Henri Hude

Sur la liberté éducative

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Jeudi, 22 Septembre 2016 11:32 Écrit par Henri Hude

Voici la fin du chapitre IX d'Éthique et politique, sur la culture et l’éducation. 

POUR REVENIR A LA SECTION 1, CLIQUER ICI

POUR ALLER A L'ARTICLE PRECEDENT CLIQUER ICI

 

 

 

Parents, enseignants, pouvoirs publics

 

[Si l’on fait abstraction des pouvoirs subsidiaires, qui ne sont là que pour aider,] les premiers intéressés dans une ­école sont d’abord des parents associés et ­des enseignants associés. Les parents (il n'y a pas toujours des parents attentifs pour tous les enfants) attendent des enseignants qu’ils instruisent leurs enfants et viennent compléter leur éducation dans le même esprit qui préside à celle qui leur est­ donnée en famille, si la famille remplit sa fonction. Les parents rétribuent les enseignants en reconnaissance du service qu’ils ­leur rendent ainsi qu’à leurs enfants.

 

Dans tout cela, l’autorité publique locale, et à plus forte ­raison l’État, n’ont en théorie pas grand’ chose à voir, quand il y a des parents dotés d’un minimum suffisant de capacité éducative. Les ­ménages et les entreprises où travaillent les parents sont les seules sources ultimes de financement ­des établissements scolaires. Quand l’État se présente comme le ­mentor universel et la source de tout financement en la matière, ­il agit exactement comme un banquier qui prétendrait régler les ­dépenses et la vie de ses déposants sous prétexte que leurs­ paiements sont effectués par son intermédiaire. […]

 

 

 

Le rôle de l’État ­est de veiller au maintien de la justice :

 

 

Vérifier que les ­enfants soient bien traités et reçoivent un enseignement de ­qualité ; que les parents ne soient pas dépossédés de leurs responsabilités, et qu’ils ne démissionnent pas ; que les ­professeurs aient de bonnes conditions de travail et soient rétribués équitablement.

 

L’État doit aussi veiller à ce que les enfants des classes ­les plus modestes reçoivent la meilleure instruction. C’est en ­cela que son intervention se justifie le mieux. La liberté éducative risque toujours de nourrir un excès d’inégalité et d’accentuer plus qu’il ne conviendrait le caractère ­oligarchique de la société. C’est pourquoi la liberté éducative doit être équilibrée par des choix fiscaux et de financement équitables, conformes­ au bien commun et sources de bonne entente.

 

L’État doit aussi veiller à ce que l’éducation des enfants ­ne devienne jamais une activité lucrative comme les autres.­ ­L’idéal serait que les établissements soient complètement libres ­et en grande partie autofinancés. Mais cet idéal ne serait­ équitable, que si de tels établissements étaient dotés d’un ­statut original d’activité à la fois non lucrative et pourtant ­soumise en quelque façon aux lois du marché, non en tant en tant qu’elles­ expriment le jeu mécanique de la­ formation des prix, mais la liberté du choix. Entre la pesanteur étatiste et l’esprit­ mercantile, il y a place pour des formules qui composeraient l’efficacité de l’esprit d’entreprise ou la liberté ­du marché avec la solidarité sociale et avec le caractère désintéressé qu’il faut conserver à l’activité ­éducative.

 

Quand l’État fait bénéficier de la gratuité totale un type ­d’école en en excluant les autres, il charge d’un impôt spécial ­tous les parents qui, pour des raisons dont ils sont seuls juges, souhaitent confier leurs enfants à d’autres genres d’écoles qu’il ­refuse de financer à égalité. Cette politique est contraire à la­ fois au droit des parents éducateurs, au principe de l’égalité devant­ l’impôt et à la liberté de conscience.

 

 

 

La logique anarcho-totalitaire et l'usurpation de l'autorité éducative

 

 

[…] Si les parents n’ont pas le droit d’éduquer, qui en a le­ droit ? Les enfants eux-mêmes ? Mais c’est une contradiction dans ­les termes. Évidemment, ce sera l’État, et même l’État qui ­dépouille les parents de leur droit, c’est-à-dire l’État (­pseudo-)progressiste en sa double logique, libertine et ­totalitaire.        

 

Il faut expliquer cette double logique. Elle part de ­l’esprit libertin, ennemi déclaré de toute vérité et de toute­ valeur objectives (mais aussi dogmatique en fait que tous­ les autres réunis). Le libertin ne peut supporter de se sentir ­entravé, et cela va jusqu’à lui rendre insupportable la vie sociale, qui ne va pas sans de multiples liaisons, contraintes et ­obligations mutuelles. Il lui semble ainsi que l’état naturel de l’homme devrait être l’existence individuelle asociale, où chacun ­vivrait seul et, comme disent les Anglais, « avec sa propre­ personne ». Telle est la logique radicalement individualiste de­ l’esprit libertin.

 

Mais le libertin sait bien qu’il est impossible de ne pas vivre en société. Il voudra­ encore une société, mais radicalement individualiste. Cette aspiration ne­ saurait se contenter d’une société dans laquelle chacun vivrait ­sans le moindre souci des autres. En réalité, l’individualisme­ n’est satisfait qu’à partir du moment où les multiples individus de la société ne font plus qu’un seul individu. Car c’est ­seulement ainsi que disparaît vraiment l’altérité contraignante. Mais la fusion de tous les individus en un seul ne peut se ­réaliser que par un prosélytisme individualiste et par l’identification morale de tous les individus à ­une seule entité morale : le Peuple, ou L’État, ou la République, ou la Nation, ou la Classe, ou la Race, etc. N’avoir de volonté que dans une volonté générale,­ n’exister que dans et par le tout, identifié au tout. C’est ainsi­ que l’esprit libertin fécondant la passion égalitaire devient le ­père du totalitarisme jacobin. [Après cela, L’État jacobin peut décider de faire des lois contraignantes à l’infini, mais aussi bien avoir des regrets et en faire des permissives à l’infini, dans tel ou tel domaine : ses principes signifient tout ce qu’on veut.]

 

Telle est la logique anarcho-totalitaire du pseudo-progressisme, ou encore telles sont ses deux logiques, ­solidaires et antinomiques à la fois.

 

 

 

L'éducation anarcho-totalitaire et son dépassement en profondeur

 

[…] On peut essayer de tempérer plus ou moins ces deux logiques l’une par l’autre, ce qui revient souvent à en conjuguer ­les méfaits. Plus habituellement, en Occident, on soumet ­l’économie à la première logique, l’éducation et la culture à la ­seconde[1]. […]

 

Cette logique se déploie dans le discours ­et la pratique pseudo-progressistes en matière d’éducation. L’enfant est ­considéré comme un individu isolé et d’une certaine façon­ parfait. L’acte d’éduquer risque toujours d’être une agression à ­la liberté de l’enfant, qui doit créer sa propre vérité, sa morale, inventer sa culture ou réinventer ab ovo quarante mille­ ans de culture humaine. La société familiale ne résultant pas,­ pour l’enfant, d’un contrat, est par définition une société aliénante, et il convient d’intégrer au plus vite l’enfant dans­ ­l’Etat qui, étant la société résultant du contrat social, est­ ipso facto la société de liberté. Par conséquent, l’État aura le ­droit exclusif d’éduquer les enfants, ce qui signifie, dans la ­même logique progressiste, les soustraire aux dangereuses tendances oppressives dont on peut toujours suspecter la famille, ­pour les faire nager au plus vite dans la société où ils s’épanouiront pleinement, retrouvant dans le collectif l’élément ­naturel de leur liberté. […] Les élèves, soustraits au maximum à leurs familles, boivent à longs traits la saine doctrine du progressisme, s’exercent aux bonnes mœurs­ progressistes, et contractent les bonnes habitudes qui en feront, ­leur vie durant, de bons citoyens, voire de fidèles électeurs progressistes. Les maîtres doivent être formés dans ­ce même esprit, etc. […]

 

Chaque homme est par essence un être de relation, et le contrat social ne saurait avoir pour effet de constituer ­la société, mais seulement d’apporter un consentement libre,­ rationnel et moralement méritoire à l’existence d’une­ société qui précédait ce consentement et restera de toutes façons ­un fait, une fin et une valeur. Du fait que cette société est ­composée de personnes intelligentes et libres, les lois devront respecter ce caractère des personnes qui composent la société et ­qui se construisent elles-mêmes en la composant.

 

Dès lors que l’homme est défini comme être de nature, de­ relation et de liberté, il va de soi que les parents et les­ enfants ne sont plus à envisager face à face comme deux groupes­ d’individus, ni même comme des égaux dans la communauté contractuelle du Peuple ou de l’État, mais comme des êtres qu’unit une relation particulièrement profonde, intime,­ ontologique. Cette relation de filiation ou de parentalité les touche dans leur être, contribue à les définir, et peut leur ­servir de médiation dans leur cheminement vers leurs finalités ­ultimes.

 

Dans la mesure où l’homme médite sur le mystère de son être­ et de son origine radicale, dans la mesure où cette recherche­ (pas forcément méthodique et spéculative, mais le plus souvent­ intuitive, vécue, existentielle) le concerne vraiment, dans cette ­mesure il étend sa méditation sur sa réceptivité à l’égard de ses­ propres parents, sur sa fécondité et sur sa causalité à l’égard­ de ces êtres issus de lui, qui lui ressemblent et pourtant lui­ échappent par la possession incommunicable de leur être propre : ses enfants.

 

L’être humain ­considère sa paternité ou sa maternité, sa fécondité, comme une­ part essentielle de son être. Il comprend qu’il agit et donne, ­non seulement par la simple génération naturelle, mais par toute­ ­l’action éducative. Il découvre sa paternité ou sa maternité­ spirituelle à l’égard d’abord de ses propres enfants. Ce n’est­ pas là quelque pouvoir oppressif. C’est la responsabilité humaine ­première, par laquelle il se découvre responsable de ses gestes ­qui deviennent des exemples et de ses paroles qui deviennent des témoignages.

 

 

 

Pour une pédagogie franche

 

Il ne sert à rien de dire qu’il faudrait ne pas influencer­ les enfants. Si cela se pouvait faire, cela reviendrait encore à ­les influencer, puisqu’on leur enseignerait de facto qu’il n’y­ aurait qu’une seule valeur : l’idéal d’un développement­ indépendant de toute influence. En plus, cela ne peut se faire.­ Pour ne pas influencer les enfants, il faudrait les abandonner au ­milieu des bois, ne pas leur donner de langue maternelle, ne pas se montrer à eux, ne­ rien leur apprendre. C’est ainsi que l’affectation de respecter­ leur liberté inconditionnelle et maximale les conditionne à une revendication maximale de liberté inconditionnelle. On leur fait ­toujours la morale, mais il s’agit d’une morale à l’envers […].

 

Le mal est devenu le bien, le bien est devenu le mal, mais ­on fait toujours la morale aux petits enfants. La seule différence, c’est qu’avant on le leur disait, ce qui leur ­laissait une marge de réflexion, alors qu’aujourd’hui on les­ manipule sans le leur dire, et qu’ils risquent d'être totalement aliénés.

 

On inculque d’autant plus de ­principes qu’on prétend n’en pas inculquer. C’est toujours la ­même ruse, la même manipulation, et les naïfs s’y laissent­ prendre. Comment verraient-ils toute la substance qui se déduit­ d’une forme vide qu’on leur fait accepter à cause de son­ apparente vacuité ? Et cette façon de les manœuvrer en ­flattant leur prétention d’adolescents à ne pas dépendre, on ­l’appellera formation de l’esprit critique. Grâce à une affectation de non-directivité, cette éducation­ insinue tous les contenus qui se déduisent sans mal de cet unique principe […]. En réalité, au-delà de la méfiance ou de la lutte pour la reconnaissance et l’indépendance, les humains ne croissent que ­dans l’amitié, la confiance et l’amour, qui sont un engagement et­ une liaison, et une liaison selon l’être, profonde, intérieure, ­et qui dure. [..]


[1] La logique de l’individualisme totalitaire a été­ définitivement exposée par Jean-Jacques Rousseau dans son Contrat ­Social. L’homme, dit-il, n’est pas par essence un être social ou ­communautaire. Dès lors, il n’est jamais libre en société parce ­qu’il y rencontre des obstacles humains à la liberté par nature ­intégrale d’un être par nature purement individuel, complet et ­parfait en tant qu’individu. C’est pourquoi, naissant dans une ­société, il naît dans les fers, quand bien même les chefs seraient les plus débonnaires des hommes. Comment ­deviendra-t-il libre ? En constituant avec les autres par contrat ­un seul hyper-individu auquel chacun des individus s’identifiera ­totalement. [Et cet Individu, selon le cas, dérégulera tout ou réglementera tout, selon la passion dominante.] C’est ainsi que sera supprimée l’extériorité, par ­suite la dépendance et la contrainte, par suite enfin établi dans­ l’état civil l’équivalent de la liberté absolue dont on est censé ­jouir dans le théorique état de nature. […]

 

Le cursus humaniste des études

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Mercredi, 14 Septembre 2016 10:19 Écrit par Henri Hude

A l'occasion de la rentrée scolaire et académique, je republie en ligne le chapitre IX d'Éthique et politique, sur la culture et l’éducation. Voici l'avant-dernière section, n°10, pages 196-200).

 

POUR REVENIR A LA SECTION 1, CLIQUER ICI

POUR ALLER A LA SECTION PRECEDENTE, CLIQUE ICI

 

Pour qu’il se produise un renouveau culturel, il faut manifester l’unité intérieure de la culture. Ce qu’on appelle parfois le problème des programmes ne peut pas recevoir de solution satisfaisante, sinon à partir d’en haut.

 

 

 

L’enseignement des sciences

 

 

Les sciences doivent être dégagées d’un double carcan : carcan théorique, parce qu’elles ont été enfermées dans des ­cadres positivistes, rationalistes, matérialistes, qui ne­ correspondent plus à rien parce que tous les faits les font­ éclater ; carcan économiste, qui fait prévaloir le point de vue ­d’une pratique technique, elle-même asservie à la recherche du ­gain à court terme.

 

Ainsi notre enseignement des sciences est-il tiraillé, ou écarte­lé‚ entre : 1° une frénésie rationaliste, où pour ainsi dire­ tout, jusqu’au monde matériel, pourrait presque se réduire à un ­système particulier de nombres théoriquement déductible à partir­ de la logique formelle, ou comme si la raison humaine était le Logos ­universel et la déduction le mystère de la génération des choses, ­et 2° une frénésie matérialiste, où la science ne paraît plus être qu’une manière commode de noter des ensembles de ­manipulations sur la matière, et de s’assurer une prise efficace­ sur un monde à la vérité duquel on aurait cessé de s’intéresser.

 

Sans être réinsérées brutalement dans un nouveau cadre­ philosophique contraignant, les sciences seront du moins dégagées ­de la pince qui les broie. Elles seront ouvertes, parce qu’elles ­exprimeront davantage ce qui est à leur origine, c’est-à-dire le ­désir de contempler la vérité du monde sensible. Dans toutes ces­ mesures et toutes ces lois, que le physicien établit, l’élève ­apprendra aussi à découvrir l’ordre admirable de l’univers, cette « ­harmonie invisible » dont parlait dans l’Antiquité le philosophe ­Héraclite, et qui, disait-il, « est plus belle encore que­ l’harmonie visible ».

 

Mesure, ordre et harmonie : tel est le sens profond de la ­physique mathématique. Ainsi pensaient Pascal, Kepler, Newton.­ Ils avaient raison. Au-delà de la construction et de la ­reconstruction, il y a la contemplation du mystère de l’ordre. ­C’est pourquoi l’étude des sciences devait, autrefois, culminer ­dans celle de la musique. Musique, art des muses, inspiratrices ­de tout ce qui est profond savoir et beauté infiniment suggestive, qui portent l’homme à chanter et sa parole à se plier ­elle aussi au rythme et à la mesure : poésie.

 

 

 

C’est par là que les sciences ne sont pas séparées de la­ philosophie.

 

 

Un terrible malheur a fait divorcer ce qui ne devait ­pas être disjoint. Nous avons aujourd’hui des sciences soi-disant ­a-métaphysiques et une philosophie qui se réduit à une critique­ de la métaphysique. Je sais bien qu’en fait ce n’est là que de la­ poudre aux yeux. Je sais bien que ces sciences sont en fait ­intégrées à la fois, pour le fond, à un rationalisme panthéistique et, plus en superficie, à un ensemble de doctrines ­plus exotériques (matérialisme, positivisme). De même, cette­ pseudo-critique est en réalité une métaphysique qui divinise le ­fond de l’esprit humain. Mais comme ces dernières doctrines sont ­inintelligibles à la vaste majorité, même des gens cultivés, et en dehors de tout sens commun, les peuples, et ­en particulier la masse des élèves, doivent se contenter des­ écorces, pratiquer les sciences dans l’ennui ou le désespoir, et­ manger le pain noir du matérialisme. Tout au plus, pour les plus­ doués, s’agit-il d’un jeu, ou d’une activité à laquelle ils ­trouvent un véritable bonheur, mais dont ils ne comprennent pas ­le sens.

 

Mais que l’esprit devienne contemplatif, qu’au lieu de ­chercher à savoir simplement en vue d’agir efficacement, ou  pour ­avoir la satisfaction de se dire qu’il tient les choses en main,­ domine et met tout sous contrôle, qu’au lieu de cela, il cherche­ à connaître, comme disait Bergson, pour rien, pour le plaisir, ­avec désintéressement, aussitôt c’est un renouveau, il se rouvre,­ et la première des choses qui lui saute aux yeux, c’est l’existence des choses, le mystère de l’être. Et la seconde,­ c’est le fait que toutes ces lois de la nature énoncent l’essence­ ordonnée et le comportement réglé de tous ces êtres qui sont­ concertés dans l’ordre admirable de l’univers.

 

Ainsi l’enseignement des sciences devient-il parent de la­ recherche de la sagesse, à laquelle il donne en retour le sens de­ la rigueur et celui des limites de l’intelligence.

 

C’est là le meilleur moyen de ne pas tomber dans tous les ­défauts que nourrit sans le savoir le positivisme, et de se tenir­ à distance aussi bien de la gnose que de l’agnosticisme. Gnoses, ­par exemple, les spéculations d’une philosophie mal lestée sur ­des paradoxes de physique quantique, déjà difficiles à­ interpréter avec une bonne philosophie des sciences, et qui, ­relus avec les lunettes d’une philosophie légère, nous égarent ­dans des extravagances. Gnoses, pataphysique, discours­ pseudo-scientifiques, pseudo-mystiques des sectes, auxquelles se­ laissent prendre tant de jeunes désespérés, déstructurés et ­fragilisés par le nihilisme (pseudo-)progressiste.

 

 

 

L’enseignement des lettres ?

 

 

Langues de bois, discours idéologiques, galimatias pseudo-savants et pseudo-philosophiques, logorrhées (pseudo-)progressistes livrées aux fantasmes, aux déchaînements instinctifs et aux­ fonctionnements conditionnés, aplatissements technocratiques,­ abrutissements scientistes, hystéries hyperformalistes et délires compensatoires de l’imaginaire, incapacité à nommer, à décrire, à ­raconter et à démontrer, réduction de la langue écrite à une­ langue soi-disant parlée, mais qui est tout au plus bafouillée, ­alors que l’idéal est au contraire d’apprendre à parler comme on­ écrirait si on écrivait bien, on n’en finirait pas d’énumérer­ les pathologies de la langue.

 

Mais avec le sens de l’être se réintroduit le sens de la ­durée, le sens de cette communication d’être, de vie et de vérité­ ­qui fait la culture et qui est le vrai sens aussi bien de la­ paternité et de la maternité, que de l’éducation. Le premier effet de ce­ renouvellement de l’esprit, c’est que le langage retrouve sa force, et que l’enseignement des lettres retrouve son sens.

 

Le langage dit l’être dans son ordre et sa vérité. Le ­langage vise la vérité la plus profonde d’où procèdent les êtres, ­c’est-à-dire la pensée archétypique dont ils sont l’expression et ­la réalisation. C’est ce que voulait dire Platon dans sa théorie ­des Idées, qui est une théorie de l’ultime vérité visée dans le ­langage. Ainsi le langage est-il bien autre chose qu’un système ­de signes permettant de communiquer et désignant la liaison d’une ­image acoustique et d’une autre image mentale représentative ­d’une chose. Cela, c’est ce que serait le langage humain si le­ langage humain n’était qu’un langage animal.

 

Les personnes vont à la vérité la plus profonde, mais elles ­y vont ensemble, dans un dialogue, et leur dialogue fait partie ­de leur démarche concrète. Leur pensée se porte vers la vérité­ des êtres, mais elle n’y atteint qu’en se saisissant aussi des ­choses du monde par la perception et le travail où est engagé le ­corps. Le langage fait aussi partie de cette prise et de ce­ travail. Le langage porte aussi la trace de l’histoire du peuple, ­et celle de l’histoire de l’humanité. L’étude du vocabulaire et ­de la grammaire nous permet de redécouvrir le sens vif de tout ce ­qui était tombé dans l’automatisme, la profondeur historique de ­tout ce qui s’était banalisé dans l’intemporel, la saveur concrète de tout ce qui s’était desséché dans la convention.

 

Oh ! Non pas « maîtriser la langue » – affreuse formule, brutal­ contresens – mais habiter toute la vérité de la langue, sagesse première où s’inscrit une métaphysique première et profondément­ vraie, où se raconte notre histoire la plus intérieure, où se­ réapprend la vie de l’esprit au contact des êtres, parmi les ­hommes qui se parlent et collaborent, mais qui se parlent en tant qu’hommes parce qu’il y a dans tous leurs discours une profondeur ­simple qui fait écho à la pure simplicité de l’Etre premier qui a tout créé par sa Parole.

 

L’enseignement des lettres, c’est radicalement cela, même si­ c’est beaucoup d’autres choses encore. Là est le critère qui permet de comprendre pourquoi il convient d’étudier les auteurs ­classiques. Cette étude n’a pas pour but de nous enfermer dans la répétition de modèles stéréotypés. Mais elle nous montre ce que ­c’est que la perfection de la langue chez ceux qui la ­connaissaient le mieux. C’est ainsi que l’étude du langage se ­fait d’abord à travers l’étude des discours les plus exemplaires. ­Encore faut-il n’avoir pas perdu tout critère, mais peut-on­ jamais se perdre ici-bas sans retour ?

 

 

 

Grammaire, rhétorique, dialectique :

 

 

Tel était jadis le ­trivium, la triple voie, qui composait l’enseignement littéraire. Triple voie vers quoi ? Vers la sagesse. La grammatica, ou ­grammaire, au sens large, était ce qui vient d’être dit. Mais ­l’essentiel était de former la parole vivante, qui devait avoir ­pour objet le service de la vérité. D’où l’étude de la ­dialectique, c’est-à-dire la formation à l’invention et à l’argumentation ­qui convainc, et celle de la rhétorique, c’est-à-dire la­ ­formation à la puissance persuasive propre du discours qui émeut, ­touche, bouleverse, entraîne et porte à l’action. Parole qui­ convertit, c’est-à-dire tourne l’âme, qui renverse et retourne­ l’âme, qui révolutionne et réoriente toute la personne vers la ­vérité et le bien. Et il fallait avancer sur les trois chemins à­ la fois, parce que si l’homme ne réside pas profond dans la vérité de la langue, ou s’il raisonne mécaniquement, ou s’il ­manipule les passions avec habileté, il n’est qu’un imposteur, un­ bavard et un perroquet.

 

Qui dira la plénitude de l’enseignement littéraire, ­merveilleuse et première école d’humanité ? Toute l’histoire de­ notre peuple, même la plus éloignée, s’y trouve déjà parcourue et­ comprise par ses sommets. La vérité et la beauté s’y unissent à­ la première éducation morale réfléchie et aux premières leçons de­ choses. Le beau n’est plus l’objet d’un plaisir d’esthète épuisé.­ La beauté du discours, c’est d’abord sa profondeur de vérité, sa ­richesse d’humanité, sa puissance de conversion.

 

L’enseignement des langues anciennes et modernes,­ l’enseignement de l’histoire, celui de la philosophie n’ont que ­peu de sens là où manque le premier savoir, ces lettres qui sont,­ dans toute la plénitude de ce sens, une philologie.

 

Sur la base de l’enseignement des lettres se greffe alors­ naturellement celui des sciences, avec son esprit musicien, et l’enseignement de la philosophie peut enfin venir réfléchir toute ­cette richesse, la réordonner, l’approfondir et la fonder dans une certitude plus raisonnée.

 

 

 

Philosophie, métaphysique, théologie.

 

 

Cet enseignement philosophique, dans notre pays, doit se­ ressourcer et comprendre ses liaisons organiques avec la théologie, tout simplement parce qu’il n’y a pas de grande­ philosophie qui ne réfléchisse sur le problème métaphysique et religieux, qui est­ au centre de l’existence personnelle et sociale. Comment savoir­ vivre si nous hésitons trop sur la définition du bonheur ? Comment savoir ce qu’est le bonheur de notre vie si nous hésitons ­sur la question de savoir où finit la vie, et si la mort est une­ fin ou un accomplissement qui marque un début sans fin ? Comment,­ par la raison seule, la plupart des humains pourraient-ils sortir­ du doute sur ce point ? Comment la raison la plus réfléchie ne ­sentirait-elle pas sur ce point au moins la nécessité d’une révélation supérieure ? Comment donc ne pas espérer la révélation ­divine ? Comment ne pas rechercher les signes qui permettraient ­de penser que Dieu a vraiment parlé ? Comment enfin ne pas prêter­ attention aux oracles divins qui peuvent seuls découvrir sans ­mélange d’erreur la vérité sur ce point à la fois si impénétrable ­et si indispensable à la direction de notre existence ?

 

 

 

Les enseignements professionnels méritent la plus ­grande attention.

 

Grotius disait: «Avant tout, soyez justes.» Le­ métier est le premier service rendu aux autres. La justice n’est ­pas dans des brailleries égalitaristes, elle commence par le­ sérieux dans l’acquisition et l’exercice de la compétence­ professionnelle. C’est là ce qui impose le respect et permet le ­plus aisément qu’il soit procédé à des partages équitables, ­d’autant plus faciles qu’avec des professionnels très compétents,­ ­les gains sont très supérieurs. L’école pseudo-)progressiste ne se­ contente pas de faire le malheur des jeunes. Elle ruine aussi la ­nation et nourrit les tensions sociales.

 

Il ne s’agit pas tant d’acquérir des compétences très­ spécialisées, dont nul ne sait si elles resteront longtemps très ­utiles. Il faut acquérir un robuste bon sens, un équilibre ­personnel, un sens des responsabilités, une capacité à s’engager ­et à durer, un puissant dynamisme créatif, un véritable esprit de ­service ; et puis, une culture générale, des bases solides, une capacité de travail, de méthode et d’organisation. Voilà ce que ­l’école doit donner avant toute autre chose. C’est ainsi qu’elle­ ne produira pas des ectoplasmes inconsistants et malheureux de­ vivre.

   

Les problèmes de l'éducation

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Lundi, 05 Septembre 2016 15:44 Écrit par Henri Hude

A l'occasion de la rentrée scolaire et académique, voici une section (n°9, pages 193-196) de mon Éthique et politique ; c’est la suite du chapitre IX sur la culture et l’éducation. Le chapitre compte 11 sections. 

 

POUR REVENIR A LA SECTION 1, CLIQUER ICI

POUR ALLER A LA SECTION PRECEDENTE

 

 

Je crois que les problèmes de l’éducation sont avant tout les problèmes de la culture. Si l’éducation est un champ de ruines, c’est que la nation est déculturée par le pseudo-progressisme. Mais, le simple rejet de ce dernier ne serait qu’une négation. Ce qu’il nous faut, c’est renouer avec les valeurs de la vie, de conservation, de progrès, redécouvrir notre culture, sa profondeur : la métaphysique, la religion, la morale, l’histoire, l’anthropologie philosophique.

La culture porte en elle-même l’idée de sa transmission. Il n’y a pas vraiment de science de l’éducation, parce que la personne humaine n’est pas un objet mesurable, schématisable, quantifiable. L’homme n’est pas constructible et reconstructible. Quand on pense ainsi, on n’est bon qu’à le détruire et à l’opprimer. La culture vivante engendre d’elle-même, en toute époque, les modes les plus appropriés de sa transmission.

Je ne voudrais pas désespérer ceux qui voudraient faire quelque chose de bien et n’y arrivent pas. Je  veux dire que la solution passe par l’approfondissement personnel et non par des stratégies de communication. Et puis, il faut n’être pas seul à rebâtir. C’est peine perdu de monter le mur que d’autres démolissent à mesure.

Ce dont ont besoin les enseignants, ce n’est pas de la recette pédagogique miracle, c’est de vraie culture et de vraie liberté. Le pseudo-progressisme est une étouffante oppression. Quelle nullité dogmatique ! Quel égalitarisme envieux ! Quel sectarisme fielleux ! Vraiment, c’est dans le domaine de l’éducation que le progressisme est de très loin le plus insupportable et le plus nocif. Il n’est pas une vraie culture, parce qu’il n’a ni le sens de l’être, ni le sens de l’esprit, ni le sens du temps.

Les enseignants se plaignent que leur enseignement ne passe pas la rampe. Mais c’est le progressisme qui ne passe pas. A moins qu’il ne faille dire, tout au contraire, qu’il est ce qui passe le plus aisément, voire la seule chose qui passe. Il passe tout seul et, comme la mauvaise monnaie chasse la bonne, ainsi en va-t-il de la pseudo-culture. Au reste, ne nous faisons pas d’illusion. Ce n’est pas à l’école, au collège, au lycée, que passe le progressisme. Il flotte dans l’air comme une vapeur méphitique, et tout le monde en est imprégné. Quand le progressisme est passé, il n’y a plus rien à dire, et même les progressistes ne se font plus écouter. On écoute au début, distraitement, les quelques profs les plus démagogues. Ils déclarent qu’ils n’ont rien de plus à dire que les élèves, qu’ils ont tout à apprendre et les élèves tout à inventer. Mais les élèves sont plus progressistes que ça. Ils n’ont pas à inventer, puisqu’ils savent. Ils savent qu’ils ne savent rien, mais quand il n’y a rien de vrai, c’est tout ce qu’il faut savoir.

Si le passé est une oppression, à quoi bon l’étudier pour nous en convaincre, quand on le sait a priori ? Exit l’histoire.

La philosophie se réduit à nous exposer les motifs de "douter" de tout, donc, inutile de l’étudier, puisque nous doutons déjà. Si nous la prenions trop au sérieux, cela ne pourrait que nous faire douter du doute. D’ailleurs, on n’y comprend rien. Exit la philosophie.

L’égalitarisme proclame l’égalité de tous les discours. Alors à quoi bon se pencher sur les chefs d’œuvre de notre littérature, ou de celle des autres pays ! A quoi bon même étudier la langue ? Exeunt les Lettres.

Et les langues vivantes ? Comme de toute façon, il n’y a rien à dire, une langue y suffit largement. Apprenons à la rigueur quatre mots d’anglais. Cela peut toujours servir à demander son chemin.

Restent les sciences, mais que peuvent-elles être, là où la langue est effondrée, là où le moral est à plat, faute de sens du vrai, là où la rigueur et l’effort ont perdu tout sens ?

Et ce ne sont là que les problèmes proprement pédagogiques. S’y ajoutent les problèmes de discipline et de motivation au travail. Je suis toujours surpris quand j’entends des discours moralisateurs sur les enfants et les adolescents. On leur reproche d’être indisciplinés. Mais il faudrait au contraire leur reprocher de l’être trop peu ! Car qui ne le voit ? Ils sont en réalité strictement assujettis à la logique et à la pratique du (pseudo-)progressisme. Leur conduite est strictement conforme à la norme (pseudo-)progressiste. Ils sont curieusement passifs et indociles, mais cette désobéissance molle et apparente est le corrélat d’une obéissance intérieure à un système philosophique définissant la liberté d’une manière qui dévalorise aussi bien l’obéissance responsable que l’autorité légitime. C’est ainsi que les lycées, où le discours officiel célèbre des lieux de liberté, deviennent des pétaudières et des fumeries de haschich.

Dans cette ambiance, quel travail sérieux peut-on accomplir ? De quelle autorité peuvent jouir des maîtres qui, quel que soit leur talent, se discréditent à seulement supporter de mettre les pieds dans de pareils cloaques ? Comment les élèves ne se diraient-ils pas que leurs professeurs feraient n’importe quoi plutôt que ce métier-là, s’ils étaient capables d’en faire un autre ?

Quand on parle à des jeunes sauvagement déculturés par le (pseudo-)progressisme, il n’y a pas à se poser des questions saugrenues, ni à chercher comment faire. Même déculturé, l’homme n’est pas dénaturé. La seule chose importante est d’être soi-même homme, afin que tout ce qu’on dit coule de la source profonde. Alors, miraculeusement, tout le monde comprend. La seule chose vraiment incompréhensible, c’est la superficialité savante.

Les enseignants désirent comprendre leurs élèves. Ils ne le peuvent qu’en saisissant dans toute son articulation systématique la logique déculturante du pseudo-progressisme. Qu’ils regardent alors les jeunes qui sont là, qui n’ont plus de passé, ni d’avenir, et dont le présent même est réduit à un point sur l’axe du temps physique. Leur lieu est un repère de coordonnées ; leur habitation n’est qu’un habitacle ; leur liberté, un conformisme ; leur esprit critique, un préjugé ; leurs espoirs possibles ne sont plus que désillusion ; il n’y a plus de ciel ouvert au-dessus d’eux, et la terre a cessé de leur promettre l’Eden ; on leur parle de s’enrichir et ils seront heureux s’ils ne sont pas au chômage ; on leur dit que l’histoire est finie et ils n’ont pas commencé de vivre ; leurs père ont gagné la liberté, les enfants ont hérité du néant.

Au lieu de les craindre ou de les mépriser, au lieu de les regarder avec hostilité ou désintérêt, il y a d’abord à les comprendre, ensuite à les aimer, enfin à les servir.

Les jeunes sont ceux qui ont le plus urgent besoin qu’on leur ouvre un horizon, une perspective.

Non pas le grand marché sans justice d’une Europe sans patries, sur lequel trop d’entre eux savent bien qu’ils ne seront jamais plus que du travail invendu, mais la grande Europe avec un E majuscule composée de vraies nations profondément cultivées et où règne la liberté ordonnée du marché démocratique. Non pas le progressisme hédoniste et désespérant, matrice de fascisation et de guerre, mais toutes les valeurs de conservation et de progrès, ensemble, conditions de liberté et de paix.

Non pas la divinisation dérisoire d’un individu désintégré et clochardisé, pauvre petit dieu que la rhétorique encense, et qui doit marcher au sifflet en attendant le knout, mais la vraie et profonde recherche du sens de la vie, cette recherche qui est déjà découverte.

Enfin, pour remplacer un rationalisme pseudo-laïque et décidément démonétisé, non pas cette spiritualité du n’importe quoi, où le panthéisme anthropologique dégradé en individualisme arbitraire s’accouple aux vulgarisations les plus épaisses des panthéismes orientaux, non pas la religiosité vague qui mélange tout dans son pot-pourri, mais une recherche sérieuse et raisonnée de la vérité religieuse.

En une génération, le peuple aura repris vie et les jeunes auront repris goût à la vie.

 

                                 

                                  Éthique et politique (Éditions universitaires, 1992), pp.193-196. 

   

Sur la guerre avec l'islamisme

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Samedi, 03 Septembre 2016 16:35 Écrit par Henri Hude

Voici sur ce sujet grave une réflexion sous forme d'interview ou de conversation.  Ce texte a été écrit en collaboration avec Thomas Hude.

 

 

1ère Question. « Nous sommes en guerre. » Cette phrase est dans tous les esprits et tous les discours relatifs aux attentats qui ont frappé la France et même l’Europe. Quelles sont les caractéristiques de cette guerre ?

 

Ces propos peuvent paraître exagérés. Il y a une guerre en Syrie, en Irak, et dans une moindre mesure en Libye. En France, il n’y a pas de guerre. Il y a des attentats. De plus, leur nombre n’est pas suffisant pour qu’on puisse parler de guérilla.

A ma connaissance, les islamistes radicalisés en France sont aujourd’hui très loin de posséder le niveau d’organisation politico-militaire qu’avaient à leur époque le Viet-Minh, ou bien le F.L.N. De plus, ils ne bénéficient pas du même soutien de puissances étrangères que par exemple les rebelles syriens. Ceux-ci reçoivent de la part de certains États argent, armes, soins médicaux, mercenaires et couverture médiatique favorable. Enfin, et c’est une question clé, leur cause ne semble pas trouver d’écho favorable auprès d’aucune partie significative de la population française. Organisation politico-militaire, soutien de l’étranger et faveur d’une partie de la population, voici les conditions nécessaires pour qu’un mouvement terroriste devienne une insurrection menaçant la sureté de l’État et s’emparant de portions du territoire.

Bien heureusement, nous sommes aujourd’hui loin de cet état insurrectionnel. Et malgré la polémique politicienne, nous devons mettre au crédit de l’État et des services de sécurité qu’aucune organisation ne soit aujourd’hui en mesure de mener une guérilla dans notre pays.

Cela dit, cette menace doit être prise avec sérieux car, conjuguée à une crise économique et politique, elle pourrait bien s’aggraver. De plus, elle évolue sans cesse, et il semble que nos forces de sécurité doivent s’adapter pour prévenir l’action des loups solitaires.

Néanmoins, aujourd’hui tout se mondialise et la guerre comme le reste. Et l’on peut donc admettre que ces attentats font partie, médiatiquement, d’une guerre mondiale entreprise par le soi-disant nouveau Califat incarné par l’État islamique. La structure de cette guerre serait la suivante: un noyau de guerre au sens plein en Syrie, des guérillas visant d’abord et avant tout les États musulmans du Moyen Orient, enfin des actions terroristes ponctuelles en nombre de lieux, dont la France. 

 

 

2ème Question : Peut-on dire que c’est une guerre contre les valeurs occidentales ? Contre notre mode de vie ?

 

Il faut distinguer deux points de vue.

Du point de vue du djihadiste moyen, il y a une guerre contre l’Occident. Et plus précisément contre un processus d’occidentalisation qui semble condamner à mort sa croyance et qui, par ailleurs, lui semble inhumain et immoral.

Mais, d’un point de vue plus objectif, et sans remonter à l’époque où l’empire ottoman voulait conquérir l’Europe, nous devons savoir que le fondamentalisme islamique, plus large que Daech, est avant tout une arme. Cette arme a souvent été contrôlée par les Occidentaux, et plus précisément par certaines factions de l’Empire américain, afin de faire avancer leurs intérêts stratégiques. Certains États du Golfe la contrôlent et la financent aussi.

Cette arme a été expérimentée pour la première fois dans les années 1980 en Afghanistan contre l’Union soviétique. Ayant démontré son efficacité, elle a ensuite été réutilisée pour détruire la Yougoslavie, processus qui a culminé dans l’indépendance du Kosovo qu’ont reconnue les gouvernements occidentaux. Également, dans le Caucase, lors des guerres de Tchétchénie. Dernièrement, cette arme a probablement aussi été utilisée lors du printemps arabe, où il semble qu’elle ait connu un succès mitigé. Elle est toujours utilisée en Syrie pour faire tomber le régime actuel.

Bien entendu, la manipulation d’une telle forme d’extrémisme relève plus du judo que du jeu d’échec, et en l’absence d’informations complètes, il faut se garder de systématiser. Cela dit, il faut reconnaître que pour les factions que nous avons dites, l’islamisme est plutôt une alliance de revers qu’un adversaire combattu avec résolution. C’est aussi une alliance inavouable et non maitrisée, dont les premières victimes sont les populations des pays à majorité musulmanes, à commencer par les minorités chrétiennes.

Certes, sur ce point, nos dirigeants politiques portent une responsabilité, mais étant donnés le faible poids de la France dans la diplomatie occidentale ainsi que l’affaiblissement de notre pays, auraient-ils les moyens de mener une autre diplomatie ? De plus, dans une logique cynique de pouvoir, en temps de crise, rien n’est plus utile pour rallier l’opinion que le fait que les gens se sentent menacés.

 

 

 

3ème Question. Comment mener cette guerre pour qu’elle soit juste ?

 

La première justice est de dire la vérité. Ce qui n’est pas une guerre ne peut pas être une guerre juste, tout simplement parce que ce n’est pas une guerre. Il s’agit chez nous de mener des opérations de police efficaces et des actions de renseignement visant à prévenir toute évolution possible de la situation vers un état de guérilla. La question est donc plutôt celle de la politique de sécurité juste.

Parlant ainsi, je n’esquive pas le sujet précis de la guerre juste, dont j'ai parlé par ailleurs. Le cœur de la question éthique posée par notre situation présente se situe plutôt dans l’éthique du renseignement militaire et policier, l’éthique politique et l’éthique médiatique. Transformer les faits graves en facteurs d'audimat ou s'en servir sans probité dans des jeux politiciens est immoral.

De plus, en amont de la guerre juste, il y a la diplomatie juste, et il n’y a pas de justice là où règne l’hypocrisie.  

Si nous avons pu par le passé, participer à l’utilisation de l’islamisme à des fins stratégiques, nous devons complètement cesser. Nous devons le combattre avec résolution et d’abord dans son noyau central, en Syrie. C’est ce que nos forces ont commencé à faire dans le ciel de Syrie, elles doivent continuer.

Il s’agit aussi de cesser notre complaisance pour les États qui financent l’islamisme. C’est un sujet complexe étant donné les liens financiers et économiques, voire les accords militaires que nous pouvons avoir avec ces États. Quelle que soit leur volonté, nos dirigeants auront du mal à faire évoluer la situation aussi vite que le réclament l’opinion et surtout la situation générale.  

Le devoir de nos politiques est aussi de redresser la prospérité et le rayonnement de notre pays afin de le mettre en position de mener une diplomatie juste. Car notre économie est dans l’impasse, notre pays endetté cherche tous les jours des investisseurs pour sa dette, sans regarder à qui paye, et le prestige de nos armées est atteint par le sous-investissement et la réduction des dépenses. Nous constatons à quel point la souveraineté d’un pays compte, à quel point les marges de manœuvre de notre pays sont faibles face aux injustices du monde. Car un pouvoir impuissant n’a pas le loisir de faire une politique juste, de s’opposer aux injustices ni de protéger ses citoyens : il ne fait que subir.

 

 

 

4ème Question. Les États et leurs pouvoirs publics semblent dépassés par cette guerre et on l’a vu ne parviennent plus à assurer la sécurité des Français. Le principe de légitime défense pourrait-il être invoqué ?

 

Il faut garder le sens de la mesure et du bien commun ; ne pas demander l’impossible, et tout immédiatement, aux pouvoirs publics, dont les moyens militaires, policiers et carcéraux ont été réduits au-delà de toute raison.

Sans tomber dans une éthique circonstancielle, qui justifierait n'importe quoi, il faut comprendre que le jugement éthique et juridique en ces matières doit se déterminer en partie en fonction des circonstances. La rigueur des lois, les peines imposées par la justice ainsi que la possibilité de l’autodéfense sont relatives à la situation de l'ordre public et à l'autorité effective de l’État. Ainsi, dans les périodes heureuses, l’on vit dans la sécurité et l’État garantit seul l’ordre public.

Si la situation de sécurité venait à se dégrader substantiellement, il faudrait nécessairement adapter les lois, la justice, ainsi que les pratiques des forces de l’ordre. De même pour nos armées en opération extérieures, dont les conditions d’engagement vont varier en fonction de l’adversaire et du niveau des enjeux, des objectifs de notre politique. Le jugement moral est quelque chose de sérieux. La politique et les médias sont particulièrement tenus au sérieux de leur responsabilité, dont la considération doit anéantir business et arrivisme, sous peine de faute grave.

Enfin, et c’est un point qu’il faut bien considérer avant toute décision, les lois répressives peuvent être utilisées par un gouvernement juste pour lutter contre des terroristes, mais il peut y avoir un risque de les voir un jour utilisées contre les citoyens. Il convient donc de les rédiger en conséquence et de ne pas permettre la moindre définition élastique et subjective du "terroriste".

 

 

5ème Question. Voudriez-vous ajouter quelque chose ?

 

Oui, je voudrais aborder une question qui est à mon avis fondamentale et qui n’est pas assez posée. La question de l’Islam est d’abord une question religieuse et spirituelle. Horrifiés par les crimes des islamistes, une portion significative des musulmans français est en plein questionnement sur sa religion. Ceux qui souhaitent vivre un islam spirituel se rendent compte qu’ils doivent rompre avec la pratique fondamentaliste de l’Islam, qui lie la religion à une guerre de conquête, débouchant sur l'imposition d'un régime confessionnel autoritaire. Comme ce fondamentalisme fait partie de l’Islam tel qu’il a été et est encore pratiqué aujourd’hui, c’est un exercice difficile, qui demande un engagement historique des musulmans français, afin de rouvrir des questions religieuses qui n’ont pas été posées depuis des siècles par les institutions religieuses. Il s’agirait ainsi, pour les musulmans de théoriser, institutionnaliser et rationaliser des pratiques qui sont en réalité celles de la plupart des musulmans français : un islam fait de vie spirituelle et morale, séparé de tout esprit de conquête politique, où la guerre sainte est une démarche intérieure de lutte contre ses propres péchés, en obéissance à la loi divine.

Pour les deux plus grandes forces spirituelles de notre pays, l’Église catholique et la laïcité républicaine, il y a là un enjeu de dialogue fondamental, afin de répondre aux potentielles demandes des musulmans. C’est à leur capacité à mener ce chantier que l’on verra si l’Église de France est toujours évangélique et si la République laïque est toujours vivante. Peut-être la France est-elle le seul pays au monde où un tel dialogue pourrait aboutir.

C’est sur ce front que se gagnera la lutte contre l’islamisme. Car, selon l’expression de Mao, le révolutionnaire est parmi les populations qui lui sont favorables comme un poisson dans l’eau. Et ce dialogue religieux vise aussi à s’assurer qu’en France, les djihadistes resteront indéfiniment des poissons hors de l’eau.

 

Précision : cette réflexion n'engage que moi en tant que personne s'exprimant en vertu de sa liberté civique et académique, sans aucunement représenter une institution. 

   

Le respect du passé

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Lundi, 05 Septembre 2016 15:42 Écrit par Henri Hude

 

Toujours sur la question de l'identité, et aussi avant la rentrée scolaire et académique, voici une autre section (n°8, pages 191-193) d’un de mes livres, intitulé Éthique et politique ; c’est la suite du chapitre IX sur la culture et l’éducation, que je suis en train de publier ici. Le chapitre compte 11 sections. 

 

POUR REVENIR A LA SECTION PRÉCÉDENTE CLIQUER ICI  

POUR REVENIR A LA SECTION 1, CLIQUER ICI

 

Parmi les valeurs humaines dont le pseudo-progressisme pratique l’ablation, il y a le temps, ou plutôt la durée.

La destinée de l’homme est d’atteindre le but de son existence. La fin de la vie humaine, c’est l’union à son Principe. Pourquoi ? Il suffit de penser au Premier Principe de toutes choses, et de désirer savoir, pour désirer connaître le Principe de toutes choses. Vouloir le connaître, c’est aussi vouloir lui être uni autant qu’il se peut : c’est en quelque sorte vouloir l’aimer. Il s’agit là d’une vérité universelle, très formelle. Le matérialiste, à mes yeux, est un métaphysicien comme les autres. Lui aussi aspire à s’unir au Premier Principe, qui est, selon lui, la matière inanimée, inconsciente.

C’est pourquoi le matérialisme mis en pratique dans une société y établit un régime de mort. Le retour à l’inconscience et à la poussière y est tenu obscurément pour l’idéal véritable. Le désir de mort est encore un mysticisme.

Comme nos actions et nos vouloirs ont pour loi de se coordonner entre eux, il est difficile à l’homme, animal raisonnable, de désirer ou de faire quoi que ce soit sans désirer, au moins implicitement et subconsciemment, que ses autres désirs et intentions puissent se coordonner à son intention métaphysique fondamentale.

C’est ainsi que la véritable forme de notre conduite est fournie, non par le système de nos besoins, qui n’en est que le matériau général, mais par nos idées métaphysiques et religieuses. Et je comprends déjà que nous qualifierons de bonne une intention dont le contenu matériel et la signification peuvent s’accorder au cadre métaphysique que nous tenons pour vrai. Cela est vrai pour un métaphysicien matérialiste comme pour tout autre. Le bon est ce qui peut s’intégrer dans la démarche d’accomplissement de notre destinée.

Or notre passé figure évidemment au nombre des médiations concrètes qui nous reconduisent à notre Principe, puisque le mot passé désigne l’avènement successif des causes dont nous sommes les effets. Et la morale est la connaissance de tout ce qui nous permet de rejoindre notre première Cause et d’accomplir ainsi notre destinée. C’est pourquoi il y a évidemment quelque chose d’immoral dans la haine du passé.

En parlant de haine du passé, je ne contredis pas ce que j’ai affirmé plus haut, concernant l’unanimité autour du respect du passé. Pas plus que la tradition n’est norme par elle-même, mais tout au plus par une vérité qui dit que la tradition est norme, pas davantage le respect du passé ne peut-il être inconditionnel.

Mais il faut préciser en quel sens le respect du passé est une valeur. Il y a un respect du passé qui est fonction de sa conformité à certains principes que nous tenons pour vrai. Il y a un autre respect du passé qui est fonction de sa causalité ou de sa paternité à notre égard.

On n’est pas d’abord attaché à son père parce qu’il aurait telle ou telle qualité. On lui est attaché parce qu’il est notre père, et qu’à ce titre, quels que puissent être ses défauts, il est et il reste, avec notre mère, la plus vivante médiation par laquelle passe la réflexion de la personne à la recherche de son Principe. Il en va de même pour la patrie et pour l’histoire de la patrie.

Un certain sens du grand et de l’héroïsme peut vibrer en nous au récit des guerres de Napoléon, cependant que nous pouvons, sans contradiction, juger désastreux l’impérialisme de Bonaparte.

Il convient donc de juger. De même que la simple tradition n’est pas par elle-même un critère de vérité, la seule histoire n’est pas davantage une garantie de justice. Et pourtant, être critique à l’égard du passé de la patrie ne nous désolidarise pas d’elle. Une distance critique à l’égard de nos parents ne nous ôte pas l’amour fondamental que nous leur portons. Il en va de même pour l’amour de notre propre passé national. Sans cet intérêt et cet amour pour le passé, il ne peut pas y avoir de patriotisme, ni de sens de ce que c’est que la vie.

C’est pour cela que le pseudo-progressisme est ruineux pour la culture. La culture vient du passé, et ne pousse de nouveaux rameaux qu’en puisant dans les sucs de la tradition. Rien de durable et de vivant ne se fait par une rupture absolue. Et même quand il faut tailler, après il faut recoudre. Mais si un homme estime qu’il est lui-même son propre Principe, comme c’est le cas dans les formes du panthéisme anthropologique moderne [et du polythéisme postmoderne où Mr X et Mme Y se prennent pour des dieux], alors il éprouvera la plus instinctive animosité à l’égard de toute étude qui le conduirait à se voir d’abord comme un descendant, un hériter, un effet – à comprendre qu’il n’est évidemment pas son propre Principe. Or tel est évidemment le premier résultat de l’étude sincère de l’histoire. [Certains grands esprits progressistes, il est vrai, essayent de totaliser l’histoire dans une philosophie de l’histoire, où l’Absolu se révèle à lui-même dans les œuvres de l’Homme. Mais, il y a longtemps que les pseudo-progressistes postmodernes ont abandonné ce genre d’enseignement.] C’est pourquoi un homme qui ne rend de culte qu’à lui-même [en tant qu’individu] aspire toujours à oublier la vérité de son passé, ou à le salir. Et la conduite opposée des traditionalismes chauvins fournit un semblant de respectabilité à son imposture.

Aussi, même si le pseudo-progressiste célèbre divers événements passés qu’il juge politiquement corrects, il ne laisse pas de se méfier du passé qui est toujours, à ses yeux, métaphysiquement incorrect, comme si le rappel de la causalité de nos pères à notre égard devait nous reconduire à une idée de Dieu dont il ne veut pas.

C’est alors que la tentation lui est forte de travestir le passé de la Nation en mythologie partisane [et en légende sinistre]. C’est ainsi que l’ensemble des hauts faits d’un grand peuple ne parvient plus aux oreilles de ceux qui sont actuellement ce peuple, et qui ne peuvent plus comprendre ce qu’ils sont, faute de savoir ce que furent leurs aïeux, devenus méconnaissables sous la bave et l’oubli.

POUR ALLER A LA SECTION SUIVANTE, CLIQUER ICI

 

   

Tradition, vérité, transmission

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Vendredi, 26 Août 2016 09:20 Écrit par Henri Hude

Parce qu’on parle beaucoup d'identité en ce moment, et dans la perspective de la rentrée des élèves et des étudiants, voici une section (n°7, pages 190-191) d’un de mes livres, intitulé Éthique et politique ; c’est la suite du chapitre IX consacré à la culture et à l’éducation, que je suis en train de publier. Le chapitre compte 11 sections. 

 

POUR REVENIR A LA SECTION PRECEDENTE, CLIQUER ICI  

POUR REVENIR A LA SECTION 1, CLIQUER ICI

 

La culture pourra l’emporter sur l’anti-culture du n’importe quoi, si nous savons nous débarrasser de nos préjugés pseudoprogressistes.

Parmi les marottes du pseudoprogressisme dominant, figure le mépris des coutumes et des traditions, [surtout quand ce sont celles du crû]. Encore une fois, je n’ai pas ici à plaider pour le respect des coutumes et des traditions. Il me suffit de montrer que le progressiste est le tout premier à les défendre bec et ongles – ou plutôt, je vois bien qu’il y est contre, mais seulement en apparence et non sans contradiction. Voici pourquoi.

Je suppose une société dans laquelle on a le mépris des coutumes et des traditions, comme c’est, dit-on, le cas des Français [de Progrès], qui en cela diffèreraient fort de leurs voisins les Anglais. Eh bien ! Tout voyageur venant en France notera sans difficulté que la méfiance pour la coutume est une coutume très particulière aux Français [de Progrès], et que le mépris des traditions est [chez eux] absolument traditionnel. Le rite y est de célébrer ponctuellement l’abolition des anciens [rites]. Et ce peuple [de Progrès] qui passe son temps à se plaindre et à protester a du moins la consolation de commémorer chaque 14 Juillet la fin de tous ses malheurs.

Dans ce pays à l’admirable et inflexible logique, on voit l’enseignement officiel inculquer dogmatiquement l’esprit (pseudo)-critique. La liberté de penser laïque y est aussi obligatoire que gratuite. Et un strict traditionalisme [de Progrès] impose la transmission d’un contenu traditionnel de pensée anti-traditionnelle [et l’interruption de toute transmission autre que la transmission de cette interruption].  

Je ne sais s’il y a là une invincible contradiction, car il est clair qu’aux yeux des meilleurs esprits [de Progrès, cela va sans dire], la tradition de la raison ne saurait être confondue avec celle des préjugés. Je crois que, sur ce point, tout le monde est d’accord [y compris la saine raison, qui rigole, et la Réaction, qui ricane]…

Cela montre bien [qu’il est aisé de se dire anti-traditionnel et tout aussi malaisé de l’être. Il n’y a aucune pensée, y compris de Progrès, qui vive hors tradition, et toute culture, y compris de Progrès, doit procéder à tel ou tel moment à] un rappel de la nécessité de la discipline et de la tradition [en général] – tel ou tel contenu de tradition étant préalablement admis (au moins le dit-on) en raison de sa valeur de vérité, et non en raison de son caractère simplement traditionnel (sauf dans le cas, bien sûr, où ce dernier caractère se trouverait avoir été rationnellement admis, dans certains domaines, comme un critère de discernement du vrai).

Cela montre bien que les valeurs de conservation, comme le respect de la tradition, sont essentiellement soumises à d’autres valeurs supérieures, dont la première est le respect de la vérité.

Quant à soutenir que le principe de tradition serait suffisant, cela pourrait signifier une conception selon laquelle la vérité serait (au moins dans certains domaines) donnée une fois pour toutes à l’origine, et connue seulement par transmission de ce donné primitif. Une telle théorie pourrait être vraie ou fausse, mais il n’y aurait pas là de traditionalisme intégral. Le respect de la tradition y resterait subordonné au respect de la vérité. Il serait le respect de la vérité dans et par la tradition.

Le principe de tradition, séparé de toute référence au vrai, est donc le propre du seul scepticisme, et encore de celui qui se voudrait modéré, qui par là est incohérent [(il est vrai qu’il n’y a pas de vrai…)], et qui ne peut survivre que par une répression du désir de toute réflexion approfondie.

Une telle répression peut être l’œuvre de l’opinion publique et des mœurs. Elle est facilitée par une disposition de la personnalité à [rester toujours à la surface des choses et à] se réaliser surtout dans les choses matérielles. Les règles de politesse peuvent prescrire de ne jamais parler de l’essentiel. La sagesse politique peut prescrire de sacrifier le principe de contradiction sur l’autel des compromis nécessaires.

Mais même dans ce dernier cas, le scepticisme fonctionne comme n’importe quel dogmatisme. S’il n’y a pas de vrai, il est vrai qu’il n’y a pas de vrai, et il est absolument faux de dire qu’il y a du vrai et du faux. Le vrai et le faux ne sont [donc] aucunement supprimés, il y a seulement une modification des valeurs de vérité de certaines propositions ; et l’acceptation de ces modifications par l’opinion publique est rendue plus facile, parce qu’elle ne voit pas le contenu qui entre dans son esprit en contrebande sous l’apparence du vide. [C’est évidemment là la règle fondamentale du lavage de cerveau médiatique et scolaire, au moyen duquel sont formatés les Individus de Progrès.]

Il y a donc bien deux formes de traditionalisme déraisonnable, et non pas une seule : ou accepter une coutume seulement parce que c’est une coutume, ou la rejeter seulement pour la même raison. Et ce qui est dit là de la coutume pourrait se dire des diverses traditions.

Il est naïf et barbare de tout rejeter. L’esprit est une puissance de discernement. Au reste, le traditionalisme pur n’existe peut-être jamais. Il n’y a pas de culture sans tradition, mais la tradition ne vaut que dans et par le respect de la vérité.

 POUR ALLER A LA SECTION SUIVANTE, CLIQUER ICI

 

   

"Violence musulmane". Un contresens dans la presse et beaucoup de bruit pour rien

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Jeudi, 25 Août 2016 17:07 Écrit par Henri Hude

 

   

La presse française a publié le 1er août 2016 un article titré : ‘Pape François: « Si je parle de violence islamique, je dois parler de violence catholique»’.  Cet article et d'autres de même farine ont déclenché une tempête.

Ce titre est la traduction mot à mot d’une phrase du pape prononcée dans l’avion du retour en italien familier. Le titre est accrocheur. Malheureusement, cette traduction comporte ce que j'appellerais un contresens et que des esprits très bienveillants appelleraient une traduction fautive.

Voici les documents.

D’abord, le texte intégral officiel[1] en italien de la conférence de presse[2]. La salle de presse a remis en italien châtié, sans en changer le sens, la phrase du pape François, énoncée en style familier devant les journalistes. Voici ensuite la vidéo de cette conférence de presse[3].  


 

Je laisse maintenant la parole à mon vieil ami Jean-Marie Salamito, Professeur d’histoire du christianisme à la Sorbonne, par ailleurs marié à une Italienne fort remarquable. Jean-Marie m’a envoyé le texte suivant, qu’il m’a aussi autorisé à reproduire. Je cite :

 

« Avant de traduire en français des propos tenus par le pape François en italien, il faudrait s’assurer que l’on connaît les différences, souvent subtiles, entre ces deux langues !

« Quand le pape François dit : « Se parlo di violenza islamica... », la presse française s’imagine pouvoir traduire aussitôt : « Si je parle de violence islamique... » Cela fait penser inévitablement à « violence islamiste », et cela produit un effet désastreux. D’où les polémiques qui, en ce moment même, vont bon train.

« Or, pour être tout simplement rigoureux, il faut absolument traduire de cette façon, la seule correcte : « Si je parle de violence musulmane... » En effet, les Italiens, pour désigner les musulmans, disent spontanément « gli islamici » et non « i musulmani ». Et les francophones, à condition qu’ils sachent un peu d'italien, ne traduiront évidemment pas « gli islamici » par « les islamiques », encore moins par « les islamistes ».

« Bien plus, le contexte montre que, dans les propos de François, « violenza islamica » signifie « violence commise par des musulmans ». Le pape ne compare pas deux religions considérées dans leurs idées respectives, mais des faits concrets du quotidien, des actes individuels. Il invite les catholiques, non à une réflexion sur une « essence » de l'islam et sur une « essence » du catholicisme, mais tout simplement à un examen de conscience personnel, à une réflexion sur la tentation de violence qui guette chaque être humain, quelles que soient ses convictions religieuses. Il ne fait pas de l’histoire des religions, ni de l’anthropologie des religions, ni de la théologie des religions. Enfin, il ne renvoie absolument pas « dos à dos » la religion musulmane et la religion catholique ! Il invite à réfléchir sur des actes concrets, sur des enjeux éthiques et spirituels, non sur des généralités de sciences des religions. Le pape est un berger, pas un théoricien. Un guide spirituel, pas un professeur. »

 

Tout est dit.

La tempête médiatique qui a suivi l’article défectueux n’est pas même une tempête dans un verre d’eau, mais much ado about nothing, comme disait Shakespeare.

 

On peut juste ajouter un renvoi à l’interview de Mgr Sako, patriarche des Chaldéens, qui comprend très bien les propos du pape, et avec une bonne traduction.

 

Finissons par un dernier point. La même presse juge opportun de republier à cette occasion une interview de Rémi Brague, datant de mai 2016, « Ne pas renvoyer dos à dos islam et christianisme ». Je me garderai bien de répondre à la place de Rémi Brague, mais je crois le connaître un peu. Ce grand universitaire est rompu aux finesses d’une bonne dizaine de langues, tant mortes que vivantes, dont l’italien. Je doute fort qu’il puisse goûter des propos dont l’origine est une erreur de traduction.

 

 



[2] Pour y trouver la phrase du pape, faire  Ctrl F parlassi: “Se io parlassi di violenza islamica, dovrei parlare anche di violenza cattolica.”

[3] Voici le lien de cette vidéo de la conférence de presse au retour des JMJ de Cracovie. La réponse commence à la 17ème minute, 33ème seconde. La phrase incriminée (18’ 11’’) : “Se parlo di violenza islamica devo parlare anche di violenza cattolica.”

   

Du rationalisme au néo-tribalisme

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Mardi, 23 Août 2016 14:33 Écrit par Henri Hude

On parle beaucoup d'identité en ce moment.

Voici une section d’un de mes livres, intitulé Éthique et politique ; il s’agit du chapitre IX (§6, pages 188-189) consacré à la culture et à l’éducation. Le chapitre compte 11 sections, que je suis en train de publier ici. 

 

POUR REVENIR A LA SECTION PRECEDENTE, CLIQUER ICI

POUR REVENIR A LA SECTION 1, CLIQUER ICI

 

 

 

Le rationalisme[1] s’efforce de promouvoir une unité artificielle et totalitaire du genre humain[2]. C’est qu’il imagine ce dernier sans vraie et substantielle pluralité, fondu dans l’Un. Mais, dans le même temps, ce rationalisme, parce qu’il institue les traditionalismes[3], prépare son propre échec.

Il enferme chaque peuple (c’est ce qu’on appelle parfois ‘préserver son identité’) dans ses traditions vécues de manière traditionaliste et sans référence à une vérité universelle commune à tous les hommes en tant qu’hommes et même en tant qu’esprits.

Alors ces peuples, tenant même à leurs vérités par des raisons qui ne sont pas vraies, attachés même à leurs valeurs bonnes pour des motifs qui ne sont pas justes, [ces peuples] que le rationalisme rend fanatiquement traditionalistes, se révèlent incapables de remonter au rationalisme comme à la source commune de leurs divers traditionalismes. [Et pourtant,] quand le rationalisme pensait jouer les traditionalismes les uns contre les autres et tirer toutes les ficelles, voici qu’il les rassemble contre lui.

Toutes les différences de la chair et du sang sont érigées alors en absolus qui se choquent et qui sanctifient les antagonismes les plus matériels. Les peuples, tous possédés d’une passion traditionaliste, qu’ils théorisent tous sous le nom d’identité culturelle, revendiquent frénétiquement la conservation de leurs opinions collectives comme opinions et comme collectives, sans plus jamais les juger selon le vrai et le bien [et leur authentique contenu de valeur universelle].

Mais alors, par un juste retour des choses, le rationalisme lui-même ne sera plus considéré [même au fond par ses propres adeptes] que comme la particularité d’une ethnie, et qui a eu le tort de trop dominer les autres. La vengeance des peuples est sur lui.

Tel fut le destin de la France après l’Empire [de Napoléon]. Et tel sera le destin des peuples occidentaux, tous ensemble, s’ils ne se réforment pas.

On ne regretterait pas le rationalisme, si nombre de traditionalismes ne poursuivaient pas même la droite raison avec une haine inexpiable, depuis que le rationalisme a prétendu représenter toute raison possible.

Ainsi donc, sous prétexte de compréhension universelle, on ruine l’universalité du vrai qui est la condition de tout dialogue, et on annule avec la raison la différence de l’Homme et de l’animal. On fonde ainsi le règne d’une violence bestiale et de l’incompréhension universelle.

Sous prétexte de relativisme culturel s’instaure un racisme généralisé, de même que sous prétexte d’antiracisme, on promeut un racisme intégral [Ethique et politique, ch.VIII, pp.154-157]. Et au lieu d’unir les nations pacifiquement autour de leurs intérêts communs, on en fait un chaos de tribus vouées à se déchirer avec fureur.

On justifie d’avance les impérialismes les plus forts. Car dans un système de traditions toutes divines, portées par des peuples tous divins, dont les langues sont toutes des manifestations de l’Esprit, comment ce que pense le peuple le plus divin, ne serait-il pas aussi ce qu’il y a de plus noble et de plus divin, à défaut d’être le plus vrai ? Et qui dira qui est le plus divin, sinon le tribunal de la guerre ?

Ainsi l’‘œcuménisme’ rationaliste travaille-t-il concrètement à faire de tout conflit international une guerre de religions. Le rêve de république rationaliste universelle où les plusieurs se fondent dans l’Un sombre en réalité dans le chaos des luttes tribales.

 

 

 

Editions universitaires, 1992, ‘Du rationalisme au tribalisme’, §6 du ch.IX, pp.188-189.

 

 

 

 

POUR REVENIR A LA SECTION PRECEDENTE, CLIQUER ICI

POUR REVENIR A LA SECTION 1, CLIQUER ICI

POUR ALLER A L'ARTICLE SUIVANT, CLIQUER ICI

VOUS POUVEZ RECEVOIR AUTOMATIQUEMENT LES LIENS DE CES ARTICLES EN SUIVANT @HenriHude sur Twitter



[1] Par ce terme « rationalisme », j’entends (comme expliqué à fond dans Prolégomènes. Les choix humains, Parole et silence, 2009), une structure de pensée dominante en Occident, qui commence par un « doute » vague, un « pseudo-scepticisme », et qui se termine par ce à quoi ce pseudo-scepticisme équivaut logiquement (en réalité, mais occultement) – c’est à dire par un enfermement de l’esprit humain en lui-même et par son autodivinisation. On comprend bien que si tout est divin, toutes les traditions humaines le sont aussi. De là l’équivalence et la solidarité entre les traditionalismes et le rationalisme, en même temps que leur opposition. De là aussi le caractère assez contradictoire de la laïcité rationaliste [2016].

[2] Cette critique du rapport entre l’Un pur et simple de la Raison en laquelle tout devient le Même, et le totalitarisme du 20ème siècle, est aussi une autocratique courante dans le rationalisme postmoderne qui essaye de se réformer (Ecole de Francfort, Emmanuel Lévinas, parmi bien d’autres). Mais il n’y parvient pas, car il continue à commencer par le « doute » et à définir la liberté par une raison à base de « doute ». [2016]  

[3] Voir note n°1.

   

Entre traditionalisme et rationalisme

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Vendredi, 29 Juillet 2016 11:27 Écrit par Henri Hude

 

On parle beaucoup d'identité en ce moment.

Voici la cinquième section d’un de mes livres, intitulé Éthique et politique ; il s’agit du chapitre consacré à la culture et à l’éducation. Le chapitre compte 11 sections, que je suis en train de publier ici. 

 

POUR REVENIR A LA SECTION PRECEDENTE, CLIQUER ICI

POUR REVENIR A LA SECTION 1, CLIQUER ICI

 

 

Remarque introductive rajoutée en 2016.  Dans une célèbre conférence[1], Edmund Husserl a écrit que « la crise européenne prend ses racines dans un rationalisme qui s’égare. Mais cela ne permet pas de soutenir l’idée que la rationalité comme telle serait en soi mauvaise[2]. » Le même Husserl préconise « une attitude critique universelle adoptée contre tout élément traditionnel donné préalablement[3] ». L’intérêt de la section qui suit est de faire réfléchir sur la cohérence ou l’incohérence de ces deux énoncés

 

 

LE VÉRITABLE CHOIX 

 

Résumons [la section précédente]. Le refus de recevoir le principe de la tradition rationaliste, en refusant de mimer un meurtre du père ou du maître – ce refus du principe rationaliste et de sa tradition – est identiquement le refus du traditionalisme, puisqu’il va de pair avec le refus de l’idée que toute tradition serait divine et vraie dès lors que l’esprit serait un et tout. [traditionalisme et rationalisme sont le recto et le verso d’une même figure spirituelle]

Ainsi donc, il n’y a pas d’un côté les tenants de la tradition, de l’autre ceux de la raison, mais il y a :

d’un côté, les tenants d’une position traditionaliste-rationaliste ;

de l’autre, les tenants d’une position rationnelle et modérément traditionnelle.

Dans le cadre de l’option qu’on pourrait appeler rationnelle-traditionnelle (celle qui rejette le doute universel et a priori, et qui par là dispose des moyens d’exercer un tri critique des opinions), les traditions humaines n’ont à être reçues qu’en tant que traditions humaines, donc faillibles, même si un homme se trompe rarement en tout. Il est d’ailleurs instructif de découvrir les erreurs possibles, afin de n’y pas tomber.

Il faut ajouter, pour concrétiser davantage, qu’en Occident, ce qu’on appelle commencer par rejeter la tradition se ramène pour l’essentiel à dire non au christianisme, et [pratiquement] à lui seul, ainsi qu’à la rationalité réaliste et théiste, qui est à la fois celle qu’il reconnaît, celle qui le reconnaît, et celle qui s’instaure à partir de lui. Un pareil rejet a priori équivaut à une adhésion sans examen à l’autre position, celle du traditionalisme-rationalisme.   

L’option qu’on peut appeler traditionaliste-rationaliste prétend bien rejeter au départ toute tradition. Mais, outre que c’est probablement là une chose impraticable, ce prétendu vide du « doute » universel est plein à ras-bord d’illuminisme panthéistique. [Voir Prolégomènes] On acceptera ce dernier de manière d’autant plus irréfléchie et traditionaliste, qu’on aura prétendu davantage identifier toute réflexion en général à celle qui s’inaugure par le « doute » universel.

Ce « doute » est bien sûr une attitude intéressante comme geste théâtral, mais c’est une pratique ineffective. On poignarde un fantôme en effigie, mais dans le moment même, on accepte sans s’en rendre compte un système tout fait. On mime un « doute » impossible et extravagant, mais par là-même on renonce à pratiquer à l’avenir un doute vraiment raisonnable. Et quand on présente une telle crédulité comme le triomphe de l’esprit critique, ou la révolution libératrice de l’esprit, on est bien près de tomber dans le ridicule. Ainsi donc, je ne puis me situer que de deux manières par rapport à la tradition, et ce choix premier décide de tout.

Quant à moi, je n’adhère ni au rationalisme, ni au traditionalisme, qui en découle et en dépend plus qu’il ne s’y oppose.

Je n’y adhère pas, d’abord, parce que je le tiens pour fondamentalement erroné. Je veux dire que c’est l’erreur la plus fondamentale. Ce n’est pas une simple erreur sur un point – tout homme en commet, hélas, et en grand nombre –. Le rationalisme est la transformation de la raison en machine à se tromper.

Je n’y adhère pas non plus parce que je le tiens pour totalitaire, et que je tiens le rationalisme pour une philosophie politique fausse et, par suite, pour une politique détestable.

 

A SUIVRE 

 

Ceux qui voudraient aller plus loin pourraient se reporter à Prolégomènes. Les choix humains.

POUR REVENIR A LA SECTION 1, CLIQUER ICI

 Il est possible de recevoir les liens des articles publiés sur ce blog en suivant les envois de ce compte Twitter : @HenriHude  On n’y trouve pratiquement rien d’autre que ces liens à de tels articles.

 



[1] ‘La crise de l’humanité européenne et la philosophie’, conférence prononcée le 7 mai 1935 au Kulturbund de Vienne. Traduite en français par Nathalie Depraz, dans La crise de l’humanité européenne et la philosophie. Husserl, Hatier, 1992, pp.50-78.

[2] Op.cit ., p.66.

[3] Ibidem, p.64.

   

Page 1 de 37

<< Début < Préc 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Suivant > Fin >>

Nouveauté


La force de la liberté
La force de la liberté
€18.00

Evénements

Aucun événement

Restez au courant !

Nom:
Mail:

Sites partenaires

Bannière