelle, des logiques d’avant 1914.

Les partis et les responsables politiques qui ont souci du bien commun doivent à tout prix sortir de deux dénis symétriques : le déni conservateur de l’UE, aussi bien que le déni des risques de l’extrémisme révolutionnaire. Il faut absolument entrer dans une logique réaliste. Les anciens partisans de l’Union politique doivent prendre acte de sa dissolution de fait, car dès qu’on sort des beaux quartiers, et des plateaux-télé, elle n’existe plus que contre la démocratie et toute la tradition européenne de liberté. Des catastrophes internationales redeviennent possibles, si seuls les partis extrémistes sont pour la démocratie, la souveraineté nationale et la consultation populaire, alors que les partis modérés seraient perçus comme voulant dissoudre les nations dans une construction bureaucratique, inefficace et injuste.

La campagne du Brexit est un signe terrible où les partisans du Remain n’ont pas réussi à répondre à cette question légitime : « à quoi sert l’Union Européenne à part détruire notre souveraineté nationale ? »

Ainsi, soit Bruxelles et Berlin, plus les suiveurs à Paris, Rome, etc. prennent la mesure de l’ampleur historique du soulèvement populaire, soit ils s’imaginent encore, comme Napoléon en 1813, pouvoir sauvegarder l’essentiel de l’existant.

Il faut souhaiter que les pouvoirs comprennent que l’Europe politique est perdue, et qu’ils sauront la sacrifier au profit de l’Europe économique, idée initiale. L’Europe se recentrerait alors sur les domaines où l’Europe est pleinement légitime : (i) l’union douanière pour les échanges intra européens, dont la légitimité et les bénéfices ne font aucun doute, (ii) une politique d’investissement dans l’industrie et les infrastructures européennes, qui utiliserait le crédit de la BCE pour financer l’économie, (iii) la coopération des nations sur certains points clés pour bénéficier de la taille des marchés européens, dans des domaines comme la sécurité énergétique, la défense de son commerce et son droit à commercer avec qui elle veut. Car seuls les fous ne voient pas les avantages du jeu collectif en Europe, face aux grandes puissances.

Un tel recentrage serait bien entendu un changement considérable et, du point de vue de l’idéal européen, un retour en arrière. Mais cela permettrait à des dirigeants modérés de préempter un mouvement probablement inévitable, ainsi que de démontrer aux peuples qu’ils ont compris les raisons du rejet de l’Europe et qu’ils recentrent le projet européen sur le service des peuples et le développement économique. Cette prise en main responsable est probablement impossible avec des chevaux de retour symbolisant qui la technocratie, qui l’impuissance, ou qui le viol de la démocratie.

Sans un tel repli stratégique, c’est toute l’idée de construction européenne qui est condamnée, sauf fuite en avant (heureusement improbable) dans le despotisme dur. Et ceux qui bénéficieront du déni seront des extrémistes.

 

 

 

 

Neuvièmement, on demandera en effet : dans ce moment de fin du libéralisme, est-ce que les partis extrémistes ne vont pas profiter de la situation ? C’est probable, mais les vieilles idéologies ne pourront pas revenir telles qu’elles étaient. A terme, ni les politiciens technocrates et libéraux en faillite, ni les amateurs qui font la politique d’opposition ne peuvent gérer comme il faut, garder la confiance populaire, et renouer avec la prospérité. C’est donc sans doute une classe dirigeante tout à fait nouvelle, non libérale (mais capitaliste et néanmoins juste) qui va émerger. Associer nécessairement et logiquement trois termes aussi contradictoires entre eux dans la culture encore dominante, permet de prendre la mesure du renouveau culturel requis et en cours d'apparition au sein de l’humanisme européen.

 

 

 

 

Dixièmement, on demandera enfin : mais que reste-t-il de l’Europe dans ces conditions ? Je réponds : il en reste ce qu’il est resté de la Russie après la fin de l’Union soviétique, c’est-à-dire tout l’essentiel : les peuples, la culture substantielle, l’industrie et le génie inventif. Il reste aussi une expérience historique dramatique, qui peut se traduire comme suit en termes de dialectique hégélienne :

Thèse : opposition des nationalismes impériaux, histoire à base de lutte pour l’empire et pour résultat deux guerres civiles européennes (14-18, 39-45).

Antithèse : folle tentative de destruction des nations et sortie de l’histoire par soumission à un impérialisme global, pour éviter le retour  des  nationalismes impériaux.

Synthèse : destruction de la destruction, abandon de la perspective de soumission à l’empire, COOPERATION SYSTEMATIQUE ET PRAGMATIQUE ENTRE NATIONALITES RENOVEES NON-IMPERIALISTES et, en conséquence, rentrée dans l’histoire. 

 

   

Après le Brexit. Le commencement de la fin du libéralisme

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Mise à jour le Vendredi, 24 Juin 2016 07:09 Écrit par Henri Hude

 

 

Plusieurs personnes m’ont demandé de préciser ma pensée sur le libéralisme et aussi sur l’interprétation de l’action du pape François, qui s'explique, à mon sens, par l'anticipation de la fin du libéralisme. Voici donc un premier article.

Il n’est pas douteux que le Brexit marque le commencement de la fin du libéralisme.

 

 

Je prends « libéralisme » en un sens descriptif : ce qu’il est de fait aujourd’hui [2016] : ni l’économie libre ou le capitalisme, ni l’amour de la noble liberté, ni de grands auteurs du XIXème siècle, ni l’opposition au communisme ; mais, une idéologie dégradée dans laquelle liberté signifie indépendance individuelle séparée du vrai et du bien ; d’où : monopole culturel du nihilisme et de l’amnésie, économie d’appropriation, abaissement de la démocratie par la technocratie et / ou l’aristocratie d’argent[i].  

Ma clé de lecture pour comprendre la pensée du pape François est une interprétation du devenir historique. Il faut anticiper la chute du libéralisme et un retour des peuples vers l’Eglise, dans la mesure où elle incarnera de plus en plus l’avenir de l’humanisme. C’est le complément de ce qui s’est produit sous Jean-Paul II, avec la chute du communisme. Après cela commence une autre époque, celle qui suit l’ère des Lumières. Je ne dis pas que c’est l’opinion du pape ; je dis que si on pose cette hypothèse, son action paraît très cohérente.

Certains jugent trop optimiste cette interprétation de l’histoire. Le système libéral est plus stable, nous dit-on, que ne l’était le communisme et surtout les gens ne se convertiront pas si volontiers. Examinons ces deux questions.

 

 

 

Pourquoi le libéralisme est désormais aussi instable que l’était le communisme à la fin de sa vie

 

1° Selon la philosophie politique classique, seuls sont stables les régimes mixtes, mélanges équitables d’oligarchie et de démocratie, or le régime libéral est de plus en plus une pure oligarchie.

 

2° Les régimes stables sont capables de décisions adaptées. Or, le libéralisme est l’inverse du communisme. Pour ce dernier, l’individu n’existe pas. Pour le libéralisme, il n’y a que lui. Aucun des deux ne connaît l’homme. Ces idéologies inadéquates font prendre des décisions inadaptées à l’humain, dont l’agrégation aboutit à des crises majeures, où ces régimes doivent périr.

 

3° Une opinion courante attribue au libéralisme une stabilité supérieure parce qu’il jouit d’un fort consentement de la part des peuples, s’enracine dans l’exploitation cynique des concupiscences et fournit l’illusion que le bonheur sera obtenu. Ces arguments étaient valables en Union Soviétique, y compris en ses dernières années, tant était forte la propagande, malgré le désenchantement croissant des peuples. Et cela n’a pas empêché la chute du communisme.

 

4° Le système libéral en Europe restera en place aussi longtemps qu’il aura la ressource suffisante pour acheter la paix sociale. Or, nous arrivons aux limites d’une course en avant où les Etats remplacent les emplois productifs perdus par de la dépense publique financée par la dette, elle-même refinancée par de la pure création monétaire. D’énormes bulles financières se forment, où est camouflée l’inflation. La confiance dans la monnaie se trouve peu à peu amoindrie. Le libéralisme est aujourd’hui aussi vulnérable que le communisme dans ses dernières années.

 

5° Aux Etats-Unis, cœur du système, la manipulation de la démocratie devient difficile. La Maison Blanche devient accessible, soit à un socialiste, soit à un populiste autoritaire, tous deux anti-oligarchiques, anti-impériaux et hostiles à l’économie néolibérale. L’establishment ne peut plus imposer facilement des candidats. Internet compense sa puissance médiatique. Des candidats sans appui dans l’oligarchie arrivent à se financer en additionnant des millions de petites contributions. La corruption de classes politiques pseudo-démocratiques devient évidente. Les peuples leur refusent la confiance, au point que les reports de voix deviennent massifs d’un candidat antisystème à un autre.

 

6° Le communisme était une oligarchie brutale, le libéralisme est une oligarchie rusée. Sans doute la stabilité du libéralisme est-elle due à sa capacité à récupérer les opposants. Mais en quoi celle-ci consiste-t-elle ?

 

(A) La plupart des critiques non libérales du libéralisme sont insuffisantes et font peur (néo-communiste, néo-jacobine, néo-fasciste, islamiste, etc.) ; et c’est ce qui limite encore l’adhésion des peuples à un avenir nouveau ; mais cette peur cessera du jour où se seront fait jour des critiques suffisamment réalistes et décentes.

 

(B) Toute critique libérale du libéralisme aboutit à la renforcer. On croit donc qu’il suffirait au libéralisme pour se maintenir de pousser tantôt la subversion, tantôt la réaction, ou tantôt l’illogisme. Cela était exact pour le libéralisme à son sommet, après la chute du mur de Berlin. Mais c’est désormais faux pour le  libéralisme au bord de la banqueroute, divisé contre lui-même, et forcé de recourir  à des expédients de plus en plus extrêmes pour prolonger son système. De plus, à mesure que grandissent les injustices, de très grands leaders finiront par émerger, à culture large et unitive, compétents, habiles et avec une nouvelle vision d’avenir. Le pape François est l’archétype des chefs qui verront la fin du libéralisme.  

 

 

 

Les peuples vont-ils se convertir ?

 

Sans doute, la conversion des peuples dépend d’abord de Dieu. Toutefois, Jésus dit comment s’opère celle du "fils prodigue" (Luc, 15, 11-32). Il dépense plus qu’il ne gagne et vit dans la licence. Cette immoralité ne peut durer indéfiniment et « quand il eut tout dépensé, il eut faim. » Il réfléchit. Il souffre du chômage, de la pauvreté et de sa propre indignité. Que cherche-t-il ? Du travail. Sur quoi compte-t-il ? Sur la miséricorde du Père. Quel est l’obstacle à son retour ? La mentalité du fils aîné. Celui-ci ne se soucie ni de la pauvreté, ni du chômage de son frère, qui n’a que ce qu’il mérite. Il s’accommode d’être seul dans la maison du père. Il souligne inlassablement les honteuses dépravations du cadet, reproche au père de tuer le veau gras (et de ne pas mettre la barre assez haut dans le domaine moral[ii]). Cela lui permet de ne pas se convertir, lui, le juste.    

   

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